Mercredi 27 décembre 1995
Chère Marie,
aujourd'hui, c'était le retour aux affaires, et... ça n'a rien eu d'agréable, autant être honnête tout de suite, même s'il y a eu des surprises... euh... surprenantes ? et pas forcément mauvaises en soi, voire même qui pourraient finir par devenir de bonnes nouvelles. Suffisamment de mystère en introduction, passons aux faits.
Ce matin, j'ai demandé à Sirius, Hermione et Harry de me retrouver dans la bibliothèque. Je voulais leur donner les derniers éléments que j'ai concernant leur histoire, les plus sordides.
« Sirius, j'ai besoin de ta confirmation sur ce point : est-ce que vous gardez au Département des Mystères une prophétie ?
–Oui.
–Une prophétie qui concerne Harry et Lord Voldemort ?
–Oui, a soupiré Sirius.
–Quoi ? s'est exclamé Harry. Votre arme, c'est une prophétie ? Une putain de prophétie ?
–Calme-toi, j'ai dit doucement, ce n'est que le début de la conversation. Sirius, peux-tu nous expliquer ce que tu sais à ce sujet ? Ça me permettra de savoir quels possibles sont les plus vraisemblables.
–Bon. Une prophétie a été faite peu avant ta naissance, Harry. En gros, elle déclare qu'un enfant bientôt à naître, au moment où elle a été dite, aura le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres, grâce à un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore. Le Seigneur des Ténèbres marquera cet enfant comme son égal, et à partir de là, aucun d'eux ne peut vraiment vivre tant que l'autre survit, et l'un des deux devra mourir de la main de l'autre. »
Il y a eu un silence. Cela fait bizarre d'entendre la prophétie formulée ainsi, même si c'est exact. J'ai l'habitude de voir le texte exact de la prophétie, pas sa traduction en véritable anglais. Puis Harry a secoué la tête :
« Donc, une prophétie dit que Voldemort me marquera comme son égal, que j'ai le pouvoir de le vaincre parce que j'ai un pouvoir qu'il ignore, et que je devrais le tuer ou il me tuera ?
–C'est en gros ça.
–Pourquoi moi ?
–La prophétie donnait les conditions qui encadrent la naissance de l'enfant, et seuls deux enfants correspondaient : Neville et toi. Voldemort t'a choisi. Il t'a... marqué comme son égal, faisant de toi le seul enfant de la prophétie.
–Marqué comme son égal ? La cicatrice ?
–La cicatrice n'est qu'une représentation physique de cette marque, je suis intervenue. La... marque, si on peut appeler ça ainsi, va bien plus loin que ta cicatrice. Mais on y reviendra, c'est la deuxième partie de cette conversation. Continuons avec cette prophétie. Elle est donc stockée au Département des Mystères, et vous la gardez. Pourquoi ?
–Parce que Voldemort ne la connaît pas en entier. Il ne connaît que le début, qui annonce la naissance d'un enfant ayant le pouvoir de le vaincre, et la description des conditions. Il ne sait rien au sujet de ce pouvoir qu'il est censé ignorer, et sur le fait que l'un devra tuer l'autre. Il la veut donc en entier, parce qu'il espère savoir pourquoi Harry a pu le vaincre en étant tout juste un nourrisson.
–Mais... a fait Hermione. Est-ce que c'est vraiment nécessaire de la garder ? Même si la prophétie ne le disait pas, Voldemort chercherait de toute façon à tuer Harry, ne serait-ce que parce que Harry l'a déjà mis en défaut trop de fois et que c'est insupportable pour lui. D'une certaine façon, c'est ça, plus que la prophétie, qui obligera Harry à tuer Voldemort s'il ne veut pas être tué lui-même. »
Sirius l'a regardée un instant, stupéfait, puis a jeté un coup d'œil vers moi. Je dois reconnaître que je suis satisfaite de la déduction de Hermione. Comme le disent de nombreuses fan-fictions, un Avada Kedavra reste un Avada Kedavra, quelle que soit la personne qui le lance.
« Il faut que j'en parle à Dumbledore, a soudain dit Sirius.
–Non, j'ai répondu. Tant que Dumbledore est occupé à faire garder la prophétie et Voldemort occupé à vouloir la récupérer, aucun des deux ne s'occupe directement de Harry, et c'est très bien comme ça. En plus, cette histoire de prophétie au Ministère, si tout se passe bien, va amener une série d'événements qui vont forcer le monde sorcier à reconnaître la renaissance de Voldemort, et ce n'est pas plus mal. Tant que ces deux idiots placent plus d'importance dans cette prophétie que dans le reste, laissons-les faire, ça nous arrange.
–Tu ne crois pas en la prophétie ? s'est étonné Sirius.
–Je crois que certaines prophéties sont tout à fait réelles. Pas celle-ci. Je crois que si Voldemort n'en avait jamais eu connaissance, il n'aurait jamais cherché à éliminer un enfant de quinze mois, le marquant ainsi comme son égal et amenant une série de circonstances qui font que aujourd'hui, effectivement, l'enfant devenu jeune homme est plus ou moins obligé de tuer lui-même Voldemort s'il veut vivre sa vie. Je crois aussi que si Dumbledore n'avait pas mis un tel acharnement à faire en sorte que cette prophétie se réalise pleinement, Harry vivrait sans doute beaucoup plus heureux, et serait également parfaitement heureux de considérer que des adultes formés à combattre la magie noire sont parfaitement à même de détruire Voldemort s'ils veulent bien se bouger les fesses. Prophétie ou pas, si demain je balance un Avada Kedavra à Voldemort, il sera aussi mort que si Harry Potter l'avait lancé. Mais Dumbledore a fait que tout le monde croit plus ou moins que Harry est une sorte d'élu, et que seul lui est capable d'affronter Voldemort et d'en sortir vivant. Enfin... Pour l'instant. »
Tous les trois m'ont regardée en fronçant les sourcils, puis Hermione a demandé, sévèrement :
« Pour l'instant ?
–Deuxième partie de la conversation, encore moins agréable, et liée à la première partie. La marque de Voldemort comme son égal et le lien entre Voldemort et Harry sont issus de la même chose : ce qui se cache derrière cette fameuse cicatrice. C'est aussi la raison pour laquelle Dumbledore a fait mener une vie aussi misérable à Harry, tout en proclamant qu'une seule force est au dessus de tout...
–L'amour, a soufflé Harry en réalisant. Il croit que le pouvoir que Voldemort n'a pas, c'est l'amour ?
–Je ne sais pas ce qu'il croit, et je sais que Voldemort méprise en effet l'amour et ce que ça peut impliquer. Par contre, je ne pense pas que ce soit le pouvoir qui te permette de le vaincre. En tout cas, pas directement. Je pense que, en effet, ta capacité à aimer te donnera la motivation suffisante pour continuer à te battre, jusqu'au bout. Et c'est ce que Dumbledore pense aussi, et c'est ce qu'il veut. Et j'insiste, dans ce cas, sur le ''jusqu'au bout''. Dumbledore ne veut pas que tu survives à Voldemort. Il veut que soit tu le tues, et que cet effort te conduise à ta propre mort, soit que tu meures lors d'un affrontement final, qui laissera Voldemort suffisamment affaibli pour que Dumbledore puisse le tuer. Si Dumbledore t'a fait mener une vie aussi misérable en te matraquant que l'amour est au-dessus de tout et que ton devoir est de sauver le monde magique, c'est pour que tu sois volontaire dans le fait de donner ta vie pour... la cause. Si tu n'aimes pas ta propre vie, mais que tu as suffisamment, trop peut-être, conscience de l'importance de ton rôle pour le monde magique, et que tu penses qu'au moins, d'autres personnes auront une vie à aimer, tu te sacrifieras volontiers pour leur laisser cette chance. »
J'ai vu Sirius et Hermione choqués par ce discours, mais j'ai surtout porté attention à Harry. Et j'ai senti son... approbation. Il a en effet ce système de valeurs. Il a en effet suffisamment connu de souffrances pour se demander s'il ne vaut pas mieux qu'il s'arrête là, si ça peut permettre au monde magique de vivre en paix. Après tout, il a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Si on lui donne une noble raison pour le faire, il n'hésitera pas longtemps.
J'ai inspiré profondément pour maîtriser mes propres émotions. Il est hors de question que Harry continue sur cette voie-là. Il mérite plus que tout autre d'avoir une chance de vivre une vie heureuse, entouré de gens qui l'aiment et qu'il aime, qui le rendent heureux et qu'il aura envie d'accompagner plus loin.
Mon émotion a du transparaître, car il s'est approché de moi, inquiet :
« Eh, ça va ?
–Il est hors de question que tu fasses un putain de sacrifice inutile soi-disant pour le bien de tous ! Ils n'ont pas besoin de ça ! Bon sang, Harry, tu es un môme de quinze ans ! Il faudrait qu'ils s'en rappellent ! Tu n'es pas un dieu, ni un surhomme, et ils n'ont aucun droit d'exiger que ce soit toi qui les débarrasses de Voldemort ! Aucun ! Ils doivent faire autant que toi, si ce n'est plus ! Tu as déjà donné plus que ta part !
–Manon, calme-toi !
–Je me calmerai quand tu me promettras que jamais tu n'envisageras de te sacrifier pour les autres.
–Tu sais bien que je ne suis pas comme ça.
–Jure-moi que tu feras tout ce qui est possible pour survivre à Voldemort.
–Je te le jure, a répondu Harry très sérieusement.
–Tu me jures que tu ne m'abandonnes pas ?
–Si tu ne m'abandonnes pas non plus.
–Je reste avec toi jusqu'à la fin, j'ai affirmé. Il est hors de question que je te laisse traverser ça tout seul.
–Alors je te jure de rester aussi avec toi.
–Tu n'es pas un putain de héros, Harry. Tu as le droit de vivre et de te prévoir un avenir.
–Mon avenir est un peu assombri par Voldemort, pour l'instant.
–Par Voldemort uniquement. Personne d'autre n'a le droit de te dire que toi seul peux l'affronter.
–Tu laisses Voldemort le dire ? s'est étonné Harry.
–Voldemort pense que tu n'es qu'un incroyable chanceux, dont la chance tournera bientôt. Il ne pense pas que tu es le seul à pouvoir l'affronter. Pour lui, c'est Dumbledore qui a ce rôle. Un Dumbledore un peu trop ravi à mon goût de comprendre pour une fois qu'il y a une nouvelle génération en marche. »
Harry s'est levé pour me serrer contre lui :
« Manon... Je ne peux pas te promettre de survivre à cette guerre, alors que j'ai un psychopathe décidé à me tuer personnellement à mes trousses. Mais je peux te promettre que je ferai tout ce qui est possible pour pouvoir participer à l'après-guerre. Je veux avoir une chance de vivre au moins une année en paix. Je sais que j'ai encore un long chemin à faire avant de ne plus avoir envie de me sacrifier complètement pour les autres, mais je suis en route. Si tu ne m'abandonnes pas, avec Hermione, Sirius et tout le monde, je vais y arriver. Nous allons tous y arriver. D'accord ? »
D'accord. Ça me semble raisonnable, pour l'instant. Je ne peux pas lui demander plus. Il n'est libéré de ses différentes contraintes que depuis quelques jours, il a tout un système de valeurs, notamment la valeur de sa propre vie, à reconstruire. À moi aussi (et pas seulement moi) de faire en sorte qu'il comprenne que sa vie ne vaut pas moins que celle d'un autre, ou de plusieurs autres.
J'ai hoché la tête contre lui, puis je me suis écartée et l'ai regardé avec appréhension :
« Tu me promets que ce que je vais te dire maintenant ne changera rien à ce que tu viens de me dire ? »
Harry a froncé les sourcils, puis a soupiré :
« Je promets.
–OK. Ton lien avec Voldemort, tu as compris ce que c'était, quand tu as construit ton paysage mental ?
–Une sorte d'entité extérieure qui s'est greffée à moi. »
J'ai ouvert de grands yeux. Il a en effet bien compris la nature d'un Horcruxe, même s'il n'a pas mis de nom sur le concept. Puis j'ai hoché la tête :
« C'est exactement ça. Assieds-toi... Voldemort... Voldemort est obsédé par l'immortalité, et par tous les moyens qui lui permettront d'y parvenir. Le moyen le plus efficace qu'il ait trouvé jusqu'à présent, ce sont les Horcruxes. »
Hermione a froncé les sourcils, ne sachant pas de quoi je parle, mais Sirius a pâli. Visiblement, lui, a compris.
« Les Horcruxes ?
–Oui, les. Pour Hermione et Harry, et corrige-moi si je me trompe Sirius, un Horcruxe est un bout d'âme d'une personne placé dans un objet, qui sert alors de... sauvegarde. Une âme ne peut pas partir tant qu'un morceau est rattaché sur cette Terre. Avec un Horcruxe, le morceau principal peut donc être séparé de son corps, la mort ne sera quand même pas réelle, parce qu'il y aura ce petit bout d'âme, cet Horcruxe, rattaché ailleurs. C'est de la magie noire, très noire, qui demande notamment un meurtre de sang froid pour pouvoir réaliser un Horcruxe. Voldemort en a réalisé plusieurs. C'est l'un des très rares points sur lequel absolument tout ce que j'ai pu lire concorde. Le nombre de Horcruxes, les objets qui les abritent, et leur emplacement. La seule mini-divergence, que Harry vient de supprimer, c'est l'avant-dernier Horcruxe.
–Moi ? a demandé Harry en fronçant les sourcils.
