Bêta : Nanola
Chapitre 25
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Seize ans
C'est le deuxième anniversaire de mon fils qu'il passe loin de moi.
Laura est venue, elle est enceinte. Draco aurait été fou de joie en apprenant cette nouvelle. Lui, Édith, Susan et ma tendre Caroline. Ils me manquent, ils me manquent tant.
Steven ne cesse de nous répéter d'abandonner, que Draco est mort, lui aussi. Mais Laura et moi nous ne pouvons pas.
Il y a une Présentation ce matin. Je vais m'y rendre et penser à mon fils, à mes erreurs, à tout ce que j'aurais dû faire pour le sauver. Si j'avais laissé ce gardien prendre mon fils pour l'emmener au Temple, il serait en vie, heureux et sans doute sur cette estrade.
Laura et Steven ne le savent pas encore, mais j'ai pris une grande décision. Hier, le colonel de la garde m'a interrogé sur Draco. Je n'aime pas ses questions, néanmoins, elles m'ont permis de comprendre une chose : je ne peux rester ainsi, inactif. Ce n'est pas en restant ici, à ressasser sur ma vie déchirée et à pleurer sur mes disparus que je peux espérer avancer.
Je vais partir à la recherche de Draco, chercher des réponses à mes questions.
… … …
Le jeune Oméga discutait avec Ginny, Hermione et George, à l'ombre du pommier et du prunier du jardin des Weasley. Le repas qu'avait concocté Molly avait été sublime, comme à l'accoutumé. Toute la tablée avait ensuite chanté pour l'anniversaire de Draco alors que l'adolescent découvrait le gâteau et les cadeaux que sa famille d'adoption lui avait faits.
La joie de Draco avait été visible par tous quand Harry s'était présenté pour le dessert, prétextant que Ron l'avait invité.
Le fils de l'Alpha, assis à la petite table installée sur la terrasse, couvait des yeux l'Oméga tout en sirotant un café en compagnie du Bêta et de son compagnon. Les deux dominants avaient longuement discuté des affaires de la meute, Harry en étant fort bien informé puisqu'il était connu ou du moins espéré de toute la meute, qu'un jour prochain il prendrait la relève de Gideon.
Ayase, pour sa part confortablement avachi sur les genoux de Charlie, ne prenait pas part à la conversation qu'il jugeait fort ennuyeuse, préférant se délecter des coups d'œil furtifs dont Harry gratifiait le jeune blond.
« Et sinon, Harry, comment s'est passée la soirée ? Draco était très heureux de nous montrer ses présents ce matin. Très bons les cookies, au fait, » déclara-t-il, faisant sourire Charlie derrière lui.
« Très bien, » répondit Harry. « Il était ému, comme tout à l'heure. Il l'a dit à demi-mot mais comme ses quinze ans se sont passés en enfer, du coup, il était aussi un peu perturbé. »
« Un peu ? » dit Charlie. « Draco est plus qu'un peu perturbé. J'espère que tu ne comptes pas retourner de sitôt au Temple, Aya', ça a été très dur pour lui. »
« Je sais. Et non, je ne retourne pas au Temple dans l'immédiat. J'en discuterai ce soir avec Draco, dans notre repère de Monoïque. Je voulais le faire hier soir, mais bon, comme il avait des choses plus intéressantes à faire ou plutôt, des personnes plus intéressantes à voir, j'ai préféré reporter. »
Harry sourit franchement à l'insinuation mais préféra s'adresser à Charlie.
« Charlie, pourquoi dis-tu qu'il est très perturbé ? Je trouve au contraire qu'il va beaucoup mieux qu'à son arrivée. Il est bien plus détendu avec nous tous, pas seulement ici ou avec les jeunes, mais je parle bien au niveau de la meute entière. »
« Je ne le nie pas et le vois bien aussi. C'est quand il est seul à la maison que l'on peut se rendre compte qu'il ne va pas si bien que ça. Il a pleuré chaque soir de cette semaine. Je crois que certains souvenirs de son ancienne meute rentrent en conflit avec ce qu'il vit ici, et aussi avec ses propres désirs. »
Harry hocha pensivement la tête.
« Je dois vous prévenir, hier soir j'ai clairement fait comprendre à Olivier et Ritchie que je désire Draco. Je ne parle pas d'un simple désir sexuel, je parle bien d'un désir d'union. »
Charlie caressa la cuisse d'Ayase, puis planta ses yeux clairs dans les verts du plus jeune mâle.
« Je l'entendais bien ainsi. Mais c'est encore trop tôt pour une demande d'union, tu en as conscience ? »
« Si Draco est si perturbé que tu le dis, oui, je comprends. Mais, Charlie, Ayase, je dois être franc avec vous. Draco flirte beaucoup avec moi. Quand on est ensemble, il me lance des appels, conscients ou inconscients. »
« Oh, tu m'en vois ravi, » fit Ayase.
« Qu'avec toi, Harry ? » demanda Charlie, soupçonneux.
« Oui, » affirma le garçon.
Pourtant devant les regards à la fois dubitatifs et moqueurs des deux autres, il se renfrogna avant de grommeler.
« Bon, d'accord, disons qu'il ne flirte qu'avec moi que sous sa forme humaine. Sous sa forme lupine, Olivier lui plaît aussi, et dans une bien moindre mesure, Ritchie. Mais Draco ne l'apprécie pas du tout, il n'a aucune chance avec lui. »
« Et Olivier ? » insista Charlie.
Harry se rembrunit plus encore.
« Il aime bien Olivier... Je suis obligé d'admettre qu'Olivier est quelqu'un de bien, c'est un mâle honnête et droit qui ferait un très bon compagnon. Malgré tout et sans vouloir me vanter, je sais que Draco me trouve plus attirant, je lui conviens mieux. »
Charlie sourit.
