Note: SPOILERS ahead! Notemment concernant les évènements de Trespasser (DLC Intrus) et L'Empire Masqué. Partie du récit s'appuie sur des faits que l'on apprend au fil de ces oeuvres. Je vous souhaite une bonne lecture et vous retrouve plus bas, comme d'habitude.


Fen'Harel

" Le gros de l'armée s'étant battu dans les Terres d'Arbor a atteint les Dorsales de givre à présent. Ils devraient rejoindre le reste d'ici deux jours, trois si les tempêtes de neige se lèvent".

Le silence s'installa entre les deux interlocuteurs. L'espion venant de faire état de son rapport portait une armure légère doublée de fourrure et son visage était couvert par une capuche qu'il tenait bien serrée. Ses bottes étaient également fourrées et munies de petits picots en métal afin d'éviter toute glissade inopinée sur un sol gelé.

Il était évident qu'il venait lui-même de la région dont il avait parlé un moment plus tôt, et les frissons le saisissant régulièrement ne faisaient que le confirmer. Pourtant, l'elfe faisait de son mieux pour dissimuler son inconfort dans un désir de masquer tout signe de faiblesse. Il ne pouvait se le permettre, pas quand il faisait face à son meneur, son guide. Ce dernier ayant les plus grandes exigences quant à la tenacité, l'esprit, de ses agents.

Ledit meneur revêtait la simple tunique beige ainsi que les chausses de couleur olive qui étaient tant familiers de son entourage à Fort Céleste. Comme à son habitude, ou plutôt celle du personnage qu'il avait créé de toutes pièces plusieurs mois auparavant, il ne s'encombrait pas de bottes et se déplaçait pieds-nus. L'elfe au crâne dénudé faisait les cents-pas et réfléchissait intensément à la situation, assimilant les dernière nouvelles, le regard rivé sur le sol. L'autre attendait les ordres dans un silence respectueux, le dos raidit.

Solas se stoppa alors et releva le chef. Il contempla un moment la grande place sur laquelle ils se trouvaient, entourée de ces sculptures arborescentes et baignée dans cette légère brume qui la rendait encore plus mystique que ce qu'elle n'était à l'origine. Au lointain l'on devinait des pans de pierres entiers qui flottaient dans les airs et formaient comme des routes menant à des îlots, lévitant également. Le commun des mortels y regarderait à deux fois, n'en croyant pas ses yeux. Solas lui, était dans son élément. Tout autour d'eux se dressait une multitude d'imposants miroirs aux cadres dorés et finement ouvragés. Une substance translucide et mouvante se tenait en leur centre pour certains, alors que le cœur d'autres semblait aussi dur et sombre que l'ardoise.

Oui, la croisée des chemins et ses Eluvians avaient tout du mystique. Seulement l'heure n'était pas à se perdre en leur contemplation.

« Transmettez cette information à nos contacts infiltrés dans le réseau de Briala, qu'elle remonte à ses oreilles. Elle a déployé une escouade dans la région, ce qui est plus qu'arrangeant. Il sera aisé de prétendre que l'écho lui soit rapporté par ses propres gens.

- Pourquoi leur dévoiler les plans de l'Ancien ? … Si je puis me permettre Loup Implacable, se reprit rapidement le sbire d'une voix hésitante et en prenant bien soin de garder la tête inclinée en signe de respect.

« Ne serait-il pas plus judicieux de le laisser les détruire ? » continua-t-il néanmoins.

Solas sourit, ce sourire arrogant et satisfait qu'ont les êtres se sentant supérieurs. Sans adresser un regard à son interlocuteur, il répondit d'un ton méthodique :

« Non. Et ce pour plusieurs raisons, mon ami. Premièrement cet affrontement placera les deux armées sur un pied d'égalité : le gagnant s'en sortira avec des pertes non négligeables et sera donc affaibli. Si je laisse le loisir à Corypheus de les surprendre, l'armée de ce dernier sera encore puissante suite à la bataille, rendant les choses plus compliquées pour nous par la suite ».

« D'autre part, dans le cas où l'Inquisition l'emporterait, leur vigilance retombera instantanément. Ils penseront en effet en avoir fini avec leur ennemi numéro un, ne se doutant pas que quelque chose de plus grand se prépare dans l'ombre. Cela nous allouera plus de temps afin de nous organiser sans être ennuyés. Ils seront trop occupés à maintenir la paix et à reconstruire. »

« Le dernier point est pure distraction. Il est temps de tester la loyauté d'Orlaïs envers l'Inquisition. Briala va-t-elle informer Célène des derniers mouvements de Corypheus ? L'Impératrice va-t-elle prendre les mesures nécessaires pour aider son alliée Lavellan ? Je dois avouer être curieux de voir comment cette information sera utilisée » le sourire de l'elfe s'étira.

« Comme à votre habitude, vous avez une longueur d'avance » le flatta l'autre.

Fen'Harel ignora la flagornerie et le congédia d'un ton autoritaire accompagné d'un geste dédaigneux de la dextre :

« Va à présent.

- Bien, répondit l'intéressé avant de disparaître dans la brume à reculons, aussi silencieux qu'une ombre ».

Lorsque Solas sentit la présence de ce dernier s'évaporer après avoir emprunté l'un des Eluvian, son sourire s'effaça. Il joignit ses mains dans son dos et leva la tête vers le ciel dépourvu d'étoiles de l'entre deux mondes.

Il songeait à la cité qui se dressait autrefois autour de cette place même, à sa grandeur, à la beauté de son architecture, à la magie imprégnant chacun des murs. Il pensait aux siens, arpentant ses dédales sans avoir la moindre idée que leur fin était proche, bien trop proche.

Il ne pouvait néanmoins regretter son acte, de toutes les alternatives celle pour laquelle il avait optée était 'la moins pire', 'le meilleur compromis'. Les Evanuris auraient fini par détruire ce monde d'une façon ou d'une autre. Aussi déchirant qu'il avait été de prendre cette décision, il n'avait pu les laisser faire. Il n'avait pu laisser le meurtre de Mythal impuni. Ce sacrifice avait été nécessaire afin de donner un nouvel espoir aux Elvhens.