–Oui, toi. C'est la nature de ton lien avec Voldemort : tu as un morceau de son âme en toi. C'est ce qui te donne cette capacité à parler Fourchelangue, notamment. Ça a du aussi aider Dumbledore à poser le verrou, à l'origine : ce bout d'âme se nourrit de ta magie.
–C'est pour ça que Dumbledore veut que je meure ? Tant que je vis, cet Horcruxe également, et Voldemort peut revenir ?
–Et c'est là où je serais moins tranchée que Dumbledore, et où j'ai besoin des connaissances de Sirius, et sans doute de Bill et des gobelins. En effet, dans les livres, seule la destruction du conteneur de l'Horcruxe peut amener la destruction de l'Horcruxe lui-même. Voldemort ayant malheureusement choisi des artefacts particulièrement précieux, il a amené la destruction d'objets irremplaçables. Sans compter, dans les livres, ta propre mort.
–Mais... Tu as dit que j'avais connu un happy end ?
–Et c'est là où ça commence à devenir particulièrement tiré par les cheveux, et que j'ai tendance à plus facilement croire les histoires alternatives. Lors de l'affrontement final, dans le livre, il t'aurait tué. Tu n'aurais pas cherché à résister, car tu viendrais d'apprendre l'existence de l'Horcruxe en toi, et après de très nombreux mois à chasser les Horcruxes, tu sais parfaitement ce que ça signifie. Donc, tu aurais été parfaitement volontaire pour ta propre mort, afin d'assurer un avenir au monde sorcier : tu étais le dernier Horcruxe, et après ta mort, Voldemort aurait de nouveau été un simple mortel. Tu te serais donc placé presque avec plaisir face à l'Avada Kedavra de Voldemort. Mais... Tu as pour l'instant deux âmes en toi : la tienne, et celle de Voldemort, aussi partielle soit-elle. Et, à ta... mort... la Mort aurait décidé de n'emporter qu'une seule âme avec elle : celle de Voldemort. A toi, elle t'aurait laissé le choix : continuer ta route vers la... prochaine grande aventure... ou continuer dans le monde des vivants. Tu aurais choisi le monde des vivants, et tu serais donc revenu parmi nous, bien vivant et débarrassé de l'Horcruxe. Voldemort, de nouveau mortel, aurait effectivement été tué par la suite, et voilà ton happy end.
–C'est en effet tiré par les cheveux... a fait Sirius, visiblement dubitatif.
–Surtout que... histoire de continuer plus loin dans cette voie, l'auteur précise qu'après la mort sacrificielle de Harry, les sorts mortels lancés par Voldemort n'auraient plus eu aucun effet. En se sacrifiant aussi volontairement, par amour des autres, Harry aurait offert au monde magique dans son entier la même protection contre Voldemort dont lui-même bénéficie grâce au sacrifice de sa mère. Dans les livres, donc, le pouvoir inconnu de Harry est donc effectivement sa capacité à aimer, jusqu'à se sacrifier pour les autres. »
Tous les trois m'ont regardée un moment, puis Harry a eu un rire sans joie :
« À quel moment, dans les livres, je me serai rendu compte que Dumbledore m'a fait grandir pour mieux me faire mourir ?
–Quand tu aurais appris pour le dernier Horcruxe, celui qui est en toi, c'est-à-dire quelques minutes avant ta mort.
–Et en apprenant ça, j'aurais accepté de mourir quand même ?
–Oui. C'est pour le plus grand bien, après tout, et dans les livres, tu adhères à ce concept.
–Et je ne hais pas Dumbledore pour ça ? m'a demandé Harry, de plus en plus dubitatif.
–Tu l'aurais si peu haï que tu aurais donné son nom à un de tes enfants.
–Tu plaisantes, j'espère...
–Absolument pas. L'épilogue. Le passage du livre qui a le plus fait hurler tous ceux qui aiment cet univers littéraire. Moi comprise. Personne n'a compris ce qui était passé par la tête de l'auteur avec cette histoire de prénoms, sans parler des couples... Dans cet épilogue, tes enfants se seraient appelés Albus, donc, mais aussi James et Lily.
–Mes enfants auraient porté le prénom de mes parents morts et de l'homme qui aurait voulu ma mort ?
–Mort, lui aussi, si ça peut te consoler.
–Pas du tout, je trouve ça terriblement glauque. Et très... égoïste aussi. Je suppose que pour avoir des enfants, j'ai une femme. Et elle n'aurait pas eu son mot à dire ?
–Ta femme aurait été plus que ravie de te laisser le choix dans le prénom de tes enfants. Après tout, tu es un véritable héros, qui as tant vécu, tu as bien le droit à ce... plaisir. Mais je suis contente que tu trouves ça glauque. Ça me rassure.
–Oui, c'est glauque. Je donne à mes enfants le poids des morts. Qu'on donne en deuxième ou troisième prénom le nom d'une personne chère, pourquoi pas. Mon deuxième prénom est le nom de mon père. Mais en premier prénom, l'enfant doit pouvoir se construire lui-même, et pas en fonction d'un proche disparu. »
J'ai hoché la tête. Au moins, quoi qu'il arrive, je sais que le vrai Harry n'appellera jamais son enfant James Sirius ou Albus Severus... C'est toujours ça de gagné. J'ai souri :
« Bien. Aucun scrupule à te révéler cet épilogue, alors.
–Qui est ma femme, dans l'épilogue ?
–Ne compliquons pas davantage une situation déjà compliquée, j'ai simplement répondu. On n'en a pas terminé avec cette histoire de Horcruxes. Donc, selon les livres, tu dois mourir, et être heureux de le faire pour le bonheur des autres.
–Mais certaines histoires parallèles ne sont pas d'accord.
–La plupart ne sont pas d'accord. Même si elles ne sont pas d'accord sur la solution réelle, elles s'accordent à dire que ça, c'est franchement tiré par les cheveux, et qu'il doit y avoir un autre moyen. Sirius, c'est là que j'ai besoin de tes compétences. Est-ce que tu en sais assez sur les Horcruxes pour connaître un moyen de les détruire sans détruire leur contenant, surtout si le contenant en question est vivant ?
–Il faut que je fasse des recherches avant d'affirmer quoi que ce soit. Pourquoi est-ce que tu parlais de Bill et des gobelins ?
–Parce que de nombreuses histoires parallèles disent qu'en effet les sorciers n'ont aucun autre moyen que de détruire le contenant. Mais pas les gobelins. Cela inclut généralement un processus douloureux pour Harry, mais au moins, il s'en sort vivant. C'est aussi une piste à vérifier.
–Combien de Horcruxes Voldemort a-t-il réalisé ?
–Sept. »
Je les ai vu littéralement blanchir sous mes yeux, et j'ai eu un petit rire :
« Relax. Je sais ce qu'ils sont et où ils sont. Il ne reste plus qu'à trouver un moyen de s'en débarrasser.
–Où ?
–Il y en a un dans cette maison.
–Pardon ? s'est exclamé Sirius.
–Appelle ton elfe et demande-lui de m'obéir aussi bien qu'il doit t'obéir. »
Sirius m'a regardée bizarrement, mais s'est exécuté. Kreacher est apparu, et Sirius lui a aussitôt ordonné de m'obéir scrupuleusement.
« Kreacher, j'ai commencé doucement. J'aimerais te parler de Regulus.
–De mon frère ? s'est étonné Sirius. C'était un misérable Deatheater !
–Deatheater, oui, misérable non. Kreacher, j'aimerais te parler de la mission que t'a donné Maître Regulus avant de disparaître. »
J'ai senti la surprise des trois autres quand l'elfe de maison s'est effondré en larmes devant moi :
« Kreacher a essayé de détruire le médaillon ! Kreacher a essayé, mais rien n'a marché ! Kreacher a échoué ! Kreacher est un mauvais elfe de maison !
–Non, Kreacher, tu es un bon elfe, tu as essayé, mais la mission que t'a donné Maître Regulus ne peut pas être réalisée par un elfe de maison. Il ne le savait pas, et pensait que tu y arriverais, mais tu ne peux pas y arriver. Tu as fait de ton mieux, j'en suis certaine. Et si tu allais chercher ce médaillon ? »
Kreacher a disparu dans un pop et est revenu très rapidement, trop rapidement pour que Sirius, Harry ou Hermione aient le temps de me poser des questions. Il m'a tendu le médaillon de Slytherin. C'est un pendentif épais, avec une émeraude incrustée et sertie d'or. L'incrustation représente un serpent. C'est un très joli médaillon. Et il s'ouvre en deux, normalement. Enfin, il y a la trace de l'ouverture, mais nous ne l'avons pas ouvert. Déjà parce que ce n'est pas possible de l'ouvrir comme ça (je pense que la théorie du Fourchelangue se tient), et ensuite, parce que nous n'avons pas particulièrement envie de nous exposer à un Horcruxe sans moyen de le tuer, surtout après que j'ai expliqué aux autres ce qu'il faisait, dans les livres.
Harry a alors fait apparaître une boîte de plomb dans laquelle on a placé le médaillon, et l'a fermée hermétiquement. Cela semble bien fonctionner : dès le couvercle de la boîte fermée, je n'ai plus senti l'aura négative de l'Horcruxe (sensiblement la même que celle de la Marque des Ténèbres sur le bras des Deatheaters).
J'ai fait raconter par Kreacher l'histoire de la rébellion de Regulus et comment ça l'a mené à sa mort. En voyant que nous avons envie de mener la mission de son cher maître à sa fin, il a commencé à nous montrer beaucoup plus de respect. J'ai invité Sirius à se montrer respectueux en retour, cela ne leur fera que du bien à tous les deux. Il avait l'air dubitatif mais a promis de faire des efforts. C'est déjà ça de gagné.
Le récit de Kreacher a aussi permis de les convaincre tous les trois de la réalité des Horcruxes. Sirius a promis qu'il fera des recherches à ce sujet, pour que nous sachions comment les détruire. Parce que bon, j'ai bien quelques pistes, via les histoires, mais comme d'habitude, rien de concret, de prouvé, de vérifié. Et surtout, Harry sait maintenant qu'il ne suffira pas de se pointer devant Voldemort et de tuer son incarnation actuelle : il suffira à Voldemort de trouver un autre Horcruxe et de retrouver à nouveau un corps à partir de là. Tant que les Horcruxes ne sont pas détruits, Voldemort est en effet plus ou moins immortel.
Bref, une matinée sérieuse et riche, mais ce n'est rien par rapport à l'après-midi. Nous avions prévu d'aller à Gringotts, mais il ne fallait pas que les personnes qui ne sont pas dans notre cercle de confiance soient au courant. J'ai donc prétexté avoir envie de passer seule l'après-midi avec mon tout nouveau petit-ami pour justifier le fait que nous sortons. Bill et Remus ont fait officiellement office de gardes du corps. Harry est sorti avec des glamours, bien entendu. Bill nous a assuré que les glamours seraient inefficaces face aux gobelins, et que ça ne pose donc pas de problèmes à Gringotts.
Bill et Remus nous ont transporté dans le hall d'accueil, et Bill a rapidement trouvé un guichet libre pour annoncer que Harry Potter était arrivé pour son rendez-vous avec son chargé de compte. Un gobelin nous a alors guidés dans les longs couloirs de la banque jusqu'à un bureau. J'ai trouvé étonnante la hauteur sous plafond de Gringotts, en sachant que les gobelins ne font que la moitié de notre taille. Tout est en marbre, en or, en métaux et pierres précieuses. Les gobelins affichent sans réserve leur amour des minerais précieux.
Le bureau dans lequel on nous a fait entrer est comme le reste de la banque : très haut de plafond, avec les murs et le sol en marbre blond veiné de rose clair, et des dorures de partout. Le bureau est en acajou, avec de confortables fauteuils du côté des visiteurs, et un grand fauteuil de cuir du côté du gobelin, dans lequel il paraît tout petit.
Le gobelin chargé des comptes des Potter est Griphook. Harry l'a tout de suite reconnu comme étant celui qui l'a guidé dans les entrailles de Gringotts la première fois où il est venu ici. Le gobelin a semblé impressionné par la mémoire de Harry et le fait qu'il daigne se souvenir d'un gobelin, et s'est montré plus chaleureux.
Les fictions ne mentent pas à ce sujet : les sorciers doivent effectivement être particulièrement méprisants envers l'espèce qui gère pourtant toute l'économie magique britannique, et les gobelins apprécient quand un sorcier se montre respectueux et les considère comme ses égaux. Heureusement pour lui, Harry n'a aucun préjugé typique des sorciers, et c'est tout à fait naturel pour lui de considérer que les gobelins sont effectivement une espèce différente, avec ses coutumes et sa façon de penser, mais en rien inférieure aux sorciers.
C'est donc de façon assez amicale que nous avons commencé à faire le point sur les comptes de Harry. Comme nous l'avons prévu entre nous, la première chose qu'a demandée Harry est la possibilité de récupérer son titre de Lord, plein et entier. Nous avons finalement décidé, après ce que je leur ai appris ce matin, que Harry récupérerait son titre quoi que ça implique, mais nous contacterons quand même Lady Longbottom et Madam Bones dans les prochains jours pour qu'il en sache plus. Comme il a plus de quinze ans, ça n'a posé aucun problème en soi. La seule question que nous avions était : est-ce que si Harry prend son titre de Lord, Dumbledore, en tant que tuteur, en sera informé ?
