Salut !
Bienvenus pour ce nouveau chapitre !
Merci aux guests pour les reviews : Daidaiiro30, Eluke ( j'en ai un bon stock, mais sinon je les trouve sur Internet :), Nomie, nepheria4, Bellasidious, adenoide, Guest, Aventurine-san, Julie010588 !
Je tiens juste à préciser par rapport au chapitre précédent que le « il » dont font mention les Serpentards au début du chapitre faisait référence à Harry. Je pensais que c'était évident en lisant la suite, mais je préfère préciser ^^
Enjoy !
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Chapitre 24
On ne sort de l'ambigüité qu'à son détriment
5 juin 1996
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En cette chaude après-midi, la lourde cape de Draco était restée dans sa penderie et il ne le regrettait pas. Ce dimanche était, pour l'instant, le plus beau jour de la saison et, dans le parc de Poudlard, ça sentait bon l'été.
Les arbres et les fleurs bourgeonnaient, les feuilles verdissaient, l'eau du lac était d'un bleu limpide sur lequel se reflétait un ciel bleu pâle sans nuages. L'air était chaud et la brise douce et caressante. Les élèves s'étaient installés ici et là dans l'herbe pour réviser et, comme Draco, ils étaient moins couverts qu'à l'accoutumée.
Le jeune Serpentard descendit les quelques marches menant au parc d'un pas bondissant, serrant contre lui son précieux fardeau. Il remonta les manches de sa chemise blanche jusqu'au coude et desserra quelque peu sa cravate verte et argent de Serpentard qui, même un dimanche, ne le quittait pas. Une légère brise ébouriffa ses cheveux d'un blond presque blanc et, d'un geste nonchalant, il remit ses mèches en place.
Il descendit lentement la pelouse pentue, marchant sans se presser de son pas altier et déterminé. Le livre, épais, pesait lourd sous son bras et il en caressait la couverture d'un geste inconscient tandis qu'il fixait, les yeux plissés sous le soleil, l'arbre centenaire au bord du lac.
Potter se tenait là, assis, le dos appuyé contre son tronc. Comme il en avait l'habitude, il ne portait pas son uniforme, mais un ensemble de robes sorcières totalement neutres, qui ne revendiquaient pas son appartenance à Gryffondor. Il était plongé dans la lecture d'un épais volume certainement emprunté à la bibliothèque et ne vit pas Draco approcher. Ses mèches noires ébouriffées volaient au vent et il fronçait les sourcils, comme si ce qu'il lisait lui donnait du fil à retordre.
Lorsque l'ombre de Draco vint obscurcir sa page, il releva la tête en direction de l'importun et jeta au nouveau venu son célèbre regard noir qui disait haut et fort "tu me déranges". Draco sourit d'un air narquois et s'installa en tailleur dans l'herbe face à lui.
Harry le laissa faire sans un mot, revenant à sa lecture comme si de rien n'était.
-J'ai quelque chose pour toi, affirma Draco d'un ton trainant en soupesant le lourd volume à bout de bras.
Potter haussa les sourcils tandis que son regard émeraude se posait avec curiosité, puis avidité, sur le lourd volume qu'exhibait fièrement Draco. Sans plus de cérémonie, il referma son livre d'un claquement sec avant de le poser dans l'herbe sans lui prêter plus d'attention. Draco lui jeta un regard et s'aperçut qu'il s'agissait d'un manuel de sixième année sur les potions.
-Comment as-tu fait ? demanda Harry avec avidité en se redressant et en s'approchant de Draco.
Il s'installa en tailleur en face de lui, le regard animé d'une curiosité palpable. Draco souriait avec arrogance face à cet enthousiasme dont il était à l'origine, et il fixait Harry de son regard gris avec une intensité avide.
Les deux jeunes hommes échangèrent un regard complice avant de baisser leurs regards respectifs sur le livre que Draco tenait toujours, posé sur ses genoux. Ils l'observèrent en silence pendant quelques secondes, l'air révérencieux. Des cris se firent entendre derrière eux, près des rives du lac, mais ils n'y prirent pas garde.
-J'ai plus de ressources que tu ne le penses, Potter, répliqua Draco en relevant le menton, visiblement très fier de lui.
