Voilà, enfin, un nouveau chapitre de « Comme avant » (oui, tout arrive). Désolée pour le retard mais j'ai vraiment très peu de temps à consacrer à l'écriture ces derniers temps, sans compter les problèmes de la vie quotidienne… Bref, sincèrement désolée pour mes délais de publications très aléatoires.

Sinon, merci à tous ceux qui ont reviewé (loginés ou anonymes (même si ce n'est pas évident de répondre à ces reviews anonymes du coup), commenté, critiqué ou tout simplement lu cette fic jusqu'à présent et j'espère que la suite continuera à vous plaire. Je pense avoir répondu à tout le monde, si ce n'est pas le cas, n'hésitez pas à me le dire et je rectifierai fissa ^^

Que dire concernant ce chapitre ? Il a connu pas mal de remaniements par rapport à mon plan d'origine et les différents avec Dylan prennent une tournure plus… « politique » dirons-nous… Bref, les choses ne s'arrangent pas vraiment pour les Potter.

Sinon, pour la fic en lui-même, il me reste encore 3 chapitres à écrire/publier et un épilogue, mais j'ai bien l'intention de mener cette fic à terme, au moins eu égard aux lecteurs qui la suivent.

Disclaimer : Tout, ou presque (Dylan, Kimberley, la défunte Rebecca et quelques autres), est à JKR

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Chapitre 24 – Quand le Ministère s'en mêle

Tchac… tchac… tchac…

« Pourrais-tu arrêter s'il te plaît ? »

Tchac… Tchac… Tchac…

« Bella, nom d'un Basilic, veux-tu bien cesser ? »

La concernée le gratifia d'un regard mauvais mais laissa la dague en argent plantée verticalement dans la table.

«- Passer ta mauvaise humeur sur cette table n'arrangera pas les choses…

- Tout ça à cause de cet abruti… »

Rodolphus esquissa un rictus moqueur, par-dessus l'édition du jour de la gazette qu'il feuilletait jusque là.

« Tu sais très bien qu'il sera vite relâché, il a au moins l'avantage de bénéficié de l'immunité diplomatique moldue et sorcière, grâce à sa fonction. »

Bellatrix renifla dédaigneusement.

«- Ce lâche est un incapable. Il ne doit la tolérance de notre maître à son égard qu'à sa prétendue relation avec la Sang-de-Bourbe et malgré cela…

- Je sais bien ce que tu penses de lui, mais il faut bien reconnaître que, jusqu'à présent, il a toujours su mener les choses à son avantage. Sans compter que grâce à ses nombreux démêlés avec Potter, son témoignage n'a plus aucune valeur, car trop partial, dès que Hunter est impliqué. Le Seigneur des Ténèbres exploite donc cette situation autant que possible : Après tout, si cette affaire peut contribuer à saper, du même coup, l'image du Ministère et en affaiblir les bases, autant en profiter, tu ne crois pas ? »

Bellatrix grinça des dents et, d'un sort, la dague se dégagea du bois de la table et rejoignit la main gauche, tendue, de la sorcière. Rodolphus haussa un sourcil.

«- L'inactivité ne te réussit pas, commenta-t-il.

- Continue comme ça et je la testerai sur toi, la prochaine fois. » persiffla son épouse.

Rodolphus, habitué de longue date aux menaces plus ou moins subtiles de sa compagne, ricana, guère impressionné.

« Réserve-la plutôt pour la prochaine fois où tu pourras t'amuser avec des moldus. »

Bellatrix acquiesça distraitement et leva l'arme devant elle, contemplant longuement la lame effilée, l'effleurant presque amoureusement du pouce.

« Oh non, pas de simples moldus… j'ai bien mieux… Bien, bien mieux… »

Un sourire malsain étira ses lèvres. Rodolphus plissa les yeux en notant la lueur malsaine qui anima soudain les yeux de son épouse.

« Cette lame, je la destine à la Sang-de-Bourbe, déclara-t-elle. Je veux voir cette dague s'enfoncer dans le cœur de cette petite traînée une bonne fois pour toute, de préférence après l'avoir longuement torturée sous le regard de ses bâtards et de ce traître à son sang qui ne cesse de se trouver sur le chemin de notre Maître. »

Visiblement réjouie par cette perspective, Bellatrix éclata d'un rire retentissant. Son mari secoua la tête et reporta son attention sur son journal, la laissant imaginer la façon dont elle s'occuperait de sa victime, lorsque celle-ci aurait le malheur de tomber entre ses mains. Contrairement à sa compagne, qui prenait un plaisir malsain à « jouer avec sa nourriture », Rodolphus préférait en finir rapidement.

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Harry plissa le nez, songeur, les yeux rivés sur ses devoirs. Il soupira, essayant vainement de comprendre l'énoncé de l'un des exercices de mathématiques qu'il était sensé faire pour le lendemain.

« Un problème, mon chéri ? »

Le garçon sursauta, revenant à la réalité. Assise près de Kimberley qui déchiffrait à voix haute un passage d'un livre, de l'autre côté de la table de la cuisine, où tous trois s'étaient installés au retour de l'école, sa mère l'observait avec attention. Ce n'était pas vraiment ses devoirs de mathématiques qui l'ennuyaient. Au contraire, il pensait avoir bien compris le cours sur la question mais malgré tous ses efforts, il n'arrivait pas à se concentrer sur son travail. Et vu la nature de ses préoccupations, il ne pouvait pas particulièrement dire à sa mère ce qui le tracassait réellement.

«- C'est justement un problème, marmonna-t-il en désignant son cahier. Mais je finirais bien par trouver la réponse…

- Je n'en doute pas, assura Lily en souriant largement. Mais, si tu as besoin d'aide, n'hésite pas à me le demander. »

L'enfant acquiesça distraitement et reporta son attention sur ses cahiers, ou tout du moins, il essaya car, bien vite, ses réflexions repartirent sur d'autres sujets de préoccupations : ses parents, et plus particulièrement son père. Oh, certes, suite à la sortie clandestine de leur mère, les choses s'étaient considérablement arrangées et personne n'avait plus évoqué le sujet depuis. Pourtant, même si les adultes se comportaient, tous, comme d'habitude, l'enfant percevait, malgré tout, une certaine réserve dans l'attitude de son père.

D'ailleurs, ce dernier avait été convoqué au Ministère dans la matinée et n'était toujours pas rentré depuis. Harry avait interrogé sa mère sur le sujet, lorsqu'elle l'avait récupéré à l'école (bien sûr, Kim et lui avaient été obligés de retourner en cours, toujours sous surveillance rapprochée) et elle lui avait répondu qu'il ne devrait plus tarder. Et cela faisait déjà deux heures…

Sa mère rit légèrement, le ramenant, à nouveau, à la réalité. Surpris, il leva les yeux vers elle, pour la voir secouer la tête d'un air amusé, un étrange sourire aux lèvres.

« Cesse donc de te tracasser pour ton père, mon chéri, il est parfaitement capable de se débrouiller tout seul, quoi qu'il advienne. Et il faudrait plus que de simples bureaucrates pour avoir raison de lui. »

Harry se troubla, surpris qu'elle devine si bien la raison de ses préoccupations. D'autant plus qu'il était mieux placé que quiconque pour savoir que son père allait bien. Dans le cas contraire, sa médaille aurait réagi…

Eldora surgit dans un claquement sec dans la cuisine, l'arrachant à ses réflexions. La petite créature s'inclina respectueusement.

« Une lettre pour vous, Miss Lily. » annonca-t-elle en lui tendant la dite enveloppe.

D'abord surprise, la jeune femme fronça les sourcils en découvrant le sceau qui fermait la lettre.

« Merci Eldora. » lâcha-t-elle néanmoins à l'attention de l'elfe qui s'inclina une fois de plus et quitta la pièce sans plus attendre.

Intrigué, Harry fixa sa mère alors qu'elle décachetait l'enveloppe. Mais, visiblement consciente d'être le centre d'intérêt des enfants (Kimberley, elle aussi, la fixait avec une curiosité évidente), la jeune femme se garda bien de laisser paraître la même émotion en dépliant le feuillet contenu dans la missive.

« Qu'est-ce que… ? » murmura-t-elle cependant, en prenant connaissance de son contenu.

Harry se pencha un peu plus sur la table, ses exercices de mathématiques oubliés, les yeux rivés sur sa mère. Sa lecture terminée, Lily inspira et replia soigneusement le feuillet avant de le remettre dans l'enveloppe, qu'elle glissa dans la poche de son jean.

« Un problème ? » s'enquit finalement l'aîné.

