Titre : une semaine de toi 2 : préquelle n°25
Source
: Gundam Wing AC
Auteur(e)
: Lysanea
Genre
: yaoi, romance, UA.
Disclamer
: aucun des personnages ne m'appartient.

Pairing : 1x2
Personnages
: Duo Maxwell, Quatre Raberba Winner, Wufei Chang.

Notes de l'auteure : Bonjour à tous ! Merci pour vos messages sur le précédent os et encore une fois, toutes mes excuses pour l'attente. Je ne sais plus si j'ai répondu à toutes les reviews, mais si ce n'est pas le cas, mille excuses pour ça également et merci à chacune d'entre vous, aux « anonymes » qui n'en sont plus vraiment pour moi, Celine et Lilith.

Ces os sont assez douloureux, même si je les avais déjà écrits, les reprendre demande une certaine énergie que je n'ai pas vraiment, ces deux derniers mois. Mais en voici enfin un, et le suivant ne devrait pas tarder.

Bonne lecture à tous.


-

-

La Séparation III : l'accalmie.

-

-

Dix jours plus tard.
Appartement de Quatre.

-

-
Heero marque un temps d'arrêt devant la porte, guettant les bruits à l'intérieur.
Une voix lui parvient, qu'il ne tarde pas à identifier.

« C'est évident que je vais avoir la tête de quelqu'un qui n'a pas dormi, puisque c'est effectivement le cas. Quel mot tu ne comprends pas, dans « on a révisé toute la nuit », dis-moi ? »

Après une longue inspiration, Heero se décide à sonner ; ce n'est pas son genre d'écouter aux portes.

Il entend un vague « j'y vais », puis des pas, et enfin, une tentative d'ouverture de la porte.

« Je vais devoir te laisser, on a sonné, mais Maxwell est sous la douche. Je passe au commissariat après mon cours. C'est ça. Bon courage. »

La porte semble donner du mal à la personne qui s'acharne dessus, de l'autre côté, et dont Heero n'a plus aucun doute sur l'identité.
Effectivement, c'est un Wufei grimaçant qui l'accueille.

- Yuy.

- Chang.

Le regard d'Heero sur la porte pousse Wufei a donner quelques explications, alors qu'il s'écarte pour le laisser entrer.

- On a signalé le problème de serrure à Winner, un de ses employés doit passer la changer demain.

Heero ne répond rien, mais balaie le salon d'un regard circulaire et il ne peut retenir un commentaire en découvrant l'état de la pièce : un vrai boxon d'étudiant.

- Je te croyais plus ordonné, Chang.

- Bien que ma présence si tôt le matin puisse induire en erreur, je ne vis pas ici, Yuy. On a simplement révisé toute la nuit. C'est son bordel, tu es encore capable de le reconnaître, non ?

Il n'attend pas vraiment de réponse et c'est tant mieux, parce qu'Heero se contente de le regarder, un peu plus froidement que d'habitude, cependant.

Duo sort de la salle de bain à ce moment-là, en jean et torse nu, sa chemise à la main.

- C'était qui… Heero ? s'étonne-t-il.

- Bonjour, Duo.

Pendant un bref instant, Duo pense courir se jeter à son cou pour effacer ces derniers dix jours, et tant pis pour leurs résolutions.
Mais il n'en fait rien et le moment passe, les laissant face à face, un regard troublé pour Heero et un sourire hésitant sur les lèvres de Duo.

- Salut, Heero.

- Je vous laisse, leur dit Wufei rapidement, se sentant déjà de trop. Maxwell, on se voit en cours.

- Ok, répond-il sans quitter Heero des yeux, à tout à l'heure. Et merci pour tes notes.

- A charge de revanche. Yuy.

- Chang, le salue Heero, sans lâcher Duo du regard, lui non plus.

Wufei ne s'en formalise pas et se dépêche de sortir.

