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Chapitre 25 : Bonne année

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« Joyeux noël ! » s'écria Malia quand Derek lui ouvrit la porte du loft. Elle portait des bois de rênes en tissus sur la tête et tenait deux larges sacs en papier remplis de paquets avec fierté. Elle avait les bras écartés comme si elle allait serrer son alpha dans ses bras et Derek aurait pu y croire s'il ne la connaissait pas autant. Elle entra au moment où Alison arrivait sur le palier, légèrement essoufflée.

Elle jeta un regard noir au dos de Malia avant de relever les yeux sur Derek. « Elle a couru, » expliqua-t-elle en tirant deux sacs à côté d'elle.

« Tu veux de l'aide ?

- Non merci, » répondit-elle en continuant de trainer les sacs sur un mètre avant de les porter. « On est en retard ?

- Juste d'une heure, » répondit-il, mais Alison n'eut même pas une grimace. Il referma la porte derrière elle. Alison allait déposer ses cadeaux dans un coin de la pièce, puis se figea.

« Est-ce que c'est un sapin ?

- Tu me dois vingt dollars, » chantonna Isaac à l'intention de Derek qui leva les yeux au ciel en réprimant un soupir. Alison le regarda d'un air confus. « J'avais parié que tout le monde aurait cette réaction.

- Qui est responsable ?

- A ton avis ? » répondit Scott en tendant la main vers elle. Elle la prit et vint s'assoir sur lui dans le fauteuil. Scott jeta un coup d'œil à Stiles, mais celui-ci se contentait de sourire d'un air à la fois désolé et amusé à Derek lorsque celui-ci s'assit à côté de lui sur le canapé. Il repassa ses jambes par-dessus celle de l'alpha immédiatement.

Alison se tourna vers Stiles avant d'acquiescer. Elle le pointa du doigt comme pour lui indiquer qu'elle lui parlait. « Je t'aime bien, » dit-elle avec un sourire. Stiles se contenta de rire alors que Derek levait une fois de plus les yeux au ciel.

Malia s'était assise au pied sur sapin, entre les cadeaux et tapotait les épines du doigt. Cora était assise sur une chaise de l'autre côté de la table basse et les pieds posés sur celle-ci. Isaac était assis par terre contre le canapé, entre les jambes de Derek et Lydia. Cette dernière était à l'extrémité opposé du canapé à celle de Stiles. « Il va pas très bien votre sapin, » fit remarquer Malia, sourcils froncés.

Derek se prépara à la remarque de Stiles, mais celui-ci sembla ne même pas l'entendre. « De toute façon il sera mort dans quelques jours, » fit remarquer Lydia.

« C'était joyeux, » ironisa Isaac, mais Lydia ne releva pas. « Tu prédis aussi la mort des arbres maintenant ? » Lydia lui donna un coup de pied dans l'épaule en souriant.

« Je meurs de faim, » dit Scott et Cora soupira.

« On avait entendu les dix premières fois, » répondit Derek. « On attend encore Deaton et Parrish.

- Tu penses vraiment qu'il va venir ? » demanda Lydia d'un air dubitatif. Derek la regarda dans les yeux avant de hocher la tête. Puis, la conversation repartit sur ce que chacun avait fait pendant leur premier semestre à l'université. Deaton arriva sans se faire remarquer au milieu de la conversation. Après encore une demi-heure à l'attendre, Lydia décréta qu'ils feraient tout aussi bien de commencer à manger sans Parrish. Personne n'osa s'opposer à la banshee.

Deaton avait approché une autre chaise de la table basse pour s'y assoir. Ils déposèrent sur la table les différents plats qu'ils avaient amenés ou préparés. Le volume sonore monta considérablement alors que plusieurs conversations prenaient place en même temps, si bien que personne n'entendit Parrish arriver avant qu'on ne frappe à la porte. Derek souleva les jambes de Stiles pour pouvoir se lever, ce qui n'interrompit en rien la conversation entre lui et Lydia.

Celle-ci jeta un rapide coup d'œil à la porte avant de faire semblant de ne pas être intéressée, seulement pour recevoir les regards entendus de Stiles et Isaac. « Allez vous faire voir, » marmonna-t-elle avant de reprendre une bouchée de son dessert. « Tu n'es pas mieux avec cette fille, comment c'est son nom déjà ? » demanda-t-elle à l'intention d'Isaac.

Celui-ci lui lança un regard noir. « Esmeralda, » marmonna-t-il.

« Esmeralda ?! » répéta Alison, les yeux légèrement écarquillés. « Tu sors avec un personnage de Disney ?

- C'est un roman de Vi – » commença Lydia, mais sa voix fut étouffée par celle d'Isaac.

« Je ne sors pas avec elle.

