Hello!! Vous êtes toujours là? Voici la suite… j'ai essayé de rester dans les temps. Ce chapitre aurait mérité d'être retravaillé, mais comme je serai encore plus débordée les jours prochains, je préfère vous le poster dès aujourd'hui, dans l'état.

Une fois de plus, un grand MERCI pour vos chouettes reviews!

Apparemment, aucun d'entre vous n'est allé voir « Élève libre »…dommage! *soupir* (vous allez dire que je ne suis jamais contente)…

Bon allez, je vous laisse lire, et je vous attends en bas de page.

AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA

CHAPITRE VINGT CINQ

-Barty, va me chercher Amycus. Ne tarde pas, je suis pressé!

-Bien, maître!

Le secrétaire s'éclipsa rapidement. Tom se laissa tomber dans un fauteuil du petit salon en soupirant. Il venait de se rappeler cette espèce de chauve-souris, ce mystérieux Severus Rogue, qui était venu le voir quelques jours auparavant, et dont il avait négligé de s'occuper depuis lors.

Il avait certes interrogé Queudver à son sujet, mais le claveciniste ne lui avait pas appris grand-chose, à part que Rogue était un ancien camarade d'étude, un homme intransigeant au caractère ombrageux, et accessoirement, musicien de qualité…

Rien d'étonnant, puisqu'il avait été le professeur de Harry…

L'individu traînait-il encore dans la région? Si oui, à quelle activité consacrait-il ses journées? Où résidait-il?

Il avait très certainement appris l'arrestation du garçon et sa spectaculaire évasion du poste de police…Soupçonnait-il le Lord d'en être l'organisateur? Avait-il parlé à la police? Que manigançait-il actuellement?

Tom se proposait d'envoyer Carrow enquêter sur son compte. Certes, son homme de main n'avait rien d'un fin limier, mais il connaissait nombre de petites gens dans les environs, et il pourrait charger quelques uns de ses informateurs de se renseigner discrètement au sujet du pasteur suspect…

Le Lord sonna un valet et se fit servir un verre d'alcool. Il commençait à s'impatienter. Que fabriquait donc Barty?

Ses pensées dérivèrent sur Harry, qui se trouvait là-haut, enfermé dans la chambre. Il devait être en train de prendre un bain…L'image du garçon nu, barbotant avec indolence dans la baignoire, s'imposa à lui, délicieusement excitante…Les mains tremblantes, Tom sirota une lampée de whisky, fermant les yeux pour mieux savourer son plaisir…

Il mourait d'envie de monter retrouver le garçon, tout en se contraignant à le fuir. Car il ne pouvait poser le regard sur lui sans ressentir cette puissante attraction, ce désir dévorant, qui rendaient sa promesse de ne pas le toucher jusqu'à leur départ absolument intenable.

Aussi s'obligeait-il à maintenir le plus de distance possible entre eux. Cette lutte continuelle usait ses nerfs et l'épuisait autant physiquement que moralement.

La nuit dernière avait été un véritable supplice. Dans son sommeil, le garçon avait roulé contre lui en gémissant, et Tom, ayant allumé une bougie, l'avait contemplé silencieusement, guettant les expressions fugaces qui passaient sur son beau visage, comme l'ombre des nuages glisse sur les collines en été, disparaissant sans laisser de traces…Puis le Lord s'était autorisé une douce caresse, veillant à ne pas le réveiller. Se penchant plus avant, il avait frôlé de son souffle, effleuré de ses lèvres toutes les parcelles de peau se trouvant à sa portée, humant avec délice l'odeur pure et sauvage de ce corps brûlant et alangui…

Bien mal lui en avait pris. Ces petits jeux l'avaient mis dans un tel état qu'il avait sauté hors du lit, excité comme un taureau en rut. Il avait quitté la chambre précipitamment, réclamant à cor et à cris la présence du jeune esclave. Si ce dernier avait été surpris, comme tous les autres membres du personnel réveillés à cette heure avancée de la nuit, il n'en avait rien laissé paraître. Tom l'avait pris brutalement, dans son cabinet de travail, sur un coin de bureau… Sous le coup de la surprise et de la douleur, le métis avait fondu en larmes, mais Tom, un peu soulagé, s'était contenté d'empoigner sa toison frisée et de la secouer gentiment avant de lui ordonner de filer.

Éreinté, mais passagèrement calmé, le Lord avait fini la nuit sur son canapé et s'était levé à l'aube, tout perclus de courbatures… et de fort méchante humeur.

Quand il avait rejoint Harry, le garçon était assis par terre, jambes croisées, et lisait tranquillement, indifférent à tout, et apparemment inconscient des tortures qu'il infligeait à son compagnon. Il l'avait à peine regardé et n'avait répondu à ses questions que par monosyllabes. Humilié, Tom s'était juré qu'une fois sur le bateau, il se ferait payer au centuple ce comportement outrageusement désinvolte.

Et installé à quelque distance de l'objet de ses désirs, il l'avait observé à la dérobée, imaginant le moment où, enfermé seul avec lui dans sa spacieuse cabine, il pourrait enfin dévêtir l'insolent, et le soumettre -de gré ou de force- à toutes ses fantaisies…

… Sans limite…sans scrupule…jusqu'à satiété …Pour trouver enfin le repos de l'esprit et des sens.

Tom sursauta. Barty venait de réapparaître. Il était seul et semblait essoufflé.

-Maître…, commença-t-il, clignant des yeux d'un air incertain.

-Où est Carrow?

-Maître…il est introuvable. Il semblerait qu'il ait disparu depuis deux jours.

Tom se leva d'un bond. Il transperça Croupton du regard, comme pour évaluer sa sincérité, puis l'écarta d'un geste impatient.

-Disparu? Mais où peut-il être, enfin?, marmonna-t-il, tâchant de masquer son trouble. Auprès de qui t'es tu renseigné, Barty?

-Eh bien…tout le monde! La mère Chourave, les marmitons, Bob, Miles, Robin, Oliver, tous les valets, tout le personnel …Personne ne l'a aperçu depuis mardi matin.

-Voilà qui est ennuyeux…Et Hagrid?

-Heu…je ne suis pas allé jusqu'à sa cabane. Désirez-vous que je m'y rende?

-Oui…Et si ce gros balourd n'en sait pas plus, nous enverrons Bob et Miles se renseigner en ville. Il est peut-être en train de gaspiller sa paye à faire la tournée des tavernes. Ça ne serait pas la première fois…

-Bien, maître…, dit Barty en s'inclinant profondément, avant de s'éclipser à nouveau.