- Désolé pour le désordre ! Tu te souviens peut-être que j'ai deux cours qui se chevauchent, et Wufei m'aide à rattraper celui que je ne peux pas suivre. Le partiel est dans trois jours, du coup, on a bossé toute la nuit.

- C'est ce que j'ai entendu.

- Tu veux boire quelque chose ? demande Duo, en réussissant à sortir de son immobilité, alors qu'il se sentait figé et cloué au sol, pour enfiler sa chemise.

- Non, merci, je n'en ai pas pour longtemps.

- Ok. Tu vas bien ?

- Oui, répond-il en le suivant à la cuisine. C'est difficile de vivre sans toi, mais pour le reste, ça va.

- Tu as fini tes exams, alors.

- Hn.

- Tu sais, je… commence-t-il en préparant son thé, lui jetant de brefs coups d'œil. J'ai un dernier partiel, vendredi, et je pensais que si tu étais d'accord, je pouvais rentrer à la maison, le week-end prochain. La semaine prochaine, c'est ma semaine de battement, tu te souviens ?

Heero déglutit avec peine.

Duo lui a terriblement manqué, ces dix derniers jours où ils se sont téléphoné, certes, mais pas vus une seule fois.

Et il est là, debout face à lui, sa chemise ouverte sur son torse nu, ses cheveux tombant lourdement en mèches encore un peu humides sur ses épaules.
Et avec ce regard troublant et plein d'espoir, avec lequel il le fixe, à présent.

- Hn.

- On s'était dit que comme tu serais encore en « vacances », vu que tu aurais fini tes exams et que tu aurais quinze jours de relâche, avant la reprise, on partirait au ski, que tous les deux. A l'époque, on savait pas encore qu'on aurait eu à faire une… pause, mais ça peut être une bonne occasion de se retrouver et de repartir sur de bonne bases.

- C'est impossible.

Duo manque de laisser échapper sa tasse de thé, qu'il vient juste de finir de préparer.
Il la pose sur la table et se rapproche d'Heero, qui n'a pas vraiment franchi le seuil de la cuisine.

- Tu m'en veux encore, c'est ça ? Ou c'est à cause de Wufei… Il ne s'est rien passé, je te le jure ! On a fait que bosser, toute la nuit, je…

- Je te crois, Duo, assure-t-il en s'avançant vers lui pour le prendre dans ses bras.

Enfin !

- Mais… ? murmure Duo, la gorge nouée et l'estomac retourné par ce qu'il pressent comme une menace au-dessus de leur couple.

C'est bien pour ça qu'il referme aussi ses bras autour de la taille d'Heero, inspirant dans son cou son odeur qui lui a tant manqué.

- Je pars.

- Tu pars ? répète-il en levant le visage vers lui. Comment ça, tu pars ?

- Je vais faire mon second semestre au Japon.

Durant un court instant, Duo est littéralement sous le choc.
Mais rapidement, il arrive à prendre la mesure des paroles d'Heero.

- Tu pars pour six mois, alors.

- Oui.

Duo se détache et fait quelques pas dans la cuisine, avant de lui faire face, à nouveau, appuyé sur la table.
Il n'a pas confiance en ses jambes flageolantes pour le soutenir.

- Pourquoi ?

- Parce que je t'aime et que tu avais raison.

- A quel sujet ? Laquelle des innombrables conneries que j'ai sorti tu as fini par prendre au sérieux ?

- Ce n'était pas une connerie. Je ne supporte pas de te savoir avec d'autres hommes, même si ce sont juste des amis. Je n'arrive pas à les voir autrement que comme une menace. Je déteste les voir graviter ainsi autour de toi, pas de cette façon.

- Et ne pas le voir, c'est plus facile, pour toi ?

- Je ne peux et ne veux pas t'enfermer dans une cage, Duo. Et c'est ce que mon amour pour toi est en train de créer, des milliers de barreaux de cage. Ces dix jours sans toi ont été atroces, je n'avais jamais eu à endurer une telle douleur, mais j'ai tenu le coup. Je me suis persuadé que nous étions chacun en vacances de son côté pour y arriver.

