Neige en Wallachie
Traduction de The Snow in Wallachia par YamatosSenpai
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Partie XXV : Un Geste si Innocent
« Vous, euh, vous avez quelque chose dans les cheveux... », expliqua Renji en lissant de sa grande main chaude les mèches noires de Byakuya. Il pinça la brindille d'herbe entre ses doigts et la retira. Il avança ses lèvres et souffla dessus, la faisant s'envoler dans les airs. « C'est parti. »
« Merci », dit Byakuya, ses yeux gris fixés sur la route devant eux.
« Vous êtes fatigué de marcher ? », demanda Renji, qui sautillait presque. Il donnait l'impression d'avoir de l''énergie à revendre, alors qu'en fait il ne pouvait plus sentir la plante de ses pieds et essayait d'éviter cette sensation particulière.
« Il fait chaud ici », dit Byakuya en plissant le nez de dégoût. « Et humide. » Byakuya se tourna pour regarder Renji et poussa un petit soupir. « Marcher m'est égal. C'est de ce climat répugnant et épouvantable que je suis fatigué. »
« Êtes-vous cinglé ? », demanda Kira, qui gémissait sous l'effort. « Cela fait probablement 30 ans que je n'ai pas parcouru un seul kilomètre en marchant. Marcher à ce point... » Kira retroussa les manches de sa chemise, s'éventant d'un geste épuisé.
« J'ai l'impression que mes jambes vont se détacher », murmura Ichigo en s'arrêtant sur la route pour s'étirer.
« Mes pieds, mes jambes », se plaignit Kira en jetant un regard noir dans le dos de Shunsui. « Bon sang, même mes tétons me donnent l'impression qu'ils vont tomber. »
« Vous n'êtes pas obligé de venir », répliqua Shunsui, en assujettissant Orihime sur son dos.
« Les légions romaines marchaient moins que nous en un seul jour », gémit Kira.
« Vous êtes un Maître », rappela Shunsui par-dessus son épaule, essayant de son mieux d'ignorer le point de côté qu'il avait.
« Shunsui », lança Jûshirô. Il se plia en deux, les mains sur les genoux. Il prit plusieurs courtes inspirations, les cheveux traînant sur le sol. « Cela fait trop de marche. »
« D'accord », convint Shunsui, qui grimaça lorsqu'un de ses genoux se coinça. « Nous établissons le campement. »
« Pas sur la route », dit Byakuya en secouant la tête. « C'est une très mauvaise idée. »
« Il faudrait être complètement fou pour attaquer notre groupe », rétorqua Shunsui en descendant Orihime au sol.
« Les déments ne manquent point en ce monde », répliqua Byakuya. Il hésita un instant avant de continuer. « Nous ne pouvons pas installer un campement sur la route, près de la route, ou en vue de la route. »
« Le Vampire a raison », confirma Kira du menton.
« Le lieu où nous allons camper m'est égal du moment que je vais pouvoir m'asseoir dans les cinq minutes qui suivent », dit Ichigo en roulant des yeux.
« Du calme et soyez patients », prononça doucement Kira. Il retira sa chemise de son pantalon et sortit de la route. Il s'arrêta au centre du champ et s'allongea, les bras et les jambes étendus en croix.
« Qu'est-ce qu'il fait ? », demanda Jûshirô, plissant les yeux dans sa hâte de voir quelque chose se produire.
« Est-ce qu'il s'est allongé pour mourir ? », demanda Orihime en tirant sur la manche de Jûshirô.
« Non, non », murmura Jûshirô en secouant la tête.
« Je n'ai aucune idée de ce qu'il est en train de faire », admit Shunsui.
« On devrait demander », suggéra Renji.
« Toi, demande », dit Shunsui en plissant le front. « J'ai à moitié peur de savoir. »
« Eh ! », cria Ichigo en agitant la main « Qu'est-ce que tu fais ? »
« Il nous a demandé d'être patients », observa à voix basse Byakuya en croisant les bras sur la poitrine. « Entraînons-nous à la patience. »
Ils n'eurent que quelques moments de plus à s'interroger. Un épais et étrange brouillard se forma dans le champ. Il était dense au point que les hommes pouvaient sentir les particules d'eau sur leurs langues. En l'espace de quelques minutes, le brouillard s'était épaissi et étendu, bloquant même la lumière du soleil.
