Hello ! Lentement mais sûrement, comme dirait l'autre. Merci à EllieFowl, Barbiemustdie, Joy et Kervana pour vos reviews. Joy, si ça te fait plaisir de lire l'un de mes chapitres, il en est de même quand je lis tes reviews ! Cameron va sûrement approfondir sa théorie, il n'aime pas tellement rester en place... En attendant, nouveau chapitre et peut-être de nouvelles réponses. Bonne lecture à tous !
— Hé Lotus, tu baves.
Rose se réveilla en sursaut. Éblouie par la lumière matinale qui filtrait à travers les fenêtres de la salle commune de Gryffondor, elle mit du temps avant d'ajuster sa vision brouillée au visage frais et reposé de son cousin Fred Weasley. D'un geste mal coordonné, elle s'essuya brutalement la joue en constatant avec horreur qu'elle s'était endormie sur un canapé en attendant le retour de ses amis la nuit précédente. Aussitôt, le souvenir de la soirée à la Cabane Hurlante lui revint en mémoire et son visage perdit toutes ses couleurs. Elle venait de passer la nuit la plus éprouvante et la plus longue de toute sa vie.
— Tu vas bien ? s'inquiéta Fred en remarquant les cernes sur son visage. Ne me dis pas que tu as abusé de l'élixir, d'après ce que j'ai entendu Carlton avait ajouté un ingrédient spécial et lui seul le connaissait. Je suis nul en potions mais je sais qu'il ne faut pas lui faire confiance à ce niveau…
Penché au dessus d'elle, Fred était parti dans un long monologue pendant lequel Rose se redressa, ne prêtant qu'une infime attention à ce que lui racontait son cousin. Dans la salle commune, des petits groupes commençaient déjà à se former. Le matin, un bon nombre d'étudiants attendaient que leurs amis respectifs descendent de leurs dortoirs. Aussi Rose jeta alors un bref coup d'oeil à sa montre : il lui restait une heure avant le début de son cours d'étude des moldus.
— Tu as vu Juliet, ou Al ?
— Je n'ai pas croisé grand monde, répondit Fred en haussant les épaules. Il n'y a que Troy qui est rentré au dortoir cette nuit.
Rose se prit la tête entre les mains. Elle était exténuée, frigorifiée, et extrêmement inquiète. Et s'il était effectivement arrivé quelque chose à ses amis ? Et si Maisie n'avait été qu'un leurre afin de détourner son attention ? Rose tenta de se calmer et de garder des pensées rationnelles et cohérentes. Jusqu'à maintenant, elle n'avait aucune preuve qu'il leur était arrivé quelque chose.
— … j'ai dit à Roxanne qu'on déjeunerait ensemble, tu peux te joindre à nous si tu veux, c'est notre jour pancakes, poursuivait Fred, l'air toujours aussi inquiet face aux traits tirés de sa cousine.
— Oui, oui, marmonna-t-elle rapidement. Peux-tu aller jeter un oeil dans le dortoir d'Al ? J'ai vraiment besoin de savoir s'il est là-haut.
Fred acquiesça lentement devant visage grave de Rose. Aussitôt, la jeune fille bondit sur ses pieds et tourna les talons en manquant de faire tomber un deuxième année qui eut le malheur de se trouver sur son passage. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre lorsque arrivée au bon étage, elle ralentit son rythme, essoufflée. Ce fut sans surprise qu'elle poussa la porte de son dortoir et qu'elle trouva le lit tiré aux quatre épingles de Juliette. Rose frissonna. Il faisait toujours frais le matin dans cette pièce, d'où son habitude à traîner sous les couvertures et avoir un mal fou à se lever.
— Rose, la salua Victoria d'une voix ensommeillée, qui venait visiblement de se réveiller.
— Tu as vu Juliet ?
— Non ! Mais j'ai entendu dire qu'elle avait quitté la cabane avec James Potter, ils sont peut-être toujours ensemble.
Rose fronça les sourcils. Puis elle croisa son reflet dans le miroir et sursauta. Elle portait toujours cet affreux uniforme violet et elle dut admettre que la couleur ne lui allait pas du tout au teint. Son regard s'arrêta un instant sur ses cheveux roux emmêlés. Il fallait vraiment remédier à son apparence négligée avant qu'elle ne remette un pied dehors. Rose fonça alors sur son armoire et se mit à fouiller dans ses affaires soigneusement pliées pour retirer des vêtements propres. Derrière elle, Victoria Finnigan s'était levée et s'étirait longuement en faisant de grands gestes compliqués.
— On s'est fait attraper par Rusard, commenta la jeune fille brune pour entamer la conversation. On rentrait tranquillement avec Kenny et puis il a fallu que ça tombe sur nous… Peeves nous a suivis sur tout le chemin du retour. Quelle chance, n'est-ce-pas ? En retenue dès le retour à Poudlard…
Cependant, Rose n'était pas d'humeur à lui faire la conversation et lui claqua la porte de la salle de bains au nez sans plus d'explication.
Une vingtaine de minutes plus tard, Rose était plantée au milieu du hall d'entrée, le regard perdu sur les guirlandes de Noël entortillées autour de la rambarde du grand escalier. Elle avait mis tellement peu de temps dans sa préparation matinale qu'elle n'avait même pas pris la peine de sécher ses cheveux encore dégoulinants d'eau, trop nerveuse à l'idée de retrouver ses amis. Sa position dans le hall était stratégique : peu importe où ils étaient, Rose était certaine que ni Albus ni Juliette ne rateraient un seul cours. Aussi, Juliette ne pouvait pas commencer une journée sans son petit déjeuner copieux et Albus était impossible à approcher tant qu'ils n'avait pas bu son café au lait du matin.
De nombreux groupes d'élèves la regardaient curieusement alors qu'ils se rendaient à la Grande Salle et se mettaient à presser le pas lorsqu'elle leur jetait des regards noirs. Alors qu'elle s'apprêtait à faire de même avec le nouveau venu tout droit sorti des cachots, Rose se figea en reconnaissant Cameron Lloyd, la démarche décontractée. Il ne sembla la remarquer qu'au moment où il passa à sa hauteur, se sentant presque forcé à lui sourire devant l'air insistant de la Gryffondor. Depuis que lui et Juliette s'étaient rapprochés l'un de l'autre, et malgré ses réticences à son sujet, Rose ne savait jamais quoi faire quand elle le croisait dans les couloirs de Poudlard : le saluer, le provoquer en duel ou tout simplement l'ignorer ?
Rose le regarda s'éloigner, plongée dans ses pensées. Devrait-elle utiliser la manière forte avec lui et lui arracher des réponses comme elle aurait pu le faire avec Maisie ?
— Weasley ! Que fais-tu ici ?
C'était Leighton, accompagné de sa bande de Serpentard de sixième années dont Malefoy et Parker qui suivaient la majorité des cours de Rose.
