Je suis contente, malgré mon retard, parce que j'ai eu le temps d'avancer beaucoup sur le prochain chapitre. Et je sais que les prochains vous tiendront un peu plus en haleine. J'espère que ça vous plaira et que je n'ai pas trop tardé. Bisouilles à tous et merci pour vos encouragements. Moi, je me remets au boulot dès que possible...

Et puis le chapitre est plus long, non ? Happy ?

Gen


Chapitre 25

Les milliers de petites étoiles brillaient avec une énergie inébranlable. Après quatre jours passés à contempler avec grisaille le plafond rempli d'ombres, il lui avait finalement lancé un sort. Le résultat ressemblait beaucoup à celui du ciel magique de la Grande Salle et il s'étonnait encore d'avoir réussit un tel acte de magie. Cela semblait si réel...

Lily aimait à venir squatter sans vergogne son lit, se blôtissant contre lui pour regarder le plafond jusqu'à tomber de sommeil. Encore ce soir, elle s'était endormie, sa peluche de phénix serrée contre son petit corps, boudinée contre son torse. Il caressa avec adoration ses mèches blondes, un petit sourire tendre aux lèvres. Elle avait réussit à lui faire promettre de relancer ce sort une fois qu'ils seraient rentrés à la maison.

C'était la première fois depuis leur arrivée en Angleterre qu'elle parlait d'un éventuel départ avec enthousiasme. Oh, elle aimait ce nouveau pays à l'accent un peu pompeux, comme celui qu'avait son papa et si différent de celui de l'Amérique. Elle aimait aussi Tomas et Hermione avec qui elle avait rapidement créé des liens, à son plus grand plaisir. Même Blaise lui plaisait, lui racontant toujours des plaisanteries ou lui rapportant des livres d'images remplis de créatures magiques. Mais ça ne pouvait pas durer éternellement, n'est-ce pas ?

Il fallait bien penser à rentrer, tôt ou tard.

Il en ressentait de la peine, bien entendu. Tout quitter, une fois de plus. Peut-être pas définitivement, mais pour un temps. Laisser les choses se calmer. Il ne servait à rien de veiller des heures durant Remus, de contempler avec une boule dans la gorge son visage pâle et meurtri. C'était se faire du mal. C'était malsain, disait Pompom.

Mais il y avait aussi une certaine part de soulagement. Retrouver son petit monde. Les épilobes fleuriraient bientôt, laissant leur grandes tiges se couvrir de magnifiques fleurs roses. Assis sur son balcon, une tasse de café à la main, il se retrouvait toujours attendri par la vision de sa fille courant dans l'arrière-court donnant sur la mer. Il lui avait aussi promis une balançoire en bois avant l'automne.

Lorsqu'ils rentreraient, Lily cueillerait un joli bouquet de fleurs sauvages et le poserait sur la table de la cuisine. C'était sa petite touche personnelle. Ça et les jouets qu'elle s'évertuait à semer ici et là dans la maison.

Il posa un baiser tendre sur le front de l'enfant endormi et, repoussant les couvertures, sorti du lit. Il prit soin de bien couvrir la fillette avant de fermer la porte du dortoir derrière lui.

Descendant les marches de pierres froides, il trouva refuge dans un fauteuil près du manteau de la cheminée éteinte. Son regard dériva vers la cendre froide.

Il ne parvenait plus à dormir.

Hermione disait que ses cernes étaient affreux et tentait de le pousser à demander une potion de sommeil à Mrs Pomfresh. Il acquiesçait toujours pour la forme mais chacun d'eux savait pertinemment qu'il ne le ferait pas.

Heureusement, elle n'avait pas vu l'état de ma cicatrice, pensa-t-il avec un sourire désabusé. Un peu de fond de teint moldu et il n'y parraissait presque plus. Pour combler l'illusion, il utilisait quelques mèches et voilà ! Plus de marque écarlate. Si seulement la douleur pouvait disparaître aussi facilement...

Il se passa une main sur le visage. Sa peau était moîte. Des sueurs froides à tout moment de la journée. Voldemort s'amusait à ses dépends. C'était sûrement jouissif pour cette charogne.

