Et le voici enfin, LE chapitre, accompagné de mes remerciements les plus sincères.

Merci pour votre patience, votre présence, votre soutien. Vous êtes tous merveilleux. De plus, je tiens à préciser que j'ai été ravie de voir des pseudos jusqu'ici inconnus dans mes reviews, je suis contente de voir que vous venez faire un petit coucou même si d'habitude vous ne dites rien. Et merci bien sûr à ceux qui ont toujours un mot gentil, je vous aime tous très fort.

Pour finir, je tiens à remercier JunkieWoman. Tes encouragements signifient bien davantage pour moi que tu ne pourrais le croire. Merci de tout coeur.

Bonne lecture à tous !

Disclaimer : Les personnages et l'univers de la série appartiennent à Edward Kitsis et Adam Horowitz.


And I keep trying to figure out who you are to me
But maybe all that we were meant to be
Is beautifully unfinished
Cause you're the one that I can't lose
You're the one that I can't win
Cause every time I'm with you
Somehow I forget to breathe
Beautifully unfinished - Ella Henderson


Chapitre 24 : La vérité

4 novembre 2011

Cette fois, il était trop tard pour faire demi-tour.

Regina prit une grande inspiration, luttant pour réprimer la panique qui montait peu à peu en elle. Les mots d'Emma résonnaient sans fin dans son esprit, des mots dont elle avait rêvé, des mots dont elle avait encore du mal à croire qu'elle les avait finalement entendus. Elle n'était plus la seule à se battre, la seule à faire des efforts, la seule à tenter de tout arranger. C'était ce qu'elle avait voulu, ce qu'elle avait espéré, alors elle ne pouvait plus se dérober. Le moment était venu, le moment qu'elle attendait depuis dix ans, et elle était enfin prête à y faire face. Dissimulant de son mieux l'angoisse qu'elle éprouvait, Regina se glissa dans le salon, déposant sur la table basse les deux tasses de chocolat chaud qu'elle venait de préparer. Emma la remercia poliment mais évita soigneusement son regard, préférant fixer son attention sur le feu, qui brûlait dans la cheminée un peu plus loin. Elle semblait nerveuse, elle aussi, comme si elle ne savait pas vraiment où se mettre, et elle ne cessait de se tordre les mains, sans même sembler s'en apercevoir.

Regina s'installa sur le canapé, de l'autre côté de la table basse, et porta sa tasse à ses lèvres pour se donner une contenance. Emma l'imita peu après, probablement pour les mêmes raisons, et fronça les sourcils après avoir bu une gorgée.

- De la cannelle ? s'étonna-t-elle. Je pensais que tu aurais oublié ce détail.

Regina ne répondit pas, se contentant de sourire avec une tendresse non dissimulée. Elle se remémora leur premier baiser, et le goût de la cannelle sur les lèvres d'Emma lorsqu'elle l'avait embrassée, et songea qu'elle n'aurait jamais pu oublier « ce détail ». Elle ne dit rien à ce sujet, cependant, préférant réfléchir à la meilleure façon d'amener la conversation là où elle le désirait. Son angoisse perdait peu à peu en intensité, fort heureusement, lui permettant d'affronter la situation plus sereinement. Elle se détendait progressivement, constatant avec un mélange de joie et de surprise que la présence d'Emma avait toujours le pouvoir de ramener en elle un sentiment de paix. Et c'était le cas même à cet instant, alors que tout s'apprêtait à basculer. Elle ressentait exactement la même émotion que ce soir-là, sur le toit, dix ans plus tôt. Et soudain c'était presque comme si rien n'avait jamais changé...

- Tu vis ici toute seule ? s'enquit Emma.

Regina se retint de sourire à nouveau, tentée de voir davantage derrière cette simple question. Elle savait que tirer des conclusions hâtives pourrait éventuellement lui coûter cher, les faux espoirs étant horriblement destructeurs, mais elle se sentait si bien qu'elle préféra ne même pas s'en soucier, se contentant de savourer pleinement l'instant présent.

- Oui, confirma-t-elle.

Elle se garda bien d'ajouter qu'elle était célibataire et que son cœur était libre et prêt à aimer à nouveau, souhaitant certes clarifier les choses mais sans pour autant montrer à Emma à quel point elle était seule et désespérée de la voir lui revenir un jour. Il lui restait un peu de fierté, après tout, et elle ne souhaitait pas trop en dévoiler pour le moment, préférant savoir où Emma en était de son côté avant d'en dire davantage sur elle-même. Le silence s'attardant, Regina s'éclaircit la gorge, puis elle prit son courage à deux mains et se lança.

- J'ai quelque chose à te confier, commença-t-elle. Quelque chose que j'aurais dû te dire il y a longtemps.

- Je t'écoute.

Emma s'était redressée, chacun de ses mouvements dévoilant une sorte de raideur, comme si elle se crispait à la simple idée de la conversation qui allait suivre. Elle semblait désirer être n'importe où ailleurs plutôt qu'ici, mais elle ne cherchait pas pour autant un prétexte pour s'enfuir, ce qui rassura Regina. Elles étaient enfin prêtes à se parler pour de vrai.

- Je t'ai menti, avoua-t-elle. Il y a dix ans, lorsque je t'ai quittée.

- Je sais. Enfin, tu n'as pas vraiment menti, tu as seulement oublié de préciser que la fameuse opportunité à ne pas manquer à New-York était un mariage avec Léopold. J'imagine que tu ne voyais pas pourquoi j'aurais dû en être informée.

Regina retint un soupir de découragement. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'Emma lui facilite la tâche, mais la haine qui vibrait dans sa voix la touchait au plus profond d'elle-même, et elle n'était pas certaine de pouvoir le supporter très longtemps. Mais elle ne voulait pas que cette conversation tourne à la dispute, comme l'avait fait la précédente, et s'il fallait pour cela qu'elle se montre plus patiente et conciliante, alors elle était disposée à le faire.

- J'aurais dû t'en parler, reconnut-elle. Mais la situation était plus compliquée qu'elle n'y paraissait.

Emma se départit de son air méfiant, une lueur de surprise dans le regard. Elle sembla hésiter un instant, la bouche entrouverte et les sourcils froncés, puis elle soupira et répondit d'un ton las :

- Toute cette histoire de mariage avait un rapport avec ta mère, je suppose ?

- Oui, admit Regina. Tu le savais ?

- Je m'en doutais, disons. C'était plutôt facile à deviner.

Emma se passa une main dans la nuque, manifestement embarrassée. Elle n'était plus autant sur ses gardes qu'au début de la conversation, mais une certaine prudence était malgré tout visible dans ses yeux, prouvant qu'elle n'était pas encore disposée à laisser le bénéfice du doute à son ex petite-amie.

- Qu'est-ce que tu essayes de me dire ? demanda-t-elle froidement. Que ta mère a décidé pour toi et que tu l'as laissée faire ? Parce que tu m'en as parlé comme étant ton choix, il y a dix ans.

