Bonjour, bonsoir & bienvenue !

Alors là ! On va avoir droit à une grande avancée ici ! Oué, oué. Un grand bond en avant. Mais il est temps, non ?! Après 25 chapitre quand même, merci bien !

Comme toujours, les personnages ne sont pas de moi, hein. Vous savez.

Enjoy ;)


~ L'Auberge du temps qui passe ~

~ chapitre vingt-cinquième ~

sentiments

...

Zoro regarde le noir de la nuit sans rien dire. La lanterne accrochée à ses côtés tangue au gré des vagues. Malgré un ciel dégagé, la mer est agitée et le Fantôme de Paille poursuit sa route à l'aveugle. À chaque creux, il pique de la tête, l'eau s'invitant à bord, léchant le parquet et les chaussures du bretteur. Zoro s'essuie la joue sur son épaule. Ses articulations sont crispées sur la barre et son regard revient sans cesse au Log Pos que Robin lui a laissé avant d'aller se coucher. Et malgré la houle, l'heure tardive, la fatigue qui le tire vers le bas, Zoro ne pense qu'à une seule chose. Une seule personne. Nico Robin.

Ils ont quitté Lugubra depuis presque une semaine. 5 jours exactement. Et depuis 5 jours, ils naviguent sur le Nouveau Monde à la recherche d'une île ou d'un endroit calme où se poser. La mer n'a cessé de s'agiter sous la coque de leur navire ne leur laissant pas une heure, pas une minute de tranquillité.

Un violent coup de vent balaie les nuages et la lune apparait dans le ciel, toute ronde, dorée comme une galette, avec ses cratères plus sombre comme des cernes. Quelques étoiles se mettent à scintiller ça et là. Le regard du bretteur se lève vers le ciel. Un gros soupir soulève sa poitrine en même temps qu'une vague fait tanguer le Fantôme de Paille et ses habitants. Zoro ferme les yeux, la pression dans ses doigts se fait moins forte. Une vague plus violente que les autres le rappelle à l'ordre. Il lâche un juron dans la nuit sombre et silencieuse.

Tout est sa faute. Il le sait.

Il n'imaginait pas que revoir Perona et Mihawk précipiterait son esprit dans un tortueux jeu de questions sans réponses. Au départ, il se disait que les paroles de Mihawk ne lui ferait ni chaud ni froid. À présent, elles résonnent dans sa tête comme mille clochettes tintinnabulant. Quelle est la place réelle de Robin sur ce navire ? Est-elle toujours l'archéologue qui a découvert le siècle oublié, septième membre de l'équipage du Roi des Pirates ?

La lune éclaire la scène de son œil blafard, Zoro observe son ombre sur le plancher humide en soupirant. Un mouvement dans son dos attire son attention. À peine une minute plus tard, la porte s'ouvre. Le bretteur ne se retourne pas.

- Tu ferais mieux d'aller dormir, Zoro.

- Et si je dors, qui va tenir la barre ?

- Je peux m'en charger.

- Le pont est sans cesse balayé par l'océan, il en est hors de question. Reste à l'intérieur, tu y seras mieux.

- Tu as donc si peur que ça de me perdre ?

Là, il se retourne. Il lui fait face. Il a très envie de lui répondre 'non', de lui intimer l'ordre de retourner à l'intérieur. Il aimerait lui montrer qu'il est toujours très sûr de lui. Il a son air neutre impénétrable, les sourcils légèrement froncés. Il ferme son œil valide et se détourne.

Il finira par flancher face à elle. Mais pas ce soir.

- Là n'est pas la question, Robin. Il fait nuit, la mer est menaçante. Je suis ancré à la barre. Tu prendras le relais au petit matin.

Robin ne répond rien. Elle a entendu l'hésitation, elle a perçut l'inquiétude derrière la neutralité. Elle souffle un : "d'accord" et retourne à l'intérieur sans rien dire. Pendant un quart d'heure, elle observe son ami, droit dans la nuit, éclairé par les facéties de la lune, impénétrable, sombre… si lointain… Elle ne l'a jamais vu flancher. Même la seule et unique fois où il s'est laissé aller, depuis l'accident, dans cette chambre même. D'un geste absent, elle caresse le drap sur la place vide à côté d'elle et elle se recouche. La solitude, cette nuit là, lui pèse.

