Les Caprices du cœur

La haine se nourrit de peur et d'amour


Chapitre 24

Le soir venu, je commençai à ranger quelques unes de mes affaires personnelles pour me préparer à partir dès le lendemain matin.

Il était temps de tourner la page, de tout reprendre à zéro. Barclays m'avait apporté beaucoup. Malheureusement pour moi, les choses avaient mal tourné et je devais me relever pour avancer.

J'attrapai la petite plante en plastique posée près de mon ordinateur pour la ranger elle aussi dans un carton. Au moment où je saisis mon agenda, la porte s'ouvrit à la volée et Edward entra dans mon bureau l'air furibond.

« Tu as complètement perdu la tête ! cria-t-il plus en colère qu'il ne l'avait jamais été.

― Sors d'ici, lui ordonnai-je sans jamais croiser son regard.

― Demetri vient de me dire que tu quittais Barclays demain matin. Est-ce que c'est vrai ? s'enquit-il hors de lui en tournant en rond comme un dingue.

― Oui.

― Tu comptais me le dire un jour ?

― Non » admis-je, ayant espéré pouvoir partir sans un adieu.

Il prit une grande inspiration.

« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? hurla-t-il.

― À ton avis ? l'imitai-je.

― Est-ce que c'est à cause de moi ?

― Tu es très perspicace » terminai-je en attrapant une pile de dossiers pour occuper mes mains.

Il m'arracha les documents des mains et les jeta brusquement par terre sans se soucier des conséquences.

« Il est hors de question que tu abandonnes ce poste à cause de moi !

― Je fais ce que je veux, protestai-je en lui tournant le dos.

― S'il te plaît, regarde-moi » reprit-il plus calmement.

Sa main se posa sur mon épaule et il s'approcha de moi tout doucement. Effrayée de le savoir si près de moi, je fis un pas sur le côté pour réinstaurer une distance convenable entre nous.

« Laisse-moi, lui demandai-je en fixant la pointe de mes chaussures.

― Tu ne peux pas démissionner Bella, me résonna-t-il.

― C'est pourtant la seule solution que j'ai trouvée pour essayer de t'oublier » lui expliquai-je confondue.

Il avala sa salive de travers et ébouriffa ses cheveux en affichant une mine triste.

« Où est-ce que tu comptes aller ? s'enquit-il mal-à-l'aise.

― Ce ne sont pas les banques qui manquent à Londres. »

Il hocha la tête et fourra ses mains dans ses poches pour finalement me dévisager d'un air indéchiffrable. J'eus l'audace de soutenir son regard pendant quelques secondes et mes sentiments revinrent au galop.

« Pars, je t'en prie » le suppliai-je.

À bout de nerfs, il se mordit la lèvre, donna un grand coup de pied dans le mur et jura tout bas.

« Non, je ne partirai pas, me répondit-il finalement.

― S'il te plaît.

― Je ne veux pas que tu quittes Barclays ! s'exclama-t-il d'une voix sèche afin de dissimuler son chagrin.

― Va-t'en, criai-je à bout de nerfs.

― Tu me manques tellement, reprit-il la gorge nouée.

― Arrête, l'implorai-je en me bouchant les oreilles pour ne rien entendre, pour ne pas souffrir. Ne recommence pas pour mieux m'abandonner.

― Je ne dors plus Bella. Je pense à toi jour et nuit, continua-t-il consterné.

― Tu n'as pas le droit de me dire tout ça ! vociférai-je. Je n'ai plus la force d'espérer.

― Et moi je n'ai plus la force de rester loin de toi ! hurla-t-il.

― Peut-être… Mais ce n'est pas assez, rétorquai-je.

― Qu'est-ce que tu attends de moi ?

― Tu le sais très bien.

― Je ne sais plus où j'en suis Bella. Essaie de te mettre à ma place deux minutes ! » s'emporta-t-il.

Il mordit sa lèvre inférieure et ferma les yeux un instant.

