Bonjour à tous !

Non je ne me suis pas faite dévorée vivante par une horde de suricates radioactifs, je n'ai même pas l'excuse de travailler trop, ni de ne plus avoir d'inspiration ni rien de tout ça. Je suis juste passée maître dans l'art de la procrastination. C'est mal, je sais, j'ai honte, mais pour me faire pardonner voici un nouveau chapitre tout frais (pas si frais que ça en fait^^) accompagné de toutes les réponses aux reviews.

C'est parti !

L'ange du temps: Merci tout plein ! Ca fait toujours extrêmement plaisir d'avoir de nouvelles personnes qui se passionnent pour cette fiction, même plus d'un an après le tout premier chapitre. Et qui en plus prennent le temps de laisser un petit mot :)

Effectivement, j'essaie de renouveler un peu les Daryl/Oc qui, a de rares exceptions près, ont toujours la même construction, les mêmes relations, les mêmes personnages et plus j'avance dans le récit, plus j'essaie de me démarquer.

CathouxXx: 4 piges, 4 piges... Combien ça fait pour moi alors ? 1 million ?:)

Ahaha, le Beth/Hal est un de mes couples préférés :) Du genre complètement surréaliste mais pourtant assez logique. La Beth de cette fiction ne s'est pas aussi bien construite que dans la série. A peine sortie de son cocon à la ferme qu'elle perd son père et se retrouve seule et livrée à elle-même. Elle n'a ps choisis Hal par provocation ou pour faire enrager sa soeur, elle l'a choisis parce qu'elle en avait besoin. Il lui apporte la sécurité que son père qui apportait autrefois, un soutien, et c'est ça que Maggie comprend et qui fait qu'elle ne peut pas être en colère. *

Eheh ouais ! L'homme parfait je dis moi :) Et c'est pas fini :)

Peut être que pour une fois je ne ferais pas la sadique et que tous s'en sortiront indemnes, qu'ils feront une super fête avec les rôdeurs et tout est bien qui finit bien...Ouais, je sais, personne ne me croit.

Je voulais justement insister sur ce côté là. Parce que finalement, entre Kat et Daryl ça a toujours été ou tout blanc, ou tout noir, sans une seule teinte entre les deux. Alors il était finalement logique que lorsqu'ils acceptent finalement leur attirance l'un pour l'autre, ils ne puissent pas la refréner.

Sephora4: Encore une nouvelle lectrice ! Merci beaucoup pour cette review ! Et merci pour ce compliment, parce que respecter les personnages existants dans la série est je trouve un challenge à lui tout seul, et je suis ravie que ceux qui me lisent les reconnaissent.

Tit-loup: Merci :) Ahah, s'il n'y a pas de fautes, c'est pas grâce à moi mais plutôt à ma béta de choc :) Donc merci pour elle !

Voilà voilà !

Je ne vous embête pas plus longtemps, et je vous laisse lire :)


Chapitre 25

Rick échangea un regard inquiet avec Carol. Il serra les lèvres, retenant une énième question, et à la place, comprima un peu plus la main de Lori dans la sienne.

La femme enceinte était allongée sur un matelas, dans un coin de la salle commune. Rick avait placé des coussins dans son dos, de façon à ce qu'elle soit légèrement surélevée et qu'elle puisse voir autour d'elle. Kat avait aussi dit que cette position était préférable pour elle, qu'elle lui permettrait de supporter au mieux les douleurs ventrales. A ses côtés, Rick était accroupi et lui tenait la main, l'incitant au calme, tandis que Carl, un gant trempé dans la main, humidifiait à intervalles réguliers son front en sueur. Rik n'était pas sûr que cela puisse aider sa femme, mais Carl avait l'impression de se sentir utile, et c'était suffisant pour son père. Enfin, Carol était placée aux pieds de Lori, une main entre les jambes de la femme, cachée par une ample chemise de nuit bricolée plus tôt par la veuve. Lori ferma les yeux un bref instant et serra la main de Rick à lui en faire mal. Le chef retint un gémissement, tout autant face à la détresse de sa femme que face à sa propre douleur.

