(Chapitre Vingt-quatrième)

Deeply In Love


« Lily ! Prends Harry et va-t-en ! C est lui ! Va-t-en ! Cours ! Je vais le retenir ! » James Potter à Lily Potter - Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban


(Foule)


Le quai était bondé.

Une foule de parents et d'enfants s'agitait dans un brouhaha infernal, comme chaque premier septembre sur la voie 9 ¾. L'atmosphère propre au jour de rentrée scolaire, mêlant l'euphorie et l'impatience des plus jeunes au désenchantement dont faisaient preuve les plus vieux, contribuait à créer ce sentiment si particulier d'excitation. Rares étaient les élèves qui redoutaient leur retour à Poudlard. Pour tous, Poudlard était comme une deuxième maison, et pour certains, elle était même la seule.

Parmi cette foule dense, un jeune homme, grand, mince, aux cheveux en bataille, flanqué de ses deux parents et d'un frère d'emprunt. Il était difficile de distinguer qui que ce soit dans cette cohue indisciplinée, et pourtant, il ne lui avait pas fallu plus de cinq secondes pour que son regard noisette trouve de lui-même la silhouette de Lily Evans. Elle n'avait pas beaucoup changé depuis qu'il l'avait vue, un mois plus tôt, lorsqu'il avait débarqué chez elle sans prévenir, après avoir essayé de s'en empêcher pendant des jours. Mais une fois de plus, il avait laissé ses impulsions mécaniques prendre le dessus sur sa raison et avait transplanté dans le Devon, malgré les tentatives de son meilleur ami pour le convaincre de ne pas le faire. La Lily Evans qu'il avait vue là-bas lui avait retourné le cœur. Elle était encore plus cassée que ce qu'il avait imaginé. Il avait vu dans son regard émeraude tout le mal que l'entretien lui avait fait. Chaque fois qu'il y repensait, la colère le gagnait, et ses poings se fermaient instinctivement.

- C'est elle, n'est-ce pas ?

Harold Potter s'était discrètement penché vers son fils, de manière à ce que Sirius et sa femme ne l'entendent pas.

- Pardon ? S'étonna James en clignant des yeux.

- La fille pour qui tu ferais n'importe quoi. Celle pour qui tu as combattu le sortilège de l'imperium.

- Co-comment tu...

Les yeux écarquillés, James ne pouvait s'empêcher de regarder son père avec surprise. Puis, son regard glissa à nouveau vers Lily Evans, qui avait elle aussi les yeux braqués sur lui. Il poussa un long soupir, malgré le faible sourire qui dansait sur ses lèvres, avant de reporter son regard vers son père.

- Comment tu l'as deviné ? Et ne me dis pas que c'est dans ma manière de la regarder, grommela-t-il en levant les yeux au ciel.

Harold Potter laissa échapper un faible rire et secoua légèrement la tête. Son regard se posa sur son fils avec douceur, un éclat malicieux dans ses prunelles noisette.

- Non, ce n'est pas ce que j'allais dire. En fait, ça se voit à la manière dont elle, elle te regarde.

Malgré ses efforts, James ne put empêcher le rose de colorer ses joues, et il passa machinalement une main dans ses cheveux pour les ébouriffer, détournant le regard pour la première fois de sa vie.

- Tu dis n'importe quoi, grogna-t-il.

Harold Potter éclata de rire, attirant sur eux l'attention de Sirius et de sa femme. Cette dernière souriait avec fierté, mais son regard bleu pastel était étrangement embué. James fronça les sourcils, en souriant avec amusement.

- Maman, tu pleures ? Se moqua-t-il.

- Pas encore ! Protesta-t-elle en sortant un mouchoir.

Les trois hommes éclatèrent de rire, et Harold Potter passa un bras autour de la taille de sa femme.

- Riez tant que vous voulez, mais un jour, James, et toi aussi, Sirius, ajouta-t-elle en se tournant vers le grand brun aux yeux voilés, vous vous tiendrez sur ce quai, comme moi. Et vous verrez vos enfants partir, loin de vous, et…

- Je vous arrête tout de suite, Madame Potter, grimaça Sirius, ça n'arrivera jamais. Je n'aurai jamais d'enfants.

Sirius fut parcourut d'un frisson, et à côté de lui, James éclata de rire, tandis que sa mère fronçait les sourcils.

- Tu ne sais pas, peut-être qu'un jour tu trouveras…

- Non, non, non, coupa James sans se défausser de son sourire moqueur, il a raison. Franchement, tu l'imagines avec des enfants ? Il ne sait déjà pas s'occuper de lui… Et on ne peut pas dire que ce soit un modèle de perfection. Qu'est-ce qu'il pourrait bien apprendre à un enfant ? Non, ce serait catastrophique…

- C'est toi, qui dis ça ? Grommela sa mère. Regarde-moi ça, ta cravate est de travers, ta chemise n'est pas rentrée dans ton pantalon, et tes cheveux… tes cheveux, j'en parle même pas, dit-elle en levant les yeux au ciel. Au moins, Sirius, lui, est un beau jeune homme qui…

- Excuse-moi ? Je suis ton fils, protesta James en regardant sa mère avec un sourcil arqué.

- Sirius aussi.

Il sembla que le silence tomba sur l'ensemble du quai, et non uniquement sur eux.

Le sourire chaleureux que Madame Potter adressa alors à Sirius le fit se tendre. Les yeux légèrement écarquillés, il se tenait debout, immobile près de James. Il sentit la main de son meilleur ami se poser sur son épaule avec encouragement et ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais en fut incapable.

Sirius n'avait jamais très bien su comment exprimer ses sentiments. Plus mesuré que James, il laissait rarement ses émotions prendre le dessus, et n'ouvrait pas son cœur comme lui. Et cela, les Potter le savaient parfaitement. Emue par son silence, Madame Potter s'approcha de Sirius et le serra prudemment dans ses bras une chose qu'elle n'avait encore jamais faite. Sirius acceptait rarement les démonstrations d'affection, à moins qu'elles viennent des Maraudeurs, et elle fut touchée lorsqu'il répondit à son étreinte en enroulant ses bras autour d'elle, incertain sur la manière dont il devait s'y prendre.

Ça ne dura que quelques secondes à peine, mais ce fut suffisant pour sceller la promesse muette que James avait faite en accueillant Sirius chez lui un mois plus tôt.

Un silence embarrassé les enveloppa tous les quatre lorsque Madame Potter s'écarta du jeune homme, qui ne savait plus où poser le regard.

Ils demeurèrent silencieux un long moment, jusqu'à ce que le sifflement perçant de la locomotive ne les arrache à leurs pensées.

- Vous devriez vous dépêcher, les garçons, les prévint Monsieur Potter en portant son regard sur le train.

Les derniers retardataires embarquaient, abandonnant leurs parents sur le quai.

James serra brièvement ses deux parents dans ses bras avant de récupérer son énorme malle, suivi de Sirius.

- N'oubliez pas d'écrire !

- Oui, oui, fit James en agitant sa main.

Il entendit son père éclater de rire et sa mère soupirer

- Ils n'écriront pas, se résolut-elle.

- Aucune chance, répondit son père en l'embrassant sur la joue.

James et Sirius se dépêchèrent de monter dans le train, non sans adresser un dernier signe de la main à Monsieur et Madame Potter. Ils furent les derniers à bord, et aussitôt se furent-ils frayé un chemin jusqu'au dernier wagon dans lequel se retrouvaient toujours les Maraudeurs, que la locomotive siffla le départ.

Sirius ouvrit la porte du compartiment dans lequel étaient déjà installés Peter et Remus, suivi de James. Ils rangèrent leurs valises sur les étagères, et se laissèrent tomber sur chacune des banquettes.

