Raphael détestait tout de la situation et par-dessus tout, qu'il s'était plongé dans ce merdier lui-même ! Quel démon l'avait poussé à accompagner Léo, déjà ? Ah oui ! La jalousie ! Car en ce moment, sa jalousie le laissait en paix n'est-ce pas ?

L'enfer avait débuté rapidement avec la présence d'Usagi qui avait la très peu subtile intention de lui en faire baver. Puis, Mikey qui dévoile ses batteries et le mets au courant d'une machination afin de trouver l'âme-sœur à Léo. Tout cela sans demander son avis au principal concerné, bien entendu. Puis, lorsque Mikey était allé répondre à la porte, Raph, encore aiguillé par la jalousie s'était éclipsé à l'étage afin de retrouver Léo seul avec un Donnie très prévenant.

Les voix le dirigèrent vers une pièce au fond, la porte entrouverte permettant à Raph d'entendre la conversation entre les frères.

-Donnie, je te répète que je vais mieux. Tu n'as pas à t'en faire. Je ne vis plus seul et c'est ce que tu souhaitais, non ? Tu n'as pas à sacrifier ta relation avec Mikey pour cela.

-Non, Léo. Je te veux parmi notre famille, avec tes frères. Pas avec un étranger. Nous ne sommes en sécurité qu'ensemble.

Raph s'avança. Si Don le qualifiait d'étranger, cela signifiait que pour le moment, son secret était en sûreté. Il devait tout faire pour maintenir cet état des faits. Il poussa davantage la porte pour manifester sa présence et la scène devant lui le blessa.

Donnie était assis sur le rebord du lit et caressait la tête tournée de Léo qui était posée sur ses cuisses, alors qu'il était agenouillé devant lui. Il n'était pas jaloux de la proximité physique de ses deux frères, mais du fait que Donnie pouvait consoler Léo d'une manière qu'il ne pouvait faire, n'étant, malgré tout, pas assez avancé dans son intimité et sa confiance. Don tourna sa tête vers l'intrus et Raph remarqua une fausse moustache sur son doux visage épuisé. Il devina que, malgré l'habit de travailleur d'usine des années 20, Donnie était travesti en Charlie Chaplin. Mais il n'était pas un assez grand cinéphile pour deviner de quel film précisément était tiré le costume.

-Les temps modernes, murmura Donnie, comme s'il lisait ses pensées. Je présume, même sans te voir, que tu es Rick ?

Il tendit sans entrain une main molle et fatiguée.

-Je suis Donatello, le grand frère de Léo.

Raph fronça les sourcils. Depuis quand son cadet était l'aîné de la fratrie ? Certes, mais c'était peut-être dû à l'épuisement visible sur ses traits, Donnie avait l'air du même âge que lui environ, peut-être même plus âgé. S'il devait leur accorder un rang et un âge, d'après leur apparence, maintenant qu'il avait rencontré tous ses frères, il aurait donné 24-25 ans à Donnie, 23 à lui-même, tout juste 19-20 à Léo et 18 à Mikey. Comment leur père avait-il établi le rang d'ainesse ? Ce n'était sûrement pas au mérite car il aurait lui-même au dernier rang à la place de Mikey !

-Est-ce que les invités de Michelangelo ont commencé à arriver ? demanda de sa voix lasse, Donnie.

-Euh, oui.

-Bien, nous devons descendre, Léo, sèche tes larmes.

C'est à ce moment que Léo retourna son visage et que Raph se rendit compte qu'il était inondé de pleurs. Raph fit un mouvement pour aller vers Léo, afin de lui apporter du réconfort, mais Don s'interposa d'un ton sans réplique :

-Ce n'est rien. Une histoire de famille.

Maté, mais ulcéré, ne pouvant lui lancer de regard meurtrier car le masque le cachait de toute façon, Raphael était descendu au rez-de-chaussée.

Une foule d'une vingtaine de personnes emplissait déjà le séjour et Raph senti sur lui les yeux d'un samouraï casqué et masqué. Usagi. Il haussa les épaules. L'ex lapin avait déjà perdu s'il croyait faire sortir Raphael de ses gonds.

