Salut tout le monde :)
Ah, vous aussi vous pensez qu'Anna mériterait des baffes ? :D Roooh, vous êtes trop paranos ^^ Il ne peut (plus) rien leur arriver d'affreux (maintenant), voyons !
Je tease, mais je vous avais prévenu il y a plusieurs chapitres déjà : cette histoire aura sa (petite) dose de drama. Mais je rassure d'avance, ça ne finira pas en tragédie.
Bonne lecture, et merci de continuer à vous perdre par ici chaque semaine !
Chapitre 25
Vacances ! J'ai déjà dit à quel point j'aime les vacances scolaires ?
Evidemment, dans la tête d'Anna, ça s'annonçait souvent beaucoup mieux que ça ne l'était en réalité. Elle passait une bonne partie de son temps à dormir, et le reste à ne rien faire de productif, c'est-à-dire en général devoirs, films, lecture et jeux vidéos. Et ces vacances-ci n'allaient certainement pas déroger à la règle.
Anna et Elsa s'étaient vues une dernière fois samedi après-midi. Olaf était là, et ils avaient beaucoup discuté, l'adolescente avait appris plus de chose sur leur enfance, sur qui était Elsa et ce qu'elle aimait. Ils étaient des fous de la nature, et leur sport préféré en vacance, c'était le ski de randonnée (un truc qu'elle n'avait évidemment jamais fait et qui avait l'air vachement impressionnant). Deux ou trois ans plus tôt, ils étaient allés en Norvège, tous les deux, et le pays avait fait une grande impression sur Elsa, à tel point qu'elle avait postulé pour être prof dans un lycée francophone là-bas. Malheureusement, elle n'avait pas été sélectionnée.
L'après-midi s'était poursuivie par une partie de Mario Kart, et Anna, qui s'estimait douée et raisonnablement entraînée dans ce jeu, dut reconnaître en Olaf un véritable maître de la manette. Tout son contraire, Elsa s'évertuait toujours à vouloir prendre une moto, même si c'était peu maniable et qu'elle finissait invariablement dans le décor. N'osant ni l'une ni l'autre se mettre des bâtons ni des bananes dans les roues, elles s'acharnaient toutes les deux sur Olaf, qui quoi qu'il arrive gardait une maîtrise impeccable de son véhicule.
Ca avait été une chouette après-midi. Plus elles se voyaient, plus les choses paraissaient faciles, naturelles, et tellement normales ! Elle ne se posait plus la question de savoir si elle avait le droit de se blottir dans les bras d'Elsa sur le canapé, n'hésitait plus avant de se précipiter pour l'embrasser juste parce qu'elle avait adoré son sourire. Même Elsa semblait plus détendue. Comme si avec chaque baiser, la peur et la culpabilité qui la dévoraient s'atténuait un peu plus.
Pour Anna, les choses étaient claires : ça ne pouvait pas être mal.
Un bruit émanant de son pc annonça l'arrivée d'un message sur Facebook. Kristoff proposait un ciné mardi après-midi. Le message n'avait beau dater que de quelques secondes, Rapunzel avait déjà répondu présente, et commençait déjà à négocier le choix du film. Anna se releva de son lit pour s'asseoir correctement à son bureau. "Compte sur moi", répondit-elle.
Visiblement, tout le monde glandait sur son ordi à cette heure, ou bien ses amis n'étaient qu'une bande d'accros à leurs téléphone, car moins d'une demi-heure plus tard, Tiana, Alice et Mérida avaient à leur tour répondu.
Anna, Mérida et Kristoff s'étaient donnés rendez-vous pour déjeuner un peu avant le ciné. Quand elle se gara près du centre commercial, Anna avait deux sms en attente sur son portable, l'un de la grande rousse disant qu'elle était déjà là, l'autre du blond disant qu'il était en retard. Ca tombait bien, elle voulait un instant tranquille avec Mérida pour lui poser quelques questions.
- Quoi comme questions ? s'exclama la sportive quand Anna, après l'avoir rejointe, lui lança son plus beau sourire de conspiratrice.
- Allez, tu t'es toujours esquivée sans jamais me dire ce qu'il s'était passé avec Mulan !
- Il ne s'est rien passé, grommela-t-elle.
Anna avait eu cette réponse plus d'une fois cette semaine, sans jamais la trouver convaincante.
- Mérida...