« Est-ce que tu sais ce que c'est ? commença-t-il. Est-ce que tu sais quel effet ça fait de se retrouver seul après plusieurs années de relation avec une seule et même personne ? Est-ce que tu sais ce que c'est de se sentir abandonné et de ne plus croire en la vie ? Est-ce que tu sais seulement ce que c'est de vouloir mourir par amour ? » cria-t-il.

Je baissai le regard, il se massa le front pendant quelques secondes.

« Quand j'ai compris que Jane ne reviendrait pas, je me suis juré de ne plus jamais m'engager dans une quelconque relation, reprit-il. Et c'est ce que tu me demandes aujourd'hui, ajouta-t-il plus bas. Tu voudrais que je te dise oui quitte à revivre ce cauchemar ensuite ?

― Je voudrais juste que tu comprennes, lui répondis-je sonnée. Tu n'agis pas mieux qu'elle » claquai-je.

Complètement dévastée, j'attrapai mon sac à main et mon manteau pour m'enfuir en courant sans lui laisser le temps de réagir.

Au volant de ma voiture, mes sanglots redoublèrent. Le trajet jusqu'à mon appartement me parut interminable, ma conduite fut désastreuse et la pluie n'arrangea rien. Une fois garée à ma place habituelle, je sortis de la voiture en vitesse pour filer vers le grand bâtiment rose.

Ce fut à ce moment précis qu'un violent crissement de pneus attira mon attention. À quelques mètres de là, une Volvo argentée se gara sur le trottoir et Edward accourut vers moi. Je voulus lui échapper, il me rattrapa sans peine en enserrant ma main dans la sienne.

« Pars, l'implorai-je en pleurs tandis que l'averse s'abattait violemment sur nous.

― Il n'en est pas question, cria-t-il pour masquer le bruit de l'orage.

― S'il te plaît, insistai-je en me débattant telle une enfant. Tu me fais du mal depuis des mois, ne continue pas.

― Tu penses peut-être que je ne souffre pas ? hurla-t-il en essuyant ses cheveux trempés.

― Pas autant que moi.

― Tu n'en sais rien, rétorqua-t-il sèchement.

― Je…

― J'ai mal depuis le premier jour Bella, me coupa-t-il la gorge nouée. Tous mes principes se sont envolés à la seconde où j'ai posé mes yeux sur toi. »

L'orage gronda une fois de plus, je déglutis difficilement.

« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? m'énervai-je. Que tout est de ma faute ? Que je suis désolée ? »

Il ne chercha même pas à me répondre.

« C'est trop facile, sanglotai-je en frappant son torse pour extérioriser toute ma peine. Tu ne peux pas revenir comme ça et tout avoir. »

Là encore, il resta muet. Au-dessus de nos têtes, le déluge reprit de plus belle. J'essuyai mes joues recouvertes de pluie et de larmes.

« Va-t'en, soufflai-je prête à rentrer chez moi.

― Non, m'arrêta-t-il en agrippant l'ourlet de ma veste pour m'empêcher de partir.

― Je t'en supplie, insistai-je dévastée. Lâche-moi.

― Jamais, protesta-t-il d'un ton déterminé en enserrant ma taille. Je ne veux plus jamais que tu t'éloignes de moi. »

Le temps d'une minute, toute ma colère se dissipa. Nous nous dévisageâmes sans honte, sans crainte ni préjugé. Son regard s'adoucit, le mien aussi.

« Pourquoi est-ce tu fais ça ? lui demandai-je en devinant que ma rédemption était proche.

― J'ai tellement peur. »

Je le regardai décontenancée.

« J'ai tellement peur de tout perdre encore une fois. Jane…

― Je ne suis pas Jane ! Je ne suis pas comme elle, lui crachai-je au visage en tremblant de froid tant la pluie était glaciale.

― Je sais.

― Alors fais-moi confiance » continuai-je le cœur lourd.

Un éclair déchira le ciel. Après quelques secondes de silence, Edward renifla mes cheveux, ma peau. Ses mains se firent plus pressantes dans mon dos. La chaleur de son étreinte me fit du bien. Elle me fit espérer une dernière fois.

« Je t'aime. J'ai besoin de toi » lui déclarai-je à bout de force.

Il renforça notre étau pour me garder au plus près de lui. Sa bouche se rapprocha dangereusement de la mienne et ses prunelles brillèrent d'une lueur nouvelle.