-Une autre contraction ? interrogea doucement Carol, relevant un instant la tête de son entreprise.

Lori hocha la tête, ne rouvrant les yeux que quelques longues secondes plus tard.

-Ça va, assura-t-elle une fois de plus à son mari, qui devenait, à chaque contraction encore plus livide.

Lori avait ressenti sa première contraction plus d'un quart d'heure auparavant, alors que les autres membres du groupe venaient de partir. Elle avait brusquement porté sa main à son ventre, avait retenu un gémissement de douleur, et Rick avait su que quelque chose n'allait pas. Il avait été encore plus alarmé lorsque Carol lui avait appris qu'il s'agissait d'une contraction. Celles-là étaient bien différentes de celles qui avaient secoué Lori durant la grossesse de Carl. A cette époque, elle n'avait souffert que de contractions dorsales, elle avait eu incroyablement mal au dos à chacune de ces contractions, mais pas une seule fois elle n'avait ressenti de douleur dans l'estomac. C'était la première fois.

Heureusement, Carol avait été là, elle avait pris en charge Lori, lui avait appris comment se détendre pour faire passer ces contractions. Il fallait les faire passer. Si Rick avait bien compris une chose sur tout ce que Kat lui avait dit sur la grossesse problématique de Lori, c'était qu'il fallait éviter les contractions, et ce à tout prix. Kat lui avait longuement expliqué comment les contractions étaient le signe que le travail était sur le point de commencer, elle lui avait expliqué qu'au stade de la grossesse de Lori, ni elle ni le bébé n'étaient prêts pour un accouchement. Cela ferait du bébé un grand prématuré, et il n'y avait aucun moyen qu'il puisse survivre ainsi. Sans compter que la vie même de Lori était en jeu.

Aussi, lorsque Lori s'était plaint de sa première contraction, Carol l'avait aussitôt enjoint au calme tandis qu'elle avait envoyé Rick lui ramener des serviettes propres et des gants chirurgicaux. Heureusement pour eux, Kat en laissait toujours une ou deux paires dans la salle commune, au cas où. Carol avait placé Lori sur le matelas, lui avait fait faire des exercices de relaxation et avait contrôlé l'avancement des contractions, tout cela sous les yeux terrifiés de Rick.

-Alors ? demanda enfin celui-ci, incapable de se retenir plus longtemps.

Carol n'avait rien dit depuis qu'elle avait commencé son inspection, et Rick sentait qu'il ne pouvait pas en supporter d'avantage.

-Je crois que c'est une fausse alerte, annonça enfin Carol, et Rick eut l'impression qu'il put à nouveau respirer, après de longues minutes sous l'eau. Son col n'est pas dilaté, elle n'a pas perdu les eaux, et…c'est bien tout ce que je peux te dire. Je ne suis pas médecin.

-Mais tout va bien, hein ? demanda encore une fois Rick.

-Je pense. J'espère.

Le dernier mot n'était pour rassurer Rick, mais avant qu'il n'ait pu objecter quoi que ce soit, la porte de la salle s'ouvrit en grand, juste avant qu'un rôdeur s'effondre sur le sol devant eux, le front transpercé. Quelqu'un s'avança dans la salle et après un moment d'hésitation, Rick reconnut Andrea, rapidement rejointe par T-Dog. Il se leva aussitôt, délaissant la main de sa femme. Il jeta un regard inquiet aux deux nouveaux arrivants, remarquant qu'ils étaient seuls. Deux. Sur les dix personnes qui avaient quitté la salle commune. Le chef sentit aussitôt son cœur s'accélérer. A voir le regard impassible d'Andrea et celui, plus expressif, trop expressif de T-Dog, Rick sut que ce qui allait être dit ne lui plairait pas. Il n'eut rien à demander, puisque T-Dog déclara rapidement :

-Rick, on doit….

Puis il se stoppa. Regardant quelque chose derrière l'épaule de Rick. Machinalement, Rick suivit son regard. T-Dog fixait Lori, sur le matelas, l'air aussi cadavérique qu'un de ces rôdeurs. L'étau autour du cœur de Rick se resserra davantage. Il pouvait lire sa propre inquiétude sur les traits de l'homme. A la manière d'un miroir.