- T'es quand même franchement mal placée pour essayer de me tirer les vers du nez, alors que tu n'as jamais voulu me donner ne serait-ce que le prénom de ta meuf !
La pique heurta Anna, et son sourire malicieux s'envola comme la culpabilité revenait la hanter. Mais est-ce qu'elle avait le droit de répondre à cette question, au moins ? D'un autre côté, personne ne connaissait le prénom de Winter, qui pourrait faire le rapprochement ?
- Tu vois ? T'as pas le droit d'exiger de savoir !
- Elsa, dit Anna en un souffle, et Mérida s'immobilisa, les yeux écarquillés, comme si elle ne s'était pas du tout attendue à ce qu'Anna réponde. Elle s'appelle Elsa.
- C'est pas la peine de balancer le premier prénom venu, ça marchera pas, grogna son amie.
Avec un glapissement indigné, Anna fouilla dans son téléphone à la recherche d'un sms relativement innocent, et le plaqua devant le nez de Mérida. « Bonne nuit Elsa », pouvait-on lire sur l'écran.
- Alors, et Mulan ? demanda Anna sans attendre.
Mérida soupira.
- Il s'est rien passé avec Mulan. Je... on s'est embrassées, elle est repartie, et puis c'est tout !
- Vous vous êtes quand même embrassées ! s'exclama la petite rousse avec des yeux ronds et un grand sourire. Ce n'est pas rien !
- Bof... marmonna la sportive, les épaules tombant presque aussi bas que semblait l'être son moral.
- Mais... t'en penses quoi d'elle ? Je veux dire, elle te plaît ?
- Quelle importance ? Elle est super loin ! On se voit genre cinq fois par an ! Franchement, j'ai même pas envie d'essayer d'y penser. J'ai pas envie de me retrouver dans ton état.
- Qu'est-ce qu'il a, mon état ? s'indigna Anna.
- Bah, j'aurais pas aimé être dans tes pompes il y a un mois.
- Mais quand même, insista Anna, elle te plaît ? C'est une fille et elle te plaît ?
- Oui elle me plait ! répondit Mérida sur un ton qui s'annonçait exaspéré. Elle est super cool et super jolie. Mais je ne suis pas amoureuse, enfin je crois. Je ne sais pas si elle est amoureuse de moi, mais je lui ai dit que c'était pas la peine d'espérer.
- Tu lui as dit ça ?
Anna repensa à ce qu'elle avait ressenti début janvier, lorsqu'Elsa l'avait repoussée, et elle fut pleine de compassion envers cette fille. Même si elle n'avait pas arrêté de la regarder bizarrement, ce n'était pas une raison pour lui souhaiter d'être malheureuse. Ce que Mérida pouvait être sans-coeur, parfois !
- Tu as dit quoi à qui ? demanda derrière elles une voix curieuse et amusée.
Les deux lycéennes se retournèrent pour découvrir Kristoff qui venait d'arriver dans leur dos.
- J'ai dit que je suis un boulet doublée d'une grosse cruche, mais je n'ai pas envie de me farcir une relation à distance avec Mulan pour finir par tremper tes épaules à force de pleurer dessus, et à bouffer tout le stock de chocolat d'Anna.
- Hé, je partage pas mes réserves d'urgence !
- Justement, ce serait une urgence, pas vrai ?
- Attends, dit Kristoff, quand tu dis Mulan, tu parles de « Anna et Rapunzel se battent pour savoir si je suis une fille » Mulan ?
- On s'est pas battues pour ça ! protesta Anna.
- Faudrait vraiment avoir de la merde dans les yeux pour la prendre pour un mec, grogna Mérida.
- Et si elle habitait pas loin ? Si elle était avec nous au lycée, tu sortirais avec ? demanda la petite rousse.
L'archère haussa les épaules et donna un coup de pied dans un obstacle imaginaire.
- J'en sais rien. Oui, j'imagine que si je la voyais tous les jours, je... - ou peut-être qu'au contraire elle finirait par ne plus pouvoir me supporter, dit-elle sans finir de formuler sa précédente pensée.
Anna avait vraiment envie d'en savoir plus, mais elle connaissait suffisamment Mérida pour savoir quand ce n'était plus la peine d'insister. Après tout, peut-être que la sportive avait fait le choix intelligent qu'elle-même avait refusé de faire. Ceci dit, contrairement à Mérida, elle avait son béguin sous les yeux plusieurs fois par semaine. Ca rendait la tâche de l'ignorer beaucoup plus difficile, comme elle ne le savait que trop bien.