— J'attends les imbéciles qui me servent d'amis, se renfrogna-t-elle en croisant les bras.
— Si tu parles de Hardy et Potter, ils sont dans la Grande Salle, l'informa Zane Parker en se retenant de rire.
Rose se redressa pour se donner une contenance et ne pas paraître stupide. Pourquoi n'avait-elle pas pensé à jeter un coup d'oeil à l'intérieur ? Rose garda les yeux rivés sur William, le seul qui visiblement n'avait pas envie de rire.
— Je suis un peu… perturbée, se justifia Rose, le menton en l'air.
— Tu veux parler de ce qui s'est passé hier soir ? hésita Leighton en s'approchant d'elle de façon à ce que personne ne les entende. Tu es partie tellement vite hier soir que…
— Ne t'inquiète pas, s'empressa-t-elle de répliquer devant les yeux gris et inquiets de Leighton. Je veux juste éviter de penser à ce qui est arrivé, et oublie ce que je t'ai demandé.
William grimaça, l'air de ne pas être d'accord avec les paroles de la jeune fille, tandis que Scorpius Malefoy les avait rejoints avec la discrétion qui le caractérisait.
— Personne n'est naïf, lui confia alors Leighton d'un ton sévère en cherchant l'approbation de Scorpius. On sait qu'il y a eu une attaque dans la forêt interdite. Ce n'est pas surprenant que tout le monde à Poudlard soit à cran ces derniers temps…
Rose se mit à tortiller nerveusement une mèche de ses cheveux trempés entre ses doigts. Leighton et Malefoy avaient l'air d'en savoir bien plus qu'ils ne le laissaient croire et ce n'était pas surprenant quand on savait que c'était Andrea qui avait quitté Poudlard suite à la première attaque de la forêt interdite. Que savaient-ils au juste ? Menaient-ils l'enquête comme elle, Juliette et Albus ?
— Tu peux prévenir Hardy que nous venons quelques jours voir Andrea pendant les vacances, la prévint Scorpius. Si tu peux venir aussi, on pourrait parler plus… librement. Les murs ont des oreilles ici.
— Oh. En fait, je pars en vacances avec mes parents et mon frère.
— J'aimerais bien partir aussi. Où est-ce-que vous allez ? lui demanda Malefoy en penchant la tête.
— Eh bien… soupira Rose. Officiellement, nous allons découvrir l'Islande. Officieusement, il se trouve que ma mère a déjà prévu de passer deux jours chez Miranda Boothby pour la convaincre réintégrer le Magenmagot. Tu en as probablement entendu parler, Leighton, elle est trop effrayée à l'idée de retourner travailler après son altercation avec les Gobelins.
Leighton approuva d'un hochement de tête.
— Elle soutenait ce groupe de banquiers sorciers qui voulait s'implanter sur le Chemin de Traverse, expliqua Will à Scorpius. Cette histoire est ridicule, combien de temps va-t-il falloir que leur monopole dure ? Maudits soient les Gobelins…
— Ils défendent juste ce qui leur appartient.
— J'ai bien peur de t'annoncer que nous sommes en désaccord, miss Weasley, lui répondit Will avec un clin d'oeil.
Sa mère, Shantae Leighton, était l'une des membres du Magenmagot au sein du département de la justice magique et Hermione Granger-Weasley avait eu de nombreuses occasions de la côtoyer dans son travail. Ainsi, Rose avait été amenée à rencontrer William en dehors de Poudlard, parfois au ministère de la Magie quand sa mère les y emmenaient son frère et elle, ou lors de dîners formels qui ennuyaient Rose et Hugo. Rose s'était ainsi faite une tout autre image de Will : son père était un barrister moldu aux abonnés absents, sa mère une sorcière à l'allure altière et bien qu'elle semblait porter un amour indéniable à ses enfants, elle ne semblait pas remarquer que les deux frères s'en faisaient voir de toutes les couleurs. A chaque fois qu'elle croisait William ou Alec, Rose ne pouvait s'empêcher de serrer Hugo dans ses bras en remerciant le ciel qu'ils ne se tirent pas dans les pattes tous les deux.
Alors si Juliette lui reprochait subrepticement d'être amie avec lui, Rose ne pouvait s'empêcher de ressentir de la compassion à son égard. Quelque part, elle comprenait comment Andrea Hardy avait pu enterrer la hache de guerre avec lui malgré son caractère taquin et insupportable. Will était quelqu'un de très loyal et dévoué avec ses amis proches, une qualité qui l'avait presque envoyé à Poufsouffle. Rose se souvenait vaguement d'un gamin aux cheveux châtains clairs, l'air assuré, qui avait attendu plus de cinq minutes sous le Choixpeau avant que celui ne se décide à l'envoyer à Serpentard.
— Essaie de profiter de tes vacances, alors, lui dit-il finalement.
Will fit un signe à ses amis derrière lui de le suivre en direction des étages. Rose les regarda partir, avant que Scorpius ne revienne vers elle, un léger sourire aux lèvres.
— Je te garde une place pour le cours d'études de moldus ?
Incapable de sortir le moindre mot à cause de la stupéfaction, Rose se contenta de hocher la tête, surprise, sous les sifflements moqueurs de Zane Parker qui avait entendu leur conversation. Nullement embarrassé, Scorpius Malefoy parut satisfait et rejoignit ses amis de Serpentard en montant les marches quatre à quatre. Rose mit quelques secondes à reprendre ses esprits et tourna les talons, bien décidée à montrer à Juliette et Albus de quel bois elle se chauffait.
Lorsque Rose passa les portes de la Grande Salle, elle fut assaillie par les odeurs de toasts grillés et par la rumeur des conversations. Avec une pointe de crainte, elle inspecta du coin de l'oeil la table des Serpentard où Maisie se détacha tout de suite des autres avec son teint de porcelaine et son sourire étincelant. L'espace d'un instant, elle ressentit des frissons la parcourir et se mit à chercher des têtes brunes assis à la table des Gryffondor, ce qui ne manqua pas : légèrement à l'écart des autres, elle repéra Juliette, Albus et James. Rose serra les poings et se dirigea à grands pas pressés dans leur direction. Quand elle débarqua aux côtés d'Albus, elle remarqua instantanément qu'il avait l'air pincé. Pourtant, elle ignora son attitude momentanément et s'adressa à eux sans même prendre la peine de s'asseoir.
— On doit parler, bande d'inconscients.
— Tu tombes bien, Rose ! s'exclama Juliette une fourchette dans la main. Dis à ton cousin que quitter l'équipe de Quidditch serait l'erreur la plus stupide de sa vie ! Franchement je me fiche complètement de comment tu te sens à ce sujet mais on ne peut pas se permettre de perdre un joueur maintenant. Il nous reste deux matchs, James, deux matchs !
Coupée dans son élan, Rose fut surprise de les voir en bons termes et s'assit lentement à côté d'Albus, le coeur battant à tout rompre, imaginant une Maisie moqueuse quelques mètres derrière elle. Albus semblait se désintéresser complètement de la conversation des deux Poursuiveurs de Gryffondor et faisait tournoyer sa cuillère à café dans sa tasse.
— Oh, alors tu insinues avoir besoin de moi ? répliqua James en remuant distraitement le contenu de son assiette. Je croyais que tu étais la meilleure ?
— Je le suis, mais on a besoin de trois Poursuiveurs, pas deux. Et tu n'es pas mauvais.
James accueillit sa réponse comme un compliment, tout sourire, alors que Juliette renifla et piqua rageusement sa fourchette dans son oeuf sur le plat. Ce ne fut qu'à ce moment que Rose remarqua le visage de James. Il était couvert de boutons rouges et aux dernières nouvelles, Rose ne l'avait jamais vu dans cet état : son cousin avait tendance à faire très attention à son apparence. Une marque sur son visage et c'était la catastrophe.
— Que t'est-il arrivé ? lui demanda-t-elle en ne pouvait pas détacher son regard de James.
— Je croyais qu'on ne voyait rien ? reprocha James en s'adressant à Juliette à côté de lui.
La sixième année prit une mine désolée, l'air de vouloir se faire toute petite. James se mit alors à chercher son reflet dans son verre, l'air concentré. La mâchoire étroitement serrée, Rose ne tint plus :
— Avant que l'un d'entre vous n'ouvre la bouche à nouveau, quelqu'un aurait l'obligeance de me dire ce que vous avez fabriqué cette nuit ? Je commence sérieusement à en avoir assez, j'ai attendu toute la nuit votre retour, et rien, personne ! Vous imaginez dans quel état je me suis retrouvée au vu de ce qui se passe en ce moment ?
Les têtes se tournèrent dans leur direction, mais Rose ne faiblit pas et garda la tête haute contrairement à Juliette qui se cachait presque derrière la table. A côté d'elle, Albus reprit vigueur et se tourna lentement vers elle, un rictus au visage.
— Ils ont dormi ensemble, lâcha Albus en désignant son frère et Juliette d'un mouvement de tête.
Rose mit quelques secondes à assimiler les paroles d'Albus, puis elle se tourna subitement vers les deux autres.
— Vous avez QUOI ? s'exclama Rose en manquant de renverser une bouteille de jus de citrouille dans son geste.
— Dormi simplement, la coupa James d'un ton agacé avant de s'intéresser de nouveau à Albus. Mais bien sûr, c'est plus difficile à croire que l'irréprochable Albus Severus qui s'est promené toute la nuit en dehors de Poudlard, pas vrai ?
— C'est ce qui s'est passé, je suis sorti, c'est tout, répliqua Albus en fusillant son frère du regard. Tu sais ce que toute l'école pense de vous deux ? Je ne voudrais être à ta place pour rien au monde, Juliet.
Juliette contempla Albus, la mine décomposée, tandis que celui-ci prit une dernière gorgée de son café avant de se lever brutalement, marmonnant quelque chose en rapport avec un cours de potions à réviser. James jeta un dernier coup d'oeil empli de dédain à son frère avant de s'intéresser de nouveau au reflet que lui renvoyait son verre. Préoccupée, Rose avait la bouche légèrement ouverte, les yeux rivés sur son amie, attendant une quelconque explication de sa part.
— On a juste passé la soirée dans les cuisines, se justifia Juliette à voix basse en jetant un coup d'oeil à James. Et puis on a été trop fainéants pour remonter à la tour de Gryffondor et une porte est apparue comme par magie. C'est là-bas qu'il a essayé une crème de jour et… euh… voilà.
— Merci, Juliet, ma peau ressemble à une carte d'astronomie.
— Alors il ne s'est rien passé entre vous ? s'assura Rose, méfiante.
— Non ! s'exclamèrent James et Juliette en même temps.
Rose continua à les scruter suspicieusement et prit un petit pain pour s'occuper les mains. C'était le moment de leur avouer ce qu'elle avait appris de Maisie la veille. Ils étaient là, tous les deux, et James méritait de savoir ce qui lui était arrivé avant qu'ils n'aillent voir un professeur et dénoncer Maisie Lloyd. Pourtant, les mots ne sortaient pas de sa bouche et les voir aussi complices après avoir passé des semaines à s'en vouloir mutuellement, lui fit hésiter à gâcher le petit déjeuner. Rose se détourna d'eux, perdue, et son regard s'aventura à la table des professeurs où elle croisa celui de son professeur de botanique et directeur de maison, Neville Londubat. Il lui adressa un sourire, légèrement sur la réserve, avant de s'intéresser à sa voisine de table, le professeur Tourdesac.
— Je vais faire un détour par l'infirmerie, disait James, sur le départ. Il est hors de question que j'aille en cours dans cet état. A plus tard les gnomes.
Juliette se retint de rire en se cachant derrière son mug fumant. Rose quant à elle n'arrivait pas à rire de la situation. Son coeur s'était de nouveau mis à battre la chamade en regardant le sourire de Juliette. Son amie faisait partie de ces personnes contagieuses qui parvenaient à lui remonter le moral rien qu'en souriant sincèrement.
— Albus n'était pas avec Hopkins, lui révéla-t-elle en posant sa fourchette, tu as une idée de ce qu'il aurait pu faire toute la nuit ?
Rose battit des paupières face à la question de son amie. Cela faisait des jours, voire des semaines, qu'Albus avait un comportement étrange. Il mangeait peu, dormait peu, passait son temps à étudier et il était obsédé par leur enquête. Toutes les fois où Rose avait tenté de l'approcher pour lui demander ce qui n'allait pas, il l'avait ignorée pour mieux se montrer sarcastique et froid par la suite. Rose soupira, et reporta son attention sur Juliette. Ensuite, elle posa ses mains sur la table et s'efforça de ne pas penser aux personnes qui les entouraient.
« Chaque problème en son temps », se dit Rose en insufflant le peu de conviction qu'elle avait en elle dans ses propos.
— J'ai parlé à Maisie, lui annonça-t-elle de but en blanc.
Un air d'incompréhension traversa le visage de Juliette. Rose prit une profonde inspiration.
— C'était elle.
— Juliet ! S'il-te-plait, reviens…
L'interpellée n'écouta que d'une oreille les appels de Rose. La colère naissante qu'elle ressentait au plus profond de son être la rendait imperméable à tout élément extérieur susceptible de la ramener à la raison. Elle devait terminer ce qu'elle avait commencé la veille alors qu'elle était sous l'influence de l'élixir d'euphorie. Seulement maintenant, elle était maîtresse d'elle-même et rien ne lui faisait plus plaisir que de voir Maisie Lloyd souffrir et payer pour ce qu'elle leur avait fait subir. Quand elle contourna la table des Gryffondor, elle eut tout loisir de se diriger à pas décidés vers celle des Serpentard où Maisie sirotait tranquillement sa tasse de thé.
Ignorant les murmures qu'elle provoquait sur son passage, et même le regard interrogateur de Cameron quand elle passa devant lui, Juliette alla finalement s'asseoir en face de Maisie, se retenant avec grand peine de ne pas la défigurer à l'aide d'un maléfice raté. En s'asseyant parmi les Serpentard, le silence s'imposa à table, lourd et pesant. Maisie contempla la nouvelle arrivée avec un intérêt non dissimulé. Elle reposa sa tasse avec douceur et se pencha légèrement par-dessus la table, ses yeux bleus étaient grands ouverts et ne clignaient pas en regardant la Gryffondor.
Le calme s'éternisa pendant lequel Juliette ressentait le besoin presque irrépressible de glisser sa main dans la poche où se trouvait sa baguette magique. A côté d'elles, on les regardait simplement, mais contrairement à la dernière fois où elle avait mangé à cette table, être l'objet du spectacle ne la dérangeait absolument pas.
— Alors, Juliette, amorça Maisie d'un ton parfaitement calme, Weasley t'a raconté le petit numéro que je lui avais préparé ?
Juliette ne répondit rien, les dents étroitement serrées les unes contre les autres. La main de la Gryffondor s'enfonça un peu plus dans sa poche, touchant du bout des doigts le bois de houx de sa baguette.
— Je pense qu'elle a beaucoup aimé, poursuivit Maisie en se mettant à jouer avec un carré de sucre. Vous les Gryffondor, vous êtes tellement manipulables et naïfs. De vrais gamins, dans tous les sens du terme. Il suffit de voir Weasley avec son ex… n'importe qui se serait rendu à l'évidence qu'il la trompait depuis bien longtemps. Pas vrai, Southgate ?
Daniel Southgate ricana sombrement pour approuver Maisie. Cette dernière, satisfaite, se tourna de nouveau vers Juliette qui avait l'impression de vibrer tellement l'envie de lui sauter au cou était forte. Ses doigts s'étaient resserrés sur le manche de sa baguette et s'y accrochait comme si sa baguette magique était la seule chose qui puisse la retenir de ne pas l'égorger à mains nues. Entre les doigts de Maisie, le cube de sucre se brisa.
— Et bien sûr, reprit Maisie dont le sourire s'étirait sur ses lèvres pleines. Tu es l'une des meilleures, Juliet. La crème de la crème. Qui aurait pu imaginer que mon frère puisse sortir avec toi ? Je suppose que c'est parce que c'est si facile de jouer avec toi, comme avec tous tes imbéciles d'amis que tu aimes tant.
Juliette s'efforça de garder son sang froid. Son poing n'avait jamais été aussi serré de toute sa vie autour de sa baguette. Ce moment n'était même pas comparable à la confrontation qu'elle avait eue quelques mois auparavant avec Audrey Collins. Collins, elle pouvait s'en moquer. Pas Maisie Lloyd.
— En toute modestie, je dois avouer que ma comédie dédiée à Rosie chérie n'était pas la meilleure. Tu veux connaître mon coup de maître ?
Maisie marqua une pause pendant laquelle Juliette ne baissa pas les yeux, continuant le la défier du regard dans le silence le plus complet. La Serpentard recula légèrement et sourit à l'intention de ses amis autour d'elles qui ne lâchaient pas une miette de leur rencontre.
— Un décor arboré et une ambiance hivernale à faire grelotter de froid deux personnages courageux mais empotés… Et pour parfaire la soirée, un peu de sang. Tu imagines la scène, ou bien est ce que ça titille quelque chose dans ta mémoire, Hardy ?
— Coctum !
Le maléfice eut l'effet d'une bombe dans toute la Grande Salle. Un silence d'outre-tombe s'imposa parmi toutes les tables. La Serpentard perdit son sourire et plaqua ses mains sur son visage qui se déformait. Juliette s'était levée, la baguette rivée sur elle, et contemplait avec une certaine jouissance le visage de Maisie Lloyd devenir rouge écarlate et gonfler. Cependant, la poussée d'adrénaline qu'elle avait ressentie commença à disparaître lorsqu'elle remarqua le rictus mauvais du dénommé Daniel Southgate qui avait plongé sa main dans sa poche à la recherche de sa propre baguette.
Juliette eut tout juste le temps de voir du mouvement du côté de la table des professeurs que le Serpentard brandissait déjà sa baguette et s'exclama :
— Conjonctivis !
— Non ! s'écria Maisie, dont le visage avait doublé de volume. Elle est à moi !
Presque totalement aveugle, Juliette trébucha sur un sac posé au sol et tomba entre la table des Serpentard et celle des Serdaigle. Ses yeux lui brûlaient à tel point qu'elle ne contrôla pas les larmes qui s'étaient mises à rouler sur ses joues. Alors qu'elle sentait le monde s'agiter autour d'elle, elle ne se laissa cependant pas aller : au prix d'un effort surhumain, elle tenta d'ouvrir les yeux. Un effort qui fut vainement récompensé jusqu'à ce que la jeune fille sente qu'on la prenait par sa main libre.
— Ne bouge pas, je vais essayer un contre-sort, lui dit Cameron d'un ton pressé.
Quelques secondes s'écoulèrent tandis que Juliette ne se fiait qu'à son audition en essayant d'occulter la brûlure incandescente dans ses yeux. Autour d'eux, c'était un réel capharnaüm de voix et de railleries que Juliette était incapable d'identifier. Pourtant, au bout de quelques instants, la douleur s'évapora lentement, ne subsistant que des picotements très désagréables mais qui lui permettaient enfin d'ouvrir les yeux. Tout était flou dans sa vision mais elle parvenait à distinguer des formes, celle de Cameron d'abord, puis ensuite le petit groupe qui s'était formé autour de Maisie de l'autre côté de la table.
— Laissez-moi ! se débattait une Maisie défigurée en donnant de violents coups de coude aux personnes qui l'entouraient. Allez Hardy, montre-nous que tu es capable de te battre, au moins une fois dans ta vie !
Poussée par son animosité envers la Serpentard, Juliette se releva en basculant légèrement.
— Juliet, marmonna Cameron. Ne fais rien que tu pourrais regretter ensuite. Elle cherche seulement à te déstabiliser…
Juliette considéra sa baguette dans sa main, et la vue toujours aussi brouillée, elle la pointa approximativement vers la silhouette vaporeuse de Maisie.
— C'est elle. Depuis le début, Cameron, c'est elle… Andrea, James…
— Ne sois pas stupide, l'implora presque Cameron.
— Stupéfix !
Le sort frappa Maisie de plein fouet qui chancela sous sa force. Pourtant, il n'eut pas l'effet escompté : des flammes orangées se dessinèrent sur la tenue de la Serpentard qui poussa un hurlement à donner froid dans le dos. Aussitôt, Cameron lâcha le bras de Juliette et accourut auprès de sa soeur. C'était comme revivre son examen de BUSE où elle avait involontairement enflammé une armure. A l'exception près qu'elle venait de mettre feu à une personne réelle. Les idées confuses, Juliette mit plusieurs secondes à réaliser qu'elle avait mis le feu à Maisie Lloyd. Et elle ne parvenait même pas à se sentir coupable. Comme dans un état second, la jeune fille se fit bousculer tandis que l'on aidait Maisie à coups d'Aguamenti.
— Tu es devenue folle, ma parole ! s'écria Fred Weasley, tout proche d'elle.
— Tu n'as aucune idée de qui est réellement Maisie, intervint Rose qui débarqua à leurs côtés. Bien joué, Juliet, voilà qui va rafraîchir ses ardeurs.
Toujours aussi troublée, Juliette frotta ses yeux endoloris. Rose passa un bras autour de ses épaules alors que la foule les entourait, observant avec un air paniqué ou curieux l'attroupement autour de la Serpentard.
— Rendez-vous dans vos salles de classe respectives, maintenant ! ordonna la vieille chouette d'une voix puissante. Neville, emmenez miss Hardy dans votre bureau, je vous rejoindrais avec miss Lloyd quand on reviendra de l'infirmerie. Quel comportement ! C'est inadmissible ! Et l'interdiction de pratiquer la magie en dehors des salles de cours ?
Juliette ne réalisa pas tout de suite qu'elle s'était fourrée dans de profonds ennuis. Gardant difficilement ses yeux ouverts malgré le contre-sort de Cameron, Juliette se laissa emporter par Rose qui la maintenant toujours, l'air de ne pas vouloir laisser seule. En remontant le flot des élèves jusqu'à atteindre l'endroit où se trouvait Neville Londubat, les deux amies eurent droit aux commentaires désobligeants et plaignant la pauvre Maisie qui n'avait rien demandé. Si Juliette n'avait pas été dans cet état second, elle aurait sans doute utilisé le peu de colère qui lui restait pour les faire taire d'un bloclang.
— Nous allons tout vous raconter, dit Rose d'un ton assuré à leur professeur.
Juliette se réveilla brutalement de sa torpeur. Que voulait-elle lui raconter, au juste ? Quand elle la regarda d'un air paniqué, Rose lui fit comprendre de ne rien dire et de lui faire confiance.
— Je l'espère, Rose… répondit Neville en les regardant tour à tour. Attaquer ouvertement Maisie Lloyd était très probablement la chose à éviter à l'heure actuelle.
Un quart d'heure s'était écoulé depuis le duel improvisé dans la Grande Salle. Neville Londubat avait été très silencieux sur le chemin jusqu'aux serres du parc de l'école. Lorsqu'ils étaient tous les trois arrivés dans son bureau débordant de plantes en tous genres, il avait fait installer les deux jeunes filles sur les deux chaises qui faisaient face à son bureau et s'était empressé de mettre à chauffer de l'eau dans un chaudron. La tête entre les mains, Juliette avait patienté en évitant de se gratter le contour des yeux qui la démangeaient horriblement désormais. Assise à ses côtés, Rose lui frottait le dos dans un geste réconfortant.
— Avant que les autres ne reviennent, j'ai besoin de savoir ce qui se passe entre vous et Maisie Lloyd, déclara le professeur de botanique dans le coin de la pièce où il faisait tournoyer le contenu de sa potion.
— Elle est dangereuse, Neville, lui confia-t-elle en ne prenant même pas la peine d'utiliser les formes de politesse. C'est elle qui a attaqué James dans la forêt interdite, elle me l'a dit hier soir. Et… elle a aussi menacé Juliet en début d'année.
Juliette sursauta et ouvrit des yeux rouges et choqués. Londubat se détourna même de l'infusion qu'il préparait pour s'intéresser à ses élèves, l'air sévère et abasourdi.
— Puis-je savoir pourquoi vous n'êtes pas allés voir un professeur quand c'est arrivé ?
Exaspérée par la question, Juliette plongea à nouveau sa tête entre ses mains, laissant tout loisir à Rose de lui répondre. Elle n'avait jamais voulu être cette petite fille incapable de se défendre au point d'aller demander de l'aide à un professeur. Elle se ridiculisait assez toute seule et elle venait une nouvelle fois de prouver à presque toute l'école qu'elle était presque incapable de jeter un sort convenablement.
— Eh bien, c'était la veille de l'attaque d'Andrea, expliqua vaguement Rose sans réellement savoir où elle voulait en venir. Le temps est passé si vite depuis… Et on pensait… euh… je ne sais pas très bien.
Neville fixa Rose pendant quelques instants, l'air de retourner de ce qu'elle venait de dire dans tous les sens. Il jeta un coup d'oeil à Juliette avant de donner un petit coup de baguette en direction du feu. Ensuite, il s'affaira auprès d'une armoire qui contenait une vingtaine de vieilles boîtes contenant des accessoires pour les cours, des produits et des outils destinés à l'entretien. Il en sortit un énorme paquet de coton. Rose suivit avidement tous les gestes de son professeur, attendant avec impatience ce qu'il allait leur dire.
— Et nous avons toutes les raisons de penser que les Lloyd sont responsables de l'amnésie d'Andrea, ajouta Rose pour être sûre de bien marquer son propos.
Le directeur des Gryffondor secoua lentement la tête de droite à gauche.
— Juliet, tu peux les mettre sur tes yeux, ça devrait aider, dit-il posément en s'approchant d'elle avec deux gros morceaux de coton imbibés d'infusion.
Juliette ne se le fit pas répéter deux fois et se plaqua les morceaux de coton sur le visage, marmonnant un vague merci. Aussitôt, une odeur de géranium emplit ses narines et elle ne put se retenir de pousser un soupir de soulagement. Neville sourit, légèrement amusé, avant de vite retrouver une mine sérieuse et préoccupée. Il s'assit à moitié sur son bureau, dévisageant les deux jeunes filles tour à tour.
— Rose, c'est important que tu n'accuses personne sans avoir rassemblé de preuve au préalable. Maisie Lloyd va avoir de réels ennuis, je peux te l'assurer et je vais vous soutenir dans votre démarche. Mais n'adresse pas tes accusations envers n'importe qui. Vous n'avez pas toutes les clés en main.
— Vous parlez de Aaron Lloyd, n'est-ce-pas ? s'exclama Juliette d'une voix aiguë en retirant ses cotons subitement.
Leur professeur pinça les lèvres. Juliette avait encore des difficultés à bien le discerner, mais elle sentait qu'elle détenait la vérité face à son absence de réponse. S'il ne le nommait pas, Neville Londubat ne voulait pas qu'elles accusent Aaron Lloyd, le professeur adulé qui visiblement avait des choses à se reprocher. Juliette s'empressa de remettre l'infusion sur ses yeux qui piquaient péniblement, les pensées en pleine ébullition.
— Est-ce-que tu sais ce qu'il cache ? demanda Rose avec appréhension.
Il ignora délibérément sa question et contourna son bureau. Rose le regarda sans comprendre sortir une vieille plume tachetée pour écrire quelque chose qu'elle ne distingua pas à une telle distance. Intriguée, Rose se redressa un peu plus dans le but de lire ce qui était inscrit sur le morceau de parchemin. Mais avant qu'elle n'ait pu lire la moindre lettre, Neville Londubat posa la plume et replia rapidement le morceau de parchemin.
— Nous n'avons pas beaucoup de temps, les pressa Neville en retournant s'appuyer contre son bureau. Je veux juste que vous vous en teniez à Maisie Lloyd, n'impliquez personne d'autre. Compris ? Juliet, je te donne une autorisation pour avoir accès à la Réserve, tu devrais obtenir quelques réponses si tu les veux. C'est important afin de comprendre… certaines choses.
Juliette délaissa ses morceaux de coton et prit le parchemin que lui tendait son professeur. Plus alarmée qu'intriguée, elle parvint à remarquer des rides d'inquiétude qui marquaient son visage. Puis elle baissa ses yeux vers l'autorisation sur laquelle il avait ajouté quelque chose à son attention. Elle se concentra sur l'écriture. 2001. Juliette n'eut pas le temps de lui poser la moindre question que la porte du bureau s'ouvrit à la volée, laissant entre le professeur Tourdesac, suivie de près par Maisie Lloyd. Aussitôt, Neville bondit sur place et retourna de l'autre côté du bureau et posa ses mains dessus, l'air anxieux mais déterminé.
— Plus de peur que de mal, annonça Tourdesac en se détournant rapidement du visage de Juliette. Mais cela n'excuse pas votre comportement, à toutes les deux. J'ai besoin d'une explication.
Dans le bureau, la tension était presque palpable. Juliette et Rose s'étaient rapprochées l'une de l'autre et dévisageaient Maisie qui elle-même les défiait du regard. Il n'y avait aucun moyen de savoir si le sort raté de Juliette lui avait réellement brûlé la peau, mais il était certain que ses vêtements avaient du en pâtir et pour cause, elle portait une lourde cape noire qui la recouvrait de la tête aux pieds. Les pointes de ses cheveux avaient roussi. Quand elle le remarqua, Juliette ne put s'empêcher de sourire. Sourire qu'elle perdit presque instantanément quand la porte s'ouvrit à nouveau sur la personne qui lui inspirait le plus de colère froide et de peur.
— Aaron, ta présence n'est pas requise ici, intervint Neville Londubat, la sanction disciplinaire concerne deux élèves de nos maisons respectives. N'en faisons pas une affaire personnelle.
Au lieu de lui répondre ou de faire demi-tour, Aaron Lloyd se rapprocha de sa fille sous le regard méfiant de la vieille chouette. Un long échange silencieux s'établit entre le père et la fille sans que quiconque n'ait l'audace de les interrompre. Hallucinée, Juliette fixa d'un oeil vague Aaron et Maisie avant de se détourner vers son professeur de botanique. Il était inconcevable qu'il assiste à leurs règlements de compte alors que sa seule présence suffisait à lui couper la respiration. Juliette chercha la main de Rose et s'y agrippa avec force.
— Si tu venais d'apprendre que ta fille s'était faite brûlée vive, que ferais-tu ? demanda posément Aaron, une pointe d'aigreur dans la voix.
Il désigna un coin du bureau de Neville où un cadre photo trônait aux côtés d'un Mimbulus mimbletonia miniature. Il n'était pas difficile de deviner qu'il faisait référence à la fille unique du professeur de botanique qui venait d'intégrer Poudlard à la rentrée.
— Et je suis persuadé que miss Weasley a toutes les raisons d'être ici, ajouta Lloyd, sarcastique.
— Exactement, je…
— En réalité, Maisie n'en est pas à son premier acte répréhensible, Aaron, la coupa Neville sans la regarder.
Juliette se mordit les lèvres pour s'empêcher de sourire. Elle jeta un coup d'oeil au visage encore boursoufflé de son ennemie de Serpentard qui fixait son père. Maisie était presque méconnaissable avec son teint de poupée qui était devenu rouge et rugueux.
— Très bien, lança Tourdesac en mettant un terme à l'échange entre les deux hommes. Je suggère le retrait des baguettes magiques jusqu'aux vacances, ainsi qu'un mois de retenue pour ce comportement intolérable. Et bien sûr, je retire cinquante points respectivement à Serpentard et à Gryffondor.
— Et j'exige de destituer Maisie de sa fonction de préfète, ordonna Neville d'un ton sans appel.
— Excusez-moi ?
Maisie, qui n'avait pas ouvert la bouche depuis qu'elle était entrée dans le bureau, n'en revenait pas. De son côté, Juliette jubilait. Bientôt, elle ferait passer Gryffondor dans un solde de points négatif et tout Poudlard la détestait, mais Maisie était en position de faiblesse et cela valait toutes ses mésaventures actuelles. Pour la première fois de l'année, elle était déstabilisée et Juliette comptait bien se réjouir du spectacle.
— Raconte à tout le monde comment tu nous a attaqués dans la forêt interdite. C'était tellement préfète de ta part.
Maisie esquissa un geste vers la poche de sa cape avant de s'immobiliser. Elle serra étroitement les lèvres, les yeux brillants, comme si elle était au bord des larmes. Tous les regards étaient tournés vers elle, sauf celui perçant de Aaron Lloyd. Juliette tressaillit mais elle n'en laissa rien paraître. Puis il se détourna lentement d'elle, l'air impassible.
— Je… j'ai… bafouilla-t-elle. J'ai toujours rêvé d'être un animagus et… je ne peux pas… contrôler ma transformation…
— Menteuse ! C'était un acte prémédité ! s'exclama Rose.
— Miss Lloyd, êtes-vous responsable de l'attaque de la forêt interdite ? s'obstina Neville en ignorant les protestations de Rose.
— Maisie, que s'est-il passé ? demanda Lloyd d'un ton presque attendri et rassurant.
Maisie leva les yeux vers son père, le considéra quelques secondes, et éclata en sanglots. Des sanglots violents qui soulevaient sa poitrine, de ceux qu'il était impossible d'arrêter. A l'autre bout de la pièce, Neville Londubat échangea un regard alarmé avec Tourdesac qui secoua la tête. Juliette était tout simplement choquée du comportement de la Serpentard : pas plus tard que le matin-même, Maisie était en parfait contrôle de la situation, s'amusait à se jouer d'elle, à conter ses histoires dont elle seule avait le secret. Ce n'était définitivement la Maisie Lloyd qu'elle connaissait. De toute évidence, Rose ne le pensait pas non plus et son amie lui lâcha soudainement la main et se leva, l'air revêche. Le professeur de métamorphose, qui s'était approché de sa fille pour lui serrer l'épaule, se tourna vers Rose.