L'adulte soupira et se passa la main sur le visage d'un air songeur.

« Je ne pense pas… Pour ce que j'en sais, c'est difficile à dire… »

Harry haussa les sourcils, perplexe, face aux propos de sa mère. Jetant un bref regard à sa demi-sœur, il ne pu que constater qu'elle partageait son désarroi.

« Je reviens, je dois vérifier quelque chose ! déclara Lily en se levant brusquement. Harry, si tu pouvais aider ta sœur…

-Demi-sœur, rectifia machinalement le garçon. Où tu vas ? »

La jeune femme leva les yeux au ciel.

« Je ne quitte pas le Manoir, si c'est ce qui t'inquiètes, mais si tu pouvais aider Kim, j'apprécierais grandement… Je ne serais pas longue. »

Sur le seuil, elle marqua cependant une brève halte et se retourna, jaugeant les deux enfants du regard.

«- Et inutile de me suivre pour essayer d'en savoir plus, précisa-t-elle, fixant tout particulièrement son fils qui cilla et retint à grande peine une grimace coupable, conscient que l'avertissement lui était tout particulièrement adressé.

- Oui, maman. » marmonna le garçon.

Lily échangea un bref regard à Alvy qui, près de l'évier, avait assisté à la scène sans mot dire. L'Elfe acquiesça solennellement à l'ordre silencieux que lui adressait ainsi la jeune femme. Cette dernière, visiblement satisfaite, se décida enfin à quitter la pièce, non sans un dernier coup d'œil à ses enfants. A peine l'adulte partie, Harry rencontra le regard perplexe de sa demi-sœur qui secoua négativement la tête.

«- Maman a dit de ne pas la suivre… Et elle sait toujours quand tu essaies de surprendre les discussions des grands…

- Vous feriez mieux de rester ici, Maître Harry. »

Les deux enfants se tournèrent vers Alvy, qui se tenait désormais, l'air déterminé, devant la porte. Le garçon haussa un sourcil.

« Madame votre mère a été claire, insista l'Elfe de maison. Vous devez rester ici jusqu'à ce qu'elle revienne. »

Harry plissa le nez.

« Ma mère a dit de ne pas la suivre, pas qu'on devait rester ici, objecta l'enfant.

- Mais elle vous a également demandé d'aider votre sœur à finir sa lecture, maître Harry. » rappela posément la créature magique.

Le garçon leva les yeux au ciel : on pouvait compter sur les Elfes de maisons pour retenir presque mot à mot les propos de leurs maîtres, y compris sur les sujets qu'on aimerait oublier.

« Demi-sœur. » rectifia-t-il machinalement.

Il se déplaça malgré tout pour s'installer près de Kimberley qui esquissa un sourire joyeux en constatant que non seulement il ne comptait pas désobéir à leur mère sur ce coup mais qu'en plus il allait l'aider. Alvy les contempla un moment, s'assurant ainsi qu'il ne s'agissait pas d'une diversion du jeune maître (Maître James et Miss Lily avaient tous les deux été clairs sur le fait qu'ils devaient envisager toutes les possibilités quand leur fils se retrouvait livrer à lui-même) et ne se détendit qu'une fois sûr que les deux enfants étaient focalisés sur leur tâche respective. Rassuré par cette perspective, l'elfe de maison se risqua à reprendre ses précédentes activités, tout en gardant, malgré tout, un œil sur les enfants.

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Les yeux rivés au plafond, Harry triturait machinalement la chaîne dorée qui ne quittait pas son cou, déconcerté. Même si sa mère lui avait assuré, lorsqu'elle était venue lui dire qu'il était temps de se mettre au lit, que son père avait été retenu au Ministère plus longtemps que prévu, il s'interrogeait malgré tout quant aux raisons de cette absence prolongée : Après tout, sa breloque magique ne s'était pas manifestée de la journée, preuve amplement suffisante que son père allait bien. Mais, dans ce cas, qu'est-ce qui l'empêchait de rentrer ?

Au bout d'une heure passée de la sorte, à se tourner et se retourner dans son lit et à fixer sans le voir le plafond sans parvenir à trouver le sommeil, le garçon se redressa et se risqua hors de sa chambre, rejoignant l'escalier le plus silencieusement possible. Descendant prudemment les marches, des éclats de voix étouffés lui parvinrent du salon, encore éclairé à cette heure avancée de la nuit. Intrigué, il marqua un bref temps d'arrêt, la main sur la rampe, tendant l'oreille pour essayer de déchiffrer les propos échangés. Mais à défaut de saisir la teneur de la discussion, il parvint, au moins, à identifier les trois interlocuteurs : Remus, Sirius et sa mère. Sa curiosité éveillée, il reprit sa descente avec encore plus de discrétion, dans l'espoir de surprendre enfin un bout de la conversation : Sa mère ne s'étant guère étendue sur la question jusqu'à présent, peut-être aurait-il enfin des nouvelles de son père ?

Veillant à ne pas faire le moindre bruit susceptible de trahir sa présence, l'enfant atteignit enfin le bas de l'escalier et traversa le hall, le cœur battant, jusqu'au salon, se plaquant contre le mur, l'oreille tendue.

«- Mais pourquoi maintenant ?

- Ils ne peuvent pas le retenir aussi longtemps, sans preuve concrète, observa posément Remus.

- Mais, nos témoignages…

- Ne seront étudiés que demain, j'imagine, raison pour laquelle nous avons tous été convoqués. La situation est complexe, mais elle pourrait être pire. J'ignore ce qui a précipité les choses de la sorte mais le professeur Dumbledore semble penser que cela pourrait jouer en sa faveur… Après tout, en procédant de la sorte, ils ont transgressés plusieurs règles et ont largement négligés les procédures habituelles qu'ils ont eux-mêmes instaurées.

- Certes… mais ça ne justifie pas sa mise en isolement et son maintien au Ministère jusqu'à nouvel ordre. »

Sirius renifla dédaigneusement.

«- Va savoir, ils craignaient peut-être un complot de notre part, ironisa-t-il.

- Sirius, ce n'est pas…

- Abstiens-toi de tes leçons de morale, Remus, j'ai passé l'âge, gronda aussitôt le concerné. A cause de cet abruti, mon meilleur ami est séquestré au Ministère, pour satisfaire je ne sais quelle lubie de notre cher Ministre qui se laisse graisser la patte par certains Sang Pur. Va savoir ce que Malefoy a pu négocier en leur faisant accélérer la procédure…

- Rien ne prouve que Malefoy…

- Oh voyons Lily, qui d'autre que lui aurait assez d'influence pour côtoyer le Ministre quand bon lui semble… et il était au Ministère pas plus tôt que ce matin, Arthur l'a aperçu dans l'Atrium.

- Là n'est pas la question, pour l'instant, tempéra Remus. Ce qui compte, pour le moment, c'est sortir James de ce traquenard le plus rapidement possible et, pour ce faire, nous devons jouer le jeu, le professeur Dumbledore a été clair sur ce point.

- Si on le voulait, on pourrait très bien le contacter, insista Sirius. Je pourrais…

- Tu sais aussi bien que moi que ça ne l'aiderait pas à obtenir les faveurs de la commission s'ils venaient à apprendre que l'un de nous l'avait contacté. Il doit très probablement être surveillé et nous ne pouvons pas prendre ce risque. Et James le sait parfaitement, ou tu te doutes bien qu'il serait déjà rentré en contact avec toi s'il le pouvait. »

Il y eut un bref silence.

« Nous avons tous à cœur ses intérêts, reprit plus posément Remus. Y compris Scrimgeour. Ne fait pas cette tête là, Sirius. Tu es bien placé pour savoir que, malgré tout, il a beaucoup d'estime pour James et qu'il fera son possible pour l'aider. Avec le soutien du professeur Dumbledore et de votre chef, ça ne peut que bien se passer, si on s'en tient à ce qu'on a convenu. D'ailleurs… »

Il s'interrompit brutalement.

« Harry ! Au lit ! »

Le garçon sursauta. Comment sa mère avait-elle sû… ?

« Mais, maman… »

La jeune femme apparue sur le seuil, l'air sévère.

«- Il n'y a pas de ''mais'' qui tienne, Harry ! Il est tard et tu as cours demain…

- Mais je n'arrivais pas à dormir, se justifia l'enfant. Je…

- Ce n'était pas une raison pour écouter aux portes. » rétorqua sa mère.

Le garçon se rembrunit mais s'abstint de tout commentaire, se contentant de baisser les yeux, penaud. Lily soupira et s'approcha de lui, posant les mains sur ses épaules.