- Mais tu aimerais ? » demanda Scott avec un sourire en coin. Isaac le foudroya du regard avant de se retourner vers Lydia.

« Merci beaucoup pour ça, » grogna-t-il. Du coin de l'œil, Stiles pouvait voir que Cora ne levait pas les yeux de son assiette et faisait comme si elle n'entendait pas la conversation. Il remarqua aussi la façon dont Isaac évitait de se retourner vers elle.

« Désolé, » mentit Lydia. « Mais je n'ai pas encore l'habitude de devoir vivre par procuration. » A ce moment, Parrish arriva vers le cercle. « Salut, Parrish, » dit Lydia avant de prendre nonchalamment une bouchée de son dessert. Ils essayèrent tous de contenir leur rire, à l'exception de Malia, et Alison s'étouffa avec ce qu'elle était en train de boire. Derek leur jeta à tous un regard noir et Deaton souriait simplement, ses yeux parcourant la petite assemblée. Parrish fit comme si de rien n'était, répondant d'un air détendu à Lydia avant de saluer tout le monde.

Lorsque toutes les assiettes furent reposées, Malia proposa immédiatement de passer aux cadeaux. Un nombre extravagant de paquets passa au travers de la pièce. Scott, Alison et Malia, les trois plus proches du sapin, appelaient des noms avant de les faire passer. Puis, tous commencèrent à déchirer les papiers ou ouvrir les paquets, s'exclamant et souriant en découvrant ce qu'on leur avait offert. Tous étaient si concentrés par ce qu'ils recevaient qu'ils remarquaient à peine les cadeaux des autres, lançant seulement des coups d'œil lorsqu'ils voyaient un de ceux qu'ils offraient être ouverts, pour s'assurer que la surprise plaisait. Le papier déchiré s'amoncela en de grands tas sur le sol.

Il était une heure du matin quand tout le monde fut parti. La dernière à les quitter fut Lydia, qui resta à discuter longtemps avec Isaac pendant que Parrish attendait à la porte. Elle semblait attendre qu'il se décourage, mais eut l'air heureuse qu'il soit toujours là quand elle quitta le loft. Isaac soupira en fermant la porte derrière eux. « Ça va durer encore longtemps leur petit jeu, tu crois ?

- Aussi longtemps que tiendra la volonté de Parrish, » lui répondit Derek en ramassant les restes du papier cadeau pour les jeter dans le sac poubelle que Stiles tenait.

« Quand est-ce que ça a commencé ? » demanda ce dernier. Isaac se mit à rire et Derek soupira. « Donc longtemps.

- Environs six mois avant que tu arrives. Je pense que Lydia ne va pas attendre qu'il perde toute volonté, elle va le faire craquer avant, » dit Isaac.

Derek haussa une épaule, comme s'il ne voulait pas se mêler de toute cette histoire. Il jeta un dernier morceau de papier avant de prendre le sac des mains de Stiles, le bout de ses doigts caressant le dos de ses mains au passage. Il le ferma et le posa dans l'entrée. « L'âge, c'était un problème pour toi ? » demanda Stiles et Derek se figea.

Dans le moment de silence qui suivit, les yeux d'Isaac passèrent de l'un à l'autre. « Humm, j'ai envie d'une bonne douche moi, » dit-il avec un faux entrain avant de partir dans la salle de bain. L'eau commença presque immédiatement à couler et ne trompa aucun des deux hommes.

Derek se rapprocha. « Pas vraiment. En fait – » Stiles lui coupa la parole quand il entoura ses bras autour de son cou et se mit sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Ses lèvres étaient douces et avaient le goût de la tarte aux pommes que Scott avait apportée. Leur baiser était lent et calme. Derek sentit ses muscles se détendre après l'agitation de la soirée, un silence confortable se pressa contre ses oreilles. Lorsque Stiles s'écarta, juste pour pouvoir embrasser sa joue mal rasée, sa mâchoire et son menton, Derek lâcha un rire tout en souffle. « Tu te fichais de la réponse, » devina-t-il.

Il sentit Stiles rire avant même de l'entendre. « Je voulais juste vraiment faire ça, » avoua-t-il, avant d'embrasser Derek à nouveau. Celui-ci se laissa faire, donnant à Stiles tout ce qu'il voulait et se contentant de la plénitude que son petit-ami lui apportait dans ses gestes. Un frisson descendit le long de sa nuque quand Stiles gratta la base de ses cheveux. Ce dernier rompit à nouveau leur baiser et vient murmurer proche de l'oreille de son loup, souffle chaud près de sa tempe. « J'ai envie de faire ce truc, où on met un film, mais où on ne le regarde pas parce qu'on est trop occupé à s'embrasser.