Harry sourit.
-Te promener avec ce livre sous la main dans tout le château n'est en revanche pas la chose la plus intelligente que tu ais faite, Malfoy.
-C'est toujours moins suspect que d'essayer de le planquer vainement sous ma chemise, fit remarquer le Serpentard en plissant les yeux.
Ils échangèrent un regard noir.
-Je n'arrive pas à croire que tu ais passé ça à l'école sous le nez de Dumbledore, s'exclama finalement Harry, que la perspective d'avoir doublé Dumbledore enthousiasmait.
Malfoy, qui ne souriait pas, haussa un sourcil d'un air suffisant.
-Je te rappelle que j'ai fait entrer une lettre de Tu-Sais-Qui. Alors un simple livre de magie noire, tu penses bien que ça n'a posé aucun problème.
Harry leva les yeux au ciel, mais s'abstint de faire remarquer que tout le mérite en allait à son père.
-Fait passer, s'impatienta-t-il en tendant les bras.
Malfoy soupira mais consentit à lui donner le précieux livre, avec des gestes précautionneux et révérencieux qui firent sourire Harry. Leurs doigts se frôlèrent lorsque le lourd volume changea de main et aucun d'eux ne fit mine de s'en rendre compte. Harry le soupesa quelques instants avant d'en caresser nonchalamment la couverture.
-Mon père dit que c'est l'un des plus vieux de notre bibliothèque. Il a un peu rechigné à me l'envoyer et je lui ai promis de le lui rendre en bon état.
-Ne t'inquiète pas, je vais seulement l'étudier. Ce n'est pas comme si je comptais faire des expérimentations dessus.
-Encore heureux ! J'espère que tu es assez intelligent pour ne pas faire de magie noire dans l'enceinte de l'école.
Malfoy fit une pause, le temps de jeter un regard méfiant à Harry, avant de reprendre :
-Ce que je veux dire, c'est que si tu te le fais confisquer, non seulement mon père sera furieux, mais en plus je nierai catégoriquement en être le propriétaire.
Ecoutant d'une oreille distraite mais grognant doucement pour donner une réponse au jeune homme autoritaire qu'était Malfoy, Harry ouvrit doucement le précieux volume et en caressa les premières pages rêches et abimées. Ce n'était pas la première fois que Draco le fournissait en livres peu recommandables, et c'était à chaque fois la même rengaine, bien qu'il n'y ait jamais eu de problèmes.
-Tu as dit à ton père que tu comptais me le prêter ?
Draco lui jeta un regard suspicieux.
-Peut être bien, admit-il doucement. Je peux lire ces livres quand je le veux lorsque je suis au manoir. Alors quand je lui demande de m'en envoyer ici, il se doute bien que ce n'est pas pour moi ou pour mes camarades de Serpentard qui ont également un bon répertoire chez eux, en matière de magie noire.
-Et il ne dit rien ?
Draco le fixait de son regard métallique intense.
-Non, dit-il doucement, sans rien ajouter.
Les deux garçons s'observèrent sans un mot, chacun semblant vouloir lire les pensées de l'autre. Harry ne voyait plus rien d'autre que les prunelles grises si familières de l'autre garçon, et il caressait toujours inconsciemment les pages jaunies du livre récemment acquis, perdu dans ses pensées.
Que Lucius Malfoy lui fournisse sciemment des livres de magie noire par l'intermédiaire de son fils le laissait songeur. Il se demandait ce que le patriarche Malfoy pouvait gagner, en faisant cela. Car il était évident qu'il ne le faisait pas gratuitement. Il devait forcément y trouver son compte, de quelques manières que ce soit.
-Weasley ! s'exclama soudain Draco en s'arrachant brusquement à la lueur hypnotisante qui dansait dans les yeux émeraudes d'Harry.
Harry ne prit même pas la peine de jeter un coup d'œil par dessus son épaule. D'un geste souple, il referma le livre de magie noire et vint poser son manuel de potions par dessus, qu'il ouvrit à une page quelconque. Il se plongea dans sa lecture lorsque l'ombre de Ron se dessina sur la pelouse près de lui.