Tom réfléchissait. La disparition de Carrow était inquiétante. L'homme partait parfois écumer les bars de Bristol, mais il n'y allait jamais tout seul. De plus, le Lord ne l'avait pas payé depuis… depuis un bon moment. Justement…c'était bien ça, l'ennui. Tom avait négligé de lui verser une récompense digne de ce nom après l'expédition à Wick…de plus, il lui avait retiré la gamine des mains, cette Luna qui avait tellement l'air de lui plaire. Or, il se souvenait maintenant qu'il ne lui avait offert aucune prostituée en compensation…

Tom avait oublié…c'était la première fois que cela lui arrivait. Faute impardonnable. Qui risquait de lui coûter cher, très cher…

Carrow avait-il fugué afin d'attirer l'attention sur son sort?

Ou pire, avait-il décidé de trahir son maître?

Tom crispa les poings. Si cette dernière hypothèse était la bonne, il était perdu. Amycus en savait beaucoup, infiniment trop pour son bien.

Le Lord ne pouvait se permettre d'attendre ici dans l'incertitude. Il devait filer. Tout de suite. Avec Harry.

Bien sûr, il aurait un jour d'avance, mais Flint n'y verrait pas d'inconvénient. Le capitaine avait affirmé lui-même que l'Épervier était prêt à appareiller.

Toutes les affaires du Lord étaient déjà à bord…

Il devait ordonner immédiatement à Flint de quitter le mouillage cette nuit même, discrètement, et de venir les chercher à la crique du Genêt. Là, il pourrait embarquer avec le garçon sur le navire, à bonne distance du port et à l'écart des contrôles de police.

Il était hors de question d'en parler à Jack, Barty, Drago ou qui que ce fût d'autre… Il leur laisserait des explications par le biais d'une lettre, invoquant un prétexte quelconque pour justifier ce départ précipité.

Il sortit du salon, gagna son bureau et se dirigea sans hésitation vers sa table de travail. Là, il attrapa vivement un morceau de papier, sa plume, et la trempa dans l'encrier.

« Ai décidé de partir dès ce soir. Rendez-vous à la septième heure là où vous savez. LV ».

Il la cacheta rapidement, et appela Dobby.

-Va me chercher Bob, vite!

Cinq minutes après, un jeune homme blond, râblé et vigoureux, se présentait devant le Lord.

-Tu ne sais vraiment pas où peut se trouver Amycus?

Bob eut l'air ennuyé.

-Non, maître…Je ne l'ai pas vu depuis mardi.

- Bien. Il finira par réapparaître, forcément. Maintenant, file au port de Bristol, et remets ce message de ma part au capitaine Flint. En main propre, surtout! Et ne te fais pas repérer!

Le jeune homme s'inclina, saisit le papier roulé, et s'empressa d'exécuter les ordres.

o0o0o0o0o0o

Lord Gambon est un vieil homme absolument charmant. Je lui ai parlé avec abandon, il m'a écoutée sans m'interrompre une seule fois, me scrutant de ses yeux clairs et intelligents.

Avant de me donner son avis, il a réfléchi un bon moment, le front plissé par la concentration. Il avait pris quelques notes sur un carnet tandis que je parlais, et il les relisait attentivement.

Levant enfin vers moi son regard plein de franchise, il m'a annoncé que mon cas l'intéressait énormément, et qu'il prenait sur lui de tout mettre en œuvre pour que justice fût rendue, et Harry innocenté.

A ma question muette concernant mon propre sort, il a répondu que je n'avais pas de souci à me faire. Il était évident qu'il s'agissait d'un cas de légitime défense. Quant à la situation d'adultère, il fallait éviter de la mettre en évidence, puisque Harry avait le motif valable des cours de violon pour justifier sa présence à mes côtés.

Mais hélas, mon seul témoignage n'est pas suffisant. Le procureur peut convoquer la cour dans des délais tout à fait raisonnables, mais il lui faut la présence physique de Harry et de Minerva, les deux autres témoins du drame.

Pour Minerva, il n'y a bien sûr aucun problème. Elle est ici, à Londres, avec moi, et sera ravie de m'apporter son soutien.

Pour Harry, c'est une autre affaire. Lord Gambon comprend bien la difficulté, mais il m'a assuré que rien ne pourrait être fait sans sa comparution.

Ceci confirme qu'il faut arracher le garçon à mon oncle au plus vite.

Je vais écrire de ce pas au pasteur Rogue. L'impatience me fait trembler.

J'ai peur qu'il soit déjà trop tard…

o0o0o0o0o0o

-Prépare-toi, Harry! Nous partons dans deux heures!

Lâchant son livre, le garçon leva les yeux. Lord Voldemort semblait excité, nerveux. Pourquoi cette soudaine précipitation?

-Nous ne devions partir que demain…

Le Lord eut un geste d'impatience.

-En effet, mais diverses circonstances m'incitent à avancer ce départ. C'est une bonne nouvelle, n'est-ce pas?

Harry se leva lentement, posant son livre sur sa chaise. Il se sentait confus. Il n'avait jamais envisagé sérieusement ce fameux départ. Et voilà que brusquement, l'heure était venue. Le garçon allait quitter ce château qu'il avait pris en horreur, puis ce royaume pour lequel il était devenu un proscrit…Subitement, il se sentait un peu plus léger.

Pourtant…l'idée de couper le lien était étrangement douloureuse.

-Je…je vais écrire une lettre…à mes amis, bredouilla-t-il.

-A tes amis?, s'étonna le Lord. Eh bien… j'aimerais te donner mon accord, mais… sais-tu que cela peut être dangereux?

-Dangereux? Et en quoi?

-Eh bien, si tu leur dis où tu te trouves et où tu te rends, ils pourront chercher à remettre la main sur toi. Et la police aura elle aussi les moyens de…

-Qui vous dit que je leur ferai ce genre de révélations?

-Je n'en sais rien, mais je te mets en garde. Moins tu en diras, plus tu seras en sécurité.

Mais bien sûr, voyons…en sécurité!! Harry faillit ricaner, mais il se retint. A quoi bon provoquer le Lord? L'homme faisait des efforts depuis deux jours. Il ne le harcelait plus, il avait même tenu sa promesse de ne pas le toucher…

-Je peux leur écrire, alors?, dit-il simplement, levant un regard volontairement candide vers l'homme qui le fixait.

-Si tu veux…, murmura ce dernier. Tu trouveras des feuilles dans le tiroir de ma table.

-Merci.

-Eh bien, je te laisse à ta correspondance. N'oublie pas de préparer tes affaires! Je sais que la plupart de tes effets sont déjà sur le navire, mais je pense au violon, et aux partitions que tu veux sans doute emporter…

Le violon? A quoi bon…, songea Harry avec un pincement au cœur. Il ne répondit pas, et alla s'asseoir à la table.

Le Lord sortit, fermant à clef, comme il en avait pris l'habitude.

