Bonjour bonjour les enfants !

Alors, voilà le deal.

J'ai mis plus de temps que prévu pour écrire ce chapitre, mais rassurez-vous ! Les deux suivants sont déjà en cours d'écriture, et, à moins d'imprévus majeurs, je ne mettrai pas six mois pour les sortir ! Allez, tout le monde croise les petits doigts (oui oui, même ceux des pieds) pour que je reste déterminé à écrire cette histoire.

Encore un chapitre riche en émotions et en question. Bonne lecture !


Chapitre 25 (Dahlia)

"The most dangerous people are those who have nothing left to lose"

Une fois Ellie et Joel partis, un silence gênant s'installa. D'un côté, Piers, Ada et moi, et de l'autre, David et Liam. Je ne pouvais m'empêcher de regarder le petit Liam, près de David, qui fuyait soigneusement mon regard. J'avoue que ça m'a intriguée, mais je ne savais pas quoi en penser, pour de vrai. Ni même comment j'étais censée réagir.

David, lui, attendais tranquillement en évitant aussi mon regard. Piers regardait ailleurs, et Ada regardait Piers. Cependant, elle capta mon regard, et m'envoya une expression que je ne compris pas. Une sorte d'amusement dissimulé, comme si elle lisait dans mes pensées et qu'elle se moquait de moi.

Ada se tourna ensuite soudain vers l'entrée du garage, ayant apparemment entendu quelque chose. Je me suis retournée aussi, avant d'entendre les bruits caractéristiques de Clickers, juste à l'entrée. Je sortis mon arme, et Piers, Ada et David firent de même, David se mettant devant Liam dans un geste protecteur qui m'aurait émue dans d'autres circonstances.

-Vous attendiez de la visite, David ? demanda Ada.

-Non, soupira David. Ils ne sont pas les bienvenus.

-Il ne faudra pas me le dire deux fois, grimaça Piers.

Mais au final, personne ne fit rien, car un camion arriva en trombe et écrasa les quelques monstres qui venaient vers nous. Ada fit un petit sourire.

-Pile à l'heure, monsieur Morris, lança-t-elle en baissant son arme.

Un type avec une brosse blonde et une grosse mitraillette sortit de la camionnette, et, après avoir ricané devant Ada, je pense que personne n'a pu rater le regard plein d'étonnement qu'il a lancé à Piers.

-Lieutenant Nivans, bégaya-t-il. Vous êtes vraiment…

-Vivant ? Défiguré ? Amputé ? tenta Piers, moitié amusé moitié triste. Il semblerait.

-Euh, oui, tout ça, dit Morris, gêné, en se frottant nerveusement l'arrière de la nuque. En tous cas, on est prêts à partir, miss Wong, ajouta-t-il à l'intention d'Ada. Qui monte où ?

-Je peux prendre trois personnes avec moi dans la voiture, proposa David. Liam ?

-Bien sûr, opina ce dernier.

-Je veux bien faire l'arrière garde dans le camion, déclarai-je. Je suis armée pour.

Je fis un geste avec mon gros fusil, que Piers avait bien voulu me laisser temporairement, et tout le monde sembla d'accord avec mon argument apparent. Mais en réalité, je ne sus trop ce qui était la plus fort entre mon envie de ne pas monter dans un véhicule avec David, ou de rester dans un camion plus sécurisé avec un conducteur plus compétent. En plus, le dit conducteur, qu'il soit Ada ou ce Morris, ne m'inspirait aucune confiance, donc être avec l'un et pouvoir surveiller l'autre était aussi une perspective rassurante pour moi.

-Donc Ada et Piers monteront à l'arrière ? conclut David.

-Apparemment, répondit Ada, d'un ton détaché qui semblait habituel. Comme Trevor voudra rester aux commandes de son bolide.

-Bah oui, déclara le dit Trevor d'un ton qui sous entendait que c'était évident.

-Allez, grimpez, demanda le chef de groupe. On a de la route à faire, et on doit arriver avant la fin de la semaine.

Tout le monde opina, pour ainsi dire, et, alors que j'allais vers le camion, et qu'Ada et Liam montaient dans la voiture, Piers resta planté près de la voiture, comme regardant quelque chose. David vint le voir, et, de l'autre côté du camion, Trevor Morris était lui aussi intrigué.

-Il y a un problème ? demanda David.

-Ce pneu est crevé, dit simplement Piers.

-Quoi ?

David posa un genou à terre pour regarder, et je ne pus m'empêcher de me rapprocher, aussi, alors que Liam et Ada ressortaient aussi de la voiture. En effet, le pneu était bien crevé. La vision de sniper de Piers avait beau être divisée en deux, elle était toujours aussi efficace. David alla chercher la roue de secours en grommelant, et j'aurais juré qu'Ada avait ricané. Moi, je réfléchissais.

