Chapitre 25 – Révélation

Ce fut dès l'émergence des premières ombres des ténèbres que les vampires sortirent de l'Empire Hotel après avoir dîné… Philippe Valoric les avait quittés rapidement dans la matinée pour se joindre aux policiers et aux pompiers autour de l'immeuble écrasé afin de les embrouiller sans en avoir trop l'air. Tout en se chargeant pour ce soir d'affréter une vedette pour se rendre sur l'île.

Mais tout cela pour Nines était bien long, trop long. Il en était à espérer qu'Adrian eût besoin de beaucoup de temps pour arriver à tuer l'enchanteresse sans se cramer les doigts. Et même s'ils savaient où ils se trouvaient, comment les repérer dans la ville même d'Avalon ??

Beckett lui, attira leur attention sur un détail dont il se souvenait soudainement. Lors du Rituel de l'Appel, à son achèvement Lia avait été projetée par la Tremere contre le mur. Mais brusquement en tombant elle avait tendu tous ses membres comme frappée d'un éclair avant de toucher le sol. Si le Rituel de l'Appel n'était pas celui de l'éveil d'Ecaterina, pourquoi s'était-elle ainsi tendue durant sa chute comme électrocutée ?

L'arrivée au port de Los Angeles se fit à 19h00. Le voyage prit une demi heure et au port d'Avalon ça commençait bien : l'endroit était désert mais couvert de neige et de glace. En prime on pouvait entendre les mouches voler. Jack descendit le premier après avoir tiré sur sa veste en jean élimé et remonté son jean. Le vieux Brujah n'était jamais décontenancé plus que ça.

Nines le suivit en replaçant à sa ceinture son desert eagle collant à sa hanche gauche contre son jean et camouflé sous les pans de sa chemise bleue et de sa veste en cuir. Passant une main dans ses cheveux hirsutes et dans sa petite barbe noire il considéra le port du regard. Le sol n'était q'une passerelle en planches de bois pratiquement pourrie où les plots d'amarrage poussaient comme des champignons couverts de mousse et où quelques pauvres bateaux de plaisir mouillaient dans une eau stagnante. Tiens, là-bas en se retournant : une bouteille de bière. A l'horizon il y avait quelques maisons ou plutôt des bungalows qui grimpaient les collines d'Avalon comme des lianes sur un muret effrité. Collines qui encerclaient la baie en réalité, un pic de granit à l'extrême est et un autre à l'ouest. Il y avait quelques arbres entre les maisons mais rien de formidable. On voyait surtout la plage de l'île truffée de grands bâtiments historiques aux architectures disparates à moitié pourris ou semblant abandonnés. Ca sentait tout de même la vie ici, seulement l'île Santa Catalina n'avait, depuis quelques années, plus l'argent pour entretenir les vieilles structures de ses vieux quartiers. Tout passait dans les nouvelles demeures à l'intérieur de l'île, dans les quartiers riches et nouveaux ainsi que dans les transports.

Le leader Anarch leva la tête légèrement et vit, vers les hauteurs des collines, une lumière battue par le vent marin. C'était la lueur d'une lampe à huile pendue à la corne de bois au-dessus de l'entrée d'une maison à l'architecture espagnole. Le Brujah voyait une petite ombre se profiler à la lueur de cette lampe sous le porche de la maison. Il se tourna vers ses trois compagnons, Jack le dépassa en serrant ses poings noirs pour fouiller du regard la nuit d'Avalon et de son port de baie désert. Beckett baissa les yeux sur lui en replaçant, de l'index droit, ses minuscules lunettes fumées, et marcha dans sa direction. Alors que Vlad à la haute stature camouflée par une longue redingote à pèlerine noire se confondant avec ses longs cheveux ondulés était en train de renifler l'air la tête levée vers le ciel.

Nines et Beckett marchèrent épaule à épaule en étant précédés ou suivis de Jack alors que Dracula faisait des apparitions sporadiques dans leur champ de vision. Ils devaient monter les collines car le vieux Brujah loup de mer les avaient informés qu'il y avait des HLM dans les collines. Croisant quelques gens dans les rues qui, à la lumières de lampadaires oranges et jaunes, leurs lançaient des regards hostiles tracés de noir dans ces rues sombres. Les magasins étaient ouverts sans être vraiment éclairés. Les salles de jeux et autres minis casinos crachaient des enseignes leurs lumières colorées en rouge et jaune dans un rythme étourdissant et remplissaient aussi les haut-parleurs de musiques de fête. Pauvres classiques viennois maltraités. L'ensemble donnait au quartier intermédiaire de la ville un caractère d'ascension infernale de bruit et de vertige. Sans doute pour perdre l'esprit du touriste afin que, lobotomisé par tout cela, il ne fasse plus attention à son porte-monnaie. D'ailleurs Beckett et Dracula semblaient très indisposés par ces couleurs agressives qui leurs sautaient aux yeux et par ces sons criards qui leur saignaient les tympans si bien que le Gangrel grogna entre ses dents comme une bête en cage. Le Tzimisce, lui, quand il marchait près d'eux se concentrait sur un point et un seul fixé de ses yeux verts et pointé par son nez aquilin : l'horizon étréci par les collines arrières.