« Reconnaître la valeur de ton principal adversaire est tout à ton honneur, Harry. C'est l'une des qualités nécessaires pour être un bon Alpha. En parlant d'Alpha, tu dois être conscient qu'être le fils de Gideon ne jouera pas en ta faveur lors de la mise en compétition de Draco. Gideon sera plus exigeant avec toi qu'avec tout autre. Il préférera privilégier les alliances avec les autres meutes plutôt que son fils. Et s'il doit choisir un membre de la meute, Olivier sera aussi devant toi. Tu devras être particulièrement exceptionnel, Harry. »
« Je sais, » déclara Harry. « Mais je sais tout autant que je veux Draco. Ritchie a déjà compris et je peux t'assurer qu'hier soir, il est parti la queue entre les jambes, dans tous les sens du terme. Quant à Oliver et ceux des autres meutes... »
Le jeune mâle se mit à gronder, ses yeux se fixèrent sur l'Oméga qui riait à une remarque de Heimich, venu les rejoindre, qui taquinait George.
« Ce sont eux qui devront être exceptionnels, car moi, je serai impitoyable. Draco est mien. L'idée-même qu'il m'échappe une nouvelle fois m'est purement intolérable. »
Les yeux verts se teintèrent d'ambre, l'aura de Harry se durcit et le grondement sourd dans sa gorge s'intensifia.
« Jamais je ne laisserai un autre mâle le posséder. Jamais. Il est pour moi. »
Ayase se colla contre le torse de Charlie, la puissance de Harry le mettant mal à l'aise. Charlie posa aussitôt sa main sur sa nuque pour le rassurer.
« Nous comprenons, Parvis Alpha, et je t'assure de notre soutien. Le jour où nous devrons donner Draco, nous défendrons ton nom, » assura Charlie d'une voix sourde à la fois emplie de respect, de soumission et de force.
Harry grogna, ses yeux verts perdirent un peu de leur éclat ambré alors qu'ils se posaient sur Ayase.
« Sera-t-il prêt, Ayase ? »
« Je sais ce que tu souhaites, Parvis Alpha. Le Temple m'a ordonné de former Draco, et il le sera. Mon jeune frère sera prêt. Mais je suis de l'avis de Charlie. Il est encore jeune, immature et très fragile. Il convient de le protéger au mieux et que de ton côté, tu assoies ta dominance sur lui. Il t'apprécie, cela est certain. Plus il te sentira à ses côtés, plus il te sera soumis, destiné, et plus il sera rassuré. De ce fait, il devrait pouvoir attendre un peu avant de devoir prendre mâle. »
Harry acquiesça, son aura s'allégea alors qu'il retrouvait son sourire.
« Draco est si innocent, par bien des côtés. J'espère qu'il sera bientôt prêt mais je sais aussi que je ferai tout pour le protéger afin que ce moment n'arrive pas trop vite s'il n'est pas suffisamment fort pour le supporter. »
« Harry, notre Alpha préférera donner Draco à un homme établi, tu en as conscience ? »
« Oui, Charlie. D'ailleurs, dès demain je vais réhabiliter la demeure de mes parents. Il n'y a plus grand chose à faire avant qu'elle soit habitable, voire confortable. Ainsi, si la compétition pour l'Oméga s'enclenche plus rapidement que prévu, je serai prêt. »
Les trois hommes se turent alors que l'objet de leur discussion s'avançait vers eux. Il s'approcha du couple et adressa un petit sourire timide au dominant brun.
« Vous re-voulez du gâteau, du thé ou du café ? »
« Non, merci, Draco, » répondit Harry tandis que Charlie et Ayase faisait un signe de négation de la tête. « Draco, est-ce que tu voudrais venir le week-end prochain chez moi ? »
« Chez toi ? Chez l'Alpha ? » bredouilla Draco.
Bien que Gideon ne soit pas Fenrir, Draco tremblait toujours comme une feuille les rares fois où il se trouvait devant lui. Alors à la simple idée de passer une journée chez lui, il se sentait dangereusement pâlir.
Harry tendit la main vers lui, que, par réflexe autant que dans un désir instinctif de protection, Draco saisit. Le dominant enroula ses doigts sur ceux plus pâles, plus fins, et l'attira à lui. Sans plus de cérémonie, il passa ses bras autour de la taille du plus jeune et le fit asseoir sur ses genoux, faisant légèrement rosir les joues de l'Oméga qui jeta un petit coup d'œil circonspect à ses tuteurs, s'attendant sans doute à se faire reprendre, notamment par Ayase.
Néanmoins et à son étonnement, ceux-ci ne dirent rien.
« Non, pas chez Gideon, chez moi. »
« Chez toi ? Tu as une maison, Harry ? Je croyais que tu vivais avec l'Alpha ! »
« Oui, je vis toujours chez lui pour le moment. Mais j'ai une maison qui me vient de mes parents, les Potter, c'est notre maison familiale. Elle n'a plus été habitée depuis des années mais je suis en train de la réaménager. Ce week-end on va être plusieurs à y travailler. Charlie la connaît, elle n'est pas très loin de chez vous. Tu sais, je vais avoir vingt-quatre ans en juillet, il est plus que temps pour moi d'avoir mon propre logis. Un foyer que je pourrai créer, avec mon compagnon. »
La voix du jeune homme se fit étrangement ronronnante alors que de sa main il caressait le dos de l'Oméga. Il n'osa pas soulever la chemise fine du jeune homme pour toucher sa peau nue. Ayase le regardait et Harry savait pertinemment qu'il était rentré dans son rôle de gardien monoïque. Peut-être que ce geste ne serait pas accepté. Sans compter que Charlie était protecteur envers l'adolescent, le traitant comme un louveteau issu de son foyer. Bien que Harry soit le futur Alpha, il savait tout autant qu'il devait respecter les pères de son futur compagnon.
Par contre, il joua astucieusement de son aura et de ses phéromones, attirant doucement à lui l'Oméga qui posa sa tête blonde sur son cou.
