Chapitre 24:
Le Capitaine Ukitake reposa avec tant de force son bol de thé qu'il éclata en petits morceaux sur la table. Sentarô aurait bien volontiers soupiré en se disant que ce mouvement d'humeur était tout à fait légitime de la part de quelqu'un qui gardait le lit depuis six jours maintenant. Sauf que là, on parlait du Capitaine Ukitake et que « mouvement d'humeur » ne faisait pas partie de son vocabulaire. Ce qui amena le vice-Capitaine à lever des yeux ronds vers son supérieur.
Mais en voyant le visage d'ordinaire si paisible de son Capitaine bien-aimé se crisper dans un mélange de frayeur et de rage, il n'ouvrit pas la bouche. Il n'en eut pas même le temps : Ukitake avait déjà repoussé les couvertures et jaillissait tel un diable à ressort hors de son lit afin de saisir son zanpakutô. Il appela à grand bruit son second vice-Capitaine qui arriva une seconde plus tard. Sentarô se jeta néanmoins dans ses jambes :
- Capitaine ! Vous n'y pensez pas ! Vous lever dans votre état est…
Le beau Capitaine aux cheveux blancs coupa la parole à son aide de camp avec une brusquerie qui ne lui ressemblait pas :
- Aïzen est ici. Il vient d'arriver chez les Kuchiki.
Puis il se tourna vers Kyone et ordonna :
- Avertis tout le Goteï 13. Dépêche-toi.
La jeune femme d'ordinaire si volubile n'émit pas un son, se contentant de hocher la tête, et disparut sans même avoir eu le temps de s'agenouiller devant son supérieur. La nouvelle serait vite transmise…
Sentarô ouvrit de grands yeux :
- Mais… L'Envoyée Céleste…
Le Capitaine ouvrait déjà avec violence la porte de sa chambre, un vilain pli tordant sa bouche :
- Justement : elle est devant lui.
Renji et Byakuya se levèrent d'un bond.
Faire vite.
Inutile de se disperser en vaines paroles. Ils le savaient tous deux, il y aurait des morts dans peu de temps. Et ils ne voulaient pas imaginer qui pourrait bien mourir la première.
La rejoindre, vite.
Lui octroyer quelques minutes de vie supplémentaires…
Le Capitaine Kurotsushi écouta d'une oreille distraite l'alarme générale qui vociférait dans le silence des divisions. Mais en entendant « Aïzen se prépare à combattre la guerrière céleste » il dressa l'oreille, et un sourire dément étira ses lèvres, découvrant ses imposantes dents jaunes.
Ah, voilà qui changeait tout…
- Hihiyo, Zabimaru !
L'immense serpent d'os ouvrit une gueule démesurée en faisant entendre un cri strident qui glaçait le sang. La manifestation du bankaï de Renji Abaraï avait changé et était encore plus impressionnante, désormais. Le serpent à collerette de fourrure possédait à présent une protection de métal, tel un casque médiéval. Des plaques argentées ornaient également ses articulations, offrant une protection supplémentaire à cette arme gigantesque.
Avec son habituelle nonchalance feinte, le Capitaine Kyoraku regarda l'ancien Vice-Capitaine de la sixième division. Renji avait essayé par trois fois, et avait échoué tout autant, à percer l'immense barrière de lumière dorée qu'avait dressée Kei. Un authentique mur de lumière, gigantesque et démesuré, qui séparait les deux adversaires du reste du Seireitei. Si haut que, même en tentant une venue du ciel, on ne pouvait pénétrer la zone de combat ainsi délimitée. Ce combat au résultat si incertain…
Les poings serrés par la colère, le guerrier aux cheveux flamboyants avait fini par remettre Zabimaru dans son fourreau, non sans fulminer et faire savoir à haute voix ce qu'il pensait de la situation. Il lança une litanie de qualificatifs pour le moins colorés qui auraient pu faire l'admiration d'une cargaison de marins éméchés aux prises avec leur caleçon récalcitrant un soir au bordel après six mois en mer.
Le Capitaine Kyoraku soupira discrètement. Ils étaient tous là, les hauts gradés du Goteï. Tous, sans exception. Arrivés les uns après les autres, certains plus concernés que d'autres. Mais tous avaient ressenti la présence d'Aïzen et senti une sueur froide couler le long de leur échine lorsque la pression spirituelle de l'Envoyée Céleste s'était brusquement élevée, désordonnée.
Sans aucun contrôle.
Sans pierre de Seki noire autour de son cou.
Malgré toute l'affection qu'ils lui portaient, lui et la plupart des autres, ils savaient que Kei n'était pas encore de taille. Mais hélas, même s'ils avaient emmagasiné plusieurs millénaires de science de combat par rapport à la jeune femme, eux non plus.