« Harry, je sais que tu t'inquiètes pour ton père mais tu n'as pas à être impliqué dans ces affaires d'adultes, tu comprends ? »

L'enfant acquiesça machinalement. La jeune femme l'attira à elle, le serrant contre elle.

« Je te promet que nous ferons le nécessaire pour qu'il nous revienne le plus rapidement possible. Alors, laisse-nous nous occuper de ça, d'accord ? »

Harry acquiesça à nouveau d'un signe de tête. Lily sourit et l'embrassa sur le front.

«- Tu es un brave garçon, murmura-t-elle avant de l'écarter doucement d'elle. Allez, viens, je te raccompagne à ta chambre. Et, cette fois, essaie de ne plus penser à rien d'autre qu'à dormir. Ou j'en connais un qui aura du mal à garder les yeux ouverts en classe demain…

- J'suis vraiment obligé d'aller à l'école, demain ? »tenta, malgré tout, l'enfant, même s'il connaissait pertinemment la réponse, en levant les yeux vers sa mère.

Son expression était assez éloquente : il lui faudrait, bel et bien, aller en cours le lendemain. Harry leva les yeux au ciel mais se résigna.

« Bon ben… bonne nuit ! » lança-t-il à la cantonade.

Remus et Sirius lui répondirent de la même façon, depuis le salon, même si le ton du dernier laissait clairement paraître son amusement.

«- Eh, dis, maman…

- Hum ?

- Comment vous faites pour toujours savoir que j'écoute vos conversations ? »

Les deux hommes éclatèrent de rire dans la pièce voisine et Lily secoua la tête d'un air exaspéré.

« Va te coucher ! » conseilla-t-elle en l'entraînant vers l'escalier.

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Harry réprima un bâillement et se déplaça sur sa chaise, dans l'espoir de trouver une position plus confortable. A sa plus grande surprise, sa mère l'avait déposé au bureau du directeur, une demi-heure plus tôt, avant d'accompagner Kimberley à son école. Déjà, qu'il soit convoqué (pour une raison qu'il ignorait, d'ailleurs) et que cela n'inquiète pas sa mère était plutôt étrange mais qu'elle le laisse seul, en la seule présence de la vieille secrétaire grisonnante, Miss Hopkins, assise derrière le bureau de l'accueil, et d'une jeune fille (qu'il ne se rappelait pas avoir déjà vu à l'école, et qui semblait, d'ailleurs, bien trop âgée pour être encore en école primaire) aux cheveux rose bonbon qui mâchait du chewing-gum, des écouteurs enfoncés dans les oreilles, cela défiait toute logique. Sa mère se montrant toujours exagérément protectrice, c'était plutôt étrange qu'elle le laisse ainsi, livrer à lui-même dans un lieu remplit de moldus… Elle devait vraiment être inquiète pour son père pour négliger autant les mesures de protections rigoureuses qui accompagnaient habituellement les sorties de l'enfant hors de l'enceinte protégée du manoir.

Après avoir brièvement observé les deux femmes, la plus âgée ne levant pas une seule fois la tête vers lui, la plus jeune lui adressant, une fois, un grand sourire avant de faire une bulle aussi rose que ses cheveux, en balançant la tête au rythme de la musique qu'elle écoutait, Harry se résigna à patienter, prenant son mal en patience. Il profita donc de l'attente pour réfléchir à ce qu'il avait entendu la veille : Apparemment, son père était retenu au Ministère, avec interdiction formelle de contacter qui que ce soit. Dumbledore et un dénommé Scrimgeour, le chef des Aurors, s'efforçaient de l'aider (à quoi ? Ce point lui était encore étranger). Un certain Malefoy (s'agissait-il du même Malefoy que le type blond qui avait, une fois, interpelé son père sur le Chemin de Traverse ? Une chose était sûre, Sirius ne l'appréciait pas) semblait aussi impliqué et, surtout, sa mère, Remus et Sirius semblaient avoir été convoqués au Ministère ce jour-là…

Mais dans ce cas, en l'absence de Remus et Sirius qui veillerait sur lui pendant sa journée de cours ? Dans le contexte actuel, sans surveillance magique, n'aurait-il pas été plus prudent de les laisser, Kimberley et lui, au Manoir, sous la garde des Elfes (même s'il avait, plus d'une fois, déjoué leur vigilance) ?

Il en était là dans ses réflexions, à s'interroger sur les motivations des adultes, que la porte menant au bureau directorial s'ouvrit sur sa droite, le ramenant à la réalité du moment.

« Potter, c'est à vous. » lança la secrétaire d'une voix morne, levant juste la tête pour lui adresser un regard condescendant.

Le garçon se leva d'un bond, acquiesça d'un signe de tête (qu'elle ne vit pas, puisqu'elle avait déjà reportée son attention sur le dossier qu'elle traitait) et s'approcha de la porte, seulement entrebâillée. Il hésita, une fraction de seconde, une main sur la poignée de la porte, puis poussa le battant, avant de s'avancer dans la pièce. Il eut un bref aperçu du directeur, un homme à la cinquantaine bien trempée, les cheveux courts poivre et sel, vêtu d'un costume impeccable, assis à son bureau, faisant face à deux autres personnes, l'air légèrement mal à l'aise. Harry se figea sur le seuil, médusé, en découvrant les occupants.

« Entrez donc Monsieur Potter, et fermez derrière vous, je vous prie. » l'invita, d'une voix affable, le propriétaire des lieux, même s'il transpirait d'une façon inhabituelle.

Harry cilla et obtempéra machinalement, la porte se refermant derrière lui dans un claquement sec, sans quitter des yeux les adultes présents dans la pièce. S'il y avait bien deux personnes qu'il ne s'attendait pas à voir ici, en cet instant, c'étaient bien les deux hommes qui s'étaient tournés vers lui à son arrivée. Déconcerté, le garçon restait planté devant le battant, désormais clos, son regard passant de l'un à l'autre des trois adultes, espérant une explication, ne sachant pas ce qu'il devait dire (ou s'il devait seulement dire quelque chose) ou faire.

Au regard incertain que le directeur de l'école, qui s'agitait nerveusement dans son fauteuil, adressait au plus âgé de ses visiteurs, Harry supposa que, à défaut de savoir qui il était réellement, il savait qu'il valait mieux laisser le mage prendre les choses en main. L'enfant se tourna donc vers ce dernier, non sans un bref coup d'œil à celui qui l'accompagnait et qui lui accorda un faible sourire.

«- Vous m'avez l'air surpris, jeune homme, commenta le plus âgé, un sourire étirant ses lèvres, ses yeux bleus s'animant aussitôt derrière ses lunettes en demi-lune.

- Euh… un peu. » reconnut le garçon, son regard passant de l'un à l'autre des adultes, ne sachant pas quelle attitude adopter, surtout en présence du directeur moldu.

Le vieux sorcier, vêtu du même complet moldu violet que le jour où il les avait accueillit à l'aéroport, rit dans sa barbe, clairement amusé par la situation, avant de se tourner vers le directeur de l'école.

« Pourriez-vous nous laisser un instant, mon cher ? »

Le concerné sursauta et se leva d'un bond de son siège.

« Euh… oui bien sûr… Je… je vais faire du thé, je crois… »

Le directeur quitta la pièce sans plus de cérémonie, marmonnant quelque chose à propos de « quelque chose de plus fort », effleurant le garçon, abasourdi, au passage. La porte s'était à peine refermée derrière lui, que le deuxième visiteur avait déjà quitté son siège pour étreindre l'enfant. Après le premier instant de surprise, Harry répondit à l'étreinte avec plaisir, bien que partagé entre le soulagement et l'étonnement.

« Papa… mais qu'est-ce que… ? Je croyais que… ? »

Son père se contenta de resserrer sa prise sur lui, le visage enfouit dans les cheveux en bataille de son fils.

« Les dernières heures ont été quelques peu éprouvantes, commenta calmement Dumbledore. Je crois que quelques explications s'imposent. Mais pour cela, nous ferions peut-être mieux de nous asseoir. »

A ces mots, James sembla se ressaisir et relâcha enfin son fils, pour passer un bras autour de ses épaules. Harry écarquilla les yeux, en découvrant la mine défaite de son père. Le teint pâle et les traits tirés, des cernes violets sous les yeux, les cheveux plus emmêlés que jamais, il avait laissé tomber l'apparence décontractée qu'il s'était, visiblement, efforcé de préserver face au directeur moldu.