« Et si jamais tu ne veux plus de moi dans trois semaines ? Six mois ? Deux ans ? me demanda-t-il tétanisé. Je ne pourrai pas survivre une deuxième fois. Je ne pourrai pas continuer sans toi.

― Edward…

― Parce que moi je t'aime pour la vie » finit-il.

Mon affolement cessa tout à coup et mon cœur décrocha les étoiles. Ses yeux verts me transpercèrent de part en part, ma respiration devint erratique.

« S'il te plaît, prends soin de moi Bella » me supplia-t-il.

Ma bouche retrouva la sienne sans perdre une seconde de plus, mes mains se baladèrent près de ses épaules. J'enroulai mes jambes autour de son bassin, ses bras me pressèrent fort.

Sans jamais cesser de m'embrasser, il me porta jusqu'à l'intérieur de l'immeuble. Dans l'ascenseur, ses doigts se frayèrent un chemin sous mon tricot et lorsqu'enfin j'eus refermé la porte de mon appartement derrière nous, nos vêtements trempés se volatilisèrent.

Main dans la main, nous regagnâmes ma chambre avec urgence. Nous nous glissâmes dans le lit sans faire de bruit. Edward vint s'installer entre mes jambes, je passai mes bras autour de son cou pour le retenir près de moi. Il plaqua son front contre le mien et caressa mes cheveux humides.

« Tu es tellement belle » chuchota-il en me dévorant du regard.

Je souris. Il déposa un premier baiser sur ma bouche puis un second sur ma joue et ses lèvres chatouillèrent bientôt mon oreille.

Il empauma mon sein avec une tendresse que je ne lui connaissais pas. Son index tourna et retourna autour de mon mamelon pour ensuite glisser le long de mon ventre. Tout doucement, il flatta mon intimité en introduisant deux doigts à l'intérieur de moi.

Ses allers venues me firent perdre pieds et lorsque finalement ma libération fut proche, il arrêta tout pour venir frotter son sexe contre le mien. Avant de me pénétrer comme il en avait l'habitude, il prit mon visage en coupe et inspira profondément pour prendre la parole.

« Laisse-moi te faire l'amour comme un fou. »

Mon cœur fit un saut périlleux, mes ongles s'incrustèrent dans sa peau et ma respiration devint hachée.

« Laisse-moi te dire je t'aime à ma façon, comme je le fais depuis la toute première fois. »

Je déglutis péniblement en frissonnant des pieds à la tête tant l'émotion me submergeait.

« Mais surtout, laisse-moi te montrer à quel point je suis désolé de t'avoir fait du mal » finit-il en effleurant mes lèvres.

Il s'unit à moi avec une douceur étonnante. Je déglutis péniblement en lui soufflant mon amour à l'oreille, il resta stoïque quelques secondes pour savourer pleinement le sensation qui lui était offerte. Les mouvements de son bassin furent d'abord timides puis de plus en plus déterminés.

Il s'appliqua à chérir chaque centimètre carré de ma peau tout en entretenant notre échange. Mes doigts se baladèrent dans son dos et je redécouvris ses courbes que je connaissais si bien.

Sa transpiration se mélangea à la mienne, son souffle m'enveloppa. Je humai sa délicieuse fragrance sans plus pouvoir m'arrêter. Il aspira délicatement ma lippe inférieure puis lécha le bout de mon nez.

La friction de nos corps enlacés ne s'arrêta que lorsque notre jouissance fut venue. Un spasme me traversa brusquement, Edward se mit à trembler subitement. Il serra les poings et j'agrippai moi-même ses épaules assez rudement pour me donner une contenance.

À bout de force, il ferma les yeux et plaqua sa joue contre ma poitrine. Je le serrai fort comme pour m'assurer de sa réalité. Le sommeil nous gagna rapidement et je m'endormis paisiblement dans ses bras.

Au petit matin, le sourire d'Edward illumina mon réveil. Son étreinte me réchauffa le cœur et ses baisers m'étourdirent de par leur sensualité.

« Bonjour, souffla-t-il en promenant son index le long de ma mâchoire.

