Note : Ambiance légèrement plus morose pour ce chapitre, qui pourtant ne reflète en rien mon humeur du moment !
Je remercie chaleureusement la trésorière de mon association pour son regard avisé, Flo pour toujours rire à mes blagues, Chacha pour la folie de ses commentaires, et ma jolie serpy (qui est enfin rentrée en France, le bonheur m'étreint !). Keur sur toi, bb Aki, même si plus personne dans ce bas monde n'utilise le mot "bouille" depuis 1924.
Et enfin, merci à vous pour votre motivation à suivre cette histoire…
Chapitre 24 – Je sais que tu n'as plus le temps, quand tu dis que tu penses qu'il te faut plus de temps
Thomas dormait profondément quand le grincement de la porte lui fit ouvrir un œil. Une ombre immense se dessinait dans l'encadrure, et il sursauta violemment en reconnaissant Alby.
Avec des gestes embrumés, il se décolla de Newt, qui était lui aussi plongé dans les limbes du sommeil et pas dérangé pour deux sous par l'intrusion, et tenta maladroitement de se relever pour faire face au nouvel arrivant.
« Se passe ? » lança-t-il vaillamment en direction de la forme indistincte que formait son ami à l'entrée du cabanon, qui se rapprocha de lui en lui tendant la main pour l'aider à se relever.
« L'heure du couvre-feu ne va pas tarder, » lui répondit Alby avec un sourire patient, « je me doutais que Minho vous avait emmené ici. »
« Ah oui ? » grommela Thomas en tentant de masquer sa gêne, tout en se remettant laborieusement sur ses pieds grâce à l'aide de l'étudiant, qui s'approchait déjà de Minho pour le secouer doucement.
La terre tournait beaucoup trop vite autour de Thomas, et c'est en titubant qu'il tenta de se rapprocher de Newt pour le réveiller. Néanmoins, ces pas mal-assurés le firent trébucher, et il s'effondra à genoux à côté de la forme endormie du blond. Ce dernier ne remua pas d'un centimètre, et Thomas sentit une chape de fatigue lui tomber sur les épaules, l'enveloppant comme un cocon de béton. Il dut faire appel à toute sa volonté pour ne pas se rendormir à même le sol, et attrapa le poignet de Newt pour le tirer mollement.
Ce dernier ouvrit un œil fatigué, avant de se saisir de sa main et de se retourner sur le côté dans le but de se rendormir, entraînant Thomas dans une étreinte des plus inconfortables. Thomas entendit un ricanement étouffé dans son dos, et il se racla la gorge en tentant de se dégager.
« Ahem, Newt, faut qu'on bouge. » murmura-t-il au garçon, qui se redressa lentement en se tenant la tête.
Alors que les quatre étudiants quittaient les lieux, Alby verrouillant le chalet jusqu'à la prochaine excursion, Newt marmonna d'une voix éthérée : « J'ai rêvé que Minho nous parlait de lessive, c'était hyper bizarre… ». Thomas lâcha un ricanement aux intonations rauques, sa gorge totalement sèche le suppliant d'avaler une gorgée d'eau.
« C'était pas un rêve mon pote… » répondit la voix traînante de Minho, quelques pas devant eux, et Newt releva son regard du sol pour fixer Thomas d'un air paniqué. Ce dernier haussa les épaules, se retenant de grincer des dents face à l'angoisse palpable qui entourait désormais Newt. Le blond semblait avoir maintenant réalisé qui était venu les réveiller, et dans quelle position il les avait retrouvés, et Thomas soupira en accélérant le pas pour accéder à leur chambre.
Leur traversée des couloirs du rez-de-chaussée se fit dans un silence total, seul le bruit de leur pas sur la pierre venant troubler la tranquillité paisible qui s'était désormais emparée de l'Institut. La fête organisée devait avoir cessé depuis bien longtemps maintenant, et Thomas remercia mentalement Alby d'être venu les dénicher.
Lorsque Thomas et Newt atteignirent enfin leur chambre, le brun caressa l'idée de renoncer à se brosser les dents pour s'écrouler tel quel dans son lit, qui n'appelait que lui. Néanmoins, après s'être longuement désaltéré au robinet de leur salle de bain, il reconsidéra la question en sentant le goût acre de la drogue douce sur son palais. Il venait de se saisir de sa brosse à dent, quand Newt, qui s'était mis en pyjama, s'adossa à la porte.
« Tu crois qu'Alby a tout vu ? »
Son ton était inquiet, et Thomas se retint de soupirer fortement.
« De quoi tu parles ? » grogna-t-il en étalant son dentifrice, déjà pressé d'en finir avec cette discussion qui ressemblait de plus en plus à une ritournelle désagréable dont il se serait bien passé, vu son état de fatigue.