Elle décida de laisser un répit à Mérida, et se tourna vers son meilleur ami.
- Et toi Kristoff, demanda-t-elle, quand est-ce que tu nous ramène quelqu'un ?
- Moi ? dit-il surpris. Heu...
Il se gratta la base de la nuque avec un air indécis.
- Quand j'aurai trouvé la bonne personne, finit-il par dire.
- Et cette bonne personne, ça serait plutôt une meuf ou un mec ? demanda Mérida avec un sourire malicieux.
- Hein ? Quoi ? Pourquoi tu me demande ça ?
- Ca va, fais pas ton choqué, t'es avec les deux filles les moins hétéros de la classe, tu peux te lâcher et tout nous dire !
Le garçon regarda ses deux amies d'un air suspicieux. Mérida avait son air curieux et bravache habituel, mais Anna le regardait avec un sourire encourageant. Elle ne s'était jamais demandé quelles étaient les préférences amoureuses de son meilleur ami, et en y repensant, elle réalisa avec honte que la plupart de leurs conversation sentimentales avaient surtout tourné autour de ses petits copains et ses états d'âme à elle. La seule fois où il avait mentionné ce qui lui plaisait, c'était pour dire qu'il espérait trouver quelqu'un qui soit à moitié aussi bien qu'elle. Anna avait été si touchée qu'elle lui avait payé une énorme glace au chocolat ce jour-là. Ca remontait à plus d'un an.
- Allez, réponds à notre question !
- Heu, ta question, coupa Anna.
- Me dis pas que t'as pas envie de savoir ! s'exclama Mérida, les poings sur les hanches.
- Franchement, dit Anna en se tournant vers son ami, tu peux même être attiré par les rennes sans que ça change quelque chose entre nous.
- Pour être honnête, les filles... J'en sais rien, osa-t-il finalement dire.
- Comment ça t'en sais rien ? s'exclama la grande rousse. Comment tu peux n'en savoir rien ?
- Sérieusement... Quand je pense à vous, à Tiana, ou Rapunzel... Je vous adore, hein, ne le prenez pas mal, mais l'idée de sortir avec l'une de vous, ou une fille comme vous... juste, non, et pourtant vous êtes super différentes les unes des autres. Mais je ne pense pas être attiré par les garçons non plus. Aucun des mecs qu'on connait ne me fait... envie. Je veux dire, c'est tous des gros débiles !
- C'est normal, c'est des hétéros ! ricana Mérida.
Anna repensa au seul autre garçon gay qu'elle connaissait, Olaf. Il était vraiment super gentil, drôle sans être lourd ou débile, lui, et puis après tout, si Elsa avait confiance en lui, c'est qu'il ne devait pas avoir trop de vices cachés. Est-ce que Kristoff et lui s'entendraient bien ? Oh, et si il se plaisaient ! L'idée était super attirante. Non, impossible, Kristoff ne peut pas savoir que je sors avec Elsa...
- Si on n'est pas clichés tous les trois, grommela-t-il en cognant à son tout le même obstacle invisible du bout de sa basket. Ca fait vraiment club des losers...
- Hey ça va, c'est pas parce qu'on est pas 100% hétéros qu'on est des losers ! Regarde-toi, t'es le gars le plus canon de ta classe, et je n'exagère pas, et Anna est l'une des filles les plus mignonne du lycée !
- Et toi la plus badass, ajouta-t-il en retrouvant son sourire.
- Ouais, renchérit Anna en passant ses bras autour des épaules de ses deux amis. Moi je trouve qu'on a la classe !
Un sandwich, une grosse glace et une dizaine de plaisanteries plus tard, les trois compères se dirigeaient vers le cinéma. Rapunzel et Tiana avaient dû se donner rendez-vous plus tôt elles aussi, mais pour des activités très différentes, car elles portaient toutes les deux des grands sacs de fringues visiblement bien remplis.
- Putain Mérida, c'est quoi ça ? s'exclama Rapunzel en arrivant à leur hauteur.
La grande rousse regarda autour d'elle, puis dans la direction pointée par le doigt accusateur de Rapunzel.
- Mes jambes ? Qu'est-ce qu'elles ont mes jambes ?