Les autres Capitaines étaient tout aussi frustrés que lui, il pouvait le sentir. Arrivés dès qu'ils avaient senti le reiatsu d'Aizen, ils avaient, tout comme Kyoraku, voulu prendre part au combat. Mais la guerrière leur avait refusé cette aide, préférant mener cette croisade en tête-à-tête.
Aïzen jubilait visiblement. Son sourire goguenard ne quittait pas ses lèvres tandis que le zanpakutô de la jeune femme frappait une nouvelle fois le vide.
De l'autre côté du mur doré, la Capitaine Unohana ne put qu'admirer son acharnement à vouloir atteindre celui qu'elle avait décidé d'éliminer. Car à peine la guerrière céleste comprit-elle que son coup n'avait pas atteint sa cible qu'elle changea de stratégie et se retourna, vive comme la foudre, afin de porter une nouvelle attaque, de biais cette fois.
Un combat ? Une parodie, plutôt. Une guerre des nerfs surtout, bien plus qu'une passe d'armes meurtrière. Ce n'était qu'un jeu pour Aïzen, elle le savait. Une « mise en bouche » selon ses critères de jugement. Un jeu malsain dans lequel, hélas, il excellait.
il commença son activité favorite : le sapage de moral :
- Je suis ravi de te revoir, guerrière céleste. Quel est ton nom cette fois ?
Cela marcha. La Capitaine put voir la jeune femme écarquiller les yeux, stupéfaite :
- Me « revoir » ? Mais de quoi parles-tu ?
Ils avaient employé le tutoiement, spontanément. Ce tutoiement qui témoignait d'une vieille intimité, une relation bien au-delà de l'affrontement armé.
- Mais de nos précédentes rencontres, voyons. Parce que… tu ne t'en souviens plus ? Tsss… je suis presque vexé. Mais il est vrai que ta mémoire te fait défaut, n'est-ce pas ?
La jeune femme ne répondit pas tout de suite. Elle serra les dents avant de parler :
- Ainsi donc tu me surveilles depuis ta cachette, minable enfoiré?
Aïzen ne releva pas la pique grossière. Il se contenta de sourire.
Ce sourire, la Capitaine de la seconde division Soï Fon n'avait qu'une envie : le faire ravaler à son propriétaire malfaisant. Elle nota que les arceaux d'argent qui enserraient les biceps de Kei étaient apparus. Selon ses informations, la tenue noire et argent devrait suivre. Puis les prunelles sombres disparaitraient et ce pseudo combat changerait d'orientation. Vite. Sinon, ce serait elle qui s'en chargerait.
Aïzen cependant en rajoutait une couche :
- Ne me dis pas que tu n'as pas le plus petit souvenir de nos précédentes rencontres ? Ceci dit, je peux comprendre : cinq cent ans scellée sur terre, il est normal de ne plus avoir toute sa tête…
Hoshi fendit l'air encore une fois, frémissante, manquant de peu le sommet du crâne de sa cible. Aïzen évita le coup, presque nonchalamment, puis continua de jouer avec son ennemie, comme un chat monstrueux devant une souris paniquée. Hitsugaya se dit que, si jamais la jeune femme échouait, il passerait à l'attaque le premier pour faire ravaler ses paroles à cet homme si haï des personnes présentes :
- Peu importe le nombre de mensonges que tu peux proférer, je ne te laisserai pas faire, affirma la jeune fille d'un ton plus ferme qu'Hitsugaya l'aurait pensé.
- Mensonges ? Pourquoi veux-tu que je mente ? Crois-tu que j'ai besoin de m'abaisser à ce point ? Tu te surestimes, Envoyée Céleste.
- Je ne vois que ça, répliqua-t-elle du tac au tac. De ta part, rien ne m'étonne.
Aïzen sourit et le Capitaine Hitsugaya put voir ses yeux se plisser lorsqu'il ajouta:
- Et bien, et bien… on dirait que tu te souviens, ne serait-ce qu'un peu ? Tant mieux, ceci dit en ce qui me concerne, c'est l'utilisation du hôgyoku qui m'a permis de me souvenir de toi. Et de tout le reste nous concernant. Ce qui ne manque pas de sel, tu ne trouves pas ?
- Nous n'avons aucun passé commun. Malgré ma mémoire défaillante, si j'avais déjà rencontré une pourriture telle que toi, je suis sûre que je m'en souviendrais, cracha-t-elle.
- Et pourtant, sourit l'homme en face d'elle, nous avons un long passé commun, ma toute belle. Un passé très… Intense.
- Je ne te crois pas !
Le cri de Kei fit légèrement sursauter Renji. Puis il eut un sourire mauvais lorsque Kei disparut soudainement avant de réapparaitre une dizaine de mètres plus loin. Maîtrisait-elle enfin le déplacement dans l'instant ? Il faudrait songer à le lui demander … et un battement de cils plus tard, Aïzen avait rejoint son adversaire.
