Salut mes agneaux !

Wa ce retard de l'iiiinfini, 3 semaines que je devais le poster ce chapitre Oo Désolééééée T.T

Et il va falloire faire toujours preuves de patience... Le 20 est toujours en écriture T.T Patapé !

C'est qu'il est compliqué hein, je compte finir la fic dessus, sans compter le potentiel épilogue, alors bon XD

Et pour me rattrapé, jvous poste ça là, alors que le sommeil m'appelle. Ouais, il est tôt, mais j'ai passé le week end à Art To Play à Nantes. C'était super d'ailleurs, j'y retournerais volontiers, et j'ai été ravie de rencontrer certaine d'entre vous =D Je vais encore bouger pour les prochaines petites conventions, j'espère que j'arriverais à rencontrer encore plus de gens de twitter et de ff =D

Sur ce merci pour la masse de review, même si j'ai pas répondu à tout le monde (je m'y met, je m'y met XD)

Je réponds pas au review anonyme maintenant, je repasserais poster ça sur ce chapitre demain, jsuis trop claquée ^^

Merci à Ano pour son boulot de malade sur cette fic ! Je t'aime ma belle !

Merci à Foxie et à Doc N' Rock pour ce week end merveilleux,

Merci aux filles de twitter d'être comme vous êtes,

Remerciement spécial pour Lola, Aria et Powo, because of reasons,

Merci à Siphirith pour sa fic, d'être mon sensei de la perversité, et de m'avoir souffler pleins d'idée sympa,

Et merci une nouvelle fois à la sagas MP3 Jencyo Rêva d'être aussi sublime et source d'inspi, et à Mathieu et Antoine pour leur personnages que je massacre ici. XD

Sur ce, bonne lecture ! 3


Chapitre 19 : Puisque les ténèbres sont à nos portes, plaçons le damier.


Bob lâcha enfin la main de sa femme, à contrecœur.

Il se retourna sur l'intrus.

« -Qu'est-ce que tu veux ? » Hurla-t-il presque.

« -Bob… -Souffla Fred, surprit, reculant en agitant ses deux mains devant lui- On a besoin de toi. –Le joueur du grenier se reprit, et inspira- On a un plan pour sauver cette ville et détruire pour de bon ceux qui ont fait ça à Penny. Aide-nous. »

Il guetta les yeux du dirigeant en fauteuil roulant, espérant avoir choisis les bons mots.

« -Qu'est-ce que je dois faire ? » Interrogea le leader, une lueur malsaine venant de s'allumer dans ses yeux.

Grenier ne put s'empêcher de reculer encore d'un pas. Il savait ce qu'il traversait, ayant lui-même perdu la femme de sa vie, mais Lennon lui faisait réellement peur en ce moment.

« -Les clés… Pour ouvrir à Antoine. On en a besoin.

-Quoi ? » Hurla à nouveau le récent veuf.

Bob se leva, grimaçant à peine à la douleur lancinante dans sa poitrine, et agrippa Fred au col, le plaquant contre le mur blanc.

« -Bob ! Calme-toi !

-Comment je me calmerais ? Tu veux que je libère un traître ! Il ne sortira que pour être pendu, tu entends !

-Il n'a peut-être ni trahi ni tué quiconque.

-Si ! C'est de sa faute si…

-Penny n'est pas morte par sa faute. –Fred posa avec prudence ses mains sur celles qui le soulevaient presque- Bob. Je sais que c'est dur, je te comprends, et tu le sais. Je suis passé par là. Mais tu dois te reprendre. Si ce n'est pour nous, fait le pour Penny, et pour ta fille.

-Ne l'invoque pas en vain –Gronda-t-il, encore plus menaçant- Tu ne sais rien.

-Je…

-Ta gueule ! Et dégage d'ici ! » Cria-t-il en le lâchant et en ouvrant la porte.

Fred le regarda une dernière fois dans les yeux, et quitta la pièce. Il avait vu ce que Bob était réellement. Un homme dévasté, perdu, et avide de vengeance. Identique à ce qu'il avait lui-même été, il y a plus d'un an. Et il savait que dans son état Bob n'était pas capable d'entrendre raison, mais il le fallait. Bob était le dirigent de Brütal quoi qu'il advienne, et jamais ils ne pourraient durablement le remplacer. C'était cruel mais il devait assumer son rôle de chef en toutes circonstances.

Emy vint à sa rencontre, le distrayant de ses sombres pensées.

« -Daniel n'est plus enfermé.

-Attendez, quoi ?

-Il s'est échappé. »

Merde. Il se tourna vers la porte qu'il venait de franchir. Seb arriva derrière Emy, portant visiblement d'autres nouvelles.

Il allait devoir y retourner, et raisonner l'irraisonnable.


183 eut une réponse moins d'une minute après sa tentative réussie de discussion télépathique avec l'hybride.

Il n'y avait pas de mot dans le message, juste une décharge de sentiment. De l'amour, de la douceur, de la haine, de la peur, du réconfort, de l'impatience. 183 lâcha un sourire. Était-ce bien l'heure de se laisser aller aux mamours ? Elle perdit son sourire en entendant des mouvements dans son dos.

« -Rejoins-moi au plus vite, à l'extérieur de la ville. Dit-leur de ne pas me tuer. Je dois te parler. » Lança-t-elle silencieusement avant de fuir plus loin.


Mathieu n'avait pas su comment réagir. Il se passait quoi au juste, là ? Il avait l'impression d'avoir perdu la raison, en la retrouvant. Les lèvres d'Antoine se mouvèrent contre les siennes, répandant de la chaleur dans son corps fraîchement ressuscité.

Même l'Ombre s'était tue.

Il lui avait rendu son baiser avec passion, une passion presque désespérée. Et, alors qu'il se laissait aller dans cette étreinte salvatrice, la voix de 183 résonna dans sa tête.

« Non, pas maintenant. » Avait-il tenté de répondre, trop rapidement distrait par une langue appelant sa jumelle.

La voix de 183 résonna une seconde fois dans sa tête, le rappelant à l'ordre. Il posa ses deux mains sur les épaules de son ami, et rompit leur étreinte avec regret.