- Ton fute ! C'est quoi cette horreur ? On t'a jamais dit que les baggys patte d'eph, c'était la mode dans les années 2000 ?
- C'est pas faute d'essayer de lui faire comprendre, ajouta Tiana d'un ton blasé.
- Les meufs, je vendrai mon âme au diable avant de porter un slim, grogna Mérida avec défi. On vous a jamais dit que le pantalon rentré dans les bottes, c'était la mode il y a trois siècles ?
- Ca m'étonne que tu ne te traînes pas encore une réput' de grosse goudou dans le bahut.
- Si ça se trouve, c'est le cas, se contenta de répondre la sportive en haussant les épaules.
Elle regarda Anna, qui détourna légèrement le visage.
- Non. On le saurait sinon, dit Rapunzel. Pourquoi tu regardes Anna comme ça ? demanda-t-elle, ayant apparemment remarqué l'échange silencieux entre les deux filles. Vous vous la jouez goudou toutes les deux ?
- Ou pas, répondit simplement Mérida.
- Non pas que ça me dérangerait, hein, vous faites bien ce que vous voulez ! Enfin Anna ce serait genre la dernière fille du bahut à virer lesbienne, pas vrai ?
Anna était partagée entre l'amusement et la consternation. Heureusement, ni Kristoff ni Mérida ne contredit son affirmation.
- Bon, on s'le mate, ce film ? coupa Tiana d'un ton impatient.
Quelques minutes plus tard, ils avaient pris leurs billets pour un blockbuster hollywoodien et s'étaient installés dans la salle. Alice, en retard comme d'habitude, avait provoqué un immense fou rire général en sortant de son sac à main une thermos et une tasse de thé en porcelaine avec des dorures et des fleurs dessus. Anna, elle, brandit un immense paquet de chocolats kinder qu'elle fit tourner, et dans une ambiance finalement très détendue, le groupe d'amis passa une après-midi agréable, qui s'acheva dans la mezzanine d'un café, où chacun raconta ce qu'il avait prévu pour les vacances. Anna, Kristoff et Rapunzel allaient rester dans le coin, Tiana passerait la deuxième semaine chez son père, quand à Mérida, elle avait une grosse fête de famille de prévue, sans parler de ses habituels entraînements.
Anna le garda pour elle, mais elle espérait bien passer le plus de temps possible avec la blonde aux yeux bleus qui occupait son esprit.
Chaque soir, dans son lit, Anna regardait les deux photos qu'elle avait cachées sur son adresse email.
Elsa lui manquait. Depuis le début des vacances, elle ne l'avait croisée dans aucun couloir, vue dans aucune salle, et elle n'avait pu passer des heures à la regarder comme elle le faisait chaque cours de maths. L'enseignante était partie pour la semaine à Lyon, voir des amis et les parents d'Olaf, qu'elle considérait comme ses parents adoptifs. Anna se demanda comment étaient ces gens, qui avaient élevé Olaf, puis Elsa adolescente. Dans un coin de sa tête, elle imaginait deux vieux hippies, ou quelque chose d'approchant.
La lycéenne avait fait mentalement la liste de toutes les choses qu'elle aimerait faire avec Elsa pendant la deuxième semaine, si sa prof était d'accord. Aller ensemble au ciné, regarder un film chez elle - de préférence dans ses bras, passer toute une après-midi et une soirée avec elle, goûter son thé cacao-cannelle, lui dire enfin qu'elle l'aimait...
Ce qu'Anna ignorait, c'est que ses parents avaient d'autres plans, et qu'elle allait être contrainte de remettre à plus tard sa semaine de rêve. Genre, beaucoup plus tard.
Le lendemain soir, quand Anna descendit dîner, elle découvrit son père et sa mère dans une conversation animée. Tous les deux souriaient et avaient l'air très excités.
- Ah Anna ! s'exclama sa mère. Ton père et moi avons une excellente nouvelle à t'annoncer !
- On ne déménage pas à l'autre bout du monde, j'espère, répondit-elle à moitié inquiète et à moitié sur le ton de la plaisanterie.
- Non, répondit M. Andersen. Mais je viens d'avoir une offre super intéressante par mon CA, et on part pour une semaine dans les Alpes ! s'exclama-t-il.
- Coooool ! Quand ? Pendant les prochaines vacances ? demanda l'adolescente en souriant jusqu'aux oreilles.