« Je ne peux absolument rien voir », dit Shunsui, sa main cherchant celle de Jûshirô.
« Qu'est-ce qui se passe ? », chuchota Orihime, le visage pressé dans le dos de la chemise de Shunsui.
« C'est une maison », murmura Byakuya en s'avançant. « Il y a une maison dans le champ. »
« Regardez ! », s'exclama Ichigo en secouant la tête avec incrédulité.
Et alors que le brouillard se dissipait, le groupe put voir distinctement au centre du champ l'étrange maison plongée dans la pénombre. Kira se tenait dans l'entrée, sa silhouette enveloppée par l'obscurité. Il tourna les talons sans un mot et disparut dans la maison.
« C'est incroyable... », souffla Shunsui, bouche bée.
« Il n'est pas question que j'aille là-dedans », refusa Orihime. Elle tapa du pied, hurlant lorsque Shunsui la prit dans ses bras et l'emporta. « Non ! Non ! Pas question ! Elle est hantée ! »
« Elle n'est pas hantée », grogna Shunsui. « Comment pourrait-elle être hantée ? Elle vient juste d'être construite »
« Elle est pleine d'âmes ! », hurla Orihime, s'efforçant de son mieux de passer par-dessus l'épaule de Shunsui et de descendre de son dos vers la liberté.
« Tais-toi, petite », dit Byakuya fermement, ses yeux gris rivés sur les siens. « Ce n'est point correct de refuser un cadeau. »
Il n'empêche que, par un accord tacite, aucun des changeants ne voulaient entrer à l'intérieur. Byakuya pénétra dans la maison le premier et, quelques insoutenables secondes plus tard, Renji le suivit. La maison était simple et propre. Il y avait trois rangées de lits déjà faits et une cuisine rudimentaire.
« C'est mieux ? », demanda Kira en observant Byakuya avec attention.
« Nous sommes encore près de la route », dit Byakuya avec un sourire narquois. « Mais cela fera l'affaire. »
« Comment avez-vous fait ça ? », demanda Renji avec de grands yeux écarquillés.
« Grâce à la matière noire », dit Kira succinctement. « Je vais devoir m'en procurer plus bientôt. J'ai presque tout utilisé. »
« Wouah », dit Ichigo en entrant dans la maison. « Pas mal. »
« Vos maîtres n'ont jamais créé une chaise ou autre chose à partir de rien ? », demanda Kira, son narguilé apparaissant soudain sur ses genoux.
« Une chaise et une maison sont deux choses différentes ». Shunsui siffla doucement. « Yare, yare... »
« Vous avez fabriqué ceci ? », demanda Jûshirô, passant les doigts le long d'un mur avec stupéfaction.
« Ça alors, non », s'esclaffa Kira, pince-sans-rire.
« Alors comment ? », demanda Byakuya en s'asseyant sur le même lit que Kira. Il fixa Kira, les doigts pris de l'envie de tenir un crayon.
« C'est compliqué », soupira Kira. « Mais les Maîtres n'existent pas seulement en un seul endroit. Le Corps et l'Âme sont, euh, eh bien, tenus séparés. Donc il doit y avoir une connexion. C'est comme un tunnel. Un portail, si vous préférez. Je sors simplement à un endroit différent, quelque part entre mon Corps et mon Âme. Ensuite je peux déplacer les choses à travers le portail... »
« Donc vous avez volé la maison de quelqu'un ? », demanda Renji en haussant un sourcil.
« Ne soyez pas ridicule », gémit Kira. « Je ne fais pas de mal aux humains. »
« Alors comment ? », pressa Byakuya tout excité.
« Cette maison a été détruite. Je l'ai trouvée quelque part ailleurs et remise en état ici », expliqua Kira. « Tout ce qui est ici était soit cassé soit abandonné. »
« Alors », questionna Ichigo, les mains derrière le dos, « est-ce que c'est ainsi que les Maîtres voyagent ? »
« Oui. » Kira souligna sa réponse d'un hochement du menton. « Nous n'allons assurément pas partout en marchant. »
« Est-ce que cela fonctionne avec des gens ? », demanda Byakuya, les yeux élargis.
« Je ne fais pas de mal aux humains », répéta Kira.
« Est-ce que cela fonctionne avec les humains, en théorie ? », questionna Byakuya.