« De nous, de moi qui t'enlace sur le sol de cette cabane pourrie… » soupira Newt en balayant l'air d'un geste fatigué, sans quitter son froncement de sourcils préoccupé.
Thomas sentit une bouffé de colère lui monter à la tête, et il fusilla Newt du regard. Il prit néanmoins le temps de rincer sa brosse à dent, qu'il lança rageusement dans son pot avant de susurrer :
« Tu sais que tu commences doucement à me faire chier à salir tout ce que je ressens ? »
Ignorant le haussement de sourcils surpris de Newt, il se dirigea vers son lit, se déshabillant à la hâte afin de se glisser le plus rapidement sous la couette. Soulevant son édredon, il se tourna cependant vers le blond en continuant sur le même ton :
« Tu m'emmerdes Newt, franchement. S'il y a bien une personne entre tous qui se moque de ce que l'on peut faire ensemble sur le sol de cette cabane pourrie comme tu dis, c'est bien Alby. Je suis fatigué, je n'ai pas envie d'avoir cette discussion maintenant, alors est-ce que pour une fois durant cette année tu accepterais de me laisser profiter d'une fin de soirée qu'on a passé ensemble, sans venir tout gâcher avec tes états d'âme ? »
Et même s'il avait tenté d'adopter un ton un peu moqueur afin d'adoucir les angles acérés de ses paroles, il voyait Newt reculer sous le feu de sa rancœur. Malgré tout, le blond se recomposa rapidement un masque indifférent avant de se diriger vers son propre lit.
« Bien. Je comprends. » lâcha-t-il en lui tournant le dos.
Thomas, qui s'était installé, se redressa avec le peu de forces dont il disposait encore.
« Nan, en fait je pense que tu ne comprends pas. Tout comme moi, je ne te comprends pas Newt, mais comment je le pourrais si tu ne m'expliques rien ? »
Sa voix était légèrement tremblante, il se sentait littéralement épuisé, et le regard nerveux que Newt lança dans sa direction lui fit pincer les lèvres.
« Laisse tomber. J'ai pas envie de parler de ça maintenant. Bonne nuit. »
Il éteignit la lumière d'un mouvement brusque, et se laissa tomber sur ses oreillers. Malgré le demi-sommeil dans lequel il plongea instantanément, il entendit distinctement Newt murmurer « Bonne nuit Tommy », et ce simple chuchotement étouffé lui serra le ventre d'une fureur indicible.
Ce soir-là, malgré l'intensité des sentiments qu'il pouvait ressentir pour Newt, les seules pensées qui lui tournaient en tête n'étaient que sel et amertume.
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Dire que Thomas avait mal dormi aurait été un euphémisme, quand le brun s'extirpa de son lit le lendemain matin. Tout au long de sa courte nuit, il avait été tiraillé par le manque de la chaleur de Newt contre ses côtes, et la piqûre acérée de son ego, qui lui soufflait de se préserver pour une fois, et de ne pas céder à son envie pressante de réduire cette distance qui s'était creusée entre eux.
Il s'était réveillé plusieurs fois, incompréhensiblement hagard, le souffle court et les mains moites, et son regard s'était posé sur la forme endormie de Newt, qui ne semblait nullement perturbé dans son sommeil par les états d'âme de Thomas.
Et Thomas l'avait haï pour ça.
Alors quand ils s'étaient levés ce matin-là, les deux garçons s'étaient habillés comme des automates, dans un silence pesant, et leur descente jusqu'à la grande salle avait été une sorte de chemin de croix, calvaire infini ponctué par les salutations des autres étudiants.
Thomas s'était planté devant sa tasse de café, mâchonnant d'un air maussade ses biscottes, tandis que Newt se perdait dans son pot de yaourt. Aucun des deux n'avait lâché le moindre mot, et c'est ainsi que Minho et Winston les trouvèrent lorsqu'ils s'affalèrent sur le banc en face d'eux.
« Alors les tocards, ça a pas l'air d'aller fort aujourd'hui ! »
De Minho émanait une vague d'énergie positive, comme si la soirée d'hier et leur heure tardive de coucher n'avaient eu aucune influence sur lui, et Thomas se renfrogna davantage en repensant aux énormes cernes qui s'étalaient sous ses yeux lorsqu'il avait eu le malheur de croiser son reflet dans le miroir.
« Dispute de couple ? » railla Winston en se saisissant d'un croissant avec appétit.
Le cœur de Thomas remonta jusqu'à sa gorge, et il se leva brutalement, repoussant son petit-déjeuner auquel il avait à peine touché.