- Non, on partirait dès samedi !
Les yeux d'Anna s'écarquillèrent et sa mâchoire retomba. Samedi ? Ce samedi ? Mais ça mettait à l'eau tous ses plans avec Elsa !
Elle envisagea un instant de refuser, mais elle savait qu'ils s'étaient donné du mal pour lui offrir ces vacances imprévues, et qu'ils pensaient vraiment lui faire plaisir. En plus, ils finiraient certainement par se douter de quelque chose si elle disait préférer rester à la maison.
Son père se méprit sur son expression, car son sourire s'élargit encore davantage.
- Et tu sais le meilleur ? Le chalet a trois chambres, et le prix est le même qu'on soit trois ou quatre, ça veut dire que tu peux inviter n'importe laquelle de tes copines à venir avec nous.
Dans un coin de sa tête, elle pensa à quel point ce serait génial si elle pouvait inviter Elsa. Une semaine avec sa prof, c'était encore mieux que tout ce qu'elle avait pu rêver ! Elle commença à imaginer ce qu'elle pourrait bien dire à ses parents pour les convaincre, avant de se rappeler d'un détail. Un détail crucial.
Ils l'ont vue à la réunion parents-profs d'octobre, c'est mort.
- Est-ce que je peux inviter Kristoff ? demanda-t-elle en essayant de masquer la déception dans sa voix.
- Kristoff, pas Mérida ?
- Les filles ont toutes des trucs de prévu, expliqua-t-elle, et ça me ferait vraiment plaisir d'être avec Kristoff.
Ses parents échangèrent un regard, puis sa mère se tourna vers elle et sourit.
- Bien sûr, répondit-elle. Tu peux le prévenir dès ce soir, et on appellera ses parents demain pour leur donner plus de détails.
- Il va être ravi, ajouta son père. Les Bjorgman n'ont pas souvent eu les moyens d'emmener leurs enfants en vacances.
Anna essaya douloureusement de se concentrer sur le côté positif. Une semaine à la montagne, avec Kristoff, quelques semaines plus tôt elle en aurait sauté de joie. Avec lui, pas besoin de se casser la tête pour savoir comment s'habiller, elle pourrait faire des trucs sportifs et salissant sans que ce ne soit un drame, et lui au moins de voudra pas parler de mecs toute la nuit.
- Dis-lui qu'on part samedi, vers midi.
Vers midi ! C'était fichu, elle n'aurait pas le temps de passer ne serait-ce que cinq minutes avec Elsa.
- Je vais chercher mon portable pour le prévenir tout de suite !
Elle se leva de table et fila vers les escaliers.
En vérité, son portable était dans sa poche, mais elle avait besoin d'un moment de calme, juste pour laisser couler ces larmes qui menaçaient de lui brûler le nez et les yeux. Arrivée en haut des marches, elle poussa un faux cri de joie. Ses parents s'attendaient forcément à ce genre de réaction, alors autant les satisfaire.
« Elsa », écrivit-elle une fois assise sur son lit. « mes parents m'ont fait la surprise d'une semaine en montagne. On part samedi midi. Je suis désolée, j'aurais vraiment aimé passer du temps avec toi. »
La réponse fut quasiment immédiate.
« Ne t'inquiète pas. Envoie-moi un sms tout à l'heure quand je pourrai t'appeler ».
La réponse était courte et pas du tout réconfortante, mais au moins elle allait pouvoir parler avec elle ce soir, c'était déjà ça.
Elle se rappela que ses parents et son dîner l'attendaient, alors elle redescendit les escaliers en courant.
- Voila, s'exclama-t-elle en s'asseyant et en posant son téléphone sur la table. Coucou Kristoff, dit-elle à voix haute tandis qu'elle écrivait en même temps le message. Ca te dirait de partir à la montagne ? Mes parents ont loué un chalet pour 4, on partirait samedi, et...
Elle s'interrompit et releva la tête.
- Et on reviendra quand ?
- Dimanche prochain, dans la journée, répondit sa mère.
Ouaip, définitivement foutu pour voir Elsa.
Elle finit d'envoyer le sms, puis s'attaqua enfin à son dîner. Evidemment, la réponse de Kristoff quelques instants plus tard montra qu'il était ravi, lui.