...

Robin s'éveille avec les premiers rayons du soleil. Elle sort du lit, s'habille prestement en faisant chauffer la cafetière puis, elle sort à l'air frais. La mer ne semble pas vouloir se calmer et le soleil apparaît derrière une chape de brume. Robin s'approche de Zoro qui regarde l'horizon, impassible. Doucement, elle pose sa main sur son épaule. C'est un contact chaud. Il tourne la tête, elle sourit.

- Le café coule. Je prends la suite.

Elle voit les deux mains de Zoro se crisper sur la barre.

- Soit raisonnable, gronde-t-elle.

- Robin, si je te laisse seule avec cette mer, je ne dormirai pas…

Têtu. Elle sait que son compère l'est démesurément. Elle peut très bien s'en sortir ainsi. Robin se détourne et file prendre son café, légèrement vexée. Par le hublot de la cuisine, elle regarde la mer lancer de longues gerbes d'eau sur le navire.

- Traitresse, siffle-t-elle.

L'archéologue serre le poing. Si seulement elle n'avait pas mangé ce fruit du démon étant petite. Elle voit Zoro quitter son poste et s'approcher du bâtiment. Robin souffle par le nez. Si elle n'avait pas mangé ce fruit du démon, jamais elle n'aurait rencontré cet homme et l'équipage qui allait avec. La porte s'ouvre, laissant entrer un courant d'air frisquet.

- Je te laisse la barre, Robin.

- À regret j'ai l'impression.

- Je meurs de fatigue, soupire-t-il. Fais attention à toi.

Il s'approche d'elle. Elle voit les cernes creuser ses joues. Mais elle distingue un sourire derrière ses lèvres gercées.

- Si tu as le moindre souci, surtout, tu cries.

Zoro pose sa main calleuse sur la chevelure sombre de son amie et dépose un baiser sur son front.

- Je viendrai…

La main de l'homme glisse un instant entre les cheveux lisse et soyeux de la jeune femme avant de s'éloigner. Zoro se dirige vers le lit, s'y affale et s'endort sans rien ajouter. Robin le regarde, interloquée. Il a embrassé son front. La fatigue lui fait faire vraiment n'importe quoi. Elle prend sa tasse de café et sort prendre la barre à son tour. Zoro dort déjà. Et derrière le noir de ses paupières défile le sourire tendre de l'archéologue…

...

Le bretteur s'éveille au beau milieu de l'après-midi. Robin n'est même pas étonnée. Après 5 jours de mer agitée et de garde, Zoro a amplement mérité ce repos. Lorsqu'il se pointe sur le pont, Robin relève la tête de son livre. Le bretteur bâille, se gratte le bas du dos en s'étirant et observe les environs. La mer est calme et scintillante, comme les étoiles cette nuit. Il s'approche du bord et regarde la couleur de l'eau. Opaque, grise, maligne.

- Restons sur nos gardes, déclare-t-il à l'intention de Robin.

L'intéressée soupire.

- Et quand ne le sommes-nous pas ?

- Et bien…

- Ne répond pas à cette question rhétorique, Zoro. Tu as bien dormi ?

Le bretteur ne dit rien et s'approche d'elle pour consulter le Log.

- Tu as le droit de répondre à cette question par contre, Zoro.

- Bien, merci.

- Tu es bien avare en mot… Je t'ai connu plus loquace.

Il hausse les épaules.

- J'ai réfléchit à plusieurs chose, tu sais.

- Par rapport à quoi ? Notre voyage ?

- Entre autre.

Robin se lève et glisse le Log Pos.

- Tu as faim ? demande-t-elle. Je n'ai pas encore pris le temps d'avaler quelque chose aujourd'hui.

- On peut faire quoi ?

- Une soupe avec le bouillon de poisson d'hier.

- J'en pêcherai d'autres pour ce soir. La mer a l'air plus calme, on devrait dénicher quelque chose.