Comment trouver le sommeil dans ces cas ? Il suffisait parfois qu'il ferme les yeux pour ne voir que violence et mort. Pour ne plus voir que du rouge.

Le maquillage aidait aussi pour les cernes, certes, mais pas pour les effets du manque de sommeil évident.

L'horloge de Poudlard sonna quatre heures. Le soleil, puisqu'on était l'été, se levait lentement derrière la Forêt Interdite. Ne supportant pas de rester à ne rien faire, il changea son bas de pyjama en un pantalon de toile ample. Torse nu dans la fraîcheur du matin et en frissonnant avec un léger sourire, il jeta un sort de protection sur le dortoir et les alentours avant de sortir de la tour des Gryffondors, dévalant les escaliers du collège pour déboucher à l'extérieur, dans le parc humide de rosée. Ses pieds nus le menèrent vers le petit entrepôt près de l'entrée ouest où, il le savait, Mrs Bibine gardait des balais pour ses cours. Il avait malheureusement laissé son vieil Éclair de Feu chez lui. Il se promit de le ressortir pour une remise en état plus que nécéssaire. Il trouva finalement un balai qu'il jugea d'un oeil critique avant de l'enfourcher pour s'envoler.

Merlin, ça faisait si longtemps ! pensa-t-il en prenant de plus en plus de vitesse, poussant le balai à son extrême. Il coupait l'air avec une grâce qu'il n'avait jamais perdue, sentant ses cheveux et ses vêtements flotter dans le vent, suivant sa silhouette élancée.

Il enchaîna loopings et autres accrobaties vertigineuses pendant des heures, retrouvant cette sensation si prisée de liberté. Il imagina un vif d'or et poursuivit les ombres, parfois aveuglé par le soleil de plus en plus haut dans le ciel. C'était si bon de frôler le sol, de flotter sans fin, de sentir cette puissance. Il s'amura à sauter de son balai, utilisant sa magie pour ralentir sa chute juste assez pour conjurer son balai à lui.

Lorsqu'il perçut enfin deux silhouettes arriver du château, il redescendit, souriant comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps. Lily lâcha la main de sa marraine pour courir jusqu'à lui, des étincelles dans les yeux.

- Je peux faire un tour, dis ? demanda-t-elle avec ferveur. Tu m'avais promis, tu te souviens ?

Il rit en lui tendant la main pour la soulever et l'asseoir sur le manche du balai. Il la laissa trouver une position confortable et un point d'équilibre avant de reprendre de la hauteur.

- Pas de folies, Harry ! l'avertit Hermione avec une fausse autorité. Je te connais !

Il lui adressa un sourire lumineux et, sous un cri de plaisir venant de la petite fille, il s'envolèrent encore plus haut. Un bras autour de la taille de sa fille, Harry ferma les yeux, se fiant totalement à son instinct. Ils survolèrent le lac, leurs pieds frôlant l'eau fraîche, et le Survivant goûta pleinement cette pléitude si rare.

Hermione rejoignit la Grande Salle, l'ombre d'un sourire fleurissant toujours au coin des lèvres. Son mari l'accueillit d'un baiser et elle envoya un regard tendre à son fils qui parlait joyeusement avec son parrain, un peu de tartinade de framboise au coin de la bouche. Draco lui souhaita un bon matin en tendant une serviette propre à Tomas pour qu'il se débarbouille, ce qu'il fit avec une grimace.

- Depuis quand fais-tu la grasse matinée ? demanda-t-il à son amie. Je te croyais lève-tôt.

- Je ne suis pas paresseuse, moi, rétorqua-t-elle en se servant un café au lait. Je suis passée voir Lily et l'ai retrouvée seule, un peu confuse.

- Potter s'était fait la malle ? fit Blaise en lui tendant le sucre.

- Il était sortit voler, leur apprit-elle. Il ne voit jamais le temps passer lorsqu'il est sur un balai.

Elle joua un instant avec sa cuillère dans sa tasse.

- C'est dans ces moments-là que je retrouve un peu le Harry que j'ai connu, dit-elle avec un peu de mélancolie.

- Je ne l'ai jamais vu voler depuis sa sixième année, fit remarquer quant à lui son époux.

La jeune femme hocha la tête. Draco se taisait tout simplement, déplaçant sans grande conviction ses céréales dans son bol.

- Il a dû laisser tomber le poste de capitaine de l'équipe de Quidditch des Gryffondors, faute de temps. Et d'énergie, je crois. Les entraînements spéciaux qu'il recevait nous le rendaient exténué, abbatu. Il parlait moins, devenait plus secret, fermé sur lui-même. Je crois qu'il croyait de moins en moins à ses chances de térasser Voldemort.

Elle sirôtait lentement son café, les yeux dans le vague.

- Il y a des choses que nous aurions dû voir venir mais pour lesquelles nous n'avons pas été assez prévenants.

Blaise posa une main sur la sienne, se penchant vers elle pour embrasser sa tample.

- C'est du passé, chérie, souffla-t-il à son oreille.

- Mais regarde où tout ça nous a menés, répliqua-t-elle avec lassitude.

Elle s'efforça de sourire tout de même.

- Et toi, Draco, comment vas-tu ?

Elle lui trouvait l'air légèrement plus songeur et triste qu'à l'accoutumée. Ni lui ni Harry n'avaient reparlé de leur rencontre dans la Salle sur Demande.

- Bien, assura-t-il.

- On ne t'a pas vu beaucoup, ces derniers jours, lança-t-elle d'un ton appuyé.

- Quelques réunions d'appoint, expliqua le blond. Et puis Dumbledore m'a demandé de suivre quelques pistes concernant les disparitions récentes. Pour l'instant, ça ne mène à rien. Mais bon, j'arriverai sûrement à dénicher quelques renseignements suceptibles d'aider, d'une manière ou d'une autre.

- J'en suis sûre, l'encouragea-t-elle. Néanmoins, sois prudent.

- Alors, intervint une petite voix flûtée, t'es un espion ?

Lily, que personne n'avait vue arriver, prit place près de Draco sur le banc, le regardant avec de grands yeux pleins d'interrogations.

- T'es comme James Bond, alors ? s'enquit-elle.

- Comme qui ? fit Draco avec perplexité.

- James Bond, répéta-t-elle lentement.

- Je ne penses pas connaître.

- Mais voyons, tout le monde connaît James ! s'étonna-t-elle. T'as pas la télé ?

Hermione pouffa et faillit s'étouffer avec un bout de son toast. Elle regarda avec amusement la fillette de cinq ans tenter d'expliquer à l'adulte qui était ce fameux espion anglais et lui raconter ô combien fabuleux il était, avec tout ses gadjets supers.

- Papa m'a amenée voir le dernier au cinéma, c'était 'ouah!' mais y'avait ce type devant qui ronflait. Tu imagines ? s'exclama-t-elle. S'endormir devant un si bon film ? Alors je lui ai jeté du popcorn mais il s'est retourné et s'est mis à me crier dessus ! On a dû quitter la salle mais il voulait tabasser papa, une fois dehors !

Elle était maintenant debout sur le banc, faisant de grands gestes pour illuster ses propos.

- Il était au moins gros comme une baleine et je suis certaine que c'était un ogre.

- On dirait Draco racontant combien effrayant était l'hyppogriffe, en troisième, murmura Blaise à sa femme.

Hermione sourit simplement.

- Mais papa, il a pas eu peur parce que mon papa, c'est le plus fort, tu sais ? continua Lily. Il fait du karaté, en plus. Mais l'autre a quand même voulu l'assômer. Papa lui a fait une prise et PAF! Il est tombé sur le dos.

Son coup de pied, fait pour montrer à tous à quoi ressemblait la fameuse bagarre, faillit casser le nez de Draco qui se recula juste à temps.

- C'était marrant, termina avec un grand sourire Lily avant de se rasseoir pour prendre un quartier de pomme tranchée.

Tout le monde la regarda avec étonnement croquer dans son bout de fruit.

- Euh... où est ton père, Lily ? demanda enfin Hermione.

- Parchi che changer, fit-elle en machouillant.

- Ne parle pas le bouche pleine, dit Draco.

- Faut pas poser de questions quand je mange, alors ! rétorqua-t-elle en lui tirant la langue.

L'ancien prince des Serpentards haussa un sourcil. Assise en face d'eux, Hermione les regardait avec attendrissement. Comment ne pas se douter de leur lien de parenté en les voyant si similaires, côte à côte. D'ailleurs, depuis quelques minutes, Blaise lui jetait des petits coups d'oeil de côté, lui signifiant muettement qu'ils devraient bientôt avoir une conversation. Aussi ardemment qu'il le souhaite, Harry n'arriverait pas à cacher éternellement la vérité. Combien de temps cela prendrait-il avant que Draco n'enlève ses oeillères ?

- Tu sais, fit la fillette, papa veut que je te présente des excuses.

- Ah oui ? s'étonna le jeune espion.

- Pour le coup de pied, précisa Lily.

Ses magnifiques yeux verts émeraude le fixaient avec sérieux.

- Mais tu avais frappé papa et je pense que c'était tout à fait maritime.

- Légitime, corrigea Draco.

- C'est ce que j'ai dit. Enfin, je m'excuse, donc. Mais si tu frappes encore papa, je recommencerai, d'accord ?

- Lily, gronda la voix de son père qui, comme sa fille, se faufilait avec aisance. Sois gentille, tu veux ?

Il s'assied près d'elle et se servit un café.

- Je suis toujours gentille ! se défendit l'enfant avec une moue boudeuse.

Il la regarda, moqueur, et lui beurra un toast de marmelade.

- Mange, petit monstre. Tous les cris perçants que tu as poussés résonnent encore à mes oreilles. Et quand tu manges, on ne t'entends plus. Alors avale.

- Vu la manière dont tu voles, Harry Potter, je m'étonne qu'elle ne soit pas verte ! l'investigua Hermione.

- Je sais maîtriser un balai, moi ! se vengea-t-il.

Elle voulu lui donner un coup sous la table mais il l'évita, souriant malicieusement.

Draco profitait de leur petit échange pour observer son ancien amant. Il sortait de la douche et ses cheveux étaient encore humides. Un petite goutte dégringolait justement derrière son oreille sur sa peau hâlée recouverte de chair de poule. Ses joues étaient rougies par sa sortie et l'humidité du matin. Il resplendissait dans ses robes pourtant d'une coupe très stricte, quoique confortable, d'une couleur bleu nuit. Mais en bon connaisseur, Draco préférait nettement ce qui se cachait sous les couches de tissus...

Il n'aimait pas cette situation. Harry l'avait à peine regardé depuis leur ''rendez-vous''. Il l'évitait constamment, trouvant toujours une raison pour partir loin de lui. La situation était invivable. C'était plus fort que lui. Il avait besoin de le voir, de sentir sa présence. Et pourtant, il s'efforçait de vaincre cette sensation de perte et de douleur devant son indifférence, sachant que tôt ou tard, l'ancien Gryffondor repartirait aussi rapidement qu'il était arrivé. Et ça ferait plus mal encore que le dernière fois. Parce qu'il avait compris.

Vivre sans Harry Potter, que ce soit pour l'insulter ou lui murmurer des mots tendres, c'était l'enfer.

Parce que lui, Draco Malfoy, il l'...

- T'as une copine, dis ? demanda Lily.

Il cligna des yeux.

- Euh, non.

- Tonton préfère les monsieurs, intervint Tomas en se penchant vers elle sur le ton de la confidence.

Lily resta un moment silencieuse, semblant tenter de comprendre ce que son copain voulait signifier.

- Ah bon, dit-elle finalement. Moi aussi, tu sais.

Tous sourirent, mais ceux de Draco et de Harry sonnaient un peu plus faux. Hermione, voyant leur trouble, tenta un changement de sujet.

- Alors, fit-elle, enthousiaste, tu es toujours partant pour cette sortie à Pré-au-Lard, Harry ?

- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée... hésita le jeune homme brun en jetant un coup d'oeil à sa fille.

- Oh, papa, s'il-te-plait ! supplia celle-ci avec des yeux larmoyants. Ça a l'air tellement chouette ! Tomas dit qu'il y a plein de boutiques supers comme Zonko, Honeydukes et tout et tout ! S'il-te-plaiiiiiiiittttt !

