Yukino n'en revenait toujours pas que les intestins de Rogue soient restés bien au chaud dans son ventre jusqu'à ce qu'ils reviennent à l'appartement désaffecté leur servant de planque. Elle était pratiquement sûre qu'ils auraient dû tomber par terre en cours de route.
Sauf qu'apparemment, son partenaire avait tellement l'habitude de ce genre de blessures qu'il savait exactement où et comment appliquer la pression pour que la plaie ne se mette pas à dégorger ce qui ne devait pas l'être pour survivre. En rétrospective, elle n'aurait vraiment pas dû se sentir surprise : il venait du Sarcophage, après tout. Là-bas, c'était impossible de faire un pas dans la rue sans avoir à esquiver une attaque au couteau ou à la matraque, paraissait-il.
Elle avait toujours cru que c'était de la pure exagération, mais peut-être qu'en fin de compte, elle aurait dû accorder davantage de poids à ces rumeurs.
Enfin, ce n'était pas le moment de se lamenter sur son manque d'informations, l'urgence du moment, c'était le garçon brun couché sur le canapé, un trou dans le bide et l'importance de recoudre ce trou bien serré pour remettre le garçon sur pied. Yukino ne se faisait pas d'illusion sur ses capacités au combat, elle avait eu un pot monstrueux avec le garçon de tout à l'heure – Gray, son nom, c'était Gray – et il y avait toutes les chances pour que ce pot ne revienne pas la prochaine fois.
« Pourquoi il n'y a pas d'anesthésiant ? » gémit-elle entre ses dents alors qu'elle dévissait le bouchon de sa bouteille de désinfectant.
Rogue poussa un soupir qui aurait pu rivaliser avec une armoire question taille.
« J'ai déjà survécu sans. Bon, tu y vas ? »
Elle serra les dents et se pencha au-dessus de lui.
Il s'était débarrassé de sa veste et de sa chemise, dévoilant un torse blême. En l'absence de tout maquillage ou effet projecteur, c'était facile de discerner de multiples cicatrices sur le haut de son corps – de toutes fines qui auraient pu passer pour de simples éraflures, de nettement plus vilaines et même une ou deux vieilles brûlures.
Sur sa peau si claire, le sang était si foncé que c'était presque choquant. La jeune fille se passa la langue sur les lèvres avant d'imbiber de désinfectant la chemise roulée en coule pour faire chiffon puis commença à essuyer le liquide.
Ça devait piquer comme l'enfer, elle le savait, pourtant Rogue refusa de lâcher le moindre couinement. En fait, quand elle leva la tête pour regarder s'il était encore conscient, la seule concession à la douleur qu'elle put apercevoir fut la façon dont ses yeux rouges s'étaient étrécis.
Avantage de l'habitude, au bout d'un moment ça ne te fait plus ni chaud ni froid.
Malheureusement, elle ne pouvait pas faire grand-chose sauf nettoyer la plaie : ils n'avaient pas de pansements sous la main, ni d'aiguille et de fil – pour faire vraiment barbare. Bon, elle pouvait toujours essayer de se servir d'une écharde et d'un fil de la chemise de Rogue, mais rien que la perspective la terrifiait.
Un ploc sur le balcon manqua l'envoyer bondir au plafond. Pour sa part, Rogue avait ouvert les yeux tout grands.
« Prends le couteau » lui ordonna-t-il à mi-voix en s'emparant de la chemise pour remettre de la pression sur son abdomen.
La gorge sèche, Yukino obéit – c'était lui l'expert pour ces choses-là. Sur le balcon, pas de mouvement. Elle hasarda un coup d'œil.
Une longue capsule argentée, le modèle qui contenait les cadeaux des sponsors. Le cœur de la blonde rata un battement alors qu'elle s'empressait de l'ouvrir, les mains tremblantes.
Et oui, c'était bien un rouleau de pansements à l'intérieur. Elle en aurait pleuré.
Si on s'en sort, je jure que je ne dirais plus jamais de mal sur Sting Eucliffe.