― Bonjour. »

Il embrassa mon épaule dénudée, mes doigts s'entremêlèrent à sa chevelure désordonnée et nos pieds se retrouvèrent pour faire des câlins.

« Tu as faim ? lui demandai-je un peu plus tard.

― Oui, me répondit-il aussitôt. J'ai faim de toi. »

À ces mots, mon rythme cardiaque reprit de l'allure et mon corps s'enflamma. Edward resserra sa prise autour de moi pour me faire prendre conscience de son propre désir. Cupide, je caressai son torse puis ses fesses que j'affectionnais particulièrement. Je frôlai son érection du bout des doigts pour l'entendre grogner.

Il bécota mes lèvres, mon menton, mon cou. Sa langue sillonna l'arrondi de ma poitrine et glissa jusqu'à mon nombril. Délicatement, il renifla ma peau et déposa sa bouche près de mon pubis.

Tout doucement, il écarta mes cuisses pour observer mon intimité de plus près. Il se rapprocha encore et déposa un baiser entre mes jambes sans une once d'hésitation.

« Edward ? l'appelai-je, surprise de son audace.

― Laisse-moi faire. »

Tout en me regardant droit dans les yeux, il lécha mon sexe une première fois puis s'attarda sur mon clitoris gonflé. Cette délicate attention me procura un plaisir incommensurable.

« Tu aimes ? osa-t-il me demander.

― J'adore.

― Moi aussi. Tu es délicieuse. »

Il repartit à l'assaut de mon intimité sans attendre et redoubla d'efforts pour me satisfaire. Je me cambrai, il aspira toujours plus fort. Mes gémissements amplifièrent et j'explosai littéralement quelques minutes plus tard en agrippant violemment le drap qui nous recouvrait.

« Je te fais de l'effet, remarqua-t-il en me serrant dans ses bras.

― Prétentieux.

― Moi ? Jamais.

― Voyons si je peux faire aussi bien que toi. »

Sans lui laisser de temps de réagir, je l'obligeai à s'allonger sur le dos pour venir m'agenouiller entre ses jambes. Il me regarda faire stupéfait et plus que jamais impatient.

Son phallus se retrouva bien vite dans ma main gauche et je fis tout mon possible pour lui faire du bien. Après lui avoir fait un clin d'œil séducteur, je me penchai en avant pour embrasser son fruit défendu. Il se mordit la joue et passa ses doigts dans mes cheveux pour me transmettre toute son affection.

Comme s'il s'agissait du plus précieux des trésors, j'idolâtrai sa verge fièrement dressée. Ma langue glissa de bas en haut, tourna et retourna. Je l'avalai entièrement pour parfaire le tout.

« Arrête, je vais venir » me prévint-il lorsque sa délivrance fut proche.

Je ne me préoccupai pas de son avertissement, n'ayant aucune gêne à avaler sa semence.

« Bella ? »

Quelques allers retours plus tard, il jouit dans ma bouche en jurant tout bas. De mon côté, j'aspirai son doux nectar sans en perdre une goutte.

Je m'allongeai sur lui de tout mon long en nichant mon visage au creux de son cou. Il enroula ses bras autour de ma taille et caressa mon oreille avec le bout de son nez.

Nous restâmes collés l'un à l'autre pendant longtemps. Lorsque finalement nos ventres se mirent à grogner, nous bondîmes hors du lit. J'enfilai ma culotte qui traînait par terre puis la chemise d'Edward roulée en boule dans un coin. Il remit son boxer et me suivit jusqu'à la cuisine où nous préparâmes un petit déjeuner de roi.

Entre deux tartines, je bus un grand verre de jus d'orange pour étancher ma soif. N'ayant pas dîner la veille au soir à cause de nos retrouvailles, nous dévorâmes tout ce qui se trouvait sur la table pour n'y laisser que de la vaisselle sale.

Lorsque j'eus débarrassé le couvert, Edward m'attrapa par la taille pour me faire asseoir sur ses genoux. Tout doucement, il promena son visage près de mon épaule et inspira profondément.

« Et maintenant ? » s'enquit-il un peu perdu.