-Je t'ai cherché partout, vieux ! s'exclama-t-il sans un seul regard pour Malfoy, toujours sagement assis dans l'herbe en face d'Harry, en train de jouer avec une brindille. Tu viens jouer au Quidditch ?
Harry caressa doucement la page de son livre, songeur. Il jeta un regard à la dérobée à Malfoy mais l'autre garçon semblait concentré dans la contemplation de ses mains et il ne leva pas la tête dans sa direction. Harry, se mordant la lèvre inférieure pour tenter de réprimer un sourire, baissa le regard sur son livre et secoua doucement la tête.
-Pas maintenant, Ron. Je suis occupé.
Ron soupira, assez bruyamment pour que son soupir ne passe pas inaperçu. Harry fit mine de ne pas l'entendre et afficha une mine impassible. Le jeune homme roux lança un regard courroucé en direction de Malfoy, qui tordait et pliait entre ses mains sa brindille.
-Il nous manque un joueur, insista Ron, qui avait l'air agacé.
Harry, sans relever la tête, jeta un coup d'œil à Draco par dessus ses lunettes. Le jeune homme fixait toujours ses mains, l'air faussement désintéressé, et il arborait une moue méprisante qui fit céder la barrière d'Harry. Le jeune Gryffondor laissa échapper un léger rire amusé avant de redevenir brusquement sérieux en se tournant vers Ron :
-Je vous rejoins plus tard, promit-il sur un ton suffisamment froid pour ne pas que son ami insiste à nouveau.
Ron fit la moue. Il jeta un regard noir au Serpentard, qui l'ignora totalement. Il semblait se battre contre l'envie de faire une réflexion piquante, mais décida visiblement que ça n'en valait pas la peine car il tourna les talons sans un mot. Harry lui en fut reconnaissant, car la répartie de Draco était bien plus cinglante que celle de Ron, et la situation aurait rapidement dégénéré, si le jeune Weasley avait attaqué verbalement l'Héritier Malfoy.
Harry renifla et referma sèchement son livre de potion, dévoilant à nouveau le livre de magie noire. Il arborait un sourire en coin amusé qui s'agrandit lorsque Draco leva enfin le regard vers lui. Le jeune homme ne semblait pas amusé le moins du monde, et il ne répondit pas au sourire provocateur de Harry.
-J'apprécie l'effort, Draco, affirma-t-il en souriant largement. Vraiment.
-Weasley est une vraie plaie, affirma Draco avec dédain, en souriant avec arrogance. Alors oui, tu es en droit d'apprécier mon effort.
Harry ouvrit le livre de magie noire pour en observer le sommaire.
-Je l'apprécie d'autant plus tu fais ça pour moi.
Draco sourit nonchalamment, ses yeux d'un gris orageux fixant Harry avec intensité. Il jeta un regard appuyé en direction du livre posé sur les genoux d'Harry et rétorqua :
-Fais attention, Harry. Plus le temps passe, plus tu m'es redevable. Je fais beaucoup de choses pour toi, en ce moment.
Harry fit la moue.
-Ron n'est pas aussi idiot que tu sembles le penser, tu sais, dit-il doucement. Notre amitié a été un peu forcée par les adultes, lorsque nous étions plus jeune, et il est parfois agaçant, mais...
-Je ne veux pas entendre la suite de cette phrase, Potter. Tu sais ce que je pense de Weasley et de toute sa clique et rien ni personne ne me fera changer d'avis.
-Et je n'ai jamais dit que tu avais tort. Je me méfie de Ron, et je sais qu'il répèterait tout ce que je fais de travers à Dumbledore si jamais il le savait. Les Weasley sont à la botte de Dumbledore, ajouta-t-il sombrement. Tu n'as pas besoin de me le répéter à longueur de journée pour que j'en aie conscience.
Il caressa amoureusement les pages rugueuses du vieux volume, songeur.
Son amitié avec Ron était étrange, il en était le premier conscient. Il leur arrivait de s'entendre très bien, lorsqu'il en allait de Quidditch, notamment. Ils arrivaient à rire ensemble, à se moquer de leurs professeurs, à râler sur leurs devoirs et à passer de bons moments le soir dans la Salle Commune de Gryffondor.
