Scène 23 : Eolhsand et Guenièvre

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Eolhsand était tout de suite allée s'asseoir devant sa coiffeuse après être revenue dans sa chambre en compagnie de Guenièvre. La servante était, elle, retournée auprès du lit pour finir d'examiner la robe que la Barde devait porter ce soir. La Bade la regarda faire. Elle pensa, pendant un cours instant, à lui dire de cesser cet examen. Les dragons de sa robe étaient en parfait état. Elle n'avait fait cette demande que parce qu'elle voulait énerver sa sœur. Mais mieux valait laisser Guenièvre continuer son examen. Elle se poserait forcément des questions si elle lui disait d'arrêter. Elle s'en posait déjà d'ailleurs.

Eolhsand ferma les yeux pour mieux percevoir les émotions de la jeune femme. Tout à l'heure, il y avait eu de la surprise au moment où Olaf l'avait appelé « El ». Maintenant, il y avait de l'hésitation. Une certaine peur. Et il y avait des questions…

Devait-elle dire à Guenièvre que Caelia et Olaf étaient sa sœur et son frère ? Devait-elle détourner l'attention de la jeune femme de ces questions ?

« Le Roi vous a appelé El. » dit soudain la servante d'une tout petite voix.

Elle osait en fin de compte.

« Personne ne vous appelle El, ajouta Guenièvre. A part Merlin. »

D'autres l'avaient appelé « El ». Avant. Il y avait bien longtemps. Mais elle ne pouvait dire une telle chose à Guenièvre. Il était temps de changer de sujet.

« J'ai vu qu'Arthur était avec toi… »

Guenièvre rougit.

« Il voulait vous parler.

-Me parler ? »

Eolhsand n'aimait pas ça.

« C'est à propos de la Vallée des Dragons.

-Encore ? »

Guenièvre acquiesça.

« C'est le père d'Yvain qui a mené l'attaque. »

Eolhsand prit un air faussement étonné à cette annonce.

« Et il semblerait que des chevaliers de Northumbrie ont, eux aussi, participé au combat. »

La Barde regarda ailleurs tandis que Guenièvre continuait de parler. Elle comprenait maintenant pourquoi Arthur voulait la voir. Bien sûr, il avait gardé secret son lien de parenté avec Olaf. Certainement sur ordre de son père. Mais la suite du monologue de la servante la surprit. Elle avait offert à Arthur de se renseigner sur l'attaque en devenant la servante de Caelia.

« Si vous êtes d'accord, bien sûr, ma Dame. »

Eolhsand ne répondit pas tout de suite. Elle devait réfléchir.

Le silence de la Barde inquiéta sa servante.

« Ma Dame… »

Mais Eolhsand était plongée dans ses pensées. Devait-elle laisser Guenièvre devenir la servante de sa sœur ? Quelles allaient être les conséquences de cette décision sur elle ?

« Vous n'êtes pas d'accord ma Dame ? »

Eolhsand regarda Guenièvre. Elle n'était toujours pas parvenue à la moindre décision.

« Est-ce à cause de ce que vous a fait Dame Caelia ? » demanda-t-elle.

La Barde écarquilla les yeux. La question la surprenait mais ça ne dura qu'un instant. Elle reprit très vite un air impassible.

« Cette femme ne m'a rien fait Guenièvre. Je ne la connais même pas. »

Guenièvre la regarda d'un air triste. Et triste, elle l'était. Déçue aussi. Elle ne la croyait pas. Elle avait perçu le mensonge.

Le dos d'Eolhsand s'appuya plus profondément contre le dossier de sa chaise tandis qu'elle rejetait la tête en arrière.

Guenièvre n'avait pas cru à son mensonge.

Pourquoi ? Comment ?

« Je ne sais pas vraiment. C'est juste que… »

La Barde se redressa, surprise, pour regarder la servante. Elle avait parlé tout haut ?

