Bon gros pavé pour aujourd'hui !
_ Noour : "du coup quand il reviennent dans la réalité, c'est la "vrai" realité qu'ils ont quittée ? ou c'est une réalité differente ?
la description du retour de voldemort fait froid dans le dos" Héhéhé... tu auras la réponse à ta question en continuant à lire ce chapitre et les suivants :)
2 Septembre 2019
21h30
Scorpius se sentait épuisé, la journée lui paraissait extrêmement longue. Son père l'avait ramené au château et conduit directement dans le Bureau du Professeur Lafaille, Directeur de la Maison des Serpentard. Drago était entré avec lui et tous deux attendaient en silence que le Professeur de Défense contre les Forces du Mal les rejoigne. Silencieux, l'adolescent assis sur une chaise devant le bureau écoutait le feu ronfler dans la cheminée et le bruit des chaussures de son père qui résonnaient parfois contre les dalles en pierre. La porte s'ouvrit alors et livra passage au Directeur de la Maison :
- Monsieur Malefoy, ravi de voir que vous daignez revenir à l'école, commenta le professeur en refermant derrière lui. Drago, bonsoir.
Le père de Scorpius lui répondit par un poli hochement de tête et se rapprocha de la chaise où se trouvait son fils. L'adolescent leva timidement les yeux :
- Est-ce que… vous avez pu voir Albus… ?
Le visage séduisant de son interlocuteur s'adoucit quelque peu :
- Oui, monsieur Malefoy.
Le professeur repoussa machinalement ses longs cheveux noirs en arrière, puis s'installa derrière son bureau. Il croisa ses doigts sous son menton en dévisageant son élève :
- Mme Pomfresh lui a donné du chocolat et votre ami s'est endormi. Sa crise semble passée et il devrait pouvoir sortir de l'infirmerie demain matin.
Soulagé, Scorpius sentit un poids quitter ses épaules et il hocha la tête en soufflant :
- Merci…
- Puis-je savoir ce qui vous est passé par la tête, à tous les deux ? continua Lafaille sans élever la voix. Vous et monsieur Potter n'êtes pourtant pas le genre d'élèves à problème, nous avons même tendance à vous trouver presque trop discrets. Seriez-vous en train de chercher une quelconque façon de vous faire remarquer par tous vos petits camarades ?
Scorpius rougit :
- Je…euh… non… si… peut-être…
Il s'embrouillait, il ne savait pas quoi répondre. Bien évidemment, il était hors de question de parler du Retourneur de Temps, de mentionner Delphini. Mais il n'avait pas non plus envie de rejeter la faute entière sur Albus, après tout il l'avait tout de même suivi dans son idée suicidaire.
- Mon fils subit assez de rumeurs sans avoir besoin d'en rajouter, grinça Drago près de lui. Je doute qu'il ait agit ainsi dans la seule idée qu'on parle encore plus de lui.
Lafaille acquiesça pour lui-même. Penaud, Scorpius resta silencieux un long moment et ce fut le professeur qui reprit la parole :
- Qu'est-il arrivé au jeune Potter ? Je suppose que ce n'est pas toi le responsable de son état…
- Quelle idée ! s'écria immédiatement Drago outré. Je vous interdis de…
- Je parle à votre fils, Drago, s'il vous plaît ! l'interrompit Lafaille avec un froncement de sourcils.
L'adolescent s'enfonça un peu plus dans son fauteuil, souhaitant disparaitre sous terre. Il répondit à mi-voix :
- Non, je ne sais pas ce qu'il s'est passé. On était près de la Forêt avec Albus et on… on discutait. Je… En fait, je voulais voir certaines créatures qui vivent là-bas, de plus près, vous comprenez…
Il remarqua du coin de l'œil que la main de son père venait de se crisper légèrement sur le pommeau de sa canne et se rappela un peu trop tard que son géniteur savait pratiquer la Legilimancie. Drago savait qu'il mentait, même s'il ne savait pas la vérité pour autant. Constatant toutefois que son père ne démentait pas, Scorpius continua son demi mensonge :
- Donc… On a voulu passer par la Forêt, je voulais voir les Centaures, les Licornes… mais… mais je ne sais pas ce qu'il s'est passé. Albus s'est senti très mal tout à coup, il est devenu blanc, il avait l'air d'avoir mal au ventre… Il a fait cette crise bizarre et…
Il frissonna en se rappelant la frayeur ressentit en voyant son ami s'effondrer, le nez dans l'herbe.
