- Le plan, c'est Sara, décréta Michael, allongé dans son lit.
- Justement ! Elle est où la doc' ? demanda Sucre, de plus en plus inquiet. Je sais que tu l'as vue hier, alors pourquoi tu ne lui as pas pris la clé ? Tu en avais l'occasion pourtant !
- Excuse-moi, j'étais un peu trop inconscient à mon goût pour tenter quoi que ce soit. Et ensuite ça aurait été bien trop risqué de faire ça à ce moment-là ... murmura-t-il pour lui-même.
Sara n'avait pas été là de toute la journée, ce qui ne faisait qu'accroître l'inquiétude de Michael. Déjà plus de dix-huit heures et il avait appris par Katie qu'elle n'était pas bien ce matin. L'infirmière avait même employé le mot " bizarre ". Néanmoins, elle aurait dû revenir cette après-midi ... Elle avait quitté l'hôpital précipitamment dès qu'elle avait vu Bellick, ce qui peut se comprendre, mais elle aurait dû revenir !
Il avait besoin de la voir, de lui parler. Comment aurait-il le courage de lui prendre sa clé après ce qui c'était passé entre eux la nuit dernière ? A présent Michael se demandait ce qu'il devait faire. Il ne voulait en aucun cas blesser Sara, ni personne d'autre d'ailleurs. Mais une personne allait devoir souffrir pour sauver Lincoln ...
- Je ne veux pas dramatiser les choses, mais on dirait que quelqu'un va bientôt mourir : toi ! Oh mais sinon laisse tout comme ça si tu a l'intention de mourir en même temps que Le Déluge mais je ne te suis pas. Déjà que T-Bag a bien failli t'avoir hier ...
C'est vrai que sur ce coup, T-Bag avait fait fort ... Quoiqu'au moins, il avait pu être seul avec Sara, ce qui avait porté ses fruits. Il avait apprécié cette nuit avec elle. Il s'était réveillé aux alentours d'une heure et il l'avait admirée, endormie dans ses bras, ses cheveux aux reflets roux étalés sur son torse. Amusé, il avait remarqué qu'elle s'agitait au moindre contact de sa peau contre la sienne. Alors qu'il glissait un doigt de sa nuque à sa chute de reins, la jeune femme se tortillait et venait se presser encore un peu plus contre lui, à son plus grand contentement. Le réveil lui, avait été un peu plus difficile ...
Une fois Sara partie, Michael s'était retrouvé seul avec un Bellick pas très bavard, mais son regard en disait long sur son esprit pervers. Michael s'était mentalement juré que, s'il osait faire une remarque déplacée à Sara, ici ou à Fox River, il la lui ferait payer.
Le médecin était ensuite arrivé, prétextant un examen médical pour faire sortir le capitaine à la plus grande joie de Michael qui ne savait pas quoi dire ni comment agir. Il pouvait retourner à la prison l'après-midi-même, ce qui l'avait bien sûr enchanté. En échange de sa sortie, le médecin de la prison devrait s'occuper de vérifier sa blessure tous les jours pour éviter toute complication. Persuadé que Sara s'en chargerait, il n'avait soufflé mot et s'était allongé dans son lit en attendant l'heure de partir.
Avec les derniers événements, il aurait pensé qu'il aurait pu oublier ne serait-ce qu'un instant les autres tracas de sa vie, mais au contraire, sa peur se faisait tenace, comme un virus qui s'accroche malgré vous à votre organisme. L'heure fatidique approchait à grands pas, menaçant son frère de ce destin inéluctable.
Sucre ne parlait plus, laissant Michael à ses idées noires. Veronica avait promis de l'appeler s'il y avait du nouveau, la cause semblait désespérée. Il pensa un moment que tout cela n'avait servi à rien. Tous ces tatouages, son plan, l'évasion ainsi que tout le mal qu'il faisait autour de lui pour sauver Lincoln. Etait-il quelqu'un d'égoïste ? Sans doute, mais jamais Michael Scofield ne laisserait mourir une personne innocente.
Il porta une main à sa joue en sentant quelque chose d'humide le gêner. Une chose humaine qui exprime le mal, la douleur que l'on a au fond de soi, si difficile à exorciser. Une larme. D'autres suivirent silencieusement le chemin tout tracé de son visage et il ne chercha pas à les arrêter. Ses proches lui manquaient, sa famille, tout simplement. Une autre personne manquait à l'appel, et il sentit son cœur se serrer en fermant les yeux.
