Chapitre 25 - Répondez-moi
.
Tony regarde la femme devant lui avec étonnement.
- Ça fait longtemps, dit-elle.
- C'est vrai.
- Vous avez l'air étonné de me voir ici.
- Parce que c'est le cas.
- Vous ne vous en cachez pas.
- Avec vous quel serait l'intérêt ?
- Vous marquez un point.
- Que puis-je faire pour vous Diane ?
- Comment allez-vous ?
- Bien.
- Répondez-moi sincèrement.
- Je viens de le faire.
- Je n'en suis pas certaine.
- Reposez-moi la question alors !
- Comment allez-vous Tony ? Et je ne parle pas physiquement.
- Vous voyez avec des précisions c'est tout de suite plus clair !
- N'esquivez pas !
- Ce n'est pas le cas. Je fais un simple constat.
- Répondez-moi.
- Je n'en sais rien.
- Pardon ?
- Vous m'avez demandé d'être sincère. C'est ce que je fais.
- Vous ignorez comment vous allez ?
- Oui.
- Vous devez le savoir pourtant !
- Ces derniers temps c'est un peu le bordel dans ma vie. Alors dans ma tête, c'est loin d'être mieux.
- Vous leur avez parlé ?
- Comme vous. Enfin presque, j'ai fait un tir groupé. Je ne voulais pas me répéter.
- Vous êtes sérieux ?
- J'ai l'air de plaisanter ?
- Vous êtes étrange.
- On me le dit souvent, pas toujours comme ça, mais c'est l'idée.
- Et ça ne vous gêne pas ?
- Jusqu'à ce que vous débarquiez dans ma vie, rien ne me gênait.
- Vous ne saviez pas ce qui devait vous gêner. C'est différent.
- J'ai encore du mal avec la nuance.
- Ce n'est pas une nuance ! Un gouffre sépare ce qui est gênant de ce qui est méchant.
- Je ne me souviens pas avoir fait un jour la différence.
- Assurément si. Vous l'avez simplement oublié.
- Ça m'étonnerait que je m'en souvienne !
- Alors vous allez réapprendre.
- Apprendre plutôt.
- Le processus est le même.
- Vraiment ?
- Oui.
- Et il consiste en quoi ?
- À accepter le fait que les gens n'ont pas à vous faire souffrir.
- Qui vous dit que je n'ai pas réussi ?
- Vous l'avez dit vous même, vous avez du mal avec la nuance.
- Ce n'est pas une nuance, c'est un gouffre.
- Vous apprenez vite.
- J'ai un bon professeur !
- Ne vous faîtes pas d'idées !
- Rassurez-vous, vous n'êtes pas mon genre !
- Je suppose que je dois le prendre bien.
- Je ne suis pas un de vos ex-maris.
- Ou pas.
- D'aucune des façons, c'est un constat.
- Encore.
- C'est un problème ?
- Que leur avez-vous dit ?
- Vous aussi vous esquivez !
- Ce n'est pas moi le malade.
- Je ne suis plus malade.
- Dans votre tête si.
- Fou ?
- Non. Vous savez ce que je veux dire.
- Et alors ?
- On s'éloigne du sujet !
- Vraiment ?
- Ce n'est pas un problème.
- Vous voyez que vous en êtes capable !
- De quoi ?
- De ne pas esquiver.
- Et vous ?
- J'en ai déjà fait la preuve.
- J'attends toujours.
- J'ai mis les choses à plat.
- Jusqu'à quel point ?
- C'est à eux de me parler.
- Je ne vois personne.
- J'y ai mis une condition.
- Laquelle ?
- Qu'il me dise quel jour ils ont tous été les pires salauds qu'il puisse exister.
- Ça ne devrait pas être difficile. Ils ont eu le temps de réfléchir.
- Je les attends toujours.
- Tous ?
- Non. McGee a déjà fait son mea culpa et je lui ai donné l'absolution.
- Je ne suis pas surprise.
- Vraiment ? Vous aviez un autre discours il n'y a pas si longtemps.
- Je l'ai vu accepter la vérité sans s'enfoncer. Il a su avancer.
- Il a une fan. Il faudra que je lui dise.
- Les autres en sont toujours au même point ?
- Ça dépend. Vous en êtes resté où ?
- Déprime et culpabilité.
- Alors c'est toujours pareil.
- Et vous ?
- Moi ?
- Où en êtes-vous ?
- J'attends.
- Qu'ils trouvent la date ?
- Oui.
- Où en êtes-vous ?
- Vous vous répétez !
- Répondez-moi.
- Je ne sais pas. J'attends qu'ils me parlent pour savoir.
- Disons que j'accepte cette réponse.
- Il le faudra bien. C'est la vérité.
- Vous êtes vraiment quelqu'un de spécial.
- Tout le monde est spécial.
- Hors norme serait sans doute plus approprié.
- Compliment ?
- Constat.
- Vous aussi vous apprenez vite.
- N'attendez pas que je dise que vous êtes un bon professeur !
- Je n'ai pas envie de refaire cette conversation non plus.
- Tant mieux.
- Et maintenant ?
- Vous avez de la visite.
- Vous partez alors.
- Vous attendez la date.
- Pas vraiment.
- Parce que ça fait mal ?
- À votre avis !
- Mais devez entendre ce qu'ils ont à vous dire. Vous devez parler.
- Vous croyez ?
- Je reviendrai quand vous aurez fait le point.
- Ça risque de prendre du temps.
- Je peux être extrêmement patiente.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire.
- Et c'est ?
- Je ne sais pas si moi je le serai.
- Vous le serez.
- À attendre ou à écouter ?
- Et à parler.
- Merci de me remonter le moral !
- Vous survivrez.
- Je m'en sors toujours.
- C'est vous qui l'avez dit.
- J'ai de la visite.
- Je suis une visite.
- Au revoir Diane.
- Ne faîtes pas de bêtises !
- Ce n'est pas mon genre.
- C'est bien ce que je dis.
- Dîtes à Toby que je ne suis pas pressé de le voir.
- C'est réciproque, mais ça finira par arriver. Il le faut.
- Vous me dîtes ça parce que c'est Vance dans le couloir ?
- Sa femme viendra avant lui.
- Merveilleuse nouvelle !
- Ça finira par arriver aussi.
- Vous avez décidé de me pourrir la journée ?
- Vous avez cette impression ?
- Ça dépend. Vous avez d'autres bonnes nouvelles de ce genre ?
- Vous avez de la visite.
- Vous vous répétez encore.
- Au revoir Tony !
Elle passe la porte. Tony grommelle quelques phrases bien senties.
Sa visite prend la place de Diane. Il relève la tête.
Si K a eu droit au sourire et l'ex à la surprise, celle-ci gagne un visage complètement impassible, presque dur.