« Vous étiez différente. »

Eolhsand continua de la fixer sans rien dire.

« Avec le Roi Olaf et Dame Caelia, vous êtes différentes. »

La Barde rejeta de nouveau la tête en arrière et elle ferma les yeux. Devait-elle continuer de nier ? Devait-elle dire qu'elle les connaissait ? Qu'elle avait été barde là-bas par exemple ? Guenièvre n'allait certainement pas la croire si elle lui donnait cette excuse. Son comportement n'était pas celui d'une ancienne barde du château, c'était celui… Comment avait-elle pu être aussi bête et laissé Guenièvre la voir en compagnie de Caelia ? Bien sûr qu'elle allait se comporter différemment devant Caelia…

Guenièvre observait attentivement sa maîtresse. Elle savait bien que cette femme voulait garder toute une partie de sa vie secrète, la raison de ce désir étant un secret aussi, et la jeune femme n'y voyait aucun problème. Le problème, c'étaient les mensonges. Guenièvre pouvait accepter le silence. Pas les mensonges. Lui avait-elle déjà menti ? Sans doute. Elle s'en était juste rendue compte cette fois-ci. Le regard des deux femmes se croisa. Guenièvre frissonna. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ce regard chez Eolhsand mais elle n'aimait pas ce regard-là. Vide. Il donnait la sensation que la Barde n'était pas vraiment là. Guenièvre avait l'impression que si elle détournait ne serait-ce que pendant un instant les yeux, elle disparaitrait. Elle la vit ensuite fermer les yeux. C'était souvent ce qui se passait quand elle prenait ce regard-là. Et elle eut l'air de disparaître un peu plus. Qui était donc cette femme ? se demanda soudain la jeune servante. Une question qu'elle ne s'était pas posée depuis un long moment. Elle repensa un court instant aux rumeurs qui avaient couru à son arrivée à Camelot. On l'avait dit de haute naissance. On l'avait dit fille de Roi. On… Guenièvre écarquilla les yeux et soudain, elle sentit le regard d'Eolhsand sur elle.

« Tu as compris. »

La servante ne savait pas quoi dire.

« Je connais Olaf parce qu'il est mon frère. Je connais Lia parce qu'elle est ma sœur. Ce qui fait de Viviane, ma nièce. D'Edwin, mon neveu. »

Guenièvre avait enfin retrouvé l'usage de la parole.

« Mais vous êtes barde.

-En effet.

-Quand… Comment…

-C'est compliqué. »

La jeune femme se souvint ensuite de l'information qu'Eolhsand lui avait donné sur sa famille à l'occasion du Samaïn.

« Le Roi Olaf a des pouvoirs ? »

La question fit rire la Barde.

« Non Guenièvre. Bien sûr que non.

-Mais vous avez dit…

-Si je me souviens bien, je t'ai dit que c'était mon petit frère qui avait des pouvoirs.

-C'est vrai. »

Elle lui avait aussi dit que ce frère était mort. Elle s'en souvenait maintenant.

« Viens t'asseoir près de moi, Guenièvre.

-Comme il vous plaira ma Dame. »

La jeune femme prit une chaise qui se trouvait dans un coin de la chambre pour l'amener près de la coiffeuse tandis que la Barde fermait de nouveau les yeux. Elle les rouvrit quand Guenièvre s'assit en face d'elle.

« Pose-moi tes questions Guenièvre.

-Ma Dame…

-C'est normal d'être curieuse Guenièvre.

-Je ne voudrais pas… »

Un coup à la porte interrompit la jeune servante.

« Va ouvrir. » ordonna Eolhsand.

La servante obéit. Aucune des deux femmes ne fut surprise en voyant Arthur sur le pas de la porte. Guenièvre se tourna vers sa maîtresse. Elle lui fit signe que le Prince pouvait entrer et elle fit signe au jeune homme de s'asseoir sur la chaise qu'occupait précédemment Guenièvre.