- Et ça a donc marché.

- Hn. Parce que j'ai confiance en toi.

- Tu as aussi confiance en nous ? Assez pour partir six mois à l'opposé de Sank, à plus de six heures, en laissant notre relation dans cet état ?

- Hn. Je ne te demande rien, aujourd'hui et je… ne te demanderai rien, à mon retour, ajoute-t-il avec peine.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Tu as les clés de chez nous, rentre. J'espère que tu m'y attendras, je pense que j'y reviendrais.

Duo n'en revient pas d'entendre une telle chose.

- Tu ne peux pas me dire un truc pareil et croire que je puisse te laisser partir !

- Je ne te donne pas le choix, Duo-kun. Pas plus que tu ne me l'as laissé, il y a dix jours.

- Tu me punis…

Heero s'avance pour le prendre dans ses bras, à nouveau.
Leurs mains retrouvent leurs places habituelles, même s'ils retiennent encore les gestes familiers et les tendres caresses.

- Je te jure que non, répond Heero. Tu as amorcé quelque chose et je pense qu'à long terme, ce sera bénéfique pour nous.

- Je ne veux pas te perdre, Hee-chan.

- On ne peut pas faire machine arrière, mais on peut stopper le processus et faire en sorte de ne pas tout gâcher. C'est ce que tu as commencé à faire, Duo. Notre amour nous détruisait lentement, mais sûrement. Je ne prétends pas savoir pourquoi. Peut-être sommes-nous encore trop jeunes et immatures pour vivre un amour d'une telle force et ne pas ployer sous son intensité.

- Toi, tu as parlé à papa…

- J'ai été le voir, hier.

- Je l'ai eu au téléphone le soir, il ne m'a rien dit.

- Parce que je lui ai demandé. Duo, reprend-il très vite pour ne pas dévier du sujet, je n'essaie plus de jouer le rôle que tu m'as imposé, en prenant tes distances...

- J'étais terrifié, le coupe Duo. Pour la première fois, j'ai eu peur en prenant toute la mesure de notre amour, à quel point il était ancré en moi. Ce qu'il pouvait nous amener à être et à faire. C'est ce que m'ont révélé ces longues journées et nuits sans toi. J'avais peur qu'on soit victime de ce lien si fort et qu'à chaque période de stress, on en vienne à revivre ça.

- Moi aussi, ça m'a fait peur. Je n'ai pas compris, sur le moment, mais je suis maintenant convaincu que c'est ce qu'il faut faire. Il t'a fallu dix jours pour être sûr que tu voulais nous donner une nouvelle chance et décider de revenir à la maison, j'ai besoin de plus de temps.

- Et de partir.

- Si j'ai pris cette décision, c'est pour qu'on puisse apprendre à vivre l'un sans l'autre, pour décider ensuite, en connaissance de cause, de vivre ensemble ou non.

- Il te faut six mois pour ça, tu crois ?

- Ca prendra le temps que ça prendra, répond Heero en posant sa main sur sa joue qu'il caresse du pouce. Mais on doit le faire. Tu es tout pour moi, Duo-kun, depuis des années. Mais je dois apprendre à m'ouvrir aux autres, même si tu es le centre de mon existence, pour réussir à comprendre que toi aussi, tu puisses voir et aimer d'autres personnes. Et qu'on puisse continuer à avancer.

- Tu vas te rendre compte qu'il y a mieux que moi et me quitter définitivement, super !

- Baka, soupire Heero en glissant sa main jusque sa nuque pour l'amener à poser son front contre le sien, les rapprochant encore.

- Je pourrais t'appeler ? murmure Duo, la gorge toujours aussi serrée.

- C'est même un devoir.

- Et tu reviendras, entretemps ?

- Je ne pense pas pouvoir. Nous verrons.

- Qui vivra verra, hein...