Depuis que Sirius avait fui sa famille et trouvé refuge chez les Potter, ils n'avaient pas eu très souvent l'occasion de passer du temps tous les quatre. Ils s'étaient retrouvés le soir de la pleine lune, deux semaines plus tôt, mais n'avaient pas eu l'occasion de discuter vraiment de tout ce qu'il s'était passé. Et à vrai dire, il y avait peu de chances qu'ils le fassent un jour.

Ils savaient tous que les choses avaient changé, mais aucun d'eux n'osait aborder le sujet. Ils savaient que cela ferait plus de bien que de mal d'en parler.

Plongé dans un livre, Peter releva à peine la tête lorsque Sirius se laissa tomber à côté de lui. S'il semblait être celui qui avait le moins souffert de la situation ces derniers mois, il n'en était rien. Du jour au lendemain, la seule chose dans sa vie qui avait du sens s'était écroulée. Son amitié avec Remus, James, et Sirius avait toujours été la chose à laquelle il se raccrochait. Il avait toujours cru que leur amitié était inébranlable, que rien ni personne ne pouvait se mettre entre eux. Et pourtant, il avait suffi de trois fois rien pour que tout s'effondre. Pour que les Maraudeurs n'existent plus. Pendant plus de quatre mois qui lui avaient paru durer une éternité, il s'était senti seul et abandonné, parce que sans ses amis, Peter Pettigrow n'était rien. Il était une ombre. Un fantôme. Un souvenir.

Il était heureux que les choses se soient finalement arrangées. Que Sirius ait eu le cran de s'excuser vraiment, de porter sa culpabilité avec dignité, et que James l'ait pardonné. Lorsqu'ils s'étaient retrouvés tous les quatre pour la première fois depuis des mois, affrontant la pleine lune comme ils le faisaient depuis longtemps, il avait eu l'impression que le poids qui pesait sur sa poitrine pendant tout ce temps s'était soudain envolé. Et il avait pu respirer à nouveau. Sourire à nouveau.

Mais malgré tout, ça ne changeait pas le fait que jamais plus les choses ne seraient comme avant. Et ça, c'était plus dur encore à accepter pour le jeune garçon, qui avait toujours auparavant trouvé du réconfort dans la stabilité et l'inconditionnalité de son amitié avec les trois garçons qu'ils considéraient comme ses frères.

- Peter, on fait une partie ?

Le jeune homme interpellé releva la tête vers Sirius, qui tenait un jeu de cartes explosives et l'agitait avec un sourire extatique.

Malgré lui, Peter sentit un sourire étirer ses lèvres. Il pouvait voir que Sirius n'était plus exactement le même. Il y avait quelque chose d'irrémédiablement cassé dans son regard, comme s'il ne serait jamais capable d'enterrer sa culpabilité, mais ses efforts pour réparer ses erreurs et faire en sorte que les choses redeviennent comme elles étaient suffirent à Peter.

- Pourquoi pas, finit-il par dire en refermant son livre. Mais ne viens pas te plaindre quand je t'aurai fait cramer la moitié du visage.

- Dans tes rêves, je me suis entraîné tout l'été.

Peter en douta, au vu de ce que Sirius avait réellement vécu cet été, mais ne contredit pas son ami.

- Prépare-toi à perdre, ajouta ce dernier en distribuant les cartes.

Sirius s'arrêta brusquement et arqua un sourcil en direction de James.

- Tu n'étais pas censé rejoindre le compartiment des préfets ?

James se redressa nerveusement et lança un regard paniqué en direction de Remus, qui releva la tête de son livre avec un sourire amusé.

- Quoi ? Je ne vais pas te prendre par la main, quand même.

- Tu avais promis de m'accompagner, protesta James, qui avait brutalement pâli.

Sirius s'esclaffa, ce qui lui valut un regard noir de la part de son meilleur ami. Peter avait lui aussi bien du mal à contenir son rire, et Remus levait les yeux au ciel avec lassitude – bien qu'un petit éclat moqueur dans son regard trahissait son amusement.

- Si tu lui avais tout simplement envoyé une lettre pour lui dire, on n'en serait pas là.

- Ou débarquer chez elle à l'improviste… Après tout, c'est ton truc ça, non ?

James envoyant une boite vide de Chocogrenouille au visage de Sirius, mais celui-ci l'esquiva avec nonchalance.

- Elle va probablement me tuer, grommela James en plaquant ses deux mains sur son visage avec défaitisme.

Remus soupira et sauta sur ses jambes après avoir posé son livre sur la banquette.

- Allez, Gryffondor, se moqua-t-il.

(Préfet-en-Chef)


Lily abandonna ses amies peu après le départ du train pour se rendre dans le premier compartiment, à l'avant du train, aménagé pour faire office de bureau des Préfets pendant le voyage. Lorsqu'elle atteignit le compartiment, elle fut surprise de voir qu'elle était la première arrivée. Après un bref coup d'œil à la montre qu'elle portait autour du coup, elle réalisa qu'elle était effectivement un peu en avance, et alla s'asseoir autour de la table ovale, près de la fenêtre.

Elle inspira profondément et laissa retomber sa tête sur le dossier de sa chaise en fermant les yeux. Elle était incroyablement tendue, et ça n'avait rien à voir avec son nouveau titre de Préfète-en-Chef. C'était quelque chose à laquelle elle s'était préparée depuis longtemps. Le jour où elle avait reçu son titre de Préfète l'été avant sa cinquième année, elle avait envisagée la possibilité de recevoir un jour le badge en argent orné des lettres « PC ».

Non, ce qui la rendait si nerveuse, c'était les sentiments qui faisaient violence dans sa poitrine depuis la fin du mois de juin et qui n'avaient cessé de s'intensifier au cours de l'été. Des sentiments encouragés par James Potter, son regard atrocement envoûtant, son sourire magnétique, et sa stupide prévenance.

Ils ne s'étaient pas revus depuis qu'il avait débarqué chez elle en août, mais avaient continué à correspondre épistolairement, et le fait qu'il ait apparemment rompu avec Rena ne l'aidait pas à réprimer ses sentiments.

Elle l'avait aperçu à la gare, avec Sirius et ses parents, et s'était fait surprendre par son père en train de l'observer. Elle avait détourné le regard, mortifiée, et depuis son cœur battait à tout rompre. Elle savait que tôt ou tard, elle serait forcée de lui dire que les choses avaient changé. Qu'il ne pouvait plus l'appeler « Princesse » comme si elle était réellement précieuse, qu'il ne pouvait pas lui sourire comme il le faisait ces derniers temps, et qu'il ne pouvait plus la regarder comme si… comme si…

Il devait arrêter. Parce que c'était cruel de sa part de la faire tomber amoureuse de lui après tout ce temps. Après tout ce qu'il s'était passé entre eux. Il n'avait pas le droit de la rendre dingue au moment où lui, décidait d'aller de l'avant. C'était injuste.

Elle poussa un nouveau soupir, lorsque la porte du compartiment s'ouvrit à la volée. Elle releva la tête avec un sursaut, et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle vit James Potter entrer dans le compartiment, suivi de près par Remus, qui semblait réprimer un rire.

En la voyant, James se figea dans l'encadrement de la porte, une expression horrifiée sur le visage. De toute évidence, il ne s'attendait pas à ce qu'elle soit là avec autant d'avance.

Étrangement, Lily se détendit aussitôt. Si ses sentiments pour lui la rendaient nerveuse, sa présence en revanche, l'apaisait toujours. Comme lorsqu'il était venu chez elle au mois d'août et qu'elle s'était senti mieux dès l'instant où il l'avait prise dans ses bras.

Elle adressa un grand sourire aux deux garçons qui entrèrent dans le compartiment.

Ce n'est que lorsque son regard sur la poitrine de James qu'elle réalisa que sa présence dans le compartiment des Préfets était étrange, et ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle aperçut le petit badge accroché à son pull gris.

