" C'était marrant, avant de discuter avec toi. C'était marrant quand j'aimais tout de toi, toi en bloc, tes faiblesses, tes défauts, je les aimais aussi tes défauts. Et j'aimais quand on discutait, j'aimais avoir tort contre toi, et raison avec toi, et t'embrasser, et te couper la parole pour lancer "oh là là tu as la peau douce", et jouer au bébé, et jouer à l'adulte, et mettre un doigt dans ta bouche pendant que tu parlais pour t'énerver un peu, toucher tes dents, te retrousser le nez, te malmener... Je t'appartenais, tu m'appartenais."
- Justine Levy -
The call of the wave – 23
Pont supérieur du MobyDick, un mois plus tard, au large de l'île de Wiz
Une agitation venait de naître parmi les hommes de la seconde division. La petite troupe était réunie autour du journal qu'un goéland leur avait lancé quelques instants plus tôt, et des exclamations de surprise s'échappaient de leur cercle régulièrement. Ils venaient surement de voir une nouvelle particulièrement inattendue dans le périodique du jour. La lumière du matin éclairait déjà le pont, permettant à Kono de voir toute la scène.
« Ace ! Viens voir ! cria l'un d'entre eux.
- Faut que tu voies ça commandant ! » ajouta un autre.
Assis à l'autre bout du pont, Ace regardait fixement une carte du nouveau monde. Ses yeux d'onyx déchiffrant minutieusement chaque recoin de cette incroyable mer. Le vent matinal faisant voleter ses cheveux d'un noir profond. Elle ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait mis une chemise, c'était tellement rare, qu'elle notait sur un petit calendrier les jours où il décidait d'en porter. Mais même si un bout de tissus recouvrait son tatouage, il gardait ses abdominaux fièrement dévoilés, et les deux pans de la chemise ondulaient en rythme avec ses mèches rebelles. Déconnecté de la réalité, il esquissa un sourire étincelant face à la précision de la carte de Marco. Elle avait toujours trouvé que les taches de rousseur discrètes qui ornaient ses joues étaient le signe qu'il y avait encore un côté inoffensif dans l'esprit du brun. D'un mouvement naturel, le commandant passa sa main dans ses cheveux de jais, finissant de rendre la scène idyllique.
« Ace ?! » hèla une nouvelle fois un des pirates.
Le brun leva brusquement la tête de sa carte et fixa ses hommes. L'un d'eux s'approcha de lui et lui tendit un bout de papier. Les sourcils du commandant se froncèrent dans un premier temps, puis il partit d'un rire léger et viril. Il leva les yeux vers Kono et la scruta un instant. Elle avait changé, tellement changé. Cela faisait maintenant un mois qu'elle était sur le navire en tant que femme, un mois que l'ambiance de l'équipage avait légèrement évolué. Les jeans et les pulls larges avaient laissés place à une tenue beaucoup plus féminine, un jean bleu serré, une chemise à carreaux qu'elle nouait autour de sa taille fine et une paire de botte marron à talon plat. Ses cheveux laissaient toujours dégagé sa nuque tatoué qui semblait être devenu sa marque de fabrique. Son comportement aussi avait changé, beaucoup plus femme, beaucoup moins fille. Elle gardait pourtant une part d'homme dans son comportement, partant au quart de tour à la moindre pique, préférant la violence à la parole. Mais cependant, certaines habitudes subsistaient, les manières réfléchies et muries d'une femme, la discrétion bien pratique pour certaines missions et l'intuition féminine forte utile par moment.
« Kono ! Viens voir. » ordonna poings ardents.
L'intéressée marmonna un « s'il te plait », pour montrer qu'elle n'aimait pas qu'on lui donne des ordres. D'un pas délibérément lent, la griffonne traversa le pont, gardant son regard d'or fixement posé sur les yeux charbonneux de son commandant. Au moment où elle arriva à sa hauteur, Ace lui tendit un bout de papier chiffonné. Elle leva un sourcil.
« Oui, et alors ? C'est du papier, lâcha-t-elle, moqueuse.
- Déplie-le, 'bécile » répliqua le brun.
