Chapitre 24

Cela faisait maintenant six mois que Naruto avait fait sa demande d'euthanasie. Sasuke l'avait aidé à rédiger une demande écrite à soumettre à son médecin. Suite à cela, deux psychiatres étaient venus l'examiner afin d'attester qu'il était bel et bien sain d'esprit et entièrement maître de sa volonté. Les semaines s'étaient ensuite écoulées. Le temps filait sans cesse, insatiable. L'hiver se trouvait loin derrière et les premiers jours d'été pointaient le bout de leur nez. Mai était là, chaud et ensoleillé. Les doux rayons de soleil étaient venus balayer les épais nuages noirs et le chant des oiseaux remplaçait la mélodie de la pluie. La bonne humeur peuplait le cœur des gens. Les bancs des parcs étaient pratiquement tous occupés. Certains s'allongeaient même sur la pelouse, au bord d'un petit lac, lunettes de soleil sur le nez.

Dans une petite chambre d'hôpital, unité de soins intensifs, Naruto Uzumaki redécouvrait la douce chaleur du soleil. La pièce baignait dans la lumière et le soleil mettait de l'or dans les cheveux de Naruto. Avec nostalgie, il se mit à songer à ses jeunes années, lorsqu'il s'aventurait dans la forêt l'été afin de peindre à l'abri du regard sévère de son père. Il se souvenait combien il aimait sentir les rayons du soleil chatouiller sa nuque. Il arrivait presque à sentir les courbatures qui finissaient par lui brûler le dos quand il restait courbé en deux pendant des heures, une simple feuille de papier sur les genoux et un pinceau entre les doigts.

Parfois, audacieusement, il s'aventurait un peu plus loin dans les bois, jusqu'à une petite rivière qui s'écoulait calmement. Alors il s'asseyait sur une pierre, à l'ombre d'un grand chêne, et peignait jusqu'au crépuscule. Souvent, il rentrait chez lui avec les joues barbouillées de terre et de peinture, et ses phalanges étaient couvertes d'ampoules. Dès qu'il franchissait le seuil de la demeure familiale, sa mère l'envoyait illico à la douche, le gratifiant d'un clin d'œil complice. Son père ne sut jamais rien de ses escapades secrètes. Et c'était certainement mieux ainsi. Minato Uzumaki était ainsi mort en paix, persuadé d'avoir été le meilleur père que la Terre ait jamais porté, persuadé d'avoir fait de son fils un homme parfait.

Ce temps-là se trouvait loin derrière, désormais. Il ne possédait plus le moindre sens. D'ailleurs, Naruto ignorait pourquoi les images de son enfance revenaient peupler sa mémoire. Peut-être que les rumeurs étaient vraies après tout et que les personnes se trouvant aux portes de la mort voyaient leur vie défiler devant leurs yeux apeurés. Si tel était le cas alors Naruto ne souhaitait revoir que quelques instants seulement. Les plus beaux de son existence. Ceux dont Sasuke Uchiha avait fait partie. Ce qu'il y avait avant l'apparition de Sasuke ne valait pas la peine qu'on s'en souvienne.

Son euthanasie était prévue pour le lendemain, à midi. Evidemment, Naruto pouvait changer d'avis à tout moment mais, comme Sasuke s'en doutait, il camperait sur ses positions. Compte tenu de la situation, l'hôpital avait exceptionnellement autorisé Sasuke à passer la nuit à ses côtés. Cette nuit serait la dernière et il ne le réalisait pas vraiment. Il ne réalisait pas encore que demain, à exactement la même heure, il ne ferait plus partie de ce monde. Il ne réalisait pas encore qu'il passerait ses ultimes instants en compagnie de Sasuke et qu'il n'aurait plus l'occasion de contempler ses magnifiques yeux noirs. Cela lui semblait absurde, presque risible. Bien qu'il ne l'avouerait jamais, la mort lui faisait peur. Il avait toujours redouté l'inconnu, c'était dans sa nature. Naruto Uzumaki était le genre d'homme qui aimait tout prévoir, tout calculer, tout contrôler. D'un autre côté, il était en proie à une étrange curiosité : il allait bientôt découvrir ce qui se passait une fois que l'on fermait définitivement les yeux.