- Tu plaisantes ? Demanda-t-elle en guise de bonjour.

- Je... J'aimerais bien, commença James en emmêlant une main dans sa tignasse ébouriffée, vraiment je ne sais pas quoi dire, j'ai été aussi surpris que toi et…

- Pourquoi tu ne me l'as pas dit ? Tu aurais pu le mentionner dans une lettre, dit-elle en fronçant les sourcils. Moi, je te l'ai dit quand j'ai reçu le mien, ajouta-t-elle avec un regard accusateur.

Il ne sut quoi répondre, et la regarda anxieusement se lever.

- James Potter, Préfet-en-Chef, souffla-t-elle en sautant sur ses pieds.

James était bien trop embarrassé pour voir que les lèvres de Lily s'étiraient encore et encore, jusqu'à ce que, ne pouvant plus contenir son rire, elle le laisse raisonner dans le compartiment, pliée en deux. James la regarda, interloqué, la bouche ouverte et les yeux écarquillés, tandis que derrière lui, Remus souriait d'un air moqueur.

Quand elle reprit son souffle, Lily plongea son regard dans celui de James avec une expression triomphante.

- Bien fait !

- Bien... Quoi ? Demanda James en tombant des nues.

- J'ai toujours pensé que le meilleur moyen de te faire cesser tes farces et tes escapades nocturnes, c'était de t'obliger à courir après d'autres délinquants dans ton genre...

- Délinquants ? Grimaça James qui commençait à s'amuser de la situation lui aussi, maintenant qu'il avait la certitude que Lily n'était pas furieuse, ou pire, déçue.

- Oh oui ! Je vais bien m'amuser cette année ! Je vais même pouvoir payer des petits maraudeurs en herbe pour t'en faire baver.

Son sourire s'agrandit et il croisa les bras sur sa poitrine.

- Tu ne peux pas faire ça ! Protesta James en fronçant les sourcils, sans pour autant essayer de dissimuler son amusement.

- Pourquoi pas ?

- Parce que tu es Préfète-en-Chef et que ça reviendrait à enfreindre le serment sur l'honneur que tu...

- James ! S'exclama Lily en levant les yeux au ciel, il n'y a aucun serment sur l'honneur.

- Il devrait, protesta-t-il.

Derrière lui, Remus pouffait sans retenue désormais.

- Je crois que tu n'as plus besoin de moi, hein, dit-il en tapotant l'épaule de son ami.

- J'ai…

- De toute évidence, elle ne va pas te sauter à la gorge, donc tu ne risques plus rien, ajouta-t-il en lui adressant un clin d'œil.

Il commença à partir, malgré les protestations du jeune Préfet-en-Chef, son rire continuant de résonner dans le compartiment, même après son départ.

Les poings sur les hanches, Lily regardait James avec surprise.

- Tu avais peur de moi ?

Il haussa les épaules, les mains enfouies dans les poches de son pantalon.

- Je ne savais pas trop comment tu prendrais la nouvelle.

- C'est pour ça que tu ne l'as pas mentionnée ? Comprit-elle, son regard s'adoucissant aussitôt.

James poussa un soupir avant de se laisser tomber dans une chaise. Lily l'imita, s'asseyant à côté de lui. Elle le dévisagea un instant, attendant qu'il dise quelque chose. Il avait l'air si peu sûr de lui, que Lily se demanda si le James arrogant qu'elle avait connu avait complètement disparu. Elle espérait que non, bien malgré elle. Si elle admirait le James généreux et ouvert qu'elle avait appris à connaître depuis presque un an, une part d'elle-même admirait tout autant le James confiant et sûr de lui, qui n'avait pas peur d'être ce qu'il était ou de dire à voix haute ce qu'il pensait.

- Pas seulement de toi, avoua-t-il. C'est juste que… ça n'a aucun sens. Je n'aurais pas dû recevoir ce badge.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Franchement, Lily, soupira-t-il encore en se tournant vers la jeune fille. Moi ? Préfet-en-Chef ? Pourquoi pas Sirius, tant qu'on y est ? Grogna-t-il.

A cela, Lily fut bien forcée de rire un peu.

- Ça n'a rien à voir. Sirius n'aurait jamais pu être Préfet ! Et puis, vous êtes très différents, lui et toi, tu sais.

- On est pareils, protesta-t-il.

- Non, répéta doucement Lily en secouant la tête. Pas du tout. Vous avez beaucoup de choses en commun, mais il n'en reste pas moins que vous vous démarquez l'un de l'autre par vos différences. En fait, contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas plus différents que vous deux.

- En quoi ? S'étonna James en fronçant les sourcils.

Un sourire moqueur naquit sur les lèvres de Lily lorsqu'elle haussa les épaules.

- Eh bien pour commencer, il est cent fois plus beau que toi…

- Cent fois ? Grogna James, trahi par l'ébauche d'un sourire amusé qui narguait la commissure de ses lèvres. Qu'est-ce que vous avez tous avec Sirius ? D'abord ma mère, ensuite toi…

- Faut quand même reconnaître qu'il est…

- D'accord, d'accord, coupa James en grimaçant, faisant éclater de rire la jeune fille à côté de lui. Et qu'est-ce que j'ai moi, que lui n'a pas, alors ?

Lily reprit son sérieux et posa un regard doux comme du coton sur le jeune homme.

- Beaucoup de choses, à vrai dire, souffla-t-elle.

James rougit faiblement et dut rassembler tout son courage pour ne pas détourner le regard, soudain embarrassé.

- Comme quoi ? Réitéra-t-il, d'une voix bien plus basse.

- Ton sens des responsabilités, entre autres choses. James… tu ne t'en rends peut-être pas compte, mais les gens ont naturellement confiance en toi. A commencer par tes amis. Ils savent que tu ne les laisseras jamais tomber, parce que tu te donnes toujours à fond dans ce que tu fais. Tu n'abandonnes jamais rien. Peu importe que ça te plaise ou non, si tu estimes que tu le dois, tu le fais.

James tenta de sourire, mais échoua lamentablement. Il secoua la tête, et détourna le regard pour soupirer.

- Il y a un an, tu n'aurais jamais dit ça.

Lily lui adressa un sourire tranquille.

- Il y a un an, tu n'aurais jamais été nommé Préfet-en-Chef, rétorqua-t-elle.

- J'ai changé.

- Non, répondit Lily en secouant la tête. Pas vraiment.

Il la regarda avec surprise. Un air grave mais doux graciait les traits fins de Lily. Son regard si pur, si brillant, le fixait avec douceur, et son sourire chaleureux semblait n'appartenir qu'à lui. Elle n'essayait pas de le réconforter, ou simplement de lui donner confiance en lui.

Non. Elle était réellement persuadée qu'il méritait son badge. Lily Evans avait une confiance absolument aveugle en lui.

Et ça le terrifiait, parce que ça signifiait bien plus que ce qu'il n'était prêt à encaisser. Il était terrifié par les sentiments qu'il lisait dans son regard, alors qu'il les avait pourtant attendus pendant très longtemps. Il était terrifié, parce que Lily Evans était amoureuse de lui, et que pour la première fois de sa vie, il n'était pas sûr de le mériter, d'être prêt. Il n'était pas sûr de pouvoir retourner ses sentiments avec la même honnêteté, la même franchise.

Parce que Lily Evans était différente.

Et il savait que dès l'instant où il lui ouvrirait complètement et sincèrement les portes de son cœur, elle ferait partie de sa vie pour toujours.

Parce que Lily Evans était différente.

Et parce que s'il se laissait l'aimer inconditionnellement, il ne serait plus jamais capable de la laisser partir. De la partager.

- Alors tu n'es pas déçue ? Souffla-t-il enfin, sans lâcher son regard.