Mais ils pouvaient également se disputer violemment et ne plus se parler pendant des jours, voire des semaines entières. Ils avaient rarement la même opinion sur les choses de la vie qui les entouraient, et avaient reçu une éducation si strictement différente qu'il était difficile de s'entendre sur tout un tas de sujets divers et variés. Harry essayait généralement de faire profil bas devant Ron, qu'il savait totalement acquis à la cause de Dumbledore, mais il était parfois difficile de faire la sourde oreille lorsque Ron faisait l'éloge du directeur de l'école ou critiquait et insultait ouvertement le Seigneur des Ténèbres.
Draco haïssait Ron. Ce qui faisait souvent sourire Harry. Il aimait penser que Draco était jaloux de son amitié avec Ron, mais il était évident qu'il s'entendait bien mieux avec le jeune Serpentard qu'avec le Gryffondor. Il n'y avait donc pas lieu à être jaloux.
Il avait demandé à Draco d'arrêter d'insulter ouvertement ses camarades de Gryffondors, car cela donnait inévitablement lieu à des discussions agaçantes sur son amitié avec Malfoy, qu'il avait eu de plus en plus de mal à supporter. On lui reprochait de s'allier avec l'ennemi, de faire un pacte avec le diable et surtout, on insultait et rabaissait Draco à tout bout de champs, ce qui avait le don d'irriter Harry. Il n'avait jamais caché son amitié avec Draco, et ne comptait pas le faire, mais il ne pouvait pas supporter qu'on la lui reproche constamment. Il lui semblait par ailleurs difficile d'avoir à choisir entre son amitié controversée avec le Serpentard, et sa camaraderie plus ou moins forcée avec les Gryffondors. Il savait qui il choisirait, le cas échéant, et cela ne plairait guère à Dumbledore mais, par soucis d'avoir la paix aussi longtemps que possible, il ne voulait pas avoir à faire un tel choix.
Il caressait toujours les mots inscrits à l'encre noire sur le sommaire du livre, et les doigts de Draco se retrouvèrent brusquement près des siens, jouant sur le papier jauni. Harry leva les yeux en direction de l'autre garçon et il rougit brusquement lorsqu'il s'aperçut que Draco le fixait avec intensité. Leurs doigts se touchèrent, ceux de Draco effleurant délicatement les siens. Voulant échapper au regard anthracite de Draco, Harry baissa les yeux et observa leurs doigts, ceux pâles de Draco contrastant avec les siens, plus halés. Des frissons remontèrent le long de son bras et il sourit doucement.
-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Draco qui le fixait toujours sans ciller.
Harry haussa les épaules.
-Rien, affirma-t-il.
Il laissa passer quelques secondes, puis demanda :
-Tu dois le rendre quand ?
Ce fut au tour de Draco de hausser nonchalamment les épaules. Il délaissa subitement les doigts d'Harry et s'empara d'un bout d'herbe qu'il tordit inconsciemment entre ses doigts fins, tandis qu'il fixait Harry sans ciller d'un air concentré.
-Quand tu l'auras fini. Mais sache que mon père me tuera si tu te le faisais confisquer. Alors fais attention.
Harry sourit.
-Je ne voudrai pas que ton père te tue, dit-il, l'air narquois.
A nouveau, Draco haussa les épaules. Un cri retentit près d'eux et, d'un même geste, les deux garçons tournèrent la tête, leur attention momentanément détournée de leur conversation. Au bord du lac, deux garçons en avaient saisi un troisième et tentaient de l'amener sur la rive pour le jeter dans l'eau. Le malheureux se débattait comme un diable pour tenter d'échapper à la baignade forcée, sous les hurlements et les huées des filles qui observaient la scène avec amusement.
Sans un mot, Harry et Draco se détournèrent de la scène dans un geste simultané. Ils se refirent face, l'air impassible, et leurs regards se retrouvèrent. Les deux garçons s'observèrent silencieusement pendant de longues secondes, sans ambigüité aucune, tentant de lire dans le regard de l'autre ce qu'ils ne se disaient pas.
