Hello!

Comme quoi, tout arrive! Un nouveau chapitre! Pour moi, le prochain sera le dernier, mais c'est avec regret que je laisse cette histoire derrière moi...

Bonne lecture, en espérant que ça vous plaise!

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Chapitre 24

New-York - 1er décembre 2017

De : Sam

A : Rachel

Envoyé à : 18h52

Donne-moi encore quelques mois.

De : Sam

A : Rachel

Envoyé à : 18h54

Mais je suis prêt, Rach. Je suis prêt.

Artie fronça les sourcils, et leva les yeux de l'écran de téléphone que Rachel lui avait brandit sous le nez quelques secondes plus tôt. A peine une heure plus tôt, il avait reçu un appel (assez inattendu, il fallait le dire) de Rachel, essoufflée, visiblement tout juste sortie d'un avion à en juger par le fond sonore saturé d'annonces monocordes annonçant des numéros de vol à moitié incompréhensibles, et tenant des propos plutôt incohérents pour Artie, qui n'avait pas été tenu au courant des dernières avancées sur le dossier Evans-Berry. Au moment des "Je ne comprends pas", "Qu'est-ce que ça veut dire?" et autres "Mais QUAND?" prononcés dans un débit de mitraillette et d'une voix suraiguë, il réussit enfin à en placer une et, jugeant que Tina avait d'autres priorités en ce moment, que Kurt était à Londres, et qu'en gros il était le seul de la bande présent à New-York pouvant jouer les épaules réconfortantes, lui proposa de la rejoindre à l'aéroport et d'aller prendre un café. C'était le moins qu'il pouvait faire.

Assis dans un café baigné d'une lumière artificielle et banal à pleurer, il faisait face à Rachel qui l'avait traîné sans ménagement à une table ronde à l'écart de la foule. Sans préambule, elle lui avait fourré son téléphone sous le nez, et attendait sa réaction, visiblement anxieuse.

Artie appréciait modérément d'avoir passé près de trois-quart d'heure fort pénible dans les transports en commun pour au final analyser les textos cryptiques de Sam, mais voyant Rachel se mordre la lèvre de nervosité, il décida de ne pas en rajouter. Mais tout de même, un petit rappel de politesse élémentaire s'imposait. "Euh... Bon, déjà, bonjour..."

Rachel se laissa aller contre le dossier de sa chaise, au bord des larmes. "Oh, je suis désolée, je ne voulais pas être...". Elle lui fit un sourire en coin, décidée à se rattraper. "Bonjour, Artie, mon très cher ami, futur cinéaste de grand talent, sage parmi les sages...

- Ca va, n'en rajoute pas trop!"

Artie lui sourit : pas la peine de polémiquer davantage, au final ce n'était pas important. Bien au contraire, il eut une bouffée de nostalgie en repensant à leur premier voyage à New-York, pour leur première compétition nationale. Il se souvenait de l'émerveillement communicatif de Rachel, alors qu'elle poussait son fauteuil sur Time Square. Ca faisait, quoi, six ans? Et ils étaient encore amis, et c'est lui qu'elle avait appelé. "Tu sais, je suis content que tu m'ais appelé, Rach, mais j'ai peur de ne pas pouvoir vraiment t'aider." Il poussa un soupir. "Franchement, je ne suis pas le mieux placé pour parler romance.

- Mais...

- Si tu veux des conseils, vois avec Tina, ou Kurt, ou Quinn, ou... Santana, si tu veux en plus quelques sarcasmes... Ou Puck, si ta demande concerne le championnat de base-ball..."

Rachel rit. Elle prit la main d'Artie. "T'es bête, mon Dieu! Complètement idiot!

- Ca me réchauffe le coeur!

- Oui, c'est vrai, tu n'es peut-être pas le choix évident pour donner des conseils...

- Ouep, le courrier du coeur, très peu pour moi!

- ... mais qui l'est, quand il s'agit de Sam?!"

Rachel lâcha la main d'Artie, et leva les bras en signe d'impuissance. Il y eut un moment de silence. Autour d'eux, les voyageurs pressés allaient et venaient, chacun coincés dans sa propre histoire.

"J'ai été voir Quinn, pour prendre du recul, pour essayer d'y voir clair. Et comme une gourde, je replonge tête baissée dans les complications, toute seule comme une grande!

- Hey, aucun regret ma vieille. Je crois que tu as bien fait. Arrêtez de parler en langage codé, à quoi bon maintenant?! Il y a bien un moment où l'un des deux doit avancer son pion."

Rachel haussa un sourcil interrogateur. Artie haussa les épaules. "Métaphore un peu nulle, je te l'accorde. Mon côté premier de la classe, lunettes en cul de bouteille et joueur d'échecs qui ressort. Mais enfin quoi, faut bien que tu saches, non? Laisse moi te résumer les choses : tu lui demandes s'il est prêt, il te dit que oui. Réfléchis : si ce n'était pas toi, ni Sam, que tu écoutais l'histoire de deux parfaits inconnus, comment tu analyserais la situation?"