- Je l'espère.

Le silence les rejoint en cuisine. Leurs gestes sont lents, calculés. Ils savent exactement ce qu'ils doivent faire. Ils n'ont même pas besoin de se regarder. Aussi, lorsque Zoro tente un coup d'œil vers sa compagne, l'oignon lui échappe des mains et termine sa course au sol en faisant sursauter l'archéologue. L'incident est anodin. Et la soupe est un régal.

Les heures s'écoulent. Robin garde la barre. Le bretteur se charge de pêcher le dîner. La nuit tombe à nouveau. Zoro prend son tour alors que l'archéologue jure d'aller se coucher une fois qu'elle aura finit son chapitre. La lune est ronde est magnifique. Robin s'est endormie sur son fauteuil, dehors, sous le ciel étoilé. Zoro rentre lui chercher une couverture pour ne pas qu'elle attrape froid. La nuit laisse place à l'aube. Un banc de dauphin réveille l'archéologue. La mer scintille, l'écume blanchit les vaguelettes matinales. L'air est doux et semble se stabiliser. Le soleil se lève dans un halo rougeoyant. Les deux pirates sont fascinés par le spectacle. Ils en ont vu des milliers comme celui-ci. Pourtant, ils ont l'impression de le découvrir pour la première fois.

- C'est toujours aussi beau, souffle Robin. Tu ne trouves pas ?

Ils tournent la tête, leurs regards se croisent.

Et quelque chose se fissure.

Robin le voit bien, son compère n'a plus ce masque perpétuel. Elle distingue des émotions sur son visage éclairé par des rayons matinaux. Elle entrouvre la bouche.

Zoro ferme les yeux. Cela fait déjà bien longtemps qu'il lutte. Sans doute bien avant l'accident. Il inspire profondément, pour retrouver consistance, pour retrouver le Zoro que Robin connait par cœur. Mais lorsque son regard croise celui de l'archéologue, Robin ne reconnait pas le bretteur. C'est un homme inconnu qu'elle a devant elle. C'est un homme perturbé, remué de l'intérieur, rongé par un remord qu'elle ne voit pas. Elle sent les larmes enserrer sa poitrine. Cet homme qu'elle a devant elle est si séduisant… Elle a peur de s'effondrer.

Et quelque chose se fissure.

- Pardon, Robin. Ça fait un moment que j'essaie de résoudre le problème, de le retourner dans tous les sens… Avec notre capitaine, on n'avait jamais vraiment été préparé à ça. On avait autre chose à penser…

Il soupire, souriant en regardant le soleil se lever paresseusement.

- Robin, déclare-t-il en tournant la tête. J'ai bien peur d'avoir de profonds sentiments pour toi.

Zoro sourit et soudain, sans prévenir, il retrouve son masque de neutralité. Robin est surprise. Est-ce la même personne ? Mais le léger sourire sur ses lèvres et la lueur dans son regard ne la trompe pas. C'est bien Roronoa Zoro qui est devant elle. Et c'est lui-même qui vient de parler. Alors, sa déclaration lui revient en mémoire comme une violente gifle.

- Non mais t'es sûr que tu vas bien ? s'exclame-t-elle.

Le masque est fissuré mais pas encore assez pour laisser à découvert ce qui se cache dessous. Et à la crainte d'affronter la réalité, Robin choisit la solution qu'elle a toujours prise : le refus.

- Zoro, ce n'est pas parce qu'on n'est plus que tous les deux qu'il faut te sentir obligé de faire ce genre de déclaration ! Et surtout, ce n'est pas parce qu'on a couché ensemble qu'il faut croire que les sentiments vont avec !

Le bretteur fronce les sourcils. Ces paroles rudes et brusques le dérangent et le blessent légèrement mais il reste de marbre. À l'intérieur, il hurle de rage.

- Je suis sincère, Robin.

- Je ne te crois pas. Tu as encore besoin de sommeil, Zoro.

Elle ferme les yeux et détourne la tête. Elle doit s'éloigner, loin et vite. Elle commence à partir.

- Cesse de fuir !