- Je t'ai menti, répéta Regina. Tout ce que j'ai pu te dire au moment où je t'ai quittée était un mensonge. Ma mère a bel et bien décidé à ma place, et je l'ai effectivement laissée faire, mais ce n'était pas par faiblesse, parce que j'étais incapable de m'opposer à elle ou parce que je m'intéressais à Léopold et avait envie de l'épouser. Je n'en avais rien à faire de lui, de son argent, de Yale et de New-York.

- Et c'est pourtant pour ça que tu as tout quitté.

Emma avait répondu sur un ton buté, aussi têtue que d'ordinaire. Elle choisissait visiblement de se raccrocher à ce qu'elle considérait comme étant des certitudes depuis maintenant dix ans. Sentant qu'elle allait encore devoir lutter, Regina rassembla tout son courage et avoua :

- Je n'avais pas envie de tout quitter. Je n'avais pas envie de te quitter.

- Je ne te crois pas, soupira Emma. Si tu n'avais pas eu envie de le faire, tu ne l'aurais pas fait, point final.

Elle secoua la tête, refusant de se laisser convaincre. La méfiance était de retour, ainsi qu'une certaine colère, encore sous-jacente mais bel et bien présente malgré tout.

- C'est pourtant ce qui est arrivé, rétorqua Regina. Emma, s'il te plait...

Elle avait pris un ton implorant, désespérant de parvenir à se faire entendre. Elle ne supportait vraiment plus toute cette prudence, toute cette distance, tous ces non-dits qui la hantaient depuis bien trop longtemps. Sans réfléchir, elle se leva, décidant qu'il était temps de parler plus franchement. Elle contourna la table basse et s'assit à côté d'Emma, qui eut un mouvement de recul involontaire, probablement surprise par son comportement. Ignorant sa réaction, Regina prit ses mains dans les siennes, tout en plongeant dans son regard pour la supplier silencieusement de l'écouter.

- Je n'avais pas envie de te quitter, répéta-t-elle. Mais j'y ai été forcée, parce que ma mère a compris que tu comptais pour moi, elle a compris que tu étais ma faiblesse. Alors elle a exploité cette faiblesse pour me forcer à faire tout ce qu'elle voulait, et cela signifiait que je devais épouser Léopold, que je le veuille ou non. Mais ça n'a jamais été mon choix.

Emma secoua la tête à nouveau, avec moins de vigueur néanmoins, comme si elle commençait à y croire malgré elle. Ses mains tremblaient, et elle semblait très tourmentée, plongée dans une incertitude qui lui était visiblement insupportable.

- Mais qu'est-ce que ça veut dire ? s'énerva-t-elle, son incompréhension se manifestant à travers un sursaut de colère. Comment ça elle a exploité cette faiblesse pour te forcer à faire ce qu'elle voulait ? Tu aurais pu refuser, si tu ne t'intéressais pas à Léopold et à ce qu'il avait à t'offrir, tu n'étais pas obligée de...

- Elle a menacé de s'en prendre à toi, révéla Regina. Ou plus précisément, elle a menacé de contacter les services sociaux de façon à ce que ta mère adoptive perde ta garde. A partir du moment où elle savait qu'elle pouvait t'utiliser contre moi, elle aurait été prête à te blesser de n'importe quelle façon, tant que cela me poussait à devoir lui obéir pour te protéger.

Emma se figea, la respiration coupée par le choc de cette annonce. Elle ferma les yeux, lèvres pincées, et sembla livrer un combat intérieur violent, qui s'acheva lorsqu'elle recula brusquement, retirant ses mains de celles qui les retenaient.

- Non...

Sa voix n'avait été qu'un murmure, à travers lequel perçait l'écho de sanglots contenus. Regina la contemplait en silence, n'osant plus faire le moindre geste. Elle aurait tant voulu être dans sa tête, connaître ses pensées, pouvoir l'aider à y voir plus clair. Elle aurait tant voulu savoir ce qu'elle ressentait...

- Non, répéta Emma, avec plus de force. Non, c'est n'importe quoi ! Si ta mère avait fait une chose pareille, si elle avait menacé de s'en prendre à ma famille, tu me l'aurais dit. Tu me l'aurais forcément dit. Tu ne m'aurais pas laissé croire que je n'étais pas assez bien pour toi, que tu préférais épouser Léopold, que c'était ta décision et non celle de ta mère. Tu n'aurais pas choisi de me briser le cœur si tu avais pu l'éviter, pas si j'avais compté pour toi. Tu n'aurais pas fait ça...

Regina ne lui répondit pas. Elle se contenta de la regarder fixement, des larmes plein les yeux, sachant que son silence valait tous les aveux.

- Tu l'as fait.

Emma avait prononcé ces mots sur un ton atterré, comme si elle n'arrivait pas à le croire. Elle croisa les bras sur son ventre, le corps tremblant et l'air abasourdi. Regina tenta de la prendre par le bras, désirant la réconforter de tout son cœur, mais Emma se dégagea aussitôt, levant sur elle un regard chargé de colère et d'une sorte de supplication muette.

- Pourquoi ? demanda-t-elle. Pourquoi tu ne m'as pas dit la vérité au moment de me quitter ? Pourquoi tu ne m'as pas dit la vérité à n'importe quel moment, au cours de ces dix dernières années ? Pourquoi tu as laissé ta mère gâcher ce que nous avions si je comptais pour toi, pourquoi ?

Il y avait tant de désespoir dans cette question, et Emma semblait si désemparée que Regina se sentit soudain infiniment coupable, accablée par le sentiment de s'être trompée, d'être l'unique responsable de toute cette situation. Mais elle n'avait rien demandé de tout cela, elle avait enduré chaque seconde de ce calvaire qui durait depuis dix ans, et il était temps pour elle de se justifier, qu'elle se sente ou non le droit de le faire, parce qu'elle se le devait à elle-même, et qu'elle le devait à Emma.

- Je ne pouvais pas te demander de choisir entre moi et ta famille ! se défendit-elle. Qu'est-ce que j'étais supposée faire ? J'étais dans une impasse, et je savais que tu allais souffrir, mais il n'y avait aucun moyen de l'éviter ! Il valait mieux que tu me perdes, moi, plutôt que ta famille...

- Je crois que c'était à moi d'en décider.

- Et quelle décision tu aurais bien pu prendre, Emma ? Tu ne m'aurais pas choisie, et nous en serions au même point aujourd'hui...

Ces mots n'avaient pas été faciles à prononcer, et c'est en luttant contre la panique que Regina attendit une réponse, ne se sentant pas davantage prête à l'entendre aujourd'hui qu'elle ne l'avait été dix ans plus tôt.

- On aurait trouvé une solution ! s'exclama Emma, s'emportant brusquement. On aurait trouvé une solution ensemble et rien de tout cela ne serait arrivé !