Maintenant, deux heures plus tard, Raph était au point de rupture. Tout d'abord, Léo avait été rapidement entouré. Mikey avait réexpliqué le principe du tournoi auquel près de la moitié des invités participaient. Un homme aborda Léo en lui demandant son niveau, puisqu'il n'avait pas à se battre en éliminatoires et semblait clairement favori du match final.

Léo se retourna vers Raph à la grande honte de celui-ci et dit :

-Je suis première dan. C'est bien ce que tu m'as dit, n'est-ce pas Rick ?

Raph n'avait jamais rien dit de tel, le suggérant à Léo, uniquement pour le piéger et avoir une preuve supplémentaire de son identité véritable. Mais le pauvre garçon, dans sa candeur, l'ignorait.

La consternation apparut sur les traits de l'interlocuteur :

-Impossible que tu sois d'un si bas niveau et que tu sois considéré champion ! Ou cet ami ne connait rien aux arts martiaux ou tu me fais marcher.

Tout sucre et miel, Usagi qui avait gardé l'ouïe fine, il faut croire, s'était approché.

-Non, Léonardo-San est d'un niveau infiniment supérieur. C'est son colocataire qui ne connait absolument rien. D'ailleurs, il ne participe pas, ne sachant même pas lever la jambe au-delà du nombril.

-Ça suffit, Usagi ! Je t'ai déjà averti que je ne souffrirais pas de marques d'irrespect envers mon ami Rick.

-Pardonne-moi de nouveau, Léonardo-San, j'ai oublié un instant que cet étranger était toujours sous ta protection, puisqu'il ne peut, de toute évidence, se défendre seul.

Usagi, ayant mis le feu aux poudres, s'inclina, sa tâche accomplie.

Le candidat qui s'était adressé à Léo, habillé en Corbeau, donc un costume semblable à celui de Léo, par la forme et la couleur, poursuivi en posant familièrement un bras sur l'épaule tendue de Léo :

-Je serai curieux de voir ce dont tu es capable. Un avant-goût, pour me préparer. Viens avec moi à côté, nous pourrions nous échauffer. J'étais rarement l'occasion de trouver un opposant à ma taille, mais d'après ce que je vois, poursuivit-il en jetant un regard approbateur sur le corps athlétique du jeune homme devant lui, tu as l'air vif et agile. Quelle est ton arme ?

La main se crispa légèrement sur l'épaule de son frère et Raph vit rouge :

-Léo n'a rien à prouver à personne. Va draguer ailleurs.

Le corbeau regarda Raph avec un mépris à peine déguisée

-Hé le Wookie. Va donc voir dans ta galaxie si j'y suis.

Avant que Raph arrache la tête de l'insolent, Léo posa un bras apaisant sur le bras de son ami.

-Je te remercie, Rick, de ton soutien, mais il ne s'agit que d'un petit avant-match amical. Rien de plus. J'avoue qu'il me démange de me battre en duel. Cela fait longtemps. Depuis mon frère Raphael, je n'ai plus eu d'adversaire de valeur.

Des lumières d'alarmes s'allumèrent dans la tête de Raphael. Il ne voulait absolument pas laisser seul, dans une pièce fermée, Léo avec ce jeune homme qui, il devait l'avouer en grinçant les dents, était un beau mâle.

-Très bien, je vais aller voir cela, je suis curieux également, et il fit mine de les suivre.

Cela ne sembla pas faire l'affaire du Corbeau :

-Dis-moi es-tu le petit ami de Léo pour vouloir tout surveiller et contrôler ainsi ?

Raph ne répondit rien, laissant Léonardo répondre à sa place. S'il n'avait craint la réaction de son frère, il l'aurait affirmé, puisque c'est ainsi qu'il se percevait, mais les sentiments de Léo à ce propos étaient flous.

-Non. Il s'agit de mon colocataire, Rick. Et aussi mon meilleur ami.

L'affirmation, déclarée trois mois plus tôt aurait fait se pâmer de contentement Raph, mais en ce moment, il sentait comme du sel frotté dans ses plaies.