« Thomas… » souffla Newt à côté de lui, une lueur suppliante dans le regard. Le blond amorça un geste dans sa direction, probablement dans le but de le calmer, mais Thomas esquiva l'étreinte et fit un pas en arrière.
« Juste. Laissez-moi. »
Minho et Winston échangèrent un regard surpris, tandis que Newt affichait une moue contrite, et Thomas le détesta davantage de se poser une fois encore comme la victime. C'était si facile de faire comme s'il était le seul à être atteint par tout ça, mais aujourd'hui, autour de cette table en bois massif, Thomas en avait marre.
Marre de ce secret permanent qui l'étouffait, le faisait suffoquer, cette éternelle dissimulation qui le contraignait, le restreignait, comme s'il devait sans cesse s'arracher une partie de lui-même pour la boucler à double-tour à l'abri des regards. Ce matin-là, Thomas n'en pouvait tout simplement plus d'agir comme s'ils avaient treize ans, et tant que Newt ne se serait pas décidé à lui donner les explications qui s'imposaient, il décida de ne plus faire d'efforts.
Sans un regard derrière lui, il se dirigea vers sa chambre afin d'aller chercher ses affaires de cours. Il n'avait pas envie d'accompagner le reste de la bande fumer sur la terrasse, comme ils en avaient pris l'habitude tous les matins après le petit-déjeuner. Il avait simplement besoin d'être seul, de prendre de la distance avec cette relation toxique à laquelle lui seul semblait se raccrocher.
Alors qu'il grimpait les escaliers d'un pas lourd, une seule pensée tournait, encore et encore, comme un refrain entêtant qui vous colle au cerveau :
« Est-ce que toute cette histoire importe vraiment à Newt ? »
Et il était presque terrifié de constater qu'en l'état actuel des choses, il était incapable de donner une réponse positive.
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Au repas du midi, Thomas n'avait pas davantage trouvé de réponses à ses questions, et il décida de s'isoler, incapable de donner le change à ses amis, qui ne semblaient s'être rendus compte de rien – ou presque. Teresa avait bien tenté de le questionner sur son état général lors de leur pause de la matinée, mais Thomas s'était contenté d'une réponse évasive, amenant la jeune femme à ne pas insister face à son envie flagrante de solitude.
Après s'être emparé d'un sandwich dans la grande salle, il entreprit de se trouver un coin tranquille dans les profondeurs de l'Institut, dénichant une alcôve éloignée de l'agitation ambiante. Il distinguait le parc à travers la haute fenêtre, apercevant dans un léger brouillard les rares étudiants qui avaient décidé de sortir se promener malgré la météo brumeuse.
Une fois son sandwich avalé, de quelques bouchées sans appétit, Thomas sortit son téléphone de sa poche, qu'il avait laissé en mode avion toute la matinée. Il n'avait eu envie de parler à personne, mais à présent que seul le bruit de sa respiration venait troubler le silence de ce couloir désert, il avait besoin d'entendre une voix amicale.
Alors, il appela Chuck.
Les deux garçons restèrent longtemps au téléphone, Thomas écoutant attentivement les déboires de son cousin au lycée, sur-réagissant comme il était de rigueur lorsque le jeune garçon lui rapporta l'outrecuidance dont avait fait preuve une de ses camarades, en refusant par deux fois son invitation à aller au cinéma. Lorsque Chuck lui demanda comment faire pour que la lycéenne lui accorde une miette de son attention, Thomas ricana dans l'appareil.
« Arrête de lui parler. Normalement, ça fonctionne. »
Chuck émit un bruit peu convaincu, avant de rétorquer d'un ton intrigué : « Normalement ? Comment tu veux que je m'en sorte si tu me donnes des techniques qui ne fonctionnent pas à 100% ? »
Le ricanement de Thomas se transforma en rire plus franc, et il lâcha : « Je crois que tu t'adresses à la mauvaise personne Chuckie, je suis de loin le plus mal placé pour te donner des conseils amoureux. »
« Vraiment ? » demanda Chuck d'un ton innocent, et Thomas maudit la perspicacité de son cousin, et son étonnante capacité à toujours rebondir sur les sujets qu'il ne souhaitait pas développer.
« Crois-moi. » se contenta-t-il de répondre d'un ton définitif, entendant sans le voir le soupir agacé de Chuck, qui comprenait qu'il n'aurait pas davantage d'informations.
Alors que son cousin embrayait sur un autre sujet, Thomas releva la tête en entendant des bruits de voix provenir du bout du couloir dans lequel il s'était réfugié. Penchant légèrement la tête hors de l'alcôve, il aperçut Sonya remonter le couloir à pas rageurs, suivie à quelques mètres par Aris, qui portait visiblement leurs sacs de cours.