- Il n'y avait pas de solution. Qu'est-ce que tu crois ? Ce n'est pas une décision que j'ai prise à la légère ! Tu me connaissais depuis tout juste deux mois, et il aurait fallu que je te demande de tout sacrifier pour moi ? Je ne pouvais pas faire ça...

- J'avais le droit de savoir, Regina. Comment est-ce que tu as pu me cacher une chose pareille ? Me regarder droit dans les yeux et me dire que tu n'avais pas envie de te battre pour nous, que c'était terminé ? Est-ce que tu as la moindre idée d'à quel point ça m'a fait mal, est-ce que tu sais seulement dans quel état tu m'as laissé ?

- Emma...

- Pourquoi, mais pourquoi ? Épouser un homme que tu connaissais à peine et qui avait deux fois ton âge, quitter la ville dans laquelle tu avais grandi et perdre tous tes amis, c'était plus facile que de me dire la vérité ? Me perdre, c'était plus facile que de me dire la vérité ?

Emma se leva d'un bond, le souffle court et les joues trempées de larmes. Ses derniers mots résonnaient encore aux oreilles de Regina, qui se leva à son tour, le cœur en mille morceaux.

- Tu ne m'aurais pas choisie.

Elle avait prononcé cette phrase dans un sanglot, dévoilant toutes ses craintes et son insécurité à travers cette déclaration désespérée. Elle se tenait là, vulnérable et fragile, prête à accepter la réponse qui ne tarderait pas à venir, et qui ne manquerait pas de la briser irrémédiablement.

- Tu ne m'aurais pas choisie, répéta-t-elle. Tu m'aurais quittée si moi je ne l'avais pas fait, et je n'aurais pas eu mon mot à dire, parce que je ne pouvais pas te demander de renoncer à ta famille pour moi.

Emma ferma les yeux, les mains nouées dans sa nuque, et prit une grande inspiration comme si elle s'apprêtait à dire quelque chose. Puis elle secoua la tête encore une fois, abandonnant visiblement, et marcha d'un pas vif en direction de la sortie. Regina la regarda partir sans trouver la force de la retenir, se sentant totalement impuissante face à cette situation. Elle ne parvenait tout simplement pas à réagir, figée dans l'attente de cette réponse qui ne venait pas, de cette réponse qui ne viendrait peut-être jamais...

Emma s'immobilisa soudain, debout devant la porte ouverte qui menait dans le hall. Elle fit volte-face, les poings serrés, une expression d'authentique souffrance sur le visage. Sa bouche se tordit en une sorte de sourire triste, et c'est d'une voix brisée qu'elle déclara :

- Je t'aurais choisie.

Elle partit, l'écho de ses pas s'éloignant peu à peu, jusqu'à ce que la porte d'entrée ne se referme derrière elle dans un claquement. Ce bruit ramena Regina à la réalité, et elle se laissa tomber sur le canapé, ses jambes ne semblant soudain plus supporter son poids. Elle resta ainsi un long moment, écoutant son cœur battre partout dans son corps, regardant distraitement la tasse de chocolat chaud à peine entamée qui était posée devant elle. Les derniers mots d'Emma résonnaient à l'infini dans son esprit, et elle ne doutait pas un instant de sa sincérité, l'ayant vue dans son regard et entendue dans sa voix. Elle réalisait soudain qu'elle avait laissé la peur gagner, qu'elle n'avait pas suffisamment cru en l'amour que lui portait Emma, qu'elle avait renoncé à un bonheur pour lequel elle aurait dû se battre davantage. Elle avait tout gâché.

Se sentant sombrer dans le désespoir, Regina tenta de se reprendre, luttant contre la culpabilité qui la dévorait. Certaines souffrances auraient certes été évitées, si elle avait pris une décision différente, mais d'autres les auraient sans doute remplacées, et rien ne prouvait que cela aurait été préférable. Personne ne pouvait dire de quoi l'avenir aurait été fait dans d'autres circonstances, et y penser n'avait aucun intérêt, puisque le mal était fait. Regina savait qu'elle avait fait de son mieux compte tenu de la situation, et elle ne regrettait pas une seule seconde le sacrifice auquel elle avait consenti, sachant qu'elle l'avait fait par amour pour Emma bien plus que par peur d'être rejetée.

La vérité aurait sans doute fait une différence bien avant si elle avait eu le courage de la confier, mais ce qui était véritablement important à ses yeux était la différence qu'elle faisait maintenant, à cet instant précis. Car c'était cette vérité qui avait poussée Emma à prononcer ces mots tant espérés, tant attendus. Ces mots qui faisaient naître une douce chaleur dans le cœur de Regina, faisant fondre la prison de glace dans laquelle elle avait gardé ses sentiments enfermés bien trop longtemps.

Elle n'avait plus si mal, soudain.

Portée par un nouvel espoir, Regina leva les yeux vers la porte que son ex petite-amie venait de franchir, prête à se lever pour se lancer à sa poursuite. Mais une petite voix raisonnable dans sa tête se chargea de lui rappeler qu'Emma avait été bouleversée par ses aveux, et elle comprit qu'il était dans son intérêt de lui laisser un peu de temps pour digérer toutes ces révélations. Elle attendrait donc qu'elle revienne vers elle, ou bien céderait au désir de la revoir et irait à sa rencontre, mais elle avait fait tout ce qu'elle pouvait faire pour le moment. Une soudaine fatigue l'ayant envahie, Regina s'étendit sur le canapé, fermant les yeux et respirant un peu plus librement. Ses pensées revinrent se fixer sur Emma, ses derniers mots résonnant une nouvelle fois dans sa mémoire.

Je t'aurais choisie.

Et, soudain, cela semblait être assez pour faire face à n'importe quelle souffrance.

OoO

Emma s'appuya contre la portière de sa voiture, s'efforçant sans grand succès de reprendre son souffle. Elle n'arrivait pas à se remettre de ses émotions, son cœur battant aussi fort qu'au moment où Regina lui avait dit toute la vérité, le choc qu'elle avait éprouvé à cet instant refusant toujours de se dissiper. C'était presque toute sa vie qu'elle remettait en question, ses certitudes ayant volé en éclats sans qu'elle ne puisse rien y faire, et elle ne se sentait plus avoir aucun contrôle ni sur les évènements, ni sur ce qu'elle ressentait. Luttant pour retrouver son calme, Emma se détacha de la coccinelle jaune, marchant d'un pas incertain en direction du Granny's. Elle poussa la porte avec la sensation que rien de ce qui l'entourait n'était réel, tellement confuse et troublée qu'elle ne se sentait plus du tout ancrée dans la réalité. Lorsqu'elle aperçut Ruby assise sur un tabouret, son tablier de serveuse posé sur le comptoir et ses mains pianotant sur le clavier de son téléphone, la normalité de la scène lui parut totalement incongrue. Son monde venait de s'écrouler, et pourtant c'était comme si rien n'avait changé, car elle était la seule à être en être affectée. Car tout avait bel et bien changé, elle le savait, elle le sentait au plus profond d'elle-même. Rien ne serait plus jamais pareil.