Peut-être qu'il reverrait son père. Peut-être que Minato le sermonnerait à cause de ses derniers mois passés sur Terre. Peut-être aussi qu'ils se donneraient une seconde chance, là-haut, quelque part derrière les nuages. Peut-être pourraient-ils enfin se parler d'homme à homme, sans mensonges et sans artifices. Si les croyances de certains s'avéraient vraies, s'il se retrouvait condamné à partager un bout de Paradis avec son géniteur, alors Naruto pourrait enfin lui dire. Il pourrait lui dire combien il l'aimait et combien il avait autrefois voulu lui plaire. Il aurait également l'occasion de lui avouer que désormais, il se moquait bien de lui plaire ou non. Enfin, il s'aimait tel qu'il était vraiment. Il lui aurait fallu vingt neuf ans pour y parvenir. Autrefois, il s'était juré de tout faire pour réussir dans la vie afin d'aller lui cracher son bonheur en plein visage. Hélas, son père était mort avant qu'il ne puisse le faire.

S'il existait réellement un au-delà, il espérait l'y retrouver. Mais pas pourlui cracher son bonheur en plein visage.

Seulement pour le pardonner.

xXxXx

Le soir était tombé trop rapidement au goût de Sasuke. Il avait franchi la porte de la chambre 312 aux alentours de quinze heures. Le temps paraissait défiler à une vitesse folle, un peu comme s'il se mettait du côté de la mort. La mort. Elle était là. Elle flottait dans la pièce, sournoisement, attendant le moment propice pour arracher Naruto à la vie. Et à Sasuke. Le ténébreux la sentait. Il la sentait dans les moindres recoins de la chambre. Malgré tout, leur soirée avait débuté comme n'importe quelle autre. Docilement, Sasuke s'était allongé aux côtés de Naruto et en silence, ils avaient regardé le film préféré du blondinet, Le seigneur des anneaux. Ils s'étaient arrêté au tout premier film de la trilogie, jugeant qu'ils n'auraient de toute façon jamais le temps de visionner les trois. Maintenant, le silence planait dans la pièce. Un silence empreint de non-dits où chacun cherchait en l'autre le courage qui lui faisait défaut.

Sasuke tenait Naruto entre ses bras et lui caressait les cheveux d'un air pensif. C'était drôle. Il avait passé la moitié de la journée à réfléchir à toutes les choses qu'il souhaitait lui dire avant qu'il n'embarque pour l'autre monde mais, alors qu'il se trouvait face au blondinet, sa langue semblait scellée. Les mots ne possédaient plus le moindre sens. Ils réduisaient sa peine et ses sentiments. Pourtant, il savait qu'il n'aurait pas d'autre occasion d'ouvrir son cœur à Naruto. Simplement parce que Naruto s'apprêtait à partir pour un voyage auquel il n'était pas convié. Convaincre Naruto de changer d'avis était une idée qui avait définitivement déserté son esprit. Sasuke comprenait. Il comprenait le choix de Naruto mais le chemin menant à l'acceptation serait long et laborieux. Il n'était d'ailleurs pas certain d'arriver un jour à destination.

Ainsi allait la vie pourtant. Naruto fermerait les yeux mais le monde continuerait de tourner, les saisons se succèderaient toujours, le vent soufflerait encore. C'était comme ça. Naruto allait mourir et le monde entier s'en fichait. Chacun continuerait sa petite vie de son côté, imperturbable, et Sasuke ne le supportait pas. Il n'avait toujours pas trouvé un responsable sur qui dépêtrer sa colère mais à vrai dire, il ne disposait plus de la force nécessaire pour y réfléchir. Il ne voulait pas que les derniers instants de Naruto soient empreints de tristesse et de rancune. Pour cela, il s'était impérativement interdit de pleurer ou de supplier. Il se comporterait normalement, redeviendrait l'homme franc et grognon qu'il avait toujours été. Juste pour quelques heures. Ensuite, enfin, il pourrait sombrer et s'abandonner à la douleur.

