ATTENTION ! Très important pour les fans, allez lire la petite note en fin du chapitre.

Caroline veilla sur le sommeil de Joeffrey jusqu'au matin. Grâce aux soins de Mme Pomfresh, sa blessure à l'épaule n'avait laissé qu'une empreinte très pâle sur sa peau. Mais la jeune femme avait été effrayée de découvrir d'autres traces, toutes plus terribles les unes que les autres sur le reste de son corps. Elle aurait pu toutes les attribuer à la nuit où le loup-garou avait attaqué la maison des Sanders, mais certaines avaient l'air d'être assez récentes. Cependant, Caroline ne se sentait pas la force de l'interroger. Du moins, par encore.

En attendant, le frère et la sœur réapprenaient à se parler, examinant attentivement l'autre.

— Tu ressembles beaucoup à Maman, lui avait-il confié tandis qu'elle changeait ses pansements.

Ne trouvant rien à répondre, Caroline s'était contentée d'un sourire, auquel Joeffrey avait timidement répondu. Sa sœur avait alors assuré qu'il souriait comme leur père, et ses traits reprirent la dureté qu'ils avaient affichée jusque-là. Elle avait remarqué qu'il ne faisait jamais le moindre geste pour la toucher, la laissant toujours faire le premier pas. Caroline sentait qu'il y avait une sorte de barrière entre eux, qu'elle ne parvenait pas à briser malgré toutes ses tentatives.

Averti la veille par Rogue, lui et Dumbledore passa à l'infirmerie en début d'après-midi. Caroline lança un grand sourire au professeur de potions avant de dire à son frère :

— Voici le professeur Rogue, Joeffrey. C'est lui qui t'as retrouvé hier soir.

— Oui, je me souviens, répondit son frère d'un ton absent en observant Rogue de la tête aux pieds.

Ce dernier fixait Joeffrey d'un œil froid. Hier soir, il avait quitté l'infirmerie sans que Caroline ne s'en rende compte, obnubilée qu'elle était par son frère. Elle aurait voulu le remercier davantage, lui faire comprendre à qu'elle point ce qu'il avait fait comptait pour elle, mais il était déjà parti quand Joeffrey s'était endormi. Sa principale priorité avait alors été de s'occuper du jeune homme, et elle n'avait pas encore eu l'occasion de parler à Rogue.

— J'ai prévenu votre oncle et votre tante, rapporta Dumbledore après qu'il eût demandé à Mme Pomfresh de les laisser seuls un moment. Ils voulaient venir vous voir mais je les en ai dissuadé. Les voir revenir ici risquerait d'attirer l'attention.

— Vous avez bien fait, répondit Joeffrey. Je ne veux pas leur causer plus de soucis.

Dumbledore hocha la tête, puis il se caressa la barbe d'un air pensif. Caroline comprit que le moment des explications était venu.

— Alonso nous a raconté ce qui s'était passé après la mort de vos parents, et je ne vais pas vous demander de reparler de ces événements. En revanche, je pense que votre sœur voudrait savoir pourquoi vous avez disparu pendant un an jusqu'à maintenant.

Joeffrey baissa les yeux et passa nerveusement une main dans son épaisse chevelure blonde, comme Caroline l'avait souvent vu faire quand leur père lui faisait la morale. A voix basse, il se mit à raconter :

— Cela faisait seize ans que je vivais seul. J'avais décidé de ne plus jamais avoir de contact avec Caroline ni avec le moindre membre de ma famille. Et cela me satisfaisait, d'une certaine manière. J'ai réussi à me fondre dans la masse, et les potions d'Oncle Alonso m'aidaient lors de mes transformations. Même si c'était douloureux, j'étais au moins assuré de ne pas représenter un danger pour les gens.

Il poussa un long soupir, parler avait l'air d'être extrêmement désagréable pour lui. Caroline posa une main sur son épaule et la pressa doucement, l'encourageant à continuer.

— Mais en mars dernier, dans un pub du village où je vivais, j'ai fait la rencontre d'un sorcier. En l'observant, j'ai très vite compris que c'était un loup-garou ; il avait ce même teint pâle et cet air malade qui suit les transformations.

