HEY ! Voici le chapitre 25, je ne pense pas que ce soit le plus intéressant, c'est plus un chapitre de transition.

On devait parler ensemble de la parution des chapitres suivants : il y aura 30 chapitres au total et comme vous en doutez, les derniers sont les plus durs à écrire. Il m'en reste deux à écrire totalement donc je ne pourrais pas assurer un rythme régulier. Vous connaîtrez donc la date de sortie du chapitre suivant à CHAQUE PARUTION. Pas de calendrier fixe.

L'image de l'histoire est la pochette dessinée par Ace dans la fin et en collaboration avec Toshiro-Hitsugaya222 IRL ! Cent fois merci à elle !

! L'image uploader ne marchait pas au moment de la publi, j'essaierai ultérieurement, si vous voulez la voir envoyez moi un MP et je vous la transmettrais !

Le chapitre 26 sortira le 3 juillet.

Bonne lecture :D Bye.


Trafalgar Law somnolait sur son canapé, légèrement assommé par ses médicaments quotidiens.

Il pensait à son arrivé à Chicago. Si proche et pourtant si lointaine.

Le lac Michigan semble aussi grand que la mer d'Irlande, sauf que Chicago est beaucoup moins pourri que Liverpool. Je secoue la tête, interdiction de pensé à l'Angleterre à partir d'aujourd'hui. N'empêche cette ville est énorme et je me sens comme un minuscule point noir au milieu de cette agitation, j'espère y trouver ma place.

Le retour à la maison n'est pas permis.

Je quitte les eaux paisibles du lac pour l'agitation du centre-ville. Je n'ai parlé à personne, j'ai pas d'endroit où crécher et demain c'est le début des cours à la fac de médecine. Je n'ai même pas que quoi m'acheter un paquet de clope et Dieu seul sait combien j'en ai envie.

Ca ou bien pire encore.

La taille de ces immeubles est démentielle, jamais je n'aurais cru ne plus voir le ciel au-dessus de ma tête mais là c'est à peine si je vois un bout de cette toile noire. Des lumières stroboscopiques dans tous les sens, la foule du samedi après-midi et une joyeuse agitation.

Liverpool, à cette heure-ci, c'est un vrai coupe-gorge.

Ne pense pas à ça, crétin.

J'ai pas une thune pour manger un bout alors je décide de sortir ma guitare abîmée et de m'asseoir sur un bout de trottoir. C'est tout ce que j'ai emmené avec moi.

Chicago, c'est la ville du blues alors les gens seront forcément sensible à un peu de guitare folk. Je n'ai même pas une casquette ou une tasse pour faire la manche, alors je laisse mon étui ouvert, espérant récolter la petite monnaie qui alourdit les porte-monnaie.

Je commence à jouer et même si je n'avais pas beaucoup d'espoir en venant ici, je ne pensais pas faire la manche dès le premier soir. Des mamies ou des mamans murmurent en me voyant, ouais j'ai pas vingt ans et je fais la manche.

J'l'ai pas choisi.

Mes talents de guitariste rameutent de plus en plus de personne et je crois que j'vais pouvoir me payer un bon Mc Do. Les passants applaudissent quand je termine une impro alors je souris et fais une courbette avant de poursuivre. Je ne peux m'empêcher de penser que c'est de bon augure pour la suite.

J'aperçois un gars avec des cheveux étrange et un café chaud à la main, il est là depuis une bonne heure, adossé au lampadaire. Sa tête bouge toujours en rythme et parfois ses pieds partent dans tous les sens en faisant des claquettes. Il me dévisage carrément et ça m'énerve, j'ai l'impression qu'il me regarde comme un macaque dans un zoo.

Alors je lui fais un doigt et ça le fait marrer.

Pas si con, finalement.

- Qu'est-ce qui se passe ici ?