Mais pas encore.

-Hey Naruto, nous sommes en mai, susurra-t-il. Tu sais ce que ça veut dire ?

Un léger sourire se dessina sur les lèvres du blondinet.

-Oui. Cela fait un an que nous nous connaissons.

-Un an. Pratiquement jour pour jour.

A une semaine près, cela faisait un an que Sasuke Uchiha avait poussé la porte de l'imposante demeure en pierre grise de Naruto Uzumaki, chef d'entreprise. Presque trois cents soixante cinq jours s'étaient écoulés depuis mais Sasuke avait l'impression que cela s'était passé hier. Il se rappelait encore l'anxiété qui l'avait gagné lorsqu'il s'était retrouvé face à cet homme froid et hautain, au beau milieu d'un large bureau aux murs lambrissés de pin. Malgré toutes les douleurs qui avaient suivi cette rencontre, Sasuke serait prêt à recommencer. Il serait prêt à parcourir le même chemin, main dans la main avec Naruto. Simplement parce qu'il en est de l'amour comme de ces chemins qu'on ne peut connaître qu'en les empruntant.

Naruto leva vers lui ses grands yeux bleus peuplés d'étoiles.

-Sasuke… tu veux bien… me raconter notre histoire ?

Comme un réflexe, le ténébreux étreignit Naruto avec plus de forces. Il était vingt et une heure. Toutes les lumières ou presque du CHU d'Osaka étaient éteintes.

-Raconte-moi tout depuis le début, répéta Naruto.

-D'accord, lâcha Sasuke.

Alors il raconta. Son éternelle voix calme et posée ébrécha le silence. D'abord, il ne sut par où commencer exactement. Tout sembla s'embrouiller dans sa tête. Pendant un bref instant, sa mémoire parut lui faire défaut. Puis il clôt les paupières, imitant Naruto, et d'agréables images naquirent dans son esprit. S'il se concentrait, il pouvait même entendre la mélodie du vent qui soufflait ce jour-là. Il raconta comment il avait découvert par hasard une offre d'emploi dans un quotidien banal. Puis, avec une pointe d'amusement dans la voix, il rappela comment ils avaient pu se détester au départ, comment Naruto parvenait à l'irriter au plus haut point avec ses remarques acerbes et ses regards dédaigneux. Si on leur avait dit, à ce moment-là, qu'une belle histoire d'amour naîtrait entre eux, ni l'un ni l'autre ne l'aurait cru. La vie savait se montrer drôle parfois.

Sasuke n'aurait pu remonter le temps sans évoquer leur première nuit ensemble. Sous un prunier en fleurs, par une nuit d'été caniculaire. Il remémorait la douceur de leurs gestes et la tendresse de leurs baisers. Il se souvenait de cette façon particulière qu'il avait eue d'étreindre Naruto, cette nuit-là. Il l'avait serré délicatement, comme s'il s'agissait d'un bijou à la fois fragile et précieux qu'il craignait briser. Quelque part, la fragilité de Naruto ne lui avait jamais échappé. Sasuke rappela également cette manière singulière qu'avait Naruto de murmurer son prénom, le timbre particulier de sa voix lorsqu'il chuchotait Sasuke, tu es beau, Sasuke.

Désireux de ne se souvenir que des bons moments, Sasuke évita de parler de sa relation avec Neji Hyûga et de celle de Naruto avec Sakura Haruno. Ces instants de souffrance ne valaient pas la peine d'être mentionnés. Sans parler de l'épisode « scandale de la presse people », Sasuke enchaîna sur leurs quelques mois de vie commune. Il souligna combien il était agaçant de retrouver des boxers sales et des canettes de soda qui ne lui appartenaient pas un peu partout. Naruto laissa échapper un petit rire empreint de fatigue mais n'ouvrit pas les yeux. Il commençait déjà à s'endormir. Sasuke pouvait presque sentir la vie quitter son corps mais se passa de commentaires. La gorge serrée et les yeux pleins de larmes sous ses paupières closes, il se contenta de conter leur histoire.