- Tu savais ? demanda-t-elle.

Elle reconnut à peine sa propre voix, qui lui parut bien plus rauque que d'habitude, comme si elle avait passé des heures et des heures à pleurer. Ce qui n'était pas totalement impossible, après tout. Elle ne savait même pas comment elle avait retrouvé son chemin jusqu'au Granny's, ni combien de temps cela lui avait pris. Elle ne s'était jamais sentie aussi perdue de toute sa vie.

- Oui.

La réponse de Ruby n'avait pas tardé à venir. En une seconde, en un regard, elle avait compris.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit ?

- Ce n'était pas à moi de le faire.

Emma prit une grande inspiration, peinant toujours à retrouver son souffle. Puis elle fit volte-face, quittant le Granny's sans rien ajouter, ayant besoin d'air de toute urgence. Une fois dans la rue, elle marcha au hasard, frissonnant dans le froid de cette nuit de novembre. Elle ne s'arrêta qu'au bout d'un long, très long moment, n'ayant plus aucune idée d'où elle se trouvait. Elle s'appuya contre la façade d'un bâtiment, les yeux rivés sur le ciel étoilé, et tenta de remettre un peu d'ordre dans ses pensées.

Une nouvelle bouffée de colère l'envahit, et elle se laissa lentement glisser au sol, nouant ses mains à l'arrière de son crâne.

Si seulement...
Si seulement Regina lui avait laissé une chance de sauver leur histoire. Si elle avait osé lui dire la vérité, si elle lui avait ouvert son cœur, si elle lui avait fait confiance... Alors tout aurait été différent. Elle aurait pu la garder, elle n'aurait pas eu à la perdre, elles auraient pu être ensemble ! Il n'y aurait pas eu de cœur brisé, de solitude et de désillusions. Il n'y aurait pas eu Neal, le vol des montres, les onze mois de détention, et cette fuite en avant qui avait constitué toute sa vie jusqu'à présent. Tout cela n'était qu'un immense gâchis ! Elle aurait été prête à tout pour Regina, comment ne l'avait-elle pas vu, pourquoi n'y avait-elle pas cru ? Si seulement...

Emma se mit à pleurer. De vrais sanglots, qui agitaient tout son corps, pour la première fois depuis une éternité. Elle pleura pour tout ce qu'elle avait manqué, pour tout ce qu'elle ne pourrait jamais rattraper, pour tout ce qu'elle avait désiré et qui lui avait été refusé. Elle pleura pour Regina, longtemps, jusqu'à ce qu'enfin son chagrin s'apaise. Là, elle expira lentement, la majeure partie de sa colère s'étant dissipée. Elle commença à réaliser à quel point ses questionnements étaient inutiles, consciente qu'elle ne pouvait pas savoir comment l'histoire se serait déroulée si Regina lui avait dit la vérité. Mais une chose était certaine : il n'y aurait pas eu Henry. Et, pour lui, elle ne regrettait rien. Elle se l'était dit longtemps auparavant, et c'était toujours vrai aujourd'hui. Se concentrant sur cette idée, elle parvint à reprendre le contrôle de ses émotions, du moins suffisamment pour se remettre à réfléchir plus calmement. Elle revit soudain Regina debout au milieu de son salon, des larmes plein les yeux, et quelque chose se brisa tout au fond d'elle.

Regina l'avait aimée.
Elle l'avait véritablement aimée. Bien plus qu'elle n'aurait jamais pu le soupçonner. Elle avait tout sacrifié pour elle, elle avait renoncé à sa liberté, elle avait accepté de se soumettre aux ordres déments de sa mère, pour la protéger, par amour pour elle.

Emma sentit la culpabilité l'envahir, si intense qu'elle eut la sensation qu'elle n'allait plus jamais pouvoir se défaire de ce sentiment. Elle n'avait rien vu, elle n'avait rien compris. Elle se souvenait maintenant des larmes de Regina, alors que celle-ci l'étreignait une dernière fois, sur la terrasse du Jolly Roger. Elle se souvenait de son regard torturé, et de la supplication désespérée dans sa voix, au moment où elle l'avait quittée. Elle n'avait pas vu à quel point elle souffrait, elle n'avait pas compris que c'était tout simplement parce qu'elle l'aimait. Parce qu'elle ne voulait pas la quitter, comme elle l'avait dit ce soir-là. Emma pouvait encore entendre sa voix, lorsqu'elle le lui avait avoué, et elle en était bouleversée. Regina s'était sacrifiée pour elle, et de son côté, qu'avait-elle fait ? Elle l'avait rejetée, elle avait osé affirmer que leur histoire n'avait pas compté, et voilà que pour ne rien arranger elle s'était enfuie au moment où elle lui ouvrait finalement son cœur...

Emma se releva d'un bond. Il fallait qu'elle voie Regina, qu'elle lui parle, qu'elles aillent au bout de cette conversation. Elle ne supportait pas l'idée de l'avoir laissée ainsi, après avoir été cruelle au point de la blâmer pour tout ce qui était arrivé. Qu'est-ce qu'elle avait pu être stupide ! Que croyait-elle avoir fait mieux que Regina ? Elle n'avait pas davantage cru en elle, elle ne lui avait pas davantage fait confiance. Et elle ne l'avait pas protégée, contrairement à elle, elle avait été trop occupée à se soucier de sa propre souffrance pour réaliser que la femme qu'elle aimait avait besoin d'elle. Elle l'avait laissée seule pour affronter les manigances de sa mère et le mariage arrangé qui lui avait été imposé, elle l'avait laissée seule et elle avait cru en sa trahison, en oubliant tout ce qu'elle savait à son sujet. Non, elle ne lui avait pas fait confiance...

Emma s'arrêta brusquement. Elle marchait depuis plusieurs minutes, tâchant de retrouver son chemin jusqu'au Granny's, et venait d'arriver au coin d'une rue, face à la silhouette familière de la tour de l'horloge. Elle s'aperçut soudain qu'il était affreusement tard et qu'elle ne pouvait pas tout simplement débarquer chez Regina, qui était sûrement endormie depuis longtemps. Résignée, elle remit leur conversation au lendemain, puis se dirigea d'un pas lourd vers le Granny's, épuisée par cette soirée riche en émotions. Elle n'avait plus la force de réfléchir, et se contenta donc de rejoindre l'hôtel, de monter les marches qui menaient jusqu'à sa chambre et de se laisser tomber sur son lit, vaincue par la fatigue. Sa dernière pensée fut pour Regina, et pour les larmes qui brillaient dans ses yeux à l'instant où elle était partie. Le cœur lourd, Emma se promit de tout arranger dès le lendemain. Elle le lui devait bien.