-Comment va-t-elle ? articula doucement T-Dog, alors qu'Andrea se déplaçait à grands pas vers leurs cellules.

Rick baissa brièvement la tête, et répondit, ne pouvant soutenir le regard de T-Dog.

-Ca va. Elle a eu des contractions. D'après Carol, c'est passé maintenant.

T-Dog acquiesça, un millième de seconde avant qu'il n'enchaîne :

-On a été envahis.

-Je sais, on les a vus passer les grillages…

-Non, je veux dire, il y en a partout Rick. Les deux autres bâtiments sont tombés, on a eu à peine le temps de s'enfuir de l'infirmerie avant de se faire bouffer. C'est pareil dans le bâtiment administratif. Et…ils ont réussi à pénétrer dans ce bâtiment. On en a croisé une pleine horde dans la partie sud.

Rick ne sembla pas réaliser ce que disait T-Dog. Il ne semblait même pas là. Il échangea un regard avec Lori, qui peinait à garder les yeux ouverts et demanda soudainement :

-T'as ramené le nécessaire médical pour Lori ?

T-Dog écarquilla les yeux, pas sûr de comment il fallait le prendre. Il venait tout juste d'apprendre à Rick que la situation était critique, qu'ils risquaient de tous y passer s'ils restaient là plus longtemps, et Rick demandait après des médicaments ? Il jeta un regard interrogateur à Carol, comme pour avoir plus de renseignements. A ses yeux, il fallait que Lori soit sur son lit de mort pour que Rick agisse ainsi…Autrement, il serait déjà en train de ramasser les affaires de tout le monde pour foutre le camp d'ici. Mais le visage de Carol était tout aussi surpris que le sien, elle ne comprenait pas non plus la réaction de Rick. Ils avaient tous connu Rick dans les pires situations, à devoir faire des choix cornéliens pour sauver le groupe, et toujours Rick avait su répondre avec aplomb, endossant sans mal le rôle de chef, pensant au groupe avant de penser à lui. Mais cette fois, Rick semblait…dépassé. Ce fut le seul mot qui vint à l'esprit de T-Dog et il se maudit pour avoir pu penser cela. Pourtant, il avait raison, Rick n'était plus en phase avec la situation, incapable de s'en sortir. Aussi T-Dog répondit, tentant de rendre sa voix aussi posée que possible :

-Oui, il est dans une des voitures.

Pour la première fois, il put voir que ce qu'il venait de dire avait choqué le chef. Celui-ci rétorqua alors, l'interrogation s'entendant dans sa voix :

-Comment ça dans les voitures ? Mais c'est ici qu'on en a besoin !

T-Dog regarda l'ancien policier comme s'il avait perdu l'esprit. N'avait-il donc rien écouté de tout ce qu'il venait de dire ?

-Rick…On peut pas rester ici. Il y a trop de rôdeurs.

Il avait l'impression d'expliquer la situation à un enfant, et cela contrastait tellement avec la figure d'autorité que Rick incarnait, même après avoir perdu son rôle de shérif. Rick avait été leur chef, pendant si longtemps, il avait été la personne vers qui tous se tournaient et tout à coup il était juste…un autre survivant perdu. Pensant faire le bon choix, n'arrivant pas à voir qu'il partait dans la mauvaise direction.

-Qu'est-ce que tu racontes ? s'insurgea Rick, regardant brièvement sa femme derrière lui. On s'est battu pour cette prison, on va pas partir alors qu'on a enfin réussi à en faire notre maison.

T-Dog ouvrit la bouche, la referma, avant de jeter un regard à Lori derrière Rick. Elle avait un visage préoccupé, alors qu'elle l'observait, et l'homme pouvait voir qu'un véritable dilemme l'accablait.