« J'ai l'impression que je viens de vous interrompre, dit le Prince en s'asseyant.

-Nous parlions famille. »

Arthur regarda Guenièvre puis son regard se posa de nouveau sur Eolhsand.

« Vous le lui avez dit ?

-Cela simplifie les choses. »

Arthur acquiesça.

« Vous connaissez donc la raison de ma venue. »

Ce fut au tour de la Barde d'acquiescer.

« Je ne peux, hélas, pas répondre à vos questions à ce sujet, ajouta-t-elle. Je n'étais pas au château quand a eu lieu l'attaque Sire.

-J'avais peur d'entendre une telle réponse.

-J'en suis désolée Sire. »

Guenièvre décida d'intervenir.

« Dame Caelia était-elle présente ? »

Eolhsand ne répondit pas tout de suite. Elle devait évaluer les risques avant de faire quoi que ce soit. Elle ferma donc les yeux, interrogea le temps. Elle ne sentit aucun danger immédiat. Comme tout à l'heure.

« Dame Eolhsand ? »

La Barde rouvrit brusquement les yeux.

« Toutes mes excuses Sire. Ma… Ma rencontre avec mon frère et ma sœur a été plus éprouvante que je ne m'y attendais. »

Avant qu'Arthur ne puisse répondre, elle se tourna vers Guenièvre.

« Pour répondre à ta question, oui, ma sœur était au château à ce moment-là.

-En ce cas, je serais la servante de votre sœur, ma Dame.

-Gwen…

-Non Arthur. Nous en avons déjà parlé. »

Le Prince jeta un coup d'œil à Eolhsand pour qu'elle vienne à son secours. Merlin avait dû la mettre au courant de ce qui s'était passé entre Viviane et lui. Il ne voulait pas que Guenièvre souffre à cause de lui et juste parce qu'il avait besoin d'une information. La Barde inclina la tête. Arthur poussa un discret soupir de soulagement. Elle avait compris ce qu'il voulait. Il devait maintenant laisser les deux femmes seules.

« Il est temps pour moi d'aller retrouver mon père, dit-il en se levant.

-J'aurais aimé vous être plus utile Sire, dit Eolhsand.

-Vous m'êtes déjà d'une grande aide Dame Eolhsand. »

Arthur inclina la tête et commença à s'éloigner.

« Sire, l'appella Eolhsand.

-Oui ?

-Comment va ma nièce ?

-Elle va bien. Gaïus et Merlin s'occupe d'elle.

-Merci Sire. »

Arthur s'en alla.

« Guenièvre, appela Eolhsand dès qu'il eut quitté la pièce.

-Vous ne me ferez pas changer d'avis ma Dame. »

La servante avait remarqué l'échange de regard entre le Prince et sa maîtresse tout à l'heure.

« Je sais. » lui dit Eolhsand.

La réponse surprit Guenièvre.

« Viens t'asseoir s'il te plait. »

Elle obéit. Eolhsand l'observa pendant un long moment. Guenièvre frissonna. Le regard était de nouveau là.

« Que s'est-il passé avec votre sœur ? » demanda-t-elle.

Elle avait posé la question par curiosité bien sûr mais aussi parce qu'elle voulait que le regard cesse.

Il cessa avec cette question mais la Barde garda le silence.

« J'ai un frère, avoua la servante. Il est parti. Je ne sais pas pourquoi. Il n'est pas revenu à la mort de papa…

-Où veux-tu en venir Guenièvre ?

-Je sais que vous êtes en colère contre votre sœur… Comme moi, je suis en colère contre mon frère. »

Les lèvres de la Barde ressemblaient maintenant à une fine ligne. La servante baissa la tête.

« Guenièvre, ne te compare pas à ma nièce. »

Les mains de la servante se crispèrent sur la jupe de sa robe. C'était… C'était un coup bas. La main d'Eolhsand se posa sur l'une des siennes.