Toutefois l'agitation démente des bâtisses de la grande artère autour de ces gens silencieux ou hurlant n'était pas suffisante pour affaiblir la garde des vampires. Ainsi Nines entraperçut dans une veine capillaire sur sa gauche un peu plus à l'avant, la même petite silhouette que tout à l'heure sur la plage. Quittant la ligne droite tracée par les autres il coupa et contourna légèrement en se mêlant dans la foule. Puis traversa la route partagée entre beaucoup de vélo et un peu de voitures sur un passage clouté encombré alors que le feu était au rouge. Remontant la rue d'un pas tranquille, il arriva à cette petite ruelle étroite et s'arrêta juste avant l'arête. Marchant plus prudemment il saisit son arme à feu en se rapprochant un peu plus du muret sur sa gauche, jetant ensuite un coup d'œil dans la ruelle il la vit vide. « Merde, » lâcha t-il en baissant les épaules mais fronçant les sourcils. Il s'engagea à l'intérieur en sortant son desert eagle de sa ceinture et le gardant contre sa cuisse. Trois pas, cinq pas, dix pas et un chat près d'un container à poubelle gris le fit se tendre comme un ressors ! Et se retourner en pointant son flingue dont le canon se pointa sur le torse de ce qui devait être un chasseur de vampires à la vue du katana qui avait failli emporter la tête du Brujah. Nines remonta le canon et tira une balle entre les deux yeux du gars qui s'écroula d'autorité raide mort. Béni par le calibre magnum 50AE du Saint desert eagle Ninesien. Amen et paix à son âme.

Nines se baissa sur le corps pour le fouiller rapidement avant qu'une bande d'insectes nuisibles que sont les mortels ne s'amassent pour profiter du spectacle d'un homme à la tête éclatée dont le cerveau se répandait sur le sol. Il prit le sabre et se cacha dos contre le mur derrière le container en étant accroupi. Un « pst ! » Lui fit lever la tête pour voir Beckett accroupi lui aussi sur le toit à dix mètres au-dessus du Brujah, lui faisant signe de la main de monter. L'Anarch hocha la tête et considéra le mur, les pierres étaient grossièrement taillées alors il usa de sa force vampirique pour grimper en quelques sauts, les mains prenant un appui rapide sur les pierres.

Une fois accroupi à côté du Gangrel il vit que celui-ci se tenait à trois mètres derrière un trio d'humains dont un tourné vers eux. Ils étaient aussi armés de sabres. « Ce sont aussi des chasseurs ? – Questionna l'Anarch en un chuchotis à l'oreille de Beckett qui pencha la tête vers lui.

-Je le pense, même s'il me semble évident qu'ils servent de bouclier à Adrian.

-Attends, on dirait qu'ils discutent… » Remarqua Nines avant de s'approcher en restant accroupi dans l'ombre, faisant très attention à ce que la neige couvrant le toit sous ses pieds ne crissa pas trop ainsi ne s'approcha t-il que très peu et suffisamment pour tendre l'oreille. Il se plaça à gauche, là où la vue sur les collines encerclant la ville n'était que ténèbres et il en profita.

Les chasseurs étaient bien trois mais il y avait en plus la silhouette qu'il avait remarquée et qui avait failli le perdre. C'était une jeune fille typée asiatique portant malgré ce froid rien de plus qu'une petite robe décolletée blanche d'été en mousseline. Elle avait de courts cheveux noirs aux reflets cramoisis qui encadraient un petit visage arborant de beaux yeux violets. Nines pensa immédiatement à une Kuei-jin. Elle s'adressait au chasseur le plus grand d'un ton chuchoté débordant d'importance pour une si petite personne. « J'ai vu Nines Rodriguez, il est accompagné de deux autres vampires, un blanc aux cheveux noirs et un noir américain dépenaillé comme un épouvantail… Tuez les ! »

Mais le chasseur aux dreadlocks brunes, emmitouflé dans un survêt bleu nuit et armé d'un shotgun se contenter d'hocher la tête à ses paroles.

« Faite vite ! Je veux que vous vous rendiez ensuite dans la maison abandonnée ayant un seul et unique étage et se trouvant dans les collines au Nord du centre. Il y aura là-bas un puissant vampire magicien qu'il vous faudra débarrasser ! »

Encore une fois le plus grand des trois chasseurs hocha docilement la tête, faisant penser à raison à Nines qu'il était sous domination mentale. Soudain la jeune fille s'évanouit et disparut en une seconde, laissant à la vue du chasseur et sortant lentement de l'ombre le vampire Vladislav plus silencieux que la mort. Le leader Brujah et le Gangrel indépendant se relevèrent immédiatement alors que Vladislav empalait déjà le grand chasseur de son bras transformé en épée de chair acérée. Dracula balança ensuite le corps par-dessus bord pour qu'il allât s'écraser au milieu des badauds et concentrer l'attention et les forces de l'ordre sur un bordel à la fois. Parce qu'il ne fallait pas que par quelques précautions de l'inconnue, une troupe de CRS armés débarque dans la maison alors qu'ils n'en sont pas encore sortis. Et si duel magique il devait y avoir, les mortels auraient l'esprit bien trop occupé par une mort atroce pour garder le souvenir d'une catastrophe…

Ainsi lorsque Vlad balança le corps dans le vide d'un mouvement du bras comme on se débarrasse d'une balle par-dessus l'épaule, Nines tirait dans la tête du second et dans le buffet du troisième. Achevé par une rotation de la nuque offerte par Beckett l'ayant saisit par la tête en face de lui.

Les cadavres, par la force vampirique multipliée par trois (ou 5) aidant, furent eux aussi balancés à proximité de bâtiments adjacents.

« Une maison au seul rez-de-chaussée au Nord ! – Déclara Nines avant de se placer sur le rebord du toit du bâtiment dans la direction indiquée – là-bas !! Bordel de merde !! Ce n'est pas une bicoque, c'est une saloperie de palace à la con ! – Jura t-il tout haut parce qu'en bas ça hurlait beaucoup plus !

-Dépêchez vous, Rodriguez au lieu de marmonner dans le vide ! – Répliqua Beckett avec mauvaise humeur en tirant le Brujah par l'épaule.

-Méfiez-vous de l'enfant que nous venons de voir, je crains qu'elle sois puissante, » prévint Dracula avant de se transformer en chauve-souris et de s'envoler en un battement furieux de ses ailes noires membraneuses.