Elle déplia minutieusement le papier, prenant garde à ne pas le déchirer, et au bout d'une longue minute, aperçut enfin le contenue de la feuille. Sa bouche s'entre-ouvrit dans une expression de surprise non dissimulée. Dans ses mains, elle tenait un avis de recherche, tout nouveau, il venait à peine d'être publié par la marine. Sur la photo, une jeune femme était de profil, deux grandes ailes blanches ornaient son dos, un tatouage représentant l'étendard de Barbe Blanche décorait sa nuque et un grand sourire était joliment dessiné sur ses lèvres. « Kono, la chimère ». Elle ne réalisait pas. Elle tenait entre ses mains son avis de recherche. Le sien, celui qui serait affiché partout dans le monde, même à Shabondy. Ses yeux glissèrent rapidement sur la prime : vingt-cinq millions de Berrys. Ce n'est pas si mal pour une première mise à prix. Quand sa mère tomberait sur l'affiche, ce serait un véritable carnage…
« La chimère, ça en jette, décrypte Jeff, lisant par-dessus l'épaule de la demoiselle.
- Tu parles, je ne suis pas une chimère, je suis un griffon. Nuance, chipota-t-elle.
- C'est pareil, grogna Ace.
- Non, une chimère est une créature malfaisante, démoniaque, expliqua Kono.
- Justement, ça te correspond tout à fait, ajouta poings ardents.
- T'es con. » s'enflamma-t-elle.
Et ce qui aurait pu avant déclencher une énième dispute, mettant à mal la bonne ambiance de l'équipage, ne provoqua au sein de ceux qui assistaient à la scène qu'une crise de fou rire. Car si en un mois, la relation entre Jeff et Kono n'avait pas vraiment changé, ce dernier se montrant juste plus protecteur, jusqu'à se lever la nuit pour la recouvrir d'une couverture lorsqu'elle s'endormait pendant ses gardes, si Kono et Satch étaient toujours aussi complices, taquins et joueurs, si Marco était devenu le conseiller privilégié de la jeune femme, celui à qui elle pouvait demander son avis en cas de doute, celui avec lequel elle avait une relation frère-sœur assaisonnée de chamailleries, le plus gros changement venait d'Ace. Ils n'étaient pas devenus les meilleurs amis du monde, mais la gêne et la mauvaise foi étaient beaucoup moins présentes qu'avant.
Cette brusque modification venait d'une intervention de Marco. Le phénix, agacé par la réaction excessive de son ami, l'avait coincé dans un coin, et lui avait dit entre quatre-yeux ses quatre vérités. Il lui avait balancé à la figure ce que tout le monde pensait tout bas : qu'il en faisait trop, qu'à un moment il fallait arrêter, qu'il allait finir par se pourrir la vie avec toute cette histoire car c'était complétement ridicule. Maintenant, Ace tolérait la griffonne. Ils n'étaient plus aussi proches qu'avant, mais leur présence respective ne causait plus de conflits. Et puis, il s'était rendu compte que se disputer avec la brune ne faisait que les donner en spectacle, et sa fierté en prenait un coup. Et ce n'était pas comme s'il y avait un quelconque danger, personne ne courait de risque, l'équipage n'était pas menacé. Alors pourquoi lutter ?
Et puis, autre chose était rentré en compte. Depuis quelques semaines, le commandant de la seconde soupçonnait une étroite relation entre Raphael et Kono. Il avait vu quelque chose de trop intime pour être anodin…
Assise sur un des lits blancs tirés à quatre épingles de l'infirmerie, Kono tenait un des livres de médecine de Raphael dans ses mains. Ses yeux dorés se plissèrent devant le charabia de médecine employé pour décrire le corps humain.
« Qu'est-ce que c'est qu'un radius ? » questionna la brune, faisant mine de s'intéresser à l'anatomie de l'homme.
Le médecin n'était pas dupe, elle voulait de l'attention. La concentration qu'il donnait à ses livres commençait surement à agacer la jeune femme. Il délaissa son encyclopédie des maladies orphelines et s'approcha d'elle, venant d'asseoir à ses côtés sur le lit. Une fois suffisamment proche d'elle, le brun attrapa son fin poignet et le montra à la surfeuse. L'ancre marine avait maintenant totalement cicatrisé et elle ne comprenait pas vraiment où il voulait en venir. Son autre main pointa le côté de son poignet.