- Pas le moins du monde. Tu ne seras probablement pas parfait, ajouta-t-elle avec un sourire moqueur, et tu récolteras sûrement plus de retenues que tu n'en donneras, mais…

James laissa échapper un léger rire.

-…mais dans l'ensemble, tu ne te débrouilleras pas trop mal, j'en suis sûre.

James ne dit rien pendant de longues minutes. Il reposa sa tête sur son poing droit et fixa intensément la jeune fille avec un regard tranquille. Son visage tout entier souriait, de ses lèvres moqueuses à son regard noisette, de ses fossettes enfantines à son front haut et arrogant.

Aussi pathétique que cela puisse paraître, savoir que Lily, juste Lily, avait confiance en lui, lui permit de retrouver le Gryffondor en lui. Ça ne pouvait pas être si terrible que ça, après tout. Surtout si Lily Evans était à ses côtés.

- Merci, dit-il finalement.

La Préfète fut incapable de répondre quoi que ce soit.

Alors elle haussa les épaules et échappa au regard intense que lui adressait James pour dissimuler ses joues rougissantes en tournant la tête. Le baiser qu'ils avaient échangé en juin revint l'assaillir, mais elle le chassa aussitôt. James ne l'avait pas mentionné une seule fois lorsqu'il avait débarqué chez elle après son entretien au Ministère, et il y avait une bonne raison à cela.

Il y avait longtemps qu'il était passé à autre chose, quoi qu'en disent Emmeline et Dorcas.

(Tensions)


A la seconde où James réapparut dans le compartiment des Maraudeurs, Sirius leva un regard mesquin vers son ami.

- Comment ça s'est passé ?

James grogna en se laissant tomber près de lui sur la banquette. A en juger par l'expression similaire qu'arborait Peter et le sourire amusé que lui adressait Remus, il y avait fort à parier que ce dernier leur avait raconté en détails la scène à laquelle il avait assisté entre Lily et lui avant de l'abandonner dans le compartiment des Préfets.

- C'était horrible.

- Ça a duré plus longtemps que d'habitude, remarqua Remus en jetant un coup d'œil à sa montre.

- Ça, c'est parce que Lily est une fichue perfectionniste, grommela James en frottant ses yeux par-dessous ses lunettes. Deux heures et demie ! J'étais coincé là-bas deux heures et demie ! Tout ça parce qu'elle a tenu à nous faire relire l'intégralité du règlement intérieur avant de faire un tour des formalités !

- Tu es sûr qu'elle ne l'a pas fait juste pour toi ? Se moqua Peter en déballant une Chocogrenouille.

James se figea, cligna des yeux, puis fronça les sourcils, avant de pousser un grognement peu attirant.

- Si c'est le cas, elle aurait pu me le demander avant qu'on se tape ce ramassis de conne…

- Faut reconnaître, coupa Sirius, que vu le nombre de retenues et de points que tu as fait perdre à Gryffondor depuis que tu es arrivé à Poudlard, elle pouvait légitimement penser qu'il était utile de te le rappeler. Apparemment, maintenant que tu es Préfet-en-Chef, tu es censé le faire respecter, pas l'enfreindre, ajouta-t-il en secouant tristement la tête.

- Tu crois ? Grogna James avec un regard noir.

- Pour sa défense, intervint Peter, elle ne pouvait pas savoir que McGonagall te l'a fait recopier à la main la fois où tu avais parié que tu pourrais enfreindre une trentaine d'articles du règlement en une seule fois.

- La belle époque ! S'exclama Sirius avec un sourire éblouissant.

James frissonna rien qu'en repensant aux huit heures qu'il avait dû passer un samedi lors de leur cinquième année, à recopier les trois mètres de parchemin du règlement intérieur, alors que tous les élèves du château ou presque profitaient d'une agréable journée à Pré-au-Lard.

- Ça semble… loin, non ? Dit soudain Remus.

Les trois autres garçons présents dans le compartiment s'assombrirent légèrement et acquiescèrent. Quand exactement, ils n'auraient su le dire, mais dans le courant de l'année précédente, les choses avaient changé. Pas seulement entre eux, mais d'une manière plus générale, le monde semblait avoir changé. Ils s'étaient retrouvés précipités dans une guerre dont ils ne réalisaient pas toujours l'ampleur, et dont ils comprenaient difficilement les raisons.

- Qu'est-ce qui va se passer, après ? Demanda Peter en baissant le regard sur ses mains.

- Après quoi ?

- Après tout ça. Après les ASPIC, après Poudlard, après…

- Qu'est-ce que tu veux dire ? S'étonna James.

- Il a raison, soupira Remus en laissant tomber sa tête contre le dossier de la banquette. Dans un peu moins d'un an, ce sera terminé. On sera dehors. Plus de Maraudeurs, plus de farces stupides…

James soupira. Il sentit le regard de Sirius sur lui, mais ne dit rien. Il avait déjà pensé à tout ça. Il n'avait cessé d'y penser depuis l'attaque à Pré-au-Lard, en juin. Il faisait encore des cauchemars, certaines nuits. Il revoyait les masques tordus par la haine, les larmes dans les yeux de Lily… et il se sentait impuissant.

- Notre amitié ne s'arrête pas aux murs de ce château, dit-il finalement. On va grandir, on va vieillir, et on aura moins l'occasion d'être insouciants, mais rien ne changera.

- Rien ne changera ? Répéta Remus avec sarcasme. Tout va changer, James. Tout a déjà changé, et tu le sais mieux que n'importe qui.

James serra la mâchoire, mais n'eut pas le temps de rétorquer que, déjà, son ami se redressait et continuait

- Ce qui est en train de se préparer nous dépasse complètement. On n'est pas prêts pour ça. Ni toi, ni Peter, ni Sirius, ni moi. Alors qu'est-ce qui va se passer quand on aura quitté Poudlard ? Hein ? Aucun de nous n'a la moindre chance de… Toute la famille de Peter est moldue, ou presque, Sirius est un traître, je suis un loup-garou, et toi… toi, tu as tracé une cible rouge dans ton dos en refusant de rejoindre Tu-Sais-Qui.

- Et alors ? Rétorqua simplement Sirius en haussant les épaules. On va devoir choisir notre camp, une bonne fois pour toutes.

- Ce n'est pas un jeu, Sirius !

- Il le sait, répondit froidement James en posant une main sur l'épaule de son meilleur ami.

Et jamais Sirius ne s'était senti aussi serein, aussi confiant, aussi sûr de lui qu'en cet instant. Parce que s'il n'y avait rien qu'il ne ferait pas pour James, il savait que c'était réciproque, et ça lui donnait foi.

- De nous quatre, Sirius était celui qui avait le plus à perdre, mais il n'a pas hésité une seule seconde à tourner le dos aux promesses faites par sa famille, ou par Voldemort. Tu ne sais pas ce que c'est d'être un Sang-Pur par les temps qui courent, Remus. Les trois quarts d'entre nous ont déjà choisi Voldemort, et ceux qui restent ont trop peur de se faire remarquer pour dire quoi que ce soit. Pour moi, c'est facile parce que mes parents se sont toujours dressés contre… contre tout ça, dit-il en faisant de grands gestes violents avec les bras. Mais Sirius, lui, a dû affronter ça tout seul, toute sa vie.

Remus baissa les yeux, donnant de l'intensité au silence qui suivit les mots de James. Sirius regardait son meilleur ami avec une gratitude qu'il n'avait encore jamais éprouvée pour personne, et un faible sourire s'empara de ses lèvres. Peter, quant à lui, regardait le paysage défiler par la fenêtre, la gorge serrée, incapable de regarder ses amis. Il admirait la confiance de ses amis, et plus encore leur courage, mais comme Remus, il tremblait de peur en songeant à ce qui les attendait « dehors ». Il n'était pas prêt. Pas prêt du tout.

C'est la voix basse de Remus qui déchira le silence.