Zoro gronde. Il attrape l'archéologue par le bras et la force à se retourner. De surprise, Robin ouvre les yeux. Le visage de Zoro n'est qu'à quelques centimètres du sien. Elle sent un indescriptible feu lui dévorer l'estomac et les joues.

- Ok, c'est un peu gros comme situation, déclare posément le bretteur. Deux personnes sur un bateau, seuls au milieu de l'océan, amis de longue date… Je te l'accorde, ça paraît trop gros. Mais je t'assure que je le pense vraiment ! C'est assez inexplicable et tu es la mieux placée pour savoir que je ne sais pas exprimer ce que je ressens mais… Vraiment, je…

Il s'arrête, se gratte l'arrière du crâne, rougissant doucement. Il observe longuement ses orteils aplatis sur le plancher.

- Je… Je suis heureux de partager ce navire et tout ce je vis avec toi, Robin. J'ai véritablement un profond sentiment de bien être lorsque tu es auprès de moi. J'aime ta présence et…

À nouveau, il hésite. Il redresse la tête et plonge son regard dans le bleu azur des saphirs de sa compagne.

- Je souhaite que ce soit réciproque.

Il lui offre un faible sourire. Robin ne répond rien. Elle est trop abasourdie par ce que vient de lui dire le bretteur pour réagir. Quelque chose se fissure, lentement mais sûrement. Comment est-elle censée réagir ? Zoro soupire en observant le soleil bien levé à présent. La chape de brume est toujours là, grandissant à vue d'œil. Le bretteur se dirige vers la barre pour reprendre le navire. Une main le retient par le bras. Zoro ressent la chaleur qui s'en dégage. Cette main est bien réelle. Il se tourne. Robin le retient, une lueur perdue dans le regard.

- Zoro, je… Je ne sais pas quoi te dire. Je suis touchée. Sincèrement. Je…

Ses doigts glissent le long du biceps. Elle soupire en s'accoudant au bastingage.

- Il y a eu de nombreux hommes de passage dans ma vie, bien avant de me mettre au service de notre capitaine. Je n'ai jamais prêté attention à ces hommes. Égoïstes, puissants, parfois violents. Pour moi, les hommes n'avaient rien de bon. Et puis, j'ai croisé notre capitaine.

Elle se met à sourire. Seule l'océan la voit.

- Un drôle de bonhomme, celui là… Et vous tous… Toi, Zoro, et les autres, vous étiez si différents des hommes que j'avais croisés. Si désintéressés, si forts, si butés !

Elle se détourne, s'appuyant à la rambarde pour regarder son compagnon. Elle est en pleine lumière, Zoro ne voit pas son sourire. Il ne distingue que sa silhouette, svelte, gracieuse, délicieusement belle.

- J'ai longtemps cru que vous n'étiez qu'une brochette d'idiot avec un culot monstre et une chance tout aussi proportionnelle.

- Ce n'est pas ce que nous étions ?

- À présent Zoro, j'ai la certitude qu'au moins l'un d'entre eux possède un cœur plein d'humanité et de bons sentiments.

Elle s'approche de lui, à pas lents. Il ne bouge pas d'un pouce, la regardant faire sans oser esquisser le moindre geste. Elle s'arrête à quelques centimètres de lui. Elle sourit doucement, dépose un baiser sur sa joue et murmure :

- Où que tu ailles, je te suivrai. À nous de voir…

Zoro ferme son œil valide et se met à sourire. Il glisse sa main dans la nuque de la jeune femme et attire son visage à lui, embrassant doucement ses lèvres. Il ne répond rien, il ne répondra rien. Il n'a rien à répondre. Naturellement, il reprend la barre. Silencieusement, ils reprennent leurs activités.

Mais la fissure est bien là. Et ils commencent, lentement, à se laisser glisser à l'intérieur.


NdZ Je vous laisse là, vite, vite, vite ! Je retourne au travail. Et je ne vous dis pas à la semaine prochaine parce que je serai en vacances ! Alors, d'ici là, portez-vous bien.

Et pour les reviews, c'est juste dessous :)