OoO

5 novembre 2011

Emma était au bureau du Shérif, où David lui avait donné rendez-vous, souhaitant discuter avec elle de l'organisation de la semaine suivante. Elle ne regrettait pas d'avoir accepté ce travail, qui lui correspondait de bien des façons, mais elle n'était pas vraiment ravie d'être ici aujourd'hui. Elle attendait son supérieur depuis plus d'une demi-heure, n'ayant reçu de lui qu'un message l'informant qu'il avait été retardé par un appel concernant un chien qui s'était perdu, et qu'il pensait retrouver rapidement. Mais les minutes passaient et Emma commençait à se demander si elle ne devrait pas aller rejoindre David, tout simplement, puisque rester ici à ne rien faire était en train de la rendre folle. Elle jouait aux fléchettes pour passer le temps – il y avait une cible accrochée à un tableau, et elle en comprenait tout l'intérêt maintenant – lorsque ses pensées dérivèrent tout naturellement jusqu'à Regina.

Elle mourrait d'envie de la voir, de lui parler. Elle avait d'ailleurs eu la ferme intention de le faire, et serait déjà sur le pas de sa porte si David ne l'avait pas appelée. Poussant un soupir de frustration, elle lança sa dernière fléchette, qui s'écrasa misérablement sur le sol. A cet instant, ses prières furent entendues, et Regina apparut dans l'embrasure de la porte du bureau du Shérif, un air hésitant sur le visage. Emma se redressa, la regardant avec surprise, brusquement intimidée. Elle lui fit malgré tout signe d'entrer, sans pour autant avancer dans sa direction, restant appuyée contre son bureau. La veille encore, elle s'était sentie proche de Regina, pour la première fois depuis qu'elle était à Storybrooke. Elle avait eu la sensation de la comprendre à nouveau, d'avoir retrouvé la femme qu'elle avait connue dix ans plus tôt, la femme dont elle était tombée amoureuse. Mais tout semblait différent maintenant. Elle redevenait la femme qu'elle ne connaissait plus.

Et elle ne souhaitait rien de plus que de se sentir proche d'elle à nouveau.

- Bonjour, la salua Emma, un peu mal à l'aise. Comment tu as su que j'étais là ?

- Je suis passée au Granny's, répondit Regina, tout en s'appuyant sur le bureau face à elle. Ruby m'a dit que je te trouverais ici.

- Je vois. Écoute, à propos d'hier soir...

Emma se pinça les lèvres, hésitant à livrer le fond de sa pensée. Elle se sentait encore tellement stupide d'avoir réagi de cette façon...

- Je suis désolée d'être partie comme ça, termina-t-elle. C'était seulement... C'était beaucoup à encaisser d'un coup, tu comprends ?

- Je comprends.

Regina ne fit pas un geste pour s'approcher d'elle, mais son regard était à nouveau d'une incroyable intensité. Emma glissa les mains dans les poches de son jean, se sentant nerveuse et embarrassée. Mais c'était à elle de faire le premier pas cette fois-ci, et elle le savait, alors elle prit sur elle et déclara :

- Je crois qu'il faut qu'on en parle.

- Demande-moi ce que tu veux. Je te promets de te répondre sincèrement. Plus de secrets entre nous, d'accord ?

- D'accord. Ça me va.

Emma prit une profonde inspiration.

- Pourquoi ? demanda-t-elle, plus calmement qu'elle ne l'avait fait la veille. Pourquoi est-ce que tu ne m'as pas dit la vérité avant ? Je crois que j'ai compris pourquoi tu ne l'as pas fait sur l'instant, même si j'aurais préféré que ce soit le cas, mais je ne comprends toujours pas pourquoi tu n'as rien dit ensuite. Tu aurais pu le faire, quand ta mère a commencé à te laisser vivre ta vie – parce que je suppose qu'elle y a bien été obligée un jour ou l'autre – ou quand Léopold est mort, ou quand je suis arrivée à Storybrooke...

- J'ai cru que la vérité n'aurait plus d'importance pour toi. Que tu avais oublié, que tu étais passée à autre chose depuis tellement longtemps que ça ne ferait aucune différence que tu saches ou non.

- Plus d'importance? répéta Emma, d'un ton outré. Aucune différence ?

- Arrête, tu ne peux pas me blâmer pour ça. Tu m'as dit toi-même que ça n'avait pas compté ! Comment est-ce que j'étais supposée deviner que tu voudrais le savoir ?

- Ça aurait dû te sembler évident ! Ne serait-ce que nos souvenirs devraient te prouver à quel point tu comptais pour moi...

Emma secoua la tête, tentée de s'indigner encore devant cette honteuse justification, mais elle se surprit plutôt à avouer, les mots lui échappant avant qu'elle ne puisse les retenir :

- J'aurais fait n'importe quoi pour toi, Regina. N'importe quoi.

Sa voix était plus rauque que d'ordinaire, cette fois encore, chargée d'une émotion qu'elle pensait ne plus ressentir, mais qui était visiblement toujours présente. Elle baissa les yeux, gênée, et se maudit silencieusement d'avoir eu la bêtise de se confier si ouvertement. Mais elle n'avait pas pu s'en empêcher, parce qu'elle le pensait vraiment, et parce que c'était important. Parce que si Regina y avait cru, cela aurait pu tout changer...

- Alors oui, ça a une importance, reprit-elle avec agacement. Et oui, ça fait une différence ! Comment est-ce que tu as pu...

Emma s'interrompit brusquement. Regina venait de combler la distance qui les séparait pour la prendre dans ses bras. Elle la sentait qui la serrait contre elle de toutes ses forces. Elle respirait son parfum, là, dans le creux de son cou. Son cœur s'affola, battant si fort que Regina ne pouvait que l'entendre. Mais elle ne lui en fit pas la remarque, se contentant de passer une main dans ses cheveux et de murmurer :

- Je te demande pardon.

Sa voix se brisa. Sans réfléchir, Emma referma les bras sur elle. Comme par magie, elle se sentit complète à nouveau, pour la première fois depuis dix ans. Ce n'était pas arrivé depuis cette fameuse soirée au Jolly Roger, lorsque sa petite-amie l'avait étreinte une dernière fois. Lorsqu'elle lui avait dit adieu.

Emma plongea la tête dans le cou de Regina et se mit à pleurer silencieusement, priant pour qu'elle ne s'en aperçoive pas, même si ses épaules tremblaient et que sa détresse était probablement évidente. Mais soudain, c'était trop, et elle avait seulement envie de rester là pour toujours, de se laisser emporter par ces émotions qui l'envahissaient toutes à la fois. Elle sentit le souffle de Regina dans son cou, puis près de son oreille, et entendit sa voix qui s'élevait pour affirmer :

- Je n'ai jamais voulu te faire du mal.