Beckett se transforma en loup et suivit dans une course effrénée le Tzimisce en courant et sautant de toits en toits, suivi de près par Nines et Jack usant de leur célérité surnaturelle, contournant les cheminées et ne laissant presque aucune place au temps pour marquer leurs empruntes sur la neige.

Descendant des habitations, ils entrèrent de pleins pieds dans la végétation morte des collines blanchies. Autour d'eux moult arbres morts ou en sommeil, des oiseaux de mauvais augures crièrent à leurs oreilles en les sentant passer.

Dracula reprit brutalement forme humaine et tomba sur le dos dans la neige alors qu'il n'était qu'à un mètre de la maison. Beckett s'arrêta et renifla l'air de sa truffe grise, et les deux Brujah les rejoignant s'arrêtèrent. « Quoi, une gentille petite barrière pour nous enfermer dehors ? » Devina Jack en dardant sur la bâtisse lugubre un regard mortel de ses yeux plissés.

Nines se rapprocha, fronçant les sourcils et embrassant la maison coloniale à deux tours de son regard bleu. Cette demeure délabrée baignait dans une froide lumière bleutée en ayant pour toile de fond les nuages et la brume grise se découpant et l'enveloppant avec le concours d'une nuit noire transpercée par la lune. « On dirait une maison hantée, » murmura t-il en ajoutant en lui-même « et Lia a horreur des fantômes. » C'est alors qu'un hurlement déchira l'air comme le sifflement d'une lame perçant le vide. Un cri perçant de femme qui les fit tous sursauter et mena leurs cœurs aux bords de leurs lèvres en un hoquet commun.

Après un silence épouvanté Vlad se releva en ayant frappé la terre gelée du poing droit et rugissant un juron en roumain. « Si on tente de traverser le champ de force il le saura immédiatement et il la tuera s'il n'est pas en train de le faire ! » S'exclama t-il avec hargne en jetant violement son chapeau et sa canne dans le tapis blanc.

« N'a-t-il pas besoin de suivre un rite particulier ? »

Et pendant que Vlad et Beckett disputaient sur un hypothétique gain de temps involontairement offert par l'adversité Tremere, Nines pensa à un truc. Sa connaissance de la magie se résumait au fait que les mages étaient physiquement faibles mais mentalement forts, donc que leur magie se reposait sur le mental. Et le Brujah savait très bien que n'importe comment, un bon coup de poing envoie n'importe quel mental dans les choux. Le leader Anarch se rapprocha d'un Jack souriant déjà à demi pour la lueur impitoyable qui dansait dans le fond des yeux bleus de rapace du Californien. « Jack, si on fonce directement dans la barrière…

-En y allant avec Puissance, y'a des chances que notre Tremere se retrouve avec la plus GROSSE gueule de BOIS de toute sa vie et sa non-vie, ouais mon gars ! » Brailla Jack en posant les mains sur ses hanches pour rugir la conclusion d'un rire démoniaque en souriant de toutes ses dents noires de chiques. « Hey ! Beckett !! Dracula ! Montrez-nous vos muscles un peu qu'on vérifie que c'est pas du yaourt bulgare fermenté par ma grand-mère ! » Brailla t-il en frappant son poing droit contre sa paume gauche. Une lumière électrique courut entre ses doigts, sur ses avant-bras jusqu'à ses coudes.

Les deux intéressés clignèrent des yeux, Beckett sourit en coin et Vlad hocha la tête.

3

Dans la grande pièce vide et salle de ténèbres… Adrian était à la fenêtre, marmonnant probablement entre ses dents, mais le visage partagé entre amusement et fureur. Que se passait-il ? Je ne le savais pas.

Tout ce que je savais c'était la douleur, et encore ne savais-je pas laquelle des deux douleurs faisait le plus de mal : celle des mots ou celle d'un fer glacial autour de moi et de mes poignets ?

Les Fées naissaient et vivaient de l'imaginaire humain qu'elles nommaient le Songe, et le Songe était en désuétude, agressé par qui ou par quoi ? C'étaient tout ce qu'elles m'avaient enseigné sur leur nature : le Songe.

Oui, au Moyen-Âge il m'était normal d'apercevoir des fées, des licornes ou toutes autres créatures merveilleuses. Dans la forêt je vivais avec ma mère continuellement parmi ces créatures magiques car c'était notre place en tant que sages-femmes. La seule sagesse que nous possédions était la seule science dont nous ayons connaissance : la magie !

Ma mère Sonia avait toujours vécu et nourri le Songe, elle s'y était trouvé un époux.

Un époux aux préoccupations bien humaines.

Moi qui m'étais toujours crue humaine. Duquel des deux étais-je ? Ai-je été tout ce long inhumaine ? Qu'est-ce qu'une Fée qui n'en est pas une parce qu'elle vit comme une humaine ? Un rêve qui n'est pas ? Sinon un vide ?

Puisque le Rituel de la Roue de l'Infortune consistait en une répétition du passé, ai-je été tout ce long inhumaine ? Qu'est-ce qu'un vampire qui n'en est pas un parce qu'il vit comme un humain ?

Dans l'esprit des Hommes ? Dénué de substance propre…

Un vampire psychique ?

Pourquoi ?

Qui suis-je ?

Adrian hurla soudain, chacun son tour je pense, il tomba à genoux en se tenant la tête et en continuant de hurler. Je sentis dans l'air un changement radical : l'atmosphère était libérée d'une oppressante magie. Mais le Tremere se releva soudain aussi souple qu'un lion en se tournant furibond vers l'entrée de la pièce. Je me tordis le cou pour pouvoir le tendre et voir Nines saisir Adrian par les cheveux, coller le canon de son desert eagle sur son buste et tirer plusieurs coups le plus vite qu'il pût en arborant ce visage monstrueusement menaçant. Le torse d'Adrian explosa comme une boîte de bois qui répandait ses échardes sanguinolentes sur le sol crasseux dont la noirceur fut secouée d'un rouge vif égayant tout ça. Adrian s'écroula, plongé en Torpeur.