Je le regardai circonspecte, attendant une quelconque explication.

« Je ne sais plus ce qu'est la vie de couple, me précisa-t-il ensuite.

― Ne t'en fais pas pour ça, le rassurai-je.

― J'ai perdu l'habitude d'aimer.

― Et moi alors ?

― J'ai peur de tout faire de travers » conclut-il.

Ma main balaya sa chevelure broussailleuse et je me penchai vers lui pour plaquer mon front contre le sien.

« Je te fais confiance, soufflai-je rassurante.

― Bella, promets-moi d'être patiente, insista-t-il. J'ai besoin de temps pour me réhabituer à tout ça. J'ai vraiment besoin de temps, répéta-t-il.

― D'accord. »

Il déposa un chaste baiser sur ma joue avant de me repousser gentiment pour se relever.

« Viens, j'ai quelques chose à te rendre. »

Il m'entraîna jusque dans la chambre où il attrapa son pantalon qui traînait par terre depuis la veille au soir.

« Qu'est-ce que tu fais ? »

Il fouilla dans l'une des poches puis finit par récupérer son butin qui n'était autre que la gourmette que je lui avais rendue quelques jours plus tôt. Il s'empara de mon poignet et replaça le bijoux à sa place en faisant preuve de minutie.

« Je l'ai toujours gardée sur moi » reprit-il en désignant la gourmette du doigt.

Mon cœur se serra au souvenir de notre séparation. Déstabilisée, je me jetai dans ses bras pour retrouver le soutien dont j'avais tant besoin. Il me serra fort, très fort.

« Ne bouge pas » ajoutai-je une fois remise de mes émotions.

Je me dépêchai de regagner l'angle de la pièce pour ouvrir le premier tiroir de ma commode. Je saisis la petite boîte à bijoux cachée sous une pile de draps pour récupérer moi aussi le présent que je lui avais offert pour ses vingt-sept ans.

« C'est mieux comme ça, dis-je en attachant la gourmette autour de son poignet. Et ne t'avise plus jamais de me la rendre, le prévins-je d'un air sévère.

― Toi non plus, renchérit-il. Je ne te laisserai pas faire une seconde fois. »

Nous échangeâmes un regard noir qui nous caractérisait si bien. Et étrangement, tout notre amour étincelait à travers ce regard. Un amour passionnel, empli de désir, de lutte, de haine et même un peu de jalousie.

« Approche-toi » m'ordonna-t-il en plaçant une main sur ma taille.

Je fis un pas vers lui, il me plaqua violemment contre son torse nu. L'instant d'après, sa bouche s'écrasa sur la mienne et il força la barrière de mes dents pour m'embrasser à en perdre haleine. Entre deux baisers, j'osai regarder ma montre pour constater qu'il était plus de neuf heures et demie.

« Edward ! criai-je tout à coup. Tu as vu l'heure !

― S'il te plaît, tais-toi, me répondit-il en déposant ses lèvres un peu partout sur moi.

― Il est bientôt dix heures.

― Et alors ?

― Il est plus que temps d'aller au travail » paniquai-je en filant droit vers la salle de bains.

Il me rejoignit et attrapa mes deux bras pour m'empêcher de bouger.

« Pas de travail aujourd'hui.

― Quoi ? Tu es fou. Je dois dire à Monsieur Banner que ma démission ne tient plus. »

Il souffla.

« J'avais oublié cet infime détail.

― Dépêchons-nous. »

Je retirai sa chemise puis ma culotte et sautai dans la baignoire en allumant le robinet d'eau chaude. Edward ne bougea pas mais se racla la gorge bruyamment.

« Tu viens ? lui demandai-je en l'incitant à me rejoindre.

― Bien sûr » me répondit-il après avoir retrouvé ses esprits.

Il se débarrassa de son boxer, son sexe érigé attira tout de suite mon attention et ma gorge s'assécha immédiatement. Une fois sous la douche, il m'arracha le savon des mains et se frotta le corps énergiquement en faisant tout son possible pour ne pas poser ses yeux sur moi. Je le regardai faire interdite avant de lui tourner le dos afin de ne pas fondre comme neige au soleil.