- Voilà… c'est tout.
Un long silence accueilli son récit. Le Professeur ne croyait clairement pas cette invention justifiant leur passage dans la Forêt, mais il préféra ne pas insister sur ce sujet.
- Donc… répéta lentement Lafaille en caressant une plume posée sur son bureau. Vous avez quitté le train pour finalement revenir aux alentours de Poudlard, je suppose qu'il faut chercher une logique là-dedans.
Scorpius ouvrit la bouche, puis la referma. Les joues brûlantes de gêne absolue et se sentant coincé. Son père avait raison en disant qu'il ne cherchait pas à se faire remarquer encore plus, et ils savaient tous les trois qu'il était inutile de nier ce point.
- J'espère que tu as consciences de la chance que vous avez eu ? Si plusieurs adultes n'étaient pas à votre recherche dans le secteur, à ce moment-là, ton ami et toi auriez pu avoir de gros ennuis ! souligna le Directeur des Serpentard avec sévérité.
Scorpius hocha la tête :
- Je sais…
Il se mordit les lèvres, lança un coup d'œil angoissé en direction de son père qui fixait les flammes vertes dans l'âtre, et continua d'une voix tremblante :
- Je sais qu'on a mal agit… Je regrette vraiment, vous savez ? Et je... je suis soulagé que vous nous ayez trouvé, que les Potter et mon père aient été là… J'ai parfaitement conscience que nous sommes allés trop loin et que sans nos parents, on… on serait peut-être encore dans la Forêt et Albus en plus mauvais état.
Lafaille soupira longuement :
- Votre petit projet vous a dépassé. Etant donné que c'est la première fois que vous transgressez le règlement, et que l'année scolaire n'avait pas encore commencé au moment où vous avez fugué du Poudlard Express, je vais exceptionnellement ne pas retirer de points à Serpentard. J'estime que la frayeur que vous venez d'avoir servira de leçon à la place de quelques points en moins.
- Merci… Professeur… murmura Scorpius d'une voix enrouée mais reconnaissante.
- Cependant, vous aurez tous les deux une retenue chacun, continua Lafaille. Pour avoir séché les cours et avoir pénétré dans la Forêt Interdite sans autorisation.
L'adolescent hocha la tête, acceptant cette punition qu'il estimait méritée. Le Professeur se leva de sa chaise :
- Bien… Mon rôle s'arrête ici. Drago, je vous laisse avec votre fils. Scorpius, je te vois en cours demain.
- Oui, Professeur… répondit Scorpius à mi-voix.
Lafaille lui adressa un léger signe de tête :
- Le mot de passe, c'est « Mandragore », l'informa-t-il avant de quitter le bureau.
L'adolescent se frotta les yeux, conscient qu'ils avaient de la chance d'avoir un tel professeur. Lafaille savait se montrer juste, patient, sévère quand il le fallait, mais n'en restait pas moins humain. Autant de qualités qui plaisaient à beaucoup d'élèves, il était même devenu l'un des professeurs préférés de Poudlard, ce qui n'était pas un mince exploit pour un Directeur de la Maison des Serpentard !
Scorpius se retrouva à nouveau seul, face à son père qui s'adossa contre le bureau, juste devant lui, les bras croisés.
- Papa…
- Evite de sortir ton excuse d'étudier des licornes dans la Forêt Interdite, sinon je te ramène à la maison par la peau du cou et tu ne mettras plus jamais les pieds à Poudlard ! le coupa sèchement Drago.
La menace fit frémir l'adolescent qui se voyait déjà séparé d'Albus.
- Pardon… murmura-t-il. Je ne voulais pas… tout ça.