Je tourne la tête pour voir deux flics en habits de lumière. J'arrête ma musique rapidement en voyant qu'il me regarde bizarrement. C'est pas autorisé ce genre de chose :

- Qu'est-ce que tu fais ici, gamin ?

- Juste un peu de musique.

Il fronce les sourcils.

- J'peux voir ta carte d'identité ?

Je maudis ma peau mate et mon putain accent. Délit de faciès à la con.

Je ne bouge pas alors que le poulet s'impatiente, je calcule mes chances. Il est bien portant et si je pars maintenant, je peux m'en sortir.

- Alors !

Je lui souris et me rue vers mon étui grand ouvert. Je l'attrape d'une main et détale comme un lapin au milieu de ces rues inconnues et étranges. Ils me crient de m'arrêter en brandissant leur matraque mais grâce à mes longues jambes, je les distances facilement.

Je m'arrête dans l'obscurité d'une rue insalubre et tente de me calmer. C'est pas bon pour moi, les sprints comme ça. Mon cœur bat dans tous les sens et j'halète bruyamment pour reprendre mes esprits.

Je me retourne en sentant une main sur mon épaule.

- Tu veux quoi, toi ?

- Rien, pourquoi ?

- Alors dégage, tu fais fuir la clientèle et tu attires les piafs.

Devant moi, un mec défiguré par une vie de paria et l'abus de substance plus ou moins propre. Ses yeux ont perdus leur couleur, sa peau est grise et ses dents noires. Il porte des vêtements rapiécés :

- C'est une jolie gratte que t'as là, dit-il soudainement.

- … Merci.

- Fais voir, une fois.

J'hésite, ce mec est louche.

- Allez n'aie pas peur, j'suis juste un peu pommé, pas méchant.

Je hausse les épaules et lui tends mon bien le plus précieux. Ma première guitare, celle que mon père m'a achetée quand j'avais six ans. Cet instrument qui était plus grand que moi à l'époque et qui m'a donné envie de grandir juste pour pouvoir y jouer.

- Elle a pris un sacré coup, remarque-t-il en passant sa main sur la trace noire qui couvrait la moitié du corps.

- Incendie

- On pourrait quand même en tirer un sacré paquet de fric.

- Rends-là moi.

- Attends, on fait soixante-quarante.

- Rends-là moi, crétin !

- Oh là du calme ! Je ne fais que r'garder.

- Donne-là moi, où ça va mal tourner.

Je mets une mandale au type louche et il fait tomber ma guitare sur le sol, je la récupère et la range rapidement dans son étui. Il sourit en passant sa main sur sa joue rougie :

- T'aurais pas dû faire ça, mon pote.

Il siffle et un deuxième homme sort de l'ombre. Un colosse. Je veux m'enfuir mais il m'attrape le bras et puis je sens une première douleur dans le ventre, puis plus rien.

Quand j'ouvre les yeux, j'suis piteusement allongé entre deux bennes à ordures. J'ai mal partout, chaque millimètre de mon corps hurle de douleur. Je sens un goût ferrique dans ma bouche et un filet sec sur ma joue.

L'herbe est-elle plus verte de l'autre côté de la barrière ? Pour l'instant, elle a juste l'odeur du soufre.

Je me redresse et ouvre mon étui. Ma guitare est toujours là, intacte. Je la sors et la pose contre mon cœur, comme une vieille amie. Il ne reste que quelques misérables centimes au fond de la caisse.

Quelle idée de venir à Chicago fin février.

Il ouvrit les yeux d'un coup et se leva doucement de son canapé. Sous ses fenêtres, toujours le même barda.

Il en avait vu des fans amoureux devant ses fenêtres, mais là, ça dépassait l'entendement. Le parking de son immeuble et la rue adjacente faisaient office de chapelle ardente où on entassait des bougies vacillantes, des dessins, des mots, des photos et où des centaines de gens étaient rassemblés.