« Les nuits blanches ne me réussissent plus, semble-t-il. » murmura-t-il, esquissant un maigre sourire, en notant le regard inquiet de son fils, avant de l'entraîner vers les fauteuils.

Dumbledore s'étant négligemment assis sur le bord du bureau, faisant ainsi face aux deux sièges qu'ils avaient précédemment occupés, Harry hésita un bref instant puis préféra rejoindre son père, se calant contre lui alors qu'il passait un bras autour de ses épaules. Le vieux sorcier les fixa un moment, puis adopta une expression soucieuse.

« Bien Harry, nous n'avons guère de temps avant que ton directeur ne revienne, alors je vais essayer d'être bref. » commença le vieux sorcier.

Le garçon acquiesça distraitement, tout en levant les yeux vers son père.

« Maman sait que tu es là ? »

James sourit faiblement.

«- Oui bien sûr. Le professeur Dumbledore l'en a informée.

- Mais ton père a interdiction formelle d'entrer en contact avec qui que ce soit jusqu'à nouvel ordre. »

Harry fronça les sourcils.

« Mais, si tu es là, c'est… »

Son père sourit faiblement et attira la tête de l'enfant à lui.

«- C'est plus compliqué que ça, mon grand.

- En principe, ton père ne devrait pas être là, expliqua le vieux sorcier. Mais il fallait éviter tout risque de rencontres et d'échanges, qui pourraient compromettre sérieusement les choses, avec ses amis qui étaient convoqués au Ministère ce jour. C'est pour cela que nous avons trouvé un… « compromis » : L'affecter à ta garde pour la journée permettait de l'éloigner du Ministère, d'éviter toutes confrontations avec les témoins et de l'occuper suffisamment pour qu'il reste à distance de tout cela. Je me suis porté garant de lui, ce qui explique ma présence aujourd'hui. »

L'enfant acquiesça machinalement, même s'il était évident que le vieux sorcier lui taisait certaines choses. Mais, pour l'instant, une seule chose comptait : son père resterait avec lui pour la journée, même si rien ne prouvait qu'il pourrait, ensuite, rentrer au Manoir. Tout dépendrait, apparemment, de ce qu'il se passerait au Ministère pendant ce temps. Il se calla un peu plus contre son père, bien décidé à profiter de sa présence.

« Je ne vais pas pouvoir rester très longtemps, reprit Dumbledore. Ton père a conscience des enjeux et il ne te quittera pas d'une semelle. Ton directeur est, bien sûr, informé de la situation, ou du moins d'une certaine version, très restreinte, de la situation, en plus de ce qu'il savait déjà concernant cette histoire d'inspection des méthodes d'enseignement proposés à l'école. Je l'ai donc soumis à certains… sorts pour garantir son silence et sa contribution. A l'exception d'une poignée de sorciers dignes de confiance, personne ne sait que vous êtes ici aujourd'hui, ton père et toi. A vous, donc, de faire en sorte que le secret soit préservé, suis-je bien clair ? »

Harry acquiesça à nouveau. La porte du bureau s'ouvrit au même instant sur le directeur de l'école, un verre de scotch à la main, qui se figea en les apercevant, comme s'il avait oublié leur présence dans la pièce, alors que l'enfant se levait vivement. Un coup d'œil à son père lui indiqua qu'il s'était recomposé une expression plus sérieuse, qui ne laissait rien paraître de son abattement précédent.

«- Vous souhaitiez peut-être boire quelque chose ? Je peux demander à Brenda de vous…

- Non, ça ira Monsieur Brown, le coupa posément Dumbledore en s'écartant du bureau. De toute façon, je pense avoir assez abusé de votre temps et je pense avoir déjà suffisament mis ce jeune homme en retard pour ses cours. » ajouta-t-il en tirant une montre à gousset d'une poche de sa veste.

Si le directeur remarqua le nombre inhabituel d'aiguilles de l'objet, il n'en laissa rien paraître, se contentant de boire une longue gorgée à son verre.

« Oh, oui, bien sûr. Je vais vous accompagner. J'expliquerais la raison de son retard à son professeur. »

Il acheva son verre d'un coup, sous le regard stupéfait de l'enfant, le déposant sur son bureau avant de leur faire signe de le suivre. Les trois sorciers obtempérèrent sans se faire prier, ne s'arrêtant qu'un bref instant, une fois à l'accueil, pour permettre à Harry de récupérer son sac, qu'il avait laissé sous la chaise qu'il avait occupée avant l'entretien. Cela fait, le petit groupe quitta le bâtiment, laissant derrière eux Miss Hopkins et la jeune fille aux cheveux roses.

Une fois dans la cour, Dumbledore prit congé des trois autres alors qu'ils rejoignaient le bâtiment principal. Suivant le directeur de l'école, Harry leva les yeux vers son père lorsque celui-ci passa un bras autour de ses épaules.

« Je t'en dirais plus tout à l'heure. » murmura l'adulte en laissant suffisamment d'avance au directeur moldu pour qu'il ne puisse pas saisir leurs propos.

L'enfant acquiesça silencieusement. Une fois de plus, son père anticipait sur des questions qu'il n'avait pas formulées à voix haute. En attendant d'obtenir les informations promises, Harry opta pour un sujet plus anodin pour relancer la discussion.

«- Je suis content de te voir en tout cas.

- Moi aussi, mon grand. Moi aussi. »

Il y eut un bref silence.

«- Il va nous falloir être sérieux quelques heures…

- Sérieux ? Tu connais ce mot, toi ? se moqua le garçon, s'attirant du même coup un regard dubitatif de son père. Je plaisantais… Je sais que tu es sérieux quand il faut.

- Ceci dit, avec une mère comme la tienne, il fallait bien s'attendre à ce que ton humour ne soit pas terrible…

- Hé ! »

James éclata de rire et ébouriffa affectueusement les cheveux de son fils de sa main libre, lui arrachant de nouvelles protestations, attirant du même coup l'attention du directeur qui leur jeta un bref regard par-dessus son épaule mais se passa de tout commentaire.

«- Quoiqu'il en soit, j'aurai peut-être dû lui demander un café, finalement…

- Comment ça ? s'étonna le garçon.

- Après plus de vingt-quatre heures sans dormir, j'aurais préféré passer les prochaines heures dans un bon lit plutôt qu'assis sur une banale chaise derrière un bureau… Et je ne suis pas sûr que cela soit bien vu si l'homme chargé d'inspecter les méthodes d'enseignement de ton professeur s'endort au beau milieu de ses classes. »

Harry réprima à grande peine un nouvel éclat de rire, en imaginant la scène, d'autant plus qu'ils atteignaient enfin sa salle de classe.

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Lily tournait et retournait machinalement la lettre du Ministère qu'elle avait reçue la veille. Même en la relisant pour la énième fois, la missive restait on ne peut plus formelle et ne laissait rien paraître sur le motif réel de cette convocation, en dehors du fait que Remus, Sirius, le professeur Dumbledore et Franck Londubat avaient tous été sollicités de la même façon. Tous les sorciers présents lors de l'arrestation de Dylan. Tous ceux qui avaient rapporté leur version des faits.

Un trille joyeux et un claquement sec l'arrachèrent à ses réflexions. Une plume rouge traînait désormais sur la table basse : le signal annoncé par le directeur de Poudlard, le plus discret possible et n'impliquant aucune communication directe mais malgré tout si riche en information. La jeune femme soupira, soulagée : Harry était avec son père. Cela faisait déjà une préoccupation de moins. Si les choses n'avaient pas pu s'arranger de la sorte, son fils aurait été laissé à la garde des Elfes de maison, au Manoir (faute de surveillance adéquate à l'école), même si cette solution ne rassurait guère la jeune femme car Harry avait trop souvent déjoué leur attention. Même en sachant que, suite à l'incident avec Dylan, James avait pris ses dispositions pour que cela ne se reproduise pas et avait donné de nouvelles recommandations aux quatre créatures magiques. Mais le professeur Dumbledore avait assuré qu'il trouverait une solution pour garantir la sécurité de l'enfant à l'école, ce jour, malgré l'indisponibilité de ses surveillants habituels et il avait tenu sa parole, lui annonçant, le matin même, que l'enfant serait placé sous la garde de son père, en lui précisant les mesures à prendre. C'est ainsi qu'elle s'était vu conduire son fils à l'accueil de l'école, sous prétexte d'une soit disant convocation directoriale, le laissant seul avec la secrétaire de l'école et une jeune fille étrange. Cela lui avait coûté de laisser son fils sans surveillance aucune et elle n'avait eu de cesse, depuis, de se répéter que le vieux sorcier savait ce qu'il faisait.