Là, son père ne pourrait pas dire qu'il n'était pas sincère puisqu'il s'agissait là de la plus stricte vérité. Le regard gris de Drago se posa sur son fils, il ne savait pas réellement quelle attitude adopter envers lui, Scorpius n'était pas du genre à créer des problèmes et il n'avait jamais eu à se plaindre de lui. Il se sentait quelque peu démuni devant cette situation inédite et constatait bien également que son enfant était malheureux. Les rumeurs le liant à Voldemort restaient un poids à supporter, mais il devait à présent apprendre à vivre sans sa mère. Un deuil difficile à faire pour tous les deux, ils ne savaient pas se parler. On ne savait jamais se parler chez les Malefoy. Scorpius mentait, et ça c'était une première ! Il racontait des bobards pour protéger le mioche Potter et ça ne lui plaisait pas beaucoup. Ses yeux gris se plantèrent dans ceux de son fils, si identique aux siens. Quelques secondes suffiraient…
L'adolescent tressaillit en comprenant ce que son père s'apprêtait à faire et serra les accoudoirs du fauteuil entre ses mains. Il se savait bien trop fatigué pour résister à un assaut de Legilimancie, son père allait tout savoir et tout comprendre en quelques secondes. Drago remarqua immédiatement la réaction effrayée de son fils et détourna instantanément la tête. Non, il ne pouvait pas faire ça. Astoria lui avait fait promettre de ne jamais violer l'esprit de leur fils.
- Je ne suis pas un imbécile, Scorpius, reprit Drago. Tu ne prends jamais d'initiatives comme ça, tu évites les problèmes au lieu de les chercher, tu ne me feras pas croire un seul instant que tu es le responsable de cette escapade. C'est lui qui a eu une idée et tu l'as suivi.
Il guetta la réaction de l'adolescent qui rebaissa un peu plus les yeux au sol, mais en gardant le silence, préférant nettement ne pas incriminer Albus.
- Ton ami… J'ignore quel était votre projet et je ne vais pas te harceler pour le savoir, je me range à l'avis de Lafaille en estimant que visiblement tout n'a pas tourné comme vous le souhaitiez. La présence d'Albus à l'infirmerie est une leçon à retenir, Scorpius.
Un sourire froid se dessina sur ses lèvres :
- Et je dois avouer être content de savoir que c'est le fils Potter qui est actuellement sans connaissance et non toi.
- Tu as toujours détesté les Potter, marmonna Scorpius en visualisant le badge « A bas Potter » épinglé sur la robe de Drago adolescent.
Son père haussa les épaules :
- C'est ainsi, Scorpius. Et si je les détestais vraiment, comme tu sembles le croire, je ne te laisserai pas fréquenter Albus.
Il croisa les yeux inquiets de sa progéniture et secoua doucement la tête en devinant ses pensées :
- Mais ce qui m'importe, c'est ce qui te fait plaisir, du moment que te faire plaisir n'inclue pas trop de bêtises. Harry Potter n'est qu'un petit arrogant prétentieux mais je dois reconnaitre que son garçon est un peu plus…fréquentable, acheva-t-il avec un vague rictus.
Scorpius acquiesça, conscient qu'il s'agissait là quasiment d'un compliment de la part de son père.
- Fais très attention, Scorpius. Tu as déjà beaucoup à porter sur tes épaules avec les rumeurs sur le Seigneur des Ténèbres, le nom des Malefoy qui n'est pas toujours très apprécié... Sois prudent, c'est de ton âge de te rebeller un peu, mais ne dépasse plus les limites comme ces dernières heures.
- Oui, papa… murmura l'adolescent.
- Je n'ai plus que toi. S'il t'arrive quelque chose…
La phrase resta en suspens. Scorpius regarda son père qui détourna la tête en se décollant du bureau, et pendant un bref instant il se demanda comment il vivrait les choses s'il venait à le perdre aussi, comme sa mère. L'idée lui noua la gorge, pendant un bref instant il songea à sauter au cou de son père et à se serrer fort contre lui, pour le rassurer et se rassurer avec lui. Mais l'adolescent craignait que sa réaction soit mal prise, son père n'était pas très câlins.