-Ce n'est pas notre maison Rick. Ce n'est plus notre maison. Ecoute…je sais que cet endroit est important, d'accord mais...regarde la vérité en face Rick. On est submergé. On ne sait pas jusqu'où s'étend cette horde, ni combien d'autres de ces saloperies vont venir jusqu'ici. T'es vraiment prêt à risquer la vie de tout le monde pour le découvrir ? Ce n'est qu'un endroit Rick.

L'expression de douleur qui s'inscrivit sur le visage de Rick brisa le cœur de T-Dog. Il comprit qu'il avait eu tort. Ce n'était pas juste un endroit pour Rick. C'était plus que ça. Tellement plus. C'était leur maison. C'était leur havre de paix, un endroit où chacun avait enfin eu la possibilité de commencer à se reconstruire, lentement, mais surement. Retrouver un peu de leur vie d'avant. Retrouver la joie de vivre. Rick et sa femme s'étaient rapprochés durant leur séjour, soudés par les difficultés et la grossesse de Lori. Carl avait commencé à retrouver son âme d'enfant, Carol se remettait enfin de la mort de sa fille, acceptant d'en parler, pour la toute première fois depuis qu'elle l'avait perdu. Tous revivaient ici, cet endroit était un véritable rempart contre ce monde, T-Dog en était conscient.

Mais il savait aussi qu'il fallait partir. Mieux valait une profonde déception qu'une mort affreuse. Alors, et malgré tout ce qu'il aurait aimé dire à son chef, de garder espoir, de rester, il choisit de se taire et d'observer la lutte intérieur que semblait se mener Rick. Celui-ci finit par répondre, la voix tremblante :

-On…on peut pas partir. Lori est…

-On le doit.

Rick tourna la tête vers sa femme, qui venait de parler. Il écarquilla lentement les yeux, peinant à croire ce qu'il entendait.

-Quoi ? interrogea-t-il.

-T-Dog a raison. C'est trop dangereux ici. On doit partir. Et, devant l'air inquiet qu'arborait son mari, elle sourit faiblement et ajouta : Tout va bien se passer. Je te le promets.

L'un comme l'autre savait que cette promesse n'avait aucun sens. Aucun des deux ne pouvait être sûr de ce qui allait se passer. Pourtant, l'un comme l'autre choisirent d'y croire. Une sorte de foi.

Alors Rick hocha la tête. Comme s'il n'avait attendu que l'assentiment de sa femme. Il tourna la tête vers T-Dog et renouvela son geste. Auquel T-Dog répondit. Tout était dit.


-Putain de merde !

Alicia retira son arme du rôdeur qui avait essayé de l'atteindre, et, se retournant aussitôt, accueillit le prochain en lui plongeant sa machette dans le cou. Celui-ci continua de se débattre, bougeant des bras dans le but de l'attraper. Alicia gémit et tenta de récupérer sa lame, coincée dans la chair putride de la créature, fouillant déjà les alentours à la recherche d'une solution. Mais le rôdeur continuait de se presser contre elle, s'ouvrant davantage la nuque au fur et à mesure qu'il s'empalait sur l'arme. Alicia se sentait tomber en arrière, avant d'être brusquement saisie par les aisselles et relevée aussitôt. Devant elle, le rôdeur tressauta et elle vit, trop tard, le tranchant d'une hache sortir de son front. La créature s'effondra, entrainant avec elle la machette d'Alicia, et elle souffla de soulagement.

-Ça va ? entendit-elle derrière son dos et elle répondit machinalement que oui, elle allait bien, avant d'être brutalement remise sur pied et laissée là. Elle pivota, ayant tout juste le temps d'apercevoir le dos massif de Steve avant qu'il ne fonde sur un autre rôdeur, l'accueillant d'un coup dans la tête. Alicia souffla une nouvelle fois et jeta un coup d'œil à Adam, à quelques pas d'elle, se battant lui aussi avec un rôdeur. Elle le vit pousser du plat de la main son ennemi, en profitant pour assener un coup fatal à celui qui arrivait derrière lui. Il eut à peine le temps de se retourner pour achever le premier, soufflant à peine avant de s'occuper des prochains.