- On sait pas où on va, mais on y va, Duo-kun.

- J'aurais préféré qu'on continue d'y aller ensemble. C'est ce qu'on a toujours fait.

- L'important, c'est qu'on se retrouve, et si c'est ce qu'on veut vraiment, on y arrivera. On tiendra notre promesse de se faire le moins de mal possible, tenshi.

Comblant le dernier faible écart encore entre eux, Duo enfouit son visage dans le cou d'Heero et plaque son corps contre le sien.
Heero le serre fort contre lui en réponse, le nez dans ses cheveux pour s'enivrer de son parfum.

- Tu pars quand ?

- Demain.

- Pourquoi tu ne m'as rien dit avant ? lui reproche-t-il en se blottissant encore plus contre lui, si c'est possible.

- J'ai présenté ma candidature en catastrophe, la semaine dernière, je n'étais pas sûr d'être retenu.

- Et depuis quand tu sais ?

- …

- Réponds-moi, Hee-chan, insiste-t-il en relevant le visage pour le regarder dans les yeux.

- Deux jours.

- Et tu n'as pas voulu m'en parler plus tôt ? Pourquoi ? Tu avais peur de me déconcentrer pendant mes partiels ?

- C'est plus égoïste que ça, Duo-kun. Et idiot. J'avais peur que ne réussisses à me convaincre de rester.

Duo se recule un peu et sourit.

- Je comprends. Alors, ajoute-t-il après avoir pris une grande inspiration, quoi que ça me coûte, je… je te laisse partir. Tu ne m'as pas donné le choix, de toutes les façons. Mais…

- Mais… ?

- Tu veux bien rester avec moi, aujourd'hui ? demande-t-il en revenant se lover contre lui, les bras autour de son cou. Et cette nuit ?

- Tu as cours.

- Ce sont des heures en plus pour aider ceux qui révisent ou compléter nos cours pour les cursus accélérés. Wufei me donnera ses notes, ne t'inquiète pas.

- D'accord. Pour tout te dire, j'espérai que tu me le proposerais.

- C'est vrai ?

- Hn. Tu m'as tellement manqué, tenshi, murmure-t-il sans plus retenir toutes les émotions qui le submergent, depuis qu'il s'est retrouvé face à Duo.

Il laisse enfin son corps parler et glisse ses mains sur la peau offerte de Duo, qu'il n'a eu de cesse de caresser en rêve, toutes ces nuits sans lui.
Pour se réveiller le lendemain seul et frustré dans des draps portant les traces de ses délires nocturnes et ses fantomatiques étreintes.

- Toi aussi, tu m'as terriblement manqué, honey. Viens…

Duo l'entraîne jusqu'à sa chambre sans qu'ils ne s'écartent l'un de l'autre plus que nécessaire.

- Je vais t'aimer et te marquer si fort que tu ne voudras même pas qu'un autre te touche, assure Heero en le renversant sur le lit.

- C'est déjà le cas, Hee-chan. Mais s'il n'y a que ça pour te rassurer… vas-y, je t'appartiens.

Heero embrasse ses yeux humides de larmes qui ne tardent pas à libérer leur sel, avant de tenir sa promesse en aimant chaque centimètre carré du corps de Duo, alors qu'ils se retrouvent enfin.

-

C'est une pluie de baisers qui réveille tendrement Duo, bien plus tard dans la nuit, quelques heures avant le lever du soleil.
Il aurait préféré ne pas dormir pour profiter de chaque seconde avec Heero, avant son départ.
Mais ils se sont littéralement épuisés l'un et l'autre, rattrapant ces dix derniers jours de séparation et faisant leur réserve de câlins pour les encore plus douloureux prochains mois à venir.
Ils ont retrouvé la fougue et la passion d'avant les tensions, avant la fac et la vie qu'à deux, quand tout allait mal pour les autres mais jamais pour eux.
Jamais à ce point.
Quand ils pouvaient se couper du monde et s'aimer des heures durant, sans que rien ne puisse les atteindre, et qu'ils soient les seuls à décider du moment où refaire surface.