Elle sembla perdue dans ses pensées quelques secondes, tout en buvant une gorgée de son thé à moitié refroidi. "Je dirais... qu'il veut s'engager. Avec moi." Sa gorge se serra. "A New-York."

Artie leva le pouce. "Biiiiien!". Il considéra Rachel un moment, ses grands yeux sombres et son expression soucieuse. Presque coupable. "Il a fait son choix. Le sien, pas le tien.

- Tu parles!" Son ton était sec, implacable, tout à fait inhabituel à vrai dire. Rachel était beaucoup de choses, mais elle n'était pas dure. "Si c'est vrai, s'il vient ici, ce sera pour moi et tu le sais. Je le sais. Abandonner sa famille, son métier? Pour quoi, me suivre partout et s'occuper de moi?! Etre malheureux, plein de rancœur au bout de deux, trois ans? Je suis auto-centrée, mais pas à ce point Artie, je ne le laisserai pas...

- Tu as fait ton choix quand tu as envoyé ce message. Tu lui as demandé d'être avec toi.

- Je sais, mais...

- Tu sais que je t'aime, ma belle, comme une soeur" s'empressa-t-il de rajouter avec un sourire. Rachel le lui rendit, son expression radoucie, mais à nouveau anxieuse. "Mais je te demande, s'il te plait, de ne pas prendre Sam pour un con.

- QUOI ?!

- On est plus au lycée. Sam n'est plus le même, c'est toi même qui me l'a dit. Il n'a peut-être pas été à l'université, mais avec ce qu'il a vécu, il a la peau dur, et l'habitude de prendre des décisions difficiles et de faire des choix. Contrairement à la plupart d'entre nous je dois dire, moi y compris d'ailleurs, nos choix se résumant assez souvent à la garniture de notre pizza, la bonne chanson à chanter sous la douche ou la police de caractères à utiliser pour une présentation. Oui, je suis un étudiant, ok?!" ajouta-t-il avec une pointe de défi, une pointe seulement : Rachel pleurait en silence, à présent. "Je ne veux pas de faire de la peine, surtout pas. Au contraire, juste te rappeler que Sam sait ce qu'il fait." Il hésita un instant, et rajouta "Crois-moi."

Rachel releva la tête. "Tu sais quelque chose?

- Non." répondit-il en toute sincérité. Il sortit son portefeuille pour payer. "Mais si tu veux mon humble opinion, Sam ne partira pas de Memphis sur un coup de tête. Sans un plan." Il contourna la table et fit signe à Rachel de le suivre. "Tu as du temps? Si on allait à Brooklyn, au marché aux puces! Tu trouveras peut-être un nouveau béret! Allez viens, on va se changer les idées..." Voyant qu'elle avait retrouver le sourire, il ajouta, mine de rien : "... c'est pas comme si tu revenais de vacances..." Elle lui donna un coup de sac à main tout à fait volontaire, mais ne perdit pas son sourire.

Artie se fit la réflexion, alors qu'ils attendaient l'ascenseur pour descendre à la station de métro la plus proche, qu'il n'était finalement pas si nul, comme conseiller conjugal.

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New-York, salle de presse du George Gerchwin Theater, 18 décembre 2017, 10h14

"AIE!

- Oups! Pardon, mademoiselle!".

Le technicien lui décrocha un sourire jovial : il avait, définitivement, l'air davantage amusé que désolé. Rachel fit bonne figure, principalement pour ne pas passer pour une peste, mais prendre un micro dans la figure, non, pas agréable. Du tout.

"Bon, maintenant que nous sommes remis de nos émotions, passons aux choses sérieuses...".

Assise sur une chaise inconfortable, Rachel écoutait les dernières consignes du journaliste de en se tortillant nerveusement les mains. Elle en avait rêvé, de ce moment... les médias, la célébrité naissante... enfin, plutôt embryonnaire à ce moment précis, mais son metteur en scène avait concocté, pour le paraphraser, un "plan médias béton" en 12 étapes clés, dont la première phase venait à peine de débuter. Les choses sérieuses débutaient.

"Miss Berry, vous êtes la tête d'affiche de la reprise dont tout le petit monde de Broadway parle, à savoir "Meet me in St Louis". Evidemment, personne n'a oublié la grande Judy Garland dans le film de Minelli : comment appréhendez-vous l'immense tâche de lui succéder?"

Rachel prit une grande respiration, et commença la tirade qu'elle avait répété devant à peu près toute l'équipe des producteurs, son metteur en scène, la plupart des acteurs et son chat Honey. "Eh bien, Miss Garland est une légende, ce serait bien prétentieux de prétendre l'égaler : il ne s'agit pas de l'imiter, d'ailleurs, mais plutôt d'aborder le rôle de manière différente, à ma façon..."

Elle continua, tandis que le journaliste prenait des notes à la vitesse de l'éclair et enchaînait bientôt avec le reste de ses questions. Tout se passait bien.

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"JOYEUX ANNIVERSAIRE!".