- Bien… reprit Drago en réajustant sa cape. Tu devrais regagner ton dortoir et dormir, demain tu as cours.
- Tu rentres à la maison ? demanda l'adolescent en quittant son siège.
Drago Malefoy hocha la tête. Scorpius imagina un instant le grand Manoir désert avec son père tout seul à l'intérieur, à un ou deux elfes de maison près et ne l'envia pas du tout. Ils quittèrent ensemble le bureau et Drago l'accompagna jusqu'au mur nu dissimulant la salle commune, voulant s'assurer que sa progéniture allait bien se mettre au lit et non pas partir dans une autre direction.
- Bonne nuit, papa, murmura Scorpius en lui adressant un sourire fatigué. Rentre bien à la maison.
La main de Drago Malefoy étreignit brièvement l'épaule de son fils, avant que ce dernier ne s'engouffre dans la salle commune. Scorpius remarqua que quelques élèves étaient encore debout, mais il fit semblant de ne pas les voir et monta directement dans le dortoir. Sa valise avait été rangée sous son lit. L'adolescent la tira à lui sans bruit, et sorti son pyjama. Tout en se changeant, il jeta un regard de regret en direction du lit vide d'Albus, espérant que son ami allait mieux.
Harry Potter tournait en rond dans l'infirmerie de Poudlard, le visage soucieux. Pour la centième fois depuis qu'il était entré dans cette pièce, il regarda sa montre et soupira en constatant qu'il était presque minuit à présent. Il avait réussi à convaincre Ginny de rentrer à la maison, lui promettant de rentrer dès qu'Albus aurait repris connaissance. Le Survivant s'assit au chevet de son fils et lui toucha délicatement la joue, rassuré de voir qu'il était moins pâle et moins froid que tantôt. Il lissa machinalement quelques mèches noires entre ses doigts, puis réajusta la couverture de laine sur lui en se demandant si les Weasley se sentaient aussi inquiets pour lui, à l'époque de ses études à Poudlard et qu'il revenait également en piteux état. Nerveux, Harry quitta sa chaise et recommença à faire les cent pas devant le lit. Pourquoi Albus était-il parti ? Pourquoi la Forêt ? Pourquoi Flagley-le-Haut ? Pourquoi cette crise ? Et que voulait dire Firenze ? Et cette ombre menaçante ?
Agacé, le Survivant donna un coup de pied dans le mur. La douleur ressentit à son gros orteil n'arrangea pas son humeur et il songea qu'il devrait peut-être songer à mettre la main sur une Pensine, afin de mettre un peu d'ordre dans ses pensées, comme le faisait autrefois le professeur Dumbledore.
- Bonsoir, Harry.
L'interpellé sursauta en entendant cette voix qu'il n'avait pas entendu depuis plus de deux décennies et qu'il aurait pourtant reconnue entre des milliers.
- Pro… Professeur… ?
Il regarda partout autour de lui et finit par remarquer que le portrait, jusqu'à présent vide, accroché au-dessus du lit de son fils était à présent occupé par un vieil homme à la longue barbe blanche, aux yeux pétillants derrière des lunettes en demi-lune. L'ancien Directeur de Poudlard lui adressa un doux sourire. Harry se rapprocha du portrait, regrettant de n'être que face à une peinture. Il avait tellement besoin des conseils du vieux sorcier, tellement besoin d'avoir son soutien…
- Vous… C'est rare de vous voir… remarqua-t-il avec maladresse.
Dumbledore hocha la tête :
- Je suis très populaire, cela inclue que de nombreux portraits ont été dressés à mon effigie, Harry, répondit-il avec un brin d'amusement dans la voix. Je passe mon temps à passer de l'un à l'autre.
Il s'accroupit au bord du cadre pour regarder Albus Potter. Avec une bouffée de nostalgie, Harry eut l'impression de le revoir dans cette même posture, au bord du lac, en train de parler avec le chef des êtres de l'eau.
- Comment va ton fils ? s'enquit aimablement Dumbledore.
- Mme Pomfresh dit qu'il va s'en remettre… J'attends son réveil, pour être sûr…
L'ancien professeur hocha la tête :
- Il est toujours difficile de voir souffrir ses proches. C'est encore pire lorsque c'est son propre enfant.