« Oui », confirma Kira d'un nouveau hochement du menton. « C'est facile. »
« Pourriez-vous les remettre en état ? », chuchota Byakuya. « Pourriez-vous le faire ? »
« Je ne peux pas faire revenir les gens à la vie », dit fermement Kira en délaissant sa pipe. « Seul le Créateur possède ce pouvoir. » Kira secoua la tête catégoriquement. « Il n'y a aucun moyen de faire revenir les morts. Gardez-vous d'essayer. »
« Pourquoi ? Qu'arriverait-il ? », demanda Byakuya sans se laisser décourager.
« Une personne ne peut exister sans une âme. Après la mort, l'âme part rejoindre le fleuve(1)… Si je faisait revenir quelqu'un, j'obtiendrais un corps et pas d'âme. Techniquement parlant, il faudrait que je mette une nouvelle âme à l'intérieur. Cela laisse deux options, ma propre âme ou l'âme d'un autre humain… D'un côté comme de l'autre, ce ne serait pas la même personne... »
« Ne jamais essayer de faire revenir les morts à la vie », dit Ichigo. « J'ai appris cela par la manière forte. »
« Je n'essaie pas de faire revenir quelqu'un », répliqua Byakuya. « J'étais curieux de savoir s'il pouvait y avoir quelques réponses à ma propre malédiction. »
« Ah », dit Kira. « Je comprends maintenant. Les vampires… les vampires sont choses entièrement différentes. Cela n'a rien à voir avec nous, j'en ai peur. Alors je ne peux pas vous aider. »
« Pourquoi je suis toujours debout ? », s'écria Ichigo, sautant sur le lit le plus proche. Il roula sur le flanc, écrasant l'oreiller dans ses bras. « Doux Jésus. Ça fait du bien. »
« Je ne suis pas aussi fatigué que tout le monde », dit Byakuya en se relevant vivement. « Je vais attraper le dîner. » Byakuya jeta un regard significatif à Jûshirô et Orihime. « Mais je ne cuisinais pas avant de mourir et je ne vais certainement pas cuisiner maintenant. »
« Je m'en chargerai », dit Shunsui en tapotant le genoux de Jûshirô. « Ukitake-san est meilleur, mais je peux aussi cuisiner. »
« Est-ce que vous voulez qu'on vous accompagne ? », demanda Renji en essayant de se lever. Il était trop épuisé. Son corps ne voulait même plus bouger.
« Vous êtes exténués. Restez ici et reposez-vous », répondit Byakuya.
« Je vais venir », offrit Renji. « Je ne suis pas si fatigué. »
« Endors-toi », ordonna Byakuya en plaçant sa paume au centre de la poitrine de Renji. D'une poussée, il le fit basculer sur le lit. Et à l'instant où la tête de Renji toucha l'oreiller, il était endormi.
« C'est un joli tour », murmura Kira.
« Cela marche sur les humains et les animaux », dit Byakuya doucement. « Cela ne marche sur les changeants que s'ils sont affaiblis. »
« Vous êtes un type effrayant », dit Kira en exhalant un grand nuage de fumée.
« Qu'est-ce que cela veut dire, venant de vous ? », questionna Byakuya, braquant ses yeux gris acier sur Kira.
« Je suppose », commença Kira d'une voix traînante, « que c'est un compliment. »
« Juste ici », dit Kira en indiquant d'un doigt fin un point sur la carte. « C'est là que nous nous dirigeons. »
« Un Maître vit là ? », demanda Shunsui en échangeant un regard avec Jûshirô.
« Oui », confirma Kira en levant les yeux sur l'assistance attablée. « C'est notre premier arrêt. Si nous ne pouvons pas le battre, nous ne pourrons en battre aucun. »
« Il est faible ? », demanda Renji en fixant la carte.
« Pas du tout. » Kira secoua lentement la tête. « Lui et moi avons probablement une force comparable, mais ce n'est pas le problème. »
« Quel est le problème ? », demanda Ichigo, du lit où il était assis.