Puis il songea à l'Inquisition. Il lui avait été aisé d'endosser ce rôle de conseiller, d'ami même, auprès de Lavellan. Seulement la jeune elfe naïve et malléable qu'elle avait été avait laissé place à un meneur. Ses épaules avaient été capables d'endosser une responsabilité qui en aurait fait craquer plus d'un, son intégrité lui avait permis de maîtriser un pouvoir qui en aurait corrompu d'autres encore. En cela l'Inquisitrice avait gagné son respect, apportant une touche d'amertume au tableau final qu'il se représentait et qui dépeignait la destruction de ce monde pour assurer la résurrection du sien.

Son objectif demeurait intact, néanmoins, et ce quels qu'en soient les dommages collatéraux. Il avait attendu trop longtemps et bataillé avec trop de hargne pour recouvrer un semblant de pouvoir pour faire machine arrière.

Non, son but était toujours le même. Il avait pu porter le fardeau d'avoir créé le Voile, d'avoir rompu la connexion entre son peuple et l'essence même de son existence, l'Immatériel, la magie.

Avoir sur la conscience la disparition de personnes qu'il connaissait depuis une paire d'années paraissait bien léger comparé à la perte qu'il avait éprouvée alors.

Il avait appris néanmoins à apprécier ces individus. Se dire que son entreprise signerait indubitablement leur perte lui laissait un curieux sentiment dérangeant. Comme une sensation de démangeaison, de picotement, à l'intérieur même de son crâne. De la culpabilité ?

Etait-ce là la véritable raison pour laquelle il souhaitait les avertir des agissements de Corypheus ? S'ils l'emportaient, la liesse qui s'en suivrait ainsi que la période de paix à laquelle ils pourraient aspirer leur permettrait d'écouler des jours moins sombres avant leur propre destruction. Oserait-il appeler cela de la bonté ? Ou cherchait-il simplement à soulager sa propre conscience ?

Le Loup n'en était cependant pas à éprouver des remords. Seulement au fond de lui-même il ne pouvait s'empêcher de penser : « Je leur dois bien cela ».

Il ferma les yeux un instant, se replongeant dans cette époque tellement lointaine que son seul souvenir semblait surréel, avant de se mettre en marche vers l'Eluvian le plus proche qui le ramènerait vers Fort Céleste. Sa demeure, sa véritable demeure qu'il avait laissée entre les mains de l'Inquisition afin d'accomplir ce pour quoi elle avait été créée.

Afin de réparer sa propre erreur.

Il accéléra le pas, s'assurant d'être seul et non observé. La croisée des chemins n'était pas totalement sûre pour lui. Pour le moment. Il lui faudra travailler à sa reconquête dès lors que Briala ne lui sera plus d'aucune utilité.

Mais cela sera pour plus tard. Un pas à la fois.

Le Loup était patient et savait attendre son heure.


Briala

Briala traversait le campement d'un pas déterminé, sans prêter attention à l'effervescence environnante et esquivant d'un pas leste les soldats et pages qui courraient d'un bout à l'autre de la place afin de se préparer à rentrer en Orlaïs. Aucun signe ennemi n'avait été reporté depuis plusieurs jours et les groupes d'éclaireurs étaient formels : les avant-postes ainsi que les positions où leurs adversaires avaient établi leurs camps avaient été vidés. Les forces conjointes de l'Empire et de l'Inquisition se préparaient donc à plier bagage dans un mélange de satisfaction et de doute. Oui ils avaient remporté cette bataille, néanmoins leur ennemi n'était pas défait pour autant.

Quel sera son prochain coup ?

Briala en avait à présent une idée très claire. Restait à savoir ce qu'elle allait faire de cette information. Bien entendu la garder pour elle-même serait pure folie, nul ne bénéficierait de la potentielle destruction de l'Inquisition. L'Empire peinait de se dépêtrer de la guerre civile dans laquelle il s'était embourbé, et ce n'était certainement pas Férelden qui viendrait l'épauler dans le cas où les yeux de l'Ancien se poseraient à nouveau sur lui. D'autant plus que la nation du Mabari demeurait aux prises avec les reliquats du conflits mages-templiers au sein de ses propres terres.

L'Inquisition devait être tenue au courant, mais de quelle façon ?

La Marquise fraîchement nommée pouvait envoyer une missive à Sœur Rossignol dans la minute, mais qu'en tirerait-elle ? La reconnaissance de cette organisation ? Fi ! Briala était bien consciente qu'elle devait en grande partie à l'Inquisitrice Lavellan sa nouvelle position, mais n'avaient-elles pas œuvré de concert afin de stopper la tentative d'assassinat de l'Impératrice ? La dette avait été payée.

Cependant…

Cependant l'idée de l'Impératrice ayant elle-même une dette envers elle la séduisait. Pour sûr Célène transmettrait la nouvelle à Lavellan, et ce pour les mêmes raisons auxquelles Briala avait pensé plus tôt. Il n'y avait donc pas d'inquiétude à avoir de ce côté. Néanmoins Célène savait l'elfe plus qu'indépendante grâce à son réseau d'espions et surtout, surtout, son contrôle des Eluvians. Elle savait que si la jeune femme l'informait, c'était un choix délibéré. La maître-espionne comptait sur la naïveté et les sentiments qu'éprouvait toujours l'Impératrice envers sa personne pour la mener à penser que Briala lui faisait là une offre de réconciliation.

« Seulement rien n'est gratuit, Célène » railla-t-elle à mi- mots.

Oh la Marquise comptait bien demander rétribution, mais pas tout de suite. L'objet de cette requête demanderait également intense réflexion.