— De la comédie, c'est tout ce qu'elle sait faire ! cracha-t-elle devant les paires d'yeux qui la fixaient avec surprise. Elle ne peut pas supporter de ne pas être au centre de l'attention, alors elle rabaisse toutes les personnes qui se mettent en travers de son chemin. Vous voulez savoir qui est réellement votre fille, professeur ? Maisie est une manipulatrice de première classe, une menteuse compulsive, personne ne serait surpris d'apprendre que c'est elle qui a rendu Andrea amnésique…
— Je n'ai pas touché à Andrea ! s'écria Maisie entre deux sanglots.
— J'espère que tu garderas des cicatrices à vie, renchérit Juliette devant son visage tuméfié, c'est un aperçu des conséquences irréversibles que tu lui as causé…
— Stop.
La voix posée aux accents autoritaires de Aaron Lloyd imposa un silence entrecoupé par Maisie qui reniflait bruyamment aux côtés de son père.
— Je comprends que Maisie ait pu commettre certaines… erreurs, mais nous ne pourrons pas avancer tant que Weasley et Hardy seront dans cette pièce.
— Je ne pense pas, objecta Juliette en se levant à son tour. Nous sommes directement concernées, et elle doit répondre de ses actes.
Aaron Lloyd s'intéressa de nouveau à elle et la Gryffondor se sentit instantanément minuscule et insignifiante. Malgré le besoin de cligner des yeux, Juliette serra les poings et se s'entêta à se montrer intrépide et débordante de confiance en elle. Même si, intérieurement, elle se sentait de nouveau comme la petite fille qui se faisait lourdement réprimander par sa tante quand elle s'enfuyait de la maison sous sa garde.
— Hardy, je ne crois pas que vous ayez votre mot à dire après vos exploits de ce matin et vos innombrables manquements aux règlements.
— Je n'attaque personne sans raison, et je n'ai jamais effacé la mémoire de quelqu'un…
— Miss Hardy ! s'exclama le professeur Tourdesac, les yeux aussi ronds que ceux d'une chouette.
Les deux Lloyd eurent des réactions tout à fait opposées : Aaron fronça légèrement les sourcils, la dévisageant de son air le plus stoïque, tandis que Maisie se tendit brusquement et la foudroyait sur place. Juliette se sentit ragaillardie, elle voulait qu'ils sachent à quel point elle les détestait et qu'elle ne faiblirait pas. Ils étaient la raison pour laquelle sa soeur avait perdu la mémoire, elle en était certaine.
— Rose, Juliet, je vous contacterais dans la journée, leur annonça lentement Neville en dévisageant chaque partie tour à tour. Nous allons régler ce problème en comité restreint… et je pense que vous avez quelque chose à faire maintenant. Quelque chose de… personnel.
Neville leur lança un regard appuyé et Juliette comprit instantanément.
— Juliet ! Je te comprends pas ! Tu ne veux pas savoir pourquoi elle a fait ça ? On aurait pu en apprendre beaucoup plus… et maintenant nous sommes de retour dans le noir le plus complet… tu n'as même plus de baguette magique !
Impassible, Juliette marchait trois mètres devant sa meilleure amie, à mi-chemin entre les serres de botanique et le château. Leurs pas crissaient dans la neige et on entendait au loin un groupe de première années crier aux bords du lac gelé. Mais Juliette n'y prêtait pas attention. Son cerveau était déconnecté de toutes les distractions extérieures, elle ne sentait que le morceau de parchemin entre ses doigts dans sa poche. Les réponses, elle les voulait et elle était persuadée que l'indice qui lui avait donné son professeur leur permettrait d'avoir une réponse à leurs nombreuses questions. Des questions en rapport avec les Lloyd.
Sur leur route jusqu'à la bibliothèque, Juliette s'efforça d'ignorer les plaintes de Rose qui désirait ardemment faire demi-tour et entendre la sentence de Maisie. Elle-même aurait aimé voir son expression face aux sanctions dont elle allait écoper, mais la jeune fille pressentait que ce morceau de parchemin et cette date, 2001, était bien plus importante qu'une histoire de vengeance personnelle.
— … tu es stupide, elle méritait qu'on soit là pour la voir descendre de son piédestal, pérorait Rose alors qu'elles étaient arrivées dans le couloir désert et glacial de la bibliothèque.
— Tais-toi, Rose, et écoute-moi bien, ordonna Juliette en poussant la porte. Tu as entendu Londubat tout comme moi. Il a dit qu'il nous manquait une clé pour comprendre certaines choses. Je crois qu'il vient de nous offrir notre réponse sur un plateau d'argent. La réponse dont on a besoin depuis des jours et des jours. C'est forcément relié à Lloyd…
Intriguée, Rose n'ajouta pas un mot en suivant Juliette serpenter entre les rayons à la recherche de Mrs Pince. La bibliothèque était encore vide à cette heure de la matinée, les élèves se trouvant généralement en cours juste après le petit-déjeuner. Les deux filles de Gryfffondor tombèrent finalement sur la vieille bibliothécaire au bout de longues minutes de recherche au cours desquelles elle croisèrent Rebecca Morris qui s'était effacée rapidement après leur avoir souri poliment.
— Nous avons besoin d'avoir accès à la Réserve, annonça Juliette en plaquant l'autorisation sous son nez.
Mrs Pince fronça les sourcils, soupçonneuse.
— Pourquoi vous donnerait-on l'accès aux archives des anciens élèves ? demanda-t-elle après avoir remarqué la date inscrite sur le papier.
— Des anciens élèves ? répéta Juliette.
— Les dossiers sont classés selon la date d'obtention des ASPICs, expliqua Mrs Pince à contrecoeur. Suivez-moi, je vous accorde une demi-heure, pas plus.
Rose et Juliette échangèrent un regard surpris puis suivirent la bibliothécaire. Elle les entraînèrent entre plusieurs rangées d'étagères, puis montèrent un petit escalier qui débouchait sur une porte en bois. Doucement, Mrs Pince l'ouvrit et la pièce qu'ils découvrirent fut une nouvelle partie de la bibliothèque. Si cela était possible, la réserve était un endroit encore plus calme. Tout avait l'air d'être suspendu dans le temps : la poussière flottait lentement dans les airs et les livres débordant des étagères ne semblaient pas avoir été touchés depuis des dizaines d'années. Juliette ressentit des frissons lui parcourir le dos pendant que Pince les menait toujours plus loin au fin fond du lieu.