- Arrête de nous faire passer pour des adolescents de seize ans, » marmonna Derek, ses lèvres frôlant la joue de Stiles.

« Je vis pour le cliché, » répondit-il avec un sourire et Derek craqua et enfouit son visage dans son cou pour le parsemé de baiser. Stiles rit doucement, le son fit vibrer sa gorge et Derek inspira profondément son odeur.

« Tu m'as manqué.

- Et je nous fais passer pour des adolescents de seize ans.

- Tais-toi. »

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Stiles retournait encore et encore le crayon qu'il tenait dans les mains et fixait la feuille blanche face à lui. Il était incapable d'ignorer la brulure de peur au fond de son estomac. Il inspira profondément et essaya de se concentrer. Il posa la mine du crayon sur le papier, mais aussitôt sa main trembla et il le laissa tomber. Il le regarda rouler avant de tomber au sol et soupira en se plaquant les mains contre les paupières. Il inspira et expira, encore et encore, mais cela ne changeait rien à ce qu'il ressentait. Il essaya de se calmer encore quelques secondes avant de brusquement se lever et d'aller sur le balcon.

Il faisait froid, très froid à travers son t-shirt en coton fin et ses chaussettes. Stiles s'appuya sur la balustrade, le métal lui gelant les avant-bras, mais il aimait la sensation d'être ancré dans la réalité. Il regarda la ville s'étendre devant lui, le paysage blanchi par la neige, le ciel gris comme une couverture par-dessus lui. Quand il expirait, de petits nuages de vapeur sortaient de sa bouche.

Il entendit la porte d'entrée s'ouvrir sans étonnement suivi d'un « Stiles ?! » L'interpelé songea à l'odeur de panique qu'il avait dû laisser dans la salle.

« Je suis sur le balcon, » répondit-il sans hausser le ton. Derek fut là en quelques instants.

« Qu'est-ce que tu fais ici comme ça ? Tu vas attraper froid. » Pendant qu'il parlait, le loup avait retirer sa veste et la posait sur les épaules de Stiles qui tremblait comme une feuille.

« Je vais bien. Tu n'as pas besoin de faire ça, tu sais, » dit-il sans émotion dans sa voix. Ses dents claquaient les unes contre les autres à cause du froid. Derek l'observa, mais Stiles ne soutint pas son regard, préférant regarder la ville. Son petit-ami s'appuya contre la balustrade, imitant sa position avant de poser sa main, paume vers le ciel, entre eux. Stiles ne réfléchit pas avant de la prendre. Leurs doigts s'entremêlèrent. Puis, Stiles tira sur sa main pour attirer Derek plus près de lui. Son loup se plaça derrière lui, passant ses bras autour de son torse et posant sa tête contre la sienne.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- J'ai réfléchis. Je n'aurais pas dû. » Derek n'insista pas. Stiles hésita à ajouter quelque chose, à essayer de lui expliquer ce qu'il n'arrivait même pas à s'expliquer à lui-même. « Derek, j'ai froid, » dit-il à la place, parce que c'était vrai, ses pieds étaient en train de se changer en pierre. Son loup posa un baiser à travers ses mèches de cheveux avant de l'entrainer à l'intérieur.

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Stiles jeta un regard aux quatre murs du salon et aux personnes assises tout autour d'une table basse. Il y avait trop de monde pour un espace de cette taille. La meute entière y était réunie, ainsi que les mères de Scott et Lydia, le père d'Alison, Deaton et sa cousine et Parrish avec ce qui devait être deux de ses collègues.

Le bruit de toutes les conversations et des rires lui montèrent à la tête dès ses premiers pas dans la pièce. Il aurait reculé si la main de Derek n'avait pas été dans la sienne. Il essaya de se concentrer sur ce détail, ce point d'ancrage. Il se souvint qu'il avait besoin d'air et inspira profondément. Derek se tourna vers lui, comme pour l'interroger du regard, mais à ce moment, leur entrée fut remarquée et on les salua. Stiles fit de son mieux pour sourire alors que Derek répondait, sans lâcher la main de son petit-ami où s'éloigner de lui.

Stiles parcourut des yeux la pièce et son regard croisa celui d'Isaac, assis sur une sorte de bureau dans un coin de la pièce, relativement isolé du reste. En jetant un rapide regard à Derek, Stiles s'éloigna vers lui. Le loup l'observa un instant, échangea des mots silencieux du regard avec son bêta avant de partir saluer les personnes présentes.

Stiles pouvait lire dans le regard d'Isaac que celui-ci comprenait son étouffement. Le bêta lui offrit un rapide sourire avant de se pousser d'un côté du bureau, laissant Stiles prendre place à côté, contre le mur. « Foule ? » demanda Isaac.

