PROMPT : Je suis vivant(e)


Depuis que Harry avait avoué le but de ses recherches - survivre à la prophétie - Hermione le couvait en permanence avec un regard inquiet. Et elle passait tout son temps avec lui, à la bibliothèque, l'aidant à chercher une solution. Ils ne se parlaient pas énormément, plongés dans les livres poussiéreux, qui n'avaient pas du être lus depuis des années.

Drago les rejoignait de temps à autres et il les aidait, sans un mot, sans un regard. Personne n'aurait pu se douter qu'ils collaboraient, puisqu'ils n'interagissaient pas, mais c'était pourtant le cas. Parfois Harry reposait les livres pour se frotter les yeux, fatigué, et regardait son amie et son ancien ennemi. Une vague de tendresse l'envahissait alors qu'il se rendait compte qu'il avait la chance d'avoir trouvé Hermione, puis Drago. Tous les deux étaient déterminés à le sauver, coûte que coûte.

Pourtant, certains jours, Harry se sentait étouffer. Le regard anxieux de Hermione pesait sur lui, et il se sentait oppressé. Le poids qui pesait sur son avenir devenait soudain de plomb, l'empêchant d'avancer, lui donnant l'envie de se rouler en boule dans son lit et de ne plus en sortir. Un de ces matins là, alors que Hermione lui jetait un autre regard soucieux, les sourcils froncés, il n'arriva plus à se maîtriser alors qu'ils étaient seuls, attendant le cours de potions.

- Hermione ! Je suis vivant pour l'instant ! Cesse de me regarder comme si j'allais m'effondrer d'un moment à l'autre.

La jeune fille rougit, avant de redresser la tête vexée et légèrement furieuse.

- Je suis juste inquiète quand je te vois avec des cernes aussi prononcés te promener comme un zombie ! Je suis inquiète parce que tu n'as plus goût à rien, pas même pour le Quiddich. Tu n'arrêtais pas de dire que tu te sentais libre quand tu volais et tu n'es pas monté sur ton balai depuis une éternité !

Harry baissa la tête, vaincu.

- C'est juste que… À quoi bon.

- Voilà Harry ! C'est pour ça que je suis inquiète à ton sujet !

La voix douce de Hermione fit monter les larmes aux yeux du jeune homme. Elle l'enlaça et il se laissa aller dans son étreinte.

Hermione nota l'arrivée de Drago, Pansy et Blaise. Elle échangea un regard avec Drago, qui malgré son impassibilité de façade, laissa entrevoir un court instant un regard préoccupé.

Pansy Parkinson savait à la perfection donner l'apparence d'une jeune sang-pur légèrement écervelée. Pourtant, elle était d'une finesse redoutable, et rien n'échappait à son regard aiguisé.

Elle profita donc du moment, où les protagonistes principaux d'un drame qui se jouait dans l'ombre étaient réunis selon elle.

- Bien… Il serait temps de s'expliquer sur ce qui se passe ici, non ?

Drago lui jeta un regard froid, mais la jeune fille nota une pointe d'incertitude au fond des yeux gris.

- Drago, mon chou… J'ai parfaitement noté ton intérêt pour Potter ici présent. Et tu échanges énormément de regards avec Miss-Je-Sais-Tout Granger !

Blaise hoqueta avant de sourire.

- C'est parce qu'il ne veut pas devenir Mangemort !

Pansy eut un geste dédaigneux.

- Personne ici ne le veut. Mais nous n'avons pas tous le luxe de pouvoir choisir !

Harry se dégagea brusquement de l'étreinte d'Hermione, ses yeux verts luisant d'un éclat presque fiévreux.

- Tu ne veux pas… Parkinson ? Tu ne veux pas rejoindre Voldemort ?

La jeune fille frémit, mais leva le menton décidée, plantant ses yeux clairs dans le regard du Survivant.

- Tu crois quoi Potter ? Que j'ai envie d'avoir le bras marqué, et de devenir un monstre assoiffé de sang ?

Ils se fixèrent un long moment, avant que Harry n'esquisse un sourire.

- Rejoins-nous dans ce cas.

- Ce n'est pas si simple.

- Ça l'est. Nous pouvons t'aider.

Pansy renifla d'un air dédaigneux.

- Stupide Gryffondor. Je ne suis pas majeure. Que crois-tu qu'il va se passer pour moi aux prochaines vacances ?

Ils se dévisagèrent jusqu'à ce que Drago intervienne avec un soupir fatigué.

- Suivez-moi. Tous.

Puis il entra dans le bureau de Severus Rogue, après avoir frappé.

A la grande surprise de Pansy et de Blaise - qui était resté un observateur muet tout le long de l'échange - Harry entra directement à la suite de Drago, sans la moindre crainte. Après une hésitation, Hermione suivit le mouvement, non sans avoir échangé un regard avec les deux Serpentard.

Une fois tous face au redoutable professeur de potions, celui-ci haussa un sourcil surpris.

- Et bien ? Quel est le problème ?

Ce ne fut pas Drago qui prit la parole, mais Harry.

- Monsieur, y'a t'il un moyen de permettre à des élèves de ne pas retourner chez leurs parents ?

- Et pour quelle raison, Monsieur Potter ?

- Pour ne pas prendre la Marque des ténèbres.

Un bref instant, le professeur de potions perdit son impassibilité légendaire au profit de la surprise. Mais il se reprit rapidement et plissa les yeux.

- Vraiment. Je suppose que cette demande vous concerne, Miss Parkinson. Monsieur Zabini.

Pansy semblait statufiée, alors que Blaise était plus détendu. Ce dernier répondit.

- Plus Pansy que moi-même. La famille Zabini s'est toujours vantée de sa neutralité. Je n'ai donc aucune obligation, surtout que ma mère est loin de partager les idées de… Vous-savez-qui.

- Et vous-même, Monsieur Zabini ? Quelle est votre position ?

- Si Potter pouvait nous… sortir de cette situation, j'en serais ravi.

- Bien. Miss Parkinson ?

Pansy hésita, mal à l'aise. Drago lui posa une main rassurante dans le dos, et lui murmura quelques mots à l'oreille. La jeune fille hocha la tête.

- Je ne souhaite pas suivre les idées de mes parents. Je ne veux pas être marquée.

Lorsque Harry prit la parole, Pansy le regarda, une lueur étrange dans le regard.

- Monsieur, n'est-il pas possible de faire quelque chose ? Il doit bien y avoir un moyen de l'aider, non ? Au moins pour les prochaines vacances qui arrivent, le temps de trouver une solution plus… efficace ?

Le professeur de potions soupira, en pensant que décidément, l'esprit Gryffondor était pénible avec sa manie de vouloir sauver tout le monde. Il avait volontairement occulté le fait que des élèves pourraient souhaiter un autre avenir que celui de leurs parents, mais ce fichu Potter semblait décidé à s'entourer d'alliés totalement improbables. Une petite voix lui souffla que c'était probablement pour ça qu'il admirait inconsciemment le gamin. Parce qu'il faisait ce que lui n'osait pas.

Vaincu il hocha la tête.

- Je vais envoyer un message aux Parkinson pour proposer un stage de… rattrapage en potions. Ils peuvent refuser, mais c'est le plus que je puisse faire. En attendant… Il me semble que nous avons cours d'ici quelques minutes, non ?

Le regard brillant de gratitude de Harry le suivit tout au long de la journée.