Sa confiance en l'Impératrice était plus que ténue, et elle ne pouvait laisser ses sentiments interférer une fois encore. Célène l'avait trompée et bien que Briala la savait pieds et mains liés, lui pardonner était hors de propos. La vie de nombreux elfes avait été sauvagement ôtée lorsque l'Impératrice avait pris la décision d'envoyer ses Chevaliers écraser la rébellion à Halamshiral, plutôt que laisser l'elfe prendre les choses en main et assassiner le noble responsable du soulèvement de ses pairs.

Célène avait d'abord été en faveur de la dernière option, avant d'assister à une pièce de théâtre commissionnée par le Grand-Duc Gaspard. Ce dernier était prêt à tout pour accéder au trône. La comédie faisait référence aux rumeurs d'une liaison entre l'Impératrice et sa servante d'elfe, liaison qui détournerait la première de ses devoir envers l'Empire. Ceci ajouté au fait que plusieurs importantes familles lui reprochaient déjà sa trop grande magnanimité envers les oreilles-pointues, Célène n'avait eu d'autre choix que d'opter pour l'option la plus sévère, sanglante et injuste : l'écrasement pur et simple de la rébellion.

La vie de Briala avait été alors mise en péril, mais son amante avait manœuvré en secret afin de la mettre en sûreté. Seulement l'elfe n'avait eût que faire de ce pseudo traitement de faveur. Ce dernier n'ayant fait que renforcer son courroux envers la jeune souveraine. Célène avait-elle sincèrement pensé que ce geste allait la déculpabiliser de sa trahison ? Etait-elle à ce point égoïste ? Hypocrite ? Briala en était à se demander si l'Impératrice n'avait pas fait cela pour sa propre personne, ne pouvant supporter avoir le trépas de son amante sur la conscience, plutôt que pour elle-même. Quant à la répression : « Ton image était-elle plus importante que la vie de tous ces elfes, Célène ? Est-ce là le point jusqu'auquel tu es prête à aller pour sauver les apparences ? »

La rancœur de Briala était tenace. Et tenace également était l'affection qu'elle portait à la souveraine. En dépit des manigances, du pragmatisme dont elle devait faire preuve pour le salut des siens, de la trahison, des désillusions, elle n'avait cessé de l'aimer. La savoir toujours en possession de son médaillon avait d'autant plus ravivé ce feu.

Seulement elle avait rapidement repris ses esprits. Elle avait besoin de preuves, elle avait besoin d'actes ! Que Célène lui montre qu'elle tenait réellement à améliorer la vie dans les bas-cloîtres et peut-être, peut-être, Briala pourrait songer à lui faire confiance à nouveau. En la nommant Marquise, l'Impératrice avait fait un premier pas et avait alloué à Briala plus de pouvoir qu'un elfe n'en avait jamais eu ces dernières décennies en Orlaïs. Cela avait évidemment provoqué une véritable levée de boucliers chez les nobles. Seulement cette fois Célène avait campé sur ses positions, et savoir que Briala était également dans les petits papiers de l'Inquisition avait certainement aidé à apaiser les esprits.

Néanmoins cela pouvait être à nouveau un acte égoïste visant uniquement à ramener auprès d'elle son amante. Comment démêler le vrai du faux ? N'était-elle pas elle-même hypocrite à s'offusquer du pragmatisme de Célène lorsqu'elle-même planifiait de l'utiliser afin de servir ses propres desseins ? N'était-ce pas nauséeux et dépressif de se demander si chaque acte de l'être aimé était intéressé ?

Et pourtant ainsi en allait le Jeu.

Briala enfila son masque, tant au sens propre qu'au figuré, et intima son cœur de cesser de battre la chamade. Elle reprenait le contrôle de ses émotions.

La Maître Espionne de l'Empire s'annonça aux gardes se dressant de part et d'autre de l'entrée de l'imposante tente de l'Impératrice. Elle n'eût qu'à attendre un instant avant d'être invitée à entrer.

Le rideau était levé, les acteurs étaient en place, que la pièce commence !


Mithraël/Zevran

« Eh bien ! Il semblerait que la vie de l'Inquisitrice et son escouade soit au moins aussi palpitante que fût celle de l'Héroïne de Férelden et sa bande ! » conclut Zevran dans un demi-sourire en s'adossant derechef à l'arbre derrière lui.

Mithraël laissa échapper un petit rire nerveux en retour. Part d'elle-même se sentait à présent soulagée de ne plus avoir à mentir, alors que l'autre part se demandait encore si elle avait bien fait de dévoiler la vérité concernant son identité.

Il fallait néanmoins avouer qu'Arainai l'avait mise dos au mur. Il aurait été très ardu de trouver justification à chacune des preuves qu'il avait étalées devant elle. D'abord sa menue résistance à la pression, peu souhaitable à un assassin de carrière. Ensuite, son acharnement à laisser une piste à suivre afin de la retrouver. Quel assassin voudrait-il que l'on le retrouve après avoir failli à son contrat ? Et enfin, la magie de l'Ancre avait été révélée, ne laissant que peu de doutes quant à l'identité de son porteur suite à la description qu'en avait faite Varric lorsque l'ancien Corbeau avait fait halte au Fort du Griffon.

Iohris n'était alors plus et avait fait place à Inquisitrice Lavellan. Titre qui ne lui était d'absolument aucune aide ici, perdus au sein de cette immensité où se mêlaient toutes les nuances possibles de vert !

Après avoir galopé plusieurs heures afin de mettre le plus de distance possible entre eux et leurs geôliers, le blond avait décidé de faire halte afin de permettre aux montures de s'économiser. Leur périple ne faisait que commencer. Il avait également eu conscience du piètre état de la jeune femme, littéralement vidée après avoir usé de l'étrange pouvoir ainsi que de sa propre magie dans le but de les protéger. Zevran avait donc ralenti la cadence et s'était mis en quête d'un endroit leur permettant de s'accorder quelques heures de repos sans être vus.