Griphook nous a regardé un moment, les uns après les autres :
« À votre question, je comprends que vous ne voulez pas qu'il soit informé. »
Perspicace, n'est-ce pas ? Nous ne voulons pas qu'il soit informé tout de suite, nous voulons d'abord avoir le temps de monter un dossier complet contre lui. Et pour cela, il nous manque encore quelques preuves. J'ai expliqué la situation de Harry, notre volonté d'assurer son indépendance, pourquoi, l'attribution abusive du statut de tuteur à Dumbledore...
Les gobelins sont effectivement une nation neutre, et ils n'ont aucun intérêt à se mêler des conflits entre sorciers. Aucun intérêt, à part l'argent que peuvent demander certaines transactions que les sorciers veulent garder confidentielles. Heureusement pour nous, les Potter sont une famille respectée des gobelins, et les gobelins n'aiment pas Dumbledore, qui se montre comme extrêmement ouvert avec les non-magiciens et les autres espèces intelligentes, mais ne fait absolument rien de concret en leur faveur.
Griphook s'est donc montré plus que ravi de montrer qu'il est le chargé de compte des Potter et non de Dumbledore au nom des Potter. Quand il a compris quel enfer a traversé Harry à cause de Dumbledore, il s'est montré furieux : on a touché à un héritier d'une vieille famille noble magique, qui plus est amie de longue date des gobelins.
Et surtout, on a touché à un enfant. Il y a de nombreuses fictions qui mettent l'accent sur le fait que les sorciers et/ou les gobelins trouvent extrêmement choquant qu'on puisse faire souffrir un enfant et le maltraiter. Apparemment, c'est vrai. Humain ou non, Harry, depuis notre rendez-vous chez Gringotts, est considéré non seulement comme un ami proche des gobelins du fait de son nom de famille et de son respect naturel, mais aussi comme un... protégé ? Ce n'est pas exactement le terme, parce qu'il n'y a pas de lien supérieur/inférieur. Mais l'idée est que ceux qui veulent faire souffrir Harry, à présent, le paieront au centuple.
Bill a été stupéfait par cette décision de Griphook. Il ignorait que les gobelins pouvaient choisir d'intervenir directement dans la vie d'un sorcier, ni même qu'ils pouvaient en avoir la volonté.
Donc Harry a gagné des alliés supplémentaires, et pas des moindres. C'est une excellente nouvelle.
Et du coup, Griphook a accepté que Harry récupère son titre de Lord de manière discrète. Pour récupérer un titre, c'est tout un cérémonial, franchement ! Tu penses qu'il suffirait de se faire reconnaître comme héritier et de signer un papier ? Non ! On est dans un monde magique, et la reconnaissance doit aussi se faire au niveau magique.
D'abord, il y a eu la détermination exacte de l'héritage familial de Harry. Pas l'argent ni les possessions, juste les lignées dont il est l'héritier. Pour ça, il a fallu qu'il verse une goutte de sang dans un petit bol couvert de runes, réservé à cet effet. Un parchemin est apparu, de la même manière que les parchemins de diagnostic, avant Noël. Ce parchemin trace un arbre généalogique, mais abrégé, avec uniquement les premiers porteurs d'une lignée et les personnages magiques les plus importants, ayant laissé un héritage particulier.
Et... Ben disons que ça ne dépare pas avec le statut d'archimage de Harry. Je t'ai agrafé une copie traduite, Harry m'a autorisée à en avoir une parce qu'il sait que ce journal est confidentiel.
Harry James Potter
Né le 31 Juillet 1980 à Lions' Rock, Lions' Hill, Pays de Galle.
Fils de James Charles Potter, né le 27 mars 1960 à Lions' Rock, Lions' Hill, Pays de Galle, et décédé le 31 octobre 1981 à Godric's Hollow, Pays de Galles.
et de Lily Mary Evans-Potter, née le 30 janvier 1960 à Cokeworth, Angleterre, et décédée le 31 octobre 1981 à Godric's Hollow, Pays de Galles.
Ascendance et titres :
Duc de Potter, Héritier de Merlin et de Viviane, Héritier de Godric Gryffindor et Rowena Ravenclaw, comte de Lions' Hill, Baron de Godric's Hollow, Chevalier de l'Ordre de la Table Ronde, par le sang (père) :
Merlin – Viviane
Lancelot – Elaine
Galaad – Nimue
...
Lancelot Potter
...
Godric Potter, dit Godric Gryffindor – Rowena Ravenclaw
…
James Charles Potter – Lily Mary Evans
Harry James Potter
Héritier de Salazar Slytherin et de Helga Hufflepuff, par le sang (mère) :
Salazar Seldwyn dit Slytherin – Helga Hufflepuff
Henriett Hufflepuff-Seldwyn
…
Lily Mary Evans – James Charles Potter
Harry James Potter
Et voilà. Harry est héritier par son père de deux Fondateurs de Hogwarts, par sa mère des deux autres, et par conséquent, il est le premier depuis la mort des Fondateurs à avoir le droit de porter le titre de Duc de Hogwarts, accompagné du titre de baron de Hogsmeade, qui fait en réalité partie des possessions des Fondateurs.
Sans compter l'héritage de la Table Ronde (Merlin, Viviane et compagnie) qu'il vaut certainement la peine d'étudier.
Remus n'était pas là lors de notre rendez-vous chez les avocats, et j'ai bien senti sa surprise à la lecture du parchemin. Nous lui avons raconté pourtant la visite, mais je pense qu'il ne nous croyait pas vraiment. Voilà, c'est fait. Une Détermination d'Héritage par les gobelins ne peut pas mentir. Harry est vraiment l'héritier des personnages les plus prestigieux de la magie britannique...
Ensuite, une fois cet héritage déterminé, il faut l'assumer. C'est là où c'est le plus long et le plus répétitif : il faut qu'il accepte chaque lignée, chaque héritage, un à un. Si dans la même lignée, plusieurs personnages représentent un héritage distinct (comme dans la lignée Potter, avec Merlin, Viviane, Lancelot, Galaad, Nimue, Godric Gryffindor et Rowena Ravenclaw), il faut qu'il accepte chaque héritage un à un.
Cela permet à la magie de reconnaître que Harry est non seulement un Potter, mais également de montrer qu'elle est d'accord sur le fait qu'il est le digne héritier de chaque personnage. Il est possible qu'elle ne veuille pas qu'il soit l'héritier de tel ou tel personnage, apparemment. Le père de Harry a été désigné Héritier de Gryffindor et de Lancelot, mais Ravenclaw, Merlin et Viviane l'ont ''refusé'' (ce qui n'est guère étonnant concernant Merlin et Viviane, puisqu'il n'y a encore eu aucun héritier reconnu). Cela ne remet pas en cause l'héritage par le sang, juste l'héritage magique. Ses descendants pourront à leur tour prétendre à chaque héritage, et se voir acceptés ou non.
L'héritage magique est aussi important que l'héritage par le sang, j'ai appris. Le fait que James, le père de Harry, n'ait pas été reconnu héritier de Merlin, par exemple, ne remet pas en cause le nombre de voix au Wizengamot ou ce genre de droits, mais par contre, ça l'a privé de pas mal de connaissances. Les coffres de chaque personnage, à Gringotts, contiennent des artefacts inestimables et des livres ayant une plus grande valeur encore, et ils ne sont accessibles qu'aux héritiers reconnus.
Et le jour où Harry se mariera, ce sera le même manège pour sa femme, pour savoir si elle aussi peut mériter l'accès à ces connaissances. Lily, par exemple, à la grande surprise du couple, avait été estimée digne d'accéder aux connaissances de Ravenclaw, alors que James non.
Donc voilà, du coup, il faut assumer chaque héritage un par un. Et on commence par les lignées : Potter et Hufflepuff-Seldwyn (pas Slytherin, parce que la lignée de Slytherin est celle du premier mariage de Salazar, celle qui a donné la lignée des Gaunt, les ancêtres de Voldemort). À chaque lignée, une chevalière. C'est très simple : il suffit d'enfiler la chevalière. Si la chevalière s'adapte au doigt, c'est que c'est bon, Harry est l'héritier légitime (par le sang et magiquement) de la lignée.
Donc, on commence par la lignée dont il porte le nom : Potter. Une chevalière en or, avec un gros rubis dans lequel est incrusté un lion d'or. La bague paraît dix fois trop grande quand Griphook la sort de son coffret, mais quand Harry la passe à son annulaire droit, il y a un éclat de lumière en provenance de la bague, et elle s'ajuste. Harry est donc à présent Lord Potter. Pas Lord Potter Gryffindor, puisqu'il n'a pas encore été accepté par Gryffindor.
Puis la lignée dont il hérite par sa mère : Hufflepuff-Seldwyn. Une bague en argent également, avec une topaze, et un blaireau incrusté. Aucune trace de Slytherin dans cette chevalière. Harry l'a passée au majeur, et la bague l'a accepté.
Le voilà donc héritier de deux lignées, et à lui maintenant de prouver qu'il est aussi l'héritier magique de chaque grand personnage de ces lignées. Maintenant, s'il enlève ses bagues, c'est qu'il renonce à cet héritage. Heureusement pour lui, elles peuvent, selon sa volonté, disparaître complètement de ses doigts, non seulement visuellement, mais aussi au toucher. Elles sont en fait toujours là, mais de manière invisible.
Harry s'est dépêché de tester ceci, et a vu les deux bagues disparaître avec soulagement : ce ne serait pas très utile de demander d'être discrets auprès de Dumbledore si c'est pour afficher au Quartier Général de l'Ordre du Phoenix son héritage, n'est-ce pas ?
Il a aussitôt demandé à Bill, avant de continuer, de faire lever tout sortilège de traçage et de pistage, comme l'ont conseillé les avocats. Normalement, Bill n'a pas l'autorité pour faire ça, mais il a largement les connaissances pour. Et comme c'est demandé par Lord Potter, le Ministère ne peut rien lui dire. Alors il l'a fait.
Ceci accompli, il est temps de passer à la suite : assumer l'héritage (ou se le voir refuser...) de chaque grand personnage de sa lignée.
Griphook a immédiatement précisé que l'héritage des Fondateurs doit se déterminer à Hogwarts. Le château est conscient, et Harry doit entrer en contact avec lui, et lui demander de le conduire jusqu'à la salle où il pourra prouver qu'il est l'héritier magique de chacun des Fondateurs. C'est un premier test, et si Harry n'y parvient pas, c'est qu'il n'est pas l'héritier magique, juste par le sang, et qu'il n'a droit à aucun privilège des Héritiers des Fondateurs.
Du coup, j'ai demandé :
« Et Tom Riddle est l'Héritier magique de Slytherin ?
–Il ne nous est pas possible de le savoir. Lord Potter pourra sans doute le découvrir lorsque lui-même demandera à faire valoir son héritage à Hogwarts.
–Donc, tant que je n'ai pas fait valoir cet héritage, je ne suis pas... Duc de Hogwarts ni baron de Hogsmeade ?
–Si, parce que c'est un titre sans répercussions magiques, mais simplement financières et légales : même si les Fondateurs ne vous reconnaissent pas comme leur Héritier magique, vous êtes de fait leur héritier de sang, et cela vous rend propriétaire de Hogwarts et de Hogsmeade. Mais vous êtes simple propriétaire, avec usufruit complet pour le directeur de Hogwarts et les locataires des habitations et commerces de Hogsmeade. La principale conséquence est que vous n'aurez aucun accès à la magie des lieux : les protections qui entourent le château et le village, par exemple. En tant qu'héritier magique, vous aurez contrôle sur la magie propre aux lieux, et vous pourrez contrôler finement qui a accès ou non à Hogwarts, ou activer les protections magiques de Hogsmeade, qui sont assez semblables à celles de Hogwarts, et qui ont été désactivées à la mort des Fondateurs pour faciliter le commerce. »
Harry et moi avons échangé un regard surpris. Nous n'avons jamais entendu parler de protections sur Hogsmeade. Même avec toutes mes lectures, c'est une nouveauté. Comme quoi, il reste encore des surprises.
« Bon, les Fondateurs, ça se fait à Hogwarts, j'ai dit. Et pour les autres ? Merlin, Viviane, Lancelot, Galaad, Nimue, et peut-être Elaine ?
–Elaine n'était que la femme de Lancelot, elle n'a aucun pouvoir magique, expliqua le gobelin. Mais en effet, tous les autres ont un héritage magique à transmettre, et il faut tester Lord Potter.
–Est-ce que, si Harry est l'héritier de Viviane et de Nimue, cela fait de lui l'héritier d'Avalon ?
–Non. Avalon est en France, et c'est la branche française de la famille de Morgane qui en est l'héritière. Cela lui en donne l'accès, mais il n'a aucun pouvoir de régence sur Avalon.
–Je croyais que Avalon était généralement situé à Glastonbury ? je me suis étonnée.
–Non, m'a contredit Griphook. A Glastonbury, c'est le Tor, qui est une porte vers Avalon. C'était une sorte de raccourci pour faciliter le voyage entre Camelot et Tintagel d'un côté, et Avalon de l'autre. Avalon est situé dans la Bretagne française.
–Sans vouloir vous vexer, comment cela se fait que vous soyez aussi au courant ?
–Cela ne me vexe pas, Miss. Les Gobelins, comme toutes les créatures, ont toujours été les bienvenues sur Avalon. Étant chargé des comptes des Potter, c'est-à-dire d'une famille proche de ce lieu, j'ai pris sur moi d'acquérir ces connaissances.