Elle le lui avait déjà dit, sur le banc, près de la jetée. Mais, cette fois, Emma crut en ces mots. Sa colère s'était apaisée, disparaissant même totalement. Les blessures de son cœur semblaient en bonne voie de guérison, un miracle qu'elle avait toujours cru impossible. C'était tout ce qu'elle avait voulu et espéré toute sa vie, tout ce en quoi elle s'était interdit de croire, car elle avait été déçue, car elle avait souffert, car elle avait été trahie. Oui, mais... Mais elle ne l'avait en fait pas été. Et il ne lui fallait pas davantage que cela, que la main de Regina qui caressait son dos et ses bras qui l'entouraient, pour comprendre que si tout le monde recherchait le grand amour, c'était parce qu'il n'y avait rien de meilleur, rien de comparable.

- Tu m'aimais ?

Emma avait posé cette question dans un souffle, si bas qu'elle craignit un instant de ne pas avoir été entendue. Elle ne se sentait pas capable de le répéter s'il le fallait. Et puis, doucement, Regina se détacha de ses bras. Elle hésita à la retenir, sachant que rien ne pourrait la rassurer autant que son contact le faisait, mais la fâcheuse habitude qu'elle avait de dissimuler ses sentiments reprit le contrôle et elle ne fit pas un geste. Elles plongèrent dans le regard l'une de l'autre, si proches qu'elles respiraient le même air.

- Oui, Emma, répondit doucement Regina. Je t'aimais de tout mon cœur.

Emma ferma les yeux. Elle se revit dans cette maison de Beacon Hill, au beau milieu de la nuit, face au père de sa petite-amie qui lui demandait si elle aimait sa fille. Elle se souvenait de ce qu'elle avait répondu. « Je l'aime de tout mon cœur. » Elle se souvenait également de ce qu'Henry lui avait dit, et de la surprise teintée de joie qu'elle avait éprouvée en découvrant qu'il semblait persuadé que sa fille l'aimait en retour. Elle rouvrit les yeux. Alors tout était vrai. Regina l'avait aimée, elle aussi. Bien sûr, elle s'était sacrifiée pour elle, et cela aurait dû lui suffire, mais l'entendre de sa bouche... C'était ce dont elle avait vraiment besoin.

- Si seulement tu m'avais dit la vérité, murmura-t-elle. J'aurais trouvé une solution, j'aurais été prête à tout pour toi, je n'aurais pas renoncé. Et si ça avait signifié que je devais perdre ma famille, si ça avait été la seule chose à faire pour te garder... Je l'aurais fait, Regina. Comment est-ce que tu as pu penser le contraire ? Tu crois peut-être que j'aurais laissé ta mère te manipuler, te forcer à épouser Léopold ? Tu crois que je t'aurais sacrifiée pour sauver ma famille ?

Regina recula d'un pas, ce qui fut hélas suffisant pour briser la petite bulle d'intimité qui s'était formée autour d'elles. Puis elle déclara, d'une voix toujours inhabituellement douce :

- Je ne voulais pas que tu aies à perdre quoi que ce soit parce que tu avais eu le malheur de me rencontrer.

- C'est toi qui a perdu tout ce que tu avais parce que tu as eu le malheur de me rencontrer, fit remarquer Emma. Si je n'avais pas été là, ta mère n'aurait pas pu m'utiliser contre toi, tu n'aurais jamais eu à te marier avec quelqu'un que tu n'aimais pas, tu aurais été libre...

- Mais je n'aurais pas eu la chance de te connaître et de t'aimer, et ça valait bien tous les sacrifices. Je ne regrette rien. Tout ce que je voulais, c'était que tu sois heureuse, que tu n'aies pas à perdre ce que tu avais de plus cher...

- Je t'ai perdue, toi, murmura Emma. J'ai perdu ce que j'avais de plus cher...

Elle n'en revenait pas elle-même de l'honnêteté dont elle faisait preuve. Elle se sentait vulnérable à nouveau, mais après ce que Regina venait de lui dire, elle lui devait bien la vérité. Le souvenir des sentiments qu'elle avait éprouvé à son égard était si présent, à cet instant, qu'elle avait véritablement la sensation d'avoir retrouvé sa petite-amie, exactement comme avant.

- Tu ne m'as jamais vraiment perdue, affirma Regina.

Emma sentit une paix immense l'envahir, chassant toute la rancœur qu'elle avait pu ressentir au cours des dix dernières années. Elle se sentit plus légère, libérée d'un poids qu'elle ne savait même pas porter, et réalisa que l'amour ne l'avait pas déçue comme elle se l'était imaginé toutes ces années. Tous les merveilleux souvenirs qu'elle avait de Regina, et qui avaient été jusqu'ici gâchés par leur rupture douloureuse, redevenaient des moments de sa vie qu'elle pouvait chérir en toute sérénité, et qui se paraient même de couleurs nouvelles à la lumière de ces révélations.

Emma sourit à Regina, qui lui sourit en retour, et soudain ce fut comme si le monde s'était remis à tourner dans le bon sens, comme si tout était enfin à sa place, comme si tout irait bien à partir de maintenant, que rien ne pourrait plus jamais les blesser.

- Emma ? appela David, en passant la porte du bureau du Shérif. Désolé de t'avoir fait attendre...

Il s'immobilisa soudain, les sourcils froncés, probablement surpris de découvrir que son adjointe n'était pas seule. Emma essuya vivement les larmes qui avaient coulé sur ses joues, remarquant du coin de l'œil que Regina en faisait autant. Puis elle leva les yeux vers son supérieur, qui semblait avoir compris qu'il avait interrompu quelque chose, et répondit sans pouvoir s'empêcher de rougir :

- Ce n'est pas grave...

- Je devais y aller, de toute façon, déclara Regina.

Emma plongea dans son regard, craignant de ne pas y retrouver cette lueur qu'elle y avait aperçu une minute plus tôt, cette lueur qui lui disait que ça, ce lien tout nouveau et pourtant familier qui était en train de se créer entre elles, c'était important pour elle aussi. Il lui sembla que c'était bel et bien le cas, mais elle n'avait hélas aucun moyen d'en être sûre, car il ne s'agissait que d'une sensation, d'une émotion, sur laquelle elle ne mettait pas encore de mots, et qui n'avait bien sûr rien de concret. Et puis, Regina s'avança pour prendre sa main, la serrant très fort dans la sienne, son regard plus intense que jamais semblant voir à travers elle. Il lui fallait une preuve tangible ? Elle l'avait.