Fort heureusement c'était chose aisée au sein de cette forêt dense et il avait déniché ce petit espace en contre-bas d'un talus où ne nombreux buissons de baies se dressaient çà et là de façon anarchique. Le gîte et le couvert, une aubaine ! Mithraël avait dormi une bonne heure avant qu'il ne la confronte quant à ses desseins. Elle ne pouvait lui en vouloir. S'ils désiraient s'en sortir il était indispensable qu'ils se fassent confiance. Honnêteté avait donc été de mise.

C'est le cœur serré qu'elle s'était également enquise de Lynne, bien qu'ayant deviné ce qu'il était advenu d'elle. Avoir partagé cette cage avait créé des liens entre les trois protagonistes et l'espionne leur avait permis de s'enfuir. Elle était restée derrière et Mithraël se sentait affreusement coupable. Elle aurait dû voir les traits et les stopper, elle aurait dû créer la barrière bien plus tôt. Elle ne s'était pas attendue à ce que la magie de l'Ancre ne drainât son énergie de la sorte. C'était inhabituel et son manque de jugement avait coûté la vie à leur partenaire. Cela lui était très difficile à supporter, mais elle n'avait fait part de ses états d'âme à Zevran. Si l'assassin avait été touché par la mort de l'orlaisienne, il le dissimulait très bien.

La pleine lune éclairait faiblement l'espace, leur permettant d'y voir tant bien que mal alors qu'ils conversaient à voix basse. Dans le silence qui avait fait suite au petit rire de l'Inquisitrice, Zevran put apercevoir son front se plisser ainsi qu'un rai d'inquiétude traverser son regard. A son lever de sourcil elle répondit :

« Nous devons nous mettre en marche pour Fort Céleste. Nous devons les prévenir que les Venatori sont en marche ! Corypheus prépare une attaque contre la citadelle, cela ne fait aucun doute. »

La jeune elfe sembla alors se renfermer sur elle-même en croisant ses bras sur sa poitrine, avant de porter la main sur sa gorge et y trouver à nouveau le vide.

Elle se mordit la lèvre, penaude d'avoir laissé à nouveau ses émotions prendre le dessus. Elle était épuisée, épuisée et impuissante. Ces derniers jours à la merci des cultistes avaient eu raison de sa volonté de maintenir une image de leader. Ici, à mille lieues de tout, elle n'en avait cure ! Seul importait leur retour rapide à la forteresse. Seul importait le salut des âmes qu'elle abritait.

Zevran avait conscience de la détresse de sa camarade de galère. Seulement il n'avait pas la moindre idée du chemin le plus court qui leur permettrait de gagner Fort Céleste. Il avait une vague idée de la végétation qu'il fallait rechercher afin de prendre la direction de la chaîne montagneuse, mais après ? Il n'avait jamais mis les pieds dans le bastion et Lavellan n'avait jamais emprunté cet itinéraire afin de s'y rendre. Y parvenir dans les meilleurs délais semblait quelque peu compromis…

Il tenta néanmoins de la raisonner et la rassurer :

« Nous avons porté un gros coup au détachement qui nous détenait. Peut-être vont-ils envoyer des éclaireurs enquêter sur les tenants et aboutissants de leur retard. Peut-être cela les ralentira-t-il ».

Il n'était lui-même qu'à demi-convaincu de ses propres dires. La jeune femme sembla s'en être aperçue car elle rétorqua :

« Nul besoin de me rassurer avec des paroles creuses, Arainai, je préfère l'honnêteté à l'hypocrisie et ce même si la première est difficile à entendre. Corypheus n'aura que faire d'un détachement manquant à l'appel quand le gros de ses forces sera déjà rassemblé et prêt à mener l'assaut ».

Le demi-dalatien sourit en retour avant d'ajouter :

« Je vais garder cela à l'esprit à l'avenir. Et pour ce qui est de la situation, il serait mal avisé de parcourir cette forêt de nuit. Il y est déjà assez difficile de s'y repérer de jour et la lumière de la lune, bien que bienvenue, n'est que trop traîtresse au couvert de ces immenses arbres. Nous avons encore bien deux ou trois heures avant l'aube. Libre à vous de vous reposer, nous pourrons nous mettre en route ensuite »

Lui était parfaitement capable de se mouvoir dans le noir le plus complet, seulement en était-il de même de sa collègue ? Ce n'était pas le moment de s'en assurer. La savoir angoissée de la sorte ne le mettait guère en confiance. Il avait besoin d'une partenaire sachant garder la tête froide, être maîtresse d'elle-même et la jeune femme paraissait être tout sauf cela à cet instant.

« J'ai eu le loisir d'une sieste lors de notre arrivée ici, je peux monter la garder le temps que vous preniez vous-même un peu de repos » offrit la jeune femme d'un ton sérieux.

Il tiqua. Etait-elle réellement en mesure de tenir et d'être alerte ? Désirait-il s'en remettre aux sens en émoi de Mithraël ? Désirait-il s'en remettre à quelqu'un rencontré quelques jours plus tôt seulement ?

Non, bien évidemment.

Cependant, dans son for intérieur, il se rappela la jeune femme dépeinte par Varric ainsi que l'admiration qui transpirait des paroles du négociant alors qu'il narrait les exploits de l'Inquisitrice. Varric était connu de beaucoup pour ses fables, seulement Zevran était persuadé qu'il n'avait enjolivé la réalité que peu cette fois. Chose assez rare pour être notée. Il semblait respecter Lavellan et lui faire confiance. Alistair avait également confirmé ses dires, du peu qu'il avait pu voir lors de ses séjours à Fort Céleste.