–Merci, a fait alors Harry. Je ne sais pas combien de temps il m'aurait fallu pour découvrir tout ça, et ça aurait été certainement accidentel. Maintenant, cela nous donne des pistes à suivre le jour où nous nous y intéresserons.
–Euh, j'espère que ça sera rapidement ! je me suis exclamée. Attends ! Avalon ! »
Harry a eu un rire :
« Je sais que c'est une partie de l'histoire britannique qui te passionne, voire la seule qui t'intéresse, mais pour l'instant, on doit se débarrasser de deux psychopathes. »
J'ai soupiré. Il n'a pas tort. On ne peut pas se permettre de se disperser pour le moment. Me reste plus qu'à espérer que je puisse rester assez longtemps pour satisfaire ma curiosité après la mort de Voldemort et la mise à l'écart de Dumbledore. Bon sang, ce serait quand même super frustrant d'apprendre que j'ai un accès à Avalon (en espérant que Harry soit assez gentil pour m'y emmener), mais que ma ''mission'' ici m'en empêche, et que je retourne soit en 2008, soit dans je ne sais quoi (si je suis morte) sans avoir pu satisfaire ma curiosité.
« Bon, réclame ton héritage, monsieur Lord Potter. Et t'as intérêt à te montrer digne d'au moins Merlin ou Viviane. Je veux mon accès à Avalon.
–Et qui te dit qu'il n'y a pas que moi qui peux emprunter ce... Tor ?
–Ah non ! Ne dis pas ça ! Bon sang, dire que j'y suis allée... C'est frustrant. »
Harry a eu un petit rire, puis s'est tourné vers Griphook :
« Bon, allons-y, ou elle va être insupportable.
–Hé ! »
Même Griphook a semblé amusé. Ils se sont tous les quatre marrés à mes dépends... Je te jure, aucun respect pour la curiosité... Mais au moins, ça a détendu l'atmosphère après le poids de ces héritages prestigieux. Harry a tout de même cherché à se faire ''pardonner'' en m'embrassant rapidement et en mettant en avant dans son aura d'émotions toute l'affection qu'il a pour moi. C'est malheureusement redoutablement efficace : je me suis calmée, mais j'ai tenu à tenir sa main. J'ai l'impression que j'ai de plus en plus quinze ans, y compris mentalement...
Griphook a sorti un nouveau bassin d'un tiroir, plus grand et tout aussi chargé de runes.
« Ce bassin d'Héritage est lié à la magie protégeant les coffres de chaque membre estimé de l'Ordre de la Table Ronde, ainsi que des mages de l'Ordre d'Avalon ayant un coffre à Gringotts.
–L'Ordre d'Avalon ? j'ai répété, surprise.
–Oui, Merlin, Viviane, Nimue, Lancelot, Galaad et Mordred, ici en Grande Bretagne. Le reste de l'Ordre est en France.
–Et comme pour l'Ordre de la Table Ronde, cela implique des droits et devoirs ? a demandé Harry en fronçant les sourcils.
–Surtout des pouvoirs, même si, en effet, des droits et devoirs y sont associés. Par exemple, on dit souvent que l'Héritier de Merlin doit maîtriser plus d'un élément.
–Harry en maîtrise deux, a déclaré Remus.
–Et bien c'est bien parti pour qu'il soit reconnu comme héritier magique de Merlin. L'Héritier de Viviane devrait avoir, selon les rumeurs, un pouvoir de Divination. On considère souvent que c'est Merlin le Voyant, alors qu'en réalité, c'était Viviane. L'Héritier de Nimue est souvent très à l'aise avec les magies de l'esprit. L'Héritier de Galaad est un bon Guérisseur, l'Héritier de Mordred est à l'aise avec la magie noire, et l'Héritier de Lancelot a souvent un don en magie de combat, que ce soit la défense ou l'attaque, sans distinction entre magie blanche et magie noire. La plupart des Potter ont été reconnus comme héritiers de Lancelot sans problème, ce qui leur donne cette réputation de chevaliers-mages.
–Est-ce que le fait d'être reconnu comme héritier magique peut débloquer certains pouvoirs ? j'ai demandé.
–Très bon raisonnement, Miss. Oui, en effet. Lord Potter est déjà archimage, ce qui rend presque naturelle la maîtrise de deux éléments. Peut-être que s'il est reconnu héritier de Merlin, il aura accès aux huit éléments.
–Huit ? »
Ça, ça venait de nous quatre. Je connais quatre éléments, moi : feu, terre, eau et air. Mais c'est vrai que Harry ne maîtrise aucun de ceux-là : il maîtrise la foudre et les ombres. Il a du suivre le même fil de pensée que moi, parce qu'il a dit :
« Eau, feu, terre et air, évidemment, mais aussi foudre et ombres, ce sont les deux que je maîtrise, et je suppose que s'il y a les ombres, il doit y avoir la lumière. C'est bien ça ?
–C'est tout à fait ça, Lord Potter.
–Quel est le dernier élément ?
–La magie. »
Nous l'avons regardé avec de grands yeux, et le gobelin a affiché ce qui ressemblait à un sourire :
« Oui, dire ça à des magiciens peut sembler étrange. Mais vous maîtrisez votre magie, pas la magie. La magie qui coule naturellement dans la nature, les courants de magie tellurique, les auras de magie autour de chaque être vivant, qu'il soit animal ou végétal... Le pouvoir de Merlin, simple en apparence, les éléments, est en fait très vaste et complexe. Nous, gobelins, maîtrisons par exemple naturellement la magie de la terre. Les Phoenix maîtrisent la magie du feu et de la lumière. Les centaures sont aussi des enfants de la terre. Les sirènes bien entendu des enfants de l'eau. Les licornes sont des enfants de la magie. »
Nous l'avons écouté religieusement. Pour moi, c'était presque une révélation. Évidemment qu'il existe de la magie à l'état brut, je n'avais jamais douté de ça. Mais jamais je ne l'aurais considérée comme un élément à part entière. Si en effet Harry, en étant reconnu comme Héritier magique de Merlin, débloque l'accès à tous les éléments, il va devenir un putain de magicien. Je commence à comprendre pourquoi les sorciers britanniques placent Merlin sur un tel piédestal, alors que les autres mages qui l'ont entourés ont eux aussi des pouvoirs non négligeables.
« Du coup, il ne doit pas y avoir beaucoup de magiciens qui sont héritiers magiques de Merlin... j'ai dit lentement.
–En fait, il n'y en a eu aucun, pour l'instant. Et les tests concernant les Héritiers de l'Ordre d'Avalon sont différents : nous ne testons pas uniquement leur descendance, c'est-à-dire les Potter pour la plupart d'entre eux, en Grande Bretagne du moins, mais tous ceux qui sont mages, et non sorciers.
–C'est-à-dire que je pourrais passer le test ?
–Vous êtes mage, Miss Nestral ?
–Oui. Mage élémental et empathe.
–Alors je vous recommande en effet une Détection d'Héritage générale, et les tests concernant l'Ordre d'Avalon. Vous êtes Française ?
–En effet.
–Alors il serait intéressant de vous tester, notamment pour Morgane. »
Oh. Qu'on teste Harry me paraît normal. Après tout, j'ai lu ça dans plusieurs histoires. Bon, pas l'Ordre d'Avalon, ni une telle ascendance, mais le tester comme Héritier magique de prestigieux mages n'a rien de nouveau pour moi, c'est juste plus... concret. Moi, par contre, c'est une autre histoire. J'ai soupiré :
« Dans ce cas, il faudra aussi que Hermione passe ces tests. Elle est mage également, avec la maîtrise de l'Eau, et elle est mentaliste. »
Griphook est resté silencieux un moment, puis a déclaré :
« Vous avez un entourage pour le moins surprenant, Lord Potter. Trois mages qui sont amis ? Cela n'était pas arrivé depuis les Fondateurs. »
Un long silence a succédé, alors que nous avons pris conscience de ses paroles. Depuis plus de mille ans, il n'y avait pas eu plus d'un mage par génération, s'il y en avait un. Et là, nous sommes trois. Trois mages, dont un archimage, Potter, héritier de sang de la plupart des grands noms de la magie arthurienne. Ça fait depuis quelques semaines, depuis le début de mon voyage, que j'ai arrêté de croire au hasard ou aux coïncidences. Il y a une raison au fait que trois mages soient en Grande-Bretagne et se connaissent suffisamment bien pour devenir amis. Et j'ai un peu peur de découvrir cette raison, en fait. Ça va beaucoup plus loin que se débarrasser d'un terroriste et d'un vieux fou manipulateur.
À ma grande surprise, de la part de Harry, j'ai ressenti du soulagement.
« Tu es soulagé ? je me suis exclamée.
–Depuis les Fondateurs, chérie, les Fondateurs. Tous les quatre ont la même importance, ce n'est pas un leader et trois suiveurs. Ça veut dire que je ne suis pas le seul à avoir une responsabilité, quelle qu'elle soit... »
Alors, ça, je ne sais pas du tout comment je dois le prendre. Est-ce que c'est une bonne nouvelle ? D'un certain côté, oui : cela veut dire que mon rôle ne se limite pas à donner un coup de main, aussi utile soit-il, à Harry, dans sa guerre contre Voldemort. Ça veut dire que j'ai mon propre rôle, ma propre importance, ma propre histoire peut-être. Ça veut dire aussi que ma mission n'est peut-être pas d'aider Harry, mais de me lier à lui et Hermione et qu'on fasse ensemble... quelque chose... Que donc, je ne vais pas partir à la fin de la guerre. Que j'ai un long terme.
D'où l'aspect ''mauvaise nouvelle''. Un, ça veut dire que je suis sans doute morte en 2008. Donc, si tu lis ce journal, c'est que... ben tu vas devoir m'enterrer (ou tu l'as déjà fait... À ce sujet, j'y tiens : incinération). Et puis, il y a ce... quelque chose... Quoi ? pourquoi est-ce que trois mages sont présents en même temps dans le même pays, se connaissent et sont amis ? Pourquoi trois, pourquoi nous ? Pourquoi maintenant ? À la fois pour la Grande Bretagne, et pour nous également ? Pourquoi est-ce qu'on se retrouve maintenant, alors que nous avons quinze ans ?
Bref, ça semble une bonne nouvelle, mais ça soulève tout un tas de questionnements. Il faudra que nous en parlions à Hermione. Je suis douée pour me poser des tas de questions existentielles, mais pas forcément pour trouver des réponses.
« Comment est-ce qu'on fait pour expliquer qu'on a besoin de Hermione dans un rendez-vous en amoureux ? » j'ai demandé.
Nous nous sommes regardés, puis Remus a souri :
« On n'a pas besoin de dire qu'elle vient nous rejoindre. Elle a le droit de passer quelques jours avec sa famille, non ? Et cela fera du bien à Sirius de sortir un peu de la maison. Qui irait s'imaginer que Sirius Black est dans une maison moldue de la banlieue de Londres ?
–C'est une bonne idée, a reconnu Harry. Et tu lances ça comment ? »
Remus a simplement souri et sorti de sa robe un petit miroir carré, devant lequel il a prononcé distinctement : Padfoot. Quelques instants plus tard, le visage de Sirius est apparu à la place du reflet de Remus.
« Hey, Moony ! Le rendez-vous en amoureux tourne en scène de ménage ? »
Nous avons ri, et Remus a rapidement expliqué la situation. Sirius a alors appelé Hermione (il s'était enfermé dans la bibliothèque pour ne pas que la conversation soit surprise) et de nouveau, Remus explique tout. Elle est très heureuse de passer quelques jours avec ses parents, ce que nous allons vraiment faire. Nous n'allons simplement pas dire à l'Ordre du Phoenix qu'elle n'y sera pas dans une heure, mais seulement ce soir.
Remus a été la chercher là-bas, et a promis à ses parents qu'elle serait de retour à temps pour le dîner, et qu'elle pourrait passer quelques jours avec eux. Et non, l'Ordre n'est pas encore au courant, mais il n'a pas son mot à dire : Dumbledore n'est pas le tuteur de Hermione. Remus a également promis de venir leur rendre visite demain après-midi, afin d'aider Hermione à tout leur raconter.
Donc, en moins d'une demi-heure, Hermione était assise à côté de nous, et parfaitement au courant de ce qui s'était passé. Sirius est chez ses parents, en train de profiter du jardin en attendant le retour des Granger.
« Donc, on teste Harry pour les différents Héritages magiques de ses ancêtres et de l'Ordre d'Avalon, et vous voulez que Manon et moi passions aussi un test d'Héritage, y compris pour les membres de l'Ordre d'Avalon ?
–Situation parfaitement résumée, Miss Granger.
–Alors allons-y. Comment testez-vous Harry ?
–Avec ce bassin, qui est relié à la magie protégeant les différents coffres que les membres de l'Ordre d'Avalon ont laissé à Gringotts. Si la magie autorise l'accès à ces coffres, c'est qu'il est reconnu comme héritier.
–Comme ça va se manifester ?
–Lord Potter obtiendra la clé des coffres qu'il est autorisé à accéder.
–Ça me semble simple. Harry, prêt à verser ton sang pour la connaissance ? »
Hermione est aussi excitée que moi, c'est évident. Harry a eu un simple rire, mais a laissé Griphook lui couper le bout du doigt une deuxième fois pour faire couler quelques gouttes de sang dans le bassin de pierre.
