Chapitre 25 : Réveilles-toi, John !
Le passage me conduisit directement devant mon laboratoire, et ces maudits agents étaient déjà là, tuant mes sujets d'expériences. Je m'avançai vers eux, et leur demandai d'arrêter, nul droit ne leur été accordé de se mettre entre moi et John. Une femme brune se déplaça alors vers moi, son regard sombre me dévisageait, puis se fixa sur Leuca. Un sourire étonné s'étendit sur son visage et elle me tendit une main, que je ne saisis pas. Elle rabattit son bras le long de son corps, un plissement sur son front s'était formé.
« Vous devez être Sherlock Holmes ?
- Ce n'est pas une question, n'est ce pas ? Vous avez vu le familier posé sur mon épaule, et vos hommes ont déjà dû vous raconter mes nombreuses frasques, pour que vous puissiez me reconnaître aisément.
- En effet, je vous demanderais de restreindre vos pouvoirs, ils ne mettent pas à l'aise mes subordonnés.
- Seulement si vous dégagez de chez moi immédiatement.
- Désolée, mais je ne peux pas faire cela. J'ai une mission et je compte bien l'accomplir, vous devez comprendre que détenir une ombre est dangereux et interdit, tout comme mener des expériences dessus.
- Laissez-moi tranquille, je suis assez fort pour me défendre seul.
- Permettez-moi de ne pas vous croire, il s'agit de votre ami, vous êtes trop impliqué émotionnellement pour prendre ce genre de décision.
Je soupirai, cela ne servait à rien de discuter avec cette femme, elle n'allait pas me laisser tranquille. Je laissai donc ressortir un peu plus mes pouvoirs, assez de quoi voir trembler les membres de son équipe comme des feuilles, tous s'étaient rassemblés derrière elle. Elle flageolait, elle-aussi, mais son regard continuait de me fixer droit dans les yeux. D'une main tremblante, lle sortit alors son téléphone, et passa un appel à ce que je supposais être son responsable.
En attendant une quelconque décision, je partis vérifier l'état de John. Descendant les marches qui me menait à la cave, j'ouvris la porte et soupirai, il était encore là, en vie. Personne ne lui fera de mal tant que je serai là ... Je m'approchais de lui, lui parlant doucement d'une voix rassurante, je lui promettais encore une fois que je le sauverai, et cela peu importe le temps que cela me prendrait. John grogna, la lumière qui découlait de la porte ouverte semblait l'affecter comme d'habitude, il s'agitait, ses chaînes émirent des cliquètements métalliques, et formaient des marques noires sur sa peau. « Calmes-toi, John » lui dis-je d'une voix qui se voulait calme. J'espérais le revoir comme dans ce rêve, comme un homme et non comme une bête. Et le désespoir encore une fois me prit, il ne m'était pas revenu.
Des pas vinrent vers moi, je ne me retournais pas, je savais très bien qui était l'inconsciente qui osait se diriger vers moi.
« Il est dans un sale état. Je serai vous je l'aurais déjà tué.
Elle contemplait le corps de John avec mépris, après tout c'est vrai qu'il n'était plus que l'ombre de lui même. Ses os transparaissaient sous sa peau, des cernes noires soulignaient ses yeux rouges fatigués, on aurait presque dit qu'il pleurait, mais ce n'était que des gouttelettes de transpiration. Un monstre ne pleure pas, m'aurait dit mon frère.
- Jamais je ne l'abandonnerais !
- Je ne fais que donner mon avis, enfin si vous trouvez une solution, prévenez-nous. Ma direction a décidé de vous continuer vos absurdes expériences, mais nous laisserons tout de même des hommes avec vous pour vous surveiller vous et votre ombre.
- Faites comme vous voulez tant que vous ne me dérangez pas et que vous ne le blessez pas. Après tout mon frère me surveille déjà, cela ne changera pas grand chose.
- Je vous remercie pour votre coopération.
