Chapitre 25

Quand elle se retrouva devant la porte de bois de séquoia, le sourire perché à ses lèvres ne s'effaçait plus. Elle savourait l'instant. House lui avait tellement manqué. Ca faisait un mois et demi qu'elle ne l'avait pas vu. Elle frappa timidement à la porte. Comme elle n'entendait rien, elle entra et l'appela. Il surgit du salon, une bouteille de whisky très largement entamée à la main. Il titubait dangereusement et puait l'alcool à plusieurs mètres. Elle lâcha ce qu'elle tenait dans les mains, sous le choc, puis s'approcha de lui.

« Qu'est ce que tu as fait ?!

- Tu avais dit un mois, hoqueta-t-il.

- J'avais dit un mois ou deux ! Et c'est pour ça que tu t'es saoulé ?!

Il haussa les épaules, impuissant. Elle était dans une colère noire. Qu'est ce qu'il pouvait être irresponsable ! Elle lui arracha la bouteille des mains et s'éloigna. Il courut derrière elle et l'agrippa, cherchant à récupérer son bien.

- Rends la moi !!

- Non ! Arrête, tu me fais mal !

En effet, il serrait son poignet si fort que la circulation de sa main en fut coupée.

- Rends la moi tout de suite !

Il hurlait. Elle ne supportait pas de le voir comme ça, elle n'aimait pas quand il haussait le ton. Ca lui faisait peur. Elle croisa son regard : il était noir, bouillonnant de rage, presque… violent. C'est pourquoi, quand il leva la main et la menaça, elle lâcha la bouteille et le supplia.

- Lâche-moi, je t'en prie… Greg… »

Il se baissa pour récupérer son bien. En se relevant, il lui jeta un regard noir qui la toucha en plein cœur. Il repartit en direction du salon sans un regard de plus, abandonnant la prise qu'il avait sur son poignet. Elle resta figée dans l'entrée pendant plusieurs minutes, puis elle s'assit contre le mur et enfouit son visage dans ses bras. Elle pleura longtemps. Les défauts de l'ancien House n'avaient pas totalement disparus. Le soir venu, elle se coucha seule dans le grand lit vide. Elle avait été tellement impatiente de le retrouver… Et finalement elle dormirait seule, une fois de plus.

Elle ne dormit que très peu, trop perturbée. Il n'avait pas vraiment eu la volonté d'être violent. Il était sous le joug de l'alcool. Il n'aurait jamais levé la main sur elle autrement. Et s'il était saoul, c'était parce qu'elle n'était pas revenue assez vite, ça l'avait rendu malade. Quelque part, c'était sa faute ce qui était arrivé. Elle culpabilisait, comme autrefois. C'était toujours elle qui finissait par se remettre en question, ça avait toujours été comme ça. Mais pourquoi ? Il n'était pas parfait non plus ! S'il lui avait fait confiance, s'il n'avait pas douté du fait qu'elle reviendrait, il n'aurait pas noyé son chagrin dans l'alcool. Si elle avait prit autant de temps, elle avait une bonne raison. La meilleur des raisons ! A court d'énergie morale, elle tomba le sommeil alors que l'aube naissait.

Lorsqu'elle se leva, une migraine l'avait prise. Elle avait l'impression que sa tête allait exploser. Elle sortit de la chambre et passa devant l'entrée. Ses affaires y étaient toujours, elle n'avait pas pris la peine de les déménager la veille. Elle s'appuya contre le mur, sur son épaule gauche. Un frisson nerveux lui rappela un mauvais souvenir. Elle changea de position pour que la sensation disparaisse. House apparut au bout du couloir, du côté de la cuisine. Elle continua à fixer le sol, dans sa direction. Elle releva légèrement son regard et vit qu'il s'avançait vers elle d'un pas équilibré. Il devait avoir dessaoulé depuis la veille. Elle regarda finalement son visage : il avait l'air sobre, mais elle ressentait une terrible gueule de bois dans sa façon de froncer les sourcils et d'éviter la lumière. Il jeta un regard en biais à ses affaires. Cette fois-ci, elle avait emmené un sac de voyage visiblement bien plein. Il s'arrêta à un mètre d'elle et imita sa posture appuyée au mur.

« Tu restes pour combien de temps ?

Elle le jaugea d'un regard indifférent, toujours en colère après lui. Elle haussa légèrement les épaules. Elle répondit froidement.

- J'en sais rien.

- Quoi, il n'y a pas de délai limite après lequel le bébé s'effondre tout seul ?

- Il n'y a plus de "bébé".

Il écarquilla les yeux. Il n'était pas sûr de bien comprendre.

- Attends, qu'est ce que tu veux dire ?

- J'ai démissionné, Greg.

- QUOI ??

- J'ai cédé ma place à quelqu'un d'autre.

Il plaqua ses mains sur sa bouche. Elle vit ses yeux briller. Il passa ses mains sur son visage, les remonta jusqu'à son crâne, le massant légèrement, comme si ça pouvait l'aider à imprimer ça. Il s'avança vers elle dans cette position, se mordant la lèvre. Il arriva à sa hauteur, la prit dans ses bras et posa son front sur la bonne épaule.

- Je ne savais pas.

Il la serra plus fort contre lui. Elle ne répondit pas à son étreinte.

- Tu n'as rien de plus à me dire ?

Il soupira. Qu'est ce qu'il pouvait être nul, lui et son ego à la con. Elle avait tout plaqué pour lui. Ne pouvait-il pas, rien qu'une fois, oublier qu'il était bête et méchant ? N'était-ce pas le moment ou jamais de s'ouvrir un peu ?

- Je te demande pardon pour hier, je ne suis rien de plus qu'un abruti, qu'un très gros abruti… »

Elle le repoussa un peu pour pouvoir le regarder dans les yeux. Il détourna son regard vers le plafond, terriblement gêné. Elle pouffa de rire et se colla contre lui, l'enlaçant pleinement.