Alicia détourna la tête. Ne sachant quoi penser. Adam avait toujours été là pour elle et pour Kat, lorsqu'ils étaient sur la route. Il n'avait jamais hésité avant de mettre sa vie en jeu pour les aider, elles ou les autres. Il avait toujours été courageux, enfin, aussi courageux que puisse l'être quelqu'un qui n'avait jamais été confronté à ce genre de situation avant. Et Alicia avait cru, peut-être bien naïvement qu'il aurait été le premier à se porter volontaire pour retourner à la prison et sauver la femme de sa vie. Kat.

Alicia s'était attendue à ce qu'il devienne cinglé à l'idée de la laisser là-bas, qu'il n'hésiterait même pas avant de sauter du véhicule en marche pour rejoindre celle qu'il aimait. A la grande surprise d'Alicia, tout l'inverse s'était produit. Sur les cinq membres du groupe, seul lui avait osé exprimer son désaccord. Alicia ne s'était clairement pas attendue à ça. Et cette décision la perturbait bien plus qu'elle ne l'aurait avoué. Adam était bien plus différent d'elle que ce qu'elle avait pensé. Elle n'avait jamais pensé qu'il agirait de cette manière et c'était pourtant ce qu'il avait fait.

Alicia ne pouvait pas imaginer qu'elle ait pu se tromper autant sur le compte de l'homme. Etait-il vraiment à ce point égoïste ? L'avait-elle placé depuis le début sur un piédestal ? Le cataloguant au rang des personnes sur lesquelles elle pouvait compter ? Etait-ce parce qu'elle était tombée amoureuse de lui à la seconde où elle l'avait vu qu'elle le glorifiait ainsi, ou plutôt l'inverse ? Le glorifiait-elle ainsi parce qu'elle était amoureuse de lui, et qu'il ne pouvait être que parfait ? Peut-être que leur nuit avait été la réalisation dont elle avait eu besoin pour ouvrir les yeux et comprendre enfin qui il était. Elle serra sa machette entre ses doigts, essayant de faire partir de son esprit la pensée désagréable. A la place, elle s'avança vers un rôdeur, l'arme au poing.

Lorsqu'elle se redressa finalement, ôtant la neige qui s'était collé à ses vêtements quand elle était tombée sur le corps immobile du rôdeur qu'elle venait d'abattre, un silence de mort avait remplacé les râles, les halètements, des deux côtés. Elle pivota et aperçut Beth et Hal qui, dans leurs armures noires, plantaient leurs armes dans les crânes des deux derniers rôdeurs. Steve était debout, à quelques mètres d'elle, près d'une voiture, la leur, sur laquelle Adam empilait les caisses de vivres pour faire plus de place aux survivants.

Beth et Hal s'avancèrent vers Steve, et Alicia leur emboîta le pas.

-Regardez, incita Steve rapidement, et Alicia suivit machinalement son bras tendu du regard. Elle retint un gémissement de frayeur. Devant eux, de l'autre côté des grillages en piteux état, d'autres rôdeurs venaient vers eux, sortant de la forêt de manière anarchique. Alicia pouvait déjà en dénombrer une bonne centaine, mais elle n'était pas sûre d'elle, ça aurait pu être moins. Ou plus.

-On n'a plus beaucoup de temps, annonça Steve, énonçant clairement ce que tous pensaient. Qu'est-ce qu'ils foutent là-dedans ?

Ils n'attendaient plus que ceux encore à l'intérieur du bâtiment. Eux étaient prêts. Steve avait ramené toutes les voitures, au nombre de trois, et le camion, près de l'entrée du bâtiment, attendant plus ou moins patiemment les autres. Le camion avait déjà été aménagé, sa benne de deux mètres cinquante sur quatre était remplie d'une bonne demi-douzaine de caisses de vivres et d'eau potable, harnachées au fond avec des cordes tendues. Le panneau coulissant était largement ouvert, et Alicia pouvait déjà voir qu'il restait encore pas mal de place, et que les survivants auraient encore pu y ajouter un bon paquet de nourriture. Interrogatrice, elle se tourna vers Steve et posa cette question qui lui brûlait les lèvres :

-Pourquoi c'est aussi vide ?