Stiles se contenta d'acquiescer. « Je te proposerais bien qu'on aille respirer dans une des chambres, mais je crois que ce serait mal interprété, » plaisanta-t-il.

Stiles savait qu'il plaisantait, il aurait aimé être capable d'en rire, mais il le poids qui s'abattait contre ses tempes l'empêchait de ressentir quoique ce soit d'autre qu'une légère terreur. Il se concentra sur sa façon de respirer, parce qu'il ne devait pas commencer à manquer d'air ou croire que c'était le cas. Il ne devait pas paniquer.

« C'est pareil pour moi, » reprit Isaac. Il parlait comme s'il espérait distraire Stiles. « Pas au même niveau, c'est sûr, mais je ne supporte pas la foule, les endroits étroits … Elle savait qu'il y allait avoir autant de monde, je ne sais pas à quoi elle a pensé. » Sa remarquer coïncida avec l'entrée de Cora dans la pièce. Elle lança un regard noir à Isaac et Stiles vit ses lèvres remuées.

« Ce n'est pas ce que je sous entendais, » reprit Isaac, sans hausser le ton, le baissant même légèrement. Il ne regardait pas Cora, il fixait un point du sol juste devant lui. « Tu sais que je déteste ce genre d'espace. »

Elle dut répondre quelque chose, parce que les yeux d'Isaac s'écarquillèrent un instant et que ses paupières se mirent à papillonner. Il fronça les sourcils et garda les yeux fermés quelques secondes. Il serrait les mâchoires. Puis, de la surprise se marqua sur le visage du bêta et il regarda enfin dans la direction de Cora, qui leur tournait le dos et s'approchait de son frère. Issac l'observa un moment, comme s'il n'était pas certain de ce qu'il regardait. « Viens, » dit-il ensuite à Stiles avec un signe de tête.

Ce dernier mit un moment à se mettre en mouvement. Ses muscles étaient raides. Il suivit Isaac hors de la pièce, croisant le regard du père d'Alison sur le chemin. Une lueur d'intérêt apparut dans les yeux bleus quand ils se posèrent sur Stiles, et celui-ci se rappela ce que lui avait dit Cora. Il comprit qu'il pouvait être utile au chasseur, et quelque chose se brouilla dans son esprit alors qu'un point froid glissait le long de sa nuque. Il détourna vite le regard et entra dans la cuisine sur les pas d'Isaac.

« Hey ! Personne dans la cuisine, sauf –

- Cora nous autorise, » l'interrompit Isaac.

« Oh, » fit Malia. Elle avait des taches de sauce tomate sur le visage, mélangé avec de la farine et Stiles était certain d'apercevoir des herbes de Provence dans ses cheveux emmêlés. « Asseyez-vous alors, » dit-elle joyeusement avant de retourner à ce qu'elle préparait.

« Tu veux de l'aide ? » lui demanda Isaac en s'approchant, s'adossant au comptoir d'un geste naturel. Stiles se laissa tomber sur la chaise dans le coin de la pièce, reposant son dos au mur. Il pouvait encore entendre les bruits de conversation et la cuisine était petite, mais plus respirable que l'autre pièce.

« Non, tu es invité, tu ne dois rien faire, c'est la règle. » Une ombre passa sur le visage d'Isaac pendant un instant, mais quand Malia releva la tête, elle avait disparu.

« Comme tu veux, » dit-il joyeusement avant de s'assoir de l'autre côté de la table, sur une autre chaise. Il piqua un petit four qui attendait là.

Derek les rejoignit quelques minutes plus tard. Il salua Malia avant de se planter à côté de Stiles et de lui prendre aussitôt la main. « Désolé, mais je devais –

- Je sais, » l'interrompit Stiles avec un sourire. Ce n'était pas comme si Derek pouvait juste ignorer sa meute, encore moins les parents des membres de sa meute. Il força Malia à le laisser l'aider.

« Donc Derek peut aider, mais moi non ? » s'offusqua Isaac.

« Derek est bon en cuisine, c'est pas ton cas, » répondit Cora en entrant dans la pièce.

« Uh, » fit-il. « Je serais vexé si je ne t'avais pas pratiquement empoisonnée une dizaine de fois, » plaisanta Isaac avec un sourire en coin.

Cora haussa un sourcil en sa direction. « J'aurais dit une vingtaine, mais c'est l'idée.

- Au moins, je n'ai pas presque mis le feu à l'appart' en voulant faire des pâtes.

- C'était une fois ! » rétorqua Cora en riant. Isaac se mit aussi à rire. Ils se regardèrent un moment, même après avoir cessé de rire. Puis, ils semblèrent s'en rendre compte et détournèrent le regard, Cora se retourna et Isaac fixa la table.