« La matière noire est, voyons, comme une drogue », commença à expliquer Kira. « Je peux consommer de la matière noire régulièrement et ne pas devenir "malade" parce que je ne fais pas d'excès. Certains Maîtres, ceux avec lesquels vous êtes le plus familiers, en sont dépendants. Ils consomment la matière noire comme vous l'air... »
« Vous avez dit que la matière noire est votre source de nourriture », dit Byakuya, hochant la tête en signe de compréhension. « Alors, en essence, c'est comme le sang pour un vampire. Les vampires affamés ne seront jamais aussi forts que ceux qui boivent tous les jours... »
« Exactement », confirma gravement Kira. « Cela ne sera pas difficile d'obtenir plus de matière noire, mais cela prendra du temps. »
«De combien de temps avez-vous besoin ? », demanda Shunsui.
« Une semaine », répondit Kira avec un hochement d'épaule. « Mais j'ai besoin d'être quelque part où il y a du monde. Cet endroit n'est pas adéquat. »
« J'ai une question », interrompit Byakuya, qui croisa les jambes.
« Oui ? »
« D'après ce que je sais », commença Byakuya lentement, « un Maître ne prend une forme corporelle qu'une seule nuit par mois. La collecte d'âmes détermine ensuite combien de jours de plus après celle-ci, exact? »
« Exact », dit Kira. « Mais les âmes ne comptent pas, c'est de matière noire dont nous avons besoin. »
« De matière noire », répéta Byakuya, gravant la différence en mémoire. « Alors comment êtes-vous ici ? Avez-vous collecté tellement de matière noire que vous êtes capable de vous maintenir vous-même ? »
« C'est une question compliquée », prononça gravement Kira, tandis qu'au fond de ses yeux bleus une lueur fugitive s'était embrasée. « Et c'est une information assez personnelle dont la divulgation me rendrait sûrement mal à l'aise. »
« Toutes mes excuses », murmura Byakuya du bout des lèvres, désappointé.
« Nous formons une équipe », intervint Shunsui. « Nous nous faisons tous confiance ici. Point à la ligne. »
« Bien, Bien », soupira Kira. « Mais c'est une longue histoire. »
« Nous vous écoutons », répliqua Shunsui.
« Alors voilà : il y a très longtemps, dans un lointain pays, » commença Kira, un sourire narquois déformant son joli visage, « vivait une race de monstres sans père, mère, ou sœur. Ces jeunes monstres n'étaient ni des humains ni des animaux, et leur apparence changeait avec la lune décroissante. Les montres étaient faibles et vulnérables. Les humains les haïssaient, les rejetaient ; ils leur lançaient des pierres et brandissaient des torches. C'était dangereux et solitaire d'être un tel monstre... »
« Trois des monstres sortaient du lot. Ils étaient plus forts, plus intelligents et plus clairvoyants. » Kira rit soudain. « Les monstres finirent par grandirent. D'enfants, ils devinrent de jeunes hommes. Leurs pouvoirs grandirent aussi. Et bientôt beaucoup d'entre eux furent mécontents de la façon dont les trois monstres les menaient. »
« Les monstres se divisèrent en trois groupes », continua Kira. « Ceux qui étaient avec les trois, ceux qui étaient contre, et ceux qui restaient neutres. » De profondes rides creusèrent le front de Kira. « Cette race de monstres se fit la guerre. Et ce n'était pas des amis qui combattaient contre nous, c'était des membres de notre famille... » Kira secoua la tête avec amertume. « À la fin, seuls les trois plus forts restèrent debout. Leur unique opposition était Kyôka Su-, je veux dire, Aizen. »
« Aizen était incroyablement fort. Il avait consommé tant de matière noire qu'il était presque inarrêtable. Cette guerre n'impliquait pas que nous. Le monde entier était dans la balance… » Kira partit d'un petit rire sans humour, comme pour lui-même. « Pour le vaincre, le plus fort sacrifia les deux autres. Et à la fin, la seule façon de vaincre Aizen fut de le réduire en pièces... »
« Je pense que j'en ai trop dit », grinça Kira en lançant un regard noir dans la direction de Shunsui. « Mais pour répondre à votre question, tous les Maîtres qui se sont opposés aux trois plus forts furent mis en pièces, membre après membre, en 666 pièces. Les morceaux furent éparpillés à la surface du globe. L'âme fut emprisonnée dans un endroit à part, une prison appelée Carcer. Et tous les Maîtres qui ont jamais marché sur cette Terre essaient de se reconstituer. »
« Je peux aller et venir librement parce que j'ai déjà collecté tous mes morceaux », dit Kira en tiquant de la langue. « Je suis complet. »
« Vous étiez du côté d'Aizen ? », demanda Renji.