-Ah ! Ton frère Mikey m'a dit qu'il voulait que tu fasses de nouvelles connaissances, donc inutile de trainer avec les vieilles. Surtout, ne connaissant rien, il ne pourra apprécier à sa juste valeur la démonstration que nous allons faire.

Raph, en toute bonne foi, avait cru que voir les manœuvres d'Usagi était le pire que sa jalousie allait avoir à supporter. Mais voir ce rien-du-tout, cet inconnu sorti de nulle part, le narguer, le rabaisser devant Léo, toucher son frère comme s'il lui appartenait déjà, était trop à supporter pour la personnalité irascible de Raphael.

-Je n'y connais rien, hein ? Viens donc dehors avec moi, tu vas voir si je n'y connais rien ! gronda Raph.

-Un combat de ruelle ? Voilà qui doit donner un frisson d'extase à Léo ! De toute façon, je ne me bats pas contre des couards qui gardent leur masque.

Cela le fit. Personne ne traitait Raph de lâche. La voix de la conscience, de la prudence, de la raison, tout cela parti en fumée derrière la bête qui grognait dans sa tête : « Tue, Étripe, Pulvérise ».

Il prit l'outrecuidant petit personnage à bras le corps et le projeta contre la table du buffet devant les yeux horrifiés de Léo.

-Rick ! l'apostropha, scandalisé, Léo

Raph se rendit compte que tous les yeux étaient sur lui.

Mortifié, Léo ne répétait que :

« Je ne te connais même pas, je n'aurai pas dû t'amener ici. » en se tordant les mais d'embarras.

Raph allait se justifier à Léo quand l'autre qui venait de se relever d'un bond, arracha le masque de Raph, distrait par la honte qu'il venait d'apporter à son frère et le gifla.

-Si tu es un homme, tu vas m'affronter dans le Dojo ce soir. Je n'embarrasserai pas Léo en cassant les meubles comme n'importe quel homme des cavernes pour te donner une leçon d'humilité.

Raphael était cerné. Il ne pouvait décliner un tel défi lancé à la face de tout le monde, dont Léo et Usagi, dont il devinait sous le masque, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Mikey arriva sur les faits, réconforta Léo en disant que sa soirée manquait de sel et que c'était parfait et que cela allait mettre les invités dans l'ambiance et décréta qu'en plus, sa dernière candidate, une jolie asiatique, venait d'appeler pour dire qu'elle ne pouvait venir. Ils étaient à nouveau douze, avec Rick.

Léo coupa son jeune frère :

-Rick ne se battra pas, tout cela n'était que des enfantillages. Il ne peut affronter de véritables combattants pour un affront imaginaire et recevoir une épée qui ne lui servira à rien.

Raph écumait de rage. Léo ne le considérait pas comme un « véritables combattants » et donc, aux oreilles de Raph comme un partenaire non-sérieux.

-De quoi tu parles, Léo ? Bien sûr que je vais me battre ! Je vais lui faire ravaler ses vantardises à ce petit bâtard de fils de…

Léo tira Raph vers la direction de la cuisine, mais sous le regard moqueur des convives, Raphael résista.

-Tu vas te faire bien plus humilier, Rick ! Sois raisonnable ! chuchota, désespéré de le convaincre, Léonardo.

C'était donc ce que Léo craignait et pensait de lui : un faible qui ne pouvait se défendre ! Usagi avait raison.

-J'accepte le défi, rugit Raphael, malgré toutes les tentatives de Léo pour le faire taire.

-Bien, tu n'as pas d'armes, continua Mikey faisant fi de l'existence de son frère en noir et de son regard lourd de reproche, mais, j'ai ici tout ce qu'il faut. Tu as quinze minutes pour choisir ton arme, avant que le premier match commence. Tu as le choix entre des sais, des nunchakus, un tonfa, des kamas, un bo, un katana et…

Mikey disparut avec Raphael dans la pièce qui servait de Dojo, suivit par plusieurs paires de yeux :

Le regard suffisant de celui qu'il l'avait défié

Le regard triomphant d'Usagi qui avait retiré son masque pour mieux profiter de la scène

Le regard au supplice de Léo qui détestait l'attention et qui craignait la déconfiture de son ami.

Le regard énigmatique de Donatello.