Le bassin s'est enveloppé de lumière, et plusieurs clés sont apparues dedans, alors que le sang avait disparu. Griphook les a pris une par une pour les examiner :
« Celle-là, c'est le coffre de Viviane. Lancelot, c'était évident, puisque vous êtes un Potter. Galaad, pour celle-là. Nimue aussi. Et celle-là... Ha ! Merlin ! »
Il y a eu un très long silence. Harry est donc le premier Héritier magique de Merlin depuis... ben toujours, en fait. Puis j'ai pris la parole, surtout histoire de penser à quelque chose :
« Et... Il a les clés, certes, mais... est-ce que ça en fait un héritier, comment dire... actif ?
–Non, Miss. Pour cela, il devra accéder à chaque coffre et récupérer à l'intérieur l'objet qui fera de lui l'Héritier. Cela change de mage en mage. On ne sait pas les objets concernant Viviane et Merlin, puisqu'il n'y a pas encore eu d'héritier pour le moment. Pour Lancelot, c'est une épée. Pour Galaad et Nimue, ce sont des fibules.
–Des fibules ? a répété Harry sans comprendre.
–Ce qui permet de fermer une cape, ça ressemble à une broche, j'ai expliqué (heureusement, le mot anglais est quasiment similaire...). C'est bien, ça permet d'avoir cet accessoire facilement sur soi, même si on est un homme.
–C'est sans doute ce qu'ils avaient en tête, a reconnu Griphook. Donc, il suffit à l'Héritier magique de récupérer ces objets, et de les porter, pour se faire reconnaître comme héritier par la magie, voire activer en effet certains pouvoirs. Avant de descendre aux coffres, nous allons immédiatement tester ces deux jeunes demoiselles. Nous commençons par Miss Granger. »
Griphook a ressorti le premier bassin, a piqué le doigt de Hermione pour en tirer une goutte de sang, et nous avons attendu que le parchemin se génère.
Hermione Jean Granger
Née le 19 septembre 1979 à Londres, Angleterre.
Fille de Wendell Granger, né le 4 janvier 1958 à Londres, Angleterre
et de Monica Delevan-Granger, née le 3 décembre 1959 à Bristol, Angleterre.
Ascendance et titres :
Héritière de Morgane La Fée, branche britannique, par le sang (mère)
Court, mais intense, n'est-ce pas ? La née-moldue Hermione Granger est héritière d'une des plus puissantes magiciennes de l'Europe de l'Ouest. On n'en revenait pas, surtout Hermione. C'est Harry qui a été le premier à récupérer. Sans doute qu'après l'avalanche de titres dont il vient de faire l'objet, cela lui semble ridicule. Il lui a fait un grand sourire :
« Nous sommes de la même famille !
–Pardon ?
–Viviane et Morgane étaient de la même famille.
–Non, je l'ai contredit. Viviane a éduqué Morgane aux principes d'Avalon, et en cela, elle est souvent considéré comme la mère adoptive ou la tante de Morgane. Mais elles ne sont pas de la même famille. C'est un point qui a déjà été abordé dans le Lancelot-Graal que tu m'as offert, donc je sais que c'est le point de vue à la fois sorcier et non-sorcier. »
Harry a levé les mains en signe de défaite, toujours de bonne humeur :
« Loin de moi l'idée de te contredire sur ce sujet. »
Je l'ai observé un moment, puis ai formulé ma pensée à voix haute :
« Je trouve toujours ta bonne humeur particulièrement suspecte.
–Ça commence à faire beaucoup, beaucoup de choses à assimiler depuis le début des vacances, a expliqué Harry. Et des choses pas très belles. Là, de découvrir que j'ai un bel héritage, au niveau magique tout du moins, et que je ne suis pas le seul, ça fait partie des meilleures nouvelles que j'ai reçues depuis le début de ces vacances. Alors, oui, c'est très égoïste, mais ça me rend de bonne humeur de voir que je ne suis pas tout seul à découvrir des choses sur moi. »
J'ai eu un sourire. Ça se comprend parfaitement. Le pauvre, je lui en fais voir de toutes les couleurs depuis une semaine. Et à peine a-t-il le temps de se remettre d'une nouvelle qu'une autre lui tombe dessus. Même là, de découvrir qu'en effet, il est héritier des plus grands noms de la magie britannique, qui l'acceptent tous comme leur héritier magique, ça ne doit pas être forcément facile à accepter véritablement. Alors en effet, de voir que Hermione partage en partie ce ''fardeau'' doit d'une certaine façon lui faire du bien. Comme le fait qu'il ait parfaitement accepté que nous soyons mages, elle et moi.
« Bon, j'ai finalement dit. Ne reste plus qu'à voir si Morgane t'accepte, Hermione. »
Elle a fait une grimace, et j'ai senti son doute et son manque de confiance en elle. Morgane a mauvaise réputation dans le monde sorcier (à cause de son acceptation de la magie noire dans l'ensemble de la magie), mais ce serait quand même un honneur d'être considérée comme son héritière magique : Morgane disposait d'un savoir au moins aussi important que Merlin et Viviane, et c'est elle qui était à la tête de la légendaire île d'Avalon.
Griphook a repris le second bassin de pierre et a répété la procédure que Harry avait déjà suivie : quelques gouttes de sang au fond du bassin, de la lumière, et une clé. Hermione l'a regardée avec une certaine incrédulité. Griphook a pris la clé et l'a étudiée, et a déclaré :
« Ce n'est pas la clé du coffre de Morgane, mais celui de Nimue. Il semble que cela vous conforte dans vos pouvoirs en matière de magie de l'esprit.
–Il peut y avoir plusieurs héritiers pour un même magicien ? je me suis étonnée.
–Bien sûr, a répondu Griphook, visiblement surpris. Cet héritage ne se transmet pas par le sang, mais n'est attribué qu'à ceux que la magie estime le mériter. Dans ce cas, cela ne pose aucun problème que plusieurs mages soient héritiers d'un même mage en même temps. À votre tour ?
–Je suis Française, cela ne va pas poser problème ?
–Non. Gringotts existe aussi en France, et nous avons accès aux données françaises.
–Bon. C'est parti. »
De nouveau, goutte de sang dans le petit bassin, pour déterminer mon héritage. Honnêtement, je n'y crois pas trop : c'est déjà une surprise que je pratique la magie, et encore plus que je sois mage. Ce serait vraiment énorme que j'ai aussi un héritage quelconque. Un parchemin est apparu, que Griphook a lu rapidement avant de me le tendre sans faire de commentaires. Accroche-toi, j'ai encore du mal à le réaliser, alors que ça fait plusieurs heures :
Manon Danièle Descosses
Née le 20 juin 1987 à Ajaccio, France
Fille de Clément Robert Descosses, né le 12 juin 1959 à Paris, France
et de Florence Diane Nestral, née le 1er août 1961 à Luxembourg-ville, Luxembourg.
Ascendance et titres :
Prêtresse et gardienne d'Avalon, Héritière de Morgane La Fée, par le sang (père)
Là, aussi, très court, mais plus, bien plus qu'inattendu. Moi, si fermement athée, qui déclare à qui veut l'entendre que je ne suis adepte d'aucune religion, me voilà prêtresse ? Allons bon... Elle a fumé quoi, la magie, avant de me donner les résultats de mon test ?
Apparemment, j'ai du me figer en voyant mon parchemin, parce que c'est Harry qui me l'a pris des mains pour le lire à son tour. Il a éclaté de rire avant de le tendre à Hermione, et ainsi de suite, les résultats ont circulé. Son rire m'a sortie de ma... transe ? mon déconnectage de neurones ?
« C'est impossible... » j'ai juste dit.
Et ça résume parfaitement ce que je pense. Je ne peux pas être une prêtresse d'une religion oubliée, y compris et surtout par moi. Ça n'a aucun sens.
« Il semble que tu n'auras pas besoin de moi pour accéder à Avalon, apparemment... a dit Harry, toujours rieur.
–Attends, je ne suis pas encore héritière magique de Morgane.
–Pas encore, comme tu dis. Ça m'étonnerait que tu sois une prêtresse sans être reconnue par Morgane. On fait un pari ?
–Non. Ça ressemble trop au genre de situation qui sort complètement de mon contrôle pour que je parie. Je crains que tu aies raison. Allons-y. »
Griphook a avancé le second bassin, et j'ai fait verser quelques gouttes dedans. Quelques instants plus tard, quatre clés.
OK. De mieux en mieux... On ne panique pas. On attend de savoir à qui sont ces clés avant de paniquer. On attend, Manon. On attend ! Ah, je panique !
J'ai senti Harry me prendre par les épaules et me guider pour m'installer sur ses genoux. J'ai obéi comme une automate. Je crois que mon cerveau a complètement bugué à ce moment-là. C'est juste impossible. Je ne peux pas avoir découvert la magie à vingt-et-un ans, et découvrir que je suis mage, et découvrir que je suis descendante de Morgane la Fée, et découvrir que je suis prêtresse d'Avalon, quoi que ce titre veuille dire, et découvrir que quatre mages de l'Ordre d'Avalon m'estiment digne d'être leur héritière. Bon sang, c'est plus que Hermione qui a toujours pratiqué sa magie !
Harry n'a rien dit. Il s'est contenté de me serrer contre lui en émettant une aura d'assurance et de confort. Il savait que je la percevrais et que j'en tiendrais compte. Et ça a marché. Au bout d'un moment, j'ai récupéré mes esprits. Je lui ai donné un petit coup dans l'épaule :
« Je ne sais pas comment tu as fait pour survivre à ces vacances...
–Je ne suis pas tout seul. Il y a Hermione, toi, Sirius, Remus, Kingsley, Bill, Fleur, les jumeaux, Ginny... Je ne suis pas tout seul, et toi non plus. Tu peux compter sur nous, tu le sais. »
J'ai hoché la tête. C'est vrai. C'est une nouvelle certes (d)étonnante, mais ils la prendront certainement mieux que le passé de Harry ou le rôle de Dumbledore. Et ils seront certainement aussi enthousiastes à m'aider à découvrir ce que cet héritage signifie qu'à aider Harry à s'émanciper, ne serait-ce que pour qu'eux-mêmes se changent un peu les idées.
J'ai eu un petit rire :
« Je te dirai bien que je prendrai des pincettes la prochaine fois que je te balancerai quelque chose, mais je ne crois pas avoir encore quelque chose de la plus haute importance à te faire découvrir. Au moins, maintenant, tu sais que je comprends ce que ça fait. »
Il a eu un petit rire et m'a embrassée rapidement, avant de me repousser sur ma chaise. Nous sommes toujours dans une banque, après tout. Puis il s'est tourné vers Griphook :
« À qui sont ces clés ?
–La première est celle de Morgane La Fée, pas pour son compte britannique, mais pour son compte en France, bien plus important. Nous allons informer la branche française de la banque de la présence de cette clé ici. Il y a peut-être un protocole à suivre auprès du gouvernement français, et eux seront au courant.
–D'accord, j'ai répondu, reprenant enfin le contrôle. Les trois autres ?
–Vous êtes également héritière magique de Viviane, de Nimue et de Galaad. »
Donc magie de l'esprit, guérison, et surtout :
« J'aurais peut-être du suivre les cours de Trelawney, finalement. »
Ça a eu au moins le mérite de faire ricaner Harry et Hermione, alors que Remus a secoué la tête avec indulgence. Je me suis tournée vers lui :
« C'est ta collègue. Tu sais combien son cours ne vaut rien ! On a le don de divination ou on ne l'a pas. Et pour l'instant, je n'ai pas l'impression de l'avoir.
–Moi non plus, a renchéri Harry.
–Ça viendra peut-être lorsque vous récupérerez les artefacts de Viviane, a dit Bill. Bien. Et si nous allions jeter un coup d'œil à ces coffres, et ensuite, nous pourrons nous pencher sur le patrimoine matériel de Harry ? »
Ah oui. C'est vrai qu'à la base, nous ne sommes pas venus pour nous découvrir de prestigieux ancêtres ou un lien avec une île légendaire, mais pour voir l'étendue réelle du patrimoine de Harry et si quelqu'un s'est amusé à y mettre ses pattes et à se servir.
Nous nous sommes donc rendus dans les galeries souterraines contenant les coffres de Gringotts. Nous sommes descendus très bas, beaucoup plus bas apparemment que ce que Harry avait l'habitude, d'après ce qu'il a dit. Puis nous avons atteint ce qui semble être le fin fond des galeries. C'est une sorte d'impasse, dans laquelle on trouve quelques coffres aux grandes portes. Je suppose qu'il y aurait de la poussière dans des grottes, elle serait épaisse de plusieurs centimètres. En tout cas, quelque chose donne l'impression qu'on ne vient pas souvent dans ce couloir.
Ah, autant te le dire tout de suite : je n'ai pas vu de dragon. J'ai demandé à Griphook s'il y a effectivement des dragons ici, et il m'a dit qu'ils protègent les coffres des plus importants clients actuels. Les coffres des magiciens de l'Ordre d'Avalon sont protégés par une magie si forte que la présence de défenses supplémentaires est inutile.
D'ailleurs, Griphook, Bill et Remus n'ont pas pu accéder au couloir. Seuls Harry, Hermione et moi, portant chacun nos clés, avons pu nous avancer vers les coffres. Il y en avait sept : Merlin, Viviane, Lancelot, Galaad, Nimue, Mordred et Morgane (son coffre britannique). Aucun nom sur les portes, mais des symboles, qu'on retrouve également sur les clés. Nous avons commencé par le coffre de Nimue, auquel nous pouvons accéder tous les trois.