Naturellement, il acheva sur leur mariage. Chacun portait son alliance. Sasuke la porterait toute sa vie. Celle de Naruto reposerait sur l'urne contenant ses cendres. Le silence retrouva ses droits. Il n'y avait pas le moindre bruit. Sasuke ne bougea pas d'un poil. Il étreignait Naruto avec tellement de force que ses bras vibraient à présent comme des cordes de guitare. Il n'osait pas ouvrir les yeux, redoutant la réalité. Il se sentait tellement bien, perdu dans ses souvenirs, et il craignait de découvrir la réalité. Car dans la réalité, Naruto était mort. Il le savait. Il l'avait entendu rendre son dernier soupir, là, juste contre son torse.

-Jamais je ne pourrais oublier ce que l'on a vécu, Naruto, ajouta-t-il dans un souffle.

Finalement, il n'y eut aucune euthanasie. Cette nuit-là, Naruto s'éteignit dans les bras de Sasuke, bercé par ses paroles, égaré dans le bonheur qu'ils avaient jadis connu. Sasuke se souvenait d'avoir lu quelque part que certaines personnes partaient de leur plein gré après avoir dit au revoir à ceux qu'elles aimaient. Sasuke le garda contre lui jusqu'au petit matin avant d'appeler une infirmière. On recouvrit d'un drap le corps de Naruto et on l'emmena dans un endroit que Sasuke ne préférait pas connaître. On lui proposa de consulter la psychologue de l'hôpital. Bien évidemment, il refusa. De toute façon, aussi compétente soit-elle, elle ne pourrait pas lui rendre Naruto, pas vrai ?

Ensuite, il s'était isolé dans les toilettes afin de verser toutes les larmes de son corps à l'abri des regards indiscrets. Comment expliquer le flux d'émotions déferlant en lui à ce moment-là ? Eh bien, selon les scientifiques, une météorite pourrait entrer en collision avec la Terre à n'importe quel instant. Elle détruirait la totalité des êtres vivants de la planète avant de la plonger dans une nuit polaire qui durerait des millions d'années. Sasuke aurait pu dire que la mort de Naruto avait été sa météorite. Désormais, son monde resterait à jamais plongé dans le noir, le noir de la haine. Il n'était pas certain d'apercevoir à nouveau l'éclat du soleil. Le futur ? Il n'y pensait même pas. Simplement parce que quand quelqu'un meurt, on songe au passé. On se remémore l'avant et on en oublie l'après. Le soleil avait disparu. Il ne restait désormais qu'une pluie fine et maussade. Une pluie qui ne s'arrêterait pas. Jamais.

On lui transplanta le cœur de Naruto le lendemain.

En ce jeudi quinze mai, dans l'un des blocs opératoires du CHU d'Osaka, le docteur Orochimaru peina à retenir ses larmes. Il venait de sauver l'un de ses patients. Le cœur de Naruto Uzumaki battait. Il battait rageusement dans la poitrine de Sasuke Uchiha. Le cardiologue avait alors levé les yeux vers le ciel et remercié Dieu, bien qu'il n'y croyait pas vraiment. Pourtant, face à de tels miracles, il ne pouvait s'empêcher d'interroger l'existence d'une force supérieure qui veillait sur eux, pauvres petits humains. A ce moment-là, si Sasuke avait été éveillé, il lui aurait certainement rétorqué que les miracles ne dépendent ni de Dieu, ni d'aucune autre force divine. Chacun est capable de produire un miracle. N'importe lequel. Les miracles sont partout, il suffit d'ouvrir les yeux. Peut-être qu'apercevoir une once de sourire sur le visage d'un enfant atteint d'un cancer en est un. Peut-être aussi que trouver l'amour alors qu'on espère plus rien de la vie en est un autre. Simplement parce qu'aimer inconditionnellement une personne qui nous aime tout autant en retour est sans aucun doute le plus grand miracle de l'humanité. Voilà ce qu'aurait répondu Sasuke Uchiha au sujet des miracles. Peut-être avait-il raison, dans le fond.