Harry ne réfléchit pas. Il extirpa une feuille du tiroir, trempa la plume dans l'encrier et écrivit aussitôt, sans aucune rature.

Mon cher Ron,

Tu vas sans doute être surpris de recevoir cette lettre. Quand tu la liras, je serai très loin, et tu n'auras aucun moyen de me répondre.

Si je t'écris, c'est pour que toi et les tiens sachiez que je suis bel et bien vivant et en bonne santé. Je n'ai jamais commis le crime dont on m'accuse, mais n'ayant aucun moyen de prouver mon innocence, je suis contraint de m'exiler…

J'ai traversé des moments difficiles, au point d'envisager sérieusement de mettre fin à mes jours. Si j'ai finalement renoncé à ce projet, c'est en bonne partie grâce au souvenir de notre amitié et de la bonté de ta famille à mon égard. Ce que vous m'avez apporté ne peut se quantifier, mais sans doute est-ce votre amour et votre générosité qui me donnent maintenant la force de continuer à vivre malgré tout.

La musique m'a soutenu quelques temps, puis m'a laissé tomber, comme une vieille amie sur laquelle on croyait pouvoir compter, et qui s'avère faible et inconstante…

Là où je me rends, je découvrirai peut-être de nouvelles perspectives, sans doute plus prometteuses que celles qui s'offrent à moi actuellement. Dès que ma vie se sera stabilisée et que j'aurai trouvé ma place, je te ferai à nouveau signe. Qui sait, peut-être nous reverrons nous un jour? Je l'espère sincèrement.

Mon cher Ron, je te serre affectueusement dans mes bras et contre mon cœur. Transmets mon amitié et ma reconnaissance à tous les tiens, ainsi qu'à Remus.

Bien à toi

Ton vieux Harry

o0o0o0o0o0o

-Nous y serons ce soir, tard…

-Est-ce prudent d'attaquer la nuit?

-Oui… et non. La nuit, nous les surprendrons plus aisément. Par contre, il nous sera plus difficile de nous orienter et de reconnaître les lieux.

Les chevaux de Severus et de Maugrey avançaient flanc contre flanc. Jusqu'à présent, le vieux guerrier avait mené leur troupe avec énergie, assurance et détermination.

Mais cette volonté de fer ne parvenait pas à compenser les défaillances des combattants improvisés. Peu habitués à passer des heures en selle, ils étaient tous durement éprouvés, d'autant plus que leur bivouac dans la nuit glaciale ne les avait guère reposés. Les jumeaux Weasley essayaient bien de maintenir le moral de l'équipe en trottant de ci de là tout en lançant des blagues douteuses, mais même eux semblaient fatigués de leurs propres pitreries.

Au fur et à mesure que la troupe se rapprochait de Manderley, le pasteur se sentait de plus en plus inquiet. Avant d'embarquer tout le monde dans cette aventure, peut-être eût-il mieux fait de retourner seul chez le Lord et de s'arranger pour faire un relevé de terrain approximatif… Dans l'état actuel de leurs connaissances, ils allaient s'aventurer en aveugles sur une terre étrangère et hostile.

De plus, Severus redoutait les hommes de main de l'aristocrate. Malgré leur entraînement de dernière minute, les Weasley et lui-même ne feraient pas le poids face à une troupe de bretteurs expérimentés, ayant une parfaite maîtrise des lieux.

Avec Maugrey, ils avaient tenté d'élaborer une stratégie d'attaque. Mais tout cela restait flou, aléatoire et extrêmement risqué.

Potter… c'était pour lui, et lui seul, qu'ils s'étaient lancés dans cette expédition. Qu'était-il en train de faire, à l'instant où onze hommes armés approchaient de sa prison pour le délivrer? Jouait-il de la musique…? En écrivait-il…?

…Ou subissait-il en ce moment même quelque mauvais traitement infligé par l'homme qui le retenait captif?

Soudain, Severus fut envahi d'une pensée désagréable, qui ne lui était jamais venue à l'esprit jusqu'alors.

Et si Harry appréciait le Lord? S'il se trouvait bien en sa compagnie, et ne souhaitait nullement le quitter?

Severus sentit ses mains devenir moites à l'intérieur de ses gants de peau.

Certes, le garçon avait tenté de fuir Manderley quelques jours plus tôt. Mais cela ne signifiait pas forcément qu'il en détestait le maître. Peut-être était-il parti afin de libérer son protecteur de sa présence, craignant de le mettre en danger en séjournant plus longtemps chez lui …? Après tout, Harry avait toujours eu ce côté un peu « tête brûlée au grand cœur », hérité de son téméraire de père…

Un flot de jalousie pure submergea le vicaire. Il revit le visage aux traits réguliers et sensuels de lord Voldemort, son corps vigoureux, parfaitement bâti, son regard froid et inquisiteur, sa distinction naturelle si évidente. Il crut réentendre sa voix, calme, agréable, bien posée…Oui, cet homme était bien capable d'avoir su gagner l'amitié…voire l'amour du jeune Potter. Après tout, le garçon était inexpérimenté, malléable, impressionnable, et rendu dangereusement dépendant par sa situation désastreuse… Pour le Lord, riche, séduisant, protecteur, obtenir les faveurs du naïf adolescent n'avait probablement présenté aucune difficulté…Un jeu plaisant, et gagné d'avance…

Une nouvelle image s'imposa à Severus. Celle de deux corps, celui de l'aristocrate et celui du garçon, mêlés dans une étreinte ardente et sauvage… et la vision du visage de Harry, transfiguré par la volupté, comme il pouvait l'être par l'écoute d'une musique sublime…

Il se maudit d'avoir autorisé cette image trop troublante à franchir ses barrières mentales.

Hélas, si c'était le cas, si Harry était effectivement attaché au Lord de cette manière, la partie promettait d'être encore plus hasardeuse. Car le garçon refuserait de les suivre. Ils auraient à vaincre sa résistance, en plus de celle de son ravisseur…

Comment Harry prendrait-il l'arrivée inopinée de son ancien professeur -détesté- dans son nouvel univers? Sans doute le considèrerait-il comme un intrus, un gêneur… Certes, il verrait les frères Weasley et Foloeil d'un meilleur œil, mais tout de même… Severus n'était plus du tout certain d'avoir fait le bon choix en se lançant dans cette expédition.

Il était trop tard pour reculer.

Grande et massive silhouette avançant dans la nuit tombante, Maugrey les conduisait le long de la mer, vers le nord-est. Frissonnant, Severus remonta son col et enfonça son chapeau pour la dixième fois sur ses oreilles. Près de lui, les flots rugissaient, impétueux, cruellement indifférents au débat qui agitait sans répit les pensées de l'homme d'église...

o0o0o0o0o0o0o

-Je veux que tu prennes ce violon, Harry.