Mes yeux voyaient et s'écarquillaient de stupeur mais je ne savais plus ce qui était rêve et réalité autour de moi ni même en moi. Je reposai ma joue sur le sol, ça devait être l'effet mystérieux du fer : mon estomac et mon cœur morts se tordaient en moi comme des serpents agités de dernières convulsions. Pour que je voie Nines exploser la tronche de cet homme de cauchemar mais aussi arriver Beckett, Dracula et Jack… C'était que même post-mortem on subit les hallucinations par désordres gastriques. Adrian devait s'amuser à me torturer avec des illusions de sauvetage héroïque impromptu avec tout un arrivage d'hommes aimés dont celui bien-aimé. C'était bien du Tremere ça, ça profite, ça profite mais ça évite surtout de vous achever avec mansuétude.

Je les hais, ces mecs.

Si je ferme les yeux peut-être que je ne verrai pas ces conneries. On a beau être enchanteresse et savoir qu'on se foutait le doigt dans l'œil jusqu'à la clavicule, l'espoir fait… Mourir.

L'espoir fait mourir…

Tiens, l'étreinte d'incandescence glacée du fer se perdit. Mes mains étaient libres mais le contact d'une peau morte fit tout aussi mal que le fer. Je sentais mon âme s'agiter comme un papillon qu'on s'apprête à épingler sur une planche.

« NE LA TOUCHEZ SURTOUT PAS RODRIGUEZ !! » Se mit à gueuler Beckett comme un rustre, mais avec son accent anglais, c'était un rustre qui avait de la classe.

Comme je suis en train de me faire torturer par Adrian, autant commenter… Tiens d'ailleurs je voyais bien Beckett dire ça avec une pipe brandie dans une main et une loupe de l'autre. « Touchez pas au cadavre, on en a besoin pour l'autopsie ! »

« Et puis QUOI ENCORE ?! » Répliqua mon Brujah qui, j'en suis sûre devait être aussi enclin à sourire qu'un bulldog à imiter une de ces adorables boules de poils toutes gentilles qu'on appelle labrador. Comment ça 'et puis quoi encore ?' Si Rupert 'Beckett' Giles avait été croisé avec Monk… La question exclamée aurait été encore plus ridicule. Aha, à l'heure qu'il est, Adrian doit pleurer avec lui-même à l'écoute de mes idioties. Tu n'avais qu'à pas faire mouche et me faire miroiter un sauvetage de mon bien aimé seigneur… Je préfère en rire qu'en pleurer, quitte à mourir.

« Un… Un vampire est porteur de ce que les Fées appellent… Banalité. Et cette Banalité les tue ! Comme ce fer qu'il a mis autour d'elle et autour des poignets ! Le fer est le symbole de l'industrialisation pour les Fées, le moment où les Hommes ont commencé à plus réfléchir le monde qu'à l'imaginer ! – Commença à expliquer Beckett… Ah, alors c'est pour ça que le fer me rend si malade d'angoisse.

-Les Fées sont des êtres générant et se nourrissant du Glamour, et si la Banalité les envahit jusqu'à ruiner tout Glamour, qui sait ce que deviendra notre Toréador ? Peut-être plus rien d'autre qu'un légume sans aucune imagination, » ajouta Dracula avec plus de calme que les deux autres, ah mon prince... Tiens voilà pourquoi Adrian me disait que mes deux natures n'allaient que s'entredéchirer… Adrian a le profil même du méchant de base, dis donc : celui qui donne toutes les réponses aux gentils juste avant de se faire botter le cul par lesdits gentils très remontés.

Je suis malade… Je commence à me dire qu'Adrian pourrait se faire botter le cul.

« Alors, comment fait-on ?! » Demanda avec humeur Nines-du-rêve-tortionnaire-d'Adrian.

Hey, mais un personnage d'une illusion de torture est capable de poser une question aussi conne ?

Je fronçais les sourcils et ouvrit les yeux, j'étais sur le dos au sol et les mains le long du corps et je baissai les yeux pour voir Nines un genou à terre près de moi, tourné vers Dracula, Beckett et Jack. Et à leurs pieds un Adrian à la cervelle toute par terre ! Je fis des yeux ronds. Je n'avais rien rêvé du tout et un immense sourire se peignit sur mes lèvres !!

Je me levai et marchai vers le macchabée ensanglanté d'Adrian pas encore assez blessé pour la Mort Ultime. Ceci pour le saisir par ses longs cheveux. Je levai son visage au menton rouge de sang jusqu'au mien et souris. Passant les ongles à l'intérieur des orbites pour y chercher les yeux. Les observant au creux de ma main rouge, je jouai avec entre mes doigts un petit moment en les fixant tout en me tournant, et tirant le corps derrière moi. A la fenêtre je repensai à ce qu'il m'avait dit en regardant toujours les yeux, cette fois à la lueur de la lune.

Pourquoi ?

Qui suis-je maintenant ?

J'éclairai les globes oculaires un peu plus en tendant les doigts. Et les refermai brutalement sur eux, écrasant les yeux en les sentant exploser. Je rouvris ma main en la tendant vers la fenêtre, paume vers le bas, et dans mon ancienne langue natale qu'était le roumain, je fis s'animer le cadavre à l'instar de ses yeux dégoulinant de mes ongles. M'écartant de la fenêtre je lui laissai le champ libre en le suivant des yeux. La masse de chair rouge morte bava de la fenêtre jusqu'au vide. Je tournai la tête pour voir le cadavre écrasé au pied de ce qui semblait être une maison à un seul étage. Oh, flûte alors !

