Voilà, Raziel et Marine ont finit cette histoire, alors il ne reste plus que les gus qui n'ont jamais mit de reviews qui vont lire ce qui suit ... euh, n'hésitez pas à vous faire connaître ! Parce que suivre cette histoire jusqu'au chapitre 24 et ne pas oser mettre de review, c'est un peu gros quand même.
Peut-être que j'hallucine, peut-être qu'il n'y a personne, peut-être que je parle à moi même ...
Hum. Bonne lecture en tout cas :
Tandis que je gravis le grossier escalier en bois, les cris de la foule en agitation agressent mes oreilles et font peser sur moi plus de poids que je ne l'aurais voulu. A chacun de mes mouvements, les chaînes à mes poignent brûlent ma peau mais c'est loin d'être la pire des douleurs.
Au sommet de l'échafaud, un homme à l'aspect répugnant s'avance vers moi en abordant un sourire malsain. D'un geste brutal, il me tire vers lui afin de me placer sous la potence et d'un regard, m'ordonne de monter sur petit tabouret, chose que je fais, n'ayant aucune autre possibilité. Gravissant à son tour un tabouret, le bourreau parvient à mon niveau et passe une corde autour de mon cou. Durant ce temps, je ne cesse de contempler la foule qui quémande sa dose de cruauté.
Je laisse peu à peu le désespoir me submerger et ferme les yeux dans le seul but de faire disparaître ces visages satisfaits. Deux larmes se mettent à couler le long de mes joues alors que la corde se resserre autour de mon cou. Edouard de Tyr gravit à son tour l'échafaud et s'avance jusqu'au rebord pour s'adresser à la foule :
- Aujourd'hui, une hérétique de plus va quitter cette terre pour brûler en enfer. Soyons tous témoins des conséquences d'un détournement de la seule voie juste.
D'un large geste, il m'indique à la foule en déclarant d'une voix forte :
- Meurtres, mensonges, blasphèmes, tous ses péchés ne lui apporteront que la damnation éternelle !
Seul Allah sait à quel point je hais cet homme.
- Aujourd'hui, justice sera faite.
D'un pas assuré et le visage fier, Edouard de Tyr s'avance vers moi et me contemple. Je baisse le regard afin de rencontrer ses yeux lorsqu'il répète :
- Aujourd'hui, justice sera faite.
- Ta justice n'est pas la mienne, craché-je d'une voix enrouée.
- Mais la mienne est bien plus efficace.
- Crois-tu …
Le carillonnement d'une cloche se fait entendre au lointain et je jette un ultime coup d'œil à la foule en folie qui ne demande qu'une chose. Me voir morte. Comment en suis-je arrivée là ? Je suis allée de faux pas en faux pas et aujourd'hui, je vais tous les payer.
Pourtant, tout avait bien débuté. J'ai quitté Jérusalem en dérobant le premier cheval que j'ai croisé et entamé la route jusqu'à Acre. Afin d'y pénétrer, j'ai utilisé la technique de l'assassin, c'est-à-dire me camoufler parmi des érudits, et j'ai bien du avouer que cela m'a fait très étrange, comme si quelque part, je devenais lui. Quoiqu'il en soit, j'ai réussi à franchir la porte lourdement gardée de la ville et ai commencé à déambuler dans les rues d'Acre. Evidemment, j'avais une piste. Jamais, je ne me serais aventurée dans cette ville inhospitalière sans avoir une petite idée derrière la tête.
Alors j'ai essayé de m'y consacrer totalement. Cependant, je dois admettre que ce fut difficile. Je repensais sans cesse à ce baiser qu'il m'avait donné et me refaisait la scène sous tous les angles dans le seul but de trouver une explication à un tel geste.
Oh, bien sûr que j'entrevoyais l'explication néanmoins, comme il l'a lui-même dit, il y a certaines choses que nous ne sommes pas encore prêts à admettre mais cela ne veut pas dire que nous ne le serons jamais. Maintenant que j'y repense, cette phrase est très belle. Enfin, le fait est que ce baiser me perturbait. Toutefois, j'ai été assez concentrée pour dérober la bourse d'un passant, ce qui m'a permis de louer une chambre, de dîner ainsi que de dormir comme je ne l'avais pas fait depuis bien longtemps.
Après une bonne nuit de sommeil, je me suis remise en route à l'aube et me suis rendue à la demeure d'Elyas. Ce que je n'avais pas dit à Altaïr c'est que la femme de Nizar m'avait fait part qu'un soir, un homme très étrange venu d'Acre est passé rendre visite à son mari. J'en ai déduis que ça devait être un membre de cette résistance. D'accord, la piste était mince mais c'était la seule que j'ai.
Avec facilité, j'ai débusqué la maison et au moment où j'allais y pénétrer, Elyas avait une discussion animée avec un autre homme. Alors je suis restée à l'abri d'un large pilier et ai écouté leur conversation. Ce fut ma première erreur. D'abord, parce que je n'ai rien appris de concret et ensuite, parce que je me suis fais voir. J'ignore comment, un sixième sens sûrement, mais Elyas a su que j'étais là et m'a tiré dans sa cour. Il m'a jeté à terre et menacé de son arme et même de mort si je ne disais pas immédiatement quelles étaient les raisons de ma visite et de mon espionnage.