Après m'être rincée à la va vite, je sortis de la baignoire et me séchai grossièrement. De retour dans ma chambre, je m'habillai en vitesse. Edward renfila ses vêtements qui traînaient par terre depuis la veille au soir.

Je claquai la porte de mon studio derrière nous quelques minutes plus tard. Arrivés au pied de l'immeuble, je courus en direction de ma voiture, prête à mettre le turbo.

« Où est-ce que tu comptes aller ? m'arrêta Edward.

― Je…

― Tu montes avec moi. »

Sans me laisser l'occasion de négocier, il m'obligea à le suivre. Nous arrivâmes à Barclays avec beaucoup de retard.

Une fois au deuxième étage, Edward m'embrassa langoureusement puis sortit de l'ascenseur. Je m'arrêtai au niveau supérieur pour aller voir Monsieur Banner.

« Bonjour, le saluai-je en entrant dans son bureau.

― Je suppose que vous venez signer votre contrat de démission, me dit-il d'un air désolé.

― En réalité, je viens vous annoncer que je ne veux plus partir. »

Il m'interrogea du regard, surpris par ma décision.

« Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

― Mon entourage, lui répondis-je mal-à-l'aise.

― C'est une bonne chose. Je suis très content de vous garder avec nous.

― Je suis désolée de vous avoir fait perdre votre temps inutilement.

― À l'avenir, réfléchissez bien avant de prendre une telle décision.

― Je ne referai plus la même erreur, lui assurai-je.

― Je me charge de prévenir Monsieur Volturi du retournement de situation.

― Merci. »

Je conversai avec mon patron quelques secondes de plus avant de regagner mon bureau. Je posai mon sac par terre et allumai mon ordinateur comme j'en avais l'habitude.

« Qu'est-ce qu'il t'a dit ? me demanda Edward après m'avoir rejointe.

― Rien de bien méchant. Il est plutôt content que je reste.

― Pas autant que moi. »

Il enroula ses bras autour de moi et se pencha en avant pour déposer ses lèvres sur les miennes. Notre baiser s'éternisa, nos langues se livrèrent une bataille infernale.

« Nous ferions mieux de nous mettre au travail, suggéra-t-il en mettant un terme à notre échange.

― Oui, tu as raison » conclus-je à bout de souffle.

« Donc tu sors avec Edward ? me demanda Alice à qui je venais de raconter toute mon histoire.

― Oui.

― Pour de bon cette fois-ci ?

― Oui.

― Je suis tellement contente pour toi, se réjouit-elle en tapant des mains.

― Merci. »

Nous entrâmes à l'intérieur d'une boutique de chaussures, une vendeuse vint immédiatement nous accueillir pour nous faire découvrir les nouveautés de la collection printemps.

« Et toi ? Comment ça se passe avec Jasper ?

― C'est le paradis, rêvassa-t-elle.

― Qui a gagné pour la couleur des murs ? » repris-je.

Lorsque je les avais aidés à déménager quelques semaines plus tôt, j'avais assisté à une dispute des plus comiques. Jasper voulait repeindre la chambre en bleu, Alice préférait le vert clair.

« Ni lui ni moi. Nous l'avons repeinte en violet.

― En violet ?

― Oui, en violet. »

J'acquiesçai avant d'exploser de rire face à sa mine dépitée.

« Tu riras moins quand Edward voudra acheter un lit en bambou et pas toi ! s'exclama-t-elle.

― Pourquoi en bambou ? lui demandai-je étonnée en retirant moi aussi mes chaussures pour enfiler de beaux talons hauts.

― C'est la nouvelle mode, m'apprit-elle.

― Du moment que le lit est suffisamment costaud… » éludai-je.

Elle se mit à rire à son tour, notre hilarité alerta la vendeuse qui revint vers nous pour nous conseiller. Après avoir payé nos achats, nous sortîmes du magasin et notre après-midi shopping s'acheva dans la bonne humeur.

De retour chez moi, je m'affalai dans le canapé et allumai la télévision même si je n'avais que faire de ce qui défilait sous mes yeux. Je regardai ma montre : Edward n'allait pas tarder. Et comme par hasard, la sonnette retentit au même moment. Après avoir ouvert la porte d'entrée, je fus éblouie par le plus beau des sourires.