« C'est là, le radius, et de l'autre côté il y a le cubitus » informa le médecin.
Elle lui offrit un sourire doux, et il amena sa main contre ses lèvres, embrassant délicatement la peau halée de la jeune femme. Elle leva sa main de libre et la laissa s'échouer dans les cheveux noirs de Raphael. Il remonta ses lèvre jusqu'à son avant-bras, puis l'intérieur de son coude, le haut de son bras, la rondeur de son épaule, sa clavicule qu'il entreprit de mordiller. Une de ses mains vint se poser dans le creux de ses hanches alors que l'autre enlaçait ses doigts avec ceux de la main libre de la brune. Ses lèvres d'une douceur infinie arrachèrent quelques soupires à la pirate, faisant sourire le médecin. Elle fit glisser sa main sur son torse, il était maintenant au-dessus d'elle, un genou entre ses jambes. Les doigts de la griffonne se frayèrent un chemin sous la chemise du brun et elle redessina les contours des muscles fins de ses abdominaux. Un soupire un peu plus bruyant s'échappa des lèvres de Kono quand il remonta le long de sa nuque, et soudain la porte s'ouvrit à la volée.
« Kono, faudr- »
Ace ne put finir sa phrase. Il resta muet devant le spectacle qui s'offrait à lui. Raphael se tenait au-dessus de Kono, la tête dans son cou. Elle avait sa main sous sa chemise, mais le pire restait l'image de leurs mains étroitement enlacées.
« T'es occupée » dit-il simplement avant de claquer la porte.
Il savait bien que la vie sexuelle de la brune ne le concernait pas, mais être témoin de ce genre de chose n'était pas une partie de plaisir. Même Satch n'aurait pas apprécié. D'ailleurs le commandant était en mission avec sa division depuis bientôt deux semaines, et ils n'avaient aucunes nouvelles d'eux. Une certaine tension commençait à se ressentir sur le navire, quand, chaque matin, ils s'attendaient à voir arriver une lettre de la quatrième.
Ace chercha la demoiselle des yeux. Elle s'était évaporée… Une fâcheuse habitude qu'elle avait pris, son fruit du démon lui donnant une vitesse incroyable, elle pouvait rapidement vous rendre fou à force de la chercher.
« Ca s'rafraîchi… marmonna un homme blond.
- Je ne trouve pas, répondit Ace, comme une évidence.
- Logique, t'es fait de feu commandant, le froid tu t'en cognes. Mais on n'a pas tous cette chance, rigola un autre.
- Île hivernale en vue ! » cria Marco à la vigie.
Réfugiée sur le mat le plus haut du MobyDick, qu'elle avait rejoint afin de montrer à Marco la bonne nouvelle, Kono observait maintenant tout ce beau monde s'activer pour ralentir le monstre des océans. L'île avait l'air forte intéressante, glaciale, pleine de neige, hivernale, mais intéressante. Comme toute fille de la mer qui se respectait, Kono n'aimait pas le froid. Il lui fallait du soleil, des plages, des cocotiers, un petit alizé pour rentre le tout supportable, mais rien de plus. Le pire était surement le fait qu'elle n'avait pas de vêtements chauds… Et qui serait de garde ce soir ? Elle.
« Kono ! Descend tes fesses de là-haut et viens donner un coup de main ! lui ordonna Ace.
- Sinon ? s'amusa-t-elle.
- Sinon je viendrais te chercher moi-même, répondit-il menaçant.
- Oh, j'ai peur. Eh bien, monte, face de poulpe » répliqua la griffonne, se fendant la poire.
Jeff afficha une grimace quand le poing d'Ace s'enflamma et qu'il disparut dans les aires. Sa main vint s'abattre violement là où Kono était assise quelques secondes auparavant. La brune voletait à quelques mètres de là, heureuse d'avoir réussi à faire perdre son calme au commandant.
« Raté. Tu réussiras peut être une prochaine fois » fanfaronna-t-elle en tirant la langue à poings ardents.