— Je suppose qu'il avait une idée derrière la tête quand il vous a abordé, s'enquit Dumbledore.

— En effet. Il avait du mal à croire qu'un loup-garou se contente d'une petite vie bien rangée, surtout en côtoyant des moldus. Il m'a alors parlé d'une communauté formée par nos semblables, qui croissait dans les tréfonds de Londres, en marge de la société magique. Les loups-garous qui se sentaient exclus vivaient en bandes à l'abri des regards et des vindictes. Il m'a dit que beaucoup de loups qui avaient été du côté de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom avaient rejoint ce groupe, et il m'a proposé de le suivre. Ma première pensée a été de refuser, bien sûr. Mais ensuite, j'ai pensé à celui qui avait tué mes parents. Alonso m'avait dit que les Aurors n'avaient jamais réussi à mettre la main sur lui, et j'ai aussitôt compris que c'était peut-être ma seule chance de le retrouver.

Caroline n'en croyait pas ses oreilles. Son frère s'était donc lancé dans une traque de l'assassin de leurs parents, sans même penser à avertir leur oncle ou aux dangers qu'il pourrait courir.

— J'ai passé un an à Londres, à vivre au milieu de parias comme moi. Comme je n'avais plus de potions Tue-Loup, j'étais bien plus dangereux mais je m'en moquais. Tout ce qui comptait était de mettre la main sur cet homme.

— Mais vous ne l'avez pas trouvé, n'est-ce pas ? s'enquit Dumbledore, fixant le jeune homme de ses yeux d'un bleu glacé.

— Non, répondit Joeffrey, l'air déçu. En un an de recherche, je n'ai jamais rien appris sur lui. Ni son nom, ni où il vivait… Je ne sais même pas s'il a survécu à la guerre.

— Et c'est de là que viennent toutes ces cicatrices ?

La question de Caroline avait sonné comme une profonde désapprobation. Son visage exprima à la fois la tristesse d'entendre que son frère se soit retrouvé dans cette situation, et la colère qu'il n'est pas pensé un seul instant à elle en agissant ainsi. Le regard qu'il lui lança, las et éteint, la mit encore plus en colère. Joeffrey leva la main pour l'empêcher de parler.

— Je sais déjà ce que tu dois te dire, déclara-t-il d'un ton morne. Tu penses que j'ai été stupide, que te faire croire à ma mort était la pire chose que je pouvais te faire. Mais il faut que tu comprennes que j'avais trop peur de te faire du mal pour avoir envie de revenir. Pendant toutes ces années, je n'ai pensé qu'à ta sécurité, et je croyais la préserver en me tenant loin de toi.

Rogue choisit ce moment-là pour intervenir :

— Dans ce cas, pourquoi êtes-vous venu ici ?

Joeffrey avait l'air furieux que l'homme en noir lui ait adressé la parole, ce que Caroline ne comprit pas. Cependant, il prit la peine de répondre tout en veillant à ne regarder que sa sœur et Dumbledore :

— J'ai réussi à me procurer un exemplaire de la Gazette du sorcier, où j'ai trouvé un article qui parlait de Caroline. J'ai lu qu'elle avait trouvé un emploi à Poudlard, et qu'elle travaillait avec un sorcier du nom de Severus Rogue.

Il leva les yeux vers le professeur de potions et le jaugea d'un air menaçant.

— J'ai entendu plusieurs fois votre nom quand je vivais à Londres. Beaucoup parlent de vous comme d'un traître, un opportuniste sournois qui a retourné sa veste pour sauver sa peau.

Caroline voulut le contredire mais, au vu de l'état d'esprit de son frère, il ne valait mieux ne pas lui dire qu'elle savait que Rogue avait été un mangemort dans sa jeunesse. Joeffrey reporta son attention sur elle et poursuivit :

— Il était normal que je m'inquiète pour toi, surtout en sachant ce qui est arrivé à Papa et à Maman. Je n'arrive même pas à croire qu'oncle Alonso et tante Meredith t'aient laissée quitter leur maison. Je suis venu ici uniquement pour m'assurer que tout allait bien pour toi.

— Si vous vouliez vous assurer qu'elle n'attire pas l'attention sur elle, vous auriez dû vous abstenir, répliqua Rogue avec un ton suffisant.