Steve fronça les sourcils durant une seconde, sembla se demander ce que la jeune femme pouvait bien vouloir dire puis répondit finalement :

-On a fait de la place pour Lori. Kat a dit qu'elle aurait du mal à supporter le voyage, donc on va essayer de le rendre le plus confortable possible. Les autres…ils doivent ramener un matelas.

Alicia trouva l'idée absurde dans un premier temps. Un matelas ? Ils luttaient pour rester en vie et ils prenaient le temps de penser au confort d'une seule femme ? Mais avant qu'elle n'ait eu le temps d'approfondir sa pensée, la porte du bâtiment claqua brutalement contre le mur et une silhouette en sortit. C'était Kat. Alicia souffla de soulagement, et sentit des larmes brûlantes envahir ses yeux. Kat allait bien. Puis sa seconde réaction fut de regarder Adam. Elle était persuadée qu'il viendrait vers elle et qu'il l'embrasserait. Après tout, Adam aimait Kat, non ? Et même s'il avait couché avec Alicia la veille, cela ne voulait pas dire qu'il allait tourner le dos à la femme de sa vie. Alicia s'apprêtait donc à devoir observer, le cœur brisé, l'homme qu'elle aimait s'avancer vers une autre femme pour l'embrasser.

Pourtant, lorsqu'elle regarda dans sa direction, elle vit qu'il avait détourné le regard et qu'il aidait plutôt Beth à monter à l'arrière du pick-up. Pas un regard pour Kat. Alors Alicia se tourna à nouveau vers la jeune femme. Observa Daryl sortir à son tour, le corps luisant de sang, puis Glenn et Maggie, qui portaient chacun des sacs pleins à craquer. Le couple se dirigea aussitôt vers Beth et Hal, et l'ainée de sœurs Greene prit la plus jeune dans ses bras, son corps tremblant autant qu'il pouvait. Non loin, Glenn s'approcha de Hal et lui tendit la main, que l'ancien détenu serra brièvement. Alicia fronça les sourcils. Depuis quand ces deux-là s'entendaient aussi bien ?

-Tout le monde va bien ? demanda Kat et Alicia détourna les yeux des quatre amis.

Elle remarqua que Kat la regardait et elle hocha la tête, réalisant après coup, une fois que le jeune médecin se soit détournée, que Kat avait été celle qui, seulement quelques heures plus tôt, l'avait surprise dans un lit avec Adam. Avec tout cela, elle avait oublié. Kat lui servit un faible sourire, et Alicia sentit un malaise s'installer entre elles. Elle secoua mentalement la tête. Ce n'était pas le moment pour ça…

Kat détourna les yeux et marcha plutôt en direction du camion. Elle s'adressa à Steve :

-Tout est bon pour Lori ?

-Ouais. On n'attend plus que les autres.

-Vous avez des médicaments et du matériel médical ? demanda-t-elle encore, tournant à peine la tête lorsque Daryl plongea son couteau dans le crâne d'un rôdeur qui approchait de trop près.

-Dans le sac, répondit encore une fois Steve, pointant du doigt un large sac de toile affublé d'une croix rouge. Le logo des hôpitaux.

Kat hocha la tête, soulagée. Depuis qu'elle avait appris, de la bouche de Glenn, qu'ils allaient être forcés de partir, sa première préoccupation s'était portée vers Lori. Lori, enceinte jusqu'aux yeux, dont la grossesse ne se passait pas bien. Comment pourrait-elle supporter un voyage comme celui-là ? Elle n'en était qu'à son septième mois de grossesse, et un accouchement en urgence tuerait le bébé et la maman. Elle devait encore garder le bébé au moins quatre semaines supplémentaires pour que l'accouchement fasse naitre un bébé prématuré mais ayant des chances de survie. Kat savait qu'à présent, les chances de mener cette grossesse à terme étaient nulles. Il n'y avait plus qu'à espérer que Lori puisse garder ce bébé le plus longtemps possible.

-Les mecs…

La voix de Glenn interpela Kat. Elle se tourna vers lui, imitant, ou imitée, par les autres. Glenn fixