Hallo. J'ai fini d'écrire la version française de cette histoire et je peux donc vous annoncer qu'elle fera 22 chapitres.
Chapitre 19 bis
Un mouvement tira Goten de sa somnolence. Il se frotta les yeux avec irritation en se souvenant qu'ils étaient à l'hôpital. Trunks et lui étaient assis côte à côte sur des chaises fatiguées et inconfortables, dans un couloir aux couleurs blafardes qui sentait le désinfectant. Le linoléum usé du sol, sûrement blanc à l'origine, tirait sur le gris translucide. De temps à autres, du personnel en blouse passait d'un pas pressé sans leur accorder un regard.
Goten étouffa un bâillement et s'étira pour soulager ses muscles ankylosés. Il jeta un coup d'œil à Trunks. Son ami était immobile, la tête appuyée contre le mur derrière eux et ses yeux étaient fermés.
Goten consulta sa montre et jura intérieurement en constatant qu'ils avaient bousillé leur soirée à attendre dans ce couloir sans âme sur ces chaises hors d'âge. Son dos était définitivement ruiné et il avait faim. Il n'avait pas vraiment planifié de finir sa journée comme ça.
- Tu veux rentrer? marmonna Trunks sans ouvrir les yeux, comme s'il avait lu ses pensées.
- Et te laisser tout seul au chevet de ce type? Certainement pas, grommela Goten avec humeur.
Trunks eut un petit sourire. Il ouvrit les yeux et le fixa avec amusement.
- Fais pas ta jalouse, je suis sûr que tu as faim.
Comme pour illustrer ses propos, leurs deux ventres gargouillèrent en même temps.
- Petit malin, je boufferais un bœuf mais je vais sûrement pas te laisser avec ton "ex", insista Goten.
- De quoi t'as peur? Il a une plaie béante dans le bide et il vient de passer sur le billard, tu crois vraiment qu'il va me sauter dessus?
Goten lui lança un œil sombre. La vérité, c'est que même s'il avait fini par admettre à contre-cœur qu'il ne pouvait pas en vouloir à Trunks d'avoir pris un amant après leur séparation, Goten ne supportait pas l'idée de la moindre proximité entre Trunks et ce mec. D'ailleurs il ne le sentait pas, ce Tao. En plus, il avait l'air partant pour un peu de sexe improvisé à la moindre occasion, comme le prouvait la façon dont il avait maté Goten dès leur première rencontre. Ce type était un queutard, c'était indiscutable. Sans compter qu'il avait l'air pas mal accroché à Trunks. Trop. Et Trunks prenait ça à la légère. Définitivement trop aussi.
- Tu sais ce qu'il m'a dit avant de perdre conscience? Reprit Goten. Il m'a dit de te dire qu'il était désolé, qu'il avait merdé. Tu sais de quoi il parlait?
Le sourire de Trunks se figea et il se redressa nerveusement sur sa chaise. Il eut un court instant d'hésitation. Il n'était pas question de mentir à Goten mais il valait mieux choisir les bons mots.
- Il… Il est passé me voir ce matin. Il a essayé de… Comment dire…
- Remettre le couvert? siffla Goten d'un ton menaçant.
- Je l'ai foutu dehors, enchaina Trunks aussitôt en se mordant la lèvre.
Goten se renfrogna et poussa un soupir d'irritation.
- J'aurais mieux fait de le laisser crever dans les poubelles, marmonna-t-il.
Il sentit la main de Trunks courir sur sa nuque et son visage s'approcher très près du sien.
- T'aurais jamais fait ça, murmura Trunks à son oreille. Chibi, tu sais, tu peux rentrer. Tao est mon problème et tu sais que tu peux me faire confiance, n'est-ce pas?
Goten émit un grognement sceptique.
- Monsieur Briefs? Demanda une voix près d'eux.
Ils relevèrent leurs têtes de concert, un peu gênés d'être surpris si proches l'un de l'autre. Trunks retira aussitôt sa main de la nuque de Goten et se leva d'un seul mouvement. Une femme en blouse rose avec un stéthoscope autour du cou se tenait devant lui, un bloc-notes calé entre ses bras croisés. Elle cilla en le dévisageant, comme si elle l'avait reconnu, mais elle ne dit rien.
- C'est moi, répondit Trunks.
- Je viens vous voir au sujet du jeune homme blessé à l'abdomen, je suis le médecin qui s'occupe de lui.
Elle se tut et jeta un coup d'œil à Goten.
- Oh, vous êtes de la famille du blessé? Lui demanda-t-elle tandis qu'il se levait à son tour.
Goten fronça les sourcils et se raidit. Trunks intervint aussitôt avec embarras.
- Heu… Non, c'est mon ami. C'est lui qui a trouvé Tao blessé dans notre cage d'escalier.
Les sourcils de la jeune femme s'arquèrent avec confusion.
- Excusez-moi… Il y a comme une ressemblance, j'ai cru… Bref. Il est sorti du bloc. Il n'est pas encore réveillé mais vous pouvez le voir si vous voulez.
Trunks tourna un regard hésitant et interrogateur vers Goten.
- Il va s'en sortir? Demanda Goten.
La femme serra un peu plus son bloc-notes contre sa poitrine et pressa les lèvres dans une moue gênée.
- Probablement mais il est encore trop tôt pour être catégorique, répondit-elle avec précaution.
Goten lut l'inquiétude dans les yeux de Trunks. Si Tao avait été hors de danger, Goten aurait simplement suggéré à son ami de rentrer puisque de toute façon le blessé n'était pas réveillé et ne saurait jamais qu'il était venu le voir. Mais maintenant Trunks s'inquiétait et Goten n'avait pas le courage de le laisser comme ça, même s'il détestait voir ce sentiment dans les yeux de son amant à cause d'un autre qui avait partagé son lit il n'y avait pas si longtemps.
- Allons le voir, grogna Goten en haussant les épaules.
Il suivit Trunks et le docteur qui leur ouvrait la voie jusqu'au service où Tao avait sa chambre. Quand ils furent devant la porte, la femme s'immobilisa et se tourna à nouveau vers Trunks.
- Tant que vous êtes là, Monsieur Briefs, vous ne m'avez pas donné le nom de famille du jeune homme, reprit-elle.
- Euh… Je ne le connais pas, avoua Trunks piteusement.
Elle haussa un sourcil surpris.
- Hm. Vous ne connaissez pas de famille à contacter non plus, j'imagine?
Trunks se frotta la tête avec embarras.
- Il a une tante et une sœur mais… La tante était hospitalisée, peut-être dans votre hôpital d'ailleurs. Une vieille dame, à cause d'un incendie, ça vous dit quelque chose?
La femme leva les yeux au ciel.
- Oh oui. Un sacré personnage, le personnel en a beaucoup parlé. Mais je crois qu'elle est sortie. Je vais voir si on a moyen de la contacter, merci beaucoup. En attendant, on garde quand même votre numéro en cas de besoin. Pas plus de cinq minutes, hein?
Elle leur adressa un petit sourire et les quitta d'un pas pressé. Dès qu'elle fut assez loin, Goten fusilla Trunks du regard.
- T'as couché avec un type dont tu connais même pas le nom de famille? J'en reviens pas, siffla-t-il. Un coup d'un soir, je veux bien mais lui.
Trunks le considéra calmement.
- J'ai pas jugé bon de me souvenir de son nom de famille, t'aurais préféré qu'on échange tous nos petits secrets? rétorqua-t-il avec défi.
Goten serra les lèvres dans un mouvement de frustration.
- Nan… Bien sûr que nan, admit-il.
Trunks hocha la tête avec satisfaction et lui tourna le dos pour entrer dans la chambre. Comme on le leur avait annoncé, Tao était inconscient. Une tunique en tissu léger recouvrait sa poitrine mais laissait deviner un bandage qui emprisonnait tout son abdomen. Des tuyaux translucides en émergeaient et drainaient un liquide étrange. Il était d'une pâleur inquiétante au milieu des draps blancs. Seule touche de couleur sur son corps, son cocard énorme était en train de virer au noir.
Trunks s'arrêta net à sa vue et resta à distance du lit. Goten le sentait nerveux et posa sa main sur son épaule en guise d'encouragement. Même lui qui détestait Tao, devait reconnaître que le blessé offrait un spectacle plutôt lugubre.
- Elle nous a même pas dit ce qu'il avait, murmura Trunks.
- T'as vu son cocard? Il s'est fait agressé, c'est clair.
Trunks avança enfin jusqu'au lit et laissa le bout de ses doigts courir sur les draps rêches.
- Qu'est-ce qui a pu t'arriver, chuchota-t-il à l'attention du malade.
Goten restait immobile à quelques pas de la porte et observait la scène. Il bouillonnait intérieurement. La familiarité de Trunks, l'inquiétude dans ses yeux, comme une sorte de détresse. Il ne supportait rien de ça. Il ruminait l'idée que ce mec avait essayé de se faire Trunks quand il avait eu le dos tourné et ça le rongeait. Même si Trunks n'avait pas cédé, Tao avait eu l'aplomb d'essayer et maintenant, à moitié mort sur son lit d'hôpital, il focalisait à nouveau toute l'attention sur lui, tout en privant Goten de la possibilité de s'expliquer sérieusement avec lui. Ce gars et ses petites misères commençaient à devenir pour le moins envahissants.
La main de Trunks qui saisissait doucement la sienne tira Goten de ses méditations. Il croisa les yeux bleus de son ami et il sut que Trunks devinait la moindre de ses pensées. Cette impression se confirma quand Trunks déposa furtivement ses lèvres sur les siennes, comme pour le rassurer.
- Allons manger maintenant, susurra-t-il avec un petit sourire.
Goten ne fut pas mécontent de quitter l'hôpital. Malgré l'heure tardive les couloirs étaient bondés de malheureux qui se morfondaient ou erraient sans but en attendant leurs tours aux urgences ou des nouvelles de leurs proches. Cette foule étrange débordait jusque sur le trottoir et Goten remarqua que plusieurs snacks du quartier étaient encore ouverts pour les accueillir et leur permettre de manger.
Il s'agissait surtout de minuscules échoppes qui proposaient des plats simples et riches. L'ambiance était sans comparaison avec le bar du canal dans lequel Goten avait prévu de dîner, mais Trunks et lui étaient maintenant si affamés qu'ils s'en contenteraient.
Ils entrèrent dans un restaurant minuscule, le moins peuplé qu'ils trouvèrent. L'endroit était franchement étriqué et les quelques clients présents semblaient déjà occuper tout l'espace.
- Va prendre une table, je vais commander, souffla Trunks en entrant.
Goten contempla les lieux avec un certain dépit et s'installa à la seule table libre sur les quatre que la salle avait à offrir. Elle était coincée contre une fenêtre et lui permettait de faire face au comptoir où Trunks faisait la queue. Goten ne put s'empêcher de l'observer à distance en attendant qu'il le rejoigne.
Trunks discutait de leur commande avec le cuistot, un moustachu pas franchement souriant. Goten comprit très vite que Trunks était en train de le faire chier, sûrement sur le contenu des plats. Quoiqu'il s'en défende, l'héritier Briefs avait parfois des goûts de luxe et des manies de riche. Goten sourit inconsciemment. Comment avait-il pu s'imaginer que Trunks resterait sagement célibataire pendant toute une année? Il était totalement irrésistible.
Cette idée assombrit à nouveau l'humeur de Goten, elle lui rongeait les tripes. Il ne pouvait se retenir d'imaginer Trunks au lit avec l'autre et ça lui donnait envie de hurler. La confession de Trunks au sujet de Tao et de sa tentative de coucher de nouveau avec lui avait déchiré Goten. D'un côté, son aveu avait cimenté sa confiance aveugle en Trunks mais de l'autre, ça avait ravivé sa jalousie. Goten réalisa ce que Trunks avait pu ressentir en le voyant avec Raven et ça teintait son agitation d'un frustrant sentiment de culpabilité.
Il s'efforça de cacher sa mauvaise humeur à Trunks quand il vint s'installer près de lui avec leurs repas. Trunks râla un moment sur la médiocrité du service avant de s'absorber complètement dans la dévastation en règle de son plat.
Ils mangèrent sans un mot, avidement, chacun d'entre eux étant consumé par une faim tenace. Goten lançait de temps à autre un coup d'œil à son ami. Son visage était grave et Goten ne doutait pas qu'il ruminait silencieusement son inquiétude pour l'état de Tao. Le médecin n'avait pas garanti qu'il s'en sortirait, après tout. Trunks n'avait pas commenté le diagnostic parce qu'il savait que Goten n'appréciait pas qu'il se fasse trop de souci pour un "ex" comme il l'avait appelé mais il avait quand même enregistré l'information et sa préoccupation muette se lisait dans ses yeux.
Subitement Goten se trouva stupide. Trunks lui avait tout raconté au sujet de Tao. Il avait répondu docilement à toutes ses questions en toute franchise, parce qu'il ne lui cachait rien tant que Goten voulait savoir. Il avait aussi repoussé les avances de Tao. Goten n'ignorait pas que leur liaison avait duré six mois et que dès que Goten était réapparu, Trunks y avait mis fin sans l'ombre d'une hésitation. S'il voulait être tout à fait franc, Goten devait admettre que Tao n'était pas une vraie menace, tout juste une offense à son instinct territorial. Est-ce que ça suffisait à empêcher Trunks d'être triste et inquiet au sujet de quelqu'un qui avait fait partie de sa vie? Est-ce que Goten pouvait blâmer Trunks d'avoir voulu tromper sa solitude alors qu'il avait cru ne plus jamais récupérer Goten?
Goten ne voulait pas le voir se torturer silencieusement. Il saisit sa main discrètement pour attirer son attention. Trunks leva les yeux de son assiette avec étonnement.
- Il va s'en tirer, murmura Goten.
Trunks pinça les lèvres et hocha simplement la tête. Ses yeux en disaient tellement plus longs. Goten y lisait l'incertitude que Trunks ne voulait pas énoncer à voix haute.
- Je vais être franc, je l'aime pas ton copain, comment pourrais-je faire autrement? Soupira Goten. Mais ne te sens pas obligé de faire semblant de t'en foutre pour ménager mes sentiments. Je sais que t'es mort d'inquiétude.
Trunks le fixa avec gravité. Il semblait étonné du discours de Goten. Il ne lâcha pas son amant des yeux et prit son temps pour avaler sa bouchée et passer sa langue sur ses lèvres pour les débarrasser consciencieusement des restes de sel.
- Goten, l'attachement que j'ai pour Tao n'a rien à voir avec celui que j'ai pour toi. C'est comme deux univers différents, mais tout ce temps où on a été séparé, Tao était là. Je ne sais comment l'expliquer mais même si on ne se connaissait pas vraiment, c'était comme s'il avait été le seul à me comprendre. Je ne peux pas oublier ça maintenant qu'il est dans la merde. Je me dégoûterais d'agir comme ça.
Goten se mordit les lèvres. Malgré la voix calme avec laquelle Trunks venait de parler, chaque mot était un coup que Goten encaissait en silence. Il ne put soutenir le regard de Trunks et baissa la tête.
Il sentit les doigts de Trunks enlacer les siens.
- On va vivre, Goten, reprit-il, on a des années devant nous et on va être heureux ensemble. Lui, il va peut-être mourir cette nuit et il n'y a même pas un des membres de sa putain de famille à son chevet.
Goten releva la tête et croisa le regard de Trunks toujours posé sur lui. Ses yeux étaient secs mais Goten sentait le léger tremblement de ses doigts. Goten se sentit mal tout d'un coup. Même si son sentiment de jalousie continuait de lui piquer les tripes, Trunks avait entièrement raison.
Trunks poussa un soupir et défit ses doigts de ceux de Goten en s'appuyant contre le dossier de sa chaise. Il détourna son regard vers la fenêtre et observa rêveusement la rue.
- Je me demande ce qui a pu lui arriver. Pourquoi quelqu'un a cru bon de le tabasser à ce point? N'importe qui comprendrait au premier coup d'œil qu'il n'a pas une tune à dépouiller et il est pas vraiment taillé pour le combat à mains nues, alors pourquoi s'acharner comme ça? ajouta-t-il.
- Des fois, il n'y a pas de raisons, tu le sais bien, murmura Goten. Il n'y a rien de plus que tu puisses faire. Si tu veux, on reviendra demain à la première heure.
Goten n'aurait jamais cru qu'une telle proposition puisse sortir de sa bouche et, à la façon dont Trunks le dévisagea instantanément, il ne s'y était pas attendu non plus. L'expression perplexe de Trunks se transforma en sourire reconnaissant.
- Tu sais ce qui me ferait plaisir? Un truc qu'on n'a pas fait depuis une éternité, reprit Trunks.
- Quoi? Demanda Goten avec une certaine inquiétude.
- Un petit combat.