- Je sais, souffla-t-il après un long moment. Je ne voulais pas dire que…

- Je sais, le coupa doucement Sirius avec un sourire triste. C'est rien, oublie.

Remus hocha piteusement la tête, alors que Sirius lui tapotait l'épaule avec encouragement.

Ce dernier s'éclaircit la gorge avec embarras et se leva gauchement.

- Quelqu'un veut quelque chose ? Demanda-t-il ? Je vais voir où est le chariot.

- Une barre de chocolat, s'il y en a, demanda Remus en fouillant dans sa poche pour en sortir une Mornille d'argent.

Sirius l'accepta en sachant pertinemment qu'il ne l'utiliserait pas, et se tourna vers Peter.

- Pete ?

Ce dernier releva finalement la tête, et adressa un sourire crispé à son ami.

- Rien pour moi.

S'ils furent surpris, ni James, ni Remus, ni Sirius ne fit la moindre remarque. Sirius sortit du compartiment, refermant derrière lui la porte coulissante.

(Blood Ties)


Sirius dut traverser plusieurs wagons avant de trouver le chariot de friandises. Il acheta plusieurs barres de chocolat traditionnelles pour Remus et quelques Chocogrenouilles, rien pour James, des Patacitrouilles pour Peter parce qu'il connaissait son ami par cœur, et un assortiment de tout un tas de confiseries à partager.

- Bonne journée, lança-t-il machinalement à la vendeuse en emportant son butin, qu'il rangea dans les larges poches de sa robe.

Il passa devant un bon nombre de compartiments occupés par les Serpentard, mais ne s'arrêta pas, conscient qu'il lui serait facile de perdre son calme s'il venait à interagir avec l'un d'entre eux.

Mais c'était sans compter le hasard, qui prenait un malin plaisir à jouer avec le destin.

Sirius s'immobilisa dans le couloir lorsqu'il reconnut la silhouette de son frère s'échapper d'un des compartiments. Regulus Black, son petit frère de quinze ans, se tenait devant lui, une expression indéchiffrable sur le visage.

- Sirius, dit calmement ce dernier.

Leur ressemblance était frappante. Les mêmes yeux gris voilés, les mêmes traits fins et droits, et la même silhouette noble et élancée. A vrai dire, si Sirius n'avait pas les cheveux plus longs et une nouvelle cicatrice déchirant l'harmonie de son visage, Regulus Black aurait été son portrait craché. Mais le refus persistant de Sirius de ressembler aux Black l'avait conduit à malmener son apparence pendant des années, s'assurant que son allure fasse enrager ses parents. D'où les cheveux longs et négligés, et l'uniforme constamment débraillé.

- Je croyais que Père et Mère refusaient que tu retournes à Poudlard cette année, laissa abruptement échapper Sirius.

Regulus cligna des yeux, puis se ressaisit. Un fragile sourire étira ses lèvres et il hocha la tête.

- C'est vrai. Mais j'ai réussi à les persuader que c'était une meilleure idée de me laisser y retourner, de faire profil bas.

Sirius laissa échapper un grognement sarcastique, entre le rire et le bougonnement. Il avait croisé les bras dans son dos, et se tenait droit. Une des rares habitudes qu'il n'avait jamais pu corriger, malgré son désir de rejeter son appartenance à la Noble et très ancienne Maison des Black. Des années d'éducation forcée laissaient leur trace, qu'il le veuille ou non.

- Là où j'ai toujours échoué, marmonna-t-il. Je n'ai jamais été capable de les convaincre de quoi que ce soit.

Les deux frères s'observèrent silencieusement. Il y avait toujours eu trop de silences entre eux. Ils n'avaient jamais su comment se parler, comment se dire les choses, ou se confier. Et un jour, leurs silences les avaient engloutis tout entiers. Un mur de briques s'était dressé entre eux, et ils s'étaient contentés de vivre côte à côte. Côte à côte, mais pas ensemble.

- Comment tu vas ? Demanda finalement Sirius d'une voix basse, la mâchoire crispée.

- Ça n'a pas vraiment d'importance, si ?

Sirius ne répondit rien. Il savait qu'il n'y avait pas grand chose à dire. Ou bien, il y en avait trop, à vrai dire. Il avait fait son choix et laissé derrière lui la seule personne pour laquelle il avait encore de l'affection. Une affection étouffée par un besoin de se détacher, de s'enfuir, de laisser tout un héritage derrière lui et de s'envoler.

Sirius savait que son choix avait condamné son frère, mais il n'avait plus été capable de le protéger depuis longtemps. Il n'avait plus été capable de le préserver contre le poison distillé par leur famille depuis des années, alors, même si son propre égoïsme lui donnait envie de vomir, il ne ferait pas marche arrière. Jamais.

- Alors ça y est ? Tu es l'un d'entre eux ?

La voix de Sirius se brisa et Regulus baissa les yeux.

- Ça ne te regarde plus, Sirius, souffla la voix fragile de Regulus.

- Bien sûr que si ça me regarde ! S'emporta soudain Sirius. Tu es mon petit frère, Reg ! Tu es ma famille ! Tu feras toujours partie de ma famille.

- Tout comme Père et Mère ? Ou Bella et Narcissa ? Et Oncle Articus ?

- Ça n'a rien à voir, ils ne sont pas toi. Tu es différent, tu es mon frère.

- Tu sais que c'est faux, lâcha le cadet des frères Black avec un sourire tordu par la douleur, dès que tu as mis les pieds à Poudlard, tu t'es trouvé une autre famille. Tu as abandonné la tienne sans jamais regarder par dessus ton épaule, et tu m'as laissé seul. J'ai pas eu le choix. Je ne suis pas comme toi, Sirius. Je ne suis pas aussi intelligent, ou aussi courageux. Je n'ai pas ta volonté.

- Reg, on a toujours le choix de se battre pour défendre ce en quoi on croit.

- Cesse de te mentir, Sirius. Tu as toujours su que ça se passerait comme ça. Tu as toujours su qu'on en serait là, un jour, chacun d'un côté de la ligne.

Il marqua une brève pause et son sourire s'affaiblit.

- Alors c'est vrai, quelque part, on sera toujours frères. Mais on n'est plus de la même famille depuis longtemps. Et si je dois me battre contre toi un jour, je ne retiendrai pas ma main, ni toi la tienne. Parce qu'aucun de nous ne renoncera à se battre pour sa famille.

- Reg..., supplia Sirius.

Mais c'était déjà trop tard et il le savait. Impuissant, il regarda son frère lui tourner le dos et s'en aller. Quelque part dans sa poitrine, le dernier morceau encore intact de son cœur se brisa en mille morceaux.

Il ne se rendit compte qu'il pleurait que lorsque une dernière larme glissa le long de sa joue.

Sirius Black était un homme brisé.

Mais il ne pouvait que reconnaître la part de vrai dans le discours de son frère.

Il avait une nouvelle famille à protéger. Il avait James, il avait Peter, il avait Remus.

Et jamais il ne renoncerait à se battre pour eux.

(Les Portes de Poudlard)


Une fois que James et Lily eurent conduit les élèves de première année à Hagrid au bord du lac, ils retournèrent à la gare pour prendre la dernière carriole en partance pour le château.

Lorsqu'elle arriva devant les portes de l'école, James leva les yeux vers la façade en souriant tristement.

- Moi aussi, dit Lily.

James tourna son visage vers la jeune fille, incrédule.

- Moi aussi, ça va me manquer, expliqua-t-elle en souriant malicieusement. Je me rappellerai toujours la première fois que j'ai vu Poudlard. Pour moi, c'était réellement extraordinaire. Je n'avais jamais vu quelque chose d'aussi… époustouflant.

James bondit hors de la carriole et tendit sa main à Lily, qui leva les yeux au ciel mais l'accepta, pour l'aider à sortir.

