Chapitre XXIII

-J'ai faim, râla Emily.

-Ca fait la quatrième fois que tu nous le dit, Levy, répliqua Logan, agacé. Et pour la quatrième fois : on s'en fiche !

-Mais qu'est-ce qu'on attend encore ?

-Louis et Roxanne ne devaient plus tarder, répondit Fred en se balançant sur sa chaise.

Tous assis dans un coin du fameux bar le Chaudron Baveur, Dominique, Logan, Fred et Emily attendaient depuis près d'un quart d'heure l'arrivée des deux autres. Il faut dire que les distractions étaient assez rares en ce début d'après-midi. Le bar était à moitié vide, sûrement à cause de la neige qui tombait en continu dehors.

C'est le tintement de la clochette de l'entrée qui annonça l'arrivée des retardataires.

-Enfin ! Il est 15h passé, je vous ferais remarquer.

-Pas de ma faute, dit Louis en s'asseyant lourdement. Roxanne a mis une demi-heure a décidé si une veste bleu ou turquoise lui irait mieux au teint et après le Magicobus a été retardé à cause de la neige.

-Je m'en fiche, Weasley, dit Emily. J'ai faim.

-Et moi je vais t'étrangler !

-Logan, calma Fred aussitôt. Nous aimerions tous rester en vie, juste le temps de cette réunion. Tu la tueras plus tard ok ?

Logan grommela quelque chose d'incompréhensible mais resta sagement assis.

-Bon alors, intervint Roxanne, qu'est-ce qu'on fait là ?

-Disons que nous reprenons du service. Ca faisait un moment qu'on n'avait pas de couple à mettre ensemble mais là c'est une urgence niveau rouge. Je veux bien sûr parler de James et Alyne pour ceux qui n'avaient pas compris.

-Evidemment, ça sera différent de la dernière fois, enchaîna Logan. Il ne s'agit plus de leur faire prendre conscience de leurs sentiments mais simplement de les rabibocher.

-Et virer Eva de l'équation par la même occasion.

-Je vote pour le poison, proposa immédiatement Emily.

Les autres retinrent un sourire tout en jetant des coups d'œil au menu. Un chocolat chaud ne serait pas de refus pour lutter contre le froid de ce mois de décembre.

-On verra ça plus tard, bien que le poison me semble une solution trop douce…Bref, quelqu'un a des idées ?

-Les enfermer dans une pièce jusqu'à ce qu'ils se réconcilient ?

-Faire comprendre à Alyne que tout le monde a droit à une seconde chance ? Renchérit Louis.

-Empoisonner Eva, lança à nouveau Emily.

Elle avait accompagné sa phrase de son plus beau sourire psychopathe pour faire bonne mesure.

-Rappel moi pourquoi on l'a invité ?

-Parce que, répondit Fred en tapotant le dos de son meilleur ami en signe de réconfort. Autre chose ?

-Un mariage forcé ?

-Illégal.

-Un philtre d'amour ?

-Trop long a préparé…et illégal aussi, répondit Logan.

-Un sauvetage héroïque contre une bande d'acromentule déchaînée ?

-On n'a pas d'acromentule, objecta-t-il à nouveau.

-Ce n'est qu'un détail, rétorqua Emily.

Bon, jusque-là, leur réunion n'était pas très productive mais ils ne désespéraient pas.

-Ok, Rox, des idées ? Demanda Fred.

Sa grande sœur rejeta ses tresses africaines dans son dos et releva le menton, concentrée. A croire qu'on s'attendrait presque à ce qu'elle sorte un paperboard pour exposer son plan avec thèse, antithèse, synthèse, tout ça avec des sous-parties évidemment. La spécialiste des relations amoureuses n'avait pas été invitée pour rien après tout.

-J'aurais bien proposé la jalousie mais on va éviter d'empirer la situation, on ne sait jamais, déclara Roxanne. Non, la bonne méthode c'est que James utilise ses talents de Chapardeurs. Sérieusement, quand il s'en donne la peine il peut être très convaincant. Il va falloir qu'il réussisse à se faire pardonner en y allant à fond. Alyne ne pourra avoir d'autre choix que de craquer.

-Rox, tu es génial ! Dit Dominique.

-Donc on va devoir obliger James à se remuer, résuma Logan. Je vous jure, on dirait un légume depuis deux semaines.

-T'as pas vu Alyne. Je ne l'ai jamais vu autant pleurer que le soir où elle s'est disputée avec James et Eva.

-Qu'il faudra penser à empoisonner, glissa Emily au passage.

-T'inquiète, on te fera un post-it pour pas que tu l'oubli, promis Louis amusé.

La jeune fille n'eut pas le temps de répondre car la patronne sortit de derrière son comptoir pour se diriger vers eux. Ils l'a connaissaient tous bien puisqu'elle n'était autre que la femme du professeur Londubat, Hannah Abbot. L'ancienne Poufsouffle avait repris la direction du bar à la mort de l'ancien propriétaire et s'était vite fait apprécié de ses clients en transformant le Chadron Baveur en un endroit beaucoup plus chaleureux. De gros fauteuils moelleux avaient été installés dans toute la pièce et chaque samedi un groupe sorcier venait animer la soirée.

-Bonjour les jeunes ! Lança la patronne en arrivant devant leur table. Alors, enfin en vacances ?

-Ouais ! D'ailleurs si tu pouvais convaincre Neville d'annuler notre devoir de botanique ça serait génial, dit Dominique avec un sourire angélique.

-Bien tenté ma belle mais non. Ça ne vous pas mal de bosser un peu. Mais pour l'instant, qu'est-ce que vous voulez boire ?

-Chocolat chaud ! Commanda immédiatement Roxanne. Avec de la cannelle.

-La même chose que ma sœur.

-Sirop de cerise avec boule de glace, dit Louis.

-Une bière au beurre pour moi, ajouta Dominique.

Hannah nota tout à toute vitesse, soufflant sur une mèche blonde qui lui barrait le front et se tourna vers Logan et Emily.

-Et vous ?

-Un Hydromel aux épices.

-Pareil.

-Certainement pas Logan, protesta Hannah. Tu n'es pas majeur à ce que je sache.

Il tenta de lui faire son regard de chien battu doublé d'une moue boudeuse. Malheureusement la patronne ne se laissa pas prendre et secoua la tête.

-Jus de citrouille, décida-t-elle pour lui. Je reviens tout de suite.

-Le pauvre petit enfant ne peut pas commander ce qu'il veut, railla Emily.

-Pourquoi est-ce qu'il fallait qu'elle ait 17 ans avant moi ? Se lamenta-t-il.

Pensive, Roxanne tapotait sur la table avec ses ongles parfaitement manucurés. Elle avait ce tic à chaque fois que l'envie de dessiner ou de créer un vêtement lui prenait. Sa passion pour la mode l'avait finalement détourné de ses études de droit pour aller travailler chez un couturier sorcier en vogue de Londres. Exceptionnellement elle avait eu un congé pour les fêtes de noël, pourtant son travail lui manquait quand même.

-Oh ! Rox, à quoi tu penses ? Lui demanda son petit frère (si plus petit que ça d'ailleurs…).

-A une demande qu'Albus m'a faite il y a deux jours. Il veut un chapeau orange à grelots pour la rentrée. C'est étrange non ?

-C'est surtout de très mauvais goût.

-Tu sais, Al a toujours des idées bizarres alors… relativisa Louis.

-En fait, reprit-elle soudain plus alerte, pourquoi personne ne m'a prévenu pour Rose et Scorpius ? J'aurais dû être la première au courant !

-Merci de m'y faire penser Rox ! Il faudra aussi penser à les aider ces deux-là parce qu'avec leurs pères c'est pas gagné.

-On va avoir du boulot pendant les vacances, pas vrai Fred ?

-Tout à fait Logan !

C'était décidé, ils devraient monter une agence matrimoniale une fois leurs études finit. Ils auraient un succès fou, c'était certain. Quelques minutes plus tard, Hannah revint, les bras chargés par un plateau encombré de diverses boissons. Elle leur distribua, empocha l'argent puis retourna derrière son comptoir d'un pas léger.


Chère Alyne,

Je suis au courant de ce qu'il s'est passé, même si tu ne le voulais pas. Surtout n'en veux pas à Dom qu'elle me l'ait dit (on sait toutes les deux qu'elle ne peut pas tenir sa langue même si sa vie en dépendait). J'espère que tu vas bien malgré tout. Enfin, je ne me fais pas d'illusion, tu ne dois pas aller bien du tout. Crois-moi, j'aimerais être là pour te réconforter, tu me manques beaucoup. L'Inde est un pays merveilleux et j'apprends énormément dans cette nouvelle école mais j'avoue que l'Angleterre me manque un peu. Même la pluie me manque, c'est dire !

Sinon, ne t'inquiète pas, quand je rentrerais James aura intérêt à bien se cacher parce qu'il va subir ma colère ! J'hésite encore entre la décapitation et l'huile bouillante. Ce n'est qu'un abruti ! Si j'avais eu assez d'argent j'aurais envoyé une beuglante pour qu'il l'a reçoive à l'heure du déjeuner tiens.

En tout cas je pense à toi et tu diras à Emily que j'approuve son idée n°5 en ce qui concerne James (je préfère ne pas détailler, disons seulement que ça implique un ou deux membres en moins).

Gros bisous.

Ton amie,

Mary.

Émue, Alyne reposa la lettre qu'elle venait de recevoir. Ca faisait un moment qu'elle n'avait plus eu de nouvelles de sa meilleure amie et elle était heureuse d'en avoir enfin. Il faudrait qu'elle pense aussi à dire deux mots à Dominique sur sa façon de comprendre « tu ne dis rien à Mary, je ne veux pas qu'elle s'inquiète ». Epuisée, Alyne se dirigea vers la salle de bain. L'eau chaude fit vite virer sa peau au rouge mais ça faisait un bien fou. Elle ne savait pas combien de temps exactement elle était restée sous la douche, et elle manqua de trébucher en sortant de la cabine à causes de ses jambes raides.

Son reflet dans le miroir n'était pas brillant non plus. Des cernes soulignaient ses yeux depuis que ses crises d'angoisses nocturnes étaient revenues sans prévenir. La dernière datait pourtant de la quatrième année et elle avait donc pensé que c'était finit. Mais le deuxième jour des vacances, elle s'était réveillé en hurlant, en sueur et incapable de respirer. Heureusement ni sa sœur ni ses parents ne s'étaient aperçu de rien et elle avait finalement réussit à respirer normalement au bout de dix minutes. Sa peau lui semblait aussi plus pâle que d'habitude et si elle ne se trompait pas elle avait également perdue du poids.

Franchement, elle était pathétique. Elle devait se reprendre et vite. Ça ne lui ressemblait pas. Pourtant, en regardant son visage dans la glace, les questions qui la hantaient lui revinrent de plein fouet. Est-ce que ce n'était pas aussi de sa faute si James avait embrassé Eva ? Enfin, Shannon avait bien précisée que c'était Eva qui avait embrassée James et non l'inverse mais il n'en restait pas moins que James le lui avait caché. Après tout, ils n'avaient jamais été plus loin que des baisers passionnés ensemble et peut-être qu'il avait voulu tester autre chose avec Eva ? Malgré ça, Alyne n'en était pas sûre non plus puisqu'elle refusait de laisser une chance à James de s'expliquer. Dominique et Emily l'avaient soutenu dans sa décision d'éviter James pour le moment, le voir faisait trop mal pour l'instant. Ensuite les vacances étaient arrivées et par conséquent ils ne s'étaient pas encore affrontés face à face ; au bout de pourtant de huit jours de séparation.

Alyne sentit ses yeux piquer et elle chassa ses larmes d'un battement de paupières, la gorge nouée. Elle avait assez pleurée, par Merlin !

-Alyne ? Appela Shannon derrière la porte. Tout va bien ?

Non, songea-t-elle, ça n'allait pas du tout.

-Oui, oui, ne t'inquiète pas.

Elle entendit sa petite sœur soupirer avant de tourner les talons. La soirée allait encore être longue.


-Albus ! Descends, Shannon est arrivée !

-J'arrive maman !

Albus bondit de son lit et se précipita dans le couloir avant de dévaler l'escalier. Dans l'entrée, sa mère parlait avec son amie qui devait être venu en métro ou en bus au vu de toute la neige accrochée dans ses cheveux châtains.

-Par Merlin, tu ressembles à un bonhomme de neige.

-Bonjour à toi aussi Al, dit Shannon en levant les yeux au ciel.

-Bon je vous laisse, annonça Ginny, il faut que j'aille une heure à la Gazette. On vient de m'appeler en urgence, ils ont besoin de moi. Vous ne faites pas sauter la maison, c'est clair ?

Après tout, elle connaissait ses enfants, la situation pouvait vite partir à vau l'eau avec eux. Albus adressa un sourire rassurant à sa mère et lui promis qu'ils seraient sages avant de claquer la porte derrière elle.

-Je suis content que tu sois venu. Il faut que je te montre quelque chose.

-Ta proposition m'avait l'air plus intéressante que mon devoir d'étude des moldus alors évidemment que je suis venue ! Et Rose et Scorpius, ils sont déjà là ?

Shannon suivit le brun en direction de sa chambre, observant avec intérêt les vieilles peintures qui bordaient le long de l'escalier.

-Non, ils ne peuvent pas venir, répondit Albus. Rose avait des devoirs à faire et Scorpius passait la journée avec sa grand-mère et sa cousine.

-Oh, il devait être ravi !

-Tu m'étonnes. Quand je lui aie parlé ce matin grâce au miroir à double-sens, j'ai cru qu'il allait assassiner Cassie et son chat.

D'un coup d'épaule, Albus ouvrit la porte de sa chambre et s'effaça pour laisser passer son amie.

Comme d'habitude, des cartes de chocogrenouilles traînaient par terre et une pile de livre menaçait de tomber de son bureau. Contrairement à son frère et à sa sœur, les murs n'étaient pas peints aux couleurs de Gryffondor mais simplement en blanc. Du moins, ils étaient blancs à la base puisque maintenant Albus s'était amusé à écrire tous ce qu'il lui passait par la tête. En fait, il avait transformé ses murs et son plafond en une sorte de journal intime où tout le monde pouvait laisser libre cours à son imagination. A chaque fois que Rose, Scorpius ou Shannon venaient ils inscrivaient un mot au hasard. C'était devenu une sorte de tradition amicale.

Aujourd'hui ne fit par exception et Shannon s'empara d'un marqueur noir posé sur la table de chevet avant de grimper debout sur le lit.

-Hum…qu'est-ce que je pourrais écrire cette fois, Al ?

-Tu connais la règle : ce que tu veux. Enfin, se reprit-il, pas tout non plus. Je te rappel que ma mère passe souvent ici.

-T'inquiète ! Ah j'ai trouvé.

Elle enleva le capuchon du feutre en un coup de dent puis écrivit en lettre majuscule le mot « flocon de neige ». Albus esquissa un sourire.

-Effectivement, ça me parait coller à la situation.

Shannon lui rendit son sourire et se laissa tomber sur le lit en rebondissant.

-Bon, maintenant que notre rituel a été accompli, dit-elle, tu vas pouvoir me montrer pourquoi tu m'as fait déplacer par ce temps.

-Oh oui, c'est vrai. Attends ici, je reviens.

Il ressortit de la chambre au pas de course et Shannon entendit les marches de l'escalier grincer sous son poids, signe qu'il était vraisemblablement redescendu au salon.

Fatiguée, elle s'allongea et son regard fut attiré par le plafond. Il était à moitié couvert de photo, que ça soit de la famille ou des amis. Sur l'une, on pouvait voir Dominique et Victoire qui éclatait de rire ; sur une autre encore c'était Lily qui devait avoir trois ou quatre ans et qui apprenait à faire du balai avec James et Teddy. Un peu plus loin, il y en avait une avec elle qui plantait un baiser sur la joue de Scorpius. Mais la meilleure était sans aucun doute celle qui datait de noël dernier et où on pouvait voir le quatuor avec des bonnets rouges à pompons blancs, adressant de grands signes de la main à l'objectif.

Soudain, Shannon entendit la porte se rouvrir et elle se redressa en roulant sur le ventre.

-Alors Al, tu…commença-t-elle.

Elle s'interrompit en constatant que ce n'était pas Albus, mais James.

-Salut, dit-il d'un ton qui se voulait dégager.

-Euh…salut. Tu vas bien ?

-On peut dire ça. Ecoute, je ne veux pas t'ennuyer longtemps mais…comment va Alyne ?

Shannon se mordit la lèvre. Elle aurait dû s'en douter.

-Parfois bien parfois mal, répondit-elle sincèrement. Tu lui manques, je crois. Mais elle ne veut pas te voir pour l'instant. J'essaye de plaider ta cause mais elle est têtue.

-Pourquoi ? S'étonna James. Pourquoi tu me défends ?

-Ne te méprends pas, je suis en colère contre toi. Mais j'étais là ce fameux soir et je sais ce que j'ai vu. C'est Eva qui t'as embrassé. Pas le contraire. Pourtant tu ne l'as pas repoussé tout de suite non plus et surtout tu as fait la pire connerie que tu pouvais faire : tu as gardé le secret. Alors évidemment ne t'étonne pas que les autres te pensent quand même coupable malgré tout.

-Ouais, j'ai compris, marmonna-t-il. Et sinon, je suppose qu'elle ne voudra pas venir à mon anniversaire en janvier ?

-Je ne sais pas, avoua Shannon, la situation aura peut-être évolué d'ici là. Elle est en colère pour le moment. Je l'entends pleurer le soir parfois aussi. Elle t'aime, j'en suis sûre. Ça va s'arranger.

James ne parut pas convaincu mais hocha la tête, les yeux dans le vague. Il avait l'air abattu, pourtant une lueur de détermination brillait dans son regard. Il n'était pas le genre à abandonner facilement et s'il devait forcer Alyne à l'écouter, il le ferait.

-Bon, je vais vous laisser, dit-il en voyant son frère revenir. Merci Shannon.

Perplexe, Albus haussa un sourcil comme une interrogation muette.

-Il venait me parler de ma sœur, expliqua-t-elle. Bref, alors montre-moi.

-Hier, j'ai été fouillé dans la bibliothèque du bureau de mon père. Je voulais voir si je pouvais trouver des informations sur le Dr Belov ou la Confrérie Ecarlate. Et j'ai trouvé.

-Sérieusement ?

-Oui, regarde. Là, c'est indiqué que la Confrérie Ecarlate a pris de l'ampleur dans les pays de l'est il y a quelques années avant d'arriver en Angleterre. Au début, leurs membres semblaient attaquer sans logique apparente mais depuis peu les Aurors ont compris que les attaques visaient des lieux fréquentés par la communauté sorcière ou de hauts représentants de l'Etat. Donc la Confrérie cherche à instaurer un climat de peur. Si les Aurors sont occupés ailleurs, ça sera plus facile pour eux de mener à bien leur projet qui reste encore secret pour l'instant. Oh, oui, dernière découverte en date : un de leur membre a été arrêté avant les vacances. Il avait seize ans.

-Attends quoi ? S'exclama Shannon. Mais, ça veut dire qu'il…

-…n'est pas majeur en effet, compléta-t-il. C'est d'autant plus inquiétant que la justice n'est pas la même pour les mineurs et c'est impossible de les interroger sans la présence d'un représentant légal, ce qui complique les choses.

-Et pour le Dr Belov ?

-Tu te souviens de l'article que vous aviez trouvé avec Rose à la bibliothèque ?

Shannon acquiesça. Elle n'était pas prête d'oublier cette soirée qui s'était finit en catastrophe.

-C'est confirmé, le petit Sergueï est bien la même personne que le Dr Belov. Il a été placé chez son grand-père suite à la mort de ses parents. Mais ce n'est pas ça qui m'intrigue le plus chez lui. Il a fait deux années d'études à Durmstrang, sa sixième et septième année pour être précis.

-Et alors ? Ça paraît logique.

-Justement non. Son grand-père habitait en Italie, à la frontière française. Il a fait ses études à Beauxbâtons. Pourquoi le faire traverser la moitié de l'Europe jusqu'en Russie, ou peu importe où se trouve Durmstrang, juste pour deux ans ? Surtout quand on connait la réputation de cette école.

- Honnêtement, Al, je n'en ai aucune idée.

Albus fronça les sourcils, déçu que Shannon n'accorde pas tellement d'importance à ce qu'il venait de lui annoncer. Plus attentif, il observa l'expression de son amie et se rendit compte avec stupeur qu'elle avait les larmes aux yeux.

-Shannon ?

-C'est de ma faute, lâcha-t-elle d'une voix sans timbre.

-Quoi ?

-C'est de ma faute si James et Alyne se sont séparés. J'aurais dû me taire. Après tout, ce n'était qu'un baiser sans importance. A quoi ça servait de le révéler ?

-Tu t'en rendais malade, Shannon, objecta-t-il. Et je te connais, tu aurais été incapable de regarder ta sœur en face si tu lui avais caché ça. Ce n'était pas de ta faute. Eva n'aurait jamais dû embrasser mon frère et il n'aurait jamais dû te demander de garder le secret. Tu n'es pas responsable !

Pâle, la jeune fille planta ses yeux dans le regard vert émeraude du Potter, pleine d'espoir.

-Tu le penses vraiment ?

-Evidemment ! Allez, je t'interdis de pleurer sinon je ne vais pas savoir comment réagir.

L'ombre d'un sourire étira la bouche de Shannon qui, sans réfléchir, serra Albus contre elle.

-Merci Al, chuchota-t-elle.

Il lui tapota le dos maladroitement, ne sachant pas vraiment quoi faire. Les filles avaient parfois de drôles d'idées. Alors qu'elle reculait, son visage se retrouva à quelques centimètres de celui d'Albus et elle sentit le rouge lui monter aux joues. Ils restèrent tous les deux figés, hésitant sur la marche à suivre. Puis, sans qu'ils sachent vraiment lequel d'entre eux avait pris l'initiative, leurs lèvres rentrèrent en contact. Ce n'était pas un baiser passionné mais tout en retenu et en découverte. Ils s'embrassaient lentement, le cœur tambourinant à toute vitesse. Ça ne dura pas plus de quelques secondes mais quand ils se séparèrent ils étaient essoufflés. Un moment de flottement suivit avant qu'ils ne reprennent la parole.

-C'était…commença Shannon.

-…bizarre, termina-t-il.

-Ouais.

Sans prévenir, ils éclatèrent soudain de rire sans pouvoir s'arrêter. Shannon faillit basculer en arrière tellement elle rigolait et Albus sentit les larmes lui monter aux yeux.

-Et dire que Rose était persuadé qu'on allait finir ensemble !

-N'importe quoi, s'esclaffa-t-il.

Ils passèrent le reste de l'après-midi affalés sur le lit d'Albus en mangeant des dragées surprises et en riant, juste heureux d'être entre meilleurs amis.