Il soupira, exaspéré de tant de mauvaise foi. Il se faisait mener par le bout du nez par une enfant de cinq ans. Le comble.

- Très bien, mais seulement une heure ou deux, accepta-t-il.

Deux petits bras fins s'enroulèrent autour de sa taille. Il répondit à son étreinte aussi spontanément que toujours.

- Merci, dit-elle avec un sourire éclatant.

Il embrassa le haut de son crâne, évitant de trop regarder Malfoy.

- Tu viens avec nous, Monsieur Draco ? s'enquit Lily en se tournant vers lui.

- Non, je dois rencontrer... quelqu'un. Pour mon boulot.

La fillette n'était pas certaine de comprendre la soudaine tension dans l'air. Ça la frustrait un peu. Mais comme elle n'y pouvait rien, elle eut une simple moue et, semblant de souvenir de quelque chose, s'exclama :

- Papa, c'est scandleux !

- Scandaleux, corrigea machinalement celui-ci.

- Ui ui, ça aussi !

- Quoi donc ?

Elle prit un air tragique.

- Draco ne connait pas James Bond !

- Papa, tu peux lâcher ma main, tu sais. Je peux marcher toute seule.

Harry regarda son petit ange blond.

- Désolé, s'excusa-t-il en la relâchant. Je suis un peu nerveux.

- Tout ira bien, 'Ry, lui assura Hermione près d'eux. Personne ne sait que nous nous rendons au village. Et puis, c'est un endroit sûr.

Il haussa un sourcil dans sa direction et lui montra son bandage au bras.

- Bon, reconnu-t-elle, peut-être pas si sûr, mais nous avons renforcé la surveillance et doublé le nombre d'aurors de garde. Pré-au-Lard est beaucoup moins attaqué qu'avant, tu sais. Quelques scientifiques du Ministère travaillent présentement sur un prototype de dôme protecteur. Ça ne réaliserait pas de miracles mais, au moins, nous pourrions avoir quelques minutes de sursit.

- Je sais, Herm', j'ai juste... un mauvais présentiment.

- Si on s'était empêchés de sortir chaque fois que tu en as eu un ! rit-elle.

Il hocha la tête. Peut-être qu'il s'en faisait un peu trop, en effet.

L'après-midi se déroula tranquillement, au gré des éclats de rire et des questions de la fillette blonde. Plus qu'enthousiaste par la sortie, elle courait un peu partout, voulant tout voir et tout goûter, spécialement chez Honeydukes. Harry s'efforça de combler toutes ses demandes, imposant toutefois quelques limites. Il n'avait cependant pas trop le coeur à lui refuser quoi que ce soit, attendri par ses moues enfantines.

- Elle te mène par le bout du nez, Harry, rigola Hermione en le voyant se faire traîner vers un étalage Fizwizbiz et de Gnomes au poivre.

Vers la fin de l'après-midi, Lily voulu voir la fameuse Cabane Hurlante qui faisait trembler tous les occupants du village sorcier. Le petit groupe prit donc le chemin de la vieille bicoque, deux d'entre eux ressentant un pincement au coeur en la voyant. Pour Harry et Hermione, c'était là qu'ils avaient su la vérité au sujet de Sirius. Harry avait par la suite passé plusieurs nuits de pleine lune avec Remus lors de ses transformations pendant la guerre. Son ancien professeur avait été bien surpris lorsque, un bon matin, il s'était réveillé auprès d'une panthère noire dardant sur lui ses yeux émeraude et or. Le jeune sorcier avait eu droit à un sermon monstre sur les dangers qu'il avait encourru en tentant sa transformation en solitaire, sans en avertir personne, mais l'avait finalement serré contre lui, le remerciant silencieusement. Était née entre eux, après cela, une complicité encore plus grande.

Ils finirent tous par se rendre au Trois Balais, les enfants se jetant sur leurs patisseries tandis que Harry retrouvait les délices de la Bière-au-Beurre. Lily racontait à Tomas combien jolie était la plage bordant leur maison lorsque ça arriva.