- Pour moi aussi, sourit-il, même si je croyais savoir à quoi m'attendre, on n'est jamais totalement préparé à ça, dit-il en désignant le château. J'en rêvais depuis que j'étais gosse, et pourtant…

James et Lily gagnèrent les portes du château et furent accueillis par le concierge, monsieur Rusard, qui jaugeait James – et son insigne de Préfet-en-Chef – d'un air mauvais.

- Si c'est encore une de vos farces, Monsieur Potter, grommela-t-il.

Ce dernier lui adressa un clin d'œil provocateur et s'apprêtait à répliquer quand Lily lui enfonça son coude dans les côtes pour l'en empêcher, malgré le fait qu'elle parvenait difficilement à contenir son rire.

- Ravi de vous retrouver aussi, se contenta de narguer le jeune Gryffondor en tirant un chapeau imaginaire.

- Bonsoir, le salua poliment Lily, en tirant James par la manche pour l'enjoindre à passer son chemin et gagner rapidement la Grande Salle.

Ils entendirent le vieux concierge marmonner derrière et Lily éclata finalement de rire, sous le regard amusé de James.

Lorsqu'elle reprit son calme, elle se tourna vers le jeune homme.

- Tu sais, pour en revenir à ce qu'on disait, les Moldus ont une expression pour décrire ce sentiment de fascination.

- Laquelle ?

- Ils disent que c'est magique, dit-elle malicieusement.

- C'est plutôt à propos, admit James en souriant.

- N'est-ce pas ? Ça signifie que ce qu'ils ont sous les yeux ou ce qu'ils ressentent est tellement indescriptible, tellement fort, que rien ne peut l'expliquer. On est envahis par un sentiment irrationnel, et ce qui est irrationnel pour les Moldus, c'est la magie.

James eut l'air d'y réfléchir un moment, puis hocha la tête.

- Ça a du sens, j'imagine. Bien que techniquement…

- Non, non, non, se moqua Lily. Pas de « techniquement » qui tienne. C'est magique, James, souffla-t-elle en lui lançant un clin d'œil.

- Si tu le dis, capitula-t-il sans se départir de son sourire.

Ils franchirent les portes de la Grande Salle et se dirigèrent vers la table de Gryffondor, où ils retrouvèrent leurs amis. Lily se glissa entre Dorcas et Emmeline, et James s'assit à côté de Peter, qui semblait de bien meilleure humeur que quelques heures plus tôt. Il avait retrouvé le sourire et déjà, l'atmosphère entre les Maraudeurs s'en ressentait.

Un brouhaha résonnait dans la Grande Salle, dans l'attente de l'arrivée des premières années. Contents de se retrouver pour une nouvelle année, les élèves discutaient bruyamment entre eux de ce qu'ils avaient vu ou fait pendant l'été.

- Toujours avec Oliver, Meadowes, la taquina Sirius d'entrée de jeu. Allez, à nous tu peux le dire, quel filtre tu utilises ?

La jeune fille émit un grognement dédaigneux et ses lèvres se fendirent en un sourire « dorcassien ».

- Pourquoi, tu voudrais en glisser dans le jus de citrouille de Marlène ?

- Un-zéro, compta Emmeline en levant un pouce vers Dorcas.

Un sourire amusé se glissa sur les livres de Sirius.

- Tu vois, c'est pour ça que je suis content de te retrouver chaque année, dit-il en riant.

Dorcas lui adressa un clin d'œil qui fit rire tout le monde. Tout le monde se souvenait parfaitement du jour où leur drôle d'amitié infernale avait commencé. S'ils le montraient peu, Sirius et Dorcas s'entendaient en réalité très bien. Ils n'avaient jamais de discussion à cœur ouvert, ou quoi que ce soit de ce genre, mais ils partageaient un sens aigu du sarcasme et de la dérision. Ils semblaient ne jamais rien prendre au sérieux et aimaient se chercher jusqu'à ce que l'un des deux déclare forfait. Ce qui arrivait rarement.

En première année, Sirius avait eu « l'audace » de faire un commentaire sexiste, ce qui avait mis la petite Dorcas Meadowes en rogne. Elle avait aussitôt répliqué avec fougue et intelligence, ce qui avait bluffé le jeune Gryffondor. Amusé, il avait encouragé l'escalade d'une guerre de mots qui les avaient tenus à bout de souffle pendant un mois, jusqu'à ce qu'ils décident tous deux de faire une trêve. Depuis ce jour, une sorte d'admiration mutuelle était née. De son côté, Dorcas respectait l'intelligence froide de Sirius, et du sien, Sirius admirait la répartie aiguisée de Dorcas.

Si leur amitié fatiguait souvent leurs amis, elle les amusait aussi beaucoup.

- Ils doivent être là ! S'exclama soudain Emmeline en voyant le professeur McGonagall se lever et quitter la Grande Salle lorsque Rusard entra.

- Excellent ! S'enthousiasma Sirius en frappant dans ses mains. Remus, tu as le carnet ?

- Je l'ai, dit-il en sortant un petit calepin de la poche de sa robe.

Il pointa sa baguette sur une serviette en papier et elle se changea en une simple plume d'oie.

- James ? Combien sont-ils ?

- Trente tout pile.

- Tu n'en as pas oubliés ?

- Je les ai comptés deux fois.

- Très bien. Peter, tu commences, ajouta Remus en s'emparant de la plume.

- Je dirais six Gryffondor, six Serpentard, dix Poufsouffle, et… et huit Serdaigle.

Remus griffonna rapidement les chiffres sur son carnet avant de relever la tête et de poser son regard sur Sirius.

Emmeline, Lily, et Dorcas les regardèrent faire en levant les yeux au ciel.

- Vous avez vraiment besoin de faire ça chaque année ? Demanda Lily dubitativement.

- C'est une tradition, Evans, s'offusqua Sirius en pointant vers elle un regard accusateur. Et on ne brise pas les traditions.

- Ah bon ? C'est pourtant ce que tu fais de mieux, non ? Se moqua-t-elle en lui offrant un sourire resplendissant.

Tous à l'exception de Sirius éclatèrent de rire.

- Touché, coulé, plaisanta James.

- Voilà pourquoi on avait promis de ne jamais traîner avec des filles, grommela Sirius.

- Vous avez réellement fait cette promesse ?

- Bien sûr !

- Lorsqu'on était en première année, renchérit Peter.

- On avait signé un contrat, ajouta James.

- On pensait que ça nous rendait cool, déplora Remus avec un sourire.

- Les Maraudeurs contre la terre entière, termina Sirius en portant la main sur son cœur.

- Vous êtes pathétiques.

- Parce que vous n'avez jamais juré de haïr l'espèce masculine jusqu'à la fin des temps après une rupture, peut-être ?

- Ça n'a rien à voir ! Protesta Emmeline en riant.

- Et puis ça, c'était le truc de Rena, pas le nôtre.

Le regard de James vola instinctivement vers Rena, assise un peu plus loin à côté de Mary. Il croisa son regard et lui sourit, ce qui n'échappa pas à Lily dont le cœur craqua juste un peu. Elle l'ignora et continua de sourire aussi naturellement qu'elle le pouvait.

- Tu veux me faire croire que malgré le nombre de crétins avec lesquels tu es sortie, tu n'as jamais essayé de maudire l'espèce masculine sur dix siècles ? Demanda Sirius à Dorcas.

La jeune fille grimaça avec dégoût, mais secoua la tête.

- Merlin non ! Tu me prends pour une de ces idiotes écervelées qui se lamentent sur un garçon parce qu'il a brisé leur cœur ? C'est d'un pathétique.

- Non, reconnut Sirius, mais…

- Heureusement pour toi, parce que si c'était le cas, je te transformerais en quelque chose de vraiment affreux. De gluant et vert, recouvert de pustules pleines de pus, lui dit-elle avec un sourire éclatant.