Cora, Malia et Derek s'affairaient en cuisine alors que Isaac faisait des commentaires inutiles qui lui valaient soit des rires, soit des regards noirs. « Vous avez besoin d'aide ici ? » demanda Lydia en arrivant dans la cuisine.

« Non, ma cuisine n'est déjà pas assez grande pour trois.

- D'accord, tant pis, » dit-elle avant de venir s'assoir à la table.

« Vous vous rendez compte que la soirée se passe dans le salon, n'est-ce pas ? » demanda Malia en regardant les trois personnes assises à la table.

Isaac la regarda d'un air tout à fait innocent. « Moi et Stiles on a l'excuse de la foule, » se défendit-il. Tous les regards se tournèrent alors vers Lydia qui fit d'abord semblant de ne rien remarquer.

Puis, elle soupira. « Un des collègues de Parrish a passé dix minutes à me draguer. Et si vous me forcez à y retourner, je saute par la fenêtre. »

Ses mots furent reçus par un long silence avant que Malia ne commence à rire, rapidement suivit par le reste des personnes présentes. « Je vous hais, » lança joyeusement Lydia.

La conversation se porta alors sur ce que Lydia pouvait faire pour se débarrasser de l'attention dudit collègue. Malia lui proposa de lui hurler dessus, façon banshee, Isaac de manger un oignon avant de retourner dans la pièce, Derek de simplement lui demander de la laisser en paix, finalement, Cora lui proposa d'embrasser Parrish devant lui pour lui faire comprendre où se trouvait son intérêt. Le sujet changea pour parier les chances de survie du chien de l'enfer si elle mettait ce dernier plan à exécution. Alors que Derek essayait d'empêcher Malia de convaincre Lydia d'aller traverser le salon pour embrasser passionnément Parrish afin de savoir qui de Isaac ou Cora avait raison, la mère de Lydia apparut à l'entrée de la cuisine.

« Est-ce que – oh, Stiles ! Mais tu n'es pas venu nous dire bonjour, » s'exclama-t-elle avant de faire un pas dans sa direction. L'interpelé se raidit brusquement. Il sentit son cœur manquer un battement, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de s'approcher trop de lui, Lydia était debout et attrapait le bras de sa mère.

« Maman, tu te souviens de ce livre dont je t'ai parlé ? Cora vient de me dire qu'elle l'avait, viens, je vais te montrer. » Elle ne laissa pas le temps à sa mère de répondre avant de l'entrainer hors de la cuisine.

Il y eut un silence de quelques secondes, pendant lesquelles Stiles fixa l'entrée de la pièce comme s'il s'attendait à ce que quelque chose en surgisse, alors que les autres le regardaient en attende d'une réaction. « Tout est prêt, » dit finalement Cora. Elle leva les yeux sur Isaac. « Vous pensez que ça va aller, ou vous préférez manger ici ? » Il n'y avait aucune attaque dans sa question et de la bienveillance dans son regard. Stiles se demanda s'il devait s'habituer à cette Cora-ci.

Isaac réfléchit un moment, mais finit par acquiescer. « Pour moi, ça devrait aller. » Il regarda ensuite Stiles. Celui-ci détourna rapidement le regard sur Derek. Il n'avait pas voulu faire ça, il aurait aimé ne pas le faire, aurait voulu être capable de prendre sa décision sans avoir besoin de l'assurance que son loup serait avec lui, mais il ne pouvait pas. « Je peux retourner sur le bureau ? » demanda-t-il, se forçant à regarder Cora en parlant.

« Bien sûr, » répondit-elle. « J'ai pas assez de sièges pour tout le monde de toute façon.

- On aurait dû le faire au loft, » regretta Derek.

« J'avais pas prévus Parrish et ses collègues, ni Deaton ou sa cousine, » se défendit Cora en prenant deux assiettes.

Isaac haussa un sourcil dans sa direction avant de sourire. « T'as aucune idée de leurs noms, n'est-ce pas ? » Elle lui lança un regard noir, qui prit des accents complices alors qu'elle quittait la cuisine. Isaac se servit une assiette et une à Stiles avant que Derek et Malia n'aident à apporter le reste du buffet dans le salon. Stiles et Isaac profitèrent que les invités soient agglutinés vers la table basse pour aller se rassoir sur le bureau.

« Je peux ouvrir la fenêtre ? » demanda Isaac en direction de Cora.

« Si Lydia essaie de sauter, ce sera de ta faute, » rétorqua-t-elle immédiatement. Le silence se fit dans la salle.

« Pourquoi est-ce que Lydia voudrait sauter par la fenêtre ? » demanda alors la mère de la banshee. Derek, Stiles et Isaac essayèrent de cacher leur rire, Cora jeta un rapide regard à Lydia comme pour s'excuser et Malia reprit avec confiance.