Relevant la tête vers la lune, j'agitai mes doigts rouges entre les rayons de lune pour les éclairer d'une lumière animée. Et le corps d'Adrian, Tremere de l'Elite, se prit d'un feu sélénite.

Je ne me tournai pas vers les autres. Mes jambes tremblaient. Les garces.

De gentilles mains se glissèrent malgré tout autour de mes épaules, je baissai les yeux sur elle et les reconnus. Je me retournai vers Nines pour cacher mon visage contre sa chemise ensanglantée et sa veste de cuir afin d'y ajouter de cette couleur vermeille en éclatant en sanglots. « Que suis-je ?! »

C'était moi qui criais comme ça à m'en perforer la gorge…

Qu'importe les risques que prît l'Anarch pour m'étreindre et lisser mes cheveux, le plus cruel était que ça ne m'apportait aucun réconfort.

5

2 janvier 2014, 20h30

De retour à la cité des anges, je fis toute une crise de nerfs délirante dont je crois les seuls mots raisonnables avaient été « manoir d'Hollywood » et « tranquille ». Ce fut donc dans ce manoir aux abords d'Hollywood que Nines m'emmena en moto, seul, parce que j'avais été prête à mordre les autres.

Une fois arrivés devant les marches, je sautai de la moto, sautai les marches et détalai au plus profond de la demeure. Me réfugiant dans la dernière chambre au fond du couloir nord, assise à même le sol sous la fenêtre aux voilages fantomatiques, les bras croisés sur les genoux et la tête enfouie entre eux. J'avais eu envie de vomir durant tout le voyage et là, dans cet endroit lugubre très inspirant, je me calmai petit à petit. Voilà, je savais maintenant pourquoi ce manoir m'avait tant plu ! Il était chargé de Glamour… On pouvait imaginer mille et un secrets entre ses murs.

Quelques minutes plus tard j'entendis le Brujah entrer brusquement dans la pièce et je l'entendis se figer. Il marcha vers moi et je sentis sa main se poser sur le haut de mon crâne. Je relevai la tête pour voir qu'il s'était accroupi en face de moi, l'air inquiet en fronçant les sourcils. Ce fut d'une voix caressante comme pour consoler un enfant qui vient de faire un cauchemar qu'il me demanda ce qu'Adrian m'avait raconté pour que j'en vienne à me demander qui j'étais.

Ma petite voix chercha à ne pas attirer l'attention des ténèbres qui inondaient la chambre pour répéter sagement tout ce que le Tremere m'avait révélé. Mon cœur me monta à la gorge et je me tins la tête entre les mains, qu'est-ce que je suis ? Toujours un outil des manipulations que ce soit féeriques ou vampiriques ?? Ma main frappa le mur à côté de moi et s'ouvrit presque lorsque le tranchant rencontra l'arête de bois d'un pied de meuble.

Un père qui avait été tellement déçu que sa fille n'eût pas été l'arme dont rêvait sa maison. Scathach ? Les guerriers sorciers ? Ne me faite pas rire ! Une fille qui tient à peine debout et lorsque c'est possible c'est grâce au surnaturel ! Alors la guerrière… Et quoi encore ?! Quel vampire ? Quelle sorcière ?! Où, qui, quand ?? Laquelle des deux était moi, quand avais-je été Ecaterina l'enchanteresse et non Celle qui va servir les intérêts ? Si je n'ai pas été humaine à l'époque, j'ai été quoi avant mon Etreinte ? « Est-ce que ça ne fait que se répéter aussi, maintenant, je suis toujours un outil lors d'un conflit comme je l'ai été ou le suis-je encore, je ne sais plus !

-Sans aucun doute oui – répondit-il en me regardant avec le sérieux du chef. Sa réponse me choqua et j'eus tellement l'âme transie que je sentis ses mains sur mes épaules qui les serraient presque à me faire mal.

-Pourquoi tu dis ça ? – Bafouillai-je, je n'étais capable que de bafouiller cela en sentant les larmes me monter aux yeux, je ne voulais pas de cette réponse !

-Mais tu ne supportes pas d'être seule, de toute façon, dans un monde ou dans un autre. Beckett, Vlad Tepes, Jack et moi sommes venus sans hésiter te délivrer. Tu ne peux pas penser que nos gestes ont été au profit d'un outil, » répliqua t-il en me dévisageant un peu plus et sans desserrer sa prise.

En effet Beckett et Vladislav n'avaient que faire du Jyhad. Jack fonçait quand il le voulait. Dire que je n'avais pas voulu croire en leur arrivée alors que quatre prestigieux vampires fonçaient dans la gueule d'un Tremere pour une idiote de Changelin vampire à moitié folle et corrompue. Christoff qui m'aimait tellement n'avait-il pas tenté de me tuer parce que j'étais pourrie ? Mais lui était comme Judas, il avait besoin d'un faire-valoir. « Manipulée encore alors – soufflai-je et je portai ma main droite sur mes lèvres en les pinçant pour ne pas pleurer. Ca m'allait bien de dire ça alors que j'avais moi-même manipulé Nines et Christoff en étant trop lâche pour en finir moi-même.

-Sois fière d'être du clan des meilleurs marionnettistes de ce monde, petite, tu t'es très bien débrouillée avec nous ! – Répondit Nines avec un certain courroux passionné dans la voix alors que le volume de sa voix grondait comme un orage qui me fit trembler. Et en même temps sourire de plaisir car c'était vrai que les hommes étaient facilement dirigeables. Mais Nines avait la fâcheuse habitude de deviner mes mouvements – Rappelle toi bien que la seule raison qui me fait courir après toi, Lia ou Ecaterina, m'en fous, c'est : je t'aime et je ne bougerai pas mes guêtres comme un aliéné autrement ! Compris ?