Son vœu s'était exaucé : elles étaient proches à nouveau. D'une façon totalement différente, certes, mais les mensonges et les non-dits avaient disparus, laissant place à quelque chose d'autre, de plus pur et plus beau. Tout avait changé, irrémédiablement. Et Emma ne savait pas comment exprimer cette immense gratitude qu'elle éprouvait envers Regina, pour lui avoir confié cette vérité qu'elle avait attendue pendant dix ans sans le savoir, et qui venait de lui redonner l'espoir d'une vie meilleure, dans laquelle aimer en valait la peine. Et c'était le plus beau cadeau qu'on lui ait jamais fait, cet espoir qui survenait à un moment où elle ne croyait plus en rien, cet espoir qui venait de tout bouleverser. Les aveux de Regina avaient changé sa vision de leur passé commun, des dix années durant lesquelles elles avaient été séparées, et de l'avenir tel qu'elle l'avait imaginé. Tout était différent.

Tout était mieux.

OoO

6 novembre 2011

- Il était temps ! s'exclama Zelena. J'ai cru que vous n'alliez jamais vous décider à parler une bonne fois pour toutes !

Regina leva les yeux au ciel, mimant l'exaspération, même si elle était en vérité plutôt d'accord avec sa sœur. Elle regrettait d'avoir autant tergiversé, maintenant que le moment qu'elle avait tant redouté était derrière elle, mais elle n'allait certainement pas le reconnaître...

- Et maintenant ? s'enquit Zelena, sa précédente affirmation n'attendant pas de réponse.

Elle poussa une pile de livres posés sur le comptoir de la bibliothèque et s'assit à la place qu'elle avait dégagée, adressant un regard interrogateur à sa cadette, qui rétorqua en haussant un sourcil :

- Et maintenant quoi ?

- Est-ce que tu comptes retenter ta chance ?

Regina hésita. La question se posait, de toute évidence, et pas seulement pour elle. Si elle était parfaitement honnête avec elle-même, elle était bien forcée d'admettre qu'elle en mourrait d'envie, mais elle n'était pas encore prête à s'engager sur cette voie dangereuse, consciente qu'elle ne savait pas du tout où elle mettait les pieds. Bien des choses avaient changées, en dix ans...

- Je ne sais même pas si Emma a quelqu'un dans sa vie, fit-elle remarquer.

- Oh, je t'en prie ! s'exclama Zelena, agacée. Même si c'était le cas, cette personne n'aurait aucune chance face à toi ! Tu t'es sacrifiée pour Emma, je te rappelle.

- Peut-être, mais cela ne me donne pas le moindre droit sur elle.

Belle, qui était en train de lire un roman, assise sur une chaise un peu plus loin, se redressa et intervint de sa voix douce :

- Peut-être que vous devriez prendre le temps de vous retrouver, de parler de ce qui vous est arrivé à l'une et à l'autre ces dix dernières années ? suggéra-t-elle.

Regina approuva d'un hochement de tête, réfléchissant déjà à comment elle allait s'y prendre. C'était ce qu'elle voulait, bien sûr, mais qu'en était-il d'Emma ? Avec elle, il était difficile d'être sûre de quoi que ce soit... Mais elle lui avait parlé avec sincérité, elle l'avait tenue dans ses bras, elle l'avait regardée avec tendresse à nouveau, et cela signifiait forcément quelque chose. A peine cette pensée s'était-elle formée de son esprit que Regina l'en chassa, craignant de se faire de faux espoirs. Elle venait seulement de retrouver Emma, et elle ne voulait rien précipiter, mais le désir d'être auprès d'elle était si fort qu'elle se savait incapable d'y résister très longtemps. Elle aurait donné n'importe quoi pour se perdre à nouveau dans ses yeux verts, pour sentir à nouveau ses bras qui l'entouraient, pour l'entendre à nouveau lui dire qu'elle était ce qu'elle avait de plus cher...

Regina était perdue dans ses rêveries lorsque soudain la porte de la bibliothèque s'ouvrit, dans un grincement qui la ramena à la réalité. Elle haussa les sourcils avec surprise en voyant apparaître Henry, qui la reconnut aussitôt et lui adressa le sourire le plus adorable du monde. Elle le lui retourna bien volontiers, et sentit son cœur s'arrêter lorsqu'elle vit Emma se glisser derrière son fils, haussant les sourcils à son tour en l'apercevant.

- Emma Swan ! s'exclama Zelena, soudain radieuse. J'ai bien cru que je n'allais jamais te croiser... Tu sais que tu me dois toujours un baiser ?

Regina leva les yeux au ciel à nouveau, ce qui lui arrivait souvent avec sa sœur, et remarqua du coin de l'œil que Belle avait levé la tête de son roman, un air soupçonneux sur le visage. Constatant qu'elle était contrariée, la rouquine s'empressa de la rassurer :

- Ne t'inquiètes pas, ce n'est qu'une vieille plaisanterie entre nous, assura-t-elle. Il ne s'est jamais rien passé entre Emma et moi. Une seule lesbienne dans tout ce fichu groupe, mais bien sûr elle était pour ma sœur !

Zelena adressa un clin d'œil à Regina, qui éprouva le soudain désir de la frapper. Détournant le regard pour ne pas céder à la tentation, elle découvrit qu'Henry avait froncé les sourcils, se demandant probablement ce que tout cela signifiait. Tournant la tête, elle plongea dans les yeux d'Emma, qui se pinça nerveusement les lèvres. Elles se détournèrent toutes les deux, gênées.

- Alors, commença Belle, en se levant pour accueillir ses visiteurs. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

Henry reporta aussitôt son attention sur elle, expliquant qu'il venait chercher un livre parce qu'il avait terminé celui qu'il avait emmené de New-York et qu'il s'ennuyait.

- Très bien, répondit Belle. Je devrais pouvoir te trouver quelque chose. Quels sont les genres qui te plaisent ?

- Les histoires avec des dragons, des chevaliers et de la magie.

- Je vois. Suis-moi, j'ai peut-être une idée...

Ils s'éloignèrent tous les deux, Belle saisissant Zelena par le bras pour la forcer à les accompagner au moment de passer devant elle, au grand soulagement de Regina, qui s'inquiétait de ce que son aînée était capable de dire devant certaines personnes qui n'avaient pas besoin de tout savoir. Un peu embarrassée, elle se tourna vers Emma, et fut surprise de découvrir qu'elle souriait avec amusement.

- Qu'est-ce qui te fait rire comme ça ? s'enquit-elle.

- Rien. J'avais seulement oublié à quel point ta sœur pouvait être... exubérante.

- J'aurais plutôt dit insupportable, mais ton adjectif convient aussi.

Elles échangèrent un sourire, puis Regina plongea les mains dans les poches de sa veste – constatant à cette occasion qu'elle avait adopté les habitudes d'Emma lorsqu'elle était gênée – et s'éclaircit la gorge pour se donner le temps de trouver quelque chose à dire.

- Alors, commença-t-elle. Les vacances scolaires sont terminées. Est-ce que tu comptes rentrer à New-York ?

C'était peu probable, mais elle préférait en être sûre.