Un peu lassé par toute cette agitation depuis son apparition télé, il alluma la télé et zappa sur la chaine people :

Nous sommes actuellement devant le domicile de Trafalgar Law où tous les fans du groupe The Supernovas se sont réunis pour rendre un dernier hommage à Eustass Kidd, mort il y a deux mois de ça, dans un terrible accident de voiture. Les fans ont déposé de lettres, des fleurs ainsi que des cierges pour témoigner au chanteur leur soutien. Ce rassemblement intervient également à la suite du passage télé de Trafalgar Law hier soir. Celui-ci a fait son coming-out devant des millions de téléspectateurs et la plupart des fans du groupe réunis ici soutiennent sa décision et souligne son incroyable courage.

Ecoutez le témoignage de cette fan de la première heure :

- Sérieux, on s'en fout qu'il soit gay … J'espère juste qu'il va bientôt revenir avec des nouveaux titres parce que le manque laisser par The Supernovas va être hyper dur à combler ! Ce ne sera jamais plus pareil mais … on t'aime Traf ! Reviens-nous vite !

Les fans ont chanté le titre le plus célèbre du groupe « Rape The Death » où le feu batteur Eustass Kidd y tenait un rôle important.

Une chanson au goût bien amer aujourd'hui.

Il éteignit la télé et regagna la cuisine pour se servir un café avec une rasade de schnaps. Il fixa son ordinateur, toujours allumé :

Encore un gay de plus, c'est vraiment une épidémie.

Putain, je les adorais, maintenant il me dégoute.

Jewelry est tellement naze au lit qu'elle a converti Traf au zizi.

Finalement c'est bien qu'ils se séparent, un rockeur gay, ça la fout mal.

Traf, il s'est pris pour Freddy Mercury mdr.

Le pire c'est qu'il se tape un gamin, je crois.

J'suis sûr qu'il a dit qu'il était gay pour faire le buzz

J'savais que c'était une tapette, il chante comme une tarlouze

Trafalgar rabattit furieusement l'écran de son ordinateur portable.

On ne peut pas plaire à tout le monde, il en était conscient mais les limites venaient d'être clairement dépassées. Un sentiment de dégoût lui prit l'estomac quand il relut encore et encore ses phrases. Trafalgar soupira en détournant son regard de l'écran.

Il était seul chez lui, le tic-tac de l'horloge troublait le silence ainsi que les cris des gens en bas de chez lui. Il ferma les yeux et soupira en se demandant si Kidd aurait approuvé tout ça, sa décision d'arrêter le groupe, de parler de chose intime au monde.

- J'aimerais tellement que tu sois là, murmura-t-il.

Kidd aurait sûrement fait taire ces imbéciles qui jugent sans savoir, qu'importe les conséquences. Trafalgar n'était pas assez fort pour envoyer chier ces détracteurs pour le moment, il se sentait aussi vulnérable qu'un oisillon.

- C'est moi, fit une voix enjouée depuis l'entrée.

- T'as réussi à entrer ? S'étonna le chanteur.

- Ouais, mais c'était coton !

Portgas D. Ace entra dans la cuisine en retirant son chapeau et sa veste. Trafalgar lui sourit un brin timidement, encore un peu dérouté par ce qu'il venait de lire. Ace sourit et fit le tour de la table pour déposer un long baiser sur les lèvres du chanteur. Trafalgar ferma les yeux et prolongea immédiatement ce contact alors qu'Ace souriait encore plus contre ses lèvres, heureux de cette passion inhabituelle.

- Qu'est-ce que tu faisais ? demanda le jeune homme.

- Je trainais sur le net.

Ace fronça les sourcils et leva l'écran du PC portable. La page Twitter du chanteur apparut alors ainsi que tous les commentaires haineux. Ace en lut quelques un et écarquilla les yeux devant les mots qu'il avait bien du mal à croire :

- Traf …

- C'est rien.

- Non c'est pas rien, merde ! C'est grave !

- … Laisse tomber, soupira-t-il en l'enlaçant.