Il avait en face de lui un être inquiet pour ses proches, et il ne pouvait évidemment la blâmer pour cela. Pas quand lui-même s'était fait honteusement pincé par les Venatori, trop occupé à penser à Milva, Alistair, Milva et Alistair… Trop occupé à s'auto flageller pour sa faiblesse, pour avoir pu croire un seul instant que ses sentiments aient pu être partagés. Trop occupé à se maudire d'avoir brisé cette complicité qui les unissait… Bref, l'heure n'était pas à de nouvelles ruminations. Il parvint alors à un compromis : la laisser monter la garder, sous-entendant qu'il avait confiance en elle, tout en ne dormant que d'une oreille. L'ancien Corbeau réalisa qu'il brisait ainsi la promesse faite quelques secondes plus tôt : être honnête. Il accepta néanmoins l'offre sans plus d'états d'âme, leur survit en dépendait :

« Je dois admettre que votre proposition est tentante, ne sachant quand nous pourrons nous octroyer de nouveau le luxe du repos, déclara Zevran d'un ton affable avant de poursuivre : réveillez-moi au moindre bruit anormal »

Joignant le geste à la parole, il cala son dos dans une position plus confortable contre l'arbre et ferma ses paupières.

« Entendu » conclut Lavellan avant de se lever et d'entamer sa silencieuse patrouille.


Harding

Un œil très averti et une oreille fine auraient détecté un mouvement preste entre les imposants arbres de la forêt s'étendant sur une grande partie des Terres d'Abors.

Seulement il n'y avait ici personne correspondant à cette description. Mis à part les ombres mouvantes elles-mêmes, évidemment.

Harding et Liam, le traqueur de son escouade, progressaient silencieusement, les sens en éveil et en alerte. Liam faisait halte de temps à autre, s'assurant qu'ils demeuraient sur la bonne piste et ne faisaient pas fausse route. Le clair de lune était le bienvenu et lui facilitait grandement la tâche. Il fallait avouer que les empreintes laissée par les chevaux des fuyards étaient aisées à suivre. Dans leur hâte, ils n'avaient pris le temps de faire les choses dans les règles de l'art et effacer leurs traces ou falsifier leur piste.

Si l'éclaireuse en chef et son collègue avançaient précautionneusement, c'était surtout pour éviter la surprise de tomber nez à nez avec un détachement Venatori. Apparemment la forêt en comptait de nombreux qui faisaient route vers l'est ! Ils avaient laissé leurs compagnons en arrière le temps de décider du chemin à suivre et s'assurer que la voie était libre.

Liam fit signe à Harding de marquer une pause le temps de scruter les environs et analyser le sol meuble devant lui. La naine profita de cette halte pour apprécier le calme de la forêt. Il était le bienvenu, reposant, surtout quand elle passait le plus clair de sa journée à supporter malgré elle les prises de bec entre Sœur Rossignol et Dorian.

« Nous devons nous hâter ! S'ils se sont échappés ils doivent à être à des lieues d'ici à présent et ne sont pas près de ralentir le train ! commença le tévinter, excédé et inquiet.

- Nous devons surtout tenter de comprendre ce qu'il s'est passé ici avant de risquer de se jeter aveuglément dans la gueule du loup ! rétorqua Léliana d'un ton acerbe.

- Que diable vous faut-il de plus pour comprendre, Sœur Rossignol ? Il mit délibérément l'accent sur ce sobriquet de façon dédaigneuse. Des corps Venatori jonchent le sol, une puissante déflagration magique – nul doute qu'il ne s'agisse de l'Ancre à présent- une cage vide, une fuyarde abattue, des empreintes de sabots se dirigeant vers les tréfonds des bois… Je vous le demande encore une fois Léliana, que vous faut-il de plus avant de décider bouger vos gracieuses miches et partir à leur recherche ? »

L'intéressée lui lança un de ses regards glacés dont elle seule avait le secret, un de ceux qui vous faisait frissonner jusqu'aux tréfonds de votre être. Celui révélant son habilité à tuer sans éprouver aucun remord, sans se poser de question et être capable d'enjamber votre cadavre sans plus de cérémonie en nettoyant son arme, quittant les lieux sans se retourner.

Dorian n'en menait pourtant pas large. La Maître Espionne ne l'impressionnait pas le moins du monde. Il en avait vu d'autres à Minranthie !

Il soutint son regard de façon insolente.

Léliana céda :

« C'est le second détachement que l'on aperçoit. Celui-ci est moins important et ne comprend pas les étranges outils que nous avons pu observer lorsque le précédent est passé. Où vont-ils ? Que transportent-ils et dans quel but ? Que faisaient-il avec cette espionne orlaisienne ? J'ai porté un peu plus d'attention à sa dépouille et quelque chose d'étrange en émane… »

Elle leva la main, intimant autoritairement au mage de la laisser poursuivre.

« Je n'oublie pas l'Inquisitrice, Dorian, la retrouver en vie m'importe tout autant qu'à vous et je vous mets au défi de le nier – son regard se fit plus dur qu'il ne l'était. Cependant il se trame quelque chose ici, et je n'aime pas ces mouvements Venatori vers les Dorsales de givre… »

« Nous devons nous assurer de ne rien manquer avant de quitter le lieux » termina-t-elle avant de se détourner, ne laissant pas le loisir à son interlocuteur de discuter.

Ce dernier fulminait, mais resta coi. Il était aisé de deviner qu'il entendait les propos de la Conseillère, mais la vie de Mithraël lui importait plus que les mouvements Venatori. A dire vrai, Harding se demandait à quoi bon savoir ce que les cultistes tramaient si le seul pouvoir pouvant vaincre leur chef s'était à présent évanoui dans la nature.

La naine était évidemment elle aussi inquiète pour l'Inquisitrice. Où diable était-elle allée ? Avait-elle la moindre idée de l'itinéraire à suivre pour rejoindre Fort Céleste ? C'était très peu probable malheureusement. Quelles étaient les chances de la retrouver ? De la retrouver en vie ? Combien de temps pourrait-elle survivre en fuite, ne sachant où aller ?

Tant de questions qui la tourmentaient sans cesse, qui les tourmentaient sans cesse.

Mais ils devaient garder foi en leur leader. Lavellan avait maintes fois prouvé sa ténacité.

Elle allait s'en sortir.

Il le fallait.