- Non, répondit Emma. Je crois que je vais rester ici quelques temps. J'en ai envie, et Henry en a envie aussi, alors il n'y a pas de raisons que nous repartions... En fait, j'ai seulement un peu peur que changer d'école en cours d'année ne soit perturbant pour lui. C'est déjà arrivé par le passé, mais j'espérais justement ne pas avoir à lui imposer ça de nouveau. Même s'il s'adapte remarquablement bien quelle que soit la situation...

- Je suis sûre que tout ira bien pour lui. Si tu l'inscris à l'école ici, Mary-Margaret sera son institutrice, et je suis certaine qu'elle fera en sorte qu'il s'intègre sans problèmes. Tu devrais peut-être passer la voir, demain matin, avec Henry ?

Emma sembla hésiter, ne sachant probablement pas trop quoi ressentir au sujet de Mary-Margaret, qui était tout de même la fille de Léopold. Comprenant sa réticence, Regina prit son ton le plus convaincant pour déclarer :

- Mary-Margaret est vraiment quelqu'un de bien. Elle est très gentille et compréhensive, et je suis sûre qu'elle sera ravie de t'aider.

- Bon. Je vais suivre ton conseil, alors. Je passerais à l'école avec Henry demain matin, et on verra bien.

- D'accord. Et je me disais que... Qu'on pourrait peut-être... Déjeuner ensemble, demain à midi ?

Regina se mordit la lèvre, s'en voulant de ne pas avoir su afficher davantage d'assurance. A son grand soulagement, Emma lui sourit à nouveau, même si une lueur de surprise persistait dans son regard.

- Eh bien, avec plaisir, mais... Pourquoi ?

Regina sourit à son tour, d'un sourire soudain un peu triste.

- Tu avais raison, l'autre jour, soupira-t-elle. On ne se connaît plus du tout, toi et moi, et honnêtement je le regrette. J'ai envie de te connaître à nouveau, Emma. De savoir qui tu es devenue, ce que tu as vécu. De passer du temps avec toi, tout simplement. Si tu es d'accord...

- Je suis d'accord.

Emma avait répondu dans un souffle, sans hésiter une seule seconde, et Regina était en train de se perdre dans son regard lorsque Zelena revint dans la pièce, brisant l'intensité de cet instant. Henry et Belle venaient à sa suite, discutant entre eux avec enthousiasme, et ils ne semblèrent rien remarquer de l'atmosphère étrange qui s'était installée en leur absence. Emma se rapprocha de son fils, lui demandant s'il avait trouvé ce qu'il souhaitait, et il brandit un grand livre de contes en guise de réponse. Belle enregistra son emprunt, puis elle se ravisa et lui dit qu'il pouvait garder l'ouvrage s'il le souhaitait. Surpris mais ravi, Henry la remercia chaleureusement.

- Vous n'êtes pas obligée de faire ça, fit remarquer Emma, un peu gênée.

- Ça me fait plaisir, assura Belle.

- Merci ! répéta Henry, en serrant son livre contre lui.

Zelena, qui avait repris sa place sur le comptoir, lui fit signe de venir la rejoindre, de façon à ce qu'elle puisse retirer l'étiquette disant que l'ouvrage appartenait à la bibliothèque de Storybrooke. Lorsque ce fut fait, elle se pencha sur le garçon, demandant d'un ton badin :

- Alors, dis-moi, Henry... Qui est ton papa ?

Belle fit les gros yeux à sa petite-amie et s'empressa d'intervenir, détournant la conversation en lui parlant d'un sujet d'article qu'elles avaient évoqué un peu plus tôt. Henry reporta son attention sur sa mère, levant son petit visage innocent vers elle, et lança :

- Maman ? C'est quoi une lesbienne ?

Voyant l'air surpris et légèrement paniqué d'Emma, Regina comprit que son intuition était juste et que, s'il y avait quelqu'un dans sa vie, il ne s'agissait pas d'une femme. Elle se promit de l'interroger à ce sujet dès qu'elle en aurait l'occasion, lorsqu'elles se seraient rapprochées et en viendraient aux confidences – ce qui devrait bien arriver à un moment ou un autre, du moins elle l'espérait. En attendant cet instant, elle se concentra sur la conversation, remarquant qu'Emma était extrêmement embarrassée. En l'entendant balbutier quelque chose de confus et d'inaudible, Regina fut saisie d'une soudaine envie de rire. Elle se pinça les lèvres mais ne put s'empêcher de pouffer, recevant en retour un regard assassin d'Emma, qui tenta de paraître fâchée mais abandonna rapidement, lui souriant comme si elle avait oublié tout ce qu'elle avait pu lui reprocher. Regina sourit à son tour, profondément heureuse de retrouver cette complicité, qui lui avait affreusement manqué.

Las d'être ignoré, Henry se tourna vers Zelena en quête d'une réponse. S'en apercevant, Emma adressa un regard suppliant à Belle, qui expliqua avant que sa petite-amie ne s'en mêle :

- Une lesbienne est une femme qui aime une autre femme.

- C'est possible, ça ?

Zelena entoura les épaules de Belle d'un bras, lui adressant un regard chargé de tendresse avant de reporter son attention sur Henry.

- Bien sûr, répondit-elle.

Le regard du garçon fit la navette entre les deux femmes, puis un sourire satisfait se forma sur son visage. Il semblait ravi d'avoir obtenu une réponse à sa question.

- Ah, lâcha-t-il. D'accord.

Emma prit une grande inspiration, puis elle annonça qu'il était temps de partir. Elle attendit patiemment son fils, celui-ci faisant le tour de la pièce pour remercier encore une fois Belle pour le livre qu'elle lui avait donné et pour saluer aimablement Regina, avant de finalement aller rejoindre sa mère. Celle-ci hésita un instant, la main posée sur la poignée de la porte. Elle se tourna vers la brune, plongeant une nouvelle fois dans son regard.

- A demain, alors ? demanda-t-elle.

- A demain, confirma Regina.

Zelena adressa un signe de la main à Emma et à son fils, un sourire radieux sur le visage.

- C'était un plaisir de vous voir, tous les deux ! lança-t-elle. Revenez quand vous voulez, j'ai encore plein de questions à vous poser ! Et aussi plein de questions auxquelles répondre, apparemment...

Regina articula silencieusement le mot « insupportable », et réprima un éclat de rire lorsqu'Emma lui répondit d'un clin d'œil complice. Henry souhaita une bonne journée à tout le monde, puis il suivit sa mère à l'extérieur, sautillant joyeusement derrière elle. La porte se referma dans un claquement et Regina s'appuya contre le comptoir, un air rêveur sur le visage. Elle ne s'énerva même pas contre le manque de subtilité de Zelena, étant de bien trop bonne humeur pour laisser la colère gâcher cela. Elle n'avait pas été aussi heureuse depuis très, très longtemps.


N'hésitez pas à donner votre avis, et on se retrouve dès que possible pour la suite ! A bientôt ;)