-Compris – Fis-je en baissant les yeux et en les relevant craintivement vers lui dont on ne voyait que les yeux bleus bordés de cils noirs sous les épais sourcils noirs. C'était idiot mais je frissonnai.

-Tu peux me foutre un poing dans la gueule, des baffes et m'attaquer avec ton sabre, me foutre la trouille si tu veux – continua le Brujah en élevant la voix, en roulant des yeux et agitant les mains déposées sur ses cuisses. Brutalement il baissa le ton – la seule chose que j'exige de toi c'est de m'obéir pour rester en vie ! Ton corps à moitié réduit en bouillie alors que tu es en Torpeur, une fois, c'est assez.

-Promis, prince – dis-je doucement, calmée et le regardant les yeux plissés en ayant la tête légèrement penchée de côté. Je me mis à genoux en face de lui et sans le quitter des yeux je posai mes bras sur ses épaules. Tout ceci ressemblait furieusement à un serment, et j'en avais besoin d'un en échange du mien – mais souviens toi que je suis jalouse, exclusive et possessive… » J'entremêlai mes doigts contre sa nuque en murmurant cela.

Nines noua ses bras autour de ma taille, me faisant me presser contre lui et pencher la tête en arrière pour le regarder dans les yeux alors qu'il baissait la sienne à cet effet. Il haussa un sourcil en me regardant. « Moi aussi.

-Alors je veux que tu n'aies dans les yeux personne d'autre que moi.

-Aussi longtemps que je vivrai et aussi longtemps que tu en feras pareil. Princesse. »

Je le regardai un moment, le dévisageai, plutôt, simplement histoire de faire de beaux rêves peuplés du visage de faucon du Brujah. Tiens, oui de faucon aussi. « J'aurais dû prendre un faucon, » fis-je à moi-même en parlant du pendentif. « Mais un loup aussi… » Mes journées ne sont remplies que de cauchemars… Et la nuit ne faisait que commencer. Je soupirai et enfouis mon nez glacé contre la pliure du cou de Nines. L'Anarch me frotta le dos et je le fis basculer sur le sien au sol.

« Où est Romuald ? – Me demanda t-il soudain.

-Dans la souffrance où il se complait, » répondis-je froidement et ce fut en haussant les épaules que je m'allongeai sur Nines, la joue contre son torse. J'avais besoin de repos, de repos et de retrouver cette facétie qui me faisait malicieusement confondre mon Brujah avec un matelas. Ca me rappelait il y a deux ans.

Christoff pouvait mourir. Je ne l'aimais plus.

J'avais tellement souffert de l'aimer sous un masque qu'il ne voyait pas.

Epilogue

Plus tard dans la nuit, il devait être environ une heure du matin et je m'étais reposée avec Nines à même le parquet poussiéreux du manoir, nous fîmes le tour de cette grande maison qui en vérité avait été une auberge. A mon grand soulagement il n'y avait ici aucun spectre malgré l'aspect lugubre de la bâtisse abandonnée. Etrangement Nines ne me posa pas de questions sur Christoff alors que représentant la Camarilla, on pouvait s'inquiéter que j'eusse fait quelque chose à Christoff pouvant irriter la principauté de San Francisco. Mais non, rien du tout.

C'est dans l'immense hall d'entrée et sous un lustre baroque poussiéreux que je me souvins brutalement du combat dans mon appartement. Je posai les mains sur ma tête en fixant devant moi pour passer les images devant mes yeux. J'avais pu tuer tous les Tremere sauf Adrian. La terre avait tremblé, j'avais usé de l'électricité pour foutre le feu et les pousser à commettre des erreurs tactiques dans la panique. Les meubles… L'air.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » Demanda l'Anarch qui m'avait dépassée et qui revint vers moi.

J'avais très sûrement tué Heather dans le feu… de l'action. Je secouai la tête. « Où est le corps d'Heather ? » Demandai-je très calmement, non pas que la mort de ma goule ne m'attristât point, mais je n'allais pas verser dans la culpabilité pour une fois. Depuis que je lui avais offert mon premier sang elle n'avait jamais voulu me quitter. C'était son destin par l'amour qui la liait à moi. Et pour qu'elle ne soit pas seule sans moi qui lui tenais lieu de famille, je voulais aller reconnaître son corps à la morgue et l'enterrer moi-même. Que ma petite Heather orpheline n'ait pas de pierre tombale à l'épitaphe insipide.

Malheureusement à la morgue, on nous dit que le corps n'avait pu être sauvé des flammes avant que celles-ci ne le réduisent en cendres. Il n'y avait donc rien restant d'Heather. J'en ressentis une profonde amertume d'autant que j'agaçai Nines pour qu'il me dise dans quel état ils l'avaient retrouvée lorsqu'il me narra leur course pour me retrouver. Je dus alors me résigner à allumer un cierge dans la cathédrale de Downtown en face de la Tour Anarch et murmurer quelques mots doux à Heather en espérant qu'elle les ait entendus. Rassurée aussi par ses dernières paroles que Nines m'a rapportées, quelque part malgré moi.

Puis il fallait arriver à faire classer l'affaire le plus vite possible et à acheter la vieille auberge. J'allais m'occuper de la police judiciaire pendant que Nines s'occupait de la police d'assurance.

Au centre de police de Downtown, je croisai Valoric toujours en parfait sosie de Dick Tracy à un point qui en devenait ridicule. Il m'aida à convaincre les policiers de vite oublier d'enquêter sur la destruction des Skyline Appartements sans s'étonner de mon allure misérable. Destruction absurde d'un mégot tombé par terre…

Et cela fait, je sortis du centre en regardant Valoric du coin de l'œil. Il n'avait pas arrêté de me fixer, j'allais finir par lui arracher les yeux et son sourire stupide. « Arrêtez de sourire comme un crétin, on ne dirait pas que vous êtes inspecteur ! » Grognai-je en plongeant mes mains dans mes poches et marchant dans l'ombre ténébreuse des bâtiments plongés dans la nuit, me dirigeant vers le Last Round.