Le jeune homme savait combien ça faisait mal de se faire rejeter et humilier à cause de ses préférences sexuelles mais pour le chanteur tout cela prenait une autre dimension puisque le monde entier était au courant et qu'il ne pouvait raisonnablement pas lutter contre tous les gens qui croyaient encore que l'homosexualité était une maladie contagieuse.

- Ne les écoute pas, susurra Ace en embrassant sa nuque. Tu es un type génial et je t'aime.

Le chanteur plaça alors ses bras dans le dos et serra un peu plus fort son compagnon contre lui. Il ne lui dira jamais mais il le pensait si fort qu'il espérait qu'Ace l'entende : il avait irrémédiablement besoin de lui, de sa joie de vivre, de sa présence, ses attentions et son amour.

- Moi aussi, j't'aime. T'es prêt pour tes exams ?

- Bof, j'ai révisé rapidement. Heureusement que je ne passe que la moitié des matières.

- J'pourrais te faire réviser.

- Toi ? Pourquoi …

- J'ai fait quelques années de médecine avant de devenir un chanteur sans cervelle, je te rappelle.

- Eh bien, miraculeusement, j'ai eu plus que la moyenne en science l'année dernière donc je n'ai pas besoin de le repasser cette année, sourit Ace.

- Et quand auras-tu finis tout ça ?

- Les examens commencent demain, lundi et se terminent jeudi. Puis une semaine de correction et le vendredi suivant remise de diplôme et le bal de promo, mais je ne compte pas y aller.

- Pourquoi ? T'as pas de cavalière ?

- Très drôle, vraiment.

- Que dirais-tu, si à la place de ton bal de fin d'année, je te propose un voyage à Londres, uniquement toi et moi.

- Sérieusement ?

- J'ai quelques affaires à régler là-bas et j'ai pensé que ce serait l'occasion de se retrouver, seuls.

- Ca mérite réflexion, commença Ace avec une moue boudeuse. Si tu m'avais proposé les Bahamas, j'aurais dit oui tout de suite mais Londres, la pluie, le froid …

- T'es vraiment un sale gosse, ricana Trafalgar.

- Evidemment que j'accepte, chuchota-t-il avant de déposer un baiser sur ses lèvres. J'espère qu'il y aura un jacuzzi, je vais sûrement mourir de froid en Angleterre.

- T'en fais pas, je veillerais au grain.

- J'espère bien.

Le téléphone d'Ace sonna sur la table de la cuisine et le jeune homme l'attrapa rapidement avant que Trafalgar ne pose ses yeux dessus. Il le fit taire dans un geste peu assuré :

- T'as des ennuis ou quoi ? demanda Trafalgar en haussant un sourcil.

- P-pas du tout !

- Tu ne veux pas m'en parler, c'est ça ?

Ace aimerait tellement lui dire, qu'il y a deux mois de ça, il était tellement désespéré et malheureux qu'il s'est saoulé et qu'il l'a trompé avec Marco. Que depuis ce jour il porte le poids de ce secret, que ça le ronge, que ça le tue et que quand il voit ce qu'ils sont devenu, il ne peut raisonnablement pas perdre tout ça.

Les yeux du chanteur ne le lâchaient pas, il n'était pas idiot, bientôt il comprendra.

- Je n'ai pas de problème.

- J'en ai fait des conneries dans ma vie, alors qu'importe ce que tu as fait, je peux tout entendre et tout comprendre.

- T'en fais pas, je vais très bien.

- Bon.

- Au fait, je t'ais toujours pas montré la pochette !

- C'est vrai, tu l'as ici ?

- Oui, ne bouge pas !

Ace quitta la cuisine avec enthousiasme mais une fois à l'abri du regard incisif du chanteur, soupira gravement. Il regarda son portable, pour voir l'appel manqué de Marco, une douleur sourde monta depuis ses entrailles jusqu'à son cœur, il se sentait compresser de l'intérieur, prêt à vomir sa culpabilité à chaque instant. Il entra dans la salle de bain pour ne pas croiser inopinément le chanteur alors que les larmes lui montaient aux yeux.