Tina lui avait bondit dessus sitôt qu'elle avait franchit la porte des artistes du Gerchwin Theater pour rejoindre l'air glacial de la rue. Dans sa poussette, Eli regardait Rachel avec un vague intérêt, son ours en peluche bleu serré contre lui. "Tu viens dîner avec Mike et moi, et pas de discussion!

On en a parlé hier soir au téléphone, ce n'est pas vraiment une énorme surprise...

C'est vrai!". Tina se pencha pour réajuster la couverture d'Eli. "Allez, on va prendre un verra au Shakespeare, je t'invite!"

Tina avait tout prévu, y compris la baby-sitter pour Eli : son assistante passa prendre le petit garçon à 20 heures. Tina les regarda s'éloigner avec une pointe d'appréhension. "C'est la première fois que je le laisse avec quelqu'un autre que Mike ou de la famille...". Elle les suivit du regard encore quelques instants, puis se tourna vers Rachel. "Allez, tout va bien, ce soir c'est ta soirée... Cosmo?"

Rachel éclata de rire. "Cosmo!"

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Rachel claqua la porte du taxi avec un peu trop de force. "Oups!" dit-elle d'un ton qui se voulait désolée. Le chauffeur, habitué à être témoin d'états d'ébriété divers et variés, esquissa un sourire et s'assura qu'elle avait bien franchi la porte de son immeuble avant de démarrer.

Elle était "relativement saoule", comme elle l'avait déclaré très sérieusement à Tina et Mike quelques minutes avant de les laisser pour rejoindre un taxi. Ils avaient tellement ri, dansé, chanté comme ils chantaient à l'époque du lycée : fort, à pleins poumons, comme s'il n'y avait que ça qui comptait. Pendant quelques heures, elle avait pu évacuer le souvenir de son précédent anniversaire : Sam et elle, la neige, les chansons, le bar de cow-boys, le béret à étoiles...

Elle composa son numéro sans y réfléchir à deux fois, comme si c'était ce qu'il y avait de plus logique, de plus juste à faire pour achever cette journée.

Elle venait d'ouvrir la porte de son appartement quand il décrocha. "Joyeux anniversaire."

Elle se mit à rire, un rire alcoolisé mais léger, joyeux. Elle sentait qu'il souriait à l'autre bout de la ligne. "Oh, je ne devrais pas dire ça car elle m'a offert un anniversaire fantastique, mais je préfère entendre ton "Joyeux anniversaire", comparé à n'importe quel autre...

- Tu as les cuites les plus adorables de la Terre, Rach."

Elle s'effondra sur le canapé avec une certaine grâce, étant données les circonstances. "Même au lycée?"

Il éclata de rire. "La première ne compte pas."

Honey sauta sur ses genoux avec délectation. "Comment vas-tu?

- Bien. Stacey et Maman aussi. Elles te remercient pour l'invitation. Stacey a déjà sa robe, mais il paraît que tu es au courant...

- Oui". Elle se rappelait très nettement de cet après-midi, et ses pensées dérivèrent vers Memphis, vers Sam. "Elle sera parfaite.

- C'est évident. J'ai bien peur que les petits crétins de son lycée commencent à s'en rende compte, aussi.

- Sam! Le grand frère protecteur...

- On ne se refait pas...".

Elle se leva pour prendre un verre d'eau. "Je sens que la répét' va être très compliquée demain...". Fouillant dans sa collection de CD, elle trouva une compil de country qu'elle avait trouvé sur le marché aux puces où elle avait été avec Artie, quelques semaines plus tôt. "Ca va te plaire."

Sam reconnut le titre sans aucune hésitation. "Emmylou Harris, "Save the last dance for me", je me trompe?

- Oh darling, save the last dance for me..."

Il la laissa chanter. "Bravo.

- Merci." Elle appuya le téléphone un peu plus fort contre son oreille, comme si ce geste pouvait réduire la distance entre eux. "Ce n'est pas au téléphone que je voudrais te la chanter.

- Encore quelques mois, Rach...

- Mais qu'est-ce que ça veut dire, Sam?

- Va ouvrir tes mails.

- Pardon?

- S'il te plait.

- O...K..."

Elle attrapa son ordinateur d'un geste maladroit. "Pas la réponse que j'attendais, mais bon...". En ouvrant sa boîte mail, elle trouva un mail de Sam. "Oh." murmura-t-elle sans s'en rendre compte. Au bout du fil, Sam restait silencieux. D'un clic, elle ouvrit le lien qu'il contenait.

Le site d'une radio dénommée WNSH-FM s'afficha sous ses yeux. "Tu changes de radio, c'est ça?

- Oui. Mais lis la rubrique actualité."

Des changements à venir pour la prochaine saison! WNSH-FM - New-York est ravi d'annoncer l'arrivée sur ses ondes dans quelques mois d'un nouveau venu tout droit de Memphis...

Mais Rachel ne put lire la suite, ses yeux brouillés de larmes. Honey ronronnait sur ses genoux. "Sam...

- Tu vois, j'arrive, comme prévu. Joyeux anniversaire, Rachel."