Ace fondit sur elle mais une flamme bleue lui barra la route. Marco affichait une expression à la fois exaspérée et dépitée.
« Vous jouerez plus tard les enfants, on a du boulot pour l'instant » intervint le phénix, mettant fin à la querelle puérile.
Kono n'avait rien de trouver de mieux. En taquinant Ace, elle espérait retrouver une certaine proximité avec lui, et en suite pouvoir l'aider. Mais le plus abstrait restait qu'elle ne savait pas l'aider à faire quoi. Delilah et Marco ne lui avaient même pas dit quel était le problème d'Ace. Elle avait cru comprendre qu'il n'aimait pas qu'on lui porte de l'attention, ce qui voulait dire qu'elle devait lui donner un coup de main pour qu'il accepte qu'on l'aime. C'était un travail sur plusieurs décennies…
Se résignant, la jeune femme se réceptionna sur le sol avec agilité, se remerciant d'avoir choisi une paire de botte plate plutôt que des escarpins.
~o~
île hivernale de Wiz, Nouveau Monde.
« Et comment j'aurais pu le savoir ? demanda Ace, le souffle court.
- J'imagine que c'était marqué sur le bâtiment, proposa Marco.
- Taisez-vous et courrez ! » rétorqua la jeune femme.
Bientôt dix minutes que les trois amis s'enfuyaient à vive allure, poursuivis par plusieurs centaines de pirates. Ace avait eu la mauvaise idée de rentrer dans une taverne pour demander s'ils avaient quelque chose à manger. Jusque-là, rien d'anormal, sauf que les personnes déjà attablées n'avaient pas été très accueillantes. Ils avaient alors reconnu le commandant de la seconde flotte de l'homme le plus fort du monde et en toute logique, avaient essayé de l'attraper. Lors de la course poursuite, Ace avait croisé Marco et Kono qui, envoyés eux-aussi en reconnaissance, se baladaient, et les ennemis les avaient automatiquement identifiés comme d'autres membres de l'équipage. En plus de ça, les ruelles de cette fichu ville se ressemblaient toutes. Au détour d'un carrefour, ils découvrirent que la rue qu'ils avaient prise était une impasse…
Kono resta figée un instant devant le mur, les cristaux de glace qui s'étaient formés sur la pierre noircie par le temps. Les flaques d'eaux gelées sur le sol, le froid qui lui mordait les doigts et le ventre car elle n'avait pas pris de manteau. La chaleur incroyable qui émanait d'Ace, le regard noir qu'il lançait aux hommes qui leur faisaient face. Les bras de Marco qui commençaient à s'enflammer, le sourire presque imperceptible du phénix quand il vit l'égarement de la jeune femme.
« Je crois que nous n'avons pas le choix, soupira le blond.
- Tous les trois, je vous arrête au nom de Ka- » commença un homme avant d'être stoppé par un coup de poing d'Ace.
Les yeux d'or de Kono vrillèrent le commandant de la seconde. Il était énervé, mais pour une fois ça n'avait pas l'air d'être de la faute de la brune. Violement il envoya valser une vingtaine d'hommes d'un coup, alors que Marco en découpait un bon paquet. A ce moment, la griffonne se rendit compte qu'elle n'avait toujours pas bougé. Ses griffes poussèrent et elle éventra rapidement quelques hommes.
Le combat fut rapide. Les simples combattants ne faisaient pas le poids…Les trois pirates étaient debout devant les nombreux cadavres qui jonchaient le sol de la petite rue. Le sang chaud avait réchauffé les plaques de gel, la violence des coups avait brisé les stalactites qui pendaient aux imperfections du mur. Kono avait moins froid, puisqu'elle avait bougée. Le souffle court, elle regarda ses doigts pleins de sang. Un effet négatif de son fruit du démon : le sang qui giclait sur ses griffes restait sur ses doigts quand elles se rétractaient.
Des bruits de pas se firent entendre dans les avenues autour de la leur, des cris résonnèrent, des grognements s'échappèrent, puis une horde de villageois vinrent se poster devant les trois compagnons. Ils tenaient des fourches, des piques, des couteaux de cuisines, des fusils et des armes blanches. L'un d'eux s'avança et leur lança un regard haineux.