J'eus un petit rire au mot qu'elle avait utilisé. 'Coopération'... Comme si j'avais le choix, je n'avais pas envie de perdre du temps à me battre, je devais guérir John.
- Vos hommes resteront dehors, je n'ai pas envie qu'ils m'importunent dans mes recherches.
- C'est compris.
Elle s'en alla donner les ordres à ses hommes et me laissa seul avec ce qui autrefois était John. Assis contre le mur, fixant John avec mélancolie, j'espérais que la solution viendrait comme un éclair. Je sentis Leuca s'enrouler autour de mon cou et caressai ses ailes rouges dans un soucis d'apaisement. La lumière commençait doucement à s'atténuer. Le soleil se couchait et les râles de l'ombre diminuèrent. Et c'est quand l'obscurité fut totale, que plus aucun bruit ne se fit entendre, que j'eus cette idée. Je n'avais pas assez étudié le comportement de John, et si la solution était plus simple que prévue ? Et si la lumière qui rebutait tant l'ombre pouvait guérir John, pouvait faire disparaître l'ombre qui était à l'intérieur ? Je souris, la solution était peut-être juste devant moi. Je me souvins de ce rêve étrange, où John était dans l'obscurité, tandis que moi dans la lumière, je ne pouvais le ramener vers moi. Mais demain, où plutôt aujourd'hui, aux premières lueurs, j'allais enfin lui faire traverser ce mur invisible, et le ramener.
Le soleil s'était couché et le plus simple restait d'attendre qu'il se lève à nouveau dans quelques heures. J'attendais assis devant John que les rayons du soleil réapparaissent. Les longues minutes semblaient être une éternité devant mon impatience d'avoir peut-être trouvé la solution. Quand enfin les premières aurores pointaient à l'horizon, et que quelques rayons apparurent dans la pièce, je m'enthousiasmais, malgré la crainte d'un nouvel échec qui restait dans mes pensées.
Je détachai la chaîne de John, après l'avoir endormi grâce à un sortilège, traînant son corps dehors sur mes épaules. Il était bien trop léger pour sa taille, je sentais ses os saillants dans mon dos, ses bras tombaient de chaque coté de moi. J'arrivai dehors, l'aube se levait, les magiciens stationnaient là pour me surveiller, mais n'osaient pas intervenir, se demandant même ce que j'allais faire, leurs regards abasourdis posés sur John qui était devenu un monstre de foire. Je sentais dans la tension de leur corps que l'envie de tuer cet homme qui était mon ami occupait tout leur esprit. Leur ordonnant de ne rien faire d'un ton autoritaire tout en laissant échapper ma puissance magique, je posai John au sol et l'entourai d'une barrière magique qui me permettrait de le maintenir le temps de l'expérience. Je doute que sa contention soit difficile au vu de son état physique déplorable.
Je m'éloignai de quelques pas, et attendis que le soleil se lève un peu plus haut et dépasse les arbres hauts. Chaque minute, les rayons de soleil s'approchaient davantage du corps de John, il se réveilla dès que les premières tâches de lumière se posèrent sur la peau de ses bras. Regardant autour de lui, il s'éloigna de cette ligne lumineuse qui se formait sur le sol, le dos contre ma barrière, il ne pouvait plus reculer, et dans ses yeux l'on pouvait discerner l'angoisse distincte du monstre en John.
C'était l'heure, le soleil était maintenant plus haut dans le ciel, sa lumière éclairant chaque parcelle du corps de John. Le monstre s'agitait dans l'enceinte magique, il se fracassait contre les parois, essayant de la détruire pour s'enfuir loin de cette torture. Criant d'agonie, les rayons semblaient le brûler, et là cette terrible pensée surgit dans mon esprit, et si j'avais tort, et si la lumière allait le tuer ... Je ne pouvais qu'espérer que cela soit faux, le voyant s'effondrer au sol les battements de mon cœur s'affolèrent, les brûlures noires sur son corps se multiplièrent grandissant à vue d'œil, il semblait même que l'ombre pleurait de douleur. Et dans cette ambiance macabre, des rires résonnaient, certains des hommes appréciaient de voir l'ombre se consumer sous le feu des projecteurs.