« Attend Chuck, il faut que je te laisse, je te rappelle ce soir. » souffla Thomas dans le combiné, avant de raccrocher après avoir salué son cousin. Les deux étudiants se rapprochaient rapidement, et Thomas s'aperçut que Sonya, qui vociférait contre la Terre entière entre ses dents, pleurait à chaudes larmes.
Légèrement gêné d'assister à cette scène sans réellement le vouloir, mais totalement conscient du fait que la jeune fille ne pourrait pas le louper en passant devant sa cachette, Thomas décida de sortir de l'alcôve en se raclant la gorge.
Sonya leva un regard furibond vers lui, se plantant devant lui en quelques enjambées colériques.
« Toi ! Je suis sûre que c'est à cause de toi ! » hurla-t-elle en lui plantant un doigt hargneux dans le poitrail.
« Hey, doucement. » contra Thomas en lui attrapant le poignet, fronçant les sourcils devant la fureur palpable qui émanait de la blonde.
« Tu lui as retourné le cerveau ! Toi et ta précieuse copine, vous êtes vraiment des connards ! » s'exclama Sonya en le poussant brutalement afin de l'écarter de son chemin, continuant sa route jusqu'à une salle non loin de là, dont elle claqua la porte avec fracas après y être entrée.
Aris était parvenu à leur niveau, et laissa tomber les sacs avec un long soupir. Thomas l'interrogea du regard, et le garçon haussa les épaules avant de s'affaler sur un des bancs en pierre qui encadraient l'alcôve.
« Minho vient de la plaquer. » lâcha Aris en sortant une banane de son propre sac à dos.
Thomas haussa les sourcils, davantage surpris par le moment choisi par Minho pour mettre son idée à exécution plutôt que par la nouvelle en elle-même, et il prit place à côté d'Aris, qui avait manifestement été interrompu en plein déjeuner.
« Elle a l'air furax. » commenta-t-il, croisant les doigts pour que sa pêche aux informations ne soit pas trop flagrante.
L'air d'Aris lui appris qu'il n'était absolument pas dupe, mais il hocha cependant la tête.
« Ouais. Faut dire qu'il l'a larguée juste devant vos petits potes, après le déjeuner. C'était plutôt inattendu. »
Thomas réprima le demi-sourire qui commençait à se dessiner sur son visage à l'entente du mot « inattendu », et acquiesça songeusement.
Aris lui lança un regard indéchiffrable.
« Enfin, je suppose que c'était pas si inattendu que ça pour toi, j'ai tort ? »
Thomas ouvrait la bouche pour nier, mais l'expression sur le visage d'Aris le dissuada de mentir. De toute manière, il n'aurait pas été crédible à prétendre le contraire, et il se contenta de hocher légèrement la tête.
« Apparemment, c'était pas non plus une surprise pour tes potes, vu la tête de Newt et Teresa quand il lui a annoncé qu'il la quittait. Teresa est extrêmement forte pour avoir l'air de s'en foutre des choses non ? »
Son ton était d'une neutralité extrême, et Thomas haussa les épaules sans confirmer ou infirmer la question rhétorique.
« En revanche, si Teresa est un livre ouvert inversé, j'avoue avoir été impressionné par le calme imperturbable de Newt. On dirait qu'il se moque pratiquement de tout. » continua Aris d'un ton songeur.
Sa voix semblait dénuée de toute agressivité, ou mauvaise arrière-pensée, mais Thomas ne put s'empêcher de se crisper à la mention de Newt. Cela faisait un petit moment maintenant qu'Aris lui avait déclaré sa flamme, et rien dans le comportement du garçon ne laissait à penser que ses sentiments avaient perduré. De plus, Thomas n'avait plus eu le droit aux remarques légèrement déplacées qu'Aris se permettait en l'absence de Newt, au début du mois de Janvier, mais il ne pouvait s'empêcher de rester méfiant.
Néanmoins, ses pensées rejoignaient de manière si parfaite les propos d'Aris qu'il ne put s'empêcher de lâcher un grognement approbateur.
« Comme tu dis. »
Lorsqu'il tourna la tête vers Aris, les yeux du garçon étaient braqués sur lui. De façon surprenante, la seule émotion qui semblait transparaître était la compassion, et Thomas sentit une bouffée de soulagement lui éclater dans la poitrine en apercevant cette lueur amicale.