Cette fois, Joeffrey avait l'air tout à fait furieux. Lançant un regard noir à Rogue, il gronda :

— Peut-on savoir de quoi vous vous mêlez ?

— Joeffrey ! protesta Caroline. Il ne cherche qu'à nous aider, comme Dumbledore !

Cela ne convainquit pas du tout son frère, qui reprit :

— Vraiment ? Si tu savais la moitié de ce qu'on m'a raconté sur lui, toi aussi tu te méfierais. Tu as besoin d'être protégé, tu le sais.

Rogue ne se laissa pas impressionner par le jeune homme, qui était pourtant plus grand et plus robuste que lui. Il s'avança vers le lit du patient et renchérit :

— Vous avez tort de la sous-estimer. Vous le sauriez si vous vous étiez occupé d'elle.

— Et vous pensez être le mieux placé pour la connaître ? le nargua Joeffrey d'un ton méprisant.

— Tout à fait. Parce que je l'ai eu sans arrêt sur le dos pendant neuf mois, alors que vous avez préféré vous cacher seize longues années chez les moldus.

A ces mots, Joeffrey se leva brutalement de son lit et saisit Rogue par le col. Il le souleva à bout de bras, ce qui fit que les pieds du professeur touchaient à peine le sol.

— J'ai veillé sur elle depuis sa naissance jusqu'à ses six ans ! Tu n'as fait que la côtoyer pendant quelques mois, et tu penses que ça te donne des droits sur elle ?

— Joeffrey, lâche-le immédiatement !

Mais les supplications de Caroline ne parurent pas faire réagir Joeffrey, et ce dernier resserra sa poigne. Il fallut l'intervention de Dumbledore, qui utilisa le charme de Bouclier pour séparer les deux hommes. Tandis que Rogue massait son cou endolori, Caroline fixait son frère, pétrifiée. Elle ne se souvenait l'avoir jamais vu se montrer violent, et ce comportement la terrifiait. Joeffrey, appuyé contre son lit, tremblait de tout son corps, la sueur coulant le long de ses tempes.

— Mr le Directeur, dit Rogue quand il put à nouveau parler. A combien de jours sommes-nous de la prochaine pleine lune ?

Caroline comprit tout de suite où il voulait en venir. Cet accès de violence, soudain et incontrôlable, n'était peut-être qu'une réaction au cycle lunaire, auquel les loups-garous étaient très sensibles.

— Dans huit jours, l'informa Dumbledore.

— Parfait, déclara Rogue en remettant de l'ordre dans ses habits. Je vous conseille donc de nous débarrasser de lui au plus vite, avant qu'il ne se transforme.

Dumbledore, toujours serein malgré ce qui venait de se produire, expliqua :

— Je connaissais les risques, Severus. C'est pourquoi j'ai demandé à Remus de venir, je pense qu'il peut être d'une grande aide à Joeffrey.

Quand il attendit ce nom, Rogue parut encore plus furieux qu'il ne l'était déjà. Le prénom évoquait quelque chose chez Caroline, et elle mit quelques instants avant de se souvenir qu'il était apparu dans l'article que Rita Skeeter avait écrit sur elle.

— Ce ne serait pas le sorcier qui était professeur de Défense contre les forces du Mal, l'année dernière ? voulut-elle s'assurer.

— Tout à fait, affirma Dumbledore. Il ne devrait d'ailleurs pas tarder, il m'a assuré qu'il serait là le plus vite possible.

Le Directeur avait à peine finit sa phrase que quelqu'un frappa à la porte de l'infirmerie. Un homme, à peu près du même âge que Rogue, entra dans l'infirmerie. Sa robe de sorcier était rapiécée et, comme Joeffrey, il avait l'air malade et affaibli. Ses cernes, son visage pâle couvert de cicatrices et ses cheveux bruns parsemés de mèches blanches le faisaient paraître très fragile. Malgré tout, un sourire aimable illuminait son visage et le rendit immédiatement sympathique aux yeux de Caroline.

— Bonjour, Albus, lança-t-il d'une voix chaleureuse. J'ai essayé de faire le plus vite possible.