« Je t'attendais » dis-je à Edward en l'enlaçant sans perdre une seconde.

Il m'étreignit en retour et m'embrassa avec urgence.

« Tu avais dit cinq heures, me voilà.

― Je viens juste de rentrer.

― Qu'est-ce que tu as acheté ? s'enquit-il en me suivant jusque dans le salon.

― Des chaussures, un pantalon, commençai-je en attrapant un à un les sacs posés par terre. Du maquillage et des sous-vêtements, terminai-je en m'empourprant légèrement.

― Des sous-vêtements ? releva-t-il.

― Oui.

― Tu me montres ? »

Après une certaine hésitation, j'ouvris le sac concerné pour en sortir un premier soutien-gorge transparent.

« Charmant » remarqua-t-il en attrapant le bout de tissu dans sa paume.

Il le tourna dans tous les sens pour finalement lire l'étiquette attentivement.

« Qu'est-ce que tu cherches ?

― 90C ? J'aurais dit plus, continua-t-il en empaumant mon sein.

― Arrête, ris-je en brandissant le string assorti sous ses yeux.

― Transparent aussi ?

― Oui forcément. »

Il se pencha vers moi, déposa un tendre baiser sur mon épaule puis farfouilla lui-même à l'intérieur du sac.

« Qu'est-ce que c'est ? reprit-il en dépliant un bout de dentelle bien différent des autres.

― C'est un porte-jarretelles. »

Il avala sa salive bruyamment et me dévisage d'un air sévère.

« Tu veux me rendre fou ?

― Possible, mais pas ce soir.

― Pourquoi ? reprit-il dépité.

― Je te rappelle que j'ai mes règles, le prévins-je.

― Encore ? grimaça-t-il déçu.

― Ça ne fait que trois jours.

― Trois jours de trop.

― Trois jours de repos, le corrigeai-je.

― Je t'épuise en temps ordinaire ? me questionna-t-il intéressé.

― Tu aimerais que je te dise oui ?

― Ça flatterait mon ego.

― Alors non.

― Petite peste. »

Il m'emprisonna dans l'étau de ses bras et déposa ses lèvres à la base de mon cou. Sa langue chatouilla ma carotide, ses mains s'immiscèrent sous mon pull. Il fourra son nez dans mes cheveux et inspira profondément. Ma respiration s'emballa lorsqu'il pressa son érection contre moi.

« Vivement la semaine prochaine » souffla-t-il contre ma peau.

J'acquiesçai sans rien dire, tout aussi frustrée que lui.

« Reviens, ajouta-t-il tout bas en replaçant une mèche de cheveux derrière mon oreille.

― Quoi ?

― Reviens habiter chez moi, reprit-t-il. Définitivement cette fois-ci, me précisa-t-il ensuite tout en me dévisageant impoliment.

― Définitivement ?

― Résilie ton bail, rends les clefs au propriétaire » continua-t-il en avalant bruyamment sa salive.

Je lui offris un sourire crispé.

« Je croyais que tu avais besoin de temps ?

― J'en ai toujours besoin, hésita-t-il. Mais mon appartement me parait tellement vide depuis que tu es partie…

― Je ne sais pas Edward, admis-je gênée, ayant pensé lui présenter ma famille avant pour faire les choses bien.

― Tu ne veux pas revenir ?

― Si, j'en ai très envie.

― Alors pourquoi est-ce que tu n'acceptes pas tout simplement ? Tu as déjà habité chez moi, ce n'est pas comme si…

― Mais à cette époque-là je n'étais pas ta petite amie ! le coupai-je brusquement. Et tu ne m'avais pas non plus demandé d'abandonner mon appartement.

― Qu'est-ce que ça change ? s'énerva-t-il.

― Ça change tout ! Il ne s'agit plus seulement d'un pari mais de nos vies, lui fis-je remarquer. Et moi aussi j'ai besoin de temps. J'ai besoin de faire les choses dans l'ordre.

― Éclaire-moi.