Une autre plume apparue, dans un claquement sonore, à côté de la précédente. Le deuxième signal, que Sirius et Remus avaient dû, également recevoir : le directeur de Poudlard les attendait au Ministère. La jeune femme inspira et se leva, fourrant la convocation dans son sac à main, avec sa baguette. Elle transplanerait jusqu'au Chaudron Baveur, et de là, il lui faudrait traverser le Londres moldu pour accéder à l'entrée des visiteurs du Ministère, raison pour laquelle elle avait optée pour une tenue moldue.

« Vous partez déjà, Miss Lily ? » l'interpela Eldora alors qu'elle s'apprêtait à quitter le Manoir.

La jeune femme se tourna vers la créature magique qui se tenait près de l'escalier. Elle ne l'avait même pas entendue arriver.

« J'espère ne pas être absente trop longtemps. Tout cela ne devrait être qu'une simple formalité et devrait permettre à votre maître de rentrer au Manoir au plus tôt. »

L'Elfe acquiesça d'un air solennel.

«- Messieurs Remus et Sirius rentreront-ils avec vous ?

-Je suppose. »

Eldora approuva d'un signe de tête puis s'inclina.

« Soyez prudente, Miss Lily. » conclut-elle avant de disparaître.

Lily secoua la tête, désabusée. Elle ne pouvait pas reprocher à Minsy son manque de confiance vis-à-vis de ses départs inopinés, mais de là à envoyer un autre Elfe de maison se renseigner de ses intentions à sa place, c'était quelque peu exagéré. Elle soupira, pris sa veste et quitta les lieux sans plus attendre : Un peu de marche à pied l'attendait et elle ne tenait pas à être en retard.

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Assis à table au milieu de ses camarades, Harry grignotait plus pour la forme que par réel appétit : Les plats proposés par l'école paraissaient sans intérêt comparés à la cuisine de sa mère ou celle des Elfes de Maison au Manoir. Habituellement, il s'en contentait mais aujourd'hui, trop de choses le tracassaient : Alors que, lui, il était enfermé à l'école, sa mère, Remus et Sirius plaidaient la cause de son père. Il leva vivement les yeux de son assiette, parcourant la salle, bondée, du regard. Il haussa les sourcils, surpris, en apercevant la jeune fille aux cheveux roses adossée négligemment au mur, près de la porte donnant sur l'extérieur : Etant donné l'inhabituelle couleur de sa chevelure, il s'étonnait de ne pas l'avoir remarquée plus tôt. Elle se faisait, de toute évidence, rabrouer par un des enseignants, mais ne semblait guère affectée par ses remontrances. Le garçon les observa un moment, vaguement amusé.

« Mr Potter, auriez-vous un moment à m'accorder ? »

Il sursauta, à cette voix familière et inhabituellement solennelle, et se retourna vivement, tout comme ses camarades de classe. Levant les yeux, il aperçu l'expression sérieuse de son père. Il y aurait presque cru s'il n'avait pas remarqué la lueur amusée qui éclairait ses yeux et qui aurait échappé à n'importe qui d'autre à l'école. Probablement dans le but de rester éveillé, son père avait passé la matinée à passer entre les rangs, interrogeant certains élèves, observant des cahiers, jouant son rôle comme si de rien était.

Le garçon jeta un bref regard à ses camarades puis acquiesça.

«- Je reviens, marmonna-t-il en se levant.

- Emmenez donc votre plateau, Mr Potter. Je ne pense pas que vous aurez l'occasion de revenir avant la reprise des cours. »

Harry haussa un sourcil, se demandant bien ce que manigançait son père, mais obéit docilement, suivant l'adulte en silence alors que, dans son dos, ses camarades se livraient déjà à diverses hypothèses pouvant justifier cette convocation soudaine. Les deux Potter traversèrent la pièce, ignorant les regards intrigués qui suivirent leur progression, jusqu'à la porte donnant sur l'extérieur, passant ainsi devant la jeune fille à le chevelure rose qui, l'enfant l'aurait juré, lui fit un clin d'œil. Ils se retrouvèrent ainsi sur une petite cour dans laquelle des chemins soigneusement pavés serpentaient entre des plates-bandes végétales agréablement aménagées, entourée, sur trois cotés, par le bâtiment. Derrière eux, la porte qui donnait sur la cantine réservée à l'élémentaire. Sur la gauche, l'espace réservé au personnel de l'école, que ce soit à l'heure des repas que dans leurs moments de repos. De l'autre côté de la cour, le réfectoire des plus jeunes, où Kimberley devait encore se trouver à cette heure. C'était le seul endroit où les deux écoles, pourtant proches l'une de l'autre mais au fonctionnement totalement indépendant, communiquaient, bien que les enfants des deux structures ne se retrouvaient jamais mêlés Les élèves ne venaient que très rarement à cet endroit, à l'exception de certains cours.

Pour sa part, Harry n'y était venu qu'une fois, avec sa classe, pour un cours de sciences durant lequel leur enseignant leur avait demandé d'identifier un maximum des espèces de plantes qui se trouvaient là, il était donc plutôt étonné par le choix de son père de l'emmener ici, même si les lieux offraient un calme relatif.

« Viens. »

James l'entraîna vers l'extrémité la plus éloignée de la cour, jusqu'à un vieux chêne qui devait, au plus fort de l'été, offrir une ombre bienvenue. Ce jour-là, l'endroit était baigné par le soleil printanier qui brillait haut dans le ciel dépourvu de nuage et une douce brise faisait bruisser le feuillage de l'arbre. Père et fils le contournèrent et s'installèrent dans l'herbe, à même le sol, près d'un petit étang, peuplé de grenouilles et autres créatures aquatiques, à quelques pas du haut mur de briques, recouvert d'un enduit beige, qui délimitait l'enceinte de l'école, à un endroit où ils ne pouvaient pas être vu depuis le bâtiment.

Un bref silence s'instaura entre eux, seulement troublé par les bruits qui animaient la nature qui les entourait.

« J'aurais peut-être dû te débarrasser de ça. » commenta finalement l'adulte en désignant d'un signe de tête le plateau repas, à peine touché, de son fils.

Harry haussa les épaules.

« Je suis sensé manger, après tout. Si ça peut permettre de préserver les apparences… »

James fit une moue dédaigneuse.

« Je ne comprend pas comment ils peuvent espérer que vous avaliez ça, marmonna-t-il avant de jeter un bref regard alentour pour s'assurer que la voie était libre. Minsy. »

Il y eut un claquement sec et la créature magique s'inclina devant ses maîtres.

«- C'est un plaisir de vous voir, Maître James, commenta-t-elle. Vous avez l'air épuisé, ajouta-t-elle en fronçant perceptiblement les sourcils, ses oreilles s'abaissant brièvement.

- Ca va, Minsy, ne t'inquiète pas pour moi, tempéra aussitôt l'adulte. Pourrais-tu nous fournir un vrai repas, digne de ce nom, et nous débarrasser de ceci, en passant ? » ajouta-t-il en désignant le plateau de l'école.

L'elfe jeta un bref regard à l'objet incriminé, plissa le nez, et acquiesça.

« Je vous fait apporter ça dans un instant, Maître James ! »

Sur ce, elle fit disparaître le plateau d'un claquement de doigts en marmonnant quelque chose qui ressemblait à « nourriture pour lapins, qui ne tient pas au ventre » avant de s'incliner à nouveau et se volatiliser à son tour. James secoua la tête, clairement amusé par la réprobation évidente de la petite créature magique, et se déplaça, de façon à s'installer plus confortablement dans l'herbe.

« La communauté magique a tort de sous-estimé les elfes, commenta-t-il. La plupart des sorciers pense que les asservir suffit à les garder sous contrôle, alors que leur magie est bien plus puissante que la nôtre, elle n'est pas soumise aux mêmes contraintes que la nôtre et, surtout, elle échappe à toute surveillance du Ministère, tant qu'ils ne font rien de répréhensible bien sûr. Ce qui peut avoir quelques avantages, notamment dans le cas présent. »

Harry, assis en tailleur près de son père, acquiesça distraitement.

«- C'est pour ça qu'ils peuvent transplaner même aux endroits où cela est impossible pour les sorciers ?

- Exactement. C'est ce qui leur permet de se déplacer magiquement au sein du manoir, malgré les protections qui l'entourent, ou même à Poudlard.

- Mais, dans ce cas, un sorcier pourrait très bien se servir d'eux pour espionner d'autres personnes, non ? »

James sourit à ces mots et se redressa, clairement amusé.