— Merci d'être venu, Remus.

Lupin s'avança dans la pièce d'un pas tranquille. Quand il passa devant Rogue, il le salua d'un « Severus… » hésitant auquel le sombre professeur ne sembla pas vouloir répondre. Dumbledore le présenta ensuite à Caroline.

— Enchanté de faire votre connaissance. Vous êtes ravissante, Miss.

Cette remarque fit sourire Caroline. Contrairement aux compliments que lui adressaient la plupart des hommes, Remus Lupin paraissait sincère et soucieux de se montrer courtois. Ce qui fit qu'elle ne comprenait pas du tout le ressentiment évident de Rogue à son égard. Lupin dut le comprendre, car il prit la peine d'éclaircir la situation :

— Severus et moi étions élèves à Poudlard ensemble. Nous n'avons jamais été très amis, comme vous vous en doutez.

C'était le moins que l'on puisse dire. Depuis qu'il était arrivé à l'infirmerie, Rogue ne cessait de le foudroyer du regard. Joeffrey, lui, dévisageait le nouveau venu avec grand intérêt.

— Seriez-vous…comme moi ? l'interrogea-t-il.

Lupin se tourna vers lui, un sourire bienveillant sur les lèvres.

— Oui, opina-t-il, je suis comme vous. Avec l'appui du professeur Dumbledore, je suis venu vous faire une proposition.

— Je crois que vous n'avez plus besoin de moi, fit remarquer Rogue avant de s'avancer vers la porte.

Caroline voulut le suivre mais Joeffrey la retint, lui prenant délicatement la main.

— Caroline, je m'excuse pour tout à l'heure. Je ne sais pas ce qui m'a pris…

— Ne t'en fais pas, le rassura-t-elle. Je vais préparer de quoi te sentir mieux.

Elle lui promit de revenir très vite et quitta à son tour l'infirmerie. Elle ne mit pas longtemps pour retrouver Rogue, qui descendait les escaliers à toute allure.

— Rogue, attendez ! l'appela-t-elle. Je suis désolée de ce qui s'est passé !

— Vous n'êtes pas la seule ! lança Rogue en lui jetant un regard courroucé. Votre cher frère a bien failli m'étrangler !

Même si elle comprenait sa réaction, elle se sentit obligée de défendre Joeffrey.

— Ce n'est pas de sa faute. Il y a longtemps qu'il ne prend plus de potion Tue-Loup et la pleine lune est proche.

— Eh bien, allez donc vous occuper de votre monstre de frère et disparaissez !

Caroline attrapa un pan de sa cape pour le forcer à s'arrêter. Elle se planta alors devant lui et s'écria :

— Comment osez-vous dire ça ? Vous savez qu'il a honte de ce qu'il est, vous n'aviez pas besoin de lui parler de cette façon !

— Je vois que ce n'est pas la reconnaissance qui vous étouffe ! Vous venez de me donner la preuve que la bonté n'est jamais récompensée à juste titre !

Ces mots eurent l'effet d'une douche froide sur Caroline. Elle avait voulu lui exprimer sa gratitude, et elle ne faisait que l'accabler.

— Professeur, vous devez comprendre que je me préoccupe avant tout de mon frère. Mais vous ne pouvez pas imaginer à quel point je vous suis reconnaissante pour lui avoir sauvé la vie.

Tout en sachant qu'il risquait de s'énerver, elle lui prit la main et la serra dans les siennes.

— Merci, dit-elle en essayant de faire passer le plus de chaleur possible dans ce petit mot.

Rogue, l'air atrocement gêné, regarda successivement le visage de son assistante et les petites mains qui tenaient la sienne. Quand le contact sembla devenir tout à fait insupportable pour lui, il retira sa main et affirma d'une voix qu'il voulait froide :

— Ne vous faites pas d'illusions, je l'aurais fait pour n'importe qui. Vous feriez mieux d'aller préparer un chaudron de potion Tue-Loup pour votre frère, il risque d'en avoir grandement besoin.

Caroline acquiesça et partit vers les cachots afin d'aller chercher les ingrédients nécessaires à la préparation. Elle n'avait encore jamais préparé cette potion mais, pour son frère, elle se sentait prête à tout réussir.