Elsa posa son téléphone portable sur la table de nuit et s'allongea sur son lit, dans la pièce qui avait été sa chambre de ses seize à ses vingt ans. La chambre ne l'avait pas connue enfant, et la décoration était celle de l'adolescente qu'elle avait été, avec moins de joie et plus de peine. Cette pièce n'était pas pleine de bons souvenirs, au contraire, elle débordait encore de ses larmes qui venaient à peine de sécher. C'était la chambre d'Olaf, la salle de jeu, et les dîners et vacances avec Hélène et Bob, les bons moments.
Au téléphone, elle avait dit à une Anna agitée de ne rien regretter et de profiter au maximum de ses vacances. La savoir avec Kristoff avait un côté rassurant. Elle ne connaissait presque pas le jeune homme, il n'était dans aucune de ses classes, mais Anna parlait de lui comme elle-même parlait d'Olaf, et à chaque fois qu'elle l'avait croisé au lycée, son instinct avait été formel. Elle n'était pas trop jalouse, mais voir Anna partir avec un garçon qui n'était ni amoureux, ni même attiré par elle avait quelque chose de réconfortant.
Et puis qui sait, peut-être que ces deux semaines loin de l'adolescente lui permettraient de garder les pieds sur terre, et de ne pas perdre complètement les pédales.
Tu parles, je te parie une tasse de thé et un cookie que tu vas te jeter sur elle sitôt que tu la reverras...
« Vous avez de la neige ? »
« Ouaip. Elle a arrêté de tomber tout à l'heure. C'est tout blanc partout, ça me fait penser à tes cheveux. »
Elsa sentit ses joues s'empourprer à la lecture du message, et bien qu'Anna n'était pas là pour la voir, elle détacha sa tresse qui était nouée en chignon, et la laissa retomber sur ses épaules. Elle fixa le plafond puis ferma les yeux, et pendant un instant, elle imagina que l'adolescente était avec elle, qu'elle avait sa tête sur ses genoux, et qu'Anna lui caressait les cheveux. C'était une rêverie agréable. Elle adorait quand Anna touchait ses cheveux.
Ca faisait presque une demie heure qu'elle était en grande conversation par sms avec Anna, tandis qu'elle était allongée sur son lit. À Arendelle, pas un seul flocon n'était tombé depuis plusieurs semaines. En fait, la dernière chute de neige remontait au jour où elle avait rejeté Anna, dans sa voiture. Comme si ça n'avait été qu'une manifestation magique de la tristesse de l'adolescente.
Ca lui semblait appartenir à une autre époque maintenant. Une époque où Anna n'était que lycéenne, où elle n'était que Madame Winter, et où rien entre elles n'était possible.
Elle aurait aimé l'appeler, comme l'autre soir, mais Anna lui avait expliqué que sa chambre n'était séparée de celle de Kristoff que par un panneau coulissant, pas l'idéal pour garder une conversation privée.
« Kristoff ne te harcèle pas de questions, au fait ? »
« Non. On a conclu un deal, on s'est promis de ne pas parler d'histoires d'amour et de sentiments. Ca l'arrange autant que moi on dirait. »
Tout en se préparant pour aller se coucher, elle lisait Anna lui raconter leurs activités de la journée.
« Tu fais quoi là ? » demandait un nouveau sms.
« Je m'apprête à aller me coucher. »
« Tu es en pyjama ? »
La réponse était immédiate, presque précipitée, et Elsa pouvait presque entendre la petite rousse, sa voix et ses accents curieux. Ses lèvres qui dansaient lorsqu'elle parlait. Ses yeux rieurs et innocents.
« Oui », répondit Elsa.
« J'aimerais bien te voir là tout de suite. Je parie que ton pyjama est bleu. » suivi immédiatement d'un second message. « Je suis sûre que tu es très jolie »
Mais... Anna flirtait ! Anna, son innocente Anna flirtait avec elle !
La température de sa chambre sembla soudain s'élever d'une dizaine de degrés. Elle se surprit à imagier à son tour l'adolescente dans ses vêtements de nuit, puis à rêver d'une soirée qui se poursuivrait jusqu'au lendemain. Plus tard, s'intima-t-elle.
« J'ai envie de t'embrasser... », ajouta Anna.
Oh, comme Elsa en avait envie elle aussi ! Anna, son sourire, ses cheveux, ses lèvres sucrées qui dévoraient les siennes...