« -Je… Je… » Tenta vainement d'articuler Antoine, rougissant subitement, les larmes n'ayant pas finis de sécher à ses yeux.

Mathieu lui prit la main en se passant de lui répondre, la même compréhension traversant leurs regards se passant de mot. Il l'aimait, et c'était réciproque, il n'y avait rien à ajouter. C'était parfait. Alfred décida alors de faire remarquer sa présence par une toux un peu gênée. Les deux nouveaux tourtereaux se tournèrent vers lui.

« -Désolé Al. » Lâcha Mathieu, tenant toujours la main d'Antoine.

« -Y a pas de soucis… Mais il est temps de passer aux choses sérieuses, tu ne penses pas ?

-Ouais, t'as raison. »

Antoine les regarda à tour de rôle. Il avait l'impression d'avoir manqué un épisode plutôt important. Et depuis quand ils se tutoyaient ? Captant le regard interrogatif du chevelu, Mathieu souffla dans son oreille :

« -Longue histoire. »

L'ancien marqué allait lui poser une question lorsque quelqu'un frappa violemment à la porte. Ils se figèrent tout trois.

« -Docteur Sommet ? Je sais que vous êtes là. Et que votre fils y est aussi. Ouvrez-moi. »

Antoine tourna deux yeux ébahis vers les Sommet. Alfred avait un fils ? Ici ? Mais depuis quand ? Attendez... Alfred "Sommet" ?

« Très longue histoire. » Répéta l'hybride, avant de regarder Alfred en hochant positivement de la tête.

Il recula de trois pas, poussant Antoine derrière lui comme pour le protéger alors que le vieil homme ouvrait la porte.

Igor se révéla alors à eux, appuyé contre le cadran de la porte. Il n'eut même pas l'air surprit en voyant l'hybride debout, bien vivant, derrière lequel se trouvait Antoine. Il se fendit d'un large sourire.

« Salut, mon colonel. » Fit-il en se mettant au garde-à-vous.


« Non ! Non, non, non et non ! »

Seb s'enfonça dans son siège en silence, les hurlements de Bob parvenait jusqu'à lui. Il culpabilisait un peu, mais était réellement heureux de ne pas être à la place de l'homme à l'intérieur. Fred avait vraiment du courage.

Ce dernier passait justement la porte en sens inverse après quelques hurlements supplémentaires. Quoi qu'il ait dit, ça avait visiblement fait mouche, car Bob le suivait dans son fauteuil, tête basse.

Seb se leva et toucha l'épaule de son ami, lequel s'en dégagea avant d'avancer plus vite. Il lui emboîta le pas et soupira une nouvelle fois : même après deux ans à vivre réellement ensemble vingt-quatre heures sur vingt-quatre, il pensait toujours devoir lui cacher ses yeux rougis.

Mathieu était stressé, Antoine le voyait bien. Il serra davantage la main de l'hybride, en une pâle tentative de le rassurer. Ils étaient dans la salle de réunion, à l'autre bout de la pièce, debout face à une table couverte de rapports et de dossiers divers. Alfred et Igor les encadraient et ce dernier lui souriait franchement. Manifestement, tout soupçon de trahison s'était dissipé, même si cela ne calmait pas la culpabilité du plus grand. La main le lâcha et Mathieu le prit subitement dans ses bras.

« -Arrête. Tu penses si fort que je t'entends. Calme-toi. Tu n'es pas coupable. »

Antoine se demanda s'il s'habituerait un jour aux variations dans la voix de son… De son quoi, au fait ?

« -Petit-ami, ça me semble un nom valide » chuchota la voix dans son oreille.

Bordel, il pensait si fort que ça ? Le rire dans son cou sembla lui répondre. Il ne s'y habituerait jamais. Rassuré et souriant, Antoine passa à son tour ses bras dans le dos de son ami, et profita juste de ce moment. Une parenthèse paisible, sans avoir à penser à l'horreur autour, ni à celle qu'ils incarnaient. Ils étaient ensemble, dans tous les sens du terme et tout allait s'arranger, il en était sûr.

Hélas, ils durent s'écartèrent précipitamment quand la porte de la salle de réunion s'ouvrit à la volée, comme deux adolescents pris en faute dans un moment intime. Antoine aurait pu en rire, si le visage dur de Bob n'était pas en train de le clouer sur place.

« -Et qu'est-ce qu'il fout là, lui ? »

Fred, entré avant Bob, semblait se poser la même question. On lui avait simplement rapporté que Mathieu était bel et bien vivant, mais pas que l'ex-colonel était avec lui. Ses yeux glissèrent en même temps que Bob sur leurs deux mains nouées. En tout cas, ils n'avaient pas perdu de temps au niveau des retrouvailles.

« -Je suis content de te revoir aussi Bob. » Lança sèchement Mathieu en se plaçant légèrement devant Antoine.

Mais l'interpellé venait de perdre tout intérêt pour le prisonnier fugueur. Il avait clairement entendu ce ton dans la voix du revenant. Il porta rapidement la main à sa taille, cherchant l'arme qui n'y était plus.

« -Flippe pas mon vieux. Je ne suis pas une Ombre. »

Devançant le leader, confus, de la ville décimée, Seb interrogea :

« -Putain Mat', il s'est passé quoi ? »


183 tournait en rond, ayant trouvé un lieu où se cacher en attendant l'hybride. Ce dernier lui avait vaguement répondu. Mais comme il ne maîtrisait pas encore l'art complexe de la télépathie à distance, elle avait juste reçu une grande décharge de sentiment, quoique accompagnés de quelques mots cette fois. Le message était cependant clair. Les humains avaient besoin de sa présence, et le chef humain n'était plus digne de confiance.

Elle s'assit, reprenant sa neutralité en s'imposant un certain flegme. Le sang, le feu, coulant, brûlant… Tout cela attendrait.


Eliska marchait en tête du cortège, derrière elle avançaient lentement les survivants de New Hope, suivit des soldats de la division, fermant la marche. Elle tourna la tête à sa gauche, regardant discrètement John, qui marchait à ses côtés. Ainsi, elle voyait son profil intact, et pensa qu'il avait dû être bel homme autrefois. Elle avait l'impression de voir un autre homme, entier, prêt à tout, optimiste.

Elle était en train de tomber sous le charme de double-face. Elle rit pour elle-même. Surnom adopté.

« -Vous me semblez bien joyeuse. Contente de rentrer ? » Lui sourit John, son œil tournant vers elle sans qu'il ne bouge la tête.

« -Pas vraiment. Je réfléchissais.

-Quel exploit.

-Hé ! » S'offusqua-t-elle faussement.

Le rire de John parvint à ses oreilles, un rire franc et ridiculement fort. Elle l'aimait bien.

« -Dites, vous vous souvenez de votre vrai nom ? » Lança-t-elle subitement.

John faillis s'arrêter. Décidément, cette femme ne cessait de le déstabiliser.

« -Euh… Je ne suis pas sûr. Mais oui, je crois.

-Dites-moi ! –S'exclama-t-elle joyeusement.

-Gabriel, et Fanta.

-Fanta ? –S'étonna-t-elle

-Ouais, ridicule, hein ?

-Plutôt ouais. » Rit-elle à nouveau.

John-Fanta-Gabriel baissa la tête, et lâcha à voix basse :

« -Je ne sais pas à quoi sont liés ces deux noms. Gabriel c'est le nom que me donnait ma femme, je crois. Quant à Fanta… Dès que j'essaye d'y penser sérieusement il se passe quelque chose dans ma tête. Un déclic. Je crois qu'une des Ombres m'a permis de me souvenir de cette partie de ma vie, alors que le reste est toujours bloqué. Mais je n'ose pas profiter de ces déclics. J'ai un peu peur de ne plus être capable d'être un bon chef. Tout ce que je sais, c'est que je suis lié d'une manière ou d'une autre avec le chef de Brütal. »

Eliska avait baissé la tête à son tour, mais seulement pour cacher son visage. Ne pas rire. Elle venait de se souvenir d'un détail. Ce nom stupide lui était familier, et pour cause. Bob l'avait envoyé dans un des quartiers généraux de l'armée mondiale pour retrouver cet homme. Elle se rappelait maintenant : Fanta, l'ancien acolyte de Bob, son meilleur ami, avait disparu. Et son véritable prénom était Gabriel. Elle sourit, cachée derrière ses cheveux. Ne pas se trahir, ne pas rire. Alors comme ça, celui que Lennon cherchait depuis deux ans était en fait sous son nez depuis le début ? Garder le masque, chut, tu riras plus tard. Elle se demanda comment se passeraient leurs retrouvailles, mais une chose était sûre, elle serait aux premières loges. Ne surtout pas rire. Elle se demanda vaguement si elle n'était pas en train d'assister aux derniers moment d'existence de John Marley. Subitement, elle n'avait plus envie de rire. Elle réalisait que l'homme qu'elle avait à ses côtés disparaîtrait sûrement à la seconde où ils passeraient les portes de la ville. La jeune femme fronça les sourcils. Elle commençait tout juste à l'apprécier ! Ses traits se détendirent. Il serait idiot d'accorder de l'importance à cet homme, elle s'était promis de ne plus rien ressentir de toute façon. Mais... Juste une fois. Rien qu'une fois, avant de retourner dans son détachement, ça ne ferait rien. Eliska se le jura. Juste une entorse. Une seule. Promis. Maintenant.

Elle prit soudainement la main de John en relevant la tête, et, en réponse au regard surpris de l'ex-gameur, la mercenaire posa sa main sur la joue décharnée et écrasa ses lèvres contre celles de l'amnésique. C'était doux, chaud, et le dirigeant de New Hope s'abandonna rapidement à l'étreinte, y répondant presque avec violence, glissant son bras derrière le cou de la jeune femme pour appuyer le mouvement de ses lèvres.

Le baiser fut bref, assez pour ne pas influer sur l'avancée du groupe. Mais le sourire de John, lui, dura toute la journée.


Bob ne lâcha pas des yeux le couple durant toute l'explication. Il remarqua que la voix de l'hybride alternait entre l'humain et l'Ombre, et qu'il suffisait d'une pression de main de la part d'Antoine à chaque fois que l'Ombre s'emportait pour que l'humain revienne. Il ne savait pas quoi en conclure, ce qui l'énervait encore plus. Alfred avait remarqué cela aussi, et qu'il souriait discrètement, rassuré.

« Et je suis revenu à moi dans le casier de la morgue –termina Mathieu, omettant tout le temps passé à souffrir et à être conscient de son environnement- J'ai pu faire sauter le verrou de l'intérieur, je pense que mes pouvoirs ont pris de l'ampleur depuis que je suis revenu, et je suis sortis. Une fois dehors, j'ai voulu me tirer de la ville en attendant d'apprendre à me contrôler, mais Alfred est tombé sur moi et m'a amené chez lui. J'ai pu stabiliser mon état. Et la suite vous la connaissait.

-Attends, attends –Souffla Fred, ayant du mal à assimiler la véracité de tout cela- en admettant que t'es bien mort et que tu as pu revenir après avoir discuté avec 183 et 56. Comment Antoine a atterrit chez toi ?

-Je suis aller le chercher. –Répondit Alfred- C'était pas compliqué, un de vos soldats avait les clés, je l'ai endormi avec du chloroforme, j'ai glissé son corps dans un coin sombre, j'ai pris les clé et j'ai envoyé les autres ailleurs en prétendant que vous en aviez donné l'ordre. Ils ont obéis, j'ai ouvert à Antoine, et je l'ai amené chez moi. »

Quelques secondes de silences suivirent l'aveu d'Alfred. Igor le brisa en premier, frappant brusquement le dos du vieil homme.

« -Hé beh, vous en avez de la ressource pour un vieux, doc !

-Ha, merci ? » Toussa Al.

« -Vous réalisez que vous êtes désormais un complice de ce meurtrier ! » S'emporta brusquement Bob.

Mathieu se mit pour de bon devant Antoine et Alfred, le regard haineux, prêt à sauter à la gorge de l'accusateur qui s'était presque levé, alors que Seb se plaçait rapidement entre eux.

« -Wo ! Du calme.

-Antoine n'est pas un meurtrier. –Gronda Mathieu

-Il marque un point, Bob –Tenta Fred, resté aux côtés de Bob pour le retenir sur son fauteuil- Il n'a tué personne. Et j'ai bien dit : personne. Ok ? »

Bob ne dit rien, se replaçant correctement. La tension demeura cependant tendue dans la pièce.

C'est ce moment que choisit Emy pour entrer dans la pièce.

« -Yo, j'suis en retard je sais. –Elle prit quelques secondes de silence, remarquant le duel de regard qui s'opérait entre l'hybride et le dirigeant.- Bon, les retrouvailles vont bon train à ce que je vois. Vous voulez pas mettre vos rancœurs de côté cinq minutes ? On a repérer du mouvement dans la forêt. »

Bob se tourna vers elle.

« -Quel genre de mouvement ?

-Une ou deux Ombres qui traîneraient dans le coin.

-Elles vont bien revenir alors.

-C'est 183 ! Ne faites rien ! » S'exclama Mathieu.

Les têtes se tournèrent vers lui.

« -Comment tu sais ça, le monstre ? » Répliqua Bob

« -C'est pas un monstre, connard !

-Et c'est un assassin qui…

-Vos gueules ! » Tonna subitement la voix d'Igor dans la pièce, avant de reprendre, quelques décibels plus bas : « Vous pensez vraiment que c'est le moment de se foutre sur la gueule ? Et honnêtement, mon général, sans vouloir vous offenser : je pense que l'hybride vous explose avant même que vous vous soyez lever. Alors à défaut de réfléchir plus de deux minutes à la situation, ayez au moins un instinct de survie ! C'est bon, vous êtes calmés ? Bon, on va faire ce pour quoi on est là. Hé toi, l'hybride, t'es bien de notre côté ?

-Bah… Ouais.

-Bon, c'est déjà bien. Et, Lennon ! –l'arrêta-t-il alors qu'il ouvrait la bouche- Faut lui faire confiance. Vous avez un peu joué au con avec ces deux-là depuis qu'ils sont arrivés ici, alors laissez couler. Ensuite : Colonel, vous vous sentez de retourner au front, même après le fiasco de la dernière fois ?

-Mmh… -Antoine leva les yeux, réalisant qu'on lui parlait- Je… Je sais pas. Martin m'a… -Il baissa la tête, et se reprit- Oui. Oui, mais pas à la tête d'une division.

-Super ! –S'exclama Igor en tapant des mains. Emy capta son regard, et sourit, voyant où il en venait.- L'hybride là… Mathieu c'est ça ?

-O-Oui ? – Réagit-il, partageant le regard interloqué d'Antoine. Il avait un mauvais pressentiment.

-Comment tu sais qui est l'Ombre dehors ?

-183 ? Elle m'a envoyé un message télépathique pour me demander de sortir lui parler, et elle m'attends.

-C'est pas risqué ?

-C'est elle qui m'a permis de choisir entre la mort et mon retour. Je lui fait confiance.

-D'accord. On avance, c'est bien ! Et t'as quoi comme pouvoirs ?

-Euh… Télépathie, télékinésie… Je ne connais pas encore toute l'étendue de mes capacités, et je me limite pour contrôler l'Ombre. Mais pourquoi ?

-Très bien, merci Igor. –reprit Emy en posant la main sur le bras du soldat russe- On a peut-être un plan. Mais avant ça, monsieur Sommet, je vous prierais de rejoindre 183 avec le colonel Daniel. Essayez de récupérer le maximum d'informations, et la présence du colonel avec vous n'est pas négociable. Le docteur Sommet sait pourquoi, n'est-ce pas ? »

Mathieu et Antoine se tournèrent vers Alfred.

« -Je… J'ai pu constater qu'Antoine était essentiel à l'équilibre de l'hybride, à l'époque du moins. Les choses ont changé maintenant, mais cela semble rester vrai. Mathieu, tu le sens aussi non ? Tu es beaucoup plus stable depuis qu'Antoine est avec toi, il est peut-être un peu tôt pour te retrouver seul avec… tes capacités, disons. »

Mathieu hocha la tête.

« -On y va maintenant alors. » Souffla-t-il en quittant la pièce, tirant Antoine derrière lui.

Bob les regarda passer en silence, et attendit que la porte se referme pour exploser :

« -Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » Hurla-t-il.

Emy s'approcha du leader, tira une chaise et s'installa à cheval face à lui.

« -On a un plan. Et oui, on l'a fait sans vous. Soyons honnête, vous n'êtes plus en état de diriger tant que vous êtes en deuil. A moins que vous n'y mettiez du votre. »

Elle lui expliqua en quelques mots les idées lancées lors de la précédente réunion. « - Vous en pensez quoi ? »

« -Mmh... »

Bob saisit les roues de son fauteuil, tourna et quitta la pièce. Il ouvrit la porte, et lança avant de la refermer derrière lui :

« -Vous avez carte blanche. Tenez-moi au courant. »

Fred jura l'avoir vu sourire, fendant son visage d'un rictus sadique, avant que la porte ne se ferme sur lui.


« -Tu m'explique alors ? » Demanda Antoine, une fois sortit du bâtiment, alors qu'ils marchaient un peu plus lentement.

« -T'expliquer quoi ? Au niveau de mon changement, j'ai dit tout ce que je savais. » Souffla l'hybride sans s'arrêter, attrapant la main d'Antoine à nouveau.

« -Oh ça, on verra plus tard. Mais juste, c'est quoi le truc entre Alfred et toi ?

-C'est mon père.

-Ah… Attends, quoi ?

-Alfred s'est tiré quand j'étais petit, et l'armée l'a fait passer pour mort. Ce sont ces mêmes gens qui lui ont plus ou moins permit de survivre jusqu'ici et de faire des expériences foireuses pour « sauver l'humanité ». Et il a réalisé que j'étais son fils. –Résuma-t-il froidement.

-Oh. Ça va ?

-Oui, t'inquiète. Je ne lui en veux même pas. Et puis t'es là toi, c'est tout ce qui compte. »

Antoine sourit en serrant la main beige-grise.

« -Tu sais que je suis là si t'as besoin d'en parler hein ?

-Je sais. Mais j'essaye de pas y penser. Ça risque de finir par m'énerver.

-Je vois. »

Ils arrivèrent aux portes de la villes en silence, et s'y arrêtèrent.

« -Prêt ?

-Prêt. »

Et ils quittèrent la ville d'un même pas.


A l'intérieur de la forêt, l'agitation des Ombres atteint son paroxysme. La disparition de 183 avait mis un grand coup de pied dans cette étrange fourmilière, et au lieu de reconstruire, la Reine hurlait, réclamant sa vengeance. Elle en oublia ces pitoyables humains qu'elle devait achever. La traîtresse devait être retrouvée, et mise à mort devant elle. Maintenant.

Deux Ombres s'agenouillèrent devant la Reine tyrannique.

Elles ne purent finir leurs piètres justifications, elles-mêmes ne comprenant pas comment 183 avait pu leur échapper.

Deux Ombres poussèrent leur dernier soupir étranglé ce jour-là. Et l'ordre impétueux s'imposa une nouvelle fois dans tous les esprits sombres. Une immense chasse à l'Ombre. Et la reine serait sur le terrain, décidée à faire le travail d'elle-même.

Détruire 183.


Enfin !

Ce fut la première pensée de 183 en les voyant arriver. Puis elle fronça les sourcils : il n'était pas venu seul. Mathieu s'approcha d'elle d'un pas rapide, le visage fermé, tenant par la main le marqué qui marchait d'un même pas, à ses côtés.

« -J'avais dit : seul. » Exprima-t-elle à haute voix lorsqu'ils furent à sa hauteur.

« -Sans lui je suis une Ombre. » Répondit-il simplement, en la défiant du regard.

183 soupira, acceptant ce fait. Elle leur résuma sa trahison, sa fuite, la désorganisation des Ombres à cause de ça, et leur appris qu'ils avaient un peu de temps.

« -C'est positif alors ! » Souffla Antoine, soulagé.

« -Non, il y a autre chose, je me trompe ? » Demanda Mathieu, méfiant.

« -En effet. Hybride, il va falloir que tu comprennes et assimile tout ce que je vais dire le plus vite possible. Il en va de ta stabilité et de la survie de ton peuple. »

Mathieu serra davantage la main d'Antoine, hocha la tête et l'abaissa en fermant les yeux. Il devait contrôler l'Ombre en lui, maintenant.

Elle leur raconta tout ce qu'elle savait. Que 33 était un ennemi commun à elle et 56, et ce depuis le premier jour. La raison fut tue, la question d'Antoine balayée d'un mouvement de main « Cela ne concerne que moi, humain. ». Mais Antoine ne se tu pas :

« -Et pourquoi vous butez pas 33 vous-même ? » S'énerva-t-il

« -Un parricide n'est pas sans conséquence. Nous sommes soumise à notre hiérarchie, et tuer un supérieur découle irrémédiablement à la mort de l'assassin, que ce soit en se faisant immédiatement exécuter, ou en brûlant de l'intérieur par un sang qui va littéralement bouillir. En dehors du fait que ce n'est pas la chose la plus agréable qui puisse m'arriver, sachez que je n'ai pas peur de la mort. Mais je dois absolument m'assurer que le prochain dirigeant des Ombres, s'il y en a un, soit le plus neutre possible. Ou dans la lignée de 56. »

Elle lui expliqua qu'elle avait obtenu de 56 d'étranges capacités, qu'il avait perdu en les lui donnant, et qu'elle avait transmis à Mathieu lors de sa transformation en hybride. Sous le regard surpris du revenant, elle résuma que dans leur lutte contre 33 et les humains, ils l'avaient choisis pour devenir un hybride, afin de combattre à leurs côtés. Mais l'expérience avait quelque peu échoué, et il s'était avéré que l'hybride n'était pas contrôlable. Elle lui révéla que les capacités qui l'animaient venaient d'elle, et que le sang d'Ombre coulant dans ses veines était celui de 56.

« -Ton père, Alfred Sommet, et 56 sont liés, c'est pour cela que tu as été choisi, et que leurs deux sang se mêlent de manière équilibrée dans tes veines. Je ne peux t'en dire les raisons, puisque 56 a emporté ce secret dans la mort. En tout cas, voici ce que tu es maintenant. Une bombe à retardement. C'est ce que nous voulions faire de toi, et nous avons réussi. Mais tu ne seras utile qu'une fois, et ce sera contre tes créateurs. –Antoine ouvrit la bouche, mais elle l'arrêta d'une main.- Silence. Mathieu. Hybride. Nous t'avons créé pour combattre les humains, mais pas seulement et tu le sais désormais. Nous voulions aussi détruire 33 si elle prenait la place de chef. Ce jour est arrivé. Tu es face à un choix. Combats les humains, et tu deviendra une Ombre, mais une Ombre puissante, devant laquelle même 33 s'inclinerait. Une Ombre d'une haine sans borne, et les humains seront tous éliminés sous tes ordres. Ou… Ou combats 33. Mais tu devras déployer tes pouvoirs à leur maximum pour combattre ce qui te fais vivre.

-Qu'elle en sera la conséquence ? –Interrogea Mathieu, de plus en plus crispé.

-Tu vas souffrir, terriblement. Et tu… Tu te dissiperas.

-Explique-toi !

-Tu ne peux pas gérer cette puissance en tant qu'humain. Ton corps se dispersera et se dissipera quand tu te déploieras. De plus, le sang d'Ombre dans ton corps se mettra à bouillir pour ce parricide, même si j'ignore dans qu'elle mesure cela aura lieu. Mais tu auras éliminé 33 et sauvé ton peuple. Si tu choisis cette solution, toutes les Ombres de ce monde seront définitivement éliminées en même temps que toi. -183 étudia attentivement l'hybride, ou plus précisément sa peau qui pulsait presque, devenant noire, par vague.- Humain, sauve-le. Maintenant ! »

Antoine détacha son regard de 183 et se concentra sur son ami, dont les traits étaient totalement déformés par la douleur. C'est l'Ombre qui était en train de prendre le dessus, c'est ça ? Le cri inhumain que lâcha Mathieu en s'accroupissant au sol en se tenant la tête lui répondit.

Il se pencha vers lui précipitamment, paniqué. Il devait faire quoi, bon sang ? Il saisit les épaules de Mathieu, en lui hurlant de le regarder, de se concentrer sur lui. Les yeux s'ouvrirent sur deux globes entièrement noirs, mais il voyait la lumière bleue au fond, encore là. Il saisit son visage en coupe, et l'embrassa.

Les muscles raidis de l'hybride se détendirent lentement alors qu'il répondait au baiser. L'espoir d'Antoine, et son humanité, se déversaient lentement en lui, calmant l'Ombre. L'espoir. Il serra l'humain contre lui. Il ne devait pas perdre espoir. Après tout ils avaient désormais un plan. Même si l'Ombre s'était manifestée à l'idée de prendre la tête de ce peuple, et de forcer 33 à s'incliner à ses pieds, une réminiscence du sang de 56 qui coulait dans ses veines, sûrement. Et puis, l'idée lui plaisait. Peut-être pouvait-il sauver ses deux peuples. Mais c'était impossible, l'Ombre et l'humain ne pouvaient se concilier. Plus maintenant. Et il ne voulait plus souffrir, il ne voulait pas mourir, pas encore, pas comme ça. Il y avait sûrement un moyen de déployer ses pouvoirs, de laisser l'Ombre mourir tout en restant en vie. Forcément !

Mathieu se courba davantage, retenant un gémissement de douleur. L'Ombre ne se laisserait pas faire. Si elle devait mourir, elle emporterait l'humain avec elle.

« -Reste avec moi. S'il te plaît. » Murmura la voix d'Antoine contre ses lèvres.

Il devait tenir, pour lui. Pour ce misérable humain qui était si important à ses yeux.

« -Antoine... ça va aller, je te le promets. »


Une nouvelle nuit était tombée. Magnanime, Eliska permit au groupe de se reposer. Les blessés étaient épuisés suite à cette longue marche, et la cadence ralentissait à cause d'eux. La mercenaire soupira avec un sourire amusé. Au moins elle tenait là son excuse. Les apparences étaient sauvées.

John vint la voir durant le repas, qu'elle prenait un peu plus loin, hors de la vue du groupe, maintenant cette distance entre elle et ses soldats.

« -Dites, je peux ? » Demanda-t-il en désignant la place vide à côté d'elle.

Elle acquiesça en souriant. Tout se passait comme elle l'avait prévu, et elle savait que John avait également compris ce qu'elle faisait.

Il s'assit finalement en face d'elle, souriant aussi. Elle avala un dernier morceau et souffla :

« -Tu peux me tutoyer tu sais.

-Ce serait suspect, non ? »

Elle rit. Cet homme l'avait bien vite cernée. Elle posa son assiette à côté d'elle, et se pencha sur un John assis en tailleur.

« -Si ça reste entre nous ça devrait aller, non ? »

Marley rit à son tour, en posant ses mains à plat derrière lui sans quitter Eliska des yeux. Il reprit un air sérieux, sa curiosité le pressant, et sachant connaissant déjà la conséquence de sa question.

« -Eliska, pourquoi vous… Pardon. Tu… Pourquoi tu m'as embrassé ? »

Sans répondre, Eliska se pencha d'avantage, s'approchant lentement jusqu'à poser sa main sur la joue de John.

« -Tu m'intrigue. » Souffla-t-elle avant de poser à nouveau ses lèvres sur celles à moitiés décharnées. Deux mains se posèrent sur sa taille alors que le baiser s'approfondissait. John la fit basculer sur le côté en répondant au baiser, l'allongeant. Il se positionna à cheval sur les hanches aux courbes fines de la jeune femme. Une main sur la nuque de sa sauveuse, et l'autre sur la taille, il n'osait agir davantage. Sa langue explora l'antre buccale, invitant sa sœur à jouer avec lui. Voyant que son amant n'allait pas plus loin, elle le débarrassa de son gilet, puis du tee-shirt, le mettant torse nu, avant de laisser ses mains glisser sur la frontière du pantalon.

Cette nuit-là, deux personnes s'unirent enfin, sachant tout deux que, malgré leurs vaines promesses, cette relation ne durerait pas qu'un soir.


Mathieu avait du mal à marcher, sa lutte avec l'Ombre lui prenant toute son énergie. Ils venaient de quitter 183, mais, alors qu'ils lui tournaient le dos, celle-ci s'était adressée à lui, et à lui seul, télépathiquement.

« -Veux-tu nommer ton alter-ego ?

-Comment ça ? » Avait-il répondu sur le même mode, en s'arrêtant.

Il entendit de loin Antoine se mettre devant lui et lui parler. Mais il ne pouvait pas lui répondre, il devait garder tout le contrôle, et ne pas se laisser distraire.

« -Je suis l'instigatrice de ton retournement. Je dois normalement te nommer. Mais je te laisse le choix, maître des lames. »

Mathieu sourit. Ce nom ne le lâcherai plus, mais ça ne le dérangeais pas. Il l'aimait bien, en fait.

« -Nomme mon ennemi.

-65. »

Il sentit les ténèbres en lui bouillir brièvement. Le nom était accepté.

Mathieu se releva, rassura en quelques mots Antoine qui commençait à paniquer, passa son bras par-dessus les épaules de son ami pour s'appuyer, et reprit la marche.

Mathieu. L'hybride. Le maître des lames. 65.

Il songea avec tristesse que l'évolution de son nom n'allait pas en faveur de l'humain. Il tourna son visage vers Antoine qui avançait en le soutenant, déterminé. Il avait retrouvé la foi, son petit-ami repentant. La culpabilité résonnait toujours en lui, Mathieu pouvait l'entendre, le sentir. Mais il avait tellement d'espoir. Antoine serait humain pour deux, il pouvait compter sur lui.

« -Je t'aime. » Souffla-t-il.

Antoine se contenta de lui sourire. Un sourire plein de promesses d'un avenir meilleur. Un sourire qui affirmait que tout irait bien. Un sourire qui ignorait que 65 ne rêvait que de le tuer. Un sourire qui ne soupçonnait pas le danger.

Mathieu baissa la tête, incapable de supporter davantage ce spectacle, alors qu'une idée germait lentement dans son esprit.


Fred, les voyant arriver de loin, et se posta devant les portes en réparation de la ville pour les accueillir. Il grimaça en voyant Mathieu, dont la peau avait viré au gris, et dont les iris bleues avaient du mal à tenir. Alors qu'il allait les questionner, Antoine lui fit non de la tête.

« -Il s'est passé quoi bordel ? Est ce qu'on doit se remettre sur le pied de guerre ? »

Mathieu hocha négativement de la tête en s'asseyant contre le rempart, et en prenant son crâne dans ses mains. Il se souvint des derniers mots de 183 avant qu'elle ne les congédie.

« -Une semaine. Je peux vous donner une semaine pour vous préparer. Pas davantage.

-Et 33 ? -Avait demandé Antoine.

-Une Ombre en colère n'a pas d'autres objectifs que de détruire l'objet de sa haine. Il me poursuivra jusqu'à ce que l'un d'entre nous deux meure. Revenez demain ici, je vous communiquerais l'endroit en temps voulu. Il faut que je vous prépare. Surtout toi, hybride. Tu dois apprendre à contrôler ta haine et ton pouvoir. Je t'aiderais. Maintenant partez. »

Antoine résuma les informations apprises, évoquant rapidement les possibilités offertes à Mathieu après avoir consulté du regard ce dernier, puis en l'informant du délais. En soupirant, Fred leurs appris à regret que le seul plan valide qu'ils avaient pu mettre au point dépendait d'eux deux, et que ces nouvelles informations ne permettaient pas de modifier le plan, ou même de le diriger sur une meilleure voie, malgré les risques.

« -T'es sérieux mec ? Tu veux envoyer Mat à la mort ? Après tout ce qu'il a fait pour cette ville ? » Explosa Antoine, les poings serrés.

« -On ne sais même pas s'il nous reste une armée Antoine. Et t'es bien placé pour le savoir. Martin est mort. La majorité de notre armée avec. Le reste est soit à l'hôpital, soit en train d'essayer de redresser la ville avant qu'elle ne tombe. Ils sont épuisés, et quasiment tous inapte au combat. On court à notre perte. On attends encore Eliska, mais soyons honnête, même si elle revient victorieuse avec sa division intacte, ça ne changera pas grand-chose. Je... Je me dégoûte moi-même, mais c'est ce que dirais Bob s'il était là. On a un atout majeur en ta personne Mathieu. Et on doit l'exploiter.

-Putain ! Mais en quoi Bob est un exemple ?

-Tu penses être bien placé pour parler ? Il a toujours agit en chef, il a toujours pris les décisions difficiles. Il s'est parfois planté, mais il n'avait jamais pensé à mal. Et il vient de perdre sa femme. Tu peux juste montrer un peu de respect ? » Hurla Fred à son tour.

Antoine baissa la tête, piteux. L'ex-Joueur du grenier marquait un point.

« -Tu peux compter sur nous Fred. On va trouver un moyen. »

Les deux hommes tournèrent la tête simultanément vers l'hybride. Il avait repris le dessus, et leur souriait, debout, adossé à la muraille. Les pupilles bleues étaient de retour, mais la peau grise demeurait.

Antoine s'apprêtait à riposter, mais Mathieu lui attrapa le bras et l'attira à lui pour l'embrasser à pleine bouche. Fred fixa ses pieds un instant, un peu gêné. Le baiser s'interrompit rapidement.

« -Fais-moi confiance. On va y arriver. Ensemble. Et on s'en tireras tous les deux. » Sourit Mathieu de sa voix d'humain.

Antoine baissa les yeux, et murmura un « désolé » à l'intention de Fred. Ce dernier hocha la tête, faisant comprendre que ce n'était rien, et annonça qu'il allait informer les autres de ce fait en leur proposant d'aller directement chez Alfred.

« -Il est partis après la réunion, et il veut te voir. » Dit-il en les quittant.


56 était assis dans une chambre. Une pièce chaleureuse, les murs couverts de papier peint jaune-orangé, le sol couvert d'un parquet lisse et orange. Un grand lit double, superbement bien fait, encadré à sa tête par un immense meuble rose et beige.

La chambre idyllique d'un couple marié et heureux. Mais 56 le sentait, et le savait, que cette chambre, et la maison dans laquelle elle se trouvait, était chargé de quelque chose d'autre. La nostalgie, la peur, la tristesse. Et à l'origine de tout cela, un être.

56 replaça une de ses mèches blondes qui lui cachait la vue, et fit le tour de la pièce. Il attendait. C'était long, mais il voulait être là au moment où l'être perdrait la vie et viendrait le rejoindre dans le purgatoire. Il avait tout prévu, tout orchestré en silence. Même son fidèle bras droit n'avait rien su, il avait bien fait de lui donner ses pouvoirs. Ainsi, 183 pouvait passer la barrière entre la vie et le purgatoire, au prix d'un immense effort, mais elle pouvait. Ils avaient renvoyé Mathieu se charger de la destruction de cet être qui les répugnaient tous deux, mais 183 ne savait pas. Elle ne savait pas pourquoi sa neutralité se perdait face à 33. Elle avait oublié une majeure partie de sa vie d'humain.

L'ex-Ombre se posa au pied d'un mur, le sourire aux lèvres. Il se dit qu'il devrait penser à remercier ce scientifique, Alfred, quand ce dernier le rejoindrait ici, quitte à devoir attendre des années. Il était patient.

Le sang d'humain, le sang d'un père lui avait tout rappelé. Alfred avait commis une atrocité sur l'Ombre qu'il avait retenu dans sa ville. Et cette Ombre c'était lui, 56. Le sang d'Alfred coulait désormais dans ses veines, ses ambitions et ses souvenirs avec, réveillant les siens. Lui, 56, n'était qu'un adolescent lors de sa mort. Un adolescent tué par sa propre mère dans un incendie lors de la Grande Panique.

Un adolescent qui avait eu une grande sœur, qui est également morte ce jour-là, mais dans un autre contexte. Un adolescent devenu Ombre qui a fini par prendre la place du père des Ombres, se découvrant une haine sans borne pour 33. Et qui, une fois à la tête, s'est découvert le besoin d'avoir 183 à ses côtés.

