Prisonniers de Poudlard 25
Harry, appuyé contre le chambranle, les mains dans les poches, regarda Hermione assise derrière son bureau, la tête placé sur ses mains, anxieuse et démoralisée.
-Comment vas-tu ? lui demanda-t-il alors qu'elle ne semblait pas vouloir relever la tête pour regarder qui venait de rentrer dans son bureau.
-Ça ira, il me suffit de surmonter tout ce qu'on vient de vivre. Je ne cesse de me dire que sans vous trois on serait peut-être tous morts. Comment cela a pu nous arriver, personne n'a rien vu, même pas nous.
-Nous n'aurions rien pu voir au début, ensuite c'était évident que quelqu'un nous manipulait.
-Combien de fois vas-tu nous sauver la vie, Harry ?
-Je ne l'ai jamais fait seul, tu en as fait partie à chaque fois et je n'oublie pas Lucius et Severus qui ont frôlé la mort plus d'une fois dans cette aventure, ainsi que tous ceux qui se trouvaient dans le château.
-J'ai besoin de vacances, soupira la jeune femme.
-Pourquoi ne pas en prendre alors ! Minerva ferme l'école trois mois, le temps de voir si Poudlard n'est plus ensorcelé.
-Je le sais bien mais je ne sais pas où partir, répondit Hermione. Et je me sens si las que même l'idée de faire mes bagages ne m'incite pas à me lever de mon siège.
-Pourquoi ne pas rejoindre Ron ?
-Je ne sais pas s'il voudra toujours me parler, ce n'est pas…
-Tu crois qu'il refusera de te voir ?
-La dernière fois entre nous ça ne s'est pas très bien passé…Il n'était jamais là pour moi alors que j'avais besoin de lui.
-C'est pour ça que tu l'as quitté ? Donc tu m'as menti quand tu as dit que tu ne l'aimais plus ? reprocha Harry. Tu sais qu'il en a énormément souffert ?
-Je le sais, mais avais-je le choix ?
-Bien sûr que tu l'avais, il suffisait de lui en parler.
-Ce n'était pas évident à ce moment-là, Harry. Il était en colère et moi aussi.
-Tu as fui sans lui laisser la moindre chance !
-Oui, et il me manque atrocement, avoua à voix basse la sorcière. Je voudrais pouvoir retourner en arrière, lui expliquer et trouver une solution.
-Fais ce que je t'ai dit, va le voir, sourit le jeune homme qui ôta les mains de ses poches pour rejoindre la jeune femme.
Hermione releva la tête.
-J'imagine que Drago était une folie, je me trompe ? ajouta-t-il.
-J'avoue que oui, nous avons discuté ensemble, c'est là qu'il m'a dit que je n'étais pas la bonne personne, avec tact, t'inquiète, Drago a complétement changé, de plus il ne quitte plus le petit neveu de Minerva depuis qu'il est apparu, vraiment ils s'entendent bien, je dirais qu'ils se complètent même si parfois Thadéus est un peu rebelle, même allongé dans son lit il semble impossible à raisonner.
-J'ai remarqué, Drago a un effet apaisant sur lui, je me demande encore comment Thadéus fait, moi il m'énervait à un point pas possible ce blondinet prétentieux.
-Je me souviens, rit Hermione.
-Donc pour Ron tu disais ?
-Qu'il m'a fallu un certain temps pour comprendre, Ron venait me hanter sans cesse, c'est là que j'ai compris qu'il n'y aura jamais que lui dans ma vie. Drago a vu clair avant moi.
-Parfait, dans ce cas mon seul conseil sera de te faire pardonner. Je peux même te prédire que cela ne sera pas difficile puisqu'il est toujours amoureux de toi.
-Tu crois ! s'exclama Hermione en se levant de derrière son bureau, mue par un regain d'énergie et d'espoir qu'Harry venait de lui donner.
-Certain, il vient d'arriver chez ses parents…je lui ai envoyé un hibou, il t'attend chez moi en ce moment même. Il a mis ses matchs de quidditch en statu quo pour un petit moment.
-Chez toi ? S'inquiéta la jeune femme en portant une main à ses cheveux en désordre et en regardant ses vêtements chiffonnés, mesurant déjà l'ampleur des dégâts sur elle.