« Il faut avouer qu'il ne semble ressentir ni la jalousie, ni la possessivité… » commença Aris d'un ton précautionneux, et Thomas se mordit la langue tout en réfléchissant. Au vu de leur passif commun, il lui semblait impossible de tout balancer sans que cela ne soit une erreur, mais il crevait littéralement d'envie de se confier à quelqu'un qui ne connaissait pas assez Newt pour lui rappeler à chaque instant ses propres doutes lorsqu'ils traînaient ensemble.
A ce moment précis, Thomas ne pensa pas aux peurs de Newt, à la réaction qu'il pourrait avoir s'il apprenait que Thomas s'était confié à Aris, surtout après que Thomas lui ait raconté sa déclaration d'amour dans le jacuzzi. La seule chose à laquelle Thomas pensait, c'était à ses propres sentiments, à son angoisse permanente de faire un faux-pas qui aurait amené les autres à les découvrir, et à son mal-être quotidien devant cette partie de cache-cache à laquelle ils s'adonnaient à chaque instant.
Aris le fixait, visiblement dans l'attente d'une réponse, et Thomas sortit de ses pensées en le sentant remuer sur le banc à côté de lui.
« Ce n'est pas moi qui vais te dire le contraire. » marmonna-t-il enfin, rechignant néanmoins à fournir davantage de détails.
Aris hocha la tête, comme s'il comprenait parfaitement les réticences de Thomas et le message sous-jacent qui transparaissait sous sa réponse sibylline, et il s'apprêtait visiblement à amener la discussion sur un autre terrain quand le téléphone de Thomas se mit à vibrer sur la pierre.
Les deux garçons jetèrent un regard curieux à l'écran de l'appareil, sur lequel s'affichait le nom « Rachel », et Aris adressa un sourire d'excuses à Thomas pour son indiscrétion.
« Je peux partir si tu veux… » murmura-t-il en faisant mine de se lever.
Thomas sourit.
« Oh, je ne sais pas si la discussion va durer très longtemps tu sais. »
Aris éclata de rire.
« La pauvre ! Reléguée au rang de simple connaissance à laquelle on ne veut pas répondre ! »
Thomas le suivit dans son rire.
« Mais non tocard, je la connais bien ! C'est juste que les cours vont bientôt reprendre ! »
Son rire s'intensifia en avisant le haussement de sourcils évocateur d'Aris.
« Je la connais autrement qu'au sens biblique du terme quoi ! »
Les deux garçons échangèrent un regard complice, avant de se remettre à rire comme des bossus. Pour la première fois de la journée, Thomas avait l'impression de respirer une grande bouffée d'air frais, loin de sa relation bancale avec Newt et du feu croisé des remarques de Teresa et Minho.
Il finit néanmoins par décrocher, l'ébauche de son sourire encore au coin des lèvres, et il attrapa son sac avant de se lever.
« Salut Rachel ! Je vais bientôt entrer en cours, on se rappelle à la pause ? »
« Pas de souci Thomas, envoie-moi un message quand tu sors. » répondit Rachel avec entrain, et les deux étudiants se saluèrent avant que Thomas ne raccroche.
« La suite au prochain numéro. » lâcha Thomas d'un ton goguenard, et Aris lui donna une bourrade amusée.
« On se voit à la pause ? De toute manière, je pense que Sonya ne mettra pas un pied en dehors du labo avant la fin de la journée. » dit Aris avec un sourire en coin, la voix emplie d'une certaine once d'espoir, et Thomas répondit par l'affirmative en hochant la tête. Après tout, avant sa déclaration foireuse à la piscine, il s'entendait relativement bien avec Aris. Maintenant que tout danger sentimental semblait écarté, il ne voyait pas le mal à tenter d'intégrer Aris à son groupe d'amis, et il avait désespérément besoin de voir de nouvelles têtes, avec lesquelles il n'aurait pas besoin de marcher sur des œufs en permanence.
Alors qu'il se dirigeait à travers le dédale de couloirs pour rejoindre sa classe, la sonnerie indiquant la fin de la pause déjeuner retentit, le faisant légèrement sursauter, et il sourit pour lui-même. Sans réellement savoir pourquoi, il se sentait soulagé d'un poids, simplement heureux d'avoir pu avoir une conversation normale l'espace d'un midi.
Il souriait encore quand il entra dans la salle de cours, et il manqua le regard scrutateur de Newt tandis qu'il installait son ordinateur.
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Lorsque l'heure de la pause sonna, Thomas suivit en mode pilote automatique la masse d'étudiants qui se dirigeait vers la terrasse. Il décocha un grand sourire à Aris, qui arrivait avec le groupe des étudiants en médecine, et passa devant Newt les yeux rivés sur son téléphone, dans l'attente de l'appel de Rachel, sans s'apercevoir du pincement de lèvres du blond à la vue de la nouvelle connivence entre Thomas et Aris.