― Tes parents me connaissent depuis des mois alors que tu ne sais même pas comment s'appellent les miens.

― Renée et Charlie, me rectifia-t-il.

― Quoi ?

― Ta mère s'appelle Renée, ton père Charlie.

― Là n'est pas le problème ! pestai-je en réalisant qu'il en savait plus ce que je pensais. Tu n'a jamais mis les pieds à Liverpool, je suis allée chez tes parents des milliers de fois, continuai-je. Et le pire de tout, c'est que Charlie et Renée ne savent même pas que j'ai un petit ami !

― Mes parents non plus ne savent pas que tu es ma petite amie, me fit-il remarquer. Je n'ai pas vraiment eu le temps de leur parler ces derniers jours.

― Mais au moins Esmée et Carlisle connaissent mon existence » conclus-je dépitée, ayant l'impression d'être la seule à faire des concessions.

Je m'assis sur le canapé en croisant les bras, boudeuse.

« Bella écoute-moi, me résonna-t-il en venant s'agenouiller entre mes jambes.

― Non, c'est toujours moi qui t'écoute, le contrai-je. Je sais très bien que tu veux attendre, inutile de me le répéter une énième fois.

― Dommage pour toi, j'allais te proposer d'aller à Liverpool le week-end prochain. »

Il se releva d'un bon et fila vers la salle de bains à toute allure.

« Quoi ? Attends, reviens ! »

Pressée de le rattraper, je me relevai un peu trop vite et me pris les pieds dans les sacs en plastique posés au sol. Je m'affalai par terre de tout mon long, un bruit sourd résonna dans la pièce.

« Bella ? revint Edward affolé. Ça va ?

― Je crois que oui » maugréai-je, le visage plaqué contre le carrelage froid.

Il m'aida à me relever, j'enroulai automatiquement mes bras autour de lui pour retrouver la chaleur de son corps. Après s'être aperçu que je n'avais rien, il éclata de rire.

« Tu te moques de moi ? plaisantai-je en me massant la tête.

― Carrément.

― Et dire que je suis tombée à cause de toi.

― Si tu le dis.

― Tu veux vraiment aller à Liverpool le week-end prochain ? repris-je un peu confuse en mettant de côté mon mal de crâne.

― Pas toi ?

― Si bien sûr.

― Alors où est le problème ?

― Il n'y a pas de problème ! » m'exclamai-je avec joie.

Il renforça notre étau et caressa mon épaule du bout des doigts.

« Au fait.

― Oui ?

― J'ai quelques conditions à ajouter, me précisa-t-il.

― Lesquelles ?

― La première : on prend ma voiture et c'est moi qui conduit jusqu'à Liverpool.

― Mais tu ne connais même pas la route ! me rebiffai-je.

― Tu me guideras.

― Edward, tu…

― Deuxième condition : tu appelles le propriétaire de ton appartement la semaine prochaine pour lui demander d'engager la procédure de résiliation du bail.

― Tu me fais du chantage ?

― Exactement. »

Je lui donnai un toute petite gifle pour lui remettre les idées en place. Puis, sans lui laisser l'opportunité de protester, je plaquai ma bouche sur la sienne.

« J'ai tout de même du mal à comprendre certaines choses, lui dis-je après avoir mis un terme à notre échange.

― Dis-moi.

― Quand tu dis avoir besoin de temps, de quoi est-ce que tu parles exactement ? » m'enquis-je avec curiosité.

Son air devint plus grave, il plongea son visage dans mon cou.

« Je parle de mariage et de bébés, Bella » chuchota-t-il mal-à-l'aise.

Je restai bouche-bée, ne sachant plus que dire ni que faire. Dans ma poitrine, mon cœur fit un triple saut périlleux.

« J'ai vraiment besoin de temps pour ça » ajouta-t-il face à mon mutisme.

Embarrassée, j'enfouis moi aussi ma tête au creux de son cou.

« Je comprends, soufflai-je après mûre réflexion. Et de toutes façons, je ne suis pas pressée pour ces choses-là, le rassurai-je en mentant légèrement.

― Tu l'es toujours plus que moi.

― J'attendrai. »