La main du Survivant se crispa sur sa bouteille et il contint un gémissement de douleur. Hermione perçut toutefois la tension présente dans tout son corps et se pencha vers lui, l'interpelant.

- Tu vas bien ?

- Je...

Un éclair de douleur traversa son crâne.

- Harry ! s'écria la jeune femme alors qu'il se levait précipitemment de table, renversant sa chaise et alarmant tout le monde dans la place.

- Dehors... balbuatia-t-il, submergé par la douleur. Il est dehors.

Il n'en fallut pas plus pour qu'un tulmute ne s'élève et que beaucoup ne sortent leurs baguettes, à l'instar du sorcier aux yeux verts.

- Partez, ordonna-t-il froidement à Hermione. Prends les enfants, utilise le passage de chez Honeydukes.

- Dumbledore l'a fait bloquer, Harry.

- Non non non, répéta-t-il.

Il regarda sa fille qui faisait de même, confuse.

- Transplanez dans Londres, fit-il en lâchant son regard. Un endroit achalandé mais sûr, un parc, un marché... ce que tu veux, mais vite. Les Mangemorts surveillent sûrement les frontières de Poudlard.

Il vit que son amie ne bougeait pas.

- Hermione ! s'exclama-t-il. Tu dois t'occuper des enfants !

-On ne peut plus transplaner, Harry ! Les barrières nous en empêchent !

Il ferma les yeux et respira profondément.

- Cachez-vous, alors. Nous les tiendrons à distance.

Harry regarda Blaise, qui hocha la tête pour lui montrer son appui. L'ancien Gryffondor se pencha vers la petite fille et posa ses mains sur ses épaules frêles.

- Il y a des méchants sorciers ? demanda-t-elle d'une petite voix effrayée.

- Tu ne dois pas avoir peur, Lily, fit-il tendrement en lui caressant la joue. Tout ira bien.

Des cris parvenaient déjà du dehors.

- Je veux que tu restes avec moi.

- Je le voudrais aussi. Mais je dois les aider. C'est ce que tu voulais que je fasses, non ? Cesser d'être un lâche.

Elle fut soudainement dans ses bras, se serrant de toutes ses forces contre lui. Ses sanglots lui brisèrent le coeur.

- Je voulais pas, hoqueta-t-elle. J'ai mentis. Restes, je t'en supplies. Je veux qu'on rentre à la maison. Je veux pas la guerre.

Il l'embrassa plusieurs fois. Prenant sa petite main, il la remit à Hermione. Lily le regarda avec des yeux remplis de larmes.

- Tout ira bien, mon ange, répéta-t-il avec conviction. On sera bientôt à la maison, je te le promets.

Puis, regardant celle qui était sa meilleure amie :

- Hermione, si jamais...

- Harry, je t'en pris...

- Non, écoute, si jamais il arrive quelque chose... Dis-le lui, d'accord ? Dis-lui tout.

Et sans rien ajouter il se fraya un chemin jusqu'au dehors, baguette à la main, prêt au combat. Hermione serra Tomas et Lily contre elle, priant Merlin pour que, comme Harry l'espérait, tout aille bien.

La panique.

Des maisons qui brûlent.

Des enfants qui pleurent. Qui crient.

Un éclair vert qui fuse, empêchant un Mangemort de lancer un Doloris sur un petit garçon d'à peine sept ans. Pour sa mère, étendue plus loin, il est cependant trop tard.

Il prend l'enfant dans ses bras et l'amène dans une ruelle déserte, lui ordonnant de ne pas bouger. Il pose un sort sur lui, un petit dôme protecteur. L'enfant émet un sanglot mais obéit. Il a grandit comme ça. Il sait comment réagir. Même si sa maman n'est plus là pour lui murmurer de garder le silence. Nathaniel regarde simplement avec des yeux remplis de larmes le grand homme qui vient de lui sauver la vie. Ce dernier lui sourit. Il a une étrange marque sur le front. Nathaniel ferme les yeux mais les sons le font encore frissonner de terreur.

Il espère que son papa viendra bientôt le chercher.

Harry retourna rapidement dans la bataille, le coeur battant. Les aurors n'étant pas là, il en conclut donc que les sortilèges entourant le village avaient une faille. Sûrement un espion dans les rangs du Ministère, une fois de plus. Ce ne serait pas une nouveauté.