Lorsque son téléphone vibra entre ses mains, il s'éloigna du petit groupe qu'ils formaient sous leur arbre habituel, et décocha un « Salut Rachel ! » rayonnant, s'attirant un regard intrigué de Teresa, et irrité de Newt, qu'il ne sembla pas remarquer.
Il passa le reste de la pause au téléphone, errant sur l'herbe humide sans but précis, à l'écoute des dernières nouvelles que lui rapportait Rachel. Malgré leurs contacts réguliers par messages, ils n'avaient pas eu l'occasion de discuter depuis un long moment, et il se surprit lui-même de se sentir aussi heureux de lui parler.
L'espace d'un instant, il regretta presque de ne pas avoir envisagé de se lancer dans une quelconque relation avec Rachel. Tout aurait été si simple, si facile à vivre. Il savait que la jeune fille vivait également à Paris, et malgré l'éloignement, leur complicité aurait sûrement permis de faire vivre leur histoire au-delà des kilomètres. Il se mordit la lèvre en laissant son regard dériver au loin, tombant sur Newt qui se rallumait une cigarette en acquiesçant à une phrase que venait de lancer Minho, et il secoua la tête de dépit.
Bien sûr que non, il n'aurait rien pu construire avec Rachel.
Pas avec ce poison nommé Newt qui s'infiltrait par chaque pore de sa peau, l'intoxiquant jusqu'au vertige à chaque baiser qu'il consentait à lui donner, à l'abri des regards.
Lorsque l'objet de ses pensées tourna la tête vers lui, il s'empressa de détourner les yeux, se reconcentrant sur ce que lui racontait Rachel. Pendant une seconde, il se fustigea de réagir tel un collégien pris en faute, et il inspira profondément afin de se redonner une contenance.
La sonnerie marquant la fin de la pause résonna des profondeurs de l'Institut, et Thomas salua Rachel avant de raccrocher. Parler avec la jeune fille lui avait fait un bien fou, et il se rapprocha de son groupe d'amis, qui se dirigeait vers l'Institut.
Teresa se plaça à ses côtés, avant de pencher la tête vers lui en sifflant entre ses dents : « A quoi tu joues Edison ? »
Il lui lança un regard surpris et elle continua : « D'abord tu ramènes Aris, ensuite Rachel, c'est quoi le but ? Faire péter un câble à Newt avant la fin de la journée ? »
Thomas haussa les épaules.
« Il n'a pas l'air de crever de jalousie à ce que je peux en voir. » lâcha-t-il en désignant le blond du menton, qui marchait quelques mètres en amont, plongé dans une discussion animée avec Minho et Alby.
« Joue pas au plus idiot Thomas. »
Thomas serra les dents, agacé par l'évidente leçon de morale de Teresa.
« Ecoute Tee, j'ai plus dix ans, et Newt non plus. S'il a un truc à me dire, il me le dira lui-même. »
Il sentit le regard étonné de Teresa peser sur lui à l'entente de son ton froid, et il continua, enfonçant le clou avec une absence d'empathie qui lui serra la gorge : « Occupe-toi d'abord de régler tes propres problèmes, j'ai entendu dire que Minho était redevenu célibataire. »
Ils étaient au pied des escaliers désormais, et Thomas releva la tête vers son amie. Cette dernière lui lança un regard écœuré avant de lâcher un « Très bien » sec, et de se diriger vers Gally, qui semblait l'attendre quelques marches plus haut.
Thomas la regarda s'éloigner, conscient de l'avoir rabrouée plus sèchement qu'il ne l'aurait dû, mais il ne supportait plus cette intrusion perpétuelle dans ses histoires de cœur. S'il avait été honnête, il aurait admis qu'il avait de lui-même inclus Teresa dans cette affaire, mais ce jour-là, il n'avait ni la force ni l'envie de se montrer honnête.
Alors qu'il s'installait à sa place habituelle, Newt lui lança une plaisanterie, à laquelle il répondit d'un ton crispé. Contrairement à l'agression gratuite de Teresa, dont il se sentait maintenant un peu honteux, il maintenait totalement ce qu'il avait pu lui dire juste avant : Newt n'avait manifestement cure d'Aris et de Rachel. Et s'il ne savait pas quoi faire de cette information, il avait néanmoins conscience d'une chose : le réaliser lui broyait littéralement le cœur.
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Le lendemain matin, la situation n'avait pas avancé d'un pouce du côté de Thomas, qui continuait de jouer les obscurs figurants du roman de sa vie. Plus transparent qu'il ne l'avait jamais été, il traversa la matinée sans faire de vagues, à l'image de la soirée qu'ils avaient passé le jour d'avant.
En effet, la veille au soir, Thomas avait prétexté une violente migraine pour monter dans sa chambre sitôt le dîner expédié. De quelques mots, il avait rassuré ses amis qui s'inquiétaient de le voir tomber malade, et il avait saisi au vol une remarque de Minho sur sa faible résistance aux soirées pour avancer l'argument d'une gueule de bois qui ne voulait pas passer.
Newt l'avait suivi hors de la grande salle, soi-disant pour s'assurer qu'il ne se perdrait pas dans les couloirs, et lui avait lancé un regard inquiet sitôt que les portes s'étaient refermées sur eux. Le blond l'avait attrapé par le poignet avant de le serrer fortement contre lui, lui chuchotant qu'il espérait qu'il irait mieux après la nuit, et Thomas s'était laissé faire sans rien ajouter.
Déchiré entre son envie de se laisser aller à cette tendresse surprenante de Newt dans un lieu aussi fréquenté que le grand hall, et sa rancœur qui n'avait cessé de croître tout au long de la journée, il s'était contenté de fourrer son nez dans le cou de Newt, essayant de ne pas frissonner tandis que les lèvres du blond s'égaraient sur sa tempe.
Cependant, les portes en chêne avaient grincé, et Newt s'était écarté comme s'il avait été brûlé. La connexion était rompue, le moment était passé. Lui lançant un petit sourire d'excuse, Newt était retourné dans la grande salle rejoindre leurs amis, et Thomas avait traîné des pieds jusqu'à sa chambre.
Et la situation en était restée là. Thomas dormait déjà lorsque Newt était venu se coucher, et le brun s'était réveillé près d'une heure avant que le réveil ne sonne, le poussant à se lever et à s'habiller sans un bruit pour aller petit-déjeuner. L'écho de ses pas dans la grande salle presque vide lui avait donné mal au cœur, et il était allé se poser dans sa salle de classe sitôt son café avalé. C'était définitif : aujourd'hui encore, il n'avait envie de parler à personne.
Le midi, Thomas avait prévu d'agir comme la veille, et venait d'attraper un sandwich lorsque Aris le héla des portes du réfectoire, un grand sourire aux lèvres.
« Tu comptes encore te cacher dans l'aile des scientifiques ou ça te dit de pique-niquer avec moi ? » lui proposa-t-il amicalement.
Thomas n'eut pas le cœur à refuser la proposition, et ils se dirigèrent ensemble vers la piscine, dont Aris adorait le calme en dehors des heures d'activité. Ils prirent leur déjeuner assis l'un en face de l'autre sur les transats en rotin, l'eau clapotant agréablement à leurs pieds, et Thomas se sentit un peu mieux après cette heure passée à discuter de tout et de rien.
Il découvrit notamment que Sonya, dont Aris était très proche, était une férue d'astrologie, et il crut mourir de rire quand Aris lui raconta que son amie lui avait expliqué en long, en large et en travers en quoi sa rupture avec Minho avait été prédestinée par les astres, leurs deux signes étant radicalement incompatibles.
Ils s'étaient ensuite amusés, à l'aide d'une application complètement stupide que Thomas venait de dénicher, à regarder leur compatibilité respective avec les signes de leurs différents amis, et Thomas n'avait pu s'empêcher de ricaner en avisant le petit texte expliquant la compatibilité entre les Béliers et les Sagittaires, affirmant que jamais deux signes du zodiaque ne s'étaient entendus aussi bien.
Aris, comme à son habitude, n'avait pu s'empêcher de se montrer curieux quant à l'identité de la fameuse Sagittaire, objet de sa recherche, et Thomas avait soupiré en verrouillant son portable.
Il en était là, à réfléchir à ce qu'il pouvait dire, quand Aris posa une main réconfortante sur son épaule.
« Te sens pas obligé si tu n'en as pas envie Thomas. Je sais qu'on n'est pas spécialement proches, ou quoi que ce soit, mais tu n'as vraiment pas l'air bien ces temps-ci, donc je me posais des questions. »
Le ton de sa voix était apaisant, et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, Thomas n'avait pas envie d'échapper à son étreinte. Il lui était reconnaissant de sacrifier de son temps personnel pour venir lui tenir compagnie, occupation surprenante quand on considérait la teneur de leurs derniers échanges, et il appréciait ces discussions légères qu'ils avaient, le sortant agréablement de ce quotidien étouffant dans lequel il s'était lui-même enfermé.
Il soupira lentement, avant de répondre : « C'est compliqué en ce moment, disons que tout ne peut pas aller toujours bien… »
Il se tourna légèrement vers le garçon, avant de continuer : « Merci de t'en préoccuper Aris. Ça me fait du bien de m'échapper un peu… de tout ça. » Il ponctua sa remarque d'un léger mouvement de la main, balayant l'air pour désigner tout ce qu'Aris ne pouvait que deviner en filigrane à travers ses propos.
« C'est à cause de Newt ? » demanda Aris de but en blanc, tirant une grimace amère à Thomas. Cependant, avant qu'il ne puisse prendre la parole, Aris le coupa : « Je ne suis pas aveugle, j'ai bien vu ton air déçu devant son absence de réaction quand on est arrivé à la pause, et quand la fameuse Rachel t'a appelé. »
Thomas acquiesça lentement.
« Tu sais, » continua Aris, « Sonya dit souvent que c'est à cause de ses origines anglaises que Newt paraît si froid. Personnellement, comme je te disais hier, je pense plutôt qu'il se moque de pas mal de choses, mais ce n'est que mon avis. Tu en penses quoi toi ? »
Le cœur de Thomas cognait douloureusement contre ses tempes tandis que les mots d'Aris se frayaient un chemin dans son esprit embrumé par la rancune. Chacune des syllabes de sa phrase était autant de lames acérées qui tailladaient violemment son ego, le confortant dans ses doutes, apportant de l'eau au moulin de ses angoisses. Si la veille, Rachel avait pu servir de diversion en le détournant de ses pensées fielleuses, rien ne vint le tirer de sa réflexion tourmentée à ce moment-là.
« Je pense effectivement qu'il se fout de pas mal de trucs… » répondit-il d'une voix atone, ses doigts crispés autour de son téléphone, les jointures blanchies par la force de son étreinte. Aris n'avait pas enlevé sa main, et il ne prononça pas un mot tandis que le cerveau de Thomas fonctionnait à plein régime.
Et d'un coup, c'était comme si toutes les pièces d'un puzzle compliqué s'emboîtaient parfaitement. Comme si, après des semaines passées atteint d'une cécité partielle, il recouvrait soudainement la vue.
En fait, s'il refuse d'assumer ce qui se passe entre vous, c'est tout simplement parce qu'il s'en fout.
Il commençait à connaître Newt, sa placidité à toute épreuve face à n'importe quel évènement un tant soit peu stressant, sa nonchalance habituelle qu'il portait comme un uniforme, et chacun des moments qu'ils avaient pu vivre ensemble lui revint en mémoire avec une acuité presque douloureuse.
L'impassibilité de Newt dans ce taxi après leur dispute au restaurant, son absence de nouvelles durant les vacances de Noël, les révélations à leurs amis dont aucune n'était de son fait, son énervement soudain à la mention de sa plus que probable homosexualité dans cette cabane défoncée, sa quiétude conservée face aux réapparitions inattendues de Rachel et Aris.
« OK, il se passe quelque chose avec Thomas. »
Et encore et toujours, son incapacité à mettre un nom sur ce qu'ils étaient en train de vivre, et à l'assumer pleinement.
Aris jeta un coup d'œil à sa montre, et lui tapota délicatement l'épaule pour lui signaler qu'il allait bientôt être l'heure d'aller en cours. S'il avait conscience de la tension qui habitait Thomas, il ne le montra pas, et c'est tout en délicatesse qu'il tenta de lui changer les idées alors qu'ils remontaient des profondeurs de l'Institut.
La sensation de calme qui habitait Thomas le quart d'heure précédent s'était définitivement envolée, et il ne put s'empêcher de ruminer pour le restant de la journée, répondant entre ses dents aux interrogations de son entourage. Ce fut Newt qui se chargea de distraire l'attention des autres, lui soufflant même la réponse à une question que lui posa leur enseignant, irrité de constater l'inattention de son élève, et Thomas lui adressa un signe de tête en guise de remerciement.
Le soir-venu, sa colère avait atteint des proportions extrêmes, et il décida qu'il en avait marre de se faire du mal sans aller au fond des choses. L'horoscope lui avait annoncé ce midi qu'en tant que Bélier, il se devait de prendre le taureau par les cornes, et même si Newt n'était pas né en mai, il lui fallait en avoir le cœur net.
Alors, une énième fois, et peut-être la dernière selon l'issue de la discussion qui allait s'ensuivre, il attrapa Newt par la manche afin de le forcer à le suivre, désolidarisant leur duo du petit groupe d'étudiants qui s'était formé pour aller travailler à la fin du dîner.
Note bis : Retrouvez bientôt sur vos écrans « La personnalité de vos personnages préférés en fonction de leur signe astrologique », une chronique animée par Neviy, la femme aux goûts les plus sûrs du XXIème siècle !