-Quoi? Le Guarneri? Vous êtes fou?

-Mais non, voyons! A quoi me servirait-il, désormais? Il n'y a que toi qui puisse en tirer le meilleur son.

Le garçon prit un air buté.

-Je vous ai dit que je ne jouerais plus de violon, dit-il en baissant les yeux, comme s'il ne croyait pas lui-même à sa bravade.

-C'est ridicule.

-C'est pourtant la vérité.

Surtout, ne pas le braquer. Ce n'était pas le moment.

-D'accord, d'accord, soupira Tom, tu ne joueras plus, mais… emportons le quand même. J'y tiens beaucoup.

-Et s'il nous arrive quelque chose? Si nous sommes attaqués, si la boîte tombe, si… si le bateau coule?

-Écoute-moi, mon garçon. Cet instrument a beau être précieux, il n'a pas plus de valeur que ta vie ou la mienne, n'est-ce pas? Il ne risque guère plus que ce que nous risquons nous-même.

Harry leva vers Tom un regard étrange. Puis il acquiesça silencieusement et, se baissant, il ouvrit sa boîte de violon. Ayant retiré son propre instrument, il le remplaça par le Guarneri que l'homme lui tendait, le manipulant avec d'infinies précautions. Puis il referma la boîte, cherchant un endroit où poser son violon.

-Mets-le là, dans l'étagère.

-Il prendra la poussière.

-Quelle importance? Dobby le couvrira. Cesse donc de t'inquiéter pour rien, et dépêche-toi.

Il y eut un silence. Puis le garçon ramassa le sac léger que Tom lui avait fourni, et dans lequel il avait mis un ou deux livres, du papier, une plume et quelques bricoles... L'homme avait insisté pour qu'il prît également certaines partitions auxquelles il tenait, et Harry avait fini par céder, comme il venait de céder pour le Guarneri.

-Très bien, dit le Lord, qui ne portait aucun sac, mais avait déjà revêtu son manteau de voyage. Allons-y. Il est temps.

-Ma lettre partira bien demain matin?

-Mais oui! Barty va s'en charger.

-Vous avez déjà dit adieu à vos amis?

-Non, Harry... Personne n'est au courant de ce départ, Dobby et Oliver mis à part. Tous les autres pensent que nous quittons Manderley demain.

Le garçon ouvrit des yeux incrédules.

-Oh, mais…pourquoi? Je ne comprends pas!

-Je déteste les adieux et les grandes démonstrations d'amitié, qui sentent un peu trop l'hypocrisie à mon goût.

-Vraiment? C'est bizarre…

-Peut-être, mais c'est comme ça. Allons-y, à présent.

-Et… si nous croisons quelqu'un, en descendant?

Tom regarda Harry, amusé. Avec ce départ clandestin, le garçon semblait retrouver un peu de vitalité et de joie de vivre. Ses yeux verts brillaient dans l'ombre.

-Eh bien, j'inventerai une histoire…, lança l'homme en boutade.

-Ils ne sont pas si naïfs… Ils vont juste voir que vous filez comme un voleur, sans même leur dire au revoir.

Tom eut un petit rire et haussa les épaules.

-Ils me connaissent, ils savent que j'ai horreur des adieux interminables. Je leur ai préparé une lettre qu'ils liront demain matin, au petit déjeuner... Et puis, je vais demander à Dobby de nous précéder. Il nous préviendra si quelqu'un approche…

Le Lord ouvrit la porte, et se glissa au-dehors. Dobby les attendait. S'assurant que Harry les suivait, ils longèrent le couloir jusqu'au bout et s'engagèrent dans l'escalier de service, le domestique ouvrant la marche, plusieurs mètre en avant.

Ils descendirent, traversèrent l'office, et gagnèrent la porte de service qui donnait sur les communs, et que Dobby avait déverrouillée. Ils n'avaient rencontré personne.

-Au revoir, maître!, chuchota le vieux serviteur. Au revoir, monsieur Harry. Portez vous bien…

-Au revoir, Dobby, dit le maître sur le même ton. Et n'oublie pas, demain matin, pour mon message…

-Il en sera fait selon votre volonté.

-J'ai fait seller nos montures, murmura Tom à l'oreille de l'adolescent quand ils furent sortis. Oliver nous accompagnera, il faut quelqu'un pour ramener les chevaux au château.

Ils traversèrent l'espace qui les séparait des écuries. Promesse et Ébène, la jument préférée de Tom, attendaient toutes deux dans leurs stalles, sellées et harnachées. Ils les firent sortir et les conduisirent dans la cour, suivis d'Oliver Wood qui tenait un troisième cheval par la bride. Sur l'injonction du Lord, Harry lui donna son sac à porter, mais garda le violon en bandoulière. Puis Tom aida l'adolescent à grimper sur sa monture, avant d'enfourcher la sienne.

Un instant après, ils étaient partis, le Lord et Harry marchant devant, Oliver les suivant à une distance respectueuse. Pour ne pas faire de bruit, ils maintinrent leurs chevaux au pas quelque temps, avant de changer de cadence un peu plus loin …

L'obscurité s'installait rapidement, et le froid était vif. Il ne pleuvait pas, mais un vent humide leur soufflait au visage. Tom était impatient de gagner le rivage, et ils empruntèrent le chemin le plus direct, coupant à travers les pelouses.

Comme l'avait prévu le Lord, la marée était basse. Ils pouvaient donc sans problème quitter la propriété par la grève…

Ce ne fut qu'au moment de franchir les limites du domaine que Tom se détendit, enfin...

Carrow était-il allé trouver la police pour dénoncer son ancien maître? Était-il au courant que ce dernier projetait d'embarquer pour les îles?

Le Lord n'avait aucun moyen de le savoir.

En cas de descente de la police, qu'allait-il advenir de ceux qu'il laissait au château ?

Mieux valait ne pas y penser...

Pour une raison inconnue, Tom avait ressenti l'urgence de les tenir dans l'ignorance, et de mener rapidement Harry en lieu sûr, là où personne ne pourrait plus venir le lui arracher.

Il respira profondément, contemplant de biais la silhouette élancée du jeune homme qui chevauchait à ses côtés. Il se sentait étrangement rajeuni, stimulé par cette présence silencieuse et pourtant obsédante, devenue pour lui aussi indispensable que de boire ou de manger…

………………………………

Ainsi, ils ne purent voir la troupe de onze hommes à cheval qui longeaient la même plage qu'eux par le côté opposé et qui parvenaient à proximité des limites du domaine...