Il semblait à Harry qu'il connaissait Draco depuis toujours. Il leur arrivait de se comprendre sans échanger le moindre mot, juste par la force du regard, et ils partageaient, parfois, une complicité spontanée et réelle qu'il n'avait jamais trouvée avec Ron. Harry pouvait passer des heures auprès de Draco sans le trouver importunant ou sans ressentir soudain un besoin de calme et de solitude pressant. Il faut dire que Draco était l'opposé de Ron. Il était calme, discret, réfléchi, intraverti, studieux, il lisait autant que lui, aimait les mêmes matières, avait les mêmes centres d'intérêt, possédait un mystère, un charme et un charisme que Ron ne possédait nullement et que Harry appréciait grandement chez Draco. Il pouvait, avec lui, discuter de tout, tandis qu'avec Ron, il discutait surtout de rien.
Cette impression, évidemment, était fausse. Il ne connaissait pas Draco depuis toujours. Mais le jeune garçon avait accompagné toute son enfance, dans ses rêveries d'enfant. Dès sa première rencontre avec Draco, il avait compris que l'Héritier Malfoy serait à la hauteur de l'image qu'il s'en était faite durant toutes ces années. Et il ne l'avait que plus apprécié.
Tous deux entretenaient une relation un peu étrange. Malsaine, disait parfois Hermione, ce qui faisait froncer les sourcils de Harry. Incompréhensible, affirmait Ron, bougon et jaloux. Interdite, disaient certains Gryffondors. Incompréhensible, disait Sirius, mécontent.
Leur début d'amitié avait survécu, contre toute attente, à leur répartition respective, à Gryffondor pour l'un, à Serpentard pour l'autre. Harry avait été bien trop fasciné par Draco pour lui tourner le dos, malgré sa jalousie, au début, que l'autre garçon ait accédé à Serpentard et pas lui. Draco, lui, était bien trop sous l'influence de son père, lui-même sous l'influence du Seigneur des Ténèbres, pour tourner le dos à Harry Potter.
Ils avaient d'abord appris à se supporter, car Malfoy, bien qu'il ait, aux yeux de Harry, de nombreuses qualités, n'était pas toujours de compagnie agréable. Avec lui, tout n'était pas toujours naturel ou facile comme ça pouvait l'être avec Ron. Le jeune homme avait du caractère, de la répartie et des préjugés, et il ne s'en cachait pas. Lorsque son avis divergeait de celui de Harry, pour quelques raisons que ce soit, cela semblait creuser entre eux un fossé infranchissable, que Malfoy ne manquait jamais de faire remarquer, l'air toujours méprisant. Mais, à terme, ils se retrouvaient toujours, comme s'ils ne pouvaient pas se passer l'un de l'autre bien longtemps et parce que le fossé n'en était jamais vraiment un. Draco avait tendance à exagérer.
Puis ils avaient appris à s'apprécier, et cela s'était fait naturellement. Tous les défauts de Malfoy semblaient s'être subitement transformés en qualité. Sa répartie inégalable faisait sourire Harry, son air froid et hautain l'amusait, sa prestance l'impressionnait. Malfoy pouvait parler avec sérieux de sujets qui avaient longtemps passionné Harry et qui lui avaient été interdits dès son arrivée chez les Weasley. Mieux encore, Malfoy avait été élevé selon les mêmes préceptes que ceux que Voldemort lui avait inculqués, pendant quatre ans et, parfois, quand il discutait avec Draco, Harry avait l'impression de remonter le temps et de revenir à cette époque bénite où il avait côtoyé le Lord.
Harry se faisait souvent la réflexion selon laquelle, s'il n'avait pas été enlevé à dix ans par les membres de l'Ordre, il serait aujourd'hui comme Draco. Draco était un jeune aristocrate élevé selon des préceptes anciens et stricts. Il connaissait la politique, la guerre et ses enjeux, il savait ce qui était bon pour le monde sorcier et connaissait mieux que personne les affaires du Lord. Harry l'admirait pour cela. Il l'enviait aussi, parfois, mais essayait de le cacher. Malfoy était déjà suffisamment arrogant.