Il y eut un silence entre le portrait et Harry. Ce dernier avait pourtant rêvé maintes fois qu'il revoyait Dumbledore, il en profitait pour lui demander des conseils, lui poser des questions, avoir son avis sur bien des sujets… Mais il avait l'impression qu'elles étaient toutes futiles et stupides à présent. Dumbledore venait simplement aux nouvelles, non pour lui dire comment gérer la suite des évènements.
- Je ne vous ai jamais demandé ce que vous pensiez de son prénom… comme c'est le vôtre, ne parvint-il qu'à dire au bout d'un long moment.
Dumbledore continua à regarder l'adolescent couché dans le lit, puis se redressa pour s'appuyer contre le rebord du cadre :
- Je suis extrêmement flatté, mais peut-être est-ce un poids très lourd posé sur sa tête…
- Je ne sais pas quoi faire avec lui, Professeur, soupira Harry en se passant une main dans les cheveux. J'ai vu Firenze, tout à l'heure, il dit que mon fils est en danger ! Qu'auriez-vous fait, vous ?
La barbe blanche du vieux professeur frémit tandis qu'un sourire triste se dessinait sur ses lèvres :
- C'est à moi que tu demandes comment protéger un garçon d'un terrible danger ? murmura-t-il. On ne peut pas protéger les gens de la souffrance. Si la douleur doit arriver, elle arrivera…
Harry fronça les sourcils, le regard allant de son fils à Dumbledore. Il croisa les bras, contrarié :
- Je suis censé rester là à regarder sans rien faire ?
- Non. Tu es censé lui apprendre à affronter la vie et ses épreuves.
Le Survivant fit de son mieux pour ne pas lever les yeux au ciel. Il voulait des conseils et en même temps il n'aimait pas ce qu'il entendait. Dumbledore le dévisagea par-dessus ses lunettes :
- Peut-être devais-tu apprendre à voir clairement qui il est.
- Vous sous-entendez que je ne connais pas mon propre fils ? répliqua-t-il un peu plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.
- Tu dois le voir tel qu'il est. Tu dois chercher ce qui le blesse.
Harry se mit à tourner en rond, les pensées à nouveau en ébullition.
- Ce qui le blesse ? L'ombre ?
Dumbledore ne répondit pas.
- Papa… marmonna Albus en remuant dans le lit.
Le Survivant bondit immédiatement au chevet de son fils en train de se réveiller et leva les yeux vers le portrait en demandant précipitamment :
- C'est ce que vous voulez me dire ? Le nuage noir représente quelqu'un et non pas quelque chose, c'est ça ? Je dois le protéger d'une personne ?
L'ancien Directeur de Poudlard le dévisagea gravement, avant de répondre à mi-voix :
- Mon opinion ne doit pas compter, Harry. Je ne suis que peinture et souvenir.
- Professeur…
Mais Dumbledore était parti, laissant son portrait à nouveau vide.
Albus se frotta les yeux. Il avait la bouche pâteuse et sentait que son front était un peu plus chaud que la normale.
- Albus…
L'adolescent cligna des paupières en tournant la tête vers son père qui s'assit au bord du lit. Il reconnut l'infirmerie et mit un moment à se rappeler pourquoi il était ici.
-…Bonsoir, papa… marmonna-t-il en tripotant nerveusement la couverture.
D'un rapide coup d'œil, Albus constata qu'il était seul et regretta que sa mère ne soit pas présente. Il espéra que Scorpius allait bien également.
Harry tendit le bras vers la table de nuit, attrapa une tablette de chocolat qu'il cassa en morceaux et en tendit un bout à son fils :
- Mange un peu, ça devrait te faire du bien.
Albus ne se fit pas prier pour prendre le chocolat et mastiqua lentement, s'attendant à recevoir un savon d'un instant à l'autre. Harry n'avait pas l'air de bien savoir par où commencer et croqua à son tour un carré pour se donner une contenance et se laisser le temps de réfléchir.