« Un compagnon que je chérirai, que je protégerai et qui me donnera de beaux louveteaux. »
« George ne peut pas avoir des enfants. Lui et Heimich devront en adopter. »
« Je ne suis pas uni avec George. »
« Non, mais si tu veux que ton compagnon te donne des enfants... enfin... »
L'Oméga se mordit les lèvres.
« Je sais déjà qui je veux comme compagnon et il pourra porter nos enfants, c'est une certitude. »
Draco redressa la tête afin des plonger ses yeux gris dans les verts. Subitement, tous purent sentir sa détresse.
« Harry, est-ce que tu penses à moi en disant cela ? » demanda-t-il d'une voix chevrotante.
« Draco, oui, je pense à toi... Est-ce cette idée qui te donne tant de chagrin ? » souffla Harry, blessé.
L'adolescent secoua la tête, faisant onduler ses cheveux souples.
« Non, tu sais bien que non, mais... »
« Mais quoi, mon grand ? Qu'est-ce qui te pèse ? » voulut savoir Charlie alors que le silence du plus jeune se prolongeait.
Pourtant, ce fut en regardant Harry que l'Oméga répondit.
« J'ai... J'ai perdu mon bébé. Je ne pourrai peut-être pas porter les tiens. » Il se tortilla les doigts tandis que son malaise enflait de façon exponentielle. « Et Fenrir était si en colère parce que je n'arrivais pas à tomber enceint. Et Daniel non plus n'a pas réussi. S'il l'avait fait, je serais enceint de six mois, comme Rose, la sœur d'Olivier. Elle est venue à la clinique voir sa mère la semaine dernière. Et moi, mon bébé, il aurait dû naître ou alors, j'aurais dû être comme Rose, avec un gros ventre et un bébé qui me donne des coups de pieds. Alors si je peux pas avoir d'enfants, Harry, tu ne voudras plus de moi. »
Les doigts comme les lèvres de Draco se mirent à trembler mais avant de pouvoir laisser libre court à son chagrin et, à n'en pas douter, à ses larmes, Harry le serra contre son torse, ses mains se glissèrent dans ses cheveux d'or blanc alors qu'une aura bienfaisante englobait l'Oméga frissonnant.
« Draco, ne sois pas malheureux. Tu était trop jeune pour pouvoir mener une grossesse à terme, trop jeune et dans une meute violente. Ce sera différent ici, avec moi. Ne t'inquiète pas de ça. Et puis, c'est toi que je veux avant tout, pas des enfants. On aura le temps de voir tout ça, t'inquiète pas. »
Draco ferma les yeux et ses doigts se cramponnèrent aux épaules hâlées du mâle. Les sanglots firent malgré tout leur apparition alors que les souvenir des mois passés avec son ancienne meute ressurgissaient.
Harry ne cessa pas ses caresses, lui donnant le temps de se calmer. Malgré la peine qu'il ressentait pour le plus jeune, il ne pouvait s'empêcher d'être heureux. Un fin sourire étira ses lèvres.
Avisant les visages de Charlie et Ayase, il découvrit qu'eux aussi partageaient la dualité de ses sentiments. Harry réalisa aussi que ni l'un ni l'autre ne s'était levé pour consoler Draco, lui laissant le seul soin de le faire.
Charlie avait raison, Draco était effectivement perdu, les derniers traumatismes qu'il avait vécus le perturbaient encore. Mais Draco ne l'avait pas rejeté, il n'avait pas refusé l'idée d'être son compagnon, ni même celle, pour la première fois, de s'accoupler avec lui et de porter leurs enfants.
… … …
Draco soupira alors qu'Asami, Teddy et trois autres enfants le suppliaient du regard.
« S'il te plaît, Draco, toi tu es plus grand que nous, tu peux atteindre la branche et grimper dans l'arbre, nous non et en plus papou ne veut pas que je monte aux arbres, il me trouve trop petit. Alleeeezzzzz, » chouina une nouvelle fois l'enfant aux boucles rousses.
Plusieurs jeunes et moins jeunes s'étaient retrouvés à la maison familiale des Potter. Cette dernière avait fait l'objet de nombreux travaux durant toute la semaine et en ce beau dimanche ensoleillé, Draco, Charlie, Ayase et Asami étaient venus pour aider Harry à terminer de rénover la demeure et y déménager ses affaires.
Ayase avait rapidement ordonné au plus jeune Oméga de se retirer vers un petit verger, pas trop éloigné du jardin, en compagnie des enfants. Le garçon avait protesté, bougonné, râlé, mais Ayase était resté inflexible. Draco était parti en tapant du pied, récoltant une taloche au passage.
Le plus âgé des Monoïques avait été continuellement sur son dos, plus encore qu'avant qu'il ne passe une semaine au Temple. A priori, il avait reçu des ordres stricts le concernant, le conseil voulant que le plus jeune progresse vite.
Tous les soirs de la semaine, Draco avait passé au moins deux heures dans la tente d'Ayase, potassant les livres, écoutant les conseils de bienséance et apprenant les différents soins et potions. Ayase avait aussi décidé de l'initier aux arts et à la danse, avec plus ou moins de succès.
Alors que le week-end s'annonçait, Draco avait espéré que son maître lui laisserait un peu de répit, mais ce n'avait pas été le cas. Le samedi avait été atroce, du point de vue de Draco. Il avait donc placé ses espérances sur le dimanche puisqu'ils devaient tous aller chez Harry.
Hélas, dès le matin, Ayase avait trouvé à redire sur sa tenue. Il voulait que Draco soit torse nu, comme lui-même, ou mette une chemise ouverte. Ce que Draco avait refusé mordicus. L'Oméga brun lui avait ensuite proposé un short que Draco avait refusé également, puis une tunique monoïquale qui l'avait fait glapir. Ils s'étaient disputés mais l'adolescent avait eu gain de cause, reprenant une chemise fermement boutonnée et un pantalon fin en toile.