Ce genre de négligence ne ressemblait pas à David. Surtout pas après le temps qu'il a passé, avec James, pour planifier ce transfert. Quelque chose ne tournait pas rond. La voiture a été sabotée. Mais par qui ?

-Personne n'est venu ici depuis que vous êtes là ? demandai-je à Liam et David.

-Non, répondit Liam en premier. Enfin, nous sommes arrivés en premier, et…

-Et le garage est sécurisé, compléta David, en installant le cric. Si quelqu'un était entré avant nous, je l'aurais su.

Piers s'approcha et s'accroupit, proposant son aide boiteuse à David, qui refusa poliment. Piers se releva donc, restant pas loin, des fois que. David enleva la roue, et moi, je regardai ailleurs. Trevor restait à côté de son camion, comme sur les starting blocks, et Ada suivait ce qui se passait comme une surveillante de collège, toujours avec ce qui ressemblait à un sourire en coin. Un rien l'amusait, elle, apparemment. Liam, quant à lui, était concentré sur l'office de David, aussi. Il y a un moment où il m'a regardé, très rapidement, mais il a vite détourné le regard quand il a vu que je le regardais.

Allons, ma pauvre Dahlia, c'était évident.

Personne n'était entré avant, et personne n'était entré depuis que tout le monde était attentif, après le départ de Joel et Ellie. Eux, bien sûr, étaient restés à distance pendant toute leur conversation avec Liam, et, pendant qu'ils parlaient, personne d'autre n'a bougé. Puis Trevor est arrivé, juste après les infectés, et n'avait jamais approché de la voiture non plus.

Il y a juste ce moment, très rapide, où, alors que tout le monde se mettait en position pour accueillir les infectés, j'ai perdu Liam de vue. Il était donc le principal, et seul à vrai dire, suspect. Avant même de me demander si tout le monde avait eu ce raisonnement – bien que j'en doute – je me suis demandé pourquoi il avait fait ça. Et je ne vis qu'une seule explication plausible.

Il ne voulait pas partir. Ou du moins, il voulait retarder notre départ. Et je n'eus pas trop de mal à deviner pourquoi.

Pendant que David changeait le pneu, j'évitai soigneusement le regard de Liam, et j'allai voir Trevor, qui était appuyé sur son camion, un peu à l'écart. Il regardait la scène d'un air curieux, et me regarda arriver avec une expression similaire.

-Vous voulez quelque chose ? me demanda-t-il avant même que je n'ouvre la bouche.

-Pas spécialement, admis-je en haussant les épaules. Juste faire causette, si vous le permettez. Rien de trop personnel, en théorie.

-Ah ? Eh bien on aura tout le temps dans le camion, mais je vous écoute.

Je regardai Piers, qui regardait David en train de changer la roue, puis Liam, qui faisait les cents pas, et Ada, qui supervisait le tout d'un air assez dur à cerner.

-Vous avez connu Piers dans l'armée, donc ? demandai-je, alors que ce n'était pas vraiment une question.

-C'est ça. Avant les incidents de Lanshang, se rappela rapidement Trevor. Vous avez entendu parler de ça ?

-Evidemment. Une arme biologique qui a presque ravagé la Chine. Et qui a été suivie par l'épidémie des Cordyceps. Tu parles d'une année de merde, ajoutai-je avec un rire sans joie.

-C'est l'euphémisme du siècle, mademoiselle Green, dit Trevor en poussant un gros soupir. Et vous ? Comment avez-vous connu le lieutenant ?

-Ça remonte à loin, me rappelai-je rapidement. On a fait nos classes ensemble, entre 2006 et 2010. Il est entré dans le BSAA, et je suis entré dans les Forces Spéciales.

Trevor opina, sans rien ajouter, puis je le vis regarder l'arrière de son camion, très rapidement, presque nerveusement. J'ai regardé dans la même direction que lui, et il a suivi mon regard, se demandant probablement pourquoi je regardai dans la même direction que lui. Mais son expression ne trahissait rien. Encore une fois.

-Il y a un problème ? ne pus-je m'empêcher de lui demander.

-Non, du tout.

-Il y a quoi à l'arrière de votre camion ?

Sans attendre la réponse, je me suis dirigé vers la remorque, et Trevor me suivit, après avoir tapé deux fois sur la carlingue. J'ai ouvert la double porte, et j'ai vu une quantité de provisions conséquentes. Ce qui était logique, sachant que David a dit que le voyage serait long. Trevor ferma la porte, et m'invita à aller le rejoindre à l'avant, alors que David déclarait qu'il avait fini de remplacer le pneu. Au même moment, j'ai entendu Trevor taper trois fois sur son camion.