- Je suis plus rapide que toi, rétorqua Sirius avec un sourire mauvais.

- Tu veux parier ?

- En parlant de paris, les interrompit James, est-ce qu'on pourrait en revenir au nôtre ?

- Excellente idée, soupira Remus que la dispute de ses amis commençait à fatiguer. Donne tes chiffres.

James fit ses suppositions, Remus les nota, puis vint le tour de Sirius qui octroya à Gryffondor douze petits Lions avec un enthousiasme débordant, et seulement six nouveaux arrivants pour Serpentard.

Remus eut tout juste le temps de terminer de noter ses propres pronostics lorsque les premières années entrèrent dans la Grande Salle à la suite du professeur McGonagall. Ils avaient l'air terrifiés, et Lily ne put s'empêcher de sourire avec nostalgie en repensant au soir de sa répartition, les souvenirs affluant par vagues. James remarqua ses yeux briller et se pencha vers elle, par dessus l'épaule d'Emmeline

- Moi aussi, souffla-t-il avec un clin d'œil, en répétant les mots qu'elle avait prononcés un peu plus tôt.

- Oh, la ferme, sourit-elle en le repoussant d'une main.

Elle entendit son rire discret mais reporta son attention vers l'attroupement de premières années.

Le professeur McGonagall dit quelques mots, désigna aux premières années le Choixpeau Magique vers lequel ils portèrent des regards horrifiés, et bientôt, la cérémonie de répartition commença. Helena Appleduc fut la première à être appelée et à aller s'asseoir sur le tabouret. Ses genoux tremblaient, ses pieds pendaient dans le vide, et le Choixpeau lui tombait sur les yeux, semblant l'engloutir complètement.

Lorsque le vieux chapeau rugit « Gryffondooooooorr ! », la salle explosa en applaudissements. À la table des Gryffondor, tout le monde s'était levé et accueillait plus que chaleureusement la petite fille, qui semblait écrasée par son stress, malgré le soulagement qu'on pouvait lire dans ses yeux.

Bientôt, de nombreux autres élèves furent répartis. Lorsque la dernière élève fut répartie chez Serdaigle, Peter sauta sur ses pieds avec excitation.

- Deux années de suite !

James et Remus éclatèrent de rire, alors que Sirius grommelait.

- Peter rafle le gros lot, acquiesça le loup-garou, en réduisant sa marge d'erreur de moitié par rapport à l'année dernière.

- Comment est-ce qu'il fait ? Grommela Sirius. C'est sa troisième victoire, en six ans !

- Je suis plus malin que vous trois réunis, c'est tout.

- Dans tes rêves, dit Sirius en partant d'un grand éclat de rire.

Le brouhaha qui régnait dans la Grande Salle fut aussitôt étouffé lorsque le professeur Dumbledore se leva. Souriant, le vieil homme observa quelques secondes de silence avant de prendre la parole.

- Bonsoir à tous, dit-il d'une voix forte et souriante. Bienvenue à tous les nouveaux, qui, je l'espère, se sentiront à Poudlard chez eux durant les sept prochaines années !

Un tonnerre d'applaudissement polis retentit, et Dumbledore sourit plus encore.

- Et bien sûr, un très bon retour parmi nous à tous les anciens.

De nouveau, des applaudissements.

- Cette année, nous accueillons le professeur Tiberius, qui remplace Monsieur Oldman au poste de professeur de Défense contre les Forces du Mal…

Cette fois, les applaudissements furent moins enthousiastes, mais toujours aussi sincères. James fronça les sourcils en reconnaissant le vieil homme qui venait de se lever. Il l'avait souvent croisé au Ministère, lorsqu'il accompagnait son père, et il avait souvent été invité chez eux pour les dîners qu'organisait annuellement sa mère. Barnaby Tiberius était un Auror mis à la traite de force l'année précédente.

Son père en parlait toujours très élogieusement, et James était curieux de le voir en cours.

Le professeur Dumbledore dit encore quelques mots, avant de souhaiter à tout le monde un bon appétit, marquant ainsi le début de l'année.

Le début de la fin.

(Sur La Joue)


James et Lily arpentaient silencieusement les couloirs de l'école, s'assurant que tous les élèves avaient bien regagné leur Maison, et qu'aucun élève de première année ne s'était égaré en suivant un Préfet. Il leur fallut un peu moins d'une heure pour faire le tour des étages, malgré le fait qu'ils se soient fait piéger par un escalier capricieux dans l'aile Sud du sixième étage pendant presque un quart d'heure.

Lorsqu'ils regagnèrent enfin la Tour de Gryffondor, James donna le mot de passe à La Grosse Dame, qui les laissa entrer non sans les féliciter avec fierté pour leur titre de Préfet et Préfète-en-Chef.

- Deux Gryffondor ! S'exclama-t-elle. Oh, bien sûr, je n'ai jamais douté de vous, ma chère, dit-elle à Lily en pouffant, en revanche, je dois dire que vous avez créé la surprise ! Je m'étonne que Dumbledore ait choisi un petit farceur dans votre genre, mais j'ai entendu parler de l'attaque de juin, déplora-t-elle sur un ton dramatique, et il n'y a pas de doute possible, vous ferez honneur à cette maison !

James ébouriffa ses cheveux de la main gauche, acceptant le compliment avec un sourire crispé. Lily le tira par la manche et le poussa par l'ouverture avant de s'engouffrer à son tour dans la Salle Commune en souhaitant une bonne nuit à la Grosse Dame.

La plupart des élèves avaient déjà rejoint leur dortoir. Seul un petit groupe de cinquièmes années discutaient tranquillement près du feu. De l'autre côté de la pièce, Sirius, Peter, Remus, Emmeline et Dorcas s'affrontaient sur une partie de Bavboules. James et Lily les rejoignirent, s'asseyant entre Emmeline et Remus, qui leur firent un peu de place.

- Sirius gagne ? Devina James en acceptant la Bière au Beurre que lui proposa Emmeline.

Lily en prit une aussi, mais ne la porta pas tout de suite à ses lèvres.

- Haut la main ! Répondit le jeune Black avec enthousiasme en désignant le plateau de jeu. Maintenant qu'Hestia n'est plus là, c'est loin d'être aussi drôle. C'était mon seul véritable adversaire.

Dorcas grogna, arrachant au jeune fanfaron un sourire mielleux.

- Il te reste encore un peu de pus sur la joue, dit-il.

Une des billes venait effectivement de lui éclater au visage, déversant sur elle un liquide nauséabond.

- Plus qu'un coup… si tu perds celui-ci, je gagne ! Encore, ajouta-t-il.

Malgré ses efforts, Dorcas échoua lamentablement, et sa dernière bille lui éclata au visage.

- Comment peut-il gagner à chaque fois ? Grommela Emmeline.

- C'est parce que c'est un jeu de vicieux, expliqua Remus avec un sourire en coin. Et il se trouve que c'est justement le point fort de Sirius.

Tous rirent de bon cœur, même le principal intéressé, et ils remirent le couvert pour une nouvelle partie.

Ils furent bientôt seuls dans la Salle Commune, mais ça ne les empêcha pas de continuer pendant plus de deux heures à jouer, discuter, rire, boire des Bières au Beurre, et échanger des cartes de Chocogrenouilles en piochant dans un bol de Dragées Surprises de Bertie Crochue. Il y avait longtemps qu'ils n'avaient pas passé un aussi bon moment. L'été avait été long pour chacun d'eux, et ils profitaient d'une rare soirée de détente avant la reprise des cours. Ils fêtaient leurs retrouvailles et entamaient le début d'une année qui serait leur dernière, dans la joie et la bonne humeur.