C'était bien lui dans le miroir, ses cheveux étaient juste plus long, pourtant il voyait les traces de Marco sur son visage, le défigurant. Ses yeux étaient rougis alors il se passa un peu d'eau sur le visage pour retirer toutes marques. Il s'essuya le visage, espérant trouver un autre homme en face de lui, mais il ne voyait que le même visage fatigué.

Il sortit de la salle de bain et retourna dans la cuisine après avoir récupérer sa clé usb. Trafalgar n'avait pas bougé, il regardait cette jolie journée de printemps à travers la fenêtre à défaut de pouvoir sortir librement, devant lui ses petites pilules multicolores.

- Je te montre ? lança Ace.

- Avec plaisir.

Ace s'installa sur ses genoux sans que le chanteur ne bronche outre mesure. Il ferma la page web et tomba sur l'agenda du chanteur, en fond d'écran :

- T'as rendez-vous chez le médecin, demain ?

- Oui, le cardiologue. Visite de contrôle, depuis l'accident je suis beaucoup plus fatigué.

- A cause de ton cœur ?

- Et surtout de la place qui tu y prends. Allez montre-moi ton œuvre d'art, Michel-Ange !

- Je ne peins pas encore des gamins à poils dans des églises mais qui sait, ce sera peut-être la prochaine étape !

- T'es prêt ? demanda Ace en ouvrant le dossier qui contenait son travail.

- Vas-y.

Ace hésita :

- J'suis hyper stressé, merde.

- Je suis sûr que je vais adorer, répondit-il en posant son menton sur son épaule.

- Ok … j'y vais.

Ace cliqua sur le fichier et son travail apparut sur l'écran. Trafalgar se releva d'un bond et Ace glissa son regard anxieux vers lui. Il ne disait rien depuis au moins trente secondes, soit une éternité pour Ace.

- Dis quelque chose !

- Mmm …

- Arrête de me faire marcher !

- Ok, ok. Le rendu global correspond assez à l'imagerie du groupe, c'est pas mal. Le regard de ce bon vieux Bepo est tout simplement terrifiant et puis le nom du groupe en rose, comme convenu …

- Bon, t'aime ou pas !

- C'est pas mal.

- Comme je connais ton manque d'enthousiasme général, je suppose que ça veut dire : "Ace, c'est la plus belle des choses que j'ai jamais vu" !

- A peu près, oui, sourit-il.

- Regarde, j'ai sélectionné quelques photos pour le livret.

Alors qu'Ace faisait défiler ses clichés prit depuis le dernier Noël, Trafalgar repensa à ses derniers mois passés en compagnie de Kidd alors que son visage apparaissait au fil des clichés. Le batteur ne faisait jamais la gueule, il avait toujours un petit sourire en coin, derrière sa batterie ou avec son verre de rhum à la main.

- Elles sont superbes, murmura-t-il dans un sourire mélancolique.

- Merci, j'ai pas beaucoup de mérite, l'appareil photo fait tout le boulot.

- Ne dis pas ça, tu as beaucoup de sensibilité

- Quand l'album va sortir ?

- Je ne sais pas, il faut que je vois avec Apoo pour la promo. On va mettre quelques affiches deux semaines avant. Il faut que je choisisse les titres et faire un peu de remixage en studio. J'espère pour le mois prochain.

- J'ai tellement hâte, sourit Ace en posant ses lèvres sur celles du chanteur.

Ils s'embrassèrent chastement, à la manière des vieux couples. Ace resta pendu à son cou et soupira dramatiquement :

- Je dois y aller …

- D'accord, bon courage pour demain. Je suis sûr que tu es capable d'avoir ce diplôme.

- Tu sais, parfois j'aimerais vraiment que tu me retiennes comme dans les films … mais merci, je vais faire de mon mieux.