Goten haussa les sourcils. A la vérité, il se sentait fatigué par sa journée et il avait surtout rêvé de rentrer au chaud et de plonger sous la couette. Mais il ne put résister à l'air charmeur de Trunks.
Au départ, Goten fut pris au dépourvu par l'impatience de son ami. Ses coups étaient rudes, à peine retenus. Il avait envie d'en découdre. Il était vif et puissant et il ne semblait pas s'inquiéter de son partenaire. Goten reconnut rapidement les méthodes de Végéta et il comprit que Trunks avait dû s'entrainer avec le Saïyen ces derniers mois. De son côté, Goten se sentait diminué par la fatigue et encore vaseux de sa somnolence interminable sur les chaises de l'hôpital.
Mais peu à peu, il se prit au jeu. Chaque fois que Trunks l'atteignait, chaque fois que la peine irradiait dans son corps, son esprit de combattant s'éveillait un peu plus. Il se mit aussi à penser à Tao, à ce qu'il avait essayé de faire dans son dos. C'était une offense dont il ne pouvait se plaindre à personne et sa frustration trouvait une voie d'évacuation dans ce combat improvisé. Goten monta en puissance et commença à rendre les coups qu'il recevait avec énergie.
Ils se battaient dans une plaine déserte balayée par le vent tout en veillant à se limiter à cet espace. La nuit était tombée et le ciel nuageux autorisait tout juste les étoiles à baigner la scène d'une timide lueur. Dès lors, ils ne pouvaient plus seulement miser sur leur vision pour calculer leurs mouvements, ils devaient se concentrer sur l'énergie de leur adversaire.
Goten aimait combattre dans ces conditions et il sentait qu'il en allait de même pour Trunks. C'était un exercice que de se connecter à l'autre pour deviner ses gestes et ses intentions.
A un moment, Goten décocha un coup de poing puissant à Trunks et il l'envoya s'écraser à plusieurs mètres. Trunks s'effondra sur le sol boueux et resta à terre sans faire mine de se remettre sur pied. Goten patienta un moment. Il savait que son ami n'était pas inconscient, ni même sérieusement blessé, il le sentait. Connaissant Trunks, il se méfiait et restait en garde, s'attendant à le voir se relever subitement pour lui foncer dessus.
Au lieu de ça, il sentit le ki de Trunks s'abaisser progressivement. Il se décida alors à le rejoindre.
Trunks était étendu sur le dos et ils tenaient le bas de son visage de ses deux mains. Goten se posa à côté de lui et le contempla silencieusement. La pénombre ne lui permettait pas de le distinguer très précisément.
- Tu m'as tué le nez, marmonna finalement Trunks entre ses doigts.
- Pauvre petite chose, railla Goten avec un sourire.
- Je t'emmerde, répliqua Trunks en se retenant de rire.
Trunks s'assit et retira ses mains de son nez. Il observa en jurant le sang abondant dont elles étaient couvertes.
- Hey, tu m'as explosé le tibia et sûrement une ou deux dents, c'est pas ce que tu voulais? Un petit combat, reprit Goten en fourrant ses mains dans ses poches.
- Mais moi je l'ai fait avec art et avec amour. Toi tu l'as fait à l'aveugle parce que tu sais pas te battre la nuit. Tu m'as littéralement dévisagé, mec! objecta Trunks.
Goten eut un large sourire et s'accroupit pour lui faire face.
- Quel mauvais joueur, mais c'est vrai que t'es affreux comme ça. Je vais plus pouvoir sortir en public avec toi. Autant que je me trouve un autre mec, répliqua-t-il.
De manière totalement inattendue, Trunks empoigna sa cheville en guise de réponse et la tira si vigoureusement que Goten bascula de tout son long dans la l'herbe boueuse.
- Quel salaud, et pas foutu de se battre proprement en plus, siffla Trunks en lui sautant dessus.
Goten se débattit et ils se mirent à chahuter en jurant et en riant. Leur bagarre amicale retentissait dans la campagne déserte et subitement, comme pour siffler la fin de la partie, des gouttes froides commencèrent à s'abattre sur eux. Ils durent s'interrompre pour prendre leur envol en direction de la ville.
Quand ils pénétrèrent enfin le hall de leur immeuble, ils étaient sales, gelés et blessés. Malgré tout, Goten se sentait mieux. L'idée de Trunks avait été bonne dans le fond. Ils avaient tous les deux oublié leurs soucis un instant et Goten devait avouer que Tao était maintenant bien loin de ses préoccupation.