Duo sourit, laisse échapper un long soupir de bien-être et ouvre les yeux, savourant la douceur des lèvres d'Heero sur sa nuque, sous son oreille, sur ses épaules, marquant sa peau nue.
Il sent bientôt sa main descendre en une caresse affolante le long de son bras pour rejoindre la sienne, et leurs doigts s'entrecroisent, alors qu'Heero se presse davantage contre son dos.

Ca aurait pu être parfait.
Ca aurait être parfait.

Duo fronce les sourcils, se demandant pourquoi ça ne l'est pas.

Il prend alors conscience qu'il ne sent pas la peau d'Heero contre la sienne.
Et pour cause, une barrière de tissu ose les séparer : Heero s'est rhabillé.

Depuis que Duo lui a enlevé ses vêtements la veille au matin, ils n'avaient pas bougé de la chaise où Heero avait profité d'une absence de Duo de quelques minutes pour les plier soigneusement.

Inquiet, Duo jette un œil au réveil, face à lui, qui indique 5h12.
Il est encore tôt, alors pourquoi… ?

- Hee-chan… ? interroge-t-il en tentant de se tourner vers lui.

Mais Heero resserre sa prise autour de lui, l'en empêchant.
Il a senti ses résolutions vaciller et s'envoler au fil des heures et des étreintes partagées avec Duo.
La force de partir est aussi en train de lui faire défaut.
Il est pourtant plus que conscient qu'il n'a, qu'ils n'ont pas d'autres choix.

- Quand je t'ai dit hier matin que j'espérai que tu me demanderais de passer le temps qu'il nous reste avec toi, je ne t'ai pas menti, Duo-kun. Mes bagages sont dans la voiture.

Duo se crispe contre lui.

- Tu as donc tout préparé.

- Hn. Je n'ai plus qu'à aller à l'aéroport, directement.

- Quand ? arrive difficilement à articuler Duo.

Il sent l'oxygène commencer à lui manquer et le vide envahir sa poitrine, lentement, inexorablement, rampant sournoisement en lui et le dévorant déjà peu à peu.

- Mon avion décolle dans un peu plus de deux heures.

Duo ferme les yeux et serre les poings forts.
Il se fiche de se broyer les os et ceux d'Heero au passage, puisque leurs mains sont toujours entrelacées.
Ca ne serra jamais aussi douloureux que de sentir les derniers morceaux de leurs cœurs se détacher, tomber et terminer de se briser en se fracassant sur le sol.

Heero va partir.
Heero devrait déjà être parti.

Prendra-t-il le risque de manquer son vol ?
Duo doit-il le retenir ?
Le peut-il ?
Non.

- Je t'aime, Duo-kun.

Est-ce la voix d'Heero qui est étouffée, ou bien le vide qui finit d'engloutir tout son être qui déforme les sons et toutes ses perceptions ?
Duo ne sait pas.

Mais il a promis à Heero qu'il le laisserait partir.
Il fait donc un ultime effort et desserre l'étau de ses doigts autour de ceux d'Heero, dont il a senti la légère pression.

Alors Heero retire sa main.

Et après avoir déposé un dernier baiser appuyé sur l'épaule de Duo, apposant ses lèvres comme un sceau sur sa peau nue, une promesse de venir lui-même le lever, peut-être, il se redresse difficilement.

Il se sent terriblement lourd, tout son corps glacé refusant de quitter ce lit où se trouve la seule personne capable de le réchauffer et de faire battre son cœur.
Un cœur en miettes qu'il laisse derrière lui.

Le trou béant dans sa poitrine pleure un sang au rouge aussi intense que sa douleur, qui trace un chemin pourpre du corps abandonné de Duo jusqu'au seuil de la chambre et au-delà, alors qu'il s'éloigne et referme la porte de l'appartement.