Une fois arrivées à l'endroit où les archives étaient supposées être, Juliette ressentit un élan de découragement. Des centaines et des centaines de boîtes étaient empilées les unes sur les autres. Cependant, d'un mouvement mou et fatigué, la bibliothécaire fit un geste de sa baguette et une boîte remua au milieu d'une colonne avant de foncer sur les trois personnes présentes dans la Réserve. Mrs Pince la réceptionna tant bien que mal pour la poser finalement sur une table de travail face à une haute fenêtre. Elle leur répéta le temps qu'elle leur accordait pour faire leurs recherches puis s'éclipsa sans un bruit.
— Je dois t'avouer que devant le fait accompli… c'est un peu effrayant.
Rose se mordit la lèvre et s'assit sur la table pendant que Juliette posait ses deux mains sur le couvercle de la boîte. La Gryffondor souffla un bon coup, puis l'ouvrit et constata avec lassitude qu'il contenait au moins une cinquantaine de dossiers scolaires. Pourtant, un coup d'oeil au premier dossier inhiba toutes ses émotions. Juliette arrêta sa main tremblante à mi-chemin jusqu'au dossier qui avait probablement été classé par ordre alphabétique. Neville Londubat lui avait donné cette autorisation, pas à Rose.
Adamson, Darcy. Le dossier était là, bel et bien existant. Sous ses yeux, un pan de la jeunesse de sa mère qu'elle n'avait jamais connue.
— Cameron avait raison, murmura Juliette dont les battements de son coeur s'étaient mis redoubler d'intensité.
— Qu'est-ce-que c'est ?
— La femme qui m'a mis au monde.
— Pardon ?
Juliette l'ignora et retira l'épais dossier scolaire de la boîte. Puis elle le posa sur la table. La respiration saccadée, la Gryffondor ne comprenait pas pourquoi elle paniquait à l'idée d'ouvrir ce dossier. Pourtant, d'une main tremblante, elle s'en saisit et l'ouvrit. Le porte-document comprenait plusieurs liasses de parchemin légèrement vieillis dont les résultats de Darcy à travers les années, plusieurs avis de retenue et d'autres papiers divers concernant les activités extra-scolaires ou des lettres de recommandation de ses professeurs.
Juliette étala les documents sur la table, et se mit à feuilleter les résultats de Darcy pendant que Rose se mettait à fouiller dans la boîte 2001, l'air curieuse. Il semblait que, comme toute sa famille du côté Hardy, sa mère avait été une très bonne élève. Ses résultats avaient été excellents pendant sept ans dans de nombreux domaines : les potions, la métamorphose, l'arithmancie, l'histoire de la magie, les sortilèges et la divination. Le seul cours où elle avait eu des difficultés était la défense contre les forces du Mal.
Interdite, Juliette déglutit avant de consulter d'autres parchemins. Darcy Adamson avait également fait partie de l'équipe de Quidditch de Serpentard pendant trois ans au poste de Poursuiveur. Juliette ferma les yeux un instant. Elle s'était toujours imaginé sa mère comme étant un fantôme dont l'ombre planait vaguement autour d'elle. On lui avait déjà fait la remarque qu'elle avait hérité de ses gènes, mais Juliette n'avait jamais rien su d'elle excepté les quelques commentaires que son père lui donnait de leur relation écourtée.
Puis, le coeur serré, Juliette remarqua une photo coincée dans sa liasse de documents et la tira. Sa bouche se fit sèche. Sur la photo, prise dans le parc de Poudlard par une belle journée d'automne, une dizaine d'élèves souriaient timidement à la caméra, à l'exception de l'une d'entre eux. Juliette la reconnut instantanément par les traits de son visage, sa façon de sourire et à son uniforme aux couleurs de Serpentard. En l'observant de plus près, on pouvait même remarquer qu'Andrea tenait son nez légèrement en trompette de Darcy. Il n'y avait aucun doute qu'il s'agissait de leur mère à environ quinze ans. Elle souriait de toutes ses dents et tenait par le bras un garçon, qui lui avait l'air beaucoup moins enthousiaste.
— Tu as trouvé quelque chose d'intéressant ?
Juliette lui donna la photographie et Rose fronça les sourcils, essayant de reconnaître les personnes qui souriaient timidement à l'objectif, les bras ballants.
— C'est vraiment ta mère ? Tu lui ressembles tellement… remarqua-t-elle, presque fascinée.
Juliette leva les yeux au ciel puis se détourna de Rose et feuilleta une nouvelle liasse de parchemin qui comprenait certaines remarques de professeurs, d'entretiens au sujet de son avenir… Juliette fronça les sourcils en remarquant que sa mère s'était intéressée de très près à l'oeuvre de certains alchimistes bien connus. C'était la façon dont ses parents s'étaient rencontrés, grâce à leur passion commune pour l'alchimie.
— Nom d'un gnome de jardin déplumé.
Assis sur la table à côté de la boîte, Rose avait un dossier entre les mains et fixait la couverture d'un air sceptique sans même l'avoir ouvert.
— Tu savais qu'elle était dans la même promotion que Aaron Lloyd ?
Juliette mit un moment à digérer cette information, puis elle réalisa quelque chose.
— Attends une seconde…
Juliette se mit à fouiller frénétiquement entre tous les papiers éparpillés sur la table quand enfin, elle tomba sur la photographie qu'elle avait examiné quelques minutes auparavant. En se concentrant légèrement elle n'eut aucun mal à reconnaître le garçon que Darcy tenait par le bras.
— Et ils étaient amis, affirma Rose en regardant à son tour la photo.
— C'est un cauchemar…
Rose observa la photo minutieusement tandis que Juliette se mettait à chercher dans les papiers auxquels elle n'avait jeté qu'un coup d'oeil rapide. En s'arrêtant sur quelques avis de retenue, Juliette blêmit. Ils contenaient tous le nom « Aaron Lloyd » et visiblement, Darcy et lui se rendaient fréquemment à la Réserve sans autorisation, tard dans la nuit. On rapportait le fait que les deux élèves se faisaient prendre dans un rayon de la Réserve différent à chaque fois, occupés à éplucher des ouvrages interdits.
Juliette reposa brutalement le parchemin sur la table et regarda autour d'elle, la gorge étroitement serrée. Elle ne pouvait pas rester une minute de plus dans cet endroit.
— Il y a une inscription au dos, lui confia Rose, les yeux rivés sur la photo. Soutien aux orphelins de la guerre, octobre 1998.
— Ils parlent de la guerre contre tu-sais-qui ?
— Je suppose… acquiesça Rose, grave. Est-ce-que ça veut dire que tes grand-parents sont morts pendant la guerre ? Imagine s'ils n'étaient pas dans le bon camp ? Je veux dire… être à Serpentard pendant cette période n'était pas bon signe…
— Oh, Rose…
— Ou peut-être que Lloyd l'a tuée, ce qui expliquerait pourquoi elle a disparu, conjectura Rose, perdue dans ses pensées.
— Rose !