« Oh, bien sûr, ils le pourraient, mais les seuls sorciers assez mal intentionnés pour le faire ne voient les Elfes de maison que comme des serviteurs, bons à satisfaire leurs moindres caprices et les considèrent souvent comme des êtres inférieurs incapables d'exécuter d'autres tâches que les corvées ménagères : Ils n'ont pas conscience du pouvoir réel de ces créatures magiques. Chez nous, les Elfes sont bien traités, contrairement à d'autres foyers magiques, quitte à s'accorder parfois certaines… libertés, dirons-nous. Mais, en dehors de ces écarts de conduite et son attitude trop protectrice, Minsy est dévoué à notre famille et elle est irremplaçable. Ils le sont tous, bien sûr, mais elle, elle a une expérience que les trois autres réunis n'ont pas. »

Un claquement sec le coupa dans ses explications et un panier apparu devant eux.

« Et bien, voilà le repas… J'espère que tu as faim… » commenta l'adulte en esquissant un sourire moqueur en découvrant le contenu de l'objet.

Comme à leur habitude, les Elfes de maison avaient fournis de quoi nourrir un régiment. Une salade composée, des sandwichs imposants et bien garnis, des parts de tarte à la mélasse et deux grandes bouteilles de jus de citrouille. Harry esquissa un sourire, enthousiaste, en découvrant le dessert, l'un de ses préférés et ne se fit donc pas prier pour attaquer son déjeuner.

« Mais au fait, qu'est-ce qui s'est passé au Ministère ? » s'enquit l'enfant, au bout d'un moment.

James s'assombrit et garda le silence un certain temps, finissant son sandwich avant de répondre.

« Hunter. » lâcha-t-il simplement.

Harry manqua s'étouffer avec son verre de jus de citrouille.

« Mais, comment ça ? Je croyais qu'il était toujours détenu. »

Son père soupira.

«- Il l'est encore, pour l'instant. Mais le Ministère a désigné une commission pour régler cette affaire et… disons que si j'avais sû à quoi m'attendre, j'aurais pris certaines précautions avant de m'y rendre, hier matin. Moi qui m'attendais à un simple débriefing avant de reprendre le boulot…

- C'est pour ça que maman, Remus et Sirius ont été convoqués aujourd'hui, alors ? Pour témoigner en ta faveur…

- Oui, ainsi que quelques autres personnes…

- Mais… dans ce cas, pourquoi avoir interdit toute communication entre vous ? Pourquoi tout ça ? »

James haussa les épaules.

« Va savoir. Selon le professeur Dumbledore, certaines personnes essayent d'influencer le déroulement de la procédure. Ce qui confirme qu'ils craignent que la décision ne soit pas en faveur de cet abruti. »

L'adulte soupira.

« Je pensais avoir déjà eu mon lot de prise de tête par le passé mais, avec ce type, on bat tous les records. Non content d'être un espion de Voldemort, d'avoir tenté à plusieurs reprises de s'en prendre à toi et de te livrer à son maître, d'avoir manipulé tout le monde, y compris sa propre fille et d'avoir blessé ta mère, il semble décidé, également, à s'acharner contre moi. Mais, je n'ai pas l'intention de le laisser faire, tu t'en doutes bien. » ajouta-t-il en voyant que son fils s'apprêtait à répliquer.

Il y eut un bref silence, durant lequel Harry termina sa deuxième part de tarte.

« N'empêche, maman devait être très inquiète pour me laisser ainsi livré à moi-même ce matin. »

James eut un sourire.

« Parce que tu crois vraiment que tu étais sans surveillance dans ce bureau ? »

Harry haussa les sourcils.

«- Je ne pense pas que Miss Hopkins aurait pu faire grand-chose si une escouade de Mangemorts avait débarquée à l'accueil, commenta-t-il, dubitatif. Et la fille aux cheveux roses…

- Est une des nôtres, l'interrompit son père en esquissant un sourire moqueur en notant l'expression abasourdi de l'enfant.

- Hein ? Mais…

- Elle a un certain talent pour se fondre dans la masse, je l'avoue. Même en connaissant son petit talent, j'ai eu du mal à la reconnaître ce matin. »

Harry fronça les sourcils, déconcerté. Avec ses cheveux roses, il était difficile de faire plus voyant que ça… et elle semblait plus concentrée sur ses bulles de chewing-gum et sa musique que sur lui. Et elle ne paraissait pas si âgée que ça…

«- Comment ça « son petit talent » ? s'étonna-t-il.

- Disons qu'elle peut changer d'apparence comme bon lui semble, ce qui est un atout non négligeable pour filer quelqu'un en toute discrétion…

- Discrétion ? On ne peut pas dire que des cheveux roses, ça soit très discret… »

James éclata de rire.

« Je le reconnais mais on va dire que ça fait partie de son charme. Tonks a hérité de l'exubérance des Black, sur ce point, je pense. C'est la fille d'une cousine de Sirius, ajouta-t-il en voyant la perplexité soudaine de son fils. Une longue histoire… Quoi qu'il en soit, elle devait être ravie de se voir offrir ainsi une occasion de sécher les cours… et de faire ses preuves pour l'année prochaine. »

Harry fixa son père, bouche-bée, ne sachant plus trop quoi penser de cette affaire.

« Elle est actuellement en septième année, à Poudlard, et elle souhaite devenir Auror, précisa James. Contribuer à ta protection était une occasion idéale, pour elle, de faire ses preuves. Le professeur Dumbledore s'est porté garant d'elle, mais, en plus d'être d'un grand dévouement, elle offre un avantage non négligeable : Puisqu'elle n'appartient ni à l'Ordre ni au Ministère, sa présence n'éveillera la méfiance, ou la curiosité, de personne. Ici, elle se fait passer pour une nièce du directeur venue de France pour perfectionner son anglais, alors qu'à Poudlard, elle est soit disant à l'infirmerie pour se remettre d'une mauvaise manipulation en cours de potions, ce qui ne surprendra personne connaissant sa maladresse légendaire. » conclut-il en riant.

Harry hocha distraitement la tête, assimilant les informations que son père venait de lui fournir. En la voyant, il n'aurait jamais pensé qu'il s'agisse d'une sorcière, encore étudiante qui plus est.

«- Mais, Tonks, c'est son prénom ?

- Non, bien sûr, mais il vaut mieux éviter de l'appeler par son prénom en sa présence. En réalité, elle s'appelle Nymphadora. Tonks est son nom de famille. Quoiqu'il en soit… »

Il s'interrompit, fronçant les sourcils et remonta sa manche gauche sous le regard surpris de son fils qui le vit s'assombrir.

« Un problème ? »

James ne répondit pas, se contentant de se lever, aussitôt imité par l'enfant.

«- Si au moins j'avais ma baguette…

- Papa ?

- Je n'ai pas le temps de t'expliquer. Minsy… »

L'Elfe apparut aussitôt, levant un regard inquisiteur vers son maître.

« Tu peux ramener tout cela. Vérifie que tout soit en ordre au Manoir et attend mon appel. »

La créature magique obéit sans un mot. Elle venait à peine de disparaître que des éclats de voix leur parvinrent depuis l'école. Se tournant d'un même mouvement dans cette direction, les deux Potter virent arriver quatre hommes à la mine sévère, vêtus d'imperméables beiges, suivis, à bonne distance, par Tonks, ses cheveux roses contrastant clairement avec la végétation environnante. James se déplaça instinctivement, s'interposant ainsi entre son fils et les nouveaux venus.

«- Des Mangemorts ? murmura l'enfant.

- Non, des Aurors. »

Harry haussa les sourcils mais n'eut guère l'occasion d'épiloguer d'avantage sur la question. Les arrivants venaient de se planter devant eux, côte à côte. Trois d'entre eux avaient les mains dans les poches de leur vêtement, feignant une attitude désinvolte, même si l'enfant se doutait qu'ils avaient tous leur baguette en main, prêts à s'en servir en cas de besoin. Le quatrième, qui n'était autre que Franck Londubat, semblait moins menaçant, ses deux mains bien en évidence. Malgré leur posture, indiquant clairement qu'ils étaient en mission, leur mine sombre laissait deviner qu'ils ne prenaient aucun plaisir à effectuer la tâche qui leur incombait. L'enfant voulu se déplacer, mais son père le retint d'un geste.

«- Alors, c'est vous qu'on envoie faire le sale boulot ?