Sa sœur. Alfred, ou plutôt son sang, lui avait permis de comprendre que sa sœur était devenue 183. Et qu'elle l'avait rejoint dans la haine de ce qui était en réalité leur mère.

Le sourire de 56 s'élargit. L'hybride, qui, quelque part, était son fils, avait été choisis grâce à ce scientifique. Il avait senti le même sang couler dans leurs veines, et il en avait fait son héritier. Héritier de sa haine, de ses ambitions mêlées à celle de son père humain. Un être qui était déjà mort à la seconde où il avait croisé son regard. Son sort était scellé, mais celui de 33 avec lui. Il la détruira, et l'enverra ici. Devant l'ancien chef.

Il attendrait ici, sans bouger. Dans cette chambre où 33 était devenu un monstre.

Et il ferait de ce lieu l'enfer personnel de sa chère maman.


33 avait frissonné. Les Ombres ne frissonnaient pas. Elle sentait que quelque chose clochait.

Elle arrêta sa course, et regarda dans son dos.

Non, ce n'était pas maintenant. Le problème était plus vaste. Elle sentait qu'elle se faisait piéger lentement. Un piège. C'était un piège !

« Reculez ! » Hurla-t-elle soudainement à ses fidèles derrière elle.

Trop tard.

Elle vit ses suivantes subitement projetées en arrière.

183 apparut devant elle, et tandis sa main dans sa direction.

« -Tu ne peux pas me tuer. Pas sans mourir.

-Je sais. »

183 projeta 33 contre un arbre non loin de là, l'assommant légèrement.

« -A quoi joue-tu ? » Hurla 33 en se relevant difficilement.

183 lui sourit simplement, et s'enfuit. La haine aveugla à nouveau 33 qui partit à sa poursuite, sans jamais pouvoir la rattraper.

Une semaine, elle avait donné une semaine à l'hybride. 183 sourit plus largement, déformant ses traits dans un rictus carnassier. Ça allait être si facile. Elle se sentait l'âme d'un félin qui joue avec sa proie avant de l'anéantir. Elle allait bien s'amuser.


Quatre jours plus tard, les choses avaient évolué, mais rien n'avait changé.

Bob délaissait de plus en plus le chevet de sa femme, la colère l'aveuglant trop. Il lui en voulait désormais, il la haïssait presque pour avoir risqué ainsi la vie de leur fille. « Égoïste ». Et sa colère se trouvait un peu plus apaisée, satisfaite, à chaque réunion quotidienne. Le plan qu'il gardait pour lui prenait forme. Il allait pouvoir se venger. « Bientôt ».

Fred et Seb géraient la ville comme ils pouvaient, et les défenses étaient enfin à nouveau sur pied, quoique toujours un peu fragiles. Ils étaient désormais reconnus comme chefs par les habitants, et l'espoir de ces derniers revenait enfin. Les Greniers commençaient même à envisager une réussite.

Alfred cherchait une solution pour aider Mathieu. Il lui avait promis de trouver un moyen de l'aider quand les deux compagnons étaient venu lui expliquer la situation suite à leur première entrevue avec 183. Il passait tout son temps dans son labo, y dormant presque pour ne pas perdre de temps. Mais il enchaînait les échecs.

Mathieu et Antoine avaient élu domicile chez Alfred, qui les avait accueillis avec bienveillance, et sortaient chaque jours des heures durant pour l'entraînement avec l'Ombre neutre. Mathieu commençait enfin à pouvoir déployer ses pouvoirs sans souffrir, mais la présence d'Antoine était souvent nécessaire pour le calmer. Ce dernier était rassuré par ces entraînements, et envisageait le fol espoir de voir Mathieu survivre à son affrontement avec 33. Il était si obnubilé par ce but, et par son application à aider comme il le pouvait son partenaire, apaisant ainsi un peu sa culpabilité, qu'il ne remarquait pas les instants de silences brusques, signe de discussion silencieuse entre les deux anomalies ténébreuses.

Les Ombres commençaient à s'organiser, mais lentement, souvent dérangées par 183 qui venait « jouer » avec elles. La traîtresse les énervait chaque jour un peu plus, et cette haine aveuglante ressurgissait à chaque fois qu'elle apparaissait dans leur champs de vision, retardant à chaque fois davantage leurs préparatifs et leurs plan, sans que 33 ne le remarque.

Igor et Emy mettaient sur pied une défense armée pendant la journée, dans l'éventualité probable d'un échec. « Espérer le meilleur, se préparer au pire ». Tandis que leurs nuits étaient consacrées aux plaisirs de la chairs. Ils ne s'aimaient pas, « Mais le sexe, ça détends », affirmait Emy, masquant ainsi la peur d'une fin proche qui prenait lentement place dans son cœur.

Quant à Eliska, elle arrivait enfin aux abords de Brütal, désormais informée du fiasco de l'affrontement par le messager. John, marchant à ses côtés, arborait son visage dur depuis qu'il avait connaissance du danger. Mais sa main frôlait souvent celle de son amante, et la propriétaire de la main ne la retirait pas, approuvant implicitement ce contact, tant qu'il ne trahissait rien. Le soleil disparaissant déjà à l'horizon, retirant ses rayons, elle ordonna de déployer le camps pour la nuit. Un dernier, avant de finir sa mission. Une dernière nuit à s'unir pour les deux chefs de l'expédition. Une crainte passa dans les pensées d'Eliska. Est-ce que l'homme qui gémissait sous elle sera toujours sien une fois les portes de la ville passées ? Elle sourit, balayant cette idée. Le présent était tout ce qui l'intéressait.


La nuit tomba sur Brütal. Le délai n'étant pas encore écoulé, la ville s'endormait sur les préparatifs inachevés. Le lendemain, l'enterrement des victimes de cette guerre stupide aurait enfin lieu. Tous savaient donc que demain serait un jour éprouvant, mais pas un seul d'entre eux ne soupçonnait à quel point.


Fin du chapitre 19 !

Alors, ça valait l'attente ? ^^

J'ignore complètement quand arrivera le chapitre 20, je vous tiens au courant sur twitter.

Sur ce, bisous mes agneaux ! =D