Ace s'écarte de lui et récupéra ses affaires dans l'entrée. Le chanteur le rejoignit à pas de loup, les pieds nus sous son jeans noir :

- Pourquoi j'ai toujours l'impression que tu me mets à la porte ?

- C'est pour mieux te voir revenir, tu n'as pas encore compris.

- Je pourrais rester … plus de temps.

- Quel genre de temps ?

- … tout le temps, dit-il à mi mots.

- Allez files, Luffy doit t'attendre.

- T'as pas envie qu'on habite ensemble ? murmura Ace.

- Je crois que ce n'est pas le bon moment. Ça ne fait même pas un an, Ace.

- Un an ou mille … ça ne m'empêche pas d'être sûr que t'es l'homme de ma vie.

Il resta silencieux un moment, devant lui, Ace n'osait pas le regarder, réalisant doucement ce qu'il venait de dire. Il serrait fermement ses poings, sûrement pour se préparer à une énième déception.

Mais Trafalgar ne pouvait rien dire, alors il s'approcha de lui et Ace leva ses grands yeux humides vers lui, espérant trouver un peu de réconfort dans un sourire. Le chanteur l'entoura de ses bras et le plaqua fermement contre lui, bien plus fort que d'habitude. Le cœur d'Ace résonnait dans la poitrine de Trafalgar et celui du chanteur battait entre les épaules du jeune homme.

- Ne dis pas des choses comme ça, je t'en supplie.

- J't'aime, Traf.

- Moi aussi, andouille.

- J'devrais y aller, hein ?

- Oui.

- Tu viendras à la cérémonie des diplômes si je l'ai ?

- Ace …

- Tu sais, les autres seront là avec leur parents, leur famille. Ils prendront des photos souvenirs tous ensemble, se serreront dans les bras les uns des autres et moi … je me demande toujours ce que ça fait de prendre sa mère dans ses bras …

- Quand ma mère m'enlaçait, commença Trafalgar. Elle remettait toujours mes cheveux derrière mes oreilles avant de s'éloigner … comme ça.

Le chanteur passa sa main sur la joue d'Ace et remonta jusqu'à son oreille puis y coinça ses longs cheveux bruns et doux derrière. Le jeune homme le regardait avec intensité, les pupilles vibrantes :

- Et même si c'était un geste d'amour, je le détestais plus que tout au monde. Parce que ça voulait dire que je quittais ses bras, qu'elle s'éloignait de moi.

- C'est la première fois que je t'entends parler de tes parents.

- Parce que ce sont des choses que je ne veux pas à dire à n'importe qui. Même Jewelry ne connait pas ce détail.

- Traf … Il faut que j'te dise un truc important.

- Je t'écoute.

- … quand t'étais en tournée … je-j'ai fais quelque chose …

- Quoi donc ?

- Je-je …

Ace le bouffait des yeux, sûrement que cette agréable vision lui sera totalement interdite après les mots qu'il allait prononcer. Alors il le regardait, s'accrochant fermement à ses bras pour ne pas flancher, se noyant dans la beauté de ses yeux pour ne pas que les larmes coulent des siens. Il devait lui dire, le poids de ce secret l'écrasait plus que jamais. Même si allait le perdre, inexorablement.

Il allait le perdre.

Ace déglutit mais la sonnerie de son portable le coupa. Il le sortit rapidement de sa poche pour voir apparaître « Luffy » sur son écran :

- C'est Luffy …

- Réponds alors.

- Mais …

- Ne t'en fais pas, on a tout le temps de discuter. Réponds maintenant.

- Traf …

- Allez ! Sourit-il.

Il allait le perdre. Perdre cette incroyable lumière qui parvenait à briller malgré l'épaisse noirceur qui l'entourait constamment, perdre cet homme si fort et si fragile à la fois, perdre cette amour qui grandissait toujours un peu plus dans ses yeux.

Perdre sa raison de vivre.