De même qu'ils n'eurent pas connaissance de l'arrivée presque simultanée, devant le grand portail, d'une patrouille de quinze policiers, tous armés jusqu'aux dents, commandés par le shérif Gordon et guidés par un Carrow fulminant de rage. Car Amycus n'avait pas réussi à convaincre le shérif de diviser sa patrouille en deux pour en faire passer la moitié par la plage. Plein de morgue, Gordon lui avait décrété que la police se devait d'entrer dignement par la porte, et non par la fenêtre.

Et Amycus savait que le Lord, prévenu à temps par ses hommes, aurait filé bien avant qu'ils ne parviennent au château…

o0o0o0o0o0o0o0O

-Où est le maître?, cria Croupton, affolé.

-Que se passe-t-il, Barty?, interrogea Pettigrew, qui sortait au même instant du salon de musique.

-Le maître est introuvable. Et on nous annonce la présence d'une importante patrouille de police au grand portail. Ils seront ici d'un moment à l'autre.

-Le maître est parti, intervint le vieux Dobby, descendant lentement l'escalier.

-Parti?, hurla Croupton, hystérique. Comment cela?

-Oui, parti …avec le jeune monsieur, reprit calmement le domestique.

-Mais enfin…., commença Croupton, avant de se taire, désorienté.

-Le maître vous a laissé un courrier, que je suis chargé de vous remettre demain matin, monsieur, annonça Dobby avec emphase.

-Mais…mais alors… et la police!!, bégaya Croupton… Il paraît qu'ils sont menés par ce traître de Carrow. Je ne sais pas ce qu'ils veulent, mais…

-Il faut aller prévenir Mulciber…, dit Pettigrew en frottant nerveusement ses mains l'une contre l'autre. Le petit-neveu du maître doit être avec lui.

-Vas-y, Queudver, ordonna Croupton, amer. Il faut bien que quelqu'un se dévoue pour accueillir le shérif…

Sans demander son reste, Pettigrew sortit précipitamment.

Croupton se mit à arpenter fébrilement le grand hall. Il avait beau réfléchir intensément, il ne voyait pas comment se tirer de ce mauvais pas. Sans le Lord, il n'était rien…

Bien qu'il se fût attendu à l'arrivée imminente de la police, cela ne l'empêcha pas de tressaillir violemment quand, cinq minutes plus tard, des coups sonores furent frappés contre la porte à double battant.

Sur l'ordre de Barty, le valet Robin s'empressa d'ouvrir.

Sur le seuil se tenait une cohorte d'hommes armés, raides comme des piquets. L'un d'eux fit un pas en avant, brandissant un papier officiel.

-Shérif Gordon, lança-t-il d'une voix claironnante. Je viens chercher lord Voldemort, ainsi que Harry Potter. Mandats d'arrêt et ordre de perquisition.

Croupton déglutit avec difficulté.

-Le Lord n'est pas ici…, murmura-t-il, la gorge nouée.

-Et Potter?

-Non plus.

-Et où se trouvent-il?

-Je n'en sais rien. Je ne peux vous renseigner.

Le shérif fit la grimace.

-Qui êtes vous?

-Barty Croupton, secrétaire personnel du Lord.

Gordon exécuta de la main un grand geste circulaire, s'adressant à ses policiers.

-Saisissez-vous de cet homme, et fouillez moi ce château de fond en comble. Tous ceux que vous trouverez, amenez-les ici. Il y en aura bien un pour nous dire où est le Lord.

Un instant plus tard, Croupton et le valet Robin étaient assis au pied des marches du grand escalier, pieds et poings liés.

Au même moment, du côté des communs, plusieurs ombres glissaient furtivement, rasant les murs.

Trois d'entre elles se dirigèrent vers la porte vitrée de l'atelier, faiblement éclairée derrière ses rideaux tirés. Tandis que les huit autres poursuivaient leur chemin vers le corps principal du château, se divisant pour s'introduire dans le bâtiment par diverses entrées.

Cinq minutes ne s'étaient pas écoulées que de durs combats s'amorçaient, opposant policiers, hommes de Maugrey Foloeil et sbires de lord Voldemort…

o0o0o0o0o0o

Bien loin maintenant de toute cette agitation secouant son domaine, Tom guidait Harry et Oliver à travers la lande, en direction de la crique du Genêt.

Il connaissait parfaitement l'endroit, pour y être venu de nombreuses fois. Certaines nuits de tempête ou de brouillard, ses amis naufrageurs allumaient des feux au sommet de la falaise. Immanquablement, un navire en perdition les apercevait et, croyant avoir repéré l'entrée d'un port, venait percuter un des dangereux récifs pointant leurs arêtes acérées non loin du rivage. Groupés dans des embarcations légères, les pirates quittaient la fameuse crique où ils étaient tapis, guettant leur proie, pour monter à l'assaut du navire sur le point de couler. Une fois revenus, dissimulés par les hautes falaises qui les entouraient, ils se répartissaient le butin ramassé à bord, souvent arraché aux quelques survivants du naufrage qu'on achevait ensuite sans vergogne avant de les jeter à l'eau, le corps lesté de lourdes pierres…

Jamais les garde-côtes ne les avaient repérés. Les bandits s'arrangeaient toujours pour faire disparaître à temps les traces de leurs méfaits.

Ces jeux dangereux avaient toujours amusé Tom. Ils ajoutaient du piment à son existence, qui fût vite devenue routinière sans cette émulation. Il se targuait d'être aussi à l'aise parmi les membres de la haute aristocratie que dans la compagnie des plus louches individus constituant la pègre des environs de Bristol…

Mais aujourd'hui, ces activités illicites ne lui semblaient plus aussi excitantes. Pourquoi ce changement? Qu'est-ce qui ne tournait pas rond avec lui? Commençait-il à ressentir les effets de l'âge?

...Ou Harry était-il le seul responsable de cette transformation?

De plus en plus souvent, Tom se prenait à rêver d'une vie paisible, à Manderley ou à Londres, auprès d'un jeune violoniste aux cheveux noirs dont il aurait fait son héritier, et qui l'enchanterait aussi bien par sa divine musique que par les faveurs qu'il lui accorderait inlassablement, le soir venu, dans l'intimité de la chambre qu'ils partageraient comme de jeunes mariés…

Ce projet était à sa portée. Alors, pourquoi ne pas s'arranger pour le réaliser?

Ce n'était pas si facile…Pour pouvoir faire de Harry son héritier et partager ouvertement sa vie avec lui, il eût fallu que ce dernier fût innocenté. Or, lui, Tom, devait reconnaître que, dans son désir de posséder le garçon, il n'avait rien mis en œuvre qui allât dans ce sens, au contraire. Et l'épisode désastreux du poste de police de Wick compliquait gravement les choses…

Pour l'instant, il devait s'interdire de songer à l'avenir lointain. Il se préparait à passer quelques délicieuses semaines, enfermé avec l'adolescent sur un bateau, puis à visiter ses plantations en compagnie du jeune homme… Au pire, il pourrait l'installer là-bas, et venir régulièrement l'y retrouver, l'emmenant également avec lui dans ses voyages le long des côtes africaines…

Tom arrêta son cheval. Ils étaient arrivés à destination. Il faisait sombre, mais le Lord y voyait assez pour trouver le démarrage du sentier menant jusqu'à la crique secrète.