Il y avait trop de Mangemorts. Et sa cicatrice lancinante prouvait que, quelque part, l'attendait très probablement Lord Voldemort, contemplant avec une joie malsaine ce que ses serviteurs éxécutaient.

D'un sortilège de désarmement, il expulsa et assoma un groupe de silhouettes noires. Son bras avait recommencé à saigner, s'il en croyait le sang qui tâchait sa robe, et il était blessé à l'arcade sourcilière. Un liquide chaud coulait le long de sa joue.

Tout en éliminant le plus de serviteurs sombres possible, il tâchait de garder un oeil sur l'établissement de Mrs Rosmerta où se trouvaient encore Hermione, Lily, Tomas et bien d'autres femmes accompagnées d'enfants. D'autres villageois agissaient comme lui et, tant bien que mal, ils réussissaient à repousser la majorité des attaques.

Un homme près de lui tomba face contre terre, paralysé par un sort. N'ayant pas le temps de faire quoi que ce soit pour lui, Harry se contenta d'avancer pour se mettre devant, empêchant leurs ennemis d'en faire leur jouet.

Mais que pouvaient réellement faire une poignée d'hommes, certes braves mais en infériorité numérique, contre un escadron de Mangemorts ? Il ne resta bientôt plus que quelques personnes n'appartenant pas au côté sombre encore debout, quoique vascillantes. Mais étrangement, les serviteurs noirs reculèrent quelque peu. La raison de leur geste fut rapidement expliquée ; Voldemort s'avançait calmement, un rictus au coin des lèvres, ses yeux rouge sang dénotant son amusement.

- Tiens tiens, fit-il de sa voix sifflante et dure. Harry Potter.

Les doigts de ce dernier se crispèrent sur sa baguette magique.

- Tom, répliqua-t-il du même ton.

- Ah, Harry, quel plaisir de te revoir, vraiment. Te voilà devenu un homme.

Il le contempla un moment.

- Tu ressembles un peu plus à ta mère, commenta-t-il.

- Je t'interdis de parler d'elle, chien, cracha le Survivant.

Un éclat de rire glacé salua sa réplique.

- Côté caractère, cependant, ça n'a pas changé. Ces petits jeux entre nous m'ont manqué, je te l'avoue. Mais je savais que tu reviendrais. Tu ne pouvais pas faire autrement. La guerre fait partie de toi. Tu es comme moi, Harry, tu as besoin de tout cela.

- Nous sommes bien différents, Tom, le contredit-il. Je ne suis pas un monstre.

- Tu en es bien sûr ? sourit-il, ses yeux se rapetissant jusqu'à ne former qu'une fine fente écarlate.

Sa baguette tournoyait entre ses longs doigts fins.

- Alors, dit-il, où la caches-tu donc ?

- Je ne...

- Oh, ne sois pas rabat-joie, le coupa Voldemort. L'enfant. Je veux la voir.

Harry se crispa encore plus, si possible.

- Allons, Harry, dois-je envoyer mes Mangemorts pour la trouver ? Tu sais bien à quel point ils peuvent être... incontrôlables, parfois. On leur dit de capturer un prisonnier et ils s'amusent à l'éliminer bêtement. Qui penses-tu être à la hauteur de la tâche ? Lucius, peut-être ?

- Espèce de monstre, rugit l'ancien Gryffondor. Poses seulement un doigt sur elle et je jure de te tuer.

- Nous avons déjà joué à cela, Harry, et pourtant...

Ils se jaugèrent pendant plus d'une minute.

- Bon, fit Voldemort, très bien.

Il leva rapidement sa baguette d'un geste fluide et lui jeta un sort qu'il ne put éviter. Harry poussa un cri rauque et tomba à genoux sous l'effet du Doloris.

- Papa !

- Lily !

La petite fille accourait vers son père, poursuivie par Hermione. Harry voulu lever le bras pour l'empêcher de le rejoindre mais une nouvelle vague de souffrance le fit gémir. L'enfant vint se serrer contre lui. Devant ce spectacle, le Seigneur Sombre éclata de rire.