-Ne stresses pas, tu as une heure pour te préparer et te faire la plus belle possible.
Harry pouffa quand il vit son amie se précipiter hors du bureau pour aller dans ses appartements, affolée comme si le diable était à ses trousses et que le ciel allait lui tomber sur la tête. L'auror sourit quand il vit Hermione revenir et se précipiter dans ses bras pour le remercier.
-Tu es magnifique dans ton costume trois pièces, je me demande comment il se fait que tu sois encore seul ? Tu devrais avoir une centaine de prétendants à ta porte, rit-elle, des prétendants comme Drago.
-Je les aime plus âgés, avoua Harry, et le costume est une info que Lucius a lâchée un jour que nous étions à la recherche d'indices au dehors de Poudlard.
-Plus âgés comme le professeur Snape et Lucius ?
-Lucius ? Pourquoi tu me parles de lui ?
-Mettons que je n'ai rien dit, s'en sortit la jeune femme.
-Je parlais de Severus, moi.
-Alors qu'est-ce que tu attends toi aussi pour le lui dire ?
-Je m'en occupe….
-Je te fais confiance pour ça, bonne chance, Harry, ajouta Hermione avant de disparaître pour de bon.
Un problème de réglé, pensa l'auror. Cela faisait quinze jours qu'il voyait Hermione se morfondre et pleurer dans son bureau, il était allé voir Drago qui avait confirmé ce qu'il pensait. Il avait agi en conséquence pour qu'enfin son amie soit heureuse.
Lucius avait-elle dit….oui bon il verra ça un autre jour. Maintenant il devait s'attaquer à Severus.
Il avait patienté pour savoir ce que l'homme avait dans la tête et ce qu'il allait faire après cette histoire rocambolesque où Albus les avait précipité. Un Enfer qu'il n'était pas prêt d'oublier. Il savait que Snape était chez lui, à Spinned end, depuis une semaine et qu'il n'avait pas l'intention de venir le voir. L'homme se retirait pour lui laisser la liberté de choisir. Mais là c'était trop. S'il laissait les choses aller leur cours il allait le perdre et ça il n'en était pas question !
-Où Hermione court si vite ? demanda Minerva alors qu'Harry passait les grandes portes de Poudlard pour secouer Snape dans son antre.
-Elle a rendez-vous avec Ronald, répondit l'auror.
-Oh, voilà une bonne nouvelle, acquiesça la vieille dame avec des yeux pétillants de malice. J'espère que ça marchera cette fois.
-Il faut le souhaiter, rit Harry avant de disparaître de Poudlard.
Une demi-heure plus tard, l'auror se retrouva à frapper contre une porte en bois peinte en vert dans une rue déserte de tout habitant et où il y avait des panneaux annonçant la démolition prochaine du quartier. La porte s'ouvrit sur un homme bougon, en bras de chemise et avec de la poussière sur les cheveux.
-Tu déménages ?
-Cela me semble une évidence, Harry, répondit Snape en refermant la porte après que le jeune homme soit entré dans la maisonnette.
-Tu ne m'as jamais dit que ton quartier devait être démolit !
-Je n'en voyais pas l'utilité, et puis nous avions d'autres choses à penser, tu ne crois pas ?
-Si.
-Veux-tu un thé ? invita Severus un peu surpris de la visite de Harry.
-Avec plaisir, ensuite je t'aiderai à emballer tes affaires…j'ai du temps aujourd'hui, se justifia-t-il après un regard étonné de Snape.
-Tu vas m'aider dans cette tenue ? ironisa le maître des potions.
-Oh, oui, pas grave, j'enlèverai la veste, sourit le jeune homme.
L'auror prit place sur l'unique fauteuil inoccupé, l'autre étant encombré de malles remplis de vieux bouquins.
-Ou vas-tu aller si je ne suis pas indiscret ? Tu as réussi à louer une autre maison dans un laps de temps aussi court ?
-Pas besoin, je vais entreposer mes malles à Poudlard, pour l'instant. Ensuite je chercherai une autre maison, à Pré-au-Lard.
-Donc si je comprends bien tu vas rester à l'école et y vivre, sérieux !
-Je ne vois pas comment je peux faire autrement, il ne t'a certainement pas échappé que je me retrouve à la rue.
-Je ne suis pas idiot !