- Où es-tu Sara ?
- - -
Sara n'en revenait pas. Elle avait passé plusieurs heures à discuter avec Veronica et Nick, ceux-ci lui exposant toutes les preuves du dossier Burrows. L'homme avait tenté de la rassurer un peu malgré les paroles alarmantes qu'il prononçait.
Il se contredit, pensa-t-elle. Il me balance que les témoins qu'ils comptaient interroger ont été assassinés puis il me dit de ne pas m'inquiéter !
- Sara, intervint Veronica. Je vous avez dit que toute cette histoire était très complexe et imaginez ma détresse quand je me dois de la plaider. Mais Lincoln est innocent, il n'a tué personne !
- J'en suis encore plus convaincue qu'avant de venir ici, sourit-elle faiblement. Mais j'avoue aussi que cela me fait peur. Il faut comprendre que je ne suis pas habituée à tout ça, qu'avant que vous ne montriez ce dossier j'étais totalement ignorante de ces ... meurtres. Les journalistes n'en parlent pas.
- Evidemment, ils ne le savent pas ! se moqua Nick. Le Gouvernement s'arrange pour étouffer l'affaire. Tout ceci n'est qu'un vaste complot. Il leur fallait un coupable et voilà que Lincoln semble tomber du ciel. Sans amis, un frère à qui il ne parle plus depuis plusieurs années, une ex-femme et un fils qu'il ne voit que rarement ; la cible idéale ! Seulement, Veronica n'a pas voulu laisser tomber.
Il se tourna vers la jeune avocate aux yeux bleus.
- Je suis certain qu'il est fier de toi ... Tu t'es toujours battue et tu continues encore, même si apparemment on ne peut plus rien espérer. Quand tu es venue solliciter notre aide à Project Justice, j'ai vu au fond de toi que tu étais une femme déterminée et tu as réussi à me faire croire en l'innocence de Lincoln. C'est pour cette raison que je t'ai proposé mon aide, même en sachant que c'était dangereux.
- Nick ... lâcha Veronica avant d'essuyer une larme qui s'échappait malgré elle.
Emue par la scène qui se déroulait devant eux, Sara resta rêveuse en pensant qu'elle aussi voulait de belles paroles. Mais elle ne voulait les entendre que d'une personne. Au fait, il était rentré depuis le temps ! Quelle heure était-il ... Seize heures vingt ?!
- Oh merde ! souffla-t-elle en se levant, pressée. Je dois y aller, j'ai des examens à pratiquer cette après-midi et les détenus doivent m'attendre depuis un moment. Veronica, je peux vous rappeler ce soir ?
- Heu ... Oui, bien entendu. Je vais vous noter mon numéro ... dit-elle en griffonnant sur un morceau de papier. Désolée de vous avoir retenue si longtemps ...
- Non, ce n'est pas de votre faute. Nous étions absorbés dans le travail ! plaisanta la doctoresse. J'y vais, je suis vraiment en retard. Au revoir ! dit-elle en claquant la porte derrière elle.
Elle dévala les marches aussi vite que ses pieds le lui permettaient et chercha ses clés dans son sac une fois en bas de l'immeuble. C'était l'heure de pointe et il y avait un monde fou dans la rue, l'empêchant de se concentrer et de trouver son trousseau. Le dos appuyé contre sa voiture, elle entendit soudain une voix à travers la foule.
- Sara !
Soulagée, elle vit Veronica à quelques mètres d'elle, ses clés dans la main et lui souriant bêtement. Elle avait été si distraite ! Elle se mit à rire toute seule en voyant Veronica avancer dans sa direction et mit sa main devant ses yeux pour ne pas être éblouie.
Alors qu'elle riait l'instant avant, elle resta paralysée sur place en sentant une étrange piqûre dans son cou. Elle porta sa main à sa gorge et lorsqu'elle y posa les yeux, elle put y voir un liquide rouge sombre, coulant également sur son tee-shirt bleu clair. Sara eut le temps de lever son regard vers Veronica qui n'avançait plus, figée sur place. Le trousseau avait échoué au sol. Les gens hurlaient autour d'elle, ils se mettaient à courir dans tous les sens. Elle ne comprit pas ce qui se passait. La seule chose qu'elle vit, c'est la jeune femme aux cheveux de jais se précipiter vers elle. Sentant finalement ses jambes se dérober, Sara se laissa aspirer dans un trou noir dont elle ignorait si elle sortirait un jour ...