« Non. » Kira secoua la tête. « Mon dieu, non. »
« Alors pourquoi votre corps a t-il été éparpillé ? », demanda Shunsui.
« À la fin », dit Kira lentement, « rien n'était sous contrôle. Il n'y avait pas moyen de cibler certains corps et pas d'autres. Ce fut un massacre général. »
« C'est horrible », souffla Jûshirô.
« C'est notre vie », dit Kira en haussant les épaules.
« Qui sont les trois plus forts ? », demanda Shunsui en regardant la carte avec intérêt. « Savez-vous où ils sont ? »
« Ah-ah », se moqua Kira, qui secoua la tête dans un refus absolu. « Vous êtes fou. »
« Vous avez peur d'eux ? », demanda Shunsui, le regard vrillé dans celui de Kira.
« Oui », dit Kira, impassible. « J'ai peur d'eux. »
« Comment avez-vous récupéré votre corps ? », demanda Byakuya.
« En tuant beaucoup de gens », répondit Kira. « Nombre et nombre de gens. »
Le groupe resta silencieux durant d'insupportables secondes. « Mais j'ai dépassé ce stade de ma vie. Je ne suis plus aussi en colère que je l'étais », grommela Kira. « Et j'ai juré il y a longtemps que je n'allais pas être celui qu'on croyait que j'étais. »
« Qu'est-ce que tu veux dire ? », demanda Ichigo.
« Le monde », dit Kira simplement. « Le monde m'a appelé un monstre. Le monde a eu peur de moi, m'a haï, a voulu ma mort… Je n'ai pas à être cette personne. J'ai fait quelques erreurs, bien sûr, mais je les regrette. »
« Même en tant que changeants, vous avez tué », fit remarquer Kira. « Même en tant qu'hommes, vous avez tué. Il n'y a pas de différence entre nous, nous faisons tous des erreurs. »
« Y en a-t-il d'autres comme vous ? », demanda Shunsui. « Des Maîtres qui ont leur corps, je veux dire ? »
« Un autre, peut-être deux. Non, non, juste un », répondit Kira. « Mais vous ne le trouverez jamais. » Kira sourit avec malice. « Il n'a plus aucune foi ni en les monstres ni en l'humanité et vit comme un ermite dans les montagnes. »
« Quelles montagnes ? », pressa Shunsui.
« Toutes les montagnes », répondit Kira énigmatiquement. « Mais cela ne vous concerne pas. Il n'est un danger pour aucun d'entre vous. »
« Stark, Stark, réveille-toi. »
Coyote grogna, enlaçant contre lui les couvertures. Il s'ébroua, ses lèvres humides de bave et engourdies de sommeil claquant l'une contre l'autre. « Hein ? »
« Debout », laissa tomber Ginjo d'un ton sec, tiquant de la langue avec impatience.
« Qui es-tu ? », demanda Coyote en dévisageant Ginjo désobligeamment. « Tu me parais familier mais je n'arrive pas remettre ton visage on ne peut plus affreux. »
« Ne sois pas ridicule », siffla Ginjo, « Nous nous ressemblons. »
« Ne sois pas si méchant », gémit Coyote en se couvrant la tête avec les couvertures. « Je vais me rendormir jusqu'à ce que tu te décides à me parler correctement... »
« Vicomte Stark ! », gronda Ginjo. « Le Maître requiert ta présence... »
« Ah, oui, merci, manant », taquina Coyote, qui s'assit et se glissa hors du lit. « Ce sera tout. »
« Tu vas mourir jeune », soupira Ginjo en secouant la tête.
« J'en doute », dit Coyote tout en marchant à reculons vers la porte. « Je vivrais au moins jusqu'à mes 117 ans. »
« Une tortue pourrait vivre plus longtemps », rétorqua Ginjo.
« Que dire, je suis un homme », argua Coyote. « Et je n'ai aucun désir d'être une tortue, ou un vampire d'ailleurs. »
« Dépêche », marmonna Ginjo. « J'ai pris mon temps pour venir te réveiller. Il ne va pas être content que cela t'aie pris aussi longtemps. »
« Pour qui tu te prends? », râla Coyote. « T'es vraiment un enfoiré. Pourquoi je suis coincé avec un faux jeton de ton espèce? »
« Tic, tac. Tic, tac... », nargua Ginjo.