- Allô, Lu' ?

- Qu'est-ce que tu fous ! Ça fait vingt minutes que je t'attends ! Je suis dehors tout seul !

- Hein ? Mais pourquoi ?

- Usopp et Sanji sont rentrés, le film est fini depuis une plombe ! Tu devais venir me chercher, au cinéma, tu te rappelles ?

- Ah oui … j'arrive tout de suite !

- Tu m'emmène au Mc Do pour te faire pardonner !

- Lu', il est 16h30.

- M'en fiche !

- Très bien … je suis là dans dix minutes, ne bouge pas.

Ace raccrocha avec soupirant, un brin amusé :

- Je dois vraiment y aller, sinon je vais dépenser plus de cent balles en burger et potatoes.

- N'oublie pas de préparer ta valise pour Londres.

.

Ace gara sa voiture devant le Baratie.

C'était son dernier jour.

Il voyait déjà les larmes de Makino et Zeff l'engueuler parce que selon lui : « un tu l'as vaut mieux deux tu l'auras »

Ce proverbe était sans doute vrai dans la plupart des cas, à part quand le « tu l'auras » se nomme Trafalgar Law.

- ACE ! J'arrive pas à croire que tu m'abandonnes ici, seule ! cria Makino alors qu'il entra dans le restaurant.

- Salut, Makino, répondit-il en rattrapant son amie.

- Pourquoi tu t'en vas ? Même si ton mec est millionnaire, c'est pas une raison ! Le Baratie … c'est comme une famille !

- Hey, calme-toi ! Je serais toujours dans le coin et je vais pouvoir enfin goûter la cuisine du vieux, rigola Ace.

- Qui tu traites de vieux, sale microbe.

La jambe de bois de Zeff résonna sur le parquet alors qu'il avançait vers lui, portant sa plus belle toque.

- Je suis venu dire au revoir, patron.

- Est-ce qu'à un moment, j'ai dit que tu partais ? Tonna-t-il.

- Mais ma lettre de démission, sur votre bureau !

- Je l'ai vue, ne t'en fais pas.

- Je ne comprends pas, fit Ace en fronçant les sourcils.

- Makino a raison, ici, on est comme une famille. Tu quittes le nid, certes, mais tu n'as pas intérêt à nous oublier, sale égoïste.

Ace regarda son vieux briscard de patron, la dureté dans ses yeux avait soudainement disparut. Il y voyait un peu de fierté et beaucoup d'émotion. Ace avait travaillé près de trois ans au Baratie et il ne pourrait jamais assez remercier Zeff pour l'avoir embauché alors qu'il n'était qu'un petit con de dix-huit ans.

Grâce à lui, il a pu offrir un toit à Luffy et s'occuper pleinement de lui. Grâce à lui, il a pu remplir son frigo tous les jours. Grâce à lui, il a rencontré l'amour.

- Merci, Zeff, pour tout ce que vous avez fait pour moi.

- N'oublie jamais d'où tu viens, comme ça tu seras toujours où aller.

En trois ans, Zeff ne lui avait que très peu montrer son affection alors Ace fut agréablement surpris quand il le serra dans ses bras. Ce n'était pas une simple étreinte, elle était chaleureuse.

Peut-être comme celle d'un père.

- Les gens que tu vas fréquenter ne sont pas les plus fiables, gamin. Alors n'hésite pas à passer cette porte, tu reprends ton tablier quand tu veux.

- Merci mais je crois que ça ne sera pas la peine.

- J'espère pour toi. Bon, Makino, tu ne traine pas trop, on a dix réservations pour ce soir.

- Oui, chef.

Zeff et sa jambe de bois disparurent dans la cuisine. Les autres cuistots passèrent aussi lui faire leur au revoir. Puis il ne resta que Makino et évidemment, elle pleurait :

- Arrête de pleurer, j'vais m'faire tabasser par Shanks sinon.

- Idiot, tu vas me manquer.