Harry a mis sa clé dans la serrure et, après une hésitation, a ouvert la porte. Le coffre est grand comme une petite chambre (neuf à dix mètres carrés). Il n'y a pas d'argent ou d'or, mais des coffres remplis d'artefacts et des étagères couvertes de livres et d'objets mystérieux. Il y a également une table au milieu de la pièce, avec des fauteuils autour. Sur la table, une pile de parchemins.
Ces parchemins contiennent tous le même message, dans différents langages. Le plus ancien est en vieux breton, une langue brittonique parlée en Grande Bretagne avant l'arrivée des Saxons et des Normands, et qui a été oubliée au profit du français, du normand et du saxon. Ça se rapproche du britonnique de Cornouailles ou gallois. Ce qui m'a fait reconnaître la langue, c'est son écriture, en oghams, l'écriture traditionnelle des druides celtiques. Étrange de la voir couchée sur du papier, alors qu'elle est normalement gravée aux angles des menhirs dressés dans des lieux importants.
Puis viennent d'autres langues, uniquement des langues ayant existé à un moment ou un autre en Angleterre : vieux français, normand, saxon, vieil anglais... il y avait même un parchemin en latin !
Entre le parchemin en vieux français et celui en vieil anglais, nous avons pu déchiffrer le message original, pour lequel nous avons établi deux nouveaux parchemins : en français moderne et en anglais moderne.
« Héritier,
Bienvenue dans ce coffre contenant mon savoir et les outils nécessaires à la pratique de la magie de l'esprit. Je suis heureuse de voir que mon héritage perdure.
Ces connaissances et ces objets te sont exclusivement réservés, à toi et aux autres héritiers de ma magie. Personne d'autre ne doit y avoir accès. Les livres contenus dans ce coffre doivent y rester. Des copies peuvent en être faites, à condition qu'elles soient protégées pour n'être lues par personne d'autre que toi, et doivent disparaître à ta mort. En aucun cas ces connaissances ne doivent être transmises à des personnes non dignes de porter mon héritage.
Les objets peuvent sortir de ce coffre, à condition que seul un héritier de ma magie s'en serve, et qu'ils reviennent ici à ta mort, pour être à la disposition du prochain héritier.
Le coffret sur cette table contient des fibules, destinées à afficher ton statut d'Héritier de ma magie. Elles ne permettent pas en soi d'activer certaines compétences réservées. Pour cela, il te faudra travailler, grâce aux livres présents ici.
Avant de te plonger dans ces connaissances, un devoir et une information :
Traduis cette lettre dans ton langage courant, afin que les héritiers futurs soient eux aussi aidés lors de leur première venue.
Enfin, même si les mages de l'Ordre d'Avalon ont établi un accord ad aerternam avec Gringotts, tu n'es pas obligé de passer par la filiale britannique de Gringotts pour accéder au couloir des Héritiers de l'Ordre d'Avalon. C'est la deuxième fonction de ta fibule : passer à travers les protections qui entourent la banque et ce couloir pour t'amener directement ici. Si tu es héritier de plusieurs d'entre nous, un seul artefact d'Héritage t'es nécessaire. A toi donc de choisir si tu souhaites afficher ton statut, selon les traditions et mœurs de ton époque.
Encore bienvenue dans les domaines étranges de la magie de l'esprit, et puisse ton Héritage t'être utile dans ta mission.
Nimue. »
Il y a en effet un coffret sur la table à côté de la pile de parchemins, et à l'intérieur, de magnifiques fibules en argent. De vrais bijoux. Nous en avons tous les trois pris une. Hermione parce que c'est la seule magicienne dont elle est l'héritière, et Harry et moi parce que cela nous permettra sans doute de toujours avoir sur nous un artefact d'Héritage (puisque cela semble être le nom donné à ces fibules par Nimue) sans attirer l'attention.
Hermione a décrété que puisque c'est la seule magie dont elle est l'héritière, c'est elle qui se consacrera principalement à l'étude de la magie de l'esprit. Harry et moi avons facilement cédé : nous avons beaucoup d'autres choses à étudier également, et si ça peut nous décharger un peu, ça n'est pas plus mal.
Hermione s'est donc précipitée pour faire des copies de dizaines de livres, sur différents aspects de la magie de l'esprit, avec nos recommandations, à Harry et moi : les moyens avancés de protéger son esprit ou au contraire, de lire et de manipuler un esprit, l'empathie et les émotions, les esprits animaux et végétaux, les liens d'esprit comme les familiers, les possessions, les maladies mentales magiques... Beaucoup de choses à étudier, donc.
Nous n'avons pris aucun artefact, car nous ne savons pas à quoi ils servent, et nous savons que nous pourrons revenir ici à volonté, si jamais on se rend compte que l'on a besoin d'un.
Les livres sont dans diverses langues parlées un jour en Grande Bretagne. En fait, les livres les plus récents sont les traductions des livres d'origine, souvent écrits en oghams. Il est évident qu'on devra les apprendre afin de pouvoir étudier les vrais textes, mais en attendant, nous avons une base de travail.
Hermione a décidé de commencer sa lecture dans le coffre, s'installant dans un des fauteuils, pendant que Harry et moi continuons la découverte de nos héritages respectifs.
Harry et moi avons enchaîné avec Galaad, dont nous sommes tous deux héritiers. La médecine magique. Le coffre ressemble beaucoup à celui de Nimue : la même taille, des étagères et des coffres, une table au centre avec une pile de parchemins reprenant sensiblement le même message (nous avons laissé nos traductions en français et anglais moderne), et un coffret avec d'autres fibules, en bronze cette fois. Nous en avons récupéré chacun une, et nous avons commencé à étudier le contenu du coffre.
Qui dit médecine, dit potions et traitements, et de nombreux outils présents dans le coffre doivent servir à fabriquer des potions élaborées. Il y a également toute une armoire contenant des ingrédients précieux, voire disparus de nos jours, protégés par une sorte de stase. J'en connais au moins deux qui seraient verts de jalousie en découvrant ces trésors. De nombreux livres de médecine magique, les travaux de recherche de Galaad... Une vraie richesse.
Nous avons pris un livre sur les moyens de guérir les blessures par magie noire (le savoir s'est oublié : aujourd'hui, on considère qu'une blessure par magie noire ne peut pas être guérie), un autre qui détaille les méthodes utiles pour survivre à des blessures lors d'une bataille ou d'un combat, et surtout, nous avons découvert quelques livres qui nous permettront peut-être de trouver une solution par rapport au Horcruxe qui se trouve à l'intérieur de Harry.
Enfin, nous avons découvert ce qui nous permettra sans doute de véritablement accéder à l'héritage de Galaad : la Guérison sans baguette, juste par la magie naturelle. En feuilletant quelques livres sur le sujet, nous avons découvert des schémas anatomiques. Si les connaissances de Galaad sont étrangement exactes par rapport à nos connaissances actuelles (il a vécu au septième ou huitième siècle, on ne peut pas dire que ce soit la grande époque de la médecine en Occident !), il y a également des détails qui nous ont décidés à chercher des planches anatomiques de l'époque. Heureusement, nous en avons trouvé. Apparemment, Galaad a réussi à identifier où se trouve la magie en nous, et comment elle circule dans notre corps. Ça, aucun médecin moderne ne le sait, et je ne suis même pas sûre que les Guérisseurs le sachent.
Ensuite, deuxième coffre dont nous sommes tous les deux héritiers : Viviane, et sa Divination. Le coffre est un peu plus grand et plus encombré. Sur la table, un seul parchemin, couvert d'oghams. La plupart des livres sont aussi dans cette écriture, et ceux qui ne le sont pas sont clairement en vieux breton.
Viviane n'a pas eu d'héritier autre que nous, et tout le travail de traduction réalisé pour Nimue et Galaad n'existe pas encore pour Viviane. L'apprentissage à la fois des oghams et du vieux breton se fait de plus en plus pressant. Surtout que pour Viviane, pas de coffret contenant des fibules ou des bijoux. Un des artefacts reposant dans son coffre est l'artefact des Héritiers, mais tant que nous ne sommes pas capables de déchiffrer sa lettre, nous ne saurons pas lequel.
J'ai donc fait une copie de la lettre pour pouvoir l'étudier tranquillement. Cette lettre est d'ailleurs plus longue que les deux précédentes, et nous sommes certains que le message est plus personnalisé.
Dans le coffre de Merlin, apparemment le plus grand de tous, c'est le même topo : une seule lettre en vieux breton, et aucun livre actuellement exploitable. Harry est ressorti du coffre avec juste une copie de la lettre, nettement plus longue que celle de Viviane.
Enfin, Harry a terminé par le coffre de Lancelot, où il a passé beaucoup de temps. Il en est ressorti avec une besace remplie de livres réduits et allégés, et surtout une épée, et pas des moindres : Excalibur. C'est la seule épée de fabrication humaine dont les caractéristiques physiques et magiques sont supérieures aux épées des gobelins. Lancelot ne l'a jamais portée, mais après le départ d'Arthur pour Avalon, c'est sa lignée, dernière lignée à respecter les traditions celtiques dans une Grande-Bretagne de plus en plus chrétienne, qui a porté Excalibur, épée destinée uniquement à ceux qui protègent les valeurs et les croyances d'Avalon.
C'est une arme absolument magnifique, et même moi qui ne suis pas spécialement calée en armes, je la trouve belle. On dirait une épée de parade, avec sa lame étincelante, et sa poignée d'or et de rubis. Le creux au centre de la lame (la gouttière ?) est rempli de runes de protection de la lame et de son porteur, ce qui explique la réputation de l'épée d'accorder santé et invincibilité à celui qui est digne de la porter. Malgré son âge, elle est comme neuve. Et Harry nous a fait la démonstration de son tranchant : ce n'est pas une épée de parade.
Son fourreau légendaire existe également, lui aussi en parfait état. Il est associé à une ceinture plus récente (elle n'a pas mille quatre cents ans, mais ''seulement'' mille ans) qui est bardée de sortilèges pour que lorsque le fourreau est passé à la taille du porteur légitime d'Excalibur, l'épée devienne invisible tant qu'elle est rangée. Invisible, indécelable, comme si elle n'existe pas du tout, jusqu'à ce que son porteur la sorte du fourreau.
Harry nous en a fait la démonstration, c'est juste incroyable. Ce n'est pas comme la cape d'invisibilité où si tu approches la main, tu peux toucher ce qui est sous la cape. Là, il n'y a... rien. Comme les bagues de Harry. Du coup, Harry va pouvoir la porter en permanence sans éveiller les soupçons et sans être gêné par son poids ou son volume. Ça tombe bien, parce que c'est l'épée qui est l'artefact de l'Héritier.
Ensemble, nous avons rejoint Bill, Remus et Griphook qui nous attendaient toujours à l'entrée du couloir.
« Bonnes découvertes ? a demandé Remus.
–Très, a répondu Hermione. Mais... Il faudrait qu'on apprenne les oghams et le vieux breton.
–Les oghams n'ont rien de compliqué, a expliqué Bill. Ce n'est qu'une forme d'écriture, plus facile et rapide à graver que des vraies lettres. Le vieux breton, par contre... Remus, tu connais quelqu'un qui le maîtrise ?
–Non. C'est une langue oubliée depuis longtemps. Griphook, les gobelins en ont la connaissance ?
–Non. Ils ne l'ont jamais eue. C'était la langue réservée aux praticiens d'Avalon, qu'ils soient druides, prêtresses ou bardes.
–Pourtant, les celtes l'ont parlée, non ? je me suis étonnée.
–L'ont parlée mais ne l'ont jamais écrite. Ce sont les membres de l'ordre d'Avalon qui ont créé la forme écrite de la langue.
–Génial... j'ai marmonné. Nous voilà donc avec deux héritages qui vont donc être extrêmement longs à découvrir. J'espère qu'on aura des pistes avec le coffre de Morgane, en France. Remus, tu penses que je pourrais y aller, cet été ?
–On va faire en sorte que oui. Gringotts se trouve à Paris ?
–Non, a répondu le gobelin. À Lyon. Nous avons une antenne à Paris, mais elle ne contient aucun coffre.
–Pourquoi Lyon alors que Paris est la capitale ? s'est étonnée Hermione.
–Parce que Lyon a été pendant des siècles la capitale commerciale de la France, j'ai répondu, et ce, dès l'époque romaine. Elle a même été capitale religieuse et politique à certains moments de son histoire. Le prestige de Paris est assez récent, il date du Moyen-Âge. Morgane et Gringotts précèdent cette époque. »
Hermione m'a regardée un instant, et j'ai souri :
« Je suis Française, j'aime l'Histoire dans ses grandes lignes, et je viens de Lyon, ai-je dit en guise d'explication. Je suis contente que Gringotts soit là-bas, je connais bien mieux Lyon que Paris.
–Alors vous trouverez facilement l'entrée du quartier magique de Lyon, dans le vieux Lyon, a approuvé Griphook. Je vous donnerai les accès quand nous serons de retour dans mon bureau. »
Sur ce, nous sommes remontés à la surface et nous sommes réinstallés dans son bureau. Tout de suite, Griphook m'a donné les coordonnées pour accéder au quartier magique de Lyon, qui porte le nom très local de Traboules magiques.
J'ai du expliquer le sens de ce mot à Hermione. Va décrire en anglais ce que c'est, toi... Je veux bien avoir fait encore des progrès, ces derniers mois, je n'ai jamais parlé suffisamment d'architecture urbaine pour être à l'aise. Enfin... Heureusement, aucun n'est suffisamment gastronome pour avoir évoqué les bouchons qui se trouvent dans ces traboules... Là, j'aurai crisé.