Le léger cliquetis que produit ce geste discret hurle pourtant dans le silence, brisant les dernières volontés de Duo.

Son corps bouge seul, sans qu'il en ait conscience, pour se replier sur lui-même et prendre la position du fœtus.
La forme originelle de tout homme en devenir, lorsqu'il a l'illusion d'être protégé de tout, ou presque.
Lorsque son cœur n'est pas encore un organe capable de le faire souffrir à ce point.

-

Combien de temps passe ainsi, Duo n'en a pas conscience.

Il ne voit pas vraiment le soleil qui se lève pour un nouveau jour, après avoir triomphé des démons de la nuit, car il n'a pas chassé les siens.
Il ne lui a pas ramené Heero.
Il ne sent pas ses rayons qui caressent son corps glacé, son visage inondé de larmes qu'il ne se souvient pas avoir versé, qui gèlent sur ses cils et dans ses cheveux emmêlés autour de lui.

Il n'entend rien d'autre que le bruit assourdissant de son sang pulsant dans ses veines comme pour se rappeler à son existence, lui dire que malgré les apparences, il vit toujours.
Le « boum boum » de son cœur redevenu simple organe fonctionnel résonne comme un « de bout » « de bout » « de bout » qui n'obtient aucune réponse favorable.

Ses yeux se ferment, alors qu'il capitule et cède face au néant, se laissant complètement engloutir et aspirer par ce vide au milieu de la poitrine, ne cherchant pas à le repousser.
Au contraire, il l'accueille avec bonheur et s'il avait encore conscience de son corps, il lui aurait ouvert les bras.

Mais son corps appartient déjà au néant, son cœur aussi, et bientôt, enfin, son esprit serra aussi complètement avalé…

Il attend que cette négation de tout, ce grand rien lui prenne aussi sa souffrance, gèle sa tristesse, détruise sa raison, efface les souvenirs et la présence d'Heero dans chaque fibre de son être et chaque cellule de son corps.
Il attend, alors qu'il a perdu la notion du temps.

De tout.

-

Pourtant, bientôt, il ressent de nouveau.

Il a moins froid.
Non, ce n'est pas ça.
Une chaleur l'enveloppe.
Une présence.

Il essaie d'ouvrir les yeux et y arrive.
Son cerveau n'a pas totalement disparu dans le néant, il peut encore commander à son corps, dont certaines parties ont-elles aussi été épargnées, visiblement.

Il voit et sent des bras autour de lui, son corps repose contre un autre, qui le berce tendrement.
L'espoir n'a pas le temps de percer la noirceur du néant, il sait que ce n'est pas Heero.
Mais il comprend aussi qu'il est sauvé.

Qu'il le veuille ou non.

Le parfait empathe qui le serre contre son torse lit parfaitement ce qui se passe en lui, de par ses dons et son vécu récent.

- Je suis là, mon Dodo, murmure-t-il fermement, comme un défi à l'obscurité qui menace Duo. Je connais ton ennemi et il ne vaincra pas, je t'en fais le serment.

Duo referme les yeux et se laisse aller contre son meilleur ami.
Aussi tenu soit le fil qui le relie à la rive de l'existence, il sait qu'une main sûre le rattrapera, s'il lâche, et ramènera la barque à bon port.

Quel que soit son état…

-

-

A suivre


Merci d'avoir lu cet chapitre, j'espère qu'il vous a plu et pas rendu trop triste...
Le prochain est pratiquement prêt, je devrais pouvoir le poster avant l'an prochain, peut-être même avant Noël, mais je ne fais pas de promesse dans le vent alors...

Il devrait donner les réponses sur les implications de Wufei durant la séparation d'Heero et Duo.

Le chapitre d'après clôturera la mini fic de la séparation, mais c'est un peu long, alors je ne sais pas si je le posterai en une ou deux fois.

A dès que possible et bonne continuation à tous.

Lysanea