Liam sembla satisfait de la piste et les environs étaient sûrs. Ils retournèrent alors chercher les autres.

La traque reprenait à bon train.


Mithraël/Zevran

Il perçut les infimes vibrations du martèlement de sabots sur le sol et se leva d'un bon avant de voir sa camarade accourir silencieusement en sa direction.

Ils échangèrent un regard entendu. Sachant pertinemment que fuir les révèleraient, ils opteraient pour la dissimulation.

Les deux fuyards avaient délibérément laissé leurs montures plus loin, près d'une marre stagnant au sein d'un regroupement dense d'arbres. Il fallait espérer qu'ils restent discrets, ce que l'on pouvait attendre d'une éducation de destrier.

Zevran fourra le harnachement aux pieds de buissons de baies, espérant l'obscurité environnante suffisante pour le masquer à un groupe de cavalier lancé plein galop. Mithraël remit un peu de désordre à l'endroit qu'ils avaient aplani en s'asseyant.

Le tambourinement se fit plus fort, les faisant déguerpir auprès des montures à l'abri du couvert de feuillus. Ils entreprirent ensuite de grimper, comptant sur la hauteur pour les tenir hors de vue.

Tous deux se rendirent alors compte que le calme était revenu dans la forêt, le roulement des sabots ayant soudainement cessé. Zevran tendit l'oreille dans l'espoir de saisir quelconque conversation, ou même son.

Rien.

Seul le silence, de plus en plus pesant, emplissait l'endroit.

La tension était à son comble, les deux protagonistes sachant que la traque avait indubitablement débuté. L'ancien Corbeau fit le vide dans son esprit, dans une tentative de concentration optimale visant à percevoir le moindre bruissement de feuille non naturel, le moindre craquement de brindille qui témoignerait d'un mouvement en leur direction.

Rien.

Mithraël frissonna malgré elle en dépit de la douceur de la nuit. Elle avait accroché son bâton dans son dos afin de libérer ses bras pour l'ascension. Il était donc inaccessible puisqu'elle s'interdisait le moindre geste pouvant trahir leur présence. L'elfe pouvait sentir la tension dans tous ses muscles. L'attente, l'incertitude, l'anticipation, avaient eu pour effet d'aiguiser ses sens au maximum.

Elle était prête.

Le demi-dalatien jeta un œil en direction de sa camarade et esquissa un demi-sourire. Cet état de concentration intense, cette expression sérieuse, ce regard déterminé et en même temps perdu dans le lointain … Etait-ce là un trait propre aux dalatiens vivant reclus dans la forêt ? En permanence sur le qui-vive et en état d'alerte ? Car ces traits ils les avaient maintes fois vus parcourir le visage de Milva. Milva l'archère. Milva la chasseresse.

Milva l'Héroïne de Férelden.

Les oreilles des destriers pointèrent alors soudainement dans la même direction, trahissant de l'activité à l'est de leur position. Quoi que cela était, il était à présent certain que cela finirait par tomber sur les montures.

L'attente touchait à sa fin.

Les deux fuyards se préparèrent à l'embuscade.

Tout se passa en un éclair.

Zevran volant littéralement de son perchoir pour atterrir sur sa cible, ne lui laissant aucune chance de réaction. Dans sa chute contrôlée il entraîna son adversaire au sol en le basculant en arrière, aidé de son élan. L'homme rejoignit lourdement l'humus forestier dans un grognement. L'elfe l'entrava en se positionnant sur ce dernier, non sans l'avoir assommé d'un coup sec au niveau des tempes. Ce moment de flottement lui permit de le délester de ses armes.

L'assassin entendit alors un sifflement. Il se retourna d'un bloc, non sans maintenir sa prise sur son captif, pour voir un écran vert se dresser entre lui et le trait qui était destiné à traverser son chef de part en part.

La flèche se vaporisa au contact de la barrière magique et Mithraël rejoignit son compagnon de voyage sous le dôme de protection crée par la magie des failles. Libérant enfin son bâton de ses entraves, elle se mit en position offensive. Son regard fixé dans la direction d'où provenait le trait.

Un éclair pourpre surgit alors de nulle part pour percuter le dôme à son tour. La jeune femme grimaça. La décharge était telle que maintenir la barrière l'avait forcée à puiser un peu plus dans sa mana, sans compter l'effet de surprise.

Un mage, un archer, un pisteur. Et au son des sabots entendu plus tôt, ils pouvaient en espérer plus.

Tout ceci n'augurait rien de bon.

Zevran acheva d'étourdir son opposant. Il souhaitait le questionner une fois les festivités terminées. Après un regard vers la jeune femme, il se volatilisa. Telle une ombre mortelle il fondit sur l'archère mais fut arrêté à son tour par une protection magique sur laquelle ses lames assassines rebondirent. Il poussa un juron avant de jeter un regard noir à la naine aux cheveux flamboyants qui lui adressait à présent un sourire narquois avant d'effectuer une roulade de côté et le mettre en joue une nouvelle fois.

Cependant, avant qu'elle n'ait pu libérer son trait meurtrier, un puissant souffle l'aspira en arrière. Le déséquilibre occasionné ne lui permit pas de viser correctement sa cible et ce laps de temps permit à cette dernière de fondre sur elle à une vitesse fulgurante.

« STOP ! » hurla alors une voix étrangement familière à Mithraël.

L'effet de surprise bloqua Zevran dans son impulsion. Il ne saurait dire ce qui l'avait arrêté à cet instant. Une sorte de sixième sens ? Jamais il n'aurait fait cela en temps normal. Peu importe l'environnement l'entourant, une cible était une cible.

Et une cible ne se ratait pas.

Néanmoins, ici, au beau milieu de cette forêt et en ces bien étranges circonstances. Son être lui hurlait à son tour d'obéir à l'injonction. Ce qu'il fit.

Fort heureusement.