« J'ai appris énormément de choses sur ce monde, grâce à vous notamment, même si l'envie de vous gifler pour m'avoir laissé comme un con dans un endroit délabré me démange ! – Me dit-il avec un sourire léger et un ton de voix roucoulant qui me fit rouler des yeux.

-Grand bien vous fasse, Valoric, gentil petit toutou de vampires. Vous voulez un os ? – Ricanai-je, amusée par sa perversion qui faisait de cet homme un outil conscient de nuisance envers les mortels. Tout à mon inverse – ou peut-être voulez-vous mon sang ? » Questionnai-je avec un sourire narquois en relevant les yeux sur l'Hispanique qui avait la même expression que moi. Railleur. Constatant cela, l'idée d'en faire ma goule en remplacement d'Heather me sembla couler de source : il était comme un miroir à ma corruption manipulable. C'était un humain à l'esprit de vampire. Ni humain, ni vampire. Prenait-il attention à la vie des mortels lorsqu'il se battait ? Moi pas… Je crois. Mais lui sûrement.

« C'est si gentiment proposé, fascinante sorcière… » Répliqua t-il en passant une main sous ses boucles noires. Il se baissa légèrement en passant son autre bras autour de mes épaules tout en marchant, m'attirant d'autorité contre son côté. Ce qui me fit sourire un peu plus, cette hardiesse arrogante qui le faisait jouer avec le feu.

« Alors soyez le chevalier blanc, et moi la sorcière noire. Vous m'obéirez de toutes manières en tous points, Philippe Valoric. Dussé-je vous demander de vous jeter du haut d'un pont, vous le ferez, » dis-je, la fin n'étant là qu'à titre de provocation servie avec un sourire doucereux. A laquelle il répondit par un grincement des dents et un petit rire sous cape.

Je l'attirai dans une ruelle près du Last Round, m'asseyant après un léger saut sur une table de camping poisseuse à la lumière d'un bidon enflammé que les clodos avaient pour le moment abandonné. Une fois assise, les jambes pendantes dans le vide, je découvris ma gorge et y traçai une petite estafilade à l'emplacement de la carotide. Tendant ensuite le cou pour que l'Hispanique y bût. Je l'observai en ayant la tête penchée de côté, mes cheveux blonds me barraient une partie du visage. Mais je voyais le sien à moitié plongé dans des ténèbres multicolores alors que l'autre voyait son expression jubilatoire renforcée par la lumière dansante des flammes.

Il m'observa un moment puis s'approcha finalement avec un sourire en coin qu'il cherchait à moitié à dissimuler. Sa main gauche passa dans mes cheveux or et sang, pendant sur le côté, et se posa sur ma joue. L'autre main retira son chapeau qu'elle posa sur la table avant de caresser ma gorge, filer sur mon épaule puis se poser sur ma taille alors qu'il se penchait et déposait ses lèvres sur ma gorge et sa plaie rouge.

Je n'avais aucune idée de l'effet de mon sang. Je ne savais plus lequel j'avais. Du sang de Toréador ou d'Enfant de Fée ? Ou les deux réunis ? Beckett m'avait donné à boire du sang de Fée pour me tirer de ma Torpeur… Et ensuite ? Un long et puissant frisson secoua la stature du détective latino-américain, sa main chaude sur ma joue me réconfortait là où l'étreinte glacée de Nines avait échoué à le faire. Je soupirai tout en ayant conscience des coulées de mon mystérieux sang allant de mon corps à celui du mortel. L'Extase le prenait et je le laissai boire beaucoup plus que nécessaire rien que pour le voir et le sentir trembler.

Pourquoi l'embrassade avec mon seigneur ne m'avait-elle apporté aucun réconfort alors que, tel un prince accompagné de ses chevaliers, il m'avait sauvée ? Mais faire le tour de l'auberge sous couvert des ténèbres avait été si apaisant en sa compagnie.

Lassée de Valoric et de ses tremblements je finis par le repousser, il tituba en respirant à pleins poumons, et la bouche comme le menton étaient rouges et noirs. Il avait dans ses yeux chatoyant le trouble d'ivresse des mortels enchaînés en esclaves à leurs suzerains par le premier des trois sangs. Et des junkies à leurs drogues. Je croisai les jambes et tendis les bras, mains à plat derrière moi. L'observant à travers mes paupières mi closes.

De sorcière à chevalier envoûté, j'allais me voir à travers lui comme la méchante reine à son miroir. « Miroir, ô mon miroir… » Soufflai-je avant de partir dans un rire soudain qui ricocha contre les murs de briques. Sautant du haut de la table, je mis le chapeau de Philippe sur ma tête et plongeai les mains dans les poches de mon manteau de laine noire en sifflant et sautillant sur le chemin du Last Round.

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Au-dessus du Last Round, alors que la neige tombait à gros flocons furieux, sur le toit miaulait une jeune chatte blanche portant le doux nom de Trudy. Celle-ci se mit sur les pattes arrières et se transforma en une jeune femme au visage ovale, à la peau blanche de lys, aux longs cheveux noir de jais lisses de soie et aux grands yeux ronds couleur de cendres. Elle avait un petit nez en trompette et des lèvres fines toujours rieuses, un front haut et un petit menton volontaire. Elle disparut soudain lorsque Lia entra dans le Last Round après avoir monté les petites marches et elle réapparut appuyée dos contre le mur à droite de la porte verte. Elle portait un jean noir à moitié troué ou déchiré artistiquement à divers endroits (dont les fesses) avec une chemise en velours gris à brocart d'or et aux longues manches évasées. A ses pieds il y avait des escarpins à talons hauts très pointus. La belle créature métamorphe souriait en jetant un coup d'œil par le carreau glacé de la fenêtre en croisant une jambe sur l'autre. La Toréador s'était pratiquement jetée sur le juke-box pour y mettre les Blues Brothers histoire de détourner l'attention des buveurs de son accoutrement ? La Française monta ensuite les marches menant à l'étage du bar.