« Vous savez, le 31 décembre, c'est le jour avec le plus haut taux de suicide de l'année. » La mère de Lydia écarquilla les yeux en se tournant vers sa fille.

« Non, maman, je ne vais pas sauter, » la rassura-t-elle avant de prendre une gorgée de son verre.

« Ce serait vraiment dommage que la Terre perde quelqu'un comme toi, » dit l'un des collègues de Parrish en lui souriant.

Derek s'étouffa avec un petit four et se dépêcha de quitter la pièce, Isaac le suivit, Cora se cacha derrière son verre et Stiles priait pour qu'on l'oublie. Lydia fixa celui qui venait de parler, longuement, puis se contenta de se détourner pour prendre une part de tarte et s'éloigna vers Alison et son père.

Lorsque Derek et Isaac revinrent, ce dernier rapportait une chaise de la cuisine et s'assit en face du bureau alors que Derek s'installait à côté de son petit-ami. La fenêtre fut vite refermée à cause du froid, mais Isaac ne cessait de lui lancer des coups d'œil. Alors que la soirée avançait, Stiles reposa son épaule contre celle de son loup, autant pour sentir sa présence que pour se cacher de la foule derrière lui. Cora vint murmurer quelque chose à l'oreille d'Isaac qui la regarda d'un air surpris avant de se lever pour disparaitre derrière l'une des portes du fond de la pièce. Cora retourna voir Malia comme si de rien n'était.

Stiles jouait avec les doigts de Derek quand Mélissa et Scott vinrent leur parler. Stiles s'excusa de ne pas être venu leur dire bonjour, mais aucun d'eux ne semblait lui en tenir rigueur. Scott vida ce qu'il restait de l'assiette de Stiles tout en parlant de la fac. « Scott, il reste de la tarte, tu la veux ? » demanda Alison en tenant un plateau presque vide. Le loup hocha la tête avant de prendre le plateau en souriant à sa petite-amie. Il recommença à parler en prenant un morceau de tarte quand il remarqua le regard étonné de Stiles.

« Quoi ? » demanda-t-il tout en mâchant.

« Tu ne manges toujours pas beaucoup » remarqua Mélissa et Stiles secoua la tête. Elle sourit affectueusement. « Je me souviens, quand vous étiez petits, c'était toi qui finissait toujours les plats de Scott.

- T'étais un puit sans fond, » décréta Scott avant de mordre à nouveau dans sa part de tarte.

« Le nombre de fois où je vous ai repris pour faire ça. Je crois que tu étais le seul enfant au monde à accepter de manger les brocolis de son ami, » dit-elle amusée. Stiles fronça les sourcils en essayant de se rappeler de ça, puis laissa échapper une petite exclamation amusée.

« J'ai du mal à imaginer Scott ne pas engloutir son poids en nourriture à chaque repas, » dit Derek. Scott le regarda d'un air offensé. « J'ai aussi du mal à t'imaginer manger autant que lui, » ajouta-t-il en se tournant vers Stiles.

Celui-ci lança un regard légèrement dégouté à son ami d'enfance dont la bouche était pleine. « Moi aussi, » parvint-il à dire. Il reposa son assiette, maintenant vide puisque Scott l'avait finie, à côté de lui sur le bureau.

« Tu te souviens de la fois où on avait fait une indigestion à cause nos bonbons d'halloween ? » demanda alors Scott, son regard à la fois amusé et horrifié par le souvenir.

Stiles fronça les sourcils avant d'acquiescer. « Je me souviens que tu avais vomis sur ton costume de spiderman. » Scott le regarda d'un air outré alors que Mélissa et Derek riaient.

Assez naturellement, la conversation continua sur des souvenirs d'enfance, des choses dont Stiles se souvenait s'il faisait un effort. C'était étrange de ranimer des choses passées, d'avoir l'impression qu'elles étaient toujours tangibles, qu'elles se produisaient à nouveau, qu'elles étaient proches et accessibles. Cela fit naitre une étrange chaleur au fond de lui, pas vraiment douloureuse, mais qui laissait quelque chose d'amer derrière elle. Stiles savait qu'il ne pourrait jamais y revenir. Mais, face aux sourires de Scott et Mélissa, ça ne semblait pas grave.

Puis, quelqu'un mit de la musique et Alison força Scott à venir danser avec elle. La mère de Lydia tira par la main le père d'Alison qui lança un appel à l'aide muet à toutes les personnes de la salle. Un des collègues de Parrish invita Malia. Alors que le policier qui draguait Lydia depuis le début de la soirée s'approcha d'elle, celle-ci s'avança rapidement jusqu'à Derek, ses yeux écarquillés. « Pitié, sauve-moi, » grogna-t-elle en lui attrapant la main.