Il entrava néanmoins l'archère d'une clé de bras. Mieux valait prévenir que guérir et il avait désormais un moyen de pression dans l'hypothèse où tout ceci ne serait qu'une ruse.

Lorsque Lavellan le rejoignit, il peut voir un mélange d'incrédulité et de soulagement immense parcourir son faciès. La situation était plutôt cocasse. Harding bloquée dans une position plus qu'inconfortable et Zevran tentant de comprendre ce que diable pouvait-il bien se passer ici.

Quelqu'un accouru alors en leur direction. L'Inquisitrice sourit avant même de voir l'identité de ce nouvel intervenant. Et Zevran de jurer sous cape et piétiner au vu du manque de réaction de la jeune femme quant à l'arrivée d'un ennemi potentiel.

« Bien pauvre que cet éclair mon brave Dorian, je vous ai connu plus convaincant ! » lança Mithraël d'un ton qui se voulait moqueur, mais le tremblement dans sa voix trahissait son émotion.

- Vous n'allez tout de même pas vous plaindre de ne pas avoir été rôtie sur place ma chère ! rétorqua l'intéressée, il va falloir travailler cette protection ! L'immatériel ne va tout de même pas tout faire à votre place ! »

S'ils avaient pu voir l'expression ahurie peinte à présent sur le visage de l'assassin, nul doute que les deux interlocuteurs auraient ri à gorge déployée. Cependant ils étaient trop occupés à s'enlacer dans une étreinte puissante où se mêlaient larmes de joie et rires nerveux. Le mage fit tournoyer sa collègue dans les airs, ignorant superbement le rassemblement se formant autour d'eux.

Le demi-dalatien sentit sa captive se détendre sous sa prise et l'entendit renifler et laisser échapper un petit rire en dépit de sa position plus qu'inconfortable. Elle murmura alors :

« Je pense que vous pouvez me rendre mon bras à présent, maître assassin »

D'autres accoururent alors et se fut l'effervescence dans les sous-bois. Plus de rires, plus de larmes, d'accolades, d'étreintes.

Le soulagement, le terme d'une traque que tout portait à croire vaine.

L'Inquisitrice était vivante, l'amie chère avait été retrouvée et était à présent parmi les siens.

L'espoir, tout était maintenant de nouveau possible.


Cassandra

A des lieues de toute cette liesse était une Chercheuse tourmentée qui arpentait le chemin de ronde de Fort Céleste dans la fraîcheur de la nuit apportée par l'impitoyable zéphyr soufflant sur les Dorsales de givre.

Elle salua la patrouille croisant son chemin d'un signe de tête avant de reprendre ses réflexions, tentant d'organiser les informations reçues, établir des connections, réfléchir à la meilleure stratégie possible.

Un assaut était à prévoir. D'après la lecture des rapports de Briala, les forces Venatori se rassemblaient au sud-est de Fort Céleste. Trop loin pour que les groupes d'éclaireurs qu'elle envoyait quadriller la région ne les décèle, trop dissimulés par les reliefs des montagnes pour que Férelden ne se rende compte de leur présence en ses terres. A en juger par la taille de l'armée et l'état du terrain, il leur faudrait bien deux voire trois jours afin de parvenir au bastion.

Cassandra ayant déclaré l'état d'alerte quelques jours plus tôt, tous les civils et autres pèlerins ne pouvant voyager assez rapidement pour atteindre la prochaine cité avaient été mis à l'abris au sein des murs épais de la forteresse. Ils gagneront la crypte une fois les hostilités lancées. Les nobles, émissaires, ambassadeurs avaient pu tous être renvoyés, ces derniers étant le plus souvent pourvus de chevaux endurants qu'ils préféraient à un voyage à pieds.

Les soldats de l'Inquisition en garnison ainsi que la Garde des Ombres se tenaient prêts. Un climat de tension s'était installé dans les baraquements et la cour. Ils étaient peu nombreux. Peu nombreux mais l'on pouvait compter sur l'avantage du terrain et des murs pour tenir le siège. Ils avaient également des provisions pour tenir plusieurs mois, bien que Cassandra doutât qu'ils n'en arrivassent à cette extrémité.

Et encore, c'était sans compter une question majeure : qu'allaient-ils bien pouvoir faire contre Corypheus et son dragon ?

Cullen avait fait installer balistes et catapultes au sommet des tours et sur les chemins de rondes pour harceler leurs opposants ainsi que le reptile volant. La coalition des mages ayant souhaité demeurer à leurs côtés durant la bataille, en dépit des templiers rouges, elle pourrait alors assurer leur protection.

Sœur Rossignol avait également signalé le rapatriement des troupes des Terres d'Arbor en direction du bastion avant qu'elle-même ne se lance à la recherche de l'Inquisitrice. Ils n'atteindraient pas la citadelle à temps. Il leur fallait donc tenir, supporter le siège assez longuement jusqu'à l'arrivée des renforts qui prendraient alors leurs opposants à revers. L'Impératrice Célène avait été informé de l'état critique de la situation, cependant cette dernière n'avait pas encore confirmé l'envoi de troupes orlaisienne. Ceci irritait profondément Cassandra, mais elle préféra garder son énergie pour l'élaboration de leurs défenses plutôt que maudire la souveraine.

Gatsi, le maître maçon du fort, avait disposé des explosifs sous l'unique accès à la citadelle : le large pont de pierre. Si les choses tournaient mal, ils pourraient toujours s'isoler de cette façon. Cela ne les aiderait en rien contre la créature ailée mais stopperait assurément le flot ennemi dans le cas où ils se retrouveraient dépassés par le nombre. Malheureusement cela empêcherait également leurs camarades de les rejoindre. La guerre était néanmoins faite de compromis.