Tous les deux n'étaient pas les meilleurs amis du monde, mais Harry appréciait énormément la compagnie de l'Héritier Malfoy autant qu'il appréciait cette complicité qui passait entre eux, certains moments, quand ils ne se disputaient pas. Avec Draco, c'était tout en retenue, tout en douceur, tout par derrière. Il était l'opposé exact de ce qui caractérisait les Weasley: la profusion, le bruit, l'extravagance, le chaos, l'anarchie, l'exubérance. Et Harry aimait cela chez lui. Il aimait se dire que Malfoy était un ami qu'il avait lui-même choisi. Il aimait penser que cela agaçait Dumbledore, de le voir trainer avec Draco.
Il y avait chez Draco quelque chose qui l'attirait inévitablement. Il le trouvait majestueux, respectable, fascinant, beau. Il retrouvait chez le jeune homme tout ce qu'il avait un jour tant apprécié chez Lucius Malfoy. Il voyait Draco promis à un grand avenir, cet avenir-là même dont il avait été privé à cause d'un stupide enlèvement.
Il était fier que Draco l'ait accepté comme ami, car il n'avait rien à lui offrir, mis à part sa colère contenue. Malfoy était un allié de choix. Il agaçait Dumbledore, il était proche de Rogue, son père était le bras droit du Lord, et il avait la carrure et le charisme pour réussir. Réussir quoi, Harry ne le savait pas encore. Mais il lui semblait, pour une raison qu'il ne s'expliquait pas, qu'il devait à tout prix rester ami avec Draco. Il lui semblait que, dans son sillage, il pourrait réussir avec lui.
A quel moment leur amitié s'était-elle transformée en flirt ? Harry n'en avait strictement aucune idée.
Il était bien incapable de se souvenir à quels moments leurs gestes amicaux étaient devenus des gestes affectueux, leurs regards s'étaient fait plus concernés, plus intenses, plus tendres, parfois. Il ne savait plus à quel moment leurs poignées de mains et leurs accolades étaient devenues plus ambigües. Il ne savait pas non plus à quel moment il avait commencé à penser à Draco comme étant son petit ami, plutôt que son ami.
Tout cela s'était fait tellement naturellement, au détour d'une conversation, d'une dispute, d'un rapprochement, qu'il en avait à peine eu conscience. C'était au bout de plusieurs semaines, plusieurs mois, peut être, quand leur relation n'était plus du tout ce qu'elle avait été, qu'il s'était aperçu qu'elle avait changé.
Ils n'en avaient jamais parlé, ni avaient jamais fait allusion, mais tous les deux en avaient pourtant pleinement conscience, et cela transparaissait parfois dans leurs gestes, dans leurs regards, même s'ils gardaient entre eux une distance froide et respectueuse, la plupart du temps.
-En parlant de mon père, reprit soudain Draco en détournant subitement le regard. Tu as lu la lettre qu'il t'a fait passer ?
-Que le Lord m'a fait passer, tu veux dire, corrigea Harry qui, un peu malgré lui, bomba le torse. Oui, je l'ai lue.
Volontairement, il s'arrêta là, et apprécia le regard noir que lui jeta Draco à cet instant. L'air de rien, il baissa les yeux sur son livre, dont il caressa doucement la couverture. Draco plissa les yeux et contre-attaqua :
-Je pensais que tu haïssais le Lord.
-Cela ne veut pas dire que je ne peux pas lire le courrier qu'il m'envoie.
Malfoy l'observa silencieusement pendant de longues secondes. Il se caressa nonchalamment la lèvre inférieure de l'index, dans un geste qui rappela à Harry cette manie qu'avait le Lord, lorsqu'il réfléchissait.
-Un peu, quand même, affirma-t-il finalement. Je ne pense pas que tu le hais autant que tu aimes le proclamer. Si ça avait été le cas, tu aurais jeté cette lettre au feu.
Harry haussa les épaules. Malfoy avait tendance à l'agacer. Il était souvent perspicace dans ses observations et dans ses propos, et c'était parfois fatiguant, de le voir ainsi viser juste la plupart du temps.
-Est-ce que tu le hais ? insista Draco en se penchant instinctivement en avant, vrillant Harry de son regard gris métallique.
Harry le regarda brièvement avant de baisser les yeux. C'était la première fois que Malfoy lui posait la question aussi directement et il vit ressurgir à la surface toutes ses émotions embrouillées qu'il s'efforçait de refouler au plus profond de lui. Tout était flou et confus, et il était bien en peine de démêler tous ses sentiments.
-Beaucoup de monde aimerait que ce soit le cas, affirma doucement Draco. Mais tu ne dois pas te laisser influencer. Tu dois penser par toi-même.
Harry sourit doucement.
-Qui t'a demandé de me dire cela ?
Malfoy sourit de son sourire en coin un brin énigmatique. Il échangea un regard intense avec Harry et répondit doucement :
-Personne.
Harry sourit de plus belle, et secoua doucement la tête.
-Je ne le hais pas, dit-il. Je lui dois beaucoup, et je n'oublierai pas ce qu'il a fait pour moi.
-Mais ?
Le sourire de Malfoy s'était agrandi et Harry détourna les yeux, gêné. Il était incapable de le dire à haute voix. Il ne l'avait jamais fait, il avait banni ces quelques mots de sa vie et de sa mémoire et Draco n'était pas le premier à essayer de lui faire dit à haute voix cette horrible réalité.
-Mais il n'a jamais cherché à venir me récupérer, lorsque les membres de l'Ordre m'ont enlevé, affirma-t-il au lieu de mentionner ses parents. C'était comme si je ne comptais pas pour lui. Et après toutes ces années, je me suis fait une raison.
Malfoy sourit doucement, et lui lança un regard qui disait clairement qu'il n'était pas dupe.
-Mais il t'a écrit, fit-il remarquer.
-Cinq ans après ! Pourquoi ne l'a-t-il pas fait plus tôt, s'il tient vraiment à moi ? Pourquoi n'a-t-il pas cherché à entrer en contact avec moi avant ? Pourquoi n'a t-il pas essayé de me récupérer, lorsque j'étais encore chez les Weasley ?
-Peut être ne savait-il pas où Dumbledore t'avait amené. Peut être même a-t-il essayé de te récupérer, qu'est-ce que tu en sais ?
Harry haussa les épaules, penaud. Il est vrai que Dumbledore ne lui en aurait pas parlé, si le Lord avait essayé de venir le chercher, après son enlèvement. Mais cela n'expliquait pas pourquoi le Maître n'était pas entré en contact avec lui plus tôt. Voilà cinq ans qu'il était à Poudlard, cinq ans qu'il aurait pu envoyer cette lettre. Pourquoi ne le faisait-il que maintenant ?
Malfoy le fixait avec une telle intensité qu'Harry se sentit brusquement mal à l'aise. Il renvoya au jeune homme un regard plein de défiance, tentant de cacher son trouble.
-Comment aurais-tu réagi, à onze ans, si, à peine entré à Poudlard, tu avais reçu une lettre du Maître ? demanda Draco.
-Comment pourrais-je le savoir ? répondit Harry en haussant les épaules, l'air faussement nonchalant.
Draco se redressa. Il se mit à genoux sur la pelouse, s'approchant encore un peu de Harry. Ses genoux effleuraient les jambes du jeune homme, mais les deux jeunes hommes semblaient en avoir à peine conscience, habitués qu'ils étaient à avoir une telle proximité.
-Moi, je sais, affirma Draco avec arrogance, faisant sourire Harry. Tu étais en colère et immature, à ce moment-là. Tu étais encore bouleversé par les révélations de Dumbledore, et tu bouillais envers le Maître d'une rage et d'une haine à peine contrôlées. S'il avait voulu entrer en contact avec toi à ce moment-là, tu l'aurais rejeté sans réfléchir.
Draco souriait d'un sourire en coin suffisant, persuadé d'avoir raison.
-Le Maître a probablement attendu que tu sois plus mature et plus à même de gérer ta colère avant d'entrer en contact avec toi.
Harry plissait les yeux, l'expression clairement suspicieuse à présent.
-Et tu as pensé à tout cela tout seul ou tu le tiens de ton père ?
Malfoy l'éblouit d'un sourire narquois.
-Ca, tu ne le sauras jamais.
Harry grogna, mais n'insista pas. Les deux garçons restèrent silencieux quelques secondes, avant que Draco ne demande :
-Que vas-tu faire, à présent ?