- Magnifique ! s'exclama-t-il en levant son sortilège, permettant au jeune homme de se relever, maintenant sa fille derrière lui pour la protéger. Elle est absolument délicieuse.

- Ne t'avises pas de la toucher, Tom, le prévint Harry, le regard dûr.

- Que feras-tu donc, Harry ? lui demanda-t-il. Entouré de mes hommes, pratiquement seul et blessé... que lui arrivera-t-il lorsque tu tomberas ? J'aurai tué cette garce de Sang-de-Bourbe depuis longtemps et cette petite sera à moi. Je saurai m'en occuper justement, fais-moi confiance...

- Que veux-tu, Tom ? s'enquit le Survivant.

- Mais toi, Harry. C'est toi que je veux. Je veux te voir agonisant, suppliant pour que je t'éparges et aie pitié. Je veux boire ton désespoir jusqu'à la lie, jusqu'à ce que tu comprennes quelle erreur tu as commise en refusant de t'allier à moi. Viens à moi, Harry. Viens à moi et je l'épargnerai.

Harry tourna la tête vers Lily qui pleurait, serrant un pan de sa cape entre ses doigts. Hermione croisa son regard et secoua la tête, mimant silencieusement un 'non' de ses lèvres tremblantes.

Mais il n'avait pas le choix.

N'est-ce pas ?

Il reporta son attention sur le meurtrier de ses parents.

- Jures sur ta magie que jamais tu ne la toucheras, que jamais mal ne lui sera fait sur ton ordre ou ta volonté.

- Sur ma magie ? Te voilà bien prudent, tout à coup. N'as-tu donc aucune confiance en moi ? s'amusa l'autre.

- Jures, Tom.

- Très bien, Potter, je jure. Satisfait ?

- Laisses-les d'abord partir, exigea-t-il.

- Tous ?

- Tous.

Voldemort soupira.

- Tu m'ennuies, Harry. Mes serviteurs ont besoin de se dégourdir, tu sais.

- Tu m'en vois désolé, vraiment, ironisa le brun.

L'autre sembla réfléchir et hocha finalement la tête.

- Ils n'auront qu'à s'amuser avec toi, fit-il en haussant les épaules.

Les Mangemorts s'agitèrent, certain laissant échapper des rires gras. Harry se demanda si Draco était là, avec eux, une cagoule sur la tête. Il se pencha vers Lily et essuya ses larmes de ses pouces, tentant vainement de lui sourire.

- Tu seras sage, d'accord, murmura-t-il.

- Papa... tu as dit qu'on rentrerait à la maison, pleura-t-elle.

- Je suis tellement désolé, mon ange.

Il posa son front contre le sien. Elle entoura ses petits bras autour de son cou.

- Je veux que tu restes avec moi, papa...

- Tu ne seras jamais seule, Lily. Lorsque tu seras de retour au château, je veux que tu ailles voir Draco, d'accord ?

- Pourquoi ?

- Il sera ton père, désormais.

- Mais je 'veux pas d'un autre papa !

- Tante Hermione t'expliquera tout, chérie.

L'enfant enfouit son visage dans son cou.

- Draco saura prendre soin de toi, mon coeur. Tu lui diras où est la maison et que vous devez vous y rendre le plus vite possible pour vous y mettre en sécurité. Tu sauras le faire ?

Elle hocha la tête silencieusement. Il l'embrassa sur le front et sur les joues.

- Je t'aime tellement, Lily. Ne l'oublies jamais.

Une voix froide lui fit relever la tête.

- Ce spectacle me donne la migraine, Potter, lança Voldemort. Dépêche-toi.

Harry se leva et prit les mains de sa meilleure amie dans les siennes, le serrant. Des larmes traçaient des sillons brillants sur ses joues. Il échangea un simple regard avec Blaise avant de rejoindre Voldemort. Celui-ci avait un sourire malsain. Il leva la main vers lui et passa un doigt glacé sur sa joue, le faisant frissonner de dégoût.

- Nous allons beaucoup nous amuser, toi et moi, sussura-t-il.

Et il sombra.

À suivre...

Pourquoi est-ce que je sens que je vais me faire haïr... ?