Que se passe-t-il ? Alors que jusqu'à présent j'étais plongé dans l'obscurité, des lumières venues de nulle part étincelèrent dans cette espace infini. Mais, pourtant je n'en étais pas pour le moins heureux, car je souffrais, oui je souffrais tellement, j'avais l'impression de me faire brûler, que chaque partie de mon corps s'était enflammée, je me tombai au sol, me roulant sur ce sol invisible, la douleur était telle que je priais pour bientôt m'évanouir. Après quelques instants, roulé en boule, les genoux contre mon torse, je ne bougeai plus, et des traces humides creusaient mon visage. J'avais entendu la voix de Sherlock juste avant que tout cela ne prenne, il disait qu'il pensait avoir trouvé une solution, qu'il me sauverait de ce monde déjanté, qu'il allait me guérir. Mais, je croyais désormais qu'il avait envisagé une fin plus radicale ... me tuer.
La douleur me torturait, pourtant sur mon corps, que je voyais à présent grâce à ce soleil blessant, mais aucune blessure n'apparaissait. La clarté emplissait de plus en plus l'espace qui m'entourait, et mes pleurs tombaient sur ce sol à présent luminescent, des larmes de douleur, mais aussi des larmes d'adieu, car tout allait enfin se terminer.
John, mes pleurs tombaient pendant que je criais son nom, les autres hommes s'étaient tus devant mon chagrin. Je tombais à genoux sur l'herbe encore humide de la rosée matinale, et ne pouvant quitter cette scène des yeux, je regardais les brûlures s'ancrer dans le corps de mon ami. A mes cotés, Leuca, qui attendait le retour de son maître, détournait les yeux de celui-ci, ne voulant pas voir l'affligeant spectacle. Je voulais arrêter cette séance de torture, mais ne le pouvait, ceci était mon ultime solution. Et peu importe à présent, car il n'y avait nul doute que John et l'ombre mourraient dans les jours à venir, ils ne mangeaient pas, ils ne dormaient pas, et ces gens n'attendaient que mon absence pour le faire disparaître. Aujourd'hui, j'abandonnai tout espoir ...
Puis, soudainement les cris de la bête cessèrent, elle était au sol, allongée, recroquevillée en position fœtale. Elle ne fit aucun mouvement pendant de longues minutes et je décidai de me lever pour m'approcher de son corps. Contre toute attente celui-ci respirait, mieux encore lorsque je ne fus qu'à un pas de la barrière, j'aperçus les poils qui parsemaient les contours de son visage disparaître peu à peu dans sa peau nue, les griffes animales au bout de ses doigts se rétractèrent et blanchirent, ressemblant désormais à des ongles humains. Et là mon cœur ne fit qu'un tour en comprenant qu'il m'était revenu. J'enlevai prestement la barrière sous le regard ébahi des hommes de main de l'association de magie, et accourus vers John. Je vérifiai son pouls, il battait d'un rythme lent, mais il battait quand même. Examinant ses yeux, je soulevais ses paupières, les taches rouges avaient disparu, et laissaient place aux pupilles bleues claires qui m'étaient si familière. Je souriais. Il était redevenu lui-même, l'ombre, qui l'avait possédé, n'était plus.
Un gémissement me parvint, il venait de John, celui-ci s'était réveillé. Il bougea sa main vers mon visage, caressa ma lèvre inférieure et dans un souffle il murmura un remerciement avec un sourire que je n'avais cessé d'espérer. J'observai son visage, et déduisis toute la souffrance qu'il portait, les brûlures étaient importantes mais non mortelles si soignées à temps. Je sortis mon portable et appelai Mycroft pour qu'il m'envoie au plus vite un hélicoptère pour l'amener à l'hôpital. « Tout va bien, John. Tu es sorti d'affaire. » Lui dis-je avec un ton doux dont j'ignorais l'existence. Le docteur s'endormit, épuisé par ses blessures.