Remus était venu proposer à Joeffrey de venir habiter chez lui, puisque le jeune homme ne voulait pas revenir chez les Midway. D'abord méfiant, il finit par accepter, concevant que sa sœur refuserait qu'il retourne vivre avec les loups-garous qui occupaient les baffons londoniens. De plus, Dumbledore leur assura que Lupin était digne de confiance.

Joeffrey réussit à rester invisible aux yeux du reste des habitants du château jusqu'à ce qu'une semaine plus tard, il fut totalement rétabli. La potion Tue-Loup lui permettait de mieux contrôler ses humeurs, mais il semblait toujours affligé que sa sœur l'ait vu se mettre dans un état pareil. Comme Dumbledore, Mme Pomfresh, Rogue et son assistante étaient les seuls à être au courant de la présence du jeune loup-garou à Poudlard, il fut décidé que c'était le professeur de potions qui le conduirait à l''extérieur du château.

Un matin, un peu avant que le jour se lève, Caroline et Rogue accompagnèrent le jeune homme jusqu'à la cour. Là, Rogue s'éloigna pour laisser au frère et la sœur le temps de se dire au revoir, mais surtout pour ne pas avoir à entendre les mièvreries qu'ils ne manqueraient pas s'échanger.

En réalité, les deux jeunes gens étaient assez mal à l'aise. Caroline n'avait pas très envie de quitter Joeffrey si tôt, et pourtant elle sentait que sa présence était inconfortable pour lui. Après tout, il avait préféré lui faire croire à sa mort plutôt que de renouer le contact avec elle.

— Fais attention à toi, surtout, se contenta-t-elle de dire au bout de quelques instants d'un silence plutôt lourd.

Joeffrey ne répondit pas, la fixant d'un regard pénétrant. Il fit mine de se détourner pour partir, et Caroline se sentit prête à éclater en sanglots. Mais à sa grande surprise, Joeffrey fit volte-face et la prit doucement dans ses bras. Ce contact surprit Caroline, tout en la rassurant. Elle sentait que les choses étaient enfin rentrées dans l'ordre, elle avait retrouvé la chaleur qui l'avait quittée il y avait tant d'années. D'une voix grave et rassurante, Joeffrey lui murmura à l'oreille :

— N'oublie pas, Caroline. Peu importe que l'on soit à nouveau séparés. On est frère et sœur, pour toujours.

Caroline acquiesça, son visage plongé dans l'épais manteau de Joeffrey. Ils restèrent ainsi enlacés un long moment, puis le jeune homme mit fin à l'étreinte. Cette fois-ci, il partit sans se retourner au côté de Rogue, qui devait l'accompagner jusqu'au grand portail où ils retrouveraient Lupin. Les deux hommes marchèrent sans parler ni se jeter un seul regard. Finalement, Joeffrey décida de briser le silence :

— Vous croyez que j'ai une chance de la retrouver vraiment ?

Rogue ne dit rien, ne semblant même pas avoir entendu la question. Joeffrey fit remarquer, avec un sourire en coin :

— Vous n'êtes pas très loquace, à ce que je vois.

— Je vous signale qu'i peine quelque jours, vous avez essayé de m'étrangler, lança le sombre professeur, agressif. Aussi, ne soyez pas étonnez si je n'éprouve aucune envie de vous faire la conversation. De plus, vos histoires de famille ne m'intéressent pas.

— Cependant, vous n'avez pas pu vous empêcher de vous en mêler. Est-ce parce que vous êtes du genre fouineur, ou parce que vous êtes proche de Caroline ?

— Je ne vois vraiment pas ce qui vous fait croire que nous sommes proches de quelque manière que ce soit ! protesta Rogue, qui commençait à être passablement agacé.

— J'ai remarqué la façon dont elle vous regardait, les sourires qu'elle vous faisait. Elle a confiance en vous, en tout cas plus qu'en moi, son propre frère. C'est assez ironique quand on y pense.

Rogue ne trouva rien à rétorquer. Il ne voyait vraiment pas où cet homme voulait en venir. Si sa petite sœur n'avait plus confiance en lui, Joeffrey Sanders ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Quant à la relation de Rogue avec la jeune femme, il ne savait certes plus où il en était mais il restait persuadé qu'il n'y avait rien de proprement intime pour eux.