« Parrish a l'air énervé, » lui dit Derek, espérant que cela la calmerait. Elle lui sourit.

« Génial, mais à moins qu'il ait l'air d'être sur le point de m'inviter, tu ferais mieux de m'aider. » Derek soupira avant de lancer un regard à Stiles.

Celui-ci le regarda d'un air amusé. « Amuse-toi bien, » dit-il et Derek lui lança un regard peu impressionné avant de se laisser entrainer par Lydia. Sans qu'il ne sache comment c'était arrivé, Stiles vit Cora et Isaac danser l'un avec l'autre. Mélissa resta à côté de Stiles, un sourire amusé aux lèvres, seul Parrish et son collègue, Deaton et sa cousine restaient écartés des danseurs. Mélissa se tourna ensuite vers Stiles et celui-ci lui lança un regard paniqué. « Ne me forcez pas à faire ça, » dit-il et Mélissa éclata de rire.

« Je n'en avais pas l'intention, » le rassura-t-elle. Ils regardèrent les paires se former et changer selon les musiques et les moments. Le reste des personnes présentes commençaient à se mêler à eux, sauf Chris qui profita du premier changement de chanson pour s'enfuir et Deaton qui prétexta avoir mal à la jambe. La seule constante semblait de ne pas laisser le collègue de Parrish s'approcher de Lydia, et les regards noirs du chien de l'enfer à son collègue.

Stiles resta assis, mais les mouvements lui donnaient le tournis, additionné à la chaleur montante de la pièce et la musique qui lui semblait de plus en plus forte, il avait l'impression de ne plus comprendre ce qu'il voyait. Il essaya de concentrer son attention ailleurs, mais les mouvements brusques l'empêchaient de quitter les danseurs du regard. Quand il remarqua la façon dont la cousine de Deaton le fixait, il essaya d'éviter son regard. Il sentait aussi les yeux du père d'Alison sur lui. Mais, ce fut les coups d'œil répétés de la mère de Lydia qui décidèrent Stiles à abandonner ses efforts. Il dépassa Deaton en quittant la pièce, et celui-ci lui demanda si tout allait bien. « Oui, je vais juste prendre un peu l'air, » dit-il avec un sourire qu'il savait convaincant.

Il sortit. Il descendit les trois étages avant d'arriver en bas de l'immeuble. Une fois dehors, il inspira profondément. L'air frais pénétra ses poumons et il ferma les yeux pour laisser le silence se presser contre lui. Il avait l'impression que ses tympans vibraient encore des échos de la musique.

Stiles se retourna brusquement quand la porte de l'immeuble s'ouvrit derrière lui. Derek laissa la porte se refermer derrière lui en s'avançant vers son petit-ami. « Tout va bien ?

- J'étouffais, » répondit-il simplement. Derek n'ajouta rien, mais il leva les yeux vers le ciel et Stiles vit qu'il était dégagé, pour la première fois depuis des semaines, et que les étoiles étaient visibles. Il sourit doucement. « À quoi ressemblent les étoiles pour toi ? » murmura-t-il, un petit nuage de vapeur quitta ses lèvres.

Il jeta un coup d'œil à Derek pour le voir sourire. Son loup s'avança vers lui jusqu'à prendre ses mains dans les siennes. Stiles se laissa faire. Ses mains étaient chaudes autour des siennes, agréables, douces, et il laissa ses pouces caresser leurs dos. Derek avait les yeux levés vers ciel et réfléchit un instant avant de les baisser sur son petit-ami. « À une seconde chance.

- À quoi ça ressemble une seconde chance ? » se moqua Stiles.

Derek haussa un sourcil, amusé. Puis, il désigna le ciel d'un coup d'œil. « Regarde en l'air.

- Tu es ridicule, » dit Stiles en riant, tirant sur les mains de Derek pour qu'il se rapproche.

« Tu as froid ? » demanda le loup et Stiles secoua la tête. Il essaya de trouver un nom pour la couleur que les yeux de son loup avaient dans l'ombre de la nuit, devant cet immeuble et sous les étoiles, ce soir. Il se demanda si ses iris avaient déjà eu deux fois la même couleur.

Ils restèrent un moment en silence avant que Derek ne reprenne. « C'est bientôt minuit.

- Est-ce qu'on peut en faire une tradition ? D'être toujours juste tous les deux quand on change d'année ?

- Si tu veux, » dit Derek dans un murmure en s'approchant encore un peu plus de Stiles. Il aimait cette idée, celle d'avoir des traditions avec quelqu'un, d'avoir une raison d'attendre ce jour en particulier, une bonne raison, une belle raison, quelque chose de fixe et de stable et qui leur appartenait à eux, à eux seuls.