Ils montèrent les étages discrètement, sans allumer la lumière pour éviter de croiser le concierge, et dès qu'ils parvinrent sur leur pallier, un détail inhabituel attira l'attention de Goten. La porte d'entrée était entrouverte.
Trunks s'en rendit compte également et ils se figèrent à l'unisson. L'intérieur de l'appartement était plongé dans l'obscurité. Ils échangèrent un regard soucieux dans la pénombre de la cage d'escalier, puis Trunks poussa légèrement la porte pour l'ouvrir complètement.
Tout était silencieux. Il ne percevait aucun mouvement, ni aucune présence à l'intérieur. Trunks s'avança et actionna l'interrupteur.
La pièce principale s'éclaira aussitôt, dévoilant un spectacle ahurissant. L'appartement avait été intégralement dévasté. Les meubles étaient renversés, certains cassés, les tiroirs et les placards vidés sans ménagement sur le sol. Trunks resta bouche bée tandis que Goten entra avec précaution, tentant d'éviter de piétiner les objets qui jonchaient le sol. Il se dirigea vers la chambre à coucher pour découvrir qu'elle avait subi le même sort.
Le silence était à peine perturbé par la pluie qui tombait drue sur le puit de lumière et tambourinait avec insistance. Goten revint vers Trunks, qui se tenait toujours dans l'entrée, et referma doucement la porte d'entrée.
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel? Un cambriolage? Siffla Trunks en passant ses deux mains dans ses cheveux.
Goten secoua la tête négativement.
- Je crois pas, répondit-il en pointant la télé du doigt.
Le grand écran high-tech de Trunks était toujours là, à moitié décroché du mur. Trunks se retourna plusieurs fois, comme pour vérifier qu'il ne rêvait pas et qu'aucun endroit n'avait été épargné. Goten percevait sa confusion. Trunks avait l'habitude d'un niveau de sécurité maximum et il ne s'était jamais imaginé qu'un truc pareil pouvait lui arriver. Personne ne pouvait s'en prendre à lui. Jamais. Il ramassa un livre qui avait été négligemment jeté sur le sol et le referma avec précaution. Il le contempla un moment avec dépit.
- J'appelle la police, soupira-t-il.
- C'est peut-être pas une bonne idée, objecta Goten.
Trunks leva des yeux incrédules sur lui.
- Je sais pas, bredouilla Goten. Regarde, Tao s'est fait agressé juste devant chez nous et maintenant, ça. Je le sens pas, y a un truc qui cloche.
Trunks fronça les sourcils.
- Tu crois qu'il pourrait y avoir un lien? Demanda-t-il pensivement.
- Tao m'a dit un truc bizarre avant de perdre conscience. Il voulait vraiment me parler avant de s'évanouir et il m'a dit "fais gaffe". J'ai cru qu'il parlait de ton cul mais maintenant, je me demande.
- Mon cul? Bordel, Goten, j'aimerais qu'on arrête de considérer mon cul comme un prix de loterie. Je suis sûr qu'il voulait parler d'autre chose.
- Alors, peut-être qu'il voulait parler de ça, conclut Goten en étendant la main sur le capharnaüm de leur appartement. Les gens qui sont venus ici, ne sont pas venus pour voler. Peut-être que c'est les mêmes qui ont agressé Tao et qu'ils nous cherchaient. Peut-être qu'ils ont fait ça pour nous faire peur parce qu'ils nous ont pas trouvés.
Trunks lâcha un rire amer.
- Si c'est ça, je regrette vraiment qu'ils soient pas tombés sur nous. Je les attends, grinça-t-il.
- En attendant de comprendre, c'est peut-être pas une bonne idée de prévenir la police. Personnellement, je suis un peu crevé et tu sais comment ça va se passer, y en aura pour des heures. Et puis, j'ai l'intuition qu'ils ne mettront jamais la main sur ceux qui ont fait ça, alors autant attendre demain pour décider, qu'est-ce que t'en penses?
Trunks soupira et se massa les tempes.
- D'accord, finit-il par acquiescer. Mais il va falloir trouver un endroit où dormir pour cette nuit. A cette heure…
- T'inquiète pas pour ça, coupa Goten. J'ai tout ce qu'il faut.
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