- Non, Elyas ! Ecoute-moi ! Je suis une amie de Nizar et je suis ici car il m'a parlé de toi et que je veux en faire partie. De votre groupe de résistants. Je veux aussi les anéantir.
Pourquoi ai-je dis cela, pourquoi me suis-je engagée sur une voie aussi périlleuse ? Je ne saurais le dire. Très certainement que j'ai eu peur pour ma vie et que j'ai paniqué. Et la pure et simple vérité n'était pas encore à admettre. Bien évidemment, ça n'a pas marché :
- Tu es une amie de Nizar, c'est ça ? cracha-t-il.
Misérablement, j'ai hoché la tête et soudain, il m'empoigna par mon habit pour me relever et me demanda :
- Alors quel est le mot de passe ?
Là, j'étais mal. Je ne pouvais le dire. Je ne pouvais me faire reconnaître. Alors tout ce que j'ai été capable de faire fut de pondre une piteuse excuse :
- Je n'en sais rien ! Il ne m'a rien dit ! Il ne sait même pas que je suis là. Nizar m'a appris tout ce que je sais des assassins et un jour, je l'ai entendu parler de toi et j'ai voulu te rencontrer. Pour me joindre à toi.
- Pourquoi ne t'es-tu pas joins à Nizar ?
- Il n'a pas voulu ! Il voulait me protéger, lançais-je.
- Hé bien moi, je n'en ai rien à faire de toi. Va t-en, ordonna Elyas en me repoussant au sol.
Tandis que j'essayais de me redresser, Elyas sembla sur le point de partir mais subitement, il fit demi-tour et questionna d'un ton mystérieux :
- Comment se fait-il que tu sois vêtue comme nous ? Si Nizar n'a pas voulu t'accepter, tu n'as pas à être habillé ainsi.
J'ai vainement tenté d'expliquer que je l'avais volé à Nizar mais ça commençait à faire beaucoup. Elyas, avec l'aide de l'autre homme, m'a traîné jusqu'à l'intérieur de sa demeure et ils m'ont ligoté à un siège. L'interrogatoire débuta alors. D'abord, ils m'ont calmement demandé ce qu'une femme portant une tenue d'assassin faisant seule à Acre. Puis, les choses se sont gâtées lorsqu'ils m'ont fouillés. Ils ont trouvé mon poignard et ont vite déduit qu'il s'agissait d'un poignard de maître. Comment encore, je l'ignore. La hiérarchie des assassins m'échappe un peu, je l'avoue, surtout quand ma vie est en jeu.
Par la suite, les choses sont devenues plus corsées. Rien à voir avec le piment rouge et vert avec lesquels j'avais comparé mes discussions avec Altaïr. Bien sûr, ils m'ont frappé. Bien sûr, je n'ai rien dit. Bien sûr, j'ai été vulgaire. Bien sûr, je n'ai fait qu'empirer les choses. Lorsqu'ils m'ont demandé mon nom, j'ai bien évidemment fait très attention :
- Ada.
- Alors écoute-moi bien Ada, si tu éclaircis les zones d'ombre qui recouvrent ton histoire, il n'y a plus rien qui ne nous empêchera de te laisser partir tranquillement.
Comme réponse, Elyas a eu droit à un de mes fameux regards sceptiques. Vu sa réaction, je présume qu'il n'y a Altaïr qui les supporte … Après de longues heures passées ficelée à ce siège, les deux hommes m'ont finalement libérée quelques instants pour soulager mes besoins, dont boire et manger. A vrai dire, sur le coup, je n'ai pas trop compris leur geste. Ce n'était qu'après, lorsque j'ai vu des croisés débarquer dans la demeure d'Elyas que j'ai réalisé qu'en réalité, il m'avait permis de récupérer un minimum de force avant le pire.
Je crois que je n'oublierais jamais le regard qu'il a porté sur moi durant le moment où les soldats m'embarquaient. Il savait que je n'avais plus longtemps à vivre et au fond, il avait raison. Les soldats m'ont amené dans une citadelle et j'ai passé la nuit dans une cellule à l'odeur douteuse. Evidemment, je n'ai presque pas dormi mais si seulement j'avais eu la moindre idée de ce qui m'attendait le lendemain, peut-être aurais-je vécu cette nuit différemment.
Le matin, des soldats sont venus me chercher et m'ont amené devant un homme. Au premier regard, il paraît beau. Au second, cruel. Au troisième, j'ai eu des frissons. Il m'a toisé de son regard glacé et m'a fait immédiatement pensé à celui à qui j'avais dit que tout irait bien et que je ne craignais rien.
L'homme au regard de marbre se prénomme Edouard de Tyr et est capitaine d'un des nombreux régiments de croisés. Au début, je ne saisissais pas pourquoi un assassin collaborait avec un croisé puis je me suis vite rendue compte que cet homme savait y faire avec les interrogatoires.