Remus et Emmeline furent les premiers à monter se coucher, puis suivit Peter. Lorsque Lily se leva à son tour, Dorcas l'imita. Cette dernière salua les deux garçons en baillant avant de filer vers l'escalier en colimaçon qui menait au dortoir des filles, tandis que Lily s'attarda pour leur dire bonsoir.

- C'est bizarre, non ? Marlène et Hestia ne sont plus là, et c'est à notre tour de passer nos ASPIC.

Sirius haussa les épaules avec un sourire arrogant.

- Ce ne sera pas si difficile que ça.

- Parle pour toi, grommela Lily.

- Toujours.

Elle lui balança gentiment son poing dans l'épaule en secouant la tête, avant de reporter son attention vers James.

- Et toi ? Tu vas t'en sortir ? Je veux dire, en plus de tes devoirs de Préfet-en-Chef, tu es toujours capitaine de l'équipe de Quidditch, et même si tu n'as pas besoin de travailler autant que nous autres, le commun des mortels, plaisanta-t-elle, tu vas quand même devoir bûcher pour les ASPIC, non ?

James plongea les mains dans ses poches.

- Tu oublies la planification de la grande farce d'Halloween des Maraudeurs, dit-il en laçant un regard en coin à Sirius. Ça prend un temps fou !

- Et j'imagine que comme c'est la dernière, elle sera spectaculaire ? Demanda-t-elle en souriant avec malice.

- Gran-diose, répondit Sirius.

- Inoubliable, renchérit James en riant.

Lily fit la moue, mais les deux garçons virent bien qu'elle retenait difficilement un sourire.

- Evidemment.

Elle étouffa un bâillement et jeta un coup d'œil à sa montre pendentif.

- Ce ne sera pas la peine de m'attendre pour le petit-déjeuner demain matin, grimaça-t-elle.

- On n'y songeait pas une seconde, se moqua Sirius. Bonne nuit, Lily, dit-il.

- Bonne nuit.

Elle serra brièvement le jeune homme dans ses bras, qui se raidit légèrement, peu habitué à ce genre de contact même s'il était de plus en plus à l'aise avec l'affection que lui témoignait Lily, puis elle se tourna vers James en souriant. Il n'attendit pas qu'elle lui témoigne la même affection, il pencha vers elle et pressa ses lèvres sur sa joue brûlante – elle avait bu juste un petit peu trop de Bière au Beurre – pendant plusieurs secondes. Lorsqu'il se redressa, Lily le fixait, rouge comme un petit coquelicot. Elle cligna des yeux, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, puis la referma abruptement.

Enfin, elle rencontra le regard noisette de James, et sourit ;

- Bonne nuit.

Elle s'empressa alors de quitter la pièce et de monter à son dortoir, pour fuir la pression qui s'était écrasée sur elle sans crier gare.

James la regarda disparaître.

- Pourquoi t'as fait ça ? Soupira Sirius.

- Fait quoi ?

- Tu sais très bien de quoi je parle. Pourquoi tu l'as embrassée ?

- C'était juste…

- Non, ce n'était certainement pas « juste », le coupa Sirius en secouant la tête.

James baissa les yeux, une chose qu'il faisait très rarement. Son cœur battait tranquillement dans sa poitrine, et pourtant, il était loin de se sentir calme. Il était complètement paniqué.

- Elle est amoureuse de toi, James ...

Sirius vit son meilleur ami se rasseoir, attraper une bouteille de Bière au beurre, la porter à ses lèvres, et en avaler une gorgée, le visage inexpressif. Il connaissait James par cœur, mais jamais il n'avait vu son ami "inexpressif". Soucieux, oui. En colère, déçu, blessé, distant – oui. Mais inexpressif, jamais. Au contraire, James était la personne la plus ouverte, la plus démonstrative, qu'il connaissait. Et là, il lui annonçait que la fille dont il avait toujours été amoureux l'aimait en retour, et il était inexpressif.

- Je sais, répondit enfin James d'une voix basse, le regard au loin.

Sirius soupira longuement.

- Et toi ?

James laissa échapper un grognement sarcastique, mais ne prit pas la peine de lever les yeux vers Sirius.

- Est-ce que je n'ai jamais cessé de l'être ?

- J'imagine que non, soupira Sirius en se rasseyant à côté de lui.

James reposa sa bouteille et passa ses deux mains sous ses lunettes pour frotter ses yeux en soupirant.

- Qu'est-ce que tu attends, James ? C'est Lily. Tu es amoureux d'elle depuis… depuis trop longtemps pour baisser les bras maintenant alors qu'elle est enfin raide dingue de toi, comme tu nous promettais qu'elle le serait un jour. Même quand tu étais un sale morveux arrogant, tu savais que Lily était la fille qu'il te le fallait. Je ne te croyais pas, bien sûr, mais ce soir, je n'en doute plus du tout. Apparemment, tu avais raison depuis le début, vous êtes faits l'un pour l'autre.

James sourit tristement avant de se rembrunir.

- Pas du tout, soupira-t-il finalement en plongeant une main dans ses cheveux. Lily est la fille qu'il me faut, mais moi en revanche, je suis la dernière personne dont elle a besoin dans sa vie.

Sirius voulut répondre quelque chose, mais renonça. Il observa son ami sans rien dire, incapable de savoir quoi rétorquer à tant de défaitisme. Jamais auparavant il n'avait vu James aussi peu confiant.

Et c'était la preuve ultime de l'ampleur de son amour pour Lily.


N/A : Voilà, voilà ! Deux semaines d'attente, mais un chapitre un peu plus long que d'habitude :) Je sais, nous ne sommes pas jeudi, mais comme je ne suis pas là demain pour le poster et que je ne voulais pas vous faire attendre plus longtemps... j'ai exceptionnellement décidé de poster un jeudi (n'y prenez pas goût). J'espère que vous avez tous passé, ou que vous passé tous de bonnes vacances. Moi elles m'ont fait du bien, même si évidemment, elles étaient trop courtes ^^

Je vous invite à aller lire les BattPott, co-écrit avec DelfineNotPadfoot, bien sûr :D

J'attends vos impressions avec impatienceeee !
Bisous !
Lp.

Coin des Lecteurs Anonymes :

à Myriam : Mille Pardons ! Je ne voulais pas rappeler la mort de Sirius, mais seulement le fait qu'il avait choisi de tirer un trait sur sa famille en choisissant de se battre contre eux. Alors évidemment, lorsqu'il se bat avec Bellatrix au Ministère, ça me paraissait être l'exemple parfait... Encore désolée ^^' A part ça, je suis très contente que ce chapitre t'ai plu, avec Lily au Ministère, et James qui débarque chez elle pour lui offrir le sentiment de sécurité dont elle a besoin. Merci pour tout, et à bientôt !

à Parkminrin : Bonsoir ! ^^ Effectivement, même si je n'ai pas travaillé la relation Sirius/Reg autant que Lily/Pétunia, j'ai voulu lui donner un peu de profondeur, tu l'auras vu en lisant ce chapitre je pense. Du coup, je suis évidemment très contente que ça te plaise et ça satisfasse ton amour pour ces deux relations ^^ Et désolée de t'avoir fait t'arracher les cordes vocales à la fin du chapitre, hé hé. Mais alors qu'est-ce que ce sera à la fin de cette histoire... ? :D

à Mea95Gryffondor : Merci pour ta review ^^ C'est vrai que j'avais peur de faire une scène bateau où ils se pardonnent mutuellement, alors je me suis dit, autant faire une bonne petite réconciliation pleine de regards gênés et de cicatrices douloureuses... quoi de mieux que Sirius, fuyant sa famille pour ça ? :p Quant au père de James... RAVIE qu'il te plaise. C'est presque mon personnage préféré, finalement. Hé hé. Ils n'ont pas reparlé de leur baiser, non, comme tu as pu le constater dans ce chapitre. Mais les choses vont avancer. Très bientôt. Promis ;)