-Je n'ai pas dit ça, j'ai toujours vécu dans cet endroit et même si ce n'était pas mirobolant comme quartier, c'était chez moi. Ma mère…Il y a tellement de souvenirs d'elle dans cette maison. L'abandonner c'est comme l'oublier, l'abandonner c'est comme si elle n'avait jamais existée, tu comprends ?
-Je ne vis pas dans la maison de mes parents puisqu'elle a été entièrement détruite, Severus. Pourtant je pense à eux chaque jour. Emporte tes souvenirs avec toi, ceux qu'on aime ne nous quittent jamais, termina Harry en reposant sa tasse.
Snape toussota pour chasser la tristesse qui l'avait étreint avant qu'Harry ne frappe à sa porte. Il était heureux qu'il soit venu et plus encore qu'il reste pour l'aider même s'il était habillé avec un costume de ville hors de prix et très sexy sur lui.
-On commence par quoi ?
-Les malles, répondit Snape, elles prennent beaucoup trop de place.
-Ok, je m'en occupe, dit Harry en sortant sa baguette pour les rétrécir et ainsi les transporter plus facilement.
Quand la nuit arriva, le maître des potions ferma la porte de sa maison avec un regret évident.
-Profites-en pour repartir de zéro, c'est ce que j'ai fait et depuis je me sens vraiment mieux.
-Nous n'avons pas le même âge même si nous avons souffert tous les deux, je ne mets pas mon âge en avant, après tout, les sorciers vivent longtemps.
-Ben alors qu'est-ce que tu attends ?
-Justement, je n'attends plus rien.
-Contrairement à toi, moi j'attends tout de la vie.
-Tu as déjà tout, s'amusa Severus. Que dirais-tu de venir dîner avec moi, je t'invite pour te remercier de ton aide qui a été la bienvenue en ce jour difficile.
-C'est normal que je sois venu t'aider, tu aurais fait la même chose pour moi. Ce qui m'étonne c'est de ne pas avoir vu Lucius ou Drago ici.
-Ils ne sont pas au courant.
-Evidemment, vu comme ça !
-Assieds-toi, proposa le potionniste quand ils entrèrent dans ses appartements. Un whisky ?
-Oui, merci, maintenant que nous sommes tranquilles et que ton déménagement est fini, tu peux me dire pourquoi tu as répondu que j'avais, tout ? Parce que là je ne comprends pas…..
-Je voulais dire que maintenant ta vie t'appartient et que tu peux en faire ce que bon te semble.
-Je m'y efforce, sourit Harry. Mes débuts ont été difficiles si tu te rappelles !
-Je me souviens, et c'était en grande partie de ma faute, souffrit Snape en s'asseyant à son tour face au jeune auror, consterné de la tournure de la conversation qui n'allait pas le sens qu'il aurait souhaité.
-Je ne te le reproche plus depuis longtemps, Severus, et quand je l'ai fait j'étais bien jeune pour me rendre compte de ce que tu faisais pour me sauver la vie.
-Combien de fois ai-je pensé que rien ne serait plus simple d'en finir avec tout ça…
Harry sursauta et fixa le maître des potions avec colère.
Pourquoi ? demanda-t-il avec agacement et froncement de sourcils.
-Pour que tu puisses vivres.
-Quel rapport avec moi, s'irrita un peu plus le gryffondor.
-Si je n'avais pas été professeur à Poudlard, ta vie aurait été meilleure et tes parents certainement encore de ce monde…..Je détruis ce que je touche, je suis comme ça.
-Pour mes parents tu n'en sais rien ! Voldemort aurait quand même agi contre eux et c'est Queutver qui les a tué, pas toi, alors tu oublies tes états d'âmes !
Snape reposa son verre, ses yeux s'assombrirent tandis qu'Harry ne le quittait pas du regard.
-Je ne comprends pas pourquoi tu te tortures encore, tu as une chance incroyable de tout recommencer, qu'est-ce que tu attends bon sang, Sev ! Moi j'y suis parvenue, pourquoi pas toi ? Par Salazar tu commences à m'énerver, je ne sais pas ce qui me retient de te secouer pour te faire entendre raison !
Le silence se fit pesant dans l'appartement du potionniste. Seul de tic-tac de l'horloge en bronze résonna, signe que le temps ne s'était pas arrêté.