Et enfin, nous avons attaqué le but originel de notre visite : savoir ce que Harry possède et qui y a accès.
Pour faire simple, et pour te préparer un peu : Harry est la personne la plus riche de Grande Bretagne, et sans doute d'Europe. Ses différents comptes s'accumulent pour un total en centaines de millions de Gallions, et en sachant qu'un Gallion correspond à cinq livres sterling...
Et ça, c'est juste les sous à proprement parler : ce qui dort sur ses comptes, ainsi que ses participations dans différentes entreprises du monde. On ne parle pas de son patrimoine immobilier : il possède des propriétés dans le monde entier, dont évidemment Lions' Rock, la demeure principale des Potter, mais aussi, du fait de son double héritage, Hogwarts et Hogsmeade, ainsi que des commerces magiques ou non un peu partout, dont à Diagon Alley ou dans les Traboules Magiques dont on vient de parler, des entreprises de différentes tailles et dans différents secteurs d'activité...
Et encore plus important : son patrimoine matériel : tous les objets et artefacts transmis par ses ancêtres depuis la fondation de la lignée, il y a mille quatre cent ans... Les livres, les armes, les bijoux, les artefacts magiques uniques et/ou disparus...
Les gobelins ne peuvent estimer que ce qui se trouve dans leurs coffres, et déjà avec la liste des objets présents à Gringotts, l'estimation dépasse la valeur des liquidités. Et de très loin. Et donc on ne compte pas les objets présents dans les différentes propriétés Potter, à commencer par Lions' Rock. C'est ce véritable trésor qui fait la vraie richesse de la famille et assoit son prestige et sa réputation.
Le compte qu'il connaissait depuis ses onze ans, celui dont on parle dans les livres, n'est qu'une sorte de ''compte jeune'', qui limite le montant de ses retraits pour lui apprendre à gérer ses sous, et qui lui sert à payer l'école et ses fournitures, en plus de ses loisirs, jusqu'à sa majorité.
Chaque année, le montant contenu dans le coffre est restauré à son plafond maximum (dix mille Gallions, je te laisse faire toi-même la conversion en livres, puis en euros, ça fait tourner la tête...). Harry n'avait aucune crainte à avoir quant au fait de liquider son héritage avant sa majorité...
Même Remus a été surpris par cette découverte. Il savait que James était aussi à l'aise que Sirius, qui n'a jamais caché l'opulence de sa famille, mais il n'avait jamais imaginé que c'était à ce point.
Conformément à ce que nous avaient annoncé les avocats, le fait que Harry soit Lord lui donne accès à l'entièreté de son patrimoine, matériel, financier et immobilier, et il a tous les droits dessus. Il a donc immédiatement demandé si des mouvements autres que les rentrées d'argent dues aux dividendes des actions et aux loyers divers et variés ont eu lieu ces quatorze dernières années.
Et oui, il y en a eu. Le coffre qu'il connaît depuis son onzième anniversaire existe depuis la mort de ses parents, cela faisait partie des consignes qu'ils avaient laissées à Gringotts. Et avant même qu'il découvre l'existence du monde magique et que donc il puisse faire des retraits, il y avait eu des mouvements sur ce compte. Griphook a semblé particulièrement gêné en nous annonçant ceci :
« Votre tuteur est... était Mr Dumbledore. En tant que tel, il avait le droit de retirer de l'argent pour vous. Nous avons mis quelques années à comprendre que l'argent qu'il retirait ne correspondait pas à vos frais de garde. Nos soupçons ont été éveillés quand il nous a montré un document signé de la main de votre père lui donnant pleine et entière procuration sur tous les comptes et coffres de la famille. C'est une pratique pour le moins inhabituelle. Et même si James Potter était connu pour ses frasques, il n'en restait pas moins un vrai Lord Potter, et il nous a semblé suspect qu'une telle autorisation soit délivrée, et surtout qu'elle ne soit portée à notre connaissance que quelques années après la disparition de Lord et Lady Potter.
–Qu'avez-vous fait ? a demandé Harry en fronçant les sourcils.
–Nous avons pour habitude de ne pas trop surveiller les coffres physiques des plus grandes familles, où nous nous assurons juste que seules les personnes autorisées y accèdent. Nous nous targuons de laisser une grande intimité financière à nos meilleurs clients, et n'agissons sur leur patrimoine que dans la mesure où ils nous l'autorisent, comme pour votre famille avec toute l'activité boursière. À cause de cette procuration et de ce titre de tuteur, nous ne pouvions pas faire grand chose pour empêcher Dumbledore de se servir ou d'établir des mouvements vers d'autres coffres. Cependant, nous avons tracé chaque mouvement, qu'il soit en votre faveur ou non.
–Et est-ce qu'il serait possible de consulter la liste de ces mouvements ?
–Bien sûr. »
Griphook a sorti une liasse de parchemins d'un dossier et a commencé à les feuilleter :
« Tout d'abord, il y a la liste des objets retirés de vos coffres depuis la validation de cette autorisation.
–Est-ce que j'en suis toujours propriétaire ?
–Oui. Mr Dumbledore n'a rien revendu, même si en tant que tuteur, il était en droit de le faire. Donc tout est toujours en votre possession, et on peut considérer ça comme un... prêt.
–Puis-je voir cette liste ? »
Griphook a tendu la liste à Harry, et nous l'avons lue par dessus son épaule. Il y a de nombreux artefacts précieux, des détecteurs en tout genre, des objets précieux, des meubles et des ustensiles... Je n'en connais pas beaucoup, mais Harry a pointé du doigt certains d'entre eux avec un petit ricanement :
« Ils sont à Hogwarts. Ce siège est le trône qu'il utilise dans la Grande Salle. Ça, c'est son pupitre, toujours dans la Grande Salle. Là, c'est le bureau qu'il utilise dans son bureau. La perche pour Fawkes. Des livres dont je me souviens d'avoir lu les titres dans son bureau... Et ainsi de suite... Son train de vie à Hogwarts est donc assuré par le contenu de mes coffres. »
Il a secoué la tête en posant la liste sur le bureau. Par réflexe, Hermione et moi lui avons chacune pris une main. Il a fini par se détendre :
« Nous allons mettre la duplicité de Dumbledore à jour. Nous sommes tous d'accord sur le fait que la destruction de son image publique lui sera... fatale, pour ainsi dire. Je suis certain que si on ajoute à ça la disparition mystérieuse des objets qui font son aura à l'école, cela le minera encore plus. Comment est-ce qu'on peut récupérer les objets de cette liste ?
–Contre paiement, bien entendu, nous pouvons récupérer vos objets sous vingt-quatre heures. Même ceux qui se trouvent à Hogwarts actuellement.
–Excellent. Alors préparez ça et faites-le quand je vous en donnerai le signal. Pour l'instant, c'est trop tôt et ça attirerait son attention sur nous, alors que nous ne sommes pas prêts. »
Griphook a pris des notes et a souri, d'un sourire carnassier, ravi de préparer une revanche sur celui qui l'a empêché de faire correctement son travail pendant des années :
« C'est noté, nous nous tiendrons prêts.
–Bien. Qu'y a-t-il d'autre ? »
Pas mal de mouvements d'argent, en fait, vers les comptes de Dumbledore et de ceux dont il voulait s'assurer une certaine... coopération. Les Dursley recevaient ainsi une sorte de frais de tutelle, tout comme Dumbledore lui-même. Harry a aussitôt demandé à arrêter ces paiements, et exigé une copie de tous les documents qui pourraient être nécessaires devant la justice magique et non-magique. Il veut que les Dursley soient jugés pour ce qu'ils lui ont fait subir, mais devant la justice non-magique.
Je reconnais que je suis d'accord avec lui. S'ils s'en sortent avec une peine non-magique, aussi dure soit-elle, ça n'aura pas la dureté d'une peine à Azkaban. Et ils l'auront méritée. Ce ne sera pas un exemple parce qu'ils auront maltraité Harry Potter, le prétendu sauveur du monde magique, mais un enfant, leur neveu orphelin, confié à leur garde. Et ils ne méritent pas de bien s'en tirer. Pas après l'enfer qu'ils ont fait vivre à Harry.
Harry doit se reconstruire, après la destruction de toutes les influences et compulsions qu'il portait, et tourner définitivement la page Dursley en sachant qu'ils ont payé pour leurs crimes l'y aidera. Ça n'a rien d'une vengeance, mais juste l'application de la justice à laquelle ils semblent tant tenir. Je trouve en fait Harry particulièrement raisonnable.
Griphook semble le penser aussi, car il a aussitôt donné son approbation pour émettre les documents nécessaires.
Puis il a porté un coup plus dur encore à Harry :
« Il y a également un versement annuel, au 1er septembre, à partir de votre compte courant, de dix mille Gallions, pour le compte principal de la famille Weasley.
–Pardon ? » s'est exclamé Bill.
Griphook s'est contenté de lui tendre le feuillet de parchemin en guise de réponse. Bill l'a détaillé en fronçant les sourcils :
« Ce virement existe depuis dix ans et... le motif est ''compensation pour les bons soins prodigués envers Mr Potter par la famille Weasley''. Bons soins ? A dix mille Gallions ? Tu as passé combien d'étés chez nous, Harry ?
–Euh. Deux. Trois ensemble si on compte l'été dernier à Grimmauld Place. Pourquoi es-tu aussi en colère ? a-t-il demandé ensuite avec prudence.
–Tu sais ce que représentent dix mille Gallions ?
–Je sais que ça représente beaucoup de livres, mais j'ignore ce que ça vaut en terme de niveau de vie sorcier...
–C'est sans doute plus que le salaire annuel de Père. Alors à moins qu'on t'ait acheté un lit en or et des draps en soie pour tes visites au Burrow, c'est complètement disproportionné. Surtout quand on sait que ce virement existe déjà depuis dix ans...
–Sans vouloir insulter ta famille, Bill, est intervenue Hermione, mais on peut se demander alors où est passé cet argent... Les jumeaux, Ron et Ginny ont des vêtements et des livres d'occasion, et quand Ron a demandé un nouveau balai pour son badge de préfet, Molly a dit que ça serait sans doute difficile.
–Je l'ignore également, a répondu Bill. Même la scolarité à Hogwarts ne coûte pas suffisamment cher pour que nous devions véritablement vivre en nous serrant la ceinture, avec une telle... allocation. »
Il y a eu un silence, puis Harry a demandé, visiblement gêné :
« Ça te dérange si je supprime ce virement également ? Je n'ai absolument rien contre le fait de participer aux dépenses, mais je préférerais que ce ne soit pas de manière disproportionnée ni sur un prétexte aussi vaseux.
–Bien sûr que non, ça ne me dérange pas, a soupiré Bill. Je comprendrais même que tu demandes remboursement.
–Je ne le ferais pas, a assuré Harry. Ta famille a toujours été là pour moi, même si je suis à présent... réservé pour certains membres. Je n'ai pas envie de pénaliser les jumeaux ou Ginny. »
Bill a hoché la tête, et j'ai senti sa gratitude. Il se fait du souci pour ses petits frères et sœur, et pour son père aussi.
« Bill, je suis intervenue. Normalement, ton père a du subir un test complet, comme nous, lorsqu'il était hospitalisé. Est-ce que tu pourrais essayer de savoir s'il a eu les résultats et ce qu'il en est sorti ? Si tu veux, tu nous accompagnes demain soir à St Mungo pour parler au Guérisseur Milott, c'est lui qui a du faire la procédure.
–Je vais parler à mon père, oui. Je vous tiendrai au courant.
–Bien, a approuvé Harry. Griphook, il y a encore autre chose ?
–Oui. Un versement annuel de cinq cent Gallions, à partir de votre compte personnel et vers un compte bloqué au nom de Ginevra Weasley. Ce versement est en place depuis dix ans également.
–Pour quel motif ma petite sœur recevrait de l'argent de Harry ? »
Griphook a hésité un long moment avant d'annoncer :
« Cela correspond à une des clauses du contrat de fiançailles entre Ginevra Weasley et Mr Potter, tel qu'établi par Molly Weasley et Albus Dumbledore. Ce compte est d'ailleurs bloqué jusqu'au mariage en lui-même, ou jusqu'à l'annulation du contrat. »
Le silence qui a suivi cette déclaration a été long, très long. J'avais beau savoir que c'était un des possibles, surtout avec les manipulations effectuées sur Ginny, c'est quand même un choc d'apprendre qu'il y a un contrat de fiançailles qui pèse sur Harry, surtout quand il est mon petit ami depuis quelques jours.
D'ailleurs, Harry m'a si violemment serré la main que j'ai eu l'impression qu'il allait me la détruire. Il a mis beaucoup d'efforts à essayer de garder son sang froid. J'ai essayé de l'aider du mieux que j'ai pu, et j'ai senti Hermione faire de même. Chacune avec notre pouvoir. Finalement, Harry a repris contrôle de ses émotions et a simplement dit :
« Et comment je fais pour faire annuler ce contrat ? Il me semble que Ginny et moi aimerions avoir une certaine liberté concernant nos unions futures.
–Je l'ignore, Lord Potter. Il faudrait sans doute étudier les clauses de ce contrat.
–En avez-vous une copie ?