Elle rêvait toute éveillée maintenant. Dans sa tête, des images défilaient, attirantes, embrasantes. Leur dernier baiser samedi. Anna qui s'était hissée sur la pointe des pieds pour poser ses lèvres espiègles sur les siennes. Et celui, dans la cuisine, lors de leur premier rendez-vous ! Mon dieu, le souvenir de ce baiser était suffisant pour faire s'accélérer son cœur. Elle n'avait plus osé embrasser Anna de cette façon, ne l'avait plus laissée s'emporter ainsi. Elle savait en son for intérieur que si ça arrivait de nouveau, elle serait incapable de se contrôler.
Ses mains tremblaient maintenant, comme tout le reste de son corps, et elle batailla pour ouvrir le dernier message qu'elle venait de recevoir sans faire tomber son téléphone.
« ...sous ton pyjama. »
Le cœur d'Elsa battait si fort qu'elle n'entendait plus que lui pulser dans son crâne, générant des images d'Anna en train de l'embrasser, avec elle, dans sa chambre. Dans son lit. Elsa eut envie d'elle avec une telle violence qu'elle enfouit sans ménagement son visage dans son oreiller.
Elle voulait cesser tout de suite cette conversation, éteindre son téléphone, le jeter par la fenêtre, mais c'était beaucoup plus fort qu'elle, et lorsqu'il vibra à nouveau, elle n'hésita pas une seule seconde avant d'afficher le message.
« Je t'ai perdue ? :p »
Le ton était amusé, définitivement taquin. Que répondre à ça ?
« Désolée, j'étais trop occupée à t'imaginer faire ce que tu m'as écrit. » Elle hésita un instant, puis poursuivit. Elle aussi elle pouvait jouer à ce petit jeu. « avec ou sans pyjama ».
« Vu la température actuelle dans le chalet, ce sera plutôt avec. », répondit-elle au bout d'une minute ou deux.
« Je peux aussi te réchauffer... » suggéra Elsa.
Stop stop stop ! Arrête-toi ! Elsa regarda le message s'afficher sur son fil de conversation. Elle était clairement en train de flirter à son tour, et elle se demanda avec un mélange d'excitation et d'appréhension jusqu'où ce petit jeu allait bien pouvoir les conduire, et les conséquences que ça n'empêcherait pas d'entraîner sur leur relation.
Mais c'était impossible, elle avait définitivement échappé au contrôle savamment orchestré par son cerveau.
« Parce que tu as une fonction couverture chauffante aussi ? »
« J'ai plein d'autres fonctions, il ne tient qu'à toi de les découvrir... »
L'adolescente mit un temps fou avant de répondre.
Pourquoi ne disait-elle rien ? Elsa n'était pourtant pas allée si loin ! Pas plus loin que ses allusions à elle ! Son emballement retomba, laissant la place à l'habituel mélange de peur et d'appréhension qui grignotait ses entrailles, et qu'elle avait l'impression de ressentir en permanence, depuis plusieurs mois déjà. L'avait-elle effrayée par ses messages ?
La réponse arriva enfin, alors qu'Elsa avait presque cessé de l'espérer.
« J'aimerais m'endormir avec toi... Tu me plais beaucoup, Elsa. »
Le soulagement de quitter ce terrain glissant se disputa à la déception, et à une dévorante frustration. Dans un coin de sa tête, elle ne pouvait s'empêcher de se demander si elle avait été trop loin. Elle lui avait presque fait des avances ! Et si Anna n'était pas prête ? Bien sûr qu'elle n'est pas prête.
A quelques centaines de kilomètres de là, un téléphone portable dans une coque en silicone Zelda tombait sur le sol avec un bruit sourd. Le bras d'Anna pendait mollement à côté du lit, tandis que dans la pièce, le silence n'était désormais plus ponctué que par le bruit de sa respiration endormie.
J'veux pas dire, mais c'est une sacré allumeuse, Anna.
Je pense qu'on est ici à mi-chemin de l'histoire. J'envisage une cinquantaine de chapitres. Le rythme ne va pas tarder à s'accélérer. Après tout, on approche de la fin du deuxième trimestre.
Big hug à tous ceux et celles qui continuent de m'encourager avec leurs messages :) Le mercredi est définitivement devenu une journée spéciale pour moi, rythmée par l'arrivée de chacune de vos reviews.
A la semaine prochaine pour la fin des vacances d'Anna et le retour au boulot !
Ankou