- Nous sommes là sur ordre du Ministre en personne, se contenta de répondre Franck. Le directeur Scrimgeour vient d'être démit de ses fonctions et toutes les affections en cours ont donc été annulées. Vous êtes priés de nous suivre, Monsieur Potter. »

Il hésita brièvement, son regard s'attardant sur l'enfant qui s'était agrippé au bras de son père. Franck inspira et reprit sa tirade.

«- Nous avons été missionné pour vous reconduire au Ministère et nous n'hésiterons pas à utiliser la force si cela s'avère nécessaire.

- Vous savez aussi bien que moi que je ne suis pas armé, ironisa James en dégageant tant bien que mal son bras de la prise de son fils. Je n'ai pas l'intention de résister, je vous suivrais… dès que je le saurais en lieu sûr. »

Un mouvement d'hésitation parcouru les rangs des Aurors, alors qu'ils échangeaient de brefs regards interrogateurs, puis Franck acquiesça.

« Bien sûr, cela va de soit. »

Visiblement satisfait de ce compromis, James se détourna d'eux, les surveillant tout de même du coin de l'œil, au cas où, et reporta son attention sur son fils.

« Je veux venir avec toi ! » lâcha aussitôt le concerné.

L'adulte soupira et, face à la mine anxieuse du garçon, s'accroupit face à lui, prenant son visage entre ses mains.

« Harry, s'il te plaît, ne rend pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont déjà, veux-tu ? Ta place n'est pas au Ministère et, même si je pouvais t'y emmener, ta présence ne ferait que compliquer les choses.

- Mais papa, tu n'as rien fait, toi, pourquoi se comportent-ils comme si… tu étais coupable ? »

James eut un faible sourire.

« Ils ne font que suivre les ordres qui leur ont été donnés, semble-t-il. Mais là n'est pas la question, mon grand. Nous n'avons pas beaucoup de temps alors écoute-moi, très attentivement. »

Harry se mordit les lèvres mais acquiesça, soutenant sans broncher le regard grave de son père.

« Je ne sais pas ce qui va se passer, ni combien de temps tout ceci va durer mais j'aurais l'esprit plus libre en te sachant en lieu sûr au Manoir. Je vais te faire reconduire chez nous. Tu y resteras, sagement, sous la garde des elfes de maison jusqu'à ce que Remus, Sirius ou ta mère ne t'y rejoigne, d'accord ? »

L'enfant hocha à nouveau la tête.

« Pas de bêtises ou d'actes irréfléchis pendant mon absence, c'est promis ? » insista l'adulte.

Harry haussa les sourcils mais acquiesça une fois de plus.

«- Promis, murmura-t-il.

- Tu es un brave garçon. Et veille bien sur ta mère et Kim en mon absence, bien sûr…

- Mais… tu vas revenir, hein ? »

Face à l'inquiétude croissante de l'enfant, James l'attira à lui, le serrant étroitement contre lui.

«- Bien sûr, mon grand. Et j'espère bien que tout ceci se finira le plus rapidement possible… Mais en attendant, il va falloir faire avec…

- Dylan aura vraiment tout fait pour nous gâcher la vie jusqu'au bout, hein ? grommela l'enfant, arrachant un bref rire à son père.

- On dirait bien et, crois-moi, si je le pouvais, je le lui ferais bien payer au centuple, mais…

- Mais ça n'arrangerait pas les choses, au contraire. » conclut le garçon.

Il y eut un bref silence.

«- Ce n'est pas ce soir que tu rentreras à la maison, je suppose…

- J'en ai bien peur, soupira son père. Mais si on se plie à leurs règles du jeu, peut-être que tout ceci se finira plus vite. En tout cas, je ferais tout pour rentrer au plus tôt.

- Il va falloir penser à y aller. » intervint posément Franck, interrompant, non sans réticence, leur échange.

James acquiesça, resserra brièvement sa prise sur son fils avant de s'écarter et de se relever.

«- Je vais te renvoyer au Manoir…

- Et… mes affaires ?

- Ne t'inquiète pas pour ça, répliqua son père. On va se débrouiller pour te les ramener rapidement et justifier ton absence cet après-midi… Et n'oublie pas ce que je t'ai dit Harry. Pas de bêtises ! »

Harry acquiesça faiblement. Son père sourit et lui ébouriffa affectueusement les cheveux, avant d'appeler, à nouveau, leur elfe de maison. Minsy eut une brève hésitation en apercevant les autres personnes et s'inclina rapidement avant de se tourner vers son maître.

« Je te le confie, Minsy, lâcha-t-il, les mains posées sur les épaules de son fils. Ramène-le au manoir. Il restera sous ta surveillance jusqu'à ce que sa mère ou l'un de mes amis rentre à la maison. »

La créature magique acquiesça docilement, son regard interloqué passant de l'un à l'autre de ses maîtres.

« Cela sera fait selon vos ordres, Maître. Dès que le jeune Maître sera prêt bien sûr.» promit-elle en s'inclinant avant de se tourner vers le plus jeune des deux Potter.

Celui-ci leva les yeux vers son père, ne sachant pas quand il aurait l'occasion de le revoir.

« Reviens vite, hein… Ce n'est pas pareil à la maison quand tu n'es pas là. »

James sourit et l'embrassa brièvement sur le front.

« Je sais, ma présence vous est indispensable, plaisanta-t-il. Allez, Minsy n'attend plus que toi. »

L'enfant acquiesça faiblement, quelque peu réticent malgré sa promesse, et jeta un bref regard en direction des quatre Aurors qui commençaient à s'impatienter sérieusement, à en croire leur raideur actuelle.

«- Ne te laisse pas faire par l'autre abruti, hein, chuchota-t-il à l'adulte.

- Je n'y manquerais pas, promit l'adulte. Allez, file ! »

Harry grimaça mais obtempéra et rejoignit Minsy.

« Bon ben, quand faut y aller… » soupira-t-il.

Jetant un rapide regard autour de lui, il aperçu un éclat rose, alors que la jeune fille retournait vers le réfectoire, pendant que les quatre Aurors se déplaçaient, se positionnant de part et d'autre de son père qui esquissa un sourire sarcastique à cette manœuvre. Harry inspira et tendit la main vers l'elfe qui s'en empara aussitôt.

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« Sirius, veux-tu bien t'asseoir ? »

Le concerné se figea, cessant momentanément de faire les cent pas dans le couloir, pour se tourner vers Remus qui, assis sur une chaise, la tête rejetée en arrière contre le mur, les yeux fermés, avait ainsi interrompu ses déplacements incessants. Assise sur la chaise voisine, la tête entre les mains, Lily semblait plongée dans de profondes réflexions.

«- Bouger comme ça ne fera pas avancer les choses plus vite, grommela le lycanthrope.

- Peut-être mais, au moins, ça m'évite de faire quelque chose que je pourrais regretter, comme, par exemple, rentrer dans cette salle et fracasser le crâne de cette enflure !

- Vu comme ça…

- Non mais pour qui il se prend, pour s'en mêler de la sorte ? tempêta Sirius. Il leur graisse la patte, à ces incompétents !

- Peut-être, mais tu as bien entendu le professeur Dumbledore, non ? Maintenant qu'ils ont fait sauter Rufus Scrimgeour de son fauteuil, nous ne pouvons plus compter sur son soutien. »

Sirius marmonna un moment, continuant ses allers-retours incessants dans le couloir desservant les services administratifs du Magenmagot. Il se figea soudain, mû par une inspiration subite.

« Ceci dit, l'implication de Malefoy dans cette affaire pourrait… »

Lily soupira.

«- On en a déjà parlé, Sirius, murmura-t-elle en se massant machinalement les tempes.

- Aux yeux du Ministre, et donc du Ministère, Malefoy n'a rien à voir avec les interventions récentes des Mangemorts, renchérit Remus. Et puisqu'il fraye quotidiennement avec les personnalités du monde magique, il pourrait très bien, effectivement, avoir été emmené à côtoyer Hunter… Assis-toi, Sirius ! » s'impatienta-t-il.

Face à l'agacement de son ami, le concerné concéda à s'asseoir près de Lily, la tête contre le mur, et soupira profondément.

«- J'espère que James a reçu mon avertissement à temps, murmura-t-il.

- Et qu'ils le laisseront mettre Harry en sûreté avant de faire quoi que ce soit, s'inquiéta la jeune femme.

- On peut compter sur Franck pour faire en sorte que ça se passe au mieux, assura Remus. C'est une chance que Maugrey aie interféré en sa faveur auprès de la commission pour qu'il puisse s'absenter le temps de mener à bien cette tâche. Et, le connaissant, il laissera du temps à James pour prendre les mesures appropriées concernant votre fils. »

Lily acquiesça distraitement, soucieuse.