Les deux hommes arrivèrent enfin au portail, où Lupin les attendait, enveloppé dans une cape de voyage. Rogue et lui se saluèrent d'un signe de tête imperceptible, et Joeffrey franchit la grille.

— Tu ne peux vraiment pas me dire où tu dois l'emmener ? demanda Rogue à son ancien camarade.

— Est-ce que tu t'inquièterais ? s'étonna Lupin. Ce n'est pas dans tes habitudes.

— Si je te pose la question, c'est uniquement parce que sa petite sœur risque de passer son temps à se ronger les sangs, rétorqua Rogue en appuyant de façon malveillante sur ces deux mots. Et j'ai déjà eu assez de problèmes avec elle pour ne pas avoir à gérer ça en plus.

Joeffrey se tourna vers lui et protesta violemment :

— Je vous interdis de parler d'elle de cette façon !

— Je croyais que nous étions pressés, fut remarquer Rogue d'un ton méprisant.

Joeffrey le fixa longuement d'un air mauvais. Rogue sentait bien que le jeune homme le méprisait, le détestait peut-être. En pensant que ce ressentiment pouvait venir de sa jalousie vis-à-vis de la relation qui existait entre le professeur de potions et son assistante, il ne put s'empêcher de ressentir une certaine satisfaction. Mais avant de rejoindre Lupin, le frère Sanders dit d'un ton moins rude :

— Prenez-quand même soin d'elle pour moi...s'il vous plaît.

Lupin assista sans comprendre à la scène. Rogue, quant à lui, lança un drôle de regard à Joeffrey Sanders avant de refermer la grille et de repartir vers le château. Il n'avait absolument aucune envie de se sentir responsable de la jeune femme. Mais n'était-il pas déjà trop tard ? Depuis qu'il l'avait rencontré, à chaque fois qu'elle avait été sur le point de sombrer, il s'était senti obligé de la retenir. La culpabilité était depuis longtemps sa plus grande faiblesse, et il y était particulièrement vulnérable depuis que Caroline Sanders était entrée dans sa vie.

Quand il vit qu'elle était restée à l'attendre dans la cour, son humeur s'assombrit davantage. Elle s'avança jusqu'à lui et demanda, l'air inquiet :

— Ca s'est bien passé ?

— Nous avons fait deux cents mètres pour rejoindre le nouveau chaperon de votre frère, répondit Rogue sur un ton sarcastique. Que croyez-vous qu'il ait pu arriver ?

Sanders se détourna, fixant le chemin qui menait au portail. Rogue remarqua alors qu'elle mordait son poing serré pour s'empêcher de pleurer.

— Je ne pensais pas que ce serait si dur de le voir partir, confia-t-elle d'une voix emplie de sanglots.

Rogue soupira et leva les yeux au ciel. Il ne se sentait vraiment par d'humeur à la consoler et, de toute façon, il n'aurait pas su comment faire. Pressé de retourner à l'intérieur, il lança de manière à la faire réagir :

— Vous inquiéter en pleurnichant ne l'aidera pas. Vous feriez mieux de concentrer vos efforts sur des choses bien plus utiles.

Mais la réaction de la jeune femme ne fut pas celle qu'il espérait. Elle leva les yeux les yeux vers lui et un sourire triste apparut sur son visage.

— Serait-ce votre manière de me remonter le moral ? s'enquit-elle.

Rogue écarquilla les yeux puis, sans prendre la peine de répliquer, la planta là et traversa la cour. Il était d'ordinaire très doué pour cerner ses interlocuteurs, et son sens de la répartie faisait office de légende à Poudlard. Alors comment faisait cette pénible demoiselle pour réussir, encore et toujours, à le prendre de court ?


Bonjour à tous ! Comme nous approchons de la fin du premier volet, j'ai décidé de vous faire une petite surprise : c'est vous, les lecteurs, qui allez choisir la couverture du deuxième volet, qui serait publié sous la forme d'une nouvelle histoire. Pour ce faire, allez sur Youtube et tapez le lien que j'aurais indiqué dans mon profil.

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