La décision d'Ayase de l'éloigner l'avait blessé. L'Oméga brun avait estimé que la vision de mâles en plein effort, à moitié nus et transpirants, n'était pas pour lui. Du moins, c'était ainsi que l'adolescent l'avait pris. Ainsi, au lieu de pouvoir discuter avec les uns et les autres et surtout de pouvoir passer un peu de temps avec ses amis, Draco se voyait confiner au rôle de nounou.
Après avoir surveillé les enfants d'un œil maussade, Asami s'était mis en tête, vite suivi par ses petits camarades, de manger des abricots qui poussaient sur l'un des arbres présents. Draco avait eu un étrange coup au cœur. La dernière fois qu'il avait mangé des abricots, c'était à Pomona avec sa famille.
« Asa', je n'ai pas envie, » bougonna-t-il une nouvelle fois.
« Pfff, tu n'es pas sympa ! C'est pas de notre faute si papou a pas voulu que tu restes avec les autres, et pourtant, tu te venges sur nous ! J'ai faim, pourquoi tu veux pas nous aider ? » gémit Asami.
Draco, assis par terre, regarda ses pieds. Ce que disait Asami était plein de vérité.
Avant, quand il était enfant, il grimpait avec bonheur aux arbres pour remplir les paniers en osier ou les sacs en toile de jute de fruits, dont il apportait certains en cachette aux enfants pauvres. Il grimpait pour faire rire ses sœurs avec ses pirouettes.
Ensuite, dans la meute de Fenrir, il était monté aux arbres pour chercher de quoi améliorer ses repas, pour avoir un peu de vitamines et surtout combler la faim qui leur serrait le ventre au sein de cette horrible meute. Il était monté à la cime d'un frêne pour chercher des œufs afin de nourrir Morag, juste avant qu'elle ne meure entre leurs bras.
Il leva ses yeux gris malheureux sur les enfants qui le dévisageaient.
« 'Aco a bobo ? » demanda Teddy en posant une petite main potelée sur sa joue.
« Non, tout va bien, Teddy. Tu as raison, Asami, pardon, » fit Draco en se levant. « Prudence, tu veux bien surveiller Teddy le temps que je monte dans l'arbre ? Chris, donne-moi ta chemise, je mettrai les fruits dedans. »
« Youpi ! » crièrent les enfants en tapant des mains.
Voir leur sourire et leur visage rayonnant mit du baume au cœur de Draco. Il avait eu tort, les enfants étaient gentils et en plus, ils offraient une bonne distraction à ses pensées moroses.
L'Oméga grimpa donc prestement, la chemise nouée du petit garçon fut rapidement remplie de fruits mais Draco ne descendit pas pour autant. Les enfants étaient ébahis par son habileté et avaient plus d'une fois montré un abricot à cueillir, juste pour le plaisir de voir l'adolescent virevolter d'une branche à une autre.
Très vite, cela devint un jeu, les petits riaient, criaient alors que Draco faisait l'acrobate pour leur plaire. Il s'amusa lui aussi, faisant des grimaces, des pirouettes alors que les enfants battaient des mains.
« Draco ! »
Le cri de colère manqua faire tomber le garçon qui se rattrapa comme il put et tomba plus ou moins bien au sol.
« Ayase ? » fit-il alors que l'autre Oméga marchait d'un air décidé vers lui.
Draco recula d'un pas mais ne fut pas assez rapide. Le plus âgé lui saisit l'une de ses tresses et tira fortement dessus, lui faisant pousser un petit cri tant de douleur que surtout de surprise.
« Je peux savoir ce que signifie ce comportement totalement inapproprié ? Tu tu crois où, dans un cirque ?! » cria Ayase véritablement en colère.
Sans cérémonie, il continua de tirer sur les cheveux de Draco qui tenta de se débattre.
« Mais arrête, tu me fais mal ! »
« Et toi, tu me fais honte ! Un Monoïque ne fait pas ce genre de choses et encore moins devant des hommes ! »
Draco redressa le visage et sentit ses joues se mettre à rougir. En effet, les autres Lycanthropes avaient cesser leur travail et les dévisageaient, étonnés. Draco aperçut les frères Hooper qui ricanaient, Ron, Hermione et Ginny, navrés. Mais ce qui le blessa le plus fut les visages d'Olivier et Harry. Les dominants étaient certes loin de lui mais ne rataient rien de la scène.
Le cœur de Draco gonfla. Il n'avait pas le sentiment de s'être ridiculisé en amusant les louveteaux dans cet arbre. Par contre, le fait qu'Ayase le sermonne, lui tire les cheveux comme un enfant, si.
« Et alors, j'ai rien fait de mal ! » se défendit-il avec hargne. « C'est toi qui me fait honte en ce moment ! Tu me ridiculises devant mes amis ! »
« Je ferai ce que je dois faire ! Un Monoïque a de la tenue ! Des hommes sont là, te regardent, et que voient-ils ? Un gamin qui fait le clown dans un arbre ! Tu déshonores ton rang ! »
Les mots blessèrent Draco plus que de raison.
« Mon rang ? Mon rang ? Mais quel rang ? » cria-t-il à son tour en perdant toute retenue. « Je suis pas un vrai Monoïque ! »
« Si, tu l'es ! »
« Non ! Je n'en suis qu'une sinistre parodie ! Je ne te ressemble pas, je n'ai jamais mis les pieds au Temple ! J'en ai marre, marre ! Tu es toujours là à me dire quoi faire et comment parce que je suis un Monoïque, mais c'est faux ! Tout le monde veut que je sois ci ou ça ! Mon père voulait que je me batte, mais moi je voulais pas être un soldat ! Je n'ai jamais été un Monoïque et ensuite, je suis devenu une putain d'Oméga ! Mais moi j'en ai ras le cul qu'on m'impose des choses, tu m'entends ? J'en ai marre de plus savoir qui je suis, ce que je veux et ce que je vais devenir ! Et je veux plus être ce que vous voulez que je sois ! Tu dis que je suis un Monoïque mais c'est faux ! J'ai pas le tatouage ! Tu m'as abandonné ! Tu m'as pas emmené au Temple avec toi et tu m'as laissé tout seul ! Alors je suis juste un Oméga et je veux pas ! Je veux pas ! JE SUIS DRACO, DRACO BONES ! J'AI SEIZE ANS ET JE VEUX QU'ON ME FOUTE LA PAIX ! » hurla l'adolescent.