«- J'imagine mal ce vieux Fol Œil à l'école, ricana Sirius. Le dirlo aurait fait une syncope rien qu'en le rencontrant… et il aurait sûrement fait faire des cauchemars aux élèves.

- Ce n'est pas drôle, Sirius. » marmonna Remus, réprimant, malgré tout, un sourire, en imaginant la scène.

Le vieil Auror revêche était, déjà, impressionnant pour un sorcier... Il imaginait sans mal le choc qu'une telle rencontre provoquerait à un moldu.

La porte donnant sur le couloir principal s'ouvrit brutalement, les ramenant à la réalité. Tous trois levèrent les yeux vers les arrivants, alors que quatre Aurors franchissaient le seul, encadrant…

« James ! »

Lily se leva vivement de sa chaise mais fut coupé dans son élan par les deux hommes qui l'entouraient.

«- Pas de prise de contact, Lily, lui souffla Remus, la retenant par le bras. N'oublie pas les consignes.

- Nous ne devrions même pas nous retrouver tous dans la même pièce, insista Sirius, un bras tendu devant la jeune femme.

- Je sais… »

Lily soupira mais ne chercha pas à résister à ses deux amis, se contentant de fixer son compagnon qui lui adressa un faible sourire en retour. Passé le premier moment de surprise, les sorciers ne s'attendant visiblement pas à voir du monde en cet endroit, le petit groupe se remit en marche, la porte se refermant derrière eux dans un claquement sec, mais s'arrêta à nouveau sur un geste de la main de Franck, à la tête du groupe. Il y eut une brève discussion entre les Aurors, les trois autres affichant très nettement leur réprobation face aux propos tenus par le meneur de l'équipe. Finalement, deux d'entre eux se postèrent devant la porte par laquelle ils étaient arrivés, la mine sombre.

« Une minute, lâcha Franck. Et il ne se sera rien passé. Il n'y aura pas eu d'échange, quelque qu'il soit. » conclut-il, posant brièvement une main sur l'épaule de James qui acquiesça d'un signe de tête, avant de s'écarter, se positionnant, avec son autre collègue, de part et d'autre de la porte donnant sur la pièce où la commission interrogeait, en cet instant, le professeur Dumbledore.

Passé le premier instant de surprise, réalisant l'occasion que leur offrait Franck, Lily se dégagea de la prise de ses amis, qui ne firent rien pour la retenir, et s'élança vers son compagnon… avant de se figer, en découvrant ses poignets, liés magiquement. Elle se retourna vivement vers Franck, indignée.

« Pourquoi… ? »

Des mains familières s'emparèrent de l'une des siennes, la serrant brièvement, détournant son attention de l'Auror.

«-Ils ne font que suivre les ordres, Lily.

- Mais tu n'as rien fait, riposta aussitôt la jeune femme en le fixant.

- Je sais… mais il y a plus important pour le moment et nous avons peu de temps. »

Lily hésita, se mordit les lèvres et acquiesça.

«- Harry n'a pas… ?

- Non, bien sûr que non, il n'a pas assisté à tout cela, la rassura aussitôt James. Il est à la maison, avec Minsy, en attendant que l'un de vous puisse l'y rejoindre. »

Lily approuva d'un signe de tête, soulagée, même si l'idée de savoir son fils seul, sous la seule garde des elfes de maisons, ne lui plaisait pas particulièrement. Mais, au moins, il était en lieu sûr et avait été dispensé de voir son père traiter comme un criminel par ses propres collègues. Elle secoua la tête pour chasser ses sombres réflexions, et effleura le visage de son compagnon.

«- Tu as l'air épuisé, murmura-t-elle.

- Je tiens le coup, pour l'instant… »

Lily eut un maigre sourire et glissa la main sur la nuque de l'homme, attirant son visage à elle pour l'embrasser brièvement. Elle le sentit sourire contre ses lèvres avant de répondre au baiser, alors qu'elle mêlait ses doigts aux cheveux en bataille de son compagnon et qu'il resserrait sa prise sur l'autre main de la jeune femme qu'il tenait toujours entre les siennes.

«- Je t'aime, murmura-t-elle lorsqu'ils se séparèrent, front contre front, les yeux dans les yeux.

- Je t'aime aussi, Lily. Plus que tout. »

Une toux discrète les ramena à la réalité.

« Désolé de vous interrompre mais il va nous falloir y aller, si nous voulons préserver les apparences jusqu'au bout. » observa Franck en quittant sa position, près de la porte.

James soupira mais approuva d'un signe de tête.

«- Quand faut y aller… marmonna-t-il.

- Pas d'imprudence, lui glissa la jeune femme.

- Je fais ce que je peux, rétorqua-t-il, résigné. Les choses seraient plus simples si les dés n'étaient pas pipés dès le départ…. Mais j'espère que tu pourras rapidement rentrer, Harry doit se faire un sang d'encre.

- J'espère aussi… Et n'oublie pas que nous faisons tout, de notre côté, pour en finir, au plus vite, avec cette affaire.

- Je sais. »

Il l'embrassa rapidement sur le front et s'écarta, alors que les Aurors reformaient les rangs autour de lui pour l'entraîner vers la pièce voisine sans plus de cérémonie.

«- Cette affaire prend des proportions ridicules, murmura-t-elle, les yeux fixés sur la porte, dont le battant venait de se refermer sur le petit groupe.

- C'est sûr, mais ils se trompent totalement s'ils espèrent le discréditer aux yeux du monde sorcier, ou l'humilier, avec ce genre de mise en scène, commenta Sirius en la rejoignant, un sourire sarcastique aux lèvres.

- Tu crois vraiment que… ?

- Je ne le crois pas, j'en suis sûr. Même si je n'ai pas été le plus assidu qui soit ces derniers mois, je suis quand même un Auror, moi aussi, je connais les procédures. Et tu as entendu aussi bien que moi ce que tu as dit Franck : Il tient à préserver les apparences jusqu'au bout. »

La jeune femme approuva d'un signe de tête, songeuse.

« Mais pourquoi… ? »

Sirius renifla dédaigneusement et leva les yeux au ciel.

«- D'après toi, qui persiste à compromettre les plans de Voldemort ces derniers temps ? ironisa-t-il. Et puisqu'ils n'arrivent pas à se débarrasser de lui, ils ont sûrement profité de son conflit avec l'autre crétin pour chercher un autre moyen de l'écarter. Ils espèrent sûrement réussir à le discréditer et à lui faire perdre, ainsi, son influence au Ministère. Mais, franchement, ils se fourrent la baguette dans l'œil jusqu'à l'omoplate s'ils pensent que ça suffira, ajouta-t-il, arrachant un sourire à la jeune femme.

- Tu n'avais pas l'air si assuré, tout à l'heure, objecta-t-elle. Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ? »

Sirius haussa les épaules.

«- Le manège de… mes collègues qui s'échinent à maintenir des apparences qui n'ont pas raison d'être, pour obéir aux ordres, mais sans vraiment avoir le cœur à ça. Si ça ne tenait qu'à eux, ils ne se seraient même pas donné la peine d'aller le chercher, puisque, de toute façon, James était sensé retourner au Ministère après avoir ramené Harry au Manoir. Mais les ordres sont les ordres et ils n'ont clairement pas eu d'autre choix que d'obéir à un ordre direct du Ministre lui-même. Ils respectent bien trop James pour avoir exécuté cette mission de gaieté de cœur, et c'est une preuve suffisante, à mon sens, pour prouver que, peu importe la quantité de Gallions que l'autre crétin déboursera pour corrompre le Ministère, ils n'arriveront jamais à le compromettre. Pas vrai, Remus ?

- Je ne l'aurais pas mieux dit moi-même, concéda le lycanthrope, avec sa réserve habituelle. Mais nous ferions mieux de ne pas sous-estimer Malefoy et Hunter pour autant… Ceci dit, vous feriez mieux de vous rasseoir, l'attente risque d'être longue. »

Sur ces belles paroles, que les deux autres ne purent qu'approuver, chacun regagna sa place en se promettant silencieusement de tout faire pour en finir au plus vite.

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Ainsi s'achève donc ce nouveau chapitre, pas spécialement très riche en action mais ce n'est que partie remise pour la suite ) Et reste à voir si Bellatrix aura l'occasion de satisfaire ses sombres projets…

J'espère pouvoir publier plus rapidement pour la suite (et pouvoir ensuite me concentrer sur mon autre fic en cours), je ferais de mon mieux..

Bon dimanche à vous

Ccilia