Par simple mesure de précaution, Sasuke dut rester en observation pendant plusieurs semaines. La petite famille Hôzuki lui rendit visite tous les jours. Kaya lui apportait des dessins tous plus hideux les uns que les autres, où elle le représentait en compagnie d'un Naruto qui n'était plus. Lorsqu'elle lui demanda où était passé Tonton Naruto, Sasuke lui répondit simplement qu'il était monté au ciel et qu'il faisait désormais partie des étoiles. Il lui expliqua aussi que si un soir, elle apercevait une étoile plus brillante que les autres, cela voudrait dire que Naruto lui rendait une petite visite. Elle pourrait alors lui parler de tout et de n'importe quoi. Il l'écouterait sans ciller. La force de caractère de Sasuke fut certainement sa meilleure arme lors de cette interminable période de deuil. Il se trouvait toujours dans la quatrième phase –la dépression- et ne se sentait pas encore prêt à entamer la cinquième et dernière, l'acceptation. Pourtant, il ne flanchait pas. Pas une seconde. Bien que le connaissant comme s'il s'agissait de sa propre chair, Karin fut surprise de le voir si serein. Evidemment, elle n'ignorait pas que Sasuke devait sans doute déverser sa tristesse le soir, au fond de son lit, lorsqu'il n'y avait plus personne pour en témoigner. Mais tout de même, sa force de caractère restait admirable.

Le corps de Naruto fut incinéré et Sasuke récupéra les cendres. Sakura Haruno ne songea même pas à les lui demander. De toute façon, elle savait pertinemment qu'il aurait refusé. Peu de temps après, la jeune femme s'envola pour l'Europe. Sasuke ne la revit plus jamais. Ce fut lors de cette occasion funèbre que Sasuke rencontra Kiba Inuzuka, l'ami d'enfance de Naruto. Les deux hommes discutèrent longuement avant que Kiba ne prenne congé. Il avait une longue route à faire pour rentrer chez lui. L'alliance en argent brillait toujours au doigt de Sasuke, tout comme le collier qui appartenait jadis à Naruto pendouillait encore autour de son cou. Peu de temps après, il apprit que Naruto lui avait légué l'entièreté de sa fortune, ainsi que sa demeure. L'entreprise, quant à elle, revenait aux mains du vice-président, comme Naruto l'avait souhaité. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, Sasuke ne quitta pas le grand lit de Naruto. Il s'égarait dans les draps, humait son odeur à pleins poumons. Quand il trouvait la force de se lever, il s'habillait avec les vêtements de son amour. Oh bien sûr, il prenait soin de laisser les complets chics et les chemises en cashmere dans la penderie, préférant de loin un gros pull en laine et un vieux jean délavé. Par une douce matinée d'août, poussé le chant des oiseaux et l'éclat du soleil, Sasuke fit l'effort de gagner le jardin.

Assis au beau milieu des rosiers blancs, une feuille chiffonnée au creux de la main, il respirait la présence de Naruto. Le soleil lui mordait la nuque et, sous son épais pull en laine, il crevait littéralement de chaud. Ses orbes onyx se posèrent sur la lettre qu'il n'avait pas encore trouvé le courage de lire. Les dernières paroles de Naruto retranscrites par Sakura Haruno, la lettre qu'elle lui avait confiée le jour de leur mariage en lui faisant promettre de la lire que lorsque le blondinet ne serait plus de ce monde. Le temps était venu. Sasuke inspira profondément puis déplia la feuille. Il reconnut immédiatement l'écriture soignée de Sakura. Bercé par la mélodie du vent, il parcourut les lignes.