- Bien… reprit son père. Si tu commençais par m'expliquer quelle folie vous a traversé l'esprit ? Fuir du train, voyager en Magicobus, explorer la Forêt Interdite… mais qu'aviez-vous donc en tête ?
Mal à l'aise, l'adolescent s'adossa contre son oreiller :
- Bah…hmm… En fait, je n'avais pas très envie de retourner à l'école, tout ça. Me suis dit que ça serait peut-être intéressant de vivre comme un Moldu, répondit-il au hasard.
Les yeux d'Harry se plissèrent, Albus était un piètre menteur.
- Et donc, reprit-il en croisant les bras. Tu pars vivre comme un Moldu en partant avec le Magicobus, à destination d'un village connu pour être un village composé de sorciers…
- C'était pour brouiller les pistes, tenta maladroitement Albus. On s'est douté qu'on allait être recherché, alors on a pris exprès une destination en particulier pour que vous cherchiez là-bas pendant qu'on serait ailleurs ensuite.
Le Survivant se demanda jusqu'à quel point son fils était en train de le mener en bateau. Il tenta néanmoins de continuer son interrogatoire en lui redonnant du chocolat :
- Et pourquoi revenir à Poudlard, dans ce cas ? Comment avez-vous fait ?
Albus porta la main à son front, il avait encore un peu mal à la tête. Il mastiqua en se demandant comment sortir de ce guêpier dans lequel il venait de se fourrer :
- On a réalisé qu'on était quand même un peu trop téméraires sur ce coup. Alors on est parti à Pré-au-Lard et on a pris un des passages secrets pour revenir.
- Dans une robe de Durmstrang… ?
L'adolescent avala difficilement son chocolat et préféra rester silencieux. Harry le regarda longuement et songea que ce n'était pas en acculant son fils au pied du mur que ce dernier allait être plus sincère. Remarquant que celui-ci grimaçait parfois en se touchant la tempe, le Survivant essaya d'opter pour une autre approche.
- Que t'est-il arrivé, dans la Forêt ? La cause de ton malaise…
Albus hésita. Il n'avait jamais parlé de ses étranges rêves, combinés parfois à des visions, à sa famille. Le seul à savoir qu'il cauchemardait parfois de façon presque prophétique était Scorpius… et même lui ne savait pas tout.
- Quand j'étais jeune, il m'arrivait parfois d'avoir des drôles de rêves, continua Harry. Ces rêves se sont parfois révélés vrais et tenaient presque de la vision… C'est ainsi que je savais parfois ce que complotait Voldemort.
Intéressé, l'adolescent leva les yeux vers son père. Le cœur battant, il songea que peut-être, ce dernier pourrait comprendre, puisqu'il connaissait apparemment quelque chose de semblable.
- Et tu crois que j'ai eu un… truc comme toi ?
Les yeux verts d'Harry se posèrent sur lui, pensifs :
- Je l'ignore, mais tes symptômes me rappelaient un peu ce que je pouvais ressentir… Ta mère trouve aussi que ça ressemble.
- Mais…enfin… ces rêves que tu faisais, ils te disaient quoi, par exemple ?
Apparemment soulagé de pouvoir avoir une conversation correcte avec sa progéniture, le Survivant se leva, attrapa le pichet d'eau et remplit un verre.
- C'était très particulier, j'avais une sorte de connexion mentale avec Voldemort et je pouvais parfois voir à travers ses yeux. Ces cauchemars étaient des mises en garde parfois.
Albus prit le verre d'eau qu'il lui tendit et trempa ses lèvres, appréciant la fraicheur du liquide frais contre ses lèvres trop chaudes. Son père pourrait peut-être l'aider à déchiffrer ses rêves… Il ne voyait pas à travers les yeux du Mage Noir, mais il voyait le Mage Noir, peut-être est-ce qu'il devrait le mentionner ?
- Des mises en garde… répéta l'adolescent à mi-voix. Je vois.
Harry hocha la tête :
- En parlant de mise en garde, tu devrais peut-être prendre un peu tes distances avec Scorpius.
Albus sursauta tellement qu'il en lâcha son verre qui tomba au sol en répandant son contenu sur le carrelage :
- Quoi ?