- Toi aussi, on était un duo de choc tous les deux.

- J'vais faire la misère à ton remplaçant, dit-elle d'un ton décidé.

- Ne sois pas méchante, ça ne te ressemble pas, rigola-t-il.

- Tu es sûr de toi ?

- Absolument.

- Tout ce que je pourrai dire n'y changera rien.

- Tout à fait.

- Je voulais en être certaine.

Ace enlaçant vigoureusement sa collègue. Bien sûr qu'il était sûr de partir, sa démission, la fin du lycée, tout cela marquait la fin de sa vie minable et douloureuse. Bientôt il en commencera une nouvelle, palpitante et heureuse avec Trafalgar.

Il en était convaincu même si une alarme retentissait constamment dans un coin de sa tête.

.

« J'ai eu mon diplôme. »

Message envoyé.

Ace leva la tête pour voir les effusions de joie autour de lui, des filles pleuraient dans les bras de leur copine, les mecs étaient presque dans le même état et les parents regardaient leur progéniture avec plein de fierté.

Quant à lui, la seule personne avec qui il voulait partager ça ne pouvait pas se déplacer sous peine de provoquer une émeute et envoyer des dizaines de filles à l'hosto.

Son téléphone vibra entre ses mains, le ramenant à la réalité, il répondit immédiatement à l'appel :

- Champagne ?

- Je t'attends.

- Bon, c'est quoi tes résultats ?

- B en art plastique, C+ en math et puis … A- en littérature !

- A- ? Je croyais que tu détestais cette matière.

- C'était Hamlet de Shakespeare.

- Tu vois que je t'ai aidé à réviser, rigola-t-il.

- Viens, s'il te plaît.

- Ace …

- J'ai rien en-dessous de ma toge …

- On en a déjà parlé.

- Ok, ok, je dois te laisser, le majeur de promo va faire un discours hyper motivant sur notre super avenir et le piège des confréries à la fac.

- Tu viens direct après, j'ai déjà sorti les flûtes.

- A toute à l'heure.

Ace raccrocha et prit place à côté de Thatch qui regarda les effusions de joie autour de lui avec bienveillance :

- Le lycée est terminé, soupira-t-il.

- Ouais bah moi, j'suis bien content !

- Moi aussi, mais je suis un peu triste quand même.

- Attends, tu vas avoir un boulot d'enfer et tu vas être père, c'est énorme. D'ailleurs comment-elle va ?

- Elle mange pour quatre, elle me hurle dessus et pleure devant des chaussettes pour bébé … mais j'l'aime.

- Vous avez déjà pensez au parrain-marraine ?

- Bah pour la marraine, j'pensais à toi …

- Merci, vraiment. C'est classe.

- Mais Jewel veut absolument que le parrain soit Law.

- Il est où le problème ?

- Vous deux parrain et marraine du même gosse ? Oh non, trop ingérable ! La prochaine fois, ce sera ton tour.

- Au fait, vous savez déjà le sexe ?

- Moi oui, elle ne voulait pas savoir.

- Et c'est quoi ? demanda Ace, excité.

- Une fille …

- Oh mec. T'es mort.

Ils furent coupés par le doyen qui entama son discours de fin d'année. Ace n'écoutait que d'une oreille, il n'avait qu'une envie : récupérer ce fichu bout de papier et filer chez Traf. Il croisa le regard de Smoker, Ace lui sourit simplement mais le CPE détourna les yeux en soupirant.

Les élèves s'enchainèrent sur l'estrade, offrant un sourire au doyen et une petite larme à leurs parents qui applaudissaient avec ferveur.

On appela enfin Ace qui se leva d'un bond et courut presque vers l'estrade. Il monta les quelques marches et prit son diplôme en souriant au doyen puis il se tourna vers la foule rassemblée.

Le soleil brillait fort et au loin, adossé à une Bentley noire et caché derrière des lunettes, il le vit tendre sa coupe de champagne vers lui.