« Qui êtes-vous ? demanda-t-il, hargneux.
- Vous ne les reconnaissaient donc pas ? intervint un homme portant une cape noire, avant de continuer : Ils sont pourtant très connus, Marco le phénix, Ace aux poings ardents et Kono la chimère. Trois pirates de Barbe Blanche
- Je ne suis pas une chimère, grogna imperceptiblement Kono pour elle-même, s'attirant le regard amusé d'Ace, alors qu'à l'évocation de l'empereur, les villageois frissonnèrent et un murmure parcouru l'assemblé.
- Et à qui avons-nous à faire ? s'enquit Marco, aussi flegmatique que s'il s'agissait d'une conversation badine avec un groupe de personnes non armées.
- Rien qu'un chasseur de tête parmi les autres » répondit-il, évasif.
Au mot « chasseur de tête » Ace se raidit imperceptiblement.
« Mais je ne suis pas fou, je sais que je n'attraperais jamais trois gros poissons comme vous. Je vous avertis seulement de quelque chose, vous n'êtes pas les bienvenus sur cette île, transmettez le message à votre capitaine, conta l'homme en désignant aussi bien les pirates qu'ils venaient de massacrer que les villageois furieux.
- C'est une menace ? s'emporta poings ardents.
- Non, un conseil. Vous êtes sur les terres de Kaido. »
Le nom de Kaido raisonna dans l'esprit de Kono durant de longues secondes. Ils parlaient bien du même homme ?
« On retourne sur le bateau, ordonna Marco.
- Mais- protesta Ace.
- Non. » répondit durement le phénix.
Il ne s'énervait jamais. C'était une chose que Kono avait apprise au contact de Marco. Le phénix ne perdait en aucun cas son sang-froid et sa lucidité. Mais là, la situation semblait plus grave qu'à l'ordinaire. Sans crier garde, il attrapa le poignet de la jeune femme et la tira à leur suite dans les grandes rues.
« En tout cas, je ne suis pas responsable, se justifia Ace qui les suivait à travers la ville, courant comme les deux autres vers le port afin de rejoindre le MobyDick au plus vite.
- ça ne change pas grand-chose, marmonna Marco.
- Si. Techniquement, des Jolly Roger de Kaido auraient dû être visibles dès le port ou sur cette taverne et je t'assure que je n'ai rien vu.
- T'étais peut-être trop occupé par ton estomac pour le voir, le nargua Kono alors qu'ils arrivaient en vue du bateau.
- Fermez-la tous les deux, tonna Marco en s'envolant jusqu'à la cabine du Capitaine alors que resté à terre, Ace ordonnait aux hommes qui se dégourdissaient les jambes sur les quais de remonter en vitesse.
« Nous sommes dans un repère de Kaido » annonça le blond à la volée.
A cette annonce, l'ambiance sur le MobyDick se gela. Jeff qui remontait la voilure à l'aide de plusieurs costauds de l'équipage lâcha la corde et écarquilla les yeux. Marco, qui tenait toujours la main de la jeune femme d'un air fraternel avança vers le capitaine, trainant son amie derrière lui. Le vent souffla bizarrement plus fort, les cordages fouettaient l'air violement et les cheveux de Kono se plaquèrent sur son visage.
« Que fait-on ? demanda prestement le phénix.
- Sommes-nous sûr qu'il s'agit bien d'une île sous la protection de Kaido ? s'enquit Barbe Blanche.
- Ce ne serait pas étonnant, il a toujours eut un faible pour les îles hivernales, et j'ai cru voir son étendard en partant, informa Marco.
- Dans ce cas, nous n'avons pas d'autre choix que de nous en aller. Déclencher un conflit ne serait d'aucune utilité. » ordonna le paternel.
Sur les paroles de l'homme le plus fort du monde, la voilure fut relâchée de sa prison de cordage, l'ancre fut remontée et le géant des mers vira de bord. Secouant son poignet pour se libérer de l'emprise de Marco, la brune partit prêter main forte à la seconde division qui se dépêchait de plier la bâche des voiles. Du coin de l'œil, elle vit le commandant de la première et de la seconde se diriger vers l'intérieur. Elle ne tarda pas à les suivre, désirant participer à la prochaine conversation.