Son père continua :
- Pendant qu'on vous cherchait dans la Forêt, j'ai rencontré Firenze. C'est un centaure particulièrement doué pour la divination et il dit qu'une ombre noire plane sur toi.
L'adolescent tressaillit en entendant cette information. Il n'était donc pas le seul à percevoir cette chose dans l'obscurité ! Mais il n'aimait pas du tout la tournure que prenait la conversation et n'avait soudain plus envie de confier quoi que ce soit à Harry Potter le Survivant, certain que son père allait forcément tirer des conclusions hâtives.
- Une ombre noire ? Et tu me demandes de cesser de voir Scorpius ?! s'exclama Albus avec colère.
Harry ramassa le verre au sol :
- Baisse d'un ton, jeune homme. Les Forces du Mal sont à l'œuvre, en ce moment, et il faut t'en protéger. Je ne sais pas si Scorpius est une bonne influence sur toi…
- Pourquoi ?! Parce que tu crois les rumeurs à son sujet, toi aussi ? Scorpius n'a rien à voir avec ton Voldemort !
- Est-ce que c'est lui qui t'a demandé de fuir du Poudlard Express ?
- NON ! hurla Albus avec fureur en se redressant dans son lit. C'est mon seul ami et tu n'as pas le droit de me demander de me séparer de lui ! Tu ne comprends rien !
- Albus, sois raisonnable… Tu es sûr qu'il est bien fiable… ?
- Oui ! Fiche-moi la paix avec lui ! T'aurais aimé qu'on te demande de cesser de fréquenter Hermione ou Ron quand tu avais mon âge ?!
Bien trop tard, Harry Potter comprit qu'il avait encore dit ce qu'il ne fallait pas, au mauvais moment et qu'il venait, une nouvelle fois, de se mettre son fils à dos.
- Non, Albus, mais c'était différent et…
Ils sursautèrent tandis que la porte du bureau de l'infirmerie s'ouvrait à la volée, livrant passage à Mme Pomfresh en robe de chambre.
- Monsieur Potter ! lança-t-elle d'une voix agacée. Votre fils a besoin de repos et vous de même ! Vous devriez le laisser dormir.
Harry hésita, puis finit par capituler devant le regard furieux de l'infirmière.
- Fais attention à toi, Albus, se contenta-il de dire en quittant la salle.
Une fois dans le couloir, le Survivant décida de ne pas rentrer chez lui. Il était effectivement extrêmement tard, mais il voulait tout de même avoir une discussion avec le Professeur McGonagall au plus tôt le lendemain matin. Harry Potter monta jusqu'au septième étage et passa trois fis devant la tapisserie de Barnabas le Follet et des trolls.
« Je voudrais une chambre où dormir, je voudrais une chambre où dormir… »
A son troisième passage, une porte apparue dans le mur. Harry tourna la poignée et se retrouva dans une pièce simple mais claire avec un lit de camp, des couvertures, des oreillers et un lavabo. Bien suffisant pour passer la nuit.
Après le départ de son père, Albus avait laissé Mme Pomfresh vérifier son état de santé sans protester. Il se laissa docilement palper la tête, accepta un nouveau morceau de chocolat accompagné d'un verre d'eau. Le sang recommençait à pulser à ses tempes et il craignait qu'un nouveau cauchemar vienne hanter sa nuit. Heureusement l'infirmière décida de lui donner une Potion du Sommeil afin qu'il dorme d'une traite jusqu'au lendemain. L'adolescent but la potion avec soulagement, rêvant simplement à dormir de longues heures, à se reposer, à oublier à tout prix son abruti de père qui croyait tout savoir… et vite arriver au lendemain matin pour retrouver Scorpius et voir comment allait ce dernier. Et Delphini… ? Il fallait qu'il la contacte, qu'il sache ce qu'il s'était passé pendant leur absence. Avaient-ils réussi… ? Dès l'instant où sa tête entra en contact avec l'oreiller, Albus sombra dans un profond sommeil sans rêves.
En espérant que ce chapitre vous a satisfait.