Il sauta de cheval. Harry et Oliver l'imitèrent.

-Tu vas nous accompagner là en bas, et rester avec nous jusqu'à l'arrivée du navire…, ordonna Tom à Oliver. Dès que Harry et moi aurons pris place dans la chaloupe qui va venir nous chercher, tu remonteras avec les trois chevaux.

Ils se mirent à descendre. Le sentier était sinueux et pentu, les chevaux renâclaient et trébuchaient dans l'obscurité.

Une fois parvenus en bas, les trois hommes leur rendirent la liberté. De toute façon, ils ne pouvaient s'éloigner, vue l'étroitesse de la crique.

-Oliver, allume un feu!, lança Tom. Tiens, ici, tu trouveras des réserves de bois sec.

Aidé de Harry, le jeune palefrenier prit les branches et les brindilles entreposées sous un rocher, et les disposa avec un savoir-faire indéniable. Quelques minutes plus tard, les premières flammes s'élevaient, projetant des ombres mouvantes contre la falaise se dressant au dessus d'eux.

L'air était glacé, et Harry s'accroupit, avançant les mains vers le feu.

-Tu as froid?, demanda Tom doucement en se rapprochant de lui.

Pensif, le garçon ne répondit pas. Tom l'observait de biais, admirant son visage que la lumière modelait et creusait, le faisant paraître plus grave, plus émouvant encore dans sa fragilité.

Eût-il été seul avec lui, le Lord se fût enhardi à attraper le garçon par les hanches pour l'attirer contre lui… Il eût plongé la main dans ses cheveux rebelles, et dévoré sa bouche aux lèvres si tentantes…Après avoir étendu son manteau sur le sable froid, grisé par la rumeur du vent et stimulé par le rythme calme et incessant des flot, il l'eût couvert de son corps impatient et pris là, tout simplement, sans autre forme de cérémonie…

De son côté, perdu dans la contemplation des flammes, Harry semblait ignorer la présence de Tom …

Une heure s'écoula. Ils ne parlaient guère, occupés à nourrir le feu et contempler les reflets de lumière jouant sur la sombre surface de l'eau.

La marée remontait, et Tom s'impatientait. Que faisait Flint, bon sang?

Affamés, ils grignotèrent un peu de pain et de jambon sec qu'Oliver avait pensé à emporter.

Soudain, ils entendirent un clapotis différent de celui des vaguelettes venant caresser le sable de la crique.

-Les voilà…, chuchota Tom.

Ils ne tardèrent pas à distinguer la silhouette d'un canot conduit par deux rameurs qui approchait de la berge. Une voix d'homme s'éleva dans l'obscurité, provoquant un curieux phénomène d'écho.

-Que fait l'épervier…?

C'était bien le signal.

-…A l 'aube, il prend son envol!, cria le Lord en réponse, et sa voix résonna à son tour, se répercutant à l'infini contre les parois rocheuses.

La barque continuait d'avancer. Quand elle fut tout près, un homme en descendit, marchant ensuite vers eux en pataugeant. Tom reconnut Ben, un des marins de Flint.

-Allons-y, Harry! Monte dans ce canot. Bon retour, Oliver! Et prends bien soin d'Ébène!

-Je n'y manquerai pas. Bon voyage, maître!

Et Oliver se détourna, sifflant les chevaux.

o0o0o0o0o0o0o

La porte n'était pas verrouillée, et Severus entra sans hésiter, l'épée au poing, suivi de près par Fred et George.

L'odeur de térébenthine le prit aussitôt à la gorge. La pièce dans laquelle ils venaient de pénétrer était un atelier de peinture.

Il s'était attendu à tout, sauf à ça.

Interloqués, trois hommes fixaient les intrus. Severus reconnut d'abord Peter Pettigrew, qui écarquillait ses petits yeux clignotants, sa bouche de rongeur grande ouverte sous l'effet de la surprise. Il identifia ensuite le vicomte Drago Malefoy, qu'il avait eu souvent l'occasion de croiser à Wardour. L'adolescent tenait un carnet et fronçait ses sourcils clairs, visiblement mécontent d'être ainsi dérangé.

Ayant brusquement émergé de derrière un chevalet sur lequel reposait une toile de belle dimension, un troisième homme toisait les nouveaux venus d'un regard hostile. C'était un gaillard brun d'une quarantaine d'années, au visage mal rasé, à l'allure sombre et négligée. Une de ses mains tachées de peinture tenait un pinceau, l'autre un vieux chiffon en lambeaux.

-Qui êtes vous?, jeta-t-il hargneusement.

-Rogue!, s'exclama Peter presque simultanément.

-Pettigrew!, grommela Severus avec un rictus. Enchanté de te revoir.

-Qui sont ces gens, Queudver?, reprit le peintre. De quel droit entrent-ils dans mon atelier sans même se présenter, et armés de surcroît?

-Eh bien… Severus est… une vieille connaissance, bredouilla Pettigrew. Mais…

Il y eut un silence tendu, très vite rompu par George.

-Nous cherchons…, commença-t-il.

-Un certain…, continua Fred

-Harry Potter!, finirent-ils en choeur.

Les jumeaux avaient parlé si vite que les autres les fixèrent, hébétés. Severus eût préféré aborder la question avec plus de tact et de ruse, mais il était trop tard.

Le peintre se reprit rapidement cependant, et un mince sourire vint étirer ses lèvres.

-Harry Potter?, dit-il d'un ton sournois. Qu'est-ce que vous lui voulez?

-Où est-il?, lança sèchement Severus, serrant nerveusement la garde de son épée.

-Eh bien…pas ici, comme vous pouvez le constater, railla l'homme au pinceau en levant un sourcil broussailleux.

-Dites-nous où il se trouve, et nous ne vous importunerons plus.

Le peintre haussa les épaules, méprisant.

-Il y a bien longtemps qu'il a quitté ce château. Qu'est-ce que vous croyez?

Severus s'était attendu à cette réponse.

-Je sais que c'est faux, insista-t-il avec fermeté. Harry Potter est ici, et vous allez nous conduire auprès de Lord Voldemort immédiatement.

Le peintre lui lança un regard en dessous.

-Lord Voldemort est parti, paraît-il, grogna-t-il en essuyant son pinceau sur le chiffon. C'est bien ça, Queudver?