« Sasuke,

Si tu lis cette lettre, c'est que je ne suis plus là. Te connaissant, je me doute que tu dois te poser un millier de questions, n'est-ce pas ? Le but de cette lettre n'est pas d'essayer d'y répondre mais de t'apaiser un peu. Mais peut-être que je devrais commencer par te remercier, Sasuke. Merci d'avoir mis tant d'amour et de douceur dans ma triste vie. Tu as réussi là où tout le monde avait échoué avant toi. Tu as su me montrer l'homme que je suis vraiment. Tu te souviens de ce week-end que nous avions passé sur le bateau de mon père, Sasuke ? Nous avions parlé de nos rêves. A l'époque, tu m'avais confié n'en avoir aucun. J'espère que cela a changé depuis. Parce que tu sais, les rêves sont certainement ce qu'il y a de plus vrai et de plus doux en ce bas monde, tu n'es pas d'accord ?

Les instants que nous passés ensemble ont été les plus merveilleux de toute mon existence et, tu sais, il valent largement toute une vie. Grâce à eux, grâce à toi, je mourrais heureux. Je partirais en paix, certain que tu feras ce qui doit être fait, comme toujours. Je crois en toi. J'ai toujours cru en toi, Sasuke. Grâce à toi, j'ai trouvé ce qui m'a toujours manqué. J'ai pu connaître l'amour et goûter au bonheur. J'ai eu la chance d'avoir une famille et désormais, je sais ce que ça fait d'aimer un enfant comme s'il s'agissait du nôtre. Embrasse Kaya pour moi lorsque tu la verra. Peut-être qu'un jour, nous nous reverrons. J'espère que cela sera le plus tard possible. En attendant, je compte bien régler mes comptes avec mon père. Si j'ai la chance de le croiser, là-haut, je me montrerais enfin honnête avec lui. Je ne fuirais plus. J'espère sincèrement que tu trouveras la force de faire de même avec le tien, Sasuke. Parce qu'on ne les choisit pas, mais ils restent nos parents.

Peut-être qu'un jour, tu leur parleras de moi, tu leur parleras de nous et tout ce que nous avons vécu. J'espère que tu réussiras enfin à ouvrir ton cœur aux autres, Sasuke, ce cœur si fragile que tu fais passer pour fort. J'espère que beaucoup auront le privilège de croiser ta route et de connaître cette âme si pure et si douce que tu dissimules sans cesse derrière ta froideur. Car crois-moi, cette âme-là mérite d'être connue et aimée bien plus que n'importe quelle autre. Peut-être parce qu'elle est la plus belle de toutes. A présent, je devrais peut-être te dire ce que je ressens au plus profond de moi. Je voudrais simplement te dire qu'il n'y a rien eu de plus beau dans ma vie que ton visage, rien de plus délicieux que ta peau, rien de plus juste que tes mots, et rien de plus merveilleux que ton sourire. Je t'aime Sasuke, et je t'aimerais toujours, même une fois mort. Est-ce que tu le ressens, Sasuke ? Est-ce que tu ressens tout cet amour que mon cœur abrite en lui ? Sache qu'il est pour toi. N'oublie pas que chacun de ses battements et un « je t'aime » que je t'envoie. Je voudrais aussi te dire que je veillerais sur toi, à tout instant. Je te regarderais pleurer, je te regarderais aimer, et j'essaierai de te faire sentir ma présence dans les moments où tu en auras le plus besoin. Sache aussi que tu es ce qui m'es arrivé de mieux et que si c'était à refaire, je referais exactement la même chose, dans le même ordre, malgré les souffrances que nous avons dû affronter, parfois chacun de notre côté, parfois ensemble.

Alors je te remercie encore une fois, Sasuke. Merci de m'avoir laissé entrer dans ta vie. Merci de m'avoir donné autant d'amour. Merci de m'avoir permis de te le rendre.

A plus tard. En attendant, tâche d'être heureux. »

C'était fini. Les larmes ruisselaient sur son visage. Nerveusement, il retourna la lettre dans tous les sens, comme s'il espérait y déceler un nouveau paragraphe ou un Nota Bene qui lui préciserait que tout cela n'était qu'une vaste blague et qu'il serait bientôt de retour dans le monde des vivants. Mais il n'y avait rien. Absolument rien. Juste un immense vide. Un vide qui redoublait d'efforts pour le rendre complètement fou.