« Que crois-tu accomplir en devenant la servante de Lia ? »

Guenièvre releva la tête. Elle savait que la Barde faisait ça pour détourner la conversation bien sûr mais…

« De quoi as-tu peur Gwen ? »

Eolhsand ne l'appelait jamais Gwen normalement.

« Je… »

Elle baissa les yeux.

« Et si Arthur retombait amoureux d'elle ? finit-elle par dire.

-Et tu penses qu'en devenant la servante de Lia, tu pourras l'empêcher ?

-Non ! protesta la servante. Pas du tout ! »

Ah ce mélange de sincérité et de mensonge. Eolhsand le connaissait bien et avec un pincement au cœur, elle repensa à Taliesin. Mais comment pouvait-elle dire à Guenièvre qu'elle était en train de se mentir à elle-même ?

« Je veux juste être là, ajouta la jeune femme. Au cas où ça se reproduirait. Pour savoir que je dois me retirer. »

Un court silence.

« Ce serait sans doute mieux en fait. Je ne suis qu'une servante et les servantes…

-Les filles de Roi ne deviennent pas barde, Guenièvre. » l'interrompit Eolhsand.

Elle lâcha la main de la servante et s'adossa plus profondément au dossier de sa chaise. Non, les filles de Roi ne devenaient pas barde. Elles épousaient l'homme que leur père désignait. C'était ce qui était arrivé à ses sœurs, ce qui lui serait arrivé s'il n'y avait pas eu la magie…

« Pourquoi êtes-vous devenue barde ? »

Eolhsand commença à jouer avec la pointe de sa tresse. C'était une question si simple et en même temps si compliqué…

« Je suis ce que je dois être, dit-elle au bout d'un moment.

-Je ne comprends pas. »

Eolhsand sourit. Bien sûr qu'elle ne comprenait pas. Elle cessa ensuite de jouer avec sa tresse. Elle avait pris sa décision. Sa main sa posa de nouveau sur celle de Guenièvre.

« Je ne t'empêcherai pas de devenir la servante de ma sœur mais j'ai tout de même un ordre à te donner, un ordre que je voudrais que tu respectes si tu persistes à vouloir servir Lia.

-Lequel ?

-N'essaie surtout pas de me réconcilier avec ma sœur.

-Pourquoi ? »

Eolhsand lâcha la main de la servante pour recommencer à jouer avec la pointe de sa tresse. Elle se demandait ce qu'allait penser Guenièvre après la révélation qu'elle allait lui faire. Elle se leva et s'approcha du lit. Elle tendit le bras et sa main effleura lentement le tissu de la robe qu'elle allait porte au banquet.

« Parce que je suis celle qui est partie sans jamais revenir. » répondit-elle sans regarder sa servante.

Avant que Guenièvre ne puisse dire quoi que ce soit, elle releva la tête pour la regarder.

« Je te laisse annoncer à ma sœur que tu acceptes d'entrer à son service. Tu lui diras que tu peux commencer immédiatement puisque je n'ai pas besoin de ton aide ce soir.

-Pas même pour vous habiller ?

-Je peux me débrouiller seul Guenièvre. »

Elle avait parlé plus durement qu'elle ne l'avait vraiment voulu.

« Bien, ma Dame. » dit la servante en se levant.

Elle s'inclina et quitta la pièce. Eolhsand ne lui accorda pas le moindre regard. Elle réfléchissait. Mais Guenièvre n'y fit pas attention. Elle réfléchissait aussi. Je suis celle qui est partie sans jamais revenir. Qu'avait-elle donc voulu dire par là ?


Ahélya observe attentivement son cahier à fic.

A : Bon... Ben... On dirait que je peux plus reculer...

Mais Ahélya s'enfuit soudain loin du cahier. PvC lève les yeux au ciel.

PvC : Scène du banquet.


Scène 24 : Santé