La brune soupira longuement. Elle avait refait cet affrontement maintes fois dans son esprit, cherchant à parer à toute éventualité, envisager toutes les possibilités, difficultés auxquelles ils auraient à faire face et trouver des solutions, des moyens de les prévenir. Bien sûr elle pouvait compter sur le soutien de ses coéquipiers. Cullen était bien entendu un stratège militaire hors-pair, Iron Bull était un pro de l'attaque éclair et avait sous son commandement des hommes loyaux dont le talent n'était plus à prouver, Solas anticipait l'impact et l'étendue des pouvoirs de l'Ancien et son Dragon. Morrigan était bien secrète ces derniers temps et d'autant plus suivant la violente altercation lors du précédent conseil. Cassandra avait également eu vent d'un souci impliquant son fils, Kieran. Une histoire de disparition au travers l'Eluvian trônant dans une petite pièce jouxtant les jardins. Fort heureusement le jeune homme avait été retrouvé sain et sauf. Néanmoins la Chercheuse avait le sentiment qu'il y avait plus à savoir de cette escapade et devait s'enquérir des détails auprès de l'intéressée.

Varric avait joué un rôle des plus importants quant à l'inventaire des ressources et l'évaluation des stocks. Il avait également fait venir de quoi palier à ce qu'il manquait. Son implication dans la guilde marchande des Cités Libres faisait de lui une aide de valeur pour leurs intendants. Il lui avait également assuré que Bianca se tenait prête à perforer du cultiste au moment venu. Cassandra savait le nain loin d'être friand des affrontements, mais également toujours présent quoiqu'il advînt.

La guerrière pouvait également compter sur la Garde et ses chefs pour les épauler. Bien que ces derniers soient au cœur de mélodrames plus rocambolesques les uns que les autres- Cassandra avait arrêté de suivre après avoir eu vent de la parenté entre Kieran et le Senior Garde Alistair-, ils l'avaient assurée qu'ils se tiendraient prêts au combat. L'ombre de la culpabilité demeurait au-dessus de leurs têtes et d'autant plus était fort leur désir de se racheter, de prouver que l'Ordre avait sa place du bon côté de l'échiquier.

Le vent se fit plus froid, plus puissant, rappelant ainsi à l'épéiste le but premier de cette escapade nocturne. Elle relu une dernière fois à la lumière d'une torche la missive qu'elle s'apprêtait à envoyer en direction des Terres d'Arbor, son cœur se serrant derechef, et se remit en marche. Direction la rookerie.

Elle ne fût qu'à demi-surprise d'y trouver le Commandant à cette heure tardive. Perdu dans ses songes, caressant machinalement les plumes d'un corbeau assoupi.

Ils se saluèrent d'un signe de tête, nulle question n'ayant besoin d'être posée.

Cassandra siffla doucement afin d'appeler un volatile, ce dernier descendit de son perchoir en décrivant de larges cercles comme pour se dégourdir les ailes avant de se poser délicatement sur la barrière prévenant toute chute du haut de la tour. La Chercheuse entreprit alors d'attacher la missive à sa due place, et le messager prit son envol dans les ténèbres de la nuit.

Le guerrier la rejoignit alors, s'accoudant à la balustrade.

« Rien de nouveau j'ai bien peur, Commandant, répondit la brune à la question silencieuse de l'homme.

- Je l'avais deviné, mais l'entendre rend la chose plus réelle. J'imagine »

Il inclina le chef, elle déposa une main compatissante sur son brassard. Une chose plus difficile à entendre encore lui devait être révélée. Elle n'avait le cœur à cela, mais il le fallait.

« Etant donné la situation, j'ai donné l'ordre de rapatrier l'escouade partie à sa recherche. Je suis navrée Cullen, mais nous avons besoin des ressources de Léliana ici. Il est crucial qu'elle revienne à la tête de son réseau et coordonne les mouvements de ses espions. Elle seule détient toutes les ficelles, je ne peux palier à son absence. Pas en cet état d'urgence. D'autant plus que … »

Cullen leva le bras, l'intimant ainsi de se taire. Il planta ses yeux mordorés et emplis de lassitude dans les mirettes de la guerrière. Le voir ainsi ne fit que resserrer l'étau dans lequel était pris son cœur.

« Nul besoin de vous justifier, Cassandra. Je demeurer apte à raisonner. J'ai parfaitement conscience de la gravité de la situation et du pourquoi cette décision doit être prise »

Elle ouvrit la bouche. Il poursuivit :

« Cela ne rend néanmoins pas la réalité plus douce à entendre »

Cassandra se retira alors et, avant de quitter le sanctuaire du Commandant, annonça d'un ton mortifié.

« Elle devra faire sans nous et nous... Nous devrons faire sans elle »


Me revoilà! J'espère que vous n'avez pas trouvé le chapitre trop longuet... J'ai d'abord pensé à le scinder puis me suis ravisée, je vous dois bien cela après ces longs moins d'absence.

L'échiquier se met en place, je pense que vous voyez à présent que l'histoire principale va bientôt toucher à sa fin... Je ne pense pas revenir sur l'histoire personnelle de Milva avant le dénouement, je pense que cela couperait trop l'action. Qu'en pensez-vous ?

J'espère également avoir été raccord avec les caractères des personnages appartenant à Bioware que j'ai incarnés ici. Je prends beaucoup de plaisir à passer de l'un à l'autre et je trouve que cela donne de l'énergie au récit. C'est également toujours intéressant de voir la même histoire sous différents points de vue. Je ne prétends pas pour autant être dans la tête de l'un ou de l'autre, ici sont seulement retranscrites mes interprétations des actes et paroles de ces personnages in-game ou dans les oeuvres que j'aie pu lire.

Merci à ceux ayant rejoint le navire en cours de route, et aux habitués pour leurs chaleureux et encourageants commentaires, que cela soit par messages privés, reviews ou autre. Votre soutien est essentiel, vos conseils et critiques de valeur. J'espère que vous pouvez voir qu'ils sont pris en compte au fur et à mesure du récit. Encore une fois, n'hésitez pas à me faire part de vos retours!

Merci à tous ceux ayant pris le temps de lire un autre bout des aventures de l'Inquisitrice.

A bientôt

Truckette