Coyote dévala les escaliers étroits quatre à quatre, ses épaules larges éraflant les murs. Il poursuivit à toute allure jusqu'au bout du hall et frappa à la porte. Il inspira profondément tout en lissant ses cheveux et ses vêtements. « Entre. »
« Maître », salua Coyote en pénétrant dans la chambre moite.
« Coyote, viens t'asseoir », ordonna doucement Aizen en désignant ses genoux. Coyote traversa la pièce, détournant les yeux du lit. Il s'assit à cheval sur les cuisses d'Aizen, se positionnant maladroitement. Aizen soupira et plaça sa tête contre son dos. Coyote était stupéfait, son esprit et son corps presque paralysés par le choc d'un geste si innocent. « Ne bouge pas », ordonna Aizen, resserrant son étreinte autour de Coyote.
« Bien, Maître », souffla Coyote. La chaleur d'Aizen l'enveloppait et la moiteur dans la pièce sembla s'intensifier. Ils restèrent assis en silence un petit moment de plus avant qu'Aizen ne se ranime.
« Tu te dois d'être là », dit simplement Aizen.
« Oui, Maître », répondit Coyote avec obéissance.
« Est-ce que tu sais ce que je suis en train de faire ? », demanda Aizen en plaçant sa main sur la joue de Coyote. Il exerça une pression, redirigeant son regard vers le lit. « Regarde et dis-moi. »
« Je... » Coyote déglutit péniblement. Il essaya de ne pas regarder le lit mais il y entraperçut quand même la fragile silhouette.
« Regarde », ordonna Aizen.
Coyote céda ; il regarda le lit et la petite vampire qui y dormait. Il exhala un souffle tremblant, l'attention uniquement focalisée, sans savoir pourquoi, sur les petites mais nombreuses coupures visibles sur les mains de Rukia. « Je ne sais pas ce que vous êtes en train de faire. »
« J'ai un projet », chuchota Aizen, les lèvres s'incurvant contre la peau de Coyote. « Tout ce que je fais sert un but. »
« Vous devriez simplement la tuer », grommela Coyote. « Ça n'a aucun sens de lui faire subir ceci. »
« Tu as tord », dit Aizen en claquant de la langue. « Peu importe combien de fois je te prends, ton corps sera toujours stérile... »
« Évidemment ! », s'exclama Coyote en tremblant. « Mais bordel, qu'est-ce que vous croyez qu'il allait arriver? Je suis un mâle ! »
« Et tous mes changeants ont été des mâles... », continua Aizen, imperturbable en dépit de l'explosion de Coyote. « Et tous les Maîtres sont des mâles... » Aizen s'humecta les lèvres lentement. « Quelque chose de tellement simple et basique nous est refusé. »
« Pourquoi suis-je là ? », demanda Coyote.
« Tu as besoin d'une surveillance constante », répondit Aizen.
« Tsukishima et Ginjo ne me laissent rien faire », argumenta Coyote. « Je suis très bien surveillé. »
« Mais tu ne les aimes pas », murmura Aizen en embrassant la nuque de Coyote.
« Et si je dis que je ne vous aime pas non plus… ? », avança Coyote.
« Je te le ferai regretter », répliqua Aizen avec un sourire rusé. « Coyote ? »
« Oui, Maître », marmonna Coyote.
« Emmène-la et fais-lui prendre un bain », donna comme instruction Aizen. « Et, pourquoi pas, trouve du parfum. L'odeur de sa mort me retourne l'estomac… Les vampires sont vraiment répugnants. »
« Pourquoi avez-vous voulu attaquer ce Maître ? », demanda Coyote en inspectant le corps inerte de Rukia. « Pourquoi avez-vous emmené ces vampires avec vous ? »
« Je me sens d'humeur généreuse aujourd'hui », dit Aizen. « Alors je vais répondre à l'une de tes questions. Je veux voir ce que Wabisuke va faire ensuite. »
« Vous n'êtes par ami avec d'autres Maîtres ? », questionna Coyote.
Aizen mordit le cou de Coyote, laissant une empreinte sanglante. « Bien sur que non. »
Partie XXV : Fin
(1)NdT : il s'agit du grand fleuve du pays d'origine des Maîtres (cf chap. 24)