Assis dans la cabine de navigation de Marco, les deux commandants fixaient une carte maritime. La pièce n'était pas bien grande, un simple bureau en bois accompagné d'une chaise à barreaux. Quelques étagères contenants des livres de navigations ainsi que quelques vieux ouvrages. Un minibar était négligemment installé dans un coin, entouré de quelques chaises, comme si le phénix n'avait pas souvent l'occasion de s'en servir. La lumière tamisée qu'offrait l'unique hublot ne suffisant pas à éclairer la pièce, quelques bougies avaient été allumées sur la table.
La porte s'ouvre lentement, geignant lugubrement. Une ombre se glissa dans la cabine, sans bruit, délicatement, comme le ferait un fauve sortant de sa cage. La silhouette fine vint se poser sur le fauteuil vide, devant la table, et planta ses pupilles d'or sur la carte étalée dessus.
« Quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle.
- Nous vérifions juste que cette île appartenait bien à Kaido. Que ce n'était pas une feinte pour nous éloigner. » informa Marco.
Il tourna lentement les talons et ramena deux chaises qu'il déposa autour de la table. Ace s'assis sur la première posant ses coudes sur le bois clair du bureau. Ses yeux charbonneux croisèrent l'ambre de ceux de la jeune femme et ils restèrent un instant accrochés l'un à l'autre, se toisant hautainement. La main du commandant attrapa le rebord de la table, et serra, fort. Comme pour se retenir de lâcher maintenant tout ce qui lui passait par la tête. Il secouât imperceptiblement la tête, rendant ses mèches noires encore plus fougueuses.
Marco posa trois verres sur la table, comme pour mettre fin aux hostilités. Une bouteille de rhum accompagna le trio et bientôt le liquide alcoolisé entra en contact avec la matière froide des récipients.
« Que sais-tu sur les empereurs, Marco ? s'enquit curieusement Kono.
- Beaucoup de choses… Je les ai vu arriver au pouvoir chacun leur tour, jusqu'à être quatre en tout. Pour tout te dire, j'ai connu de nombreuses époques. Le temps de Roger, quand Shanks n'était qu'un simple mousse sur un bateau un peu trop grand pour lui. Le temps des bouleversements, des codes qui s'inversent et des lois qui s'emmêlent. Et enfin, l'ère de la piraterie de masse. L'âge d'or, comme le disent certain. Pour faire court, les empereurs sont quatre, le paternel, Le Roux, Kaido et Big Mom. La plupart du temps, Kaido chercher la petite bête avec le rouquin, et il se prend une dérouillée. Big Mom reste assez discrète, sournoise et égale à elle-même, bien loin de la pauvre pirate négligée qu'elle était avant, déballa le commandant de la première.
- T'as du voir des choses incroyables quand même… rêva la brune. Tu devrais écrire un livre !
- Bien sur » rigola-t-il, vidant son verre d'une seule traite.
La porte de la cabine s'ouvrit à la volée et un pirate apparut, dans l'encadrement, gelé jusqu'au os, un peu de neige sur les épaules et sur le crâne.
« Kono, c'est à toi d'être de garde. » informa-t-il.
Voyant l'état catastrophique de l'ancien guetteur, elle frissonna. Pourquoi dans le kit du griffon la moumoutte n'était-elle pas fournie ?! Lentement, elle se leva et avança vers la porte.
« Bon courage, tu vas en avoir besoin pour ce soir…
- Merci » marmonna-t-elle.
Trois heures. Trois heures qu'elle était dans ce froid polaire. Trois heures qu'elle avait les doigts bleus et les oreilles dures. Trois heures qu'elle aurait fait n'importe quoi pour avoir une bouillote bien chaude ou un café. Mais on n'abandonne pas le guet, et personne ne semblait décidé à lui venir en aide.
Ses pupilles mordorées papillonnèrent de droite à gauche sur l'océan, cherchant une quelconque trace de navire ennemi. Rien. Juste le bruit des vagues qui viennent s'écraser lourdement sur le bois froid de la coque. La lueur infime de la lune en cette nuit brumeuse. L'odeur de gel et d'humidité qui envahissait l'air et vous pourrissait les poumons.