Liam monta ensuite à côté de David, en me lançant un regard que je n'ai pas compris, et Ada et Piers montèrent à l'arrière de la bagnole. Moi, je suis montée à côté de Trevor, qui commençait à allumer le moteur, installant confortablement mon fusil entre nous deux. Je regardai autour de moi, alors qu'on démarrait. Dans le cockpit du camion – j'ai carrément oublié le vrai nom de cet endroit – il y avait plein de photos, en haut du pare-brise et sur les côtés, sur les portes. La plupart du temps, c'étaient des photos de militaires, pris en photo en groupe avec Trevor au centre. Sur deux d'entre elles, j'ai même vu Piers plus jeune, d'ailleurs, qui avait un air sérieux. Comme à l'époque où je l'ai connu. Il y en avait même une, apparemment plus récente, où il prenait la pose à côté d'une Ada inexpressive. C'était assez amusant.

Mais deux photos en particulier étaient différentes. C'étaient celles qui était juste en face de Trevor, sur le pare-brise, donc logiquement celles qu'il regardait le plus. Une où il était clairement plus jeune – en tous cas il en avait l'air, sans son début de barbe – et à côté d'une femme rousse à l'air sérieux, néanmoins arborant un demi-sourire, qu'il tenait par la taille. L'autre, datant de la même époque, je dirais, où il était en compagnie d'un jeune homme, avec des cheveux noirs courts, juste derrière, qui le ceinturait par la taille et lui faisait un bisou sur la joue. Même sur la photo, le sourire et la légère teinte rose de l'expression de Trevor me faisait chaud au cœur.

Puis je l'ai regardé, conduisant, l'expression sérieuse, concentré sur la route. Il était évident que c'était deux personnes qu'il aimait beaucoup, ou qu'il avait beaucoup aimé, pour qu'il veuille toujours les avoir sous les yeux. Mais évidemment, je n'allais pas lui demander de qui il s'agissait. Ça ne me regardait en rien.

-Je vous vois en train de mater, Dahlia.

Je me suis retournée vers lui, il regardait encore la route. Il devait avoir une excellente vue périphérique, ou alors m'a juste regardée quand je regardai ailleurs.

-C'est pour ainsi dire droit sous notre nez, Trevor, lui expliquai-je plus tôt. En plus, je suis habituée à regarder tous les détails de mon environnement tout le temps, formation de sniper.

-Si vous saviez le nombre de fois que j'ai entendu cette explication, dit-il d'un ton amusé. C'était quasiment un argument d'autorité du lieutenant Nivans, quand on le voyait en train de nous scanner. Même le capitaine n'osait rien dire, au bout d'un moment.

-C'est vrai que Piers a toujours eu des prédispositions pour commander.

-Son aura d'alpha était moins forte que celle du capitaine Redfield, par contre. Cet homme inspirait le respect avant même d'ouvrir la bouche.

Le ton de Trevor était à la fois plein d'admiration, évidemment, mais aussi de nostalgie. Je me suis mise à regarder de nouveau les photos, et j'en ai trouvé une avec Piers dessus, où il était à côté d'un homme d'âge mûr qui regardait ce qui se passait comme un père veille sur ses enfants. Certainement le dit capitaine.

-Mais tout le monde voyait que le lieutenant était son préféré, reprit Trevor. Ils se disputaient parfois comme un vieux couple, et c'était souvent le lieutenant qui gagnait. C'était comme regarder une sitcom. C'était le bon temps.

-Moi aussi, j'ai de bons souvenirs dans les Forces Spéciales, continuai-je naturellement. Avec mes sœurs, on était les seules filles du service pendant très longtemps, mais les mecs sur place ont vite compris à quoi s'en tenir. On s'est beaucoup amusées à les tyranniser. Surtout…

J'ai presque avalé de travers. Mes yeux m'ont un peu piqué d'un coup.

-Surtout Rosie, réussis-je à finir. Combien de fois Daisy et moi on a dû aller l'aider car elle avait provoqué toute l'unité à elle toute seule.

-Je suis désolé, Dahlia.

-Moi aussi.

J'ai commencé à regarder par la fenêtre, pour m'essuyer les yeux du revers de ma manche. Ce qui fit que je ne vis pas quand Trevor m'attrapa l'autre main, et la serra, gentiment mais fermement. Je me suis retournée vers lui, pour le coup. Il m'offrait un sourire que je n'aurai aucun mal à qualifier de triste, avant de reprendre sa main et de regarder de nouveau la route. J'ai reniflé un bon coup, puis, alors que je regardai encore les photos qui étaient devant lui, j'ai cru entendre quelqu'un d'autre renifler. Mais ça ne venait pas de devant. Ça venait de derrière.