Lorsque Naruto clôt les paupières pour la dernière fois, Sasuke devina que sa vie ne serait plus jamais la même. Depuis, il ne voyait plus les étoiles de la même manière. Il ne voyait plus rien de la même manière. Souvent, il venait à se demander pendant combien de temps encore il continuerait à faire les mêmes choses, inlassablement. Ouvrir les yeux le matin. Chercher une raison de sortir du lit. Grignoter un peu. Pleurnicher sur son sort. Maudire la Terre entière. Retourner au lit. Fermer les yeux. Souhaiter ne plus jamais se réveiller. Sasuke n'avait plus le contrôle de sa vie. Parfois, il avait la désagréable impression de n'être qu'un vulgaire pantin entre les mains d'une existence impitoyable. Le présent n'existait plus, ne demeurait que le passé. Le passé et ses souvenirs aussi pénibles que gratifiants, aussi douloureux que merveilleux. Et puis il y avait ce cœur. Ce cœur qui ne cessait de battre au creux de sa poitrine. Ce cœur qui l'avait aimé ardemment et qui, aujourd'hui, lui permettait de vivre. Et parce que ce coeur appartenait autrefois à Naruto, il n'avait pas le droit de mourir maintenant.

Une douce brise embrassa son visage humide. Ses larmes brillaient à la lumière du soleil, on aurait presque pu croire que ses joues marbrées de pourpres étaient recouvertes de paillettes. D'un revers de manche, Sasuke s'essuya les yeux. Péniblement, il se redressa et frotta son pantalon couvert de poussière. Coincée entre son index et son majeur, la lettre de Naruto se balançait au rythme du vent. En reniflant discrètement, Sasuke regagna la maison. Il passa devant Chiwa mais ne l'aperçut même pas. Une seule envie peuplait son cœur : retrouver Naruto. Et pour ça, il n'y avait qu'une seule et unique solution.

Lentement, il grimpa les escaliers. Le bois grinça sous ses pas frêles. Il longea le couloir et pénétra dans le bureau de Naruto. Rien n'avait changé. Les bibelots se trouvaient toujours à la même place et la pièce était encore un véritable capharnaüm. L'émotion lui noua la gorge. La pièce où tout avait commencé. La pièce qui avait vu naître leur premier baiser. Sasuke n'y avait pas mis un pied depuis le décès de Naruto. Avant de rejoindre l'autre monde, Naruto lui avait confié qu'il gardait toutes ses peintures dans une armoire métallique située dans un coin de son bureau. Il n'avait pas oublié de mentionner où se trouvait la clé. D'une main tremblante, Sasuke ouvrit l'armoire. Ses yeux s'écarquillèrent d'au moins cinq millimètres lorsqu'il aperçut les quelques dizaines d'œuvres à son effigie.

Sous le choc, il tomba à genoux. Et une nouvelle vague de tristesse eut raison de lui.


Bonjour, bonjour !

Oh mais quel chapitre terriblement triste. Parfois, je me demande quand même comment j'arrive à écrire des trucs pareils. Ces deux derniers chapitres arrivent très vite (tout juste une semaine après le précédent) mais bon, ils étaient écrits alors je me suis dit autant les poster et signer la fin de cette fiction. Ceux qui ont lu « Le temps d'un été » trouveront peut-être que sa fin ressemble à celle d' « Embellie » et je pense que c'est vrai. Sauf que là, Sasuke ne conte pas le futur mais le passé. Les plus observateurs auront même remarqué que j'ai repris un morceau de phrase de « Le temps d'un été » héhé… quoi ? Comment ça je ne peux pas me plagier moi-même ? Zut alors, si j'avais su. Comme vous le savez, ce chapitre est le dernier d'Embellie mais… mais… j'en suis assez fière, POUR UNE FOIS =).

Cependant, il reste encore l'épilogue chers amis, l'épilogue qui est d'ailleurs déjà en ligne =) j'ai répondu aux commentaires anonymes à la fin de l'épilogue.