Sa respiration se fit haletante, ses yeux se mirent à briller alors qu'il serrait les poings. Toute sa rancœur, sa peine, tout ce qu'il retenait depuis des années, tous les espoirs des uns et des autres qu'il savait avoir déçus, tout ce qu'on lui avait fait subir explosa dans son cœur et sa tête.
Il ferma les yeux, ne pouvant empêcher les images de sa mère, ses sœurs, son père, puis de ses sœurs louves et de sa mère biologique de tournoyer sous son crâne.
« Je suis Draco... Draco... j'ai seize ans, je suis encore vivant ce soir et je ne veux pas mourir, » dit-il en mettant ses bras autour de lui et en balançant son corps doucement, comme s'il cherchait à se bercer lui-même.
« Tu ne vas pas mourir, Draco, » affirma Ayase en se rapprochant de lui.
L'Oméga rouvrit ses yeux gris, se sentant proche de la panique. Il savait que tout le monde l'avait vu, entendu. La honte le submergea une nouvelle fois. L'idée de perdre l'affection de ses amis et l'intérêt, le soutient de Harry, voire même d'Olivier, en raison de son esclandre le terrassa. Il allait se retrouver seul, encore une fois seul. Sans compter Ayase qui avait déjà honte de lui.
Compagnon-Loup se mit à gémir. Il voulait que ses frères loups soient là pour lui, qu'ils le consolent, le cajolent.
Draco serra de nouveau ses poings contre ses flancs, se retenant de pleurer. Hors de question de pleurer devant Harry. Il tourna la tête vers le mâle brun qui s'était avancé, lui aussi, comme Charlie, Remus et Heimich. Il avait peur de lire de la déception dans les yeux verts et préféra détourner son regard.
« Je voudrais retourner à la maison, » murmura-t-il.
« Tu veux rentrer, Draco ? » fit Charlie en avançant prudemment.
Tous sentaient la terrible détresse du garçon, son mal-être. Ayase jeta un coup d'œil à Charlie, inquiet.
« C'est de ma faute, je vais le raccompagner à la maison. D'accord, Draco ? Je suis désolé, je n'aurais pas dû m'emporter de la sorte. »
Draco leva ses yeux gris et embrumés sur lui.
« Je voudrais rentrer à la maison... »
« On y va, on rentre. »
« Non... Je voudrais rentrer chez moi, » bafouilla le garçon alors que ses efforts devenaient vains et que ses larmes se mirent à couler. « Je voudrais rentrer chez moi... sauf que je n'ai plus de chez moi... » Il se mit à rire, un rire sans joie et hoquetant. « En fait, j'ai jamais eu de chez moi... toute ma vie n'est qu'un mensonge, une parodie. Je ne suis rien ni personne. »
« Non, non ne dis pas ça, » fit Ayase en le prenant contre lui. « Oh, Draco, je suis si désolé. Tu es Draco, un jeune garçon formidable, un Monoïque. Et c'est ici chez toi. »
« Tu m'as humilié, » bredouilla Draco en se cramponnant à lui.
« Je suis désolé. Je te demande pardon, petit cœur. »
« Tu vas me renier, toi aussi ? »
« Non, bien sûr que non. Personne ne va te renier, ni moi, ni Charlie, ni personne ici. Je te le promets. »
« Personne ? » murmura Draco.
« Personne. Et surtout pas lui, » répondit Ayase de façon si basse que seul le garçon blond l'entendit.
Ayase berça un instant l'Oméga, puis il prit son visage en coupe, lui essuya les joues avant de plonger son regard dans le sien.
« J'ai fait une terrible erreur. Je crois qu'il est temps pour toi de réaliser vraiment ce que tu es. »
Draco fronça les sourcils.
« Charlie, je vais m'absenter quelques jours, je dirais quatre ou cinq. »
« Non ! » protesta Asami.
« Asami, mon petit lapin, papou ne part pas de la meute, d'accord ? Je reviendrai à la maison te faire un bisou tous les jours mais je ne serai pas vraiment disponible, c'est tout. »
« Ayase, qu'est-ce que tu as encore en tête ? » demanda Charlie en prenant son fils dans ses bras.
« Je dois m'occuper de Draco. Je l'emmène avec moi dans la tente monoïquale. Remus, je crains que tu doives te passer de lui cette semaine. »
Les autres Lycanthropes ne dirent rien, se contentant de se jeter un regard interrogatif.
« Comme tu veux, Ayase, » répondit Remus.
Draco ne comprenait pas plus que les autres ce qui se passait, mais il ne songea pas non plus à protester. Il laissa l'Oméga lui prendre la main et l'entraîner, plus loin, d'abord chez eux puis encore plus loin, dans la petite cabane de pierre.
… … …
« Déshabille-toi, » ordonna Ayase.
Le petit Oméga obéit, sans rechigner. Il savait qu'Ayase allait s'occuper de lui et en cet instant, c'était tout ce qu'il désirait. Il voulait qu'il le prenne contre lui, le rassure, le dorlote. Il voulait sentir sa peau contre la sienne, sa chaleur.
Une fois nu, Draco s'allongea de suite sur la natte et les coussins, attendant qu'Ayase le rejoigne. Pour sa plus grande joie, l'Oméga brun fut rapidement prêt et le plaqua contre lui. Ils restèrent ainsi de longues minutes, se câlinant mutuellement.