–Oui. »
Il a fouillé dans sa pile de documents et en a sorti une liasse de parchemin. Harry l'a feuilletée rapidement, s'attardant sur les signatures à la fin, puis l'a rangée dans sa besace :
« Je regarderai ça avec Mr Weasley. Sans doute aura-t-il lui aussi envie de savoir dans quoi on a engagé son unique fille. Son nom n'apparaît nulle part, je ne suis même pas sûr qu'il soit au courant.
–Ça m'étonnerait aussi, a dit Bill froidement. Père est contre les contrats d'engagement. On pourra s'en occuper ce soir ? Il y a une réunion de l'Ordre demain après-midi, et j'aimerai que Père soit au courant avant. »
Harry a hoché la tête, compréhensif. Décidément, la famille Weasley se prépare à une vraie déchirure. J'espère pour Harry que Ron n'est qu'un crétin, et qu'il n'a joué aucun rôle dans cette étrange tragédie familiale.
« Autre chose ? a demandé Harry.
–Oui, un dernier virement permanent : un virement annuel toujours, au premier septembre, de cinq cent Gallions, sur le compte personnel de Ronald Weasley.
–J'espère que vous n'allez pas m'annoncer un contrat de fiançailles... a déclaré Harry, sarcastique.
–Non, a répondu Griphook sérieusement. Ce virement existe depuis quatre ans et son motif est votre amitié.
–Est-ce que Hermione dispose d'un compte personnel avec un virement équivalent ?
–Non.
–Alors ce prétexte est bidon. Supprimez ce virement. Nous avons fait le tour ?
–Des virements permanents, mais il y a également toute une liste de retraits d'argent effectués sur vos comptes par Dumbledore. Nous ne connaissons pas l'utilisation de ces retraits.
–Quelle somme totale ?
–Plus de deux millions de Gallions.
–Pardon ?
–Retirés sur les presque quinze ans depuis la disparition de vos parents, a continué Griphook sans tenir compte de l'exclamation choquée de Harry, avec une intensification certaine depuis juin dernier.
–La re-formation de l'Ordre, a dit Remus. Il doit avoir besoin de fonds pour financer l'Ordre.
–OK. Donc son QG est généreusement fourni par Sirius, et je suis le principal financeur de l'Ordre ? a demandé Harry sur le ton de la colère. Il fournit un effort, lui, à part nous manipuler les uns et les autres ?
–Et si on en parlait à la maison ? » a suggéré Remus.
Harry a inspiré profondément, puis a hoché la tête. Après s'être calmé, il a demandé à ajouter la copie de tous ces documents à ceux à envoyer à ses avocats. Ainsi que la suppression de toutes les autorisations que Dumbledore pouvait avoir sur ses comptes. Cela a rapidement été accepté par Griphook.
Puis Harry a retrouvé le sourire, un petit sourire amusé qui présageait une mauvaise idée de sa part :
« Je veux que vous ouvriez un coffre pour Manon Descosses, mais qui doit apparaître au nom de Manon Nestral, et que...
–Quoi ? »
Il veut ouvrir un compte pour moi ? Mais il est fou ! Il m'a interrompue d'une main :
« Tu es une voyageuse, Manon, tu n'as aucune autre ressource que ta bourse annuelle, et avec ton implication dans le foutoir que nous allons créer pour Dumbledore, ça m'étonnerait que tu puisses en bénéficier l'an prochain. Tu le sais comme moi, je n'ai pas besoin de tout cet argent. Et tu es mage, héritière de grands noms de la magie... Tu as besoin d'assurer un certain niveau de vie. Considère ça comme un prêt que tu me rembourseras quand tu seras adulte, si tu préfères. Mais en attendant, tu vas avoir ce compte. Donc, Griphook, un coffre pour Manon Descosses, avec une somme de départ de dix mille Gallions, en retraits libres et le solde devra être remis à dix mille à chaque anniversaire de Manon, le 20 juin. C'est à partir de ce compte que Manon paiera sa scolarité. Vous faites la même chose pour Hermione Granger, avec un renouvellement à date du 19 septembre. Les frais pour Hogwarts seront aussi prélevés dessus. »
Hermione a voulu protester aussi et il s'est contenté de la regarder un moment dans les yeux. Elle a baissé les siens, et j'ai soupiré : si Hermione, son amie depuis plus de quatre ans, ne pouvait pas protester, qu'est-ce que je pouvais faire ?
Harry, en me sentant céder, a ricané puis s'est penché pour m'embrasser sur la joue. Comme si un baiser allait m'aider à faire passer la pilule, franchement ! A la rigueur, sur la bouche, je dis pas...
« Est-ce qu'elles auront besoin d'un chargé de compte ?
–Non, a répondu Griphook. Elles auront besoin d'un chargé de compte si elles passent leur coffre de la classe C, c'est-à-dire contenant uniquement de l'argent, à la classe B, c'est-à-dire pouvant aussi contenir des objets, ou alors si elles ouvrent un autre compte.
–Passez mon coffre en classe B, j'ai aussitôt demandé. Comme l'a dit Harry, je suis une voyageuse, je n'ai pas d'adresse sécurisée qui m'appartienne, et j'ai besoin d'un endroit où je sais que ce que j'entrepose ne sera accessible par personne d'autre que moi.
–Bien Miss. Vous aurez donc un chargé de compte afin d'assurer le suivi des entrées et sorties.
–Est-ce que j'ai le droit de vous demander d'être ce chargé de compte ? Je vais certainement souvent venir ici avec Harry, et cela simplifierait les choses si nous avions le même chargé de compte.
–C'est tout à fait possible, et je vous remercie de votre confiance. Cela va également accélérer la création de votre compte. Souhaitez-vous déposer des objets dès aujourd'hui ?
–Non, je ne les ai pas sur moi. Mais j'aimerais pouvoir les déposer avant la fin des vacances. »
Je pense à mes journaux. J'ai déjà plusieurs cahiers, et même si j'ai relativement confiance dans la sécurité que j'ai posée dessus, autant ne pas tenter le diable et les placer en sécurité.
Griphook m'a annoncé que mon compte sera ouvert dès demain, si je remplis tous les papiers aujourd'hui. Il y a autant de paperasse que dans une banque classique... Identité complète, associée à une signature avec une plume de sang, nom des bénéficiaires si jamais je disparais sans héritiers légitimes (j'ai choisi Harry. Après tout, c'est son argent que je vais dépenser), ainsi que diverses questions concernant les caractéristiques du compte, des moyens de paiement (ils ont une carte de paiement, comme nous ! Pas besoin de me traîner partout avec un sac de Gallions !) et ainsi de suite.
Hermione a rempli les mêmes papiers, et Harry a signé ceux créant les deux nouveaux virements et l'officialisation de ce qui a été discuté cet après-midi.
Puis Harry a terminé en insistant sur le fait que tout ce qui s'était passé, y compris la découverte de nos héritages, doit absolument rester secret pour l'instant. Tout sera rendu public dans les mois qui viennent, certainement, mais en attendant, on aimerait pouvoir gérer nous-même à quel rythme les différents points abordés seront rendus publics.
Puisque nous ne demandons pas aux gobelins de mentir (il leur suffit de répondre aux personnes trop curieuses que les gobelins sont fiers d'avoir la confiance de leurs clients, et qu'ils ne trahiront pas ce qui peut se passer entre les murs de leur banque), Griphook a accepté sans problème.
Nous sommes donc repartis beaucoup plus chargés qu'à notre arrivée. Nous avons déposé Hermione chez ses parents, et nous sommes rentrés à Grimmauld Place, où Bill a aussitôt isolé son père pour parler avec lui.
Harry et moi nous sommes installés dans ma chambre. Cela nous fait bizarre que ni Sirius, ni Hermione ne soient là. Harry est en train de lire les livres qu'il a récupéré dans le coffre de Lancelot, et moi, je suis en train de tout te raconter. Ginny a été gentille : elle a compris qu'on n'avait pas passé une après-midi en amoureux, quoi qu'on ait annoncé à sa mère, et qu'on avait envie d'être tous les deux. Elle a donc rejoint ses frères aînés qui sont en train de s'amuser à inventer je ne sais quoi.
Du coup, pour t'écrire, je suis affalée contre Harry. C'est... bizarre, cette relation. C'est très agréable, et j'aime bien quand il me serre contre lui ou quand on est ensemble, comme ça, mais c'est aussi complètement déroutant. Harry est quelqu'un d'assez câlin et tactile. Chose assez surprenante quand on connaît son passé : d'habitude, les enfants battus sont plutôt réservés sur ce plan. Mais s'il n'est pas du genre à donner une accolade à ses potes, ou s'il se tend à chaque fois qu'un adulte veut le serrer dans ses bras (même Sirius ou Remus), il accepte tout à fait les étreintes de Hermione, et les cherche avec moi.
Et moi... moi, je ne suis pas tactile... J'ai tendance à me tendre dès qu'on veut me toucher. Même mes parents ne peuvent pas me faire de câlins sans que je me tende au début. Il n'y a que Louise avec laquelle je suis câline (elle a beau avoir neuf ans, c'est toujours un bébé pour moi...), et toi et Cathy et Laura avec lesquelles je serais à la rigueur bras dessus bras dessous dans la rue. Mais je ne supporte pas qu'on me touche quand je ne l'ai pas choisi : les tapes amicales, les coups sur les bras (genre « eh ! »), ou même toucher quelqu'un assis à côté de moi (à part mes sœurs).
Et maintenant, il y a Harry, qui cherche ces contacts. Il aime s'allonger sur moi quand je suis assise sur le canapé du salon, et il aime quand je viens m'asseoir sur ses genoux dans un fauteuil, ou contre lui sur le banc de la cuisine. Il aime me serrer dans ses bras, et je sais qu'il a envie de me caresser, parfois. Je sens son désir. Et même si je sais que je peux avoir confiance en lui, même si j'apprécie réellement ces gestes, s'ils me font me sentir en sécurité, et me donnent l'impression que pour une fois, quelqu'un a vraiment envie de veiller sur moi, je ne peux pas m'empêcher de me tendre à chaque fois qu'il commence une étreinte.
Je sais qu'il l'a remarqué. Il n'a encore rien dit, mais il va sans doute m'en parler un jour. Et je serai incapable de lui fournir une explication. Je n'ai pas été battue, ni maltraitée par ma famille. Même si parfois j'aurais aimé plus de chaleur humaine avec mes parents, j'ai été aimée et choyée et gâtée. J'ai eu des amis, et si j'ai été souffre-douleur à l'école, ça a toujours été psychologique et verbal, jamais physique. Je n'ai aucune raison logique de me braquer ainsi. C'est comme cette histoire d'émotions... Je n'ai aucune raison logique, dans mon histoire personnelle, qui explique pourquoi j'éprouve tant de mal à accepter mes émotions, et encore plus à les exprimer.
J'ai peur que cette distance involontaire gâche les choses avec Harry, alors que j'apprécie réellement être avec lui. Mais je ne sais pas comment le dire, l'exprimer, verbalement ou physiquement. Je ne sais même pas comment le ressentir. Bon sang... Je suis un vrai bordel.
Bon, je te laisse, je dois travailler sur la construction de mon paysage mental. Peut-être que ça va justement m'aider à mettre de l'ordre dans tout ça et à mieux me comprendre.
Bisous ma belle.
Notes de l'auteur :
Haha, je n'en avais pas encore assez des révélations, en voilà des nouvelles ! :)
Je vous rassure, ce sont les dernières concernant ces pauvres jeunes gens :) Ils ont maintenant suffisamment de matière pour se dépatouiller tout seuls :)
Et au moins, Manon commence elle aussi à réaliser l'ampleur de la tâche qui s'annonce :)
Et désolée de ne pas vous avoir prévenus la semaine dernière que ce chapitre serait très long... :/
D'ailleurs, n'hésitez pas à me dire si vous voulez qu'au début des chapitres, je fasse un rappel, comme dans les séries : "précédemment..." J'essaie de toujours resituer un contexte au sein du chapitre, mais je baigne tellement dans cette histoire que j'oublie que certaines choses évidentes pour moi ne le sont pas forcément pour vous...
Concernant la valeur du Gallion, j'ai pris la version "officielle". Je sais que certains fans ont fait des calculs très savants, notamment en utilisant le cours de l'or et la taille des Gallions (mentionnée dans le quatrième livre) pour expliquer qu'un Gallion vaut à peu près 80 livres sterlings, mais j'ai préféré ne pas aller dans cette voie-là. Déjà, parce que je ne vois pas les sorciers se balader avec des pièces de la taille d'un enjoliveur, et aussi parce que ça permet de remettre les choses un peu plus en proportion...
Donc un Gallion vaut 5 livres sterlings, et 10 000 gallions, ça fait 50 000 livres sterlings, soit 60 000 euros (à la louche). C'est pour ça que je dis que ça fait sans doute plus que le salaire annuel de Mr Weasley. Je ne le vois pas toucher le salaire d'un cadre et ne pas s'en sortir, même avec plusieurs enfants...
Réponse aux guest reviews :
nyaaa : merci beaucoup pour cette review, je suis ravie que cette fic te plaise autant ! Bonne lecture, et n'hésite pas à me dire tes impressions :)
alea : le calme avant la tempête... haha, excellent feeling, comme tu peux le constater !
Et... je suis peut-être une sorcière... ou peut-être pas... qui sait ? ;)
A lundi prochain !
MAJ le 12/10/2017 : quelques erreurs + correction du nom des langues brittoniques (ce n'était pas du gaélique, uniquement parlé en Irlande et dans certaines régions d'Ecosse...), mais j'ai gardé quelques libertés historiques sur l'ancienneté de la langue et son écriture.