Mais contrairement à Renji, il ne savait pas ce qui allait se passer. Et lorsque le Kidô gigantesque frappa de plein fouet l'ancien Capitaine en creusant un véritable gouffre derrière lui, Renji en aurait presque applaudi.
Mais hélas, lorsque le nuage de poussière que l'attaque d'énergie avait engendré se dispersa, chacun put voir que leur ennemi avait érigé un mur similaire au bouclier lumineux de la guerrière. Il avait essuyé cette attaque foudroyante sans même une égratignure. Et il leva à son tour une main, paume tournée vers la jeune femme.
Avant même que Renji put lui crier de se méfier, un éclair tout aussi puissant, tout aussi aveuglant, inonda celle qui représentait leur unique salut. Le fait que le bouclier de Kei soit toujours dressé indiquait à Renji et aux autres qu'elle était encore en vie. Mais dans quel état ?
Renji longea le mur lumineux. Il cria le nom de son amie. Une fois. Puis une autre. Elle était toujours invisible. Aïzen se tourna légèrement par-dessus son épaule dans la direction du nouveau Capitaine. Tous purent voir son sourire amusé et méprisant.
- Que de sollicitude de la part des shinigamis, Envoyée Céleste… Ou plutôt « Kei » devrais-je dire ? C'est bien le nom que vient de beugler si élégamment le nouveau Capitaine de la cinquième division ? C'est donc ainsi que tu te nommes ? Humm, un peu commun, tu ne trouves pas, « Grâce » ? Tu m'as habitué à mieux.
La jeune femme réapparut enfin. Les habits déchirés au niveau de ses avant- bras, une estafilade sanglante zébrant son abdomen, les cheveux couverts de poussière. Mais entière. Vivante. Et toujours vindicative.
Renji soupira. Il aurait volontiers donné ses deux bras afin de la rejoindre, l'épauler pour claquer définitivement son beignet à l'autre abject, là. Et les autres Capitaines aussi, il pouvait le sentir… Un en particulier.
Il ne se retourna pas lorsqu'il sentit la pression spirituelle du Capitaine de la sixième division se modifier légèrement. Tout comme Renji, Byakuya ne savait pas si elle était capable de faire face à l'adversaire le plus puissant qu'ils aient jamais rencontré.
Byakuya se reprit. Et redevint maitre de son attitude. L'heure n'était pas au laisser-aller, loin de là.
Car pour l'heure, même si le combat en était à ses prémices, c'était de mort dont il s'agissait. La seule issue possible. Il en était parfaitement conscient. Et il n'était pas certain que l'Envoyée Céleste l'emporte. Aïzen jouait avec elle alors qu'elle épuisait doucement ses forces dans des attaques vaines. Elle ne tiendrait pas longtemps.
Il voulait, il devait lui venir en aide. Mais la barrière lumineuse qu'elle avait érigée redressée avait la solidité que seul le rempart d'une guerrière céleste pouvait avoir. Il était indestructible. Cela ne servait à rien.
Il finit par poser une main sur l'épaule de Renji. Le jeune homme dépité se retourna, lui adressa un bref regard qui traduisait également ses propres craintes, son propre dépit. Ils étaient d'impuissants spectateurs. Ils ne pouvaient qu'assister à la mise à mort de la jeune femme.
Byakuya pria de toutes ses forces la Déesse. Sa guerrière était redoutable, elle était une arme dévastatrice en puissance, même si elle n'en avait pas encore pleinement conscience. Elle pouvait mettre Aïzen hors d'état de nuire une bonne fois pour toutes, les sauver définitivement de cette menace si effrayante.
A condition quelle se ressaisisse… Maintenant.
Hello vous tous! Mortifiée? Honteuse de vous avoir laissé sans nouvelles si longtemps? Non, je suis encore plus que ça... Mais cette fois, c'est pas de ma faute, hein. Il y a près d'un mois que j'ai demandé à ma méchante betâ qui est soit-disant super débordée par son boulot de me corriger ce chapitre! Je la charge totalement, comme ça vous vous en prendrez à elle, et toc. ^^ Sinon, merci merci merci merci à tous ces gentils lecteurs qui me laissent de très gentilles reviews afin de m'encourager! (Ben () si tu passe par là, vui, c'est bien de toi dont je parle ^^) Et que même, il va vous falloir bosser un peu et me laisser vos impressions à nouveau, car le prochain chapitre est une tannée pour moi, à savoir la description de combats... et vui, rien que pour vous. Et cette fois, je mettrais pas six mois à le rajouter, promis!
A très bientôt, et hop, direction la section "review"! ^^
Hagaren