Faute de mieux, la griffonne fit défiler dans sa tête une conversation qu'elle avait eu plus tôt dans la journée. Sur la petite île dirigée par l'empereur belliqueux, elle avait voulu se renseigner sur la vague du diable. Entre deux personnes la regardant de travers quand la brune quémandait une information, un vieil homme lui avait répondu « La vague du diable ? Un peu que je la connais. Je l'ai vu une fois, et crois-moi p'tite, c'te vague, si tu souhaites la défier, t'as pas besoin de la chercher, c'est elle qui te trouveras » au moment où il allait lui en dire plus, Ace était arrivé en courant, poursuivit par d'autres pirates et elle n'avait pas pu savoir la suite. Frustration totale.
« Pas trop froid ? »
Kono sursauta et tourna brusquement la tête. Derrière elle, Ace la vrillait de son regard noir, pour une fois dépourvu d'agressivité. Il était toujours à moitié nu, par moins cinquante degrés. Le commandant fit quelques pas et vint s'asseoir à côté de la surfeuse. La chaleur incendiaire qui émanait du corps du brun déclencha un frisson tout le long de la colonne vertébrale de la jeune femme. Sa peau halée devait être excessivement chaude par une nuit aussi fraiche. Foutu fruit du démon.
« Comme tu peux le voir, j'aurais presque trop chaud » répliqua-t-elle.
Il esquissa un sourire moqueur et détailla l'accoutrement de la brune. Elle était habillée comme tous les jours, chemise, jean, bottes. Pas de manteau, pas d'écharpe ni de gants. Elle devait, sans aucun doute, être morte de froid. Ses dents s'entrechoquaient et le bout de ses doigts prenait une affreuse couleur bleue. Ses lèvres tremblotantes, la faible buée qui s'échappait quand elle respirait.
« Satch me manque, lâcha-t-elle avec tristesse.
- Moi aussi, confia le commandant.
- Il rentre quand ? somma la griffonne.
- Il devrait déjà être rentré… »
Son ami lui manquait atrocement. Elle n'avait plus personne avec qui blaguer pendant des heures, déconner de tout et de rien, mettre plus bas que terre dieux, rois et palais. Satch avait cette manière bien à lui de se rendre indispensable, il était toujours là, présent, loyal, et le jour où il disparaissait, même pour une semaine, c'est intenable. Car il est devenu essentiel à votre équilibre mental.
Une rafale de vent balaya tout le pont du navire, faisant disparaitre le peu de chaleur que Kono avait réussi à prendre à Ace. Soupirant, la jeune femme se roula en boule, gardant un œil ouvert sur le large.
Sans bruit, le commandant de la seconde se leva et s'éloigna dans la nuit sombre. Le froid reprenant son domaine aux côtés de la brune, la plongeant dans un état de prostration. Ce soir, tout le monde l'avait abandonné. Les minutes passèrent, le vent soufflait plus fort, une pluie fine commençait à tomber sur les lattes claires du pont. La température trop basse mordait le corps fin de la jeune femme.
Au bout d'un moment, des bruits de pas caractéristiques résonnèrent de nouveau. Ace revenait. Il tenait dans ses bras une couverture épaisse et une tasse fumante. Sans un mot, il déposa la couverture sur les épaules de la brune et le café à ses côtés.
« Bonne nuit » murmura-t-il.
Elle n'en revenait pas. Pour la première fois, Ace avait un geste prévenant envers elle. Ce n'était pas rare, c'était exceptionnel. En mode homme ou femme, c'était la première fois en plusieurs mois de cohabitation difficile, qu'il lui accordait une attention toute particulière. Sans arrière-pensée, sans attendre quelque chose en retour, simplement par gentillesse. Alors qu'il s'éloignait, elle eut juste le temps de souffler :
« Merci »
Sur les lèvres du commandant s'étirait en un sourire en coin.
C'est une sorte d'introduction à l'intrigue "finale". Vous avez surement remarquer le court passage sur la vague, j'attend vos suggestions. En espérant que ce chapitre vous ait plu et inspiré un commentaire, bisous à tous.