-Heu…oui, oui, c'est ça, Jack. Ils ont... il a quitté le domaine il y a un moment déjà. Mais…je ne comprends pas. Tu es venu ici… avec la police, Severus?

-La police?, s'étonna le vicaire.

-Comment…tu n'es pas au courant?, bégaya le maître de musique. Ou alors…il y a eu confusion… On vous a pris pour des policiers alors que…

-Qu'est-ce que tu nous as raconté, encore, Queudver!, s'exclama le peintre avec dérision. Au lieu de la police, ce sont ces trois individus qui se sont introduits à Manderley? Pas de quoi s'affoler!

-Attendez!, s'écria Fred. Je ne sais pas de quelle police vous parlez, mais nous, c'est Harry Potter qui nous intéresse.

-Vous avez dit qu'ils sont partis, lui et le Lord…, poursuivit George.

-Savez-vous où ils se rendaient?, acheva son frère.

Agacé, Drago semblait s'être désintéressé de la discussion et griffonnait nerveusement dans son carnet. Pettigrew ne répondit pas à la question des jumeaux, mais jeta un coup d'œil inquiet vers le peintre.

-Je n'ai parlé que du Lord…, glissa ce dernier négligemment. Et apprenez qu'il ne nous tient pas informés de tous ses projets…

Severus sentit la fureur le gagner. Brandissant son épée, il se tourna vers Peter, menaçant.

-Tu as intérêt à me dire tout ce que tu sais, Pettigrew, articula-t-il entre ses dents. Sinon…

Plissant ses petits yeux, le maître de musique inclina la tête sur le côté.

-Tu m'étonnes, Severus, dit-il avec une grimace narquoise. Comment un homme d'église comme toi peut-il menacer ses frères avec une arme?

-Un homme d'église?, s'exclama le peintre en levant un sourcil. Vous cachez bien votre jeu, mon révérend!

-Bien sûr!, renchérit Drago sans lever les yeux de son carnet. Moi aussi, je le connais! C'est le pasteur de Wardour! Et eux, ce sont les frères Weasley! Des musiciens…

Excédé, Severus attrapa Pettigrew par le col, et se mit à le secouer.

-Tu vas parler, une fois pour toutes, imbécile! Où a filé le Lord?

-Je…, commença Peter, effrayé.

-Ne dis rien, Queudver!, lança le peintre d'un ton d'avertissement.

Mais les jumeaux avançaient vers lui, l'épée dressée.

-Alors?, insista Severus, poussant sans ménagement Pettigrew contre un des poteaux de bois soutenant la charpente.

-…heu…je pense que…

-La ferme!, hurla l'artiste, tout en reculant d'un pas sous la pression des jumeaux qui l'encadraient à présent, impatients d'en découdre.

-…que le Lord a gagné le port…, acheva Pettigrew d'une toute petite voix, en levant vers Severus un regard implorant.

-Le port…?, murmura Severus, déconcerté. Le port de Bristol? Mais…dans quel but?

-A votre avis…?, ironisa le peintre, tout en s'écartant vivement pour se replacer face à son chevalet.

-Vous voulez dire…

-Qu'ils vont embarquer…?, crièrent Fred et George, aussi angoissés que le vicaire.

-Bravo pour cette intelligente déduction, messieurs!, gloussa le dénommé Jack, observant d'un œil critique sa toile, toujours invisible aux yeux des nouveaux venus.

Les garçons échangèrent un regard lourd de sens avec Severus.

-Depuis combien de temps sont-ils partis?, questionna encore le vicaire d'un ton pressant.

A cet instant, la porte s'ouvrit à nouveau à la volée. Quatre policiers surgirent dans l'atelier. Il y eut une seconde de stupeur générale, puis, sans crier gare, ils se jetèrent sur les jumeaux et Severus, plus proches d'eux et ostensiblement armés.

-Arrêtez!, cria le pasteur tout en répliquant comme il pouvait aux coups de fleuret que lui portait un des nouveaux arrivés. Vous faites erreur! Nous ne sommes pas des…

-Rendez vous, bande de hors-la-loi! Hurlait l'autre sans l'écouter. Nous avons ordre d'arrêter tout le monde!

Affolé, Pettigrew courut se réfugier dans un coin de la pièce, tremblant de tous ses membres.

Apparemment peu impressionné, Drago observait la scène, bras croisés, un léger sourire flottant sur les lèvres.

Severus, quant à lui, cédait peu à peu du terrain, plus lent et moins habile que son agresseur. Il fut bientôt au même niveau que le peintre, qui tentait tant bien que mal de mettre son matériel à l'abri.

Entre deux passes d'armes, les yeux du pasteur tombèrent par hasard sur la toile que le peintre portait à bout de bras, cherchant un endroit sûr où l'entreposer dans la confusion générale.

Son cœur, déjà bien agité par le combat, manqua un battement.

Mon Dieu…

Cette toile… Ce saint Sébastien… provocant et sublime…incroyablement érotique…

C'était…

Ce moment de distraction lui fut fatal. L'épée de son adversaire lui transperça le bras. Lâchant son arme sous le coup de la douleur, Rogue tituba, puis s'effondra sur les dalles de pierre, le regard toujours rivé aux yeux verts emplis de larmes du martyr bâillonné...

o0o0o0o0o0o0o

Et voilà, encore un chapitre qui s'achève…Vous avez aimé, détesté? Vous vous êtes endormis? Vous pensez que Harry et le Lord ont définitivement quitté les côtes anglaises? Vous en êtes ravis, ou au contraire, consternés? OUHOU!!! C'est bien à vous, chers lecteurs, que je m'adresse!! N'oubliez pas de laisser un mot, et…je vous dis à bientôt (si vous êtes sages) !

Place aux RAR des non-inscrits, un peu longues cette fois, désolée…:

Hatsumimi: Harry va-t-il se rebeller? Hum…bonne question…! Il l'a déjà un peu fait, face au Lord, non? Bon, disons que pour l'instant, il est dans une situation qui ne lui laisse guère de choix. Soit, il fuit (s'il y parvient, car il est constamment surveillé), mais Tom le rattrape ou la police le capture. Soit, il reste et choisit entre se tuer (ce qui n'est pas si facile pour lui, apparemment) et partir avec le Lord. Quant à Drago, il a toujours l'intention d'innocenter Harry en accusant sa mère, mais le Lord veille et ne le laisse pas faire (entre autre, parce que la police aurait vite fait de reconnaître en Tom le meurtrier des quatre policiers de Wick). Mes explications sont-elles claires? Merci à toi, et bisous!!