Son plus grand plaisir a été de mettre la tête dans un seau d'eau glacée et ce à plusieurs reprises. Il me répétait sans cesse que tout cela était de ma faute, que je l'obligeais à être indécent et que je n'avais qu'à dire ce qu'il voulait savoir pour qu'il redevienne un homme correct. Au bout d'un moment, j'ai finis par craquer. Frigorifiée, trempée et exténuée, j'ai quand même trouvé la force de lui cracher à la figure et d'insulter sa mère. Franchement, je crois qu'il n'a pas trop apprécié.
- Tu répètes que tu veux devenir un assassin dans le seul but de détruire les assassins ! Cela n'a aucune logique !
- Ne me dis pas que tu n'as jamais pensé que les femmes n'avaient aucune logique … Misogyne, soufflais-je en penchant ma tête afin que le sang s'écoule plus facilement de mon nez.
Pourquoi ne lui ai-je pas dis ce qu'il voulait entendre ? En vérité, je présume que c'est parce qu'il n'a pas quitté mes pensées à un seul moment. Et pendant tout le temps de mon interrogatoire, j'attendais sa voix dans ma tête qui répétait et qui répétait : « Un assassin ne parle jamais, même sous la torture. Nous sommes conçus ainsi ». Finalement hors de lui, Edouard de Tyr m'a saisit par la nuque et a murmuré :
- Tu veux devenir comme eux ? Alors commençons par les bases !
Deux croisés m'ont empoigné afin de me maintenir immobile et un troisième a saisit mon bras gauche pour le plaquer fermement sur la table en bois qui me faisait face depuis peu mais contre laquelle Edouard avait éprouvé un grand plaisir à coller ma tête. Mon corps entier se crispa lorsque le soldat qui maintenait mon bras mit bien à plat ma main gauche et releva tous mes doigts à la limite du supportable, excepté l'annulaire. J'ai jeté un regard paniqué vers Edouard qui dégaina son épée et d'un mouvement précis, il me sectionna le doigt.
Jamais je n'aurais cru souffrir autant pour une si petite chose. C'est pourquoi je n'ose même pas imaginer la douleur que doit ressentir une personne alors qu'une épée la traverse. Mon corps entier se convulsa tandis que je lâchais un hurlement strident. D'un même mouvement, les soldats me libèrent de leur emprise et je blottis immédiatement ma main contre moi, comme si le fait de la serrer et de la protéger de mon autre main valide pouvait atténuer la douleur.
Entre deux gémissements, je redressai la tête pour contempler le moignon restant sur la table. Cette infime partie de moi qui désormais ne m'appartenait plus. Mais curieusement, cette perte des deux dernières phalanges de mon annulaire me donna la force d'affronter le regard d'Edouard de Tyr lorsqu'il déclara :
- Bienvenue dans le clan !
Je répondis à sa remarque par un sourire en coin et à cet instant, j'eu l'étrange impression qu'il n'arrivera jamais à me faire céder et que son geste venait de se retourner contre lui. C'est donc d'une voix vacillante que je clama :
- Va en enfer.
- Moi non, mais toi Ada, c'est assuré.
D'un geste de la main, Edouard de Tyr ordonna à ses hommes de me ramener en cellule où je m'écroulais afin de sombrer dans un semi sommeil lancinant. Peu après ou longtemps après, je ne saurais le dire, la lourde porte en acier s'ouvrit pour laisser entrer un corps dans un sale état.
- Regarde ce qu'il leur arrive à des gens comme toi ! cria une voix grave dans le couloir.
Je rampai alors pour mieux discerner l'individu et malgré la faible luminosité et les contusions qui altéraient son visage, je parviens à reconnaître l'assassin qui avait fait irruption dans la demeure d'Altaïr.
Dans un râle, il s'allongeât sur le dos et vu son état, j'en conclus qu'il n'avait plus longtemps à vivre.
- Je t'ai vu. Tu cherchais Altaïr. Tu voulais de l'aide, réussis-je à expliquer.
L'homme tousse une bonne dizaine de fois avant de pouvoir dire :
- Oui … Al … Al Mualim m'avait ordonné de traquer les traîtres. Mais ils … ils étaient trop. Ils ont su que je … Al Mualim ne pardonne pas l'échec, je ne pouvais … avouer. Altaïr … Je lui ai demandé de l'aide … Il m'a … Il m'a …
L'assassin poussa ses derniers cris d'agonie et je ne pu m'empêcher de poser ma main valide sur son épaule pour le soutenir durant ses derniers instants. De faux pas en faux pas. Tous m'avaient conduit à l'endroit où je me trouvais actuellement.
Sur un échafaud, une corde autour du cou, face à une foule en délire qui n'attend que ça. Que mon cou se rompe ou que je meure d'asphyxie. Alors je cherche du regard qu'elle est la dernière chose que je puisse fixer au moment de mourir. Au dessus de moi, un aigle pousse un cri et décrit un cercle dans le bleu infini du ciel. C'est sans aucun doute la plus belle chose qu'il m'est donné de voir avant de quitter définitivement cette terre.