Harry s'arracha au regard anthracite du jeune Serpentard et se perdit dans la contemplation du lac.
-Ca dépend de ce qu'il attend de moi, affirma-t-il doucement. Mais je ne serai jamais son pion. Je l'ai déjà été bien trop longtemps. Je ne me laisserai plus jamais manipuler. Pas personne.
-Si tu deviens un de ses Mangemorts, tu pourras contribuer à ...
-Je ne deviendrai jamais Mangemort, Malfoy. Je viens de te dire que je ne veux pas être un vulgaire pion. C'est ce que sont ses Mangemorts, tous. Je ne me mettrai jamais à son service.
-Alors tu seras son ennemi.
Harry resta songeur, le regard perdu dans le vide. Dans la bouche de Draco, il ne semblait y avoir que deux solutions: être l'allié, ou être l'ennemi du Seigneur des Ténèbres. Harry voyait la situation différemment, pourtant.
Il lui semblait être spécial, aux yeux de Voldemort. Il lui semblait que le Maître n'avait pas l'intention de faire de lui un Mangemort. Aurait-il pris la peine de l'élever, le cas échant ?
-Je ne sais pas ce que je vais faire, affirma-t-il, mais j'ai besoin d'avoir des réponses à mes questions. J'ai besoin de savoir pourquoi il a fait tout cela pour moi. J'ai besoin de savoir ce qu'il attend de moi.
-Qu'est-ce qui te fait dire qu'il attend quelque chose de toi ?
-Est-ce qu'il agit avec tous ses Mangemorts comme il agit avec moi ? Est-ce qu'il les a accueillis, élevés, instruits ? Est-ce qu'il leur envoie des lettres mystérieuses ?
Sans laisser le temps à Draco de répondre, il reprit :
-J'ai besoin de savoir ce qu'il se passe autour de moi. Et puisque Dumbledore ne sera jamais sincère avec moi, c'est à lui que je dois demander. Lui a toujours répondu à mes questions. Il me dira.
Une jeune fille était subitement apparue derrière Draco. Essoufflée, elle rougit quelque peu lorsque Harry leva vers elle ses yeux émeraudes. Timidement, elle s'approcha du jeune homme et lui tendit un parchemin. Harry s'en saisit sans un mot et elle tourna précipitamment les talons.
-Qu'est-ce que c'est ? demanda Draco alors que Harry jetait au rouleau de parchemin un regard suspicieux.
-Dumbledore, répondit le jeune homme en avisant l'écriture fine et penchée qu'il avait appris à connaître au fil du temps.
Le directeur l'avait régulièrement convoqué au cours des années, pour des raisons plus ou moins justifiées, aux yeux de Harry. A plusieurs reprises, le jeune homme n'avait pas honoré le rendez-vous, mais comme il n'y avait eu, en réponse, aucunes sanctions, il avait fini par se dire que le professeur n'avait rien de bien important à lui dire.
Aujourd'hui, c'était cependant la troisième lettre qu'il recevait depuis le début de la semaine et la convocation était imminente, ce qui le fit soupirer.
-Qu'est-ce qu'il te veut, encore ? râla Draco d'un air méprisant qui fit doucement sourire Harry.
Son sourire disparut néanmoins rapidement, tandis qu'il fixait la lettre froissée dans son poing.
-Tu crois qu'il sait ? Demanda-t-il, un peu effrayé à cette perspective.
Draco haussa un sourcil. Il souriait toujours narquoisement, et Harry ne put s'empêcher de lui lancer un regard noir. Le conflit qui opposait Harry à Dumbledore amusait toujours grandement le Serpentard, mais Harry ne trouvait pas cela drôle, du tout.
-A propos de quoi ? Du livre ou de la lettre ? rétorqua Draco. Je pense qu'il n'y a qu'un moyen de le savoir. Tu vas devoir y aller, cette fois.
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A suivre…
Et voilà pour ce chapitre, qui explique un peu quelle relation entretiennent Harry et Draco ! Ca vous plaît ? Pas trop déçus ?
A la semaine prochaine pour la suite !
Natom, 18/10/15