« Cela a failli être plus complexe que prévu, dame Lulainn, » remarqua soudain la voix flegmatique à l'accent ronronnant de l'étrange ami de Jack.

Ladite Lulainn se tourna vers son interlocuteur avec un sourire triomphant en plissant des paupières, d'un regard de chat qui boit son lait de la victoire. « Ho, appelez moi Trudy ! Hum, moui mais tout a bien été selon nos plans, mon ami noir, » répondit-elle avant de glousser et lever les yeux au ciel parsemé de points blancs.

Le sombre ami hocha la tête et, observant sa lunatique alter ego, Il repensa à la Pièce qu'ils avaient montée. Bien que la Morale initiale eût été pour chacun différente.

Il lui avait d'abord fallu agiter des prismes de pouvoirs infinis à Anya l'ambitieuse Tremere. Puis mettre Marie la Noire en quête du Necronomicon et souffler à Vlad Tepes les exploits de la Rose et l'idée d'attirer Marie jusqu'à Los Angeles. Ceci dans le même temps faisant croire à la Baali qu'elle trouverait le grimoire là-bas, et penser à Tepes qu'il ferait croire (à juste titre) à Marie qu'elle devait le retrouver pour trouver le Necronomicon. Ainsi par cette première scène, les seconds rôles principaux étaient réunis sur la scène de la cité des anges. Marie allait alors, dans sa haine des Toréador, bousculer dans le désespoir la Rose déjà fragilisée pendant que Dracula, dans sa mansuétude, commencerait ce précieux travail du Prince Ami, envers la Princesse Rose suicidaire.

Ces deux seconds rôles miroitant réunis renvoyant des reflets contraires à la Rose, il pouvait maintenant souffler à Van Helsing l'emplacement réel du Necronomicon : le château de Vladislav. Ainsi connaissant Helsing celui-ci ne résistant pas à narguer Dracula il fit venir la Rose, Vlad, Beckett, Marie, en l'ayant secrètement informée par le biais de ses suivants Baali, et cet imprévu de Christoff jusqu'au grimoire maudit.

Anya ? Simple leurre pour qu'elle prononçât le Rituel de l'Appel et fît croire qu'il s'agissait de l'éveil d'Ecaterina. En vérité, lorsque Lia s'était tendue durant son vol, aveuglée comme frappée par la foudre, Lui avait achevé le vrai rituel d'éveil, celui de la Roue de l'Infortune en prononçant le Vraie Nom de la Rose. C'était la clef qui, une fois insérée dans la serrure des répétitions de facteurs, éveilla la sorcière des Carpates. Tous prirent Anya pour la réincarnation d'Ecaterina et non comme l'arme des Mages contre celle-ci, et l'arme fut détruite avant même d'avoir servi…

Beckett se posait la question… Mais sans doute, à l'instar du Livre de Nod, n'aura-t-il jamais la réponse.

Comme escompté grâce au travail destructeur de Marie, Lia tomba en Torpeur, faisant à tous penser un court moment nécessaire qu'il en incombait à ses graves blessures physiques et morales. En réalité la Torpeur était due à la résurgence des souvenirs de Lia en tant qu'Ecaterina durant un songe. Et au malaise lui frappant l'esprit, elle avait hésité à se réveiller. Mais cet instant d'angoisse avait porté ses fruits, bousculant Nines, Beckett, Vladislav et Christoff. Et pour tous, les faire agir en bien ou en mal en toute sincérité.

Beckett croyait que Lia et Ecaterina avaient fusionné en les entendant comme deux âmes distinctes. C'était faux.

Vlad pensait qu'Ecaterina avait écrasé Lia selon cette même pensée. C'était faux.

Comme Il l'avait voulu, seul Rodriguez avait pensé que Lia et Ecaterina étaient la même personne. Seulement, Ecaterina par sa dureté mettait en évidence un malaise que Lia par sa douceur avait appris à dissimuler.

Il y avait encore du travail, mais le premier pas avait été franchi et la Rose aux Deux Cygnes faisait confiance au Loup au Faucon. Et Beckett, Vlad, même l'ami Jack avaient montré par contraste avec Christoff (qui finalement s'avéra utile) qu'il n'y avait pas que mépris et trahison dans les relations avec le genre masculin.

Tout ceci avait été un formidable spectacle et Il sourit à cette pensée que les plus manipulables de manière fort simple avaient été les Tremere de l'Elite. Ce pari s'était avéré risqué pour exacerber les passions du Prince et de ses Chevaliers… Mais les Brujah et les Gangrel en esprits libres avaient encore une fois montré que la simple force provoque la chute du plus intelligent des esprits.

C'était tellement de l'Homme le plus Bête…

Maintenant Lui avait sorti la Rose du suicide, et Elle avait retrouvé la Gardienne du Songe.

« Vous ne le trouvez pas joli, ce précieux Nom que je vous ai chuchoté à l'oreille alors que vous vous morfondiez de voir votre Rose aux Deux Cygnes et aux 7 Voiles sombrer dans ce banal désespoir de noël ? »

Caïn sortit de ses pensées à entendre la voix fluette et de soie de sa camarade qui s'était assise à l'indienne à même le sol enneigé. Le sourire du Père Noir s'étendit lentement comme les brumes d'un cauchemar qui s'évapore. « Si, très… »

Ils avaient hâte de voir la nouvelle scène débuter. La Rose allait-elle laisser ses cygnes s'entretuer ou allait-elle tendre la main vers l'un ou l'autre ?

« Joli… »

Mais ça, c'est une autre histoire.