Moi: Oh, je ne voulais pas te faire souffrir, désolée! Mais bon, c'est vrai que ça fait du bien de « décrocher » d'internet de temps en temps. Tu aimes les dialogues entre Harry et Voldemort? Merci, ça me fait plaisir, d'autant plus que j'adore les écrire!

Alia: Oho, le Lord te fait peur? Très bien, au bout du compte, c'est l'effet recherché. Il a un côté obsessionnel qui est assez effrayant, en effet (c'est pas pour rien qu'il s'appelle Voldemort). -Et je suis contente que tu aies aimé l'introspection de Harry au sujet de Severus. C'était très important pour la compréhension de la suite de l'histoire. Merci à toi, et plein de bisous!

Shisen: Ta review délicieuse m'a fait un grand plaisir. Il ne faut pas te sentir obligée de faire des remarques et des analyses compliquées. Dire simplement qu'on est là et qu'on apprécie, c'est déjà beaucoup, et pour moi, c'est un stimulant trèèèès efficace!

Anais: Tom va-t-il finir avec Harry? Oh, mais je ne peux pas tout dévoiler! Si je te réponds, il n'y aura plus de suspense, désolée!! En tout cas, merci pour ce mot, ça m'encourage bien à continuer!

Loan: Ah ha ha, oui, c'est vrai, la pauvre Ginny est très naïve, hum…Je suis fourbe, vraiment ? (ça me fait plaisir, hi hi hi!!) -Harry se rappellera-t-il son affection d'antan pour Rogue? Oui, la preuve est qu'il s'en est souvenu avant de se couper les veines, en faisant un retour sur son passé. Donc, c'est qu'il y a de l'espoir, youpiii! -Tu trouves Harry capricieux? N'est-ce pas la moindre des choses, d'exiger que le Lord choisisse entre lui et Mulciber, après ce que l'autre lui a fait subir? D'ailleurs, Tom ne lui cède pas, il a trop peur de la réaction de Jack, qui le tient lui aussi par un chantage (Voldemort a décidément de drôles d'amis. C'est révélateur, non?) -Ah…les véritables sentiments du Lord pour Harry…ils auront fait couler beaucoup d'encre, décidément! Oui, Tom est cynique, et surtout, totalement amoral. Ce qu'il éprouve, c'est peut-être de l'amour, c'est surtout une obsession, un désir inassouvi et constamment réactivé par le fait que Harry lui résiste et lui échappe. En gros, c'est un bras de fer entre les deux. J'espère que je ne te déçois pas, en restant si terre à terre, si peu romantique? -Tes reviews ne valent pas mes chapitres? A moi, elles me font un immense plaisir, c'est tout ce qui compte.

Cecile: Oh, un grand merci à toi pour cette review! Je suis contente que l'histoire te plaise, et que tu aimes les rapports entre les personnages. J'espère que la suite ne te décevra pas! A bientôt!

Koala: Merci pour ces précisions. J'ai bien compris ce que tu veux dire. Mais dans cette fic, le rapport est effectivement déséquilibré, et le restera. Harry n'est pas amoureux, et Tom « aime » d'une manière possessive et égoïste. Je suis désolée… mais je suis incapable de voir autrement une relation entre ces deux là. Merci d'être toujours là malgré tout!

Une pottérienne: Comme toujours, tes analyses m'ont passionnée. Deux, trois petites réactions cependant.- D'abord, tu vois certains points communs entre Severus et Tom. C'est vrai, mais la grosse différence entre eux, c'est qu'ils ne réagissent pas du tout de la même manière par rapport à Harry. Sev se retire du jeu et cherche à éloigner le garçon de lui, convaincu qu'il n'a pas le droit, moralement parlant, de chercher à se l'accaparer. Le Lord a la réaction exactement inverse. Il attire Harry à lui et veut le posséder par tous les moyens. C'est aussi quelqu'un qui a l'habitude de séduire et a confiance en lui, contrairement à Sev. -Pour ce qui est de la carapace que Rogue et Harry se forgeraient l'un et l'autre, c'est assez bien vu, sauf que Harry, lui, réagit ainsi parce qu'il ne comprend pas l'attitude de Sev, et il se blinde pour éviter de trop souffrir (mais je crois que c'est exactement ce que tu as écrit, excuse-moi). -Quant à Carrow, il restera un perso secondaire, même s'il a pris une soudaine importance dans ce chapitre. C'est quelqu'un d'un peu fruste, et il est furieux contre le Lord (il se sent méprisé et trahi). Il est effectivement jaloux, lui aussi. Et tu as bien raison, le Lord devrait se méfier un peu plus de ses sujets, hé hé hé.- A part ça, tu as été surprise (tu n'es pas la seule d'ailleurs…) des dernières pensées du Lord, qui veut se « rattraper » une fois sur le bateau. En fait, Tom refuse d'accepter ses sentiments, il les nie et même s'il est conscient de ressentir quelque chose de fort pour Harry, il ne veut pas voir autre chose, dans ce qu'il éprouve, qu'une brutale attirance physique. -Et oui, je le vois comme toi, Harry ne peut pas se tuer, parce qu'il y a encore un espoir tapi quelque part au fond de lui qui le pousse à vivre.- Voilà, je t'embrasse, en te remerciant de tout cœur pour cette magnifique review!

Low: Je suis ravie d'être la première « auteure » que tu reviewes Ça me touche beaucoup. Et j'espère que la suite ne te décevra pas. Je comprends qu'on n'aime pas trop les UA, quand on choisit de lire une fic HP. Je me suis lancée là-dedans après avoir écrit deux fics beaucoup plus proches de l'univers de JKR. J'avais besoin de changer d'air, et puis j'avoue que la musique est ma passion, mais en même temps, je n'avais pas envie de quitter les persos de HP, qui m'inspirent tout particulièrement (je sais, je suis bizarre). -Tu veux connaître les circonstances de la mort des parents de Harry? Aha!! Patience…les choses vont se dévoiler peu à peu, promis. Voilà, merci à toi, et à bientôt!

Kyara: Grazie, mia cara, pour cette belle review…Allez, je vais te faire plaisir, je vais essayer de ne pas trop « accabler » Severus, hu hu hu…mais il va vivre quand même quelques moments désagréables, avant de…oups, je me tais. Tu as raison pour Narcissa, elle se rachète plus ou moins en agissant comme elle le fait. Le Lord a un grain? Moui, je suis assez d'accord avec toi, mais il reste fascinant, n'est-ce pas? Faire mourir Jack dans d'atroces souffrances? Hmmm…je vais y songer sérieusement. Et pour Drago…patience! Ah la la, en tant qu'auteur, on a tellement de pouvoir, et en même temps, on ne peut se permettre de faire n'importe quoi, si on veut garder un peu de cohérence!! A la prochaine j'espère! Ziboux!

Un petit mot doux?