Draco ne pouvait s'empêcher de pousser des petits soupirs de bien-être. Il faisait très chaud dans la pièce qu'Ayase avait ouverte sur la seconde qui était, comme le plus petit l'avait découvert, une sorte de salle de bains avec en son centre, une espèce de petite piscine ou de grand bac en pierre creusée dans la terre. Parfois, Ayase faisait chauffer d'autres pierres, il fermait le rideau et jetait de l'eau sur les cailloux brûlants, remplissant la petite salle de vapeur.
Là, le bac était rempli d'eau, mais elle n'était pas chaude. Ayase la chauffait peu à peu, à l'aide du chaudron et du foyer qui brûlait avec force.
« Tu es bien ? »
« Oui, mais il fait très chaud. »
« Je sais. Je sais aussi que je t'ai demandé beaucoup d'efforts ces derniers temps, Draco. Mais je suis fier de toi. Bon, ce que tu as fait dans l'arbre était stupide mais tu apprendras encore. »
« Je m'occupais juste des enfants, » opposa Draco.
« Oui, c'est vrai. Mais tu savais bien que les mâles étaient là. Ce sont... Harry et Olivier sont comme des prétendants et on n'agit pas de la sorte devant eux, c'est ainsi. »
« Mais, Ayase... »
« Non, écoute-moi. Tu es sans arrêt à jouer avec eux, et quand je dis jouer, tu comprends bien ce que je veux dire. Tu les attires et tu flirtes avec eux. Je peux le comprendre, c'est ce que ta nature lupine veut, sans compter que cela fait du bien à ton ego humain. C'est normal et dans notre sang. Nous autres Monoïques, nous aimons plaire. »
« Je ne me sens pas digne de toi, Ayase, pas digne d'être un Monoïque. »
« Pourtant tu l'es. Et je vais te le montrer. Pour cela, tu dois me faire confiance. Me fais-tu confiance, jeune disciple ? »
« Oui, Maître, je te confie ma vie sans l'ombre d'une hésitation. »
Ayase sourit, satisfait de la réponse.
« Regarde-nous, Draco. Que vois-tu ? »
Le garçon fronça ses sourcils.
« Je vois... deux hommes ? »
« Non, deux Monoïques. »
« C'est la même chose. »
« Non. Nous sommes des êtres à part, de la même façon que les Hommes, les Mages, les Lycanthropes, les Nymphes sont des êtres à part. Nous sommes humanoïdes, mais nous sommes une race différente des autres, même si nous ne pouvons nous reproduire que grâce à l'aide des autres espèces. »
« Comme les Sylphes. »
« Oui. Si nous devons nous comparer à des êtres, alors ce serait aux Sylphes. Ils sont ce qui se rapproche le plus de notre espèce. Tout comme eux, nous sommes des êtres profondément pacifiques. C'est un trait de caractère puissant, pas une simple généralité, tous les Monoïques sont ainsi. Nous pouvons nous défendre, mais aucun de nous n'est foncièrement belliqueux. La volonté de ton père de faire de toi un soldat était vouée à l'échec, tu n'aurais jamais pu blesser un autre être humain de cette façon. En plus de cela, comme les Sylphes, nous sommes magnifiques, » Draco se mit à rire, faisant sourire de nouveau Ayase. « Si, si, pas de fausse modestie, nous sommes des êtres magnifiques, la beauté est dans nos gènes, aucun Monoïque n'est laid, c'est un fait avéré. Nous avons aussi en commun avec les Sylphes le fait de pouvoir faire de la magie, bien qu'à un niveau moindre que les Mages, mais sans avoir besoin d'artefact. Le plus gros point commun est que nous avons les caractéristiques physiques des deux sexes, même si nous sommes stériles par nos attributs masculins. »
« Non, nous n'avons pas les caractéristiques des femmes ! »
« Bien que sûr que si. La poche monoïquale n'est rien de plus qu'un utérus. Magique, certes, et dont l'accès ne se fait pas par un vagin féminin, mais cela reste un utérus. »
« Oui, je sais, tu me l'as déjà dit et je l'ai lu dans plusieurs des livres, » fit Draco en secouant la tête. « Mais nous n'avons rien d'une femme à part cela ! Pas de seins, pas de hanches... »
« Oh, tu crois cela ? Draco, demande donc aux autres ce qu'ils pensent de nous. Tu verras que plusieurs termes ressortiront invariablement : androgyne, gracieux, efféminé... Nous avons de longs cils, une voix plus douce que les autres hommes, des traits plus fins, comme la majorité des femmes. Il y encore autre chose, regarde-nous bien, réfléchis. »
L'adolescent obéit, détaillant chaque parcelle du corps de l'autre Oméga, ainsi que le sien.
« C'est quelque chose que nous possédons, naturellement, ou plutôt, que nous ne possédons pas. Toi, tu en as plus que moi, mais dans mon cas c'est parce que j'ai aidé la nature, » l'aida Ayase.
« Les poils ! » s'écria Draco avant de rougir un peu.
« Oui, exactement. Nous sommes imberbes, comme les femmes, pour le visage, le torse, les membres. Nous sommes quasiment dépourvus de pilosité. Dans mon cas, j'en ai encore moins que toi, » continua Ayase en levant un bras, dévoilant son aisselle tout en montrant son pubis de son autre main.
« Tu te rases ? » osa demander Draco, posant l'une des questions qu'il rêvait de poser à son maître depuis longtemps.
« Non. Nous sommes épilés par nos maîtres. Une fois dans notre vie. Et c'est le moment pour toi de connaître cet instant, » déclara Ayase avec solennité.
Draco le dévisagea en déglutissant.
« Tu vas m'arracher les poils ? »
Il grimaça. Il avait essayé, une fois, de tenter l'expérience, trouvant à la fois étrange et attirant le sexe glabre de l'autre Oméga. Mais il avait vite arrêté.
« Oui, » répondit pourtant Ayase, sans paraître s'émouvoir du visage crispé du plus jeune. « C'est l'un des rites de l'initiation, Draco, tout Monoïque doit passer par là. »
« Oui, mais moi, comme je suis... »
« Comme tu es un Monoïque, un véritable Monoïque, il est temps pour toi de t'allonger et de me laisser faire ce que je dois faire. »
Draco gémit. Il obéit toutefois et plaqua son dos contre la natte.
« Bien, c'est très bien, disciple. Maintenant, tu vas lever tes bras, comme cela, pose tes mains au dessus de ta tête. Non, laisse-les reposer sur le sol, pas en l'air. Parfait. Et écarte tes jambes. »
Draco ferma les yeux, son corps se mettant à trembler malgré la chaleur.
« Je vais te passer de la cire sur les partie concernées, et ensuite, quand j'aurai arraché les poils, je te passerai une potion qui empêchera définitivement la repousse. Tu devras apprendre à faire cette potion parce qu'un jour, ce sera à toi d'initier un jeune Monoïque. »
Le garçon blond rouvrit ses yeux, étonné.
« Moi ? »
« Oui, toi. Chaque Monoïque est d'abord un disciple, mais chaque Monoïque devient un jour un maître et un gardien pour ses frères. Toi comme les autres. Parce que c'est ce que tu es et c'est ta destiné. »
« Mais, le Temple... »
« Quand tu seras parfaitement initié, je t'emmènerai au Temple. Tiens, avant que je commence, bois ceci et ensuite tu reprendras la position. »
Draco s'assit pour se saisir du petit bol rempli d'un liquide épais que lui tendait Ayase.
« Qu'est-ce ? »
« Une boisson qui va un peu t'assommer. Elle va aussi limiter ta douleur. C'est pour cela que je t'ai expliqué quelle position prendre car une fois que tu l'auras bue et qu'elle fera effet, c'est à dire assez rapidement, tu ne pourras plus trop bouger. »
« Oh... » fit simplement Draco.
Il hésita un peu avant d'avaler d'un coup la boisson, sucrée. Puis il s'allongea de suite, sa tête lui tournant déjà.
« C'est parfait, Draco, parfait. »
La voix d'Ayase semblait provenir de plus loin. Beaucoup plus loin que là où Draco savait qu'il se tenait. Il ne répondit pas, d'autant qu'il venait de sentir que l'Oméga faisait couler quelque chose de chaud sur ses parties intimes.
Quelques minutes plus tard, le garçon criait sa douleur.
Une heure plus tard, Draco gémissait sourdement, toujours allongé sur la natte. Ayase finissait de lui passer un onguent sur sa peau rouge et gonflée.
« Tu arrêtes un peu, oui ? Pense à tes frères qui eux n'ont pas la chance d'être Lycanthropes, ils ne cicatrisent pas aussi vite que toi. Dans une heure tu n'auras plus rien ! Par contre, si jamais il reste des poils ou qu'il en repousse, on recommencera. Je vais t'apprendre à faire la lotion. »
« Une chance, une chance, tout est relatif, » bougonna Draco.
« Si, là c'est une chance. Cela sera un peu plus contraignant pour le tatouage, il faudra qu'on le fasse rapidement, plus rapidement que pour un autre novice, mais là encore tu souffriras moins. »
Draco se redressa sur la natte, dévisageant Ayase avec surprise. L'Oméga brun pouvait aussi déceler une lueur de joie dans les iris clairs.
« Le tatouage ? » souffla Draco.
« Oui, » sourit Ayase. « Dans notre vie, chaque Monoïque passe par plusieurs étapes importantes. Peux-tu me dire les quelles ? »
Draco réfléchit.
« Tu veux dire, pour faire de nous des êtres à part ? »
« Nous sommes des êtres à part dès notre naissance, mais oui, c'est l'idée. Pense à ta propre expérience avec moi et à ce que tu as appris. »
« Je dirai... Les tresses, en premier les tresses. »
« Oui. »
« Ensuite... ben, le tatouage ? » poursuivit Draco, mais il ne se récolta qu'une petite taloche sur le crâne. « Hé, tu avais dit ''êtres pacifiques'', espèce de brute ! »
Ayase se moqua du regard puis daigna s'expliquer.
« Non, le tatouage n'est pas la prochaine étape. »
« Mais, tu as dit que je l'aurai bientôt ! » s'exclama Draco, déçu.
« Oui, parce que c'est ce qui va se passer. Draco, tu es tellement impatient d'avoir le tatouage que tu as oublié ce qui je viens de te faire ! C'était bien la peine de pleurnicher comme un bébé... »
« Oh ! les poils ? » s'exclama alors Draco
« Oui, » se mit à rire Ayase. « Les poils, comme tu dis. »
« Et ensuite le tatouage. Après c'est fini, non ? »
« Non, pas du tout. En fait, les enfants portent leur premier attribut dès qu'ils ont assez de cheveux pour le faire. Ensuite, ils sont éduqués et nous attendons la puberté. Le fait d'enlever les poils viens juste avant le tatouage. En fait, l'épilation fait partie de cette étape, en quelque sorte. Nous épilons les jeunes, leur apposons leur tatouage et ensuite, ils sont initiés. »
Draco cligna des yeux, cherchant à comprendre. D'un coup, il pâlit.
« Non... non, Ayase... »
« Calme-toi, Draco, n'aie pas peur, non, n'aie pas peur, » fit aussitôt Ayase en le prenant contre lui. « Je ne te ferai rien, mon jeune disciple, rien d'autre que ce que nous faisons déjà. »
Draco se détendit dans ses bras, Ayase continua.
« Je continue de penser que pourtant, ce serait le mieux pour toi. Mais pour le moment... disons que ce n'est pas d'actualité et que de toute façon, je ne pourrai pas le faire. »
« Pourquoi ? » demanda Draco, s'étonnant lui-même d'avoir posé la question.
« Eh bien... » Ayase réfléchit un instant. « Tout d'abord, je n'aime pas trop ça, en tant qu'homme. Je te l'ai dit, si j'ai choisi Charlie et ma vie d'Oméga, ce n'est pas pour rien. J'aime être pris, pas prendre. »
Draco le regarda, ces yeux gris totalement éberlués.
« À chaque fois que tu dis ça, je n'arrive pas à te croire, » murmura-t-il.
« C'est exactement pour cela que je suis persuadé que t'initier avec des maîtres au sein du Temple, serait bénéfique. »
Draco le dévisageait toujours, attentif.
« Cela te permettrait à la fois de te sentir pleinement Monoïque, mais en plus cela t'aiderait à dépasser ta crainte. Tu n'as vécu que de la violence alors que lors de ton initiation, tu connaîtrais le plaisir charnel. Pour l'instant, cela n'est pas d'actualité en raison de ta nature lycanthrope. C'est aussi en raison de cette nature que je ne pourrais pas t'initier même si je le voulais. Je suis moi aussi un Oméga, et non, l'idée de m'accoupler de cette façon avec un autre Lycan m'est difficile. Avec un autre humain, oui, je l'ai déjà fait, mais pas un Lycanthrope et de toute façon, pas avec toi, même si cela était possible. »
« Pourquoi ? » réitéra Draco.
« Parce que... Autant nous toucher, nous caresser, nous donner du plaisir ainsi, oui, je le peux sans problème, je suis pour ainsi dire né au Temple, donc c'est naturel pour moi de le faire, même avec toi. Le fait est que je suis non seulement ton maître et ton référent Monoïque et donc, si nous étions au Temple, nous aurions sûrement eu des relations sexuelles, mais là, tu es aussi un Lycanthrope, je suis ton référent Oméga. Tu es... un frère monoïque, mais aussi un frère Oméga et, par bien des côtés, comme un fils pour moi. Je ne pourrais pas faire ça avec toi, pas comme ça. »
Draco acquiesça, étrangement d'accord avec les propos d'Ayase. Il se rapprocha de lui et se laissa couler dans ses bras en poussant un petit soupir d'aise. Le plus vieux passa immédiatement ses mains dans les cheveux blonds pour les caresser.
« Tu as encore mal ? » chuchota-t-il.
« Non, presque plus... Après l'initiation, c'est quoi l'étape d'après ? »
« Après ? Les Présentations, le choix d'un prétendant et l'union. Ensuite, nous devenons des maîtres et des gardiens. La boucle est bouclée. Chaque Monoïque revient régulièrement au Temple, nous ne pouvons nous éloigner trop longtemps de nos frères. Beaucoup d'entre nous mourrons au Temple. Ce ne sera pas mon cas, je suis devenu Oméga, je mourrai au sein de ma meute. »
« Ne parle pas de ça, » fit Draco en fermant les yeux. « Ne parle pas de la mort. Je ne veux pas te perdre, ni perdre ma meute. »
Ayase sourit à l'entente des mots.
« Tu aimes notre meute. »
Ce n'était pas une question, mais bien une affirmation.
« Oui. C'est ma nouvelle famille. Mais je t'aime toi, Charlie et Asami bien plus que tout autre membre. »
Ayase émit un petit rire tendre tout en continuant ses caresses.
« C'est très plaisant à attendre et je te retourne la déclaration d'amour, Draco. Mais je crois que tu oublies un membre de notre meute. »
« Harry, » avoua de lui-même Draco dans un souffle.
« Oui, Harry. »
« Ayase, si un jour je dois prendre un mâle, je veux que ce soit lui. C'est le seul en qui j'ai confiance. Le seul qui... »
« Qui t'attire ? » poursuivit à sa place Ayase en constatant que Draco se taisait.
« Oui, » admit Draco en sentant une douce chaleur s'épanouir dans son ventre. « Compagnon-Loup l'adore, il aimerait s'accoupler avec lui. »
« Oh... »
Ayase fronça les sourcils devant cette nouvelle. Ainsi, ce que Charlie, Harry et lui supposaient était donc exacte. La maturité sexuelle lupine de Draco se réveillait pleinement. Son loup n'allait pas tarder à réclamer une union.
« Eh bien... Tu en penses quoi, toi ? » demanda prudemment l'Oméga brun.
« Moi ? Compagnon-Loup est moi, mais ma partie humaine hésite encore. »
Les sourcils du mâle se froncèrent davantage. C'était bien la première fois que Draco parlait ainsi et surtout, qu'il semblait si en osmose avec son loup au sujet d'un potentiel compagnon. C'était l'un des signes qu'ils attendaient, l'Alpha en tête, pour le déclarer disponible et lancer la compétition.
« Bien, bien... » ne put-il qu'ajouter. « Bon, tu vas dormir maintenant, Draco. Je dois m'absenter pendant quelques heures. »
« Pourquoi ? »
« J'ai promis à Asami de passer un peu de temps avec lui. Je reviendrai dans la nuit. »
« D'accord mais moi, je ne peux pas revenir à la maison ? »
« Non, pas avant la fin de la semaine. Lis encore quelques livres et couche-toi. Ne m'attends pas »
Draco hocha la tête en signe d'acquiescement, il se leva, pris l'un des ouvrages à couverture en cuir sur une étagère, sans plus se soucier de son maître. Il ne le vit donc pas se saisir des pierres Aller-Retour avant de sortir de la cabane.
Une fois dehors, Ayase hésita en tourna l'une des pierres polies entre ses doigts. Finalement, il se décida à la ranger dans la poche de sa tunique. D'abord, il voulait voir son mari et son fils. Ensuite, il devrait retourner au Temple. Sa décision était prise : l'initiation de Draco devait s'achever mais il ne pourrait la faire seul.
… … …
À suivre
… … …
NDA : à tous ceux qui ont lu le dernier OS de mon recueil, je vous informe que suite à son succès, aux coups de pieds aux fesses de mes Bêtas (aïe... non je plaisante, ce sont des amours) et surtout à mon incapacité à contrôler mes mains frénétiques sur mon clavier, ce OS va se transformer en fiction à chapitres.
Pour vous tous, amis lecteurs, je vous souhaite un joyeux Noël un peu en avance :)