Le silence s'étendit à nouveau entre eux et Derek remarqua qu'il n'avait jamais imaginé avoir quelqu'un avec qui il pourrait simplement partager un silence.

Puis, Stiles reprit. « Je crois qu'il y a toujours un truc entre Isaac et Cora.

- Oui, j'ai remarqué aussi.

- Qu'est-ce que tu en penses ?

- Je ne sais pas, » répondit honnêtement Derek. Il avait toujours considéré que la vie privée de sa sœur ou de ses bêtas ne le concernait pas, du moment qu'ils ne se mettaient pas en danger. Il réfléchit un moment avant de reprendre. « S'ils sont heureux ensembles, tant mieux, qu'ils soient ensemble. Ils ont peut-être juste besoin de temps, de grandir chacun de leur côté avant de pouvoir être ensemble.

- Le temps est ta réponse à tout ? » demanda Stiles avec un sourire.

« C'est une bonne réponse, » se défendit Derek. Ça semblait fonctionner pour eux.

Stiles sourit un peu plus largement. « Tu t'entends bien avec Parrish, non ? » Derek le regarda d'un air peu impressionné.

« C'est la seconde fois en une semaine que tu me compares à Parrish, qu'est-ce que je dois comprendre ?

- Rien, à part que vous avez des points communs. » Derek haussa un sourcil. « Vous avez tous les deux un truc pour les gens plus jeunes que vous, » plaisanta Stiles et son loup leva les yeux au ciel. « Dis-moi que j'ai tort.

- D'où te vient cette nouvelle obsession avec notre différence d'âge ? » demanda Derek, amusé, mais aussi curieux.

Stiles sembla réfléchir une seconde, puis haussa une épaule. « De nulle part. Je ne crois pas en avoir une.

- Tant mieux, » déclara Derek. Ils n'avaient pas besoin de rajouter des complications. « Stiles, est-ce que tu vas mieux ? »

Stiles cligna plusieurs fois des yeux et fronça les sourcils. « Quoi ?

- C'était ta résolution de cette année, tu te souviens ? Tu voulais aller mieux. Et tu m'as demandé de t'aider à l'accomplir, alors : es-tu la première personne que je connais à avoir réussi à tenir une résolution du nouvel an ? »

Stiles lui sourit. « Oui, j'ai réussi. Merci de m'avoir aidé. » Stiles resserra son emprise sur les mains de Derek et celui-ci fit de même.

« Quelle est ta résolution pour cette année ?

- Une que je vais tenir, ou celle qui ne comptera plus dès le lendemain ?

- Comme tu préfères.

- Je vais me faire apprécier par ta sœur, » déclara Stiles et Derek rit avant de secouer la tête.

« Fais attention à toi, Isaac est plus jaloux qu'il n'y parait.

- Je crois que tu es plus jaloux qu'il n'y parait, » rétorqua Stiles. « Et toi, ta résolution ?

- Je vais réussir à arrêter de sourire dès que tu me souris.

- Tu es censé tenir une journée ? » demanda-t-il dubitativement. Derek haussa une épaule.

« L'important c'est d'essayer, » dit-il. Stiles lui sourit et les lèvres de Derek s'arquèrent. Ils savaient déjà tous les deux que c'était perdu d'avance, et ils préféraient les choses ainsi. « C'est presque minuit, » dit Derek. Il semblait se concentrer sur un son distant, puis il reporta son attention entièrement sur Stiles. « 10, 9, » décompta-t-il et son petit-ami sourit largement.

Stiles fit un pas de plus, la pointe de ses pieds touchant celle de Derek. Il ne pouvait pas entendre la meute décompter, il pouvait juste voir les lèvres de son loup chuchoter les chiffres, comme pour ne pas troubler le silence nocturne qui les entourait. Il faisait sombre, seules les lumières des appartements de l'immeuble et la faible lueur des étoiles les gardaient du noir complet. Stiles pensa au fait que ce moment ne devait pas être aussi silencieux pour Derek qu'il l'était pour lui, alors il posa ses mains contre ses oreilles pour étouffer le reste des bruits. « 7, 6.

- Tu vas m'embrasser à minuit ? » demanda-t-il et son loup sourit en posant son front contre le sien.

« 5.

- Tu n'as pas à attendre minuit, si tu veux.

- 4 … 3.

- Compte plus vite.

- 0, » souffla Derek en se penchant pour capturer les lèvres de Stiles. Celui-ci rit à travers leur baiser. Ses mains glissèrent des oreilles de Derek aux côtés de son visage, puis à son cou. Il le gardait près de lui, contre lui, comme si son loup était assez fou pour chercher à partir. Plus que leur esprit, c'était le monde qui disparaissait dans leur baiser.

« Bonne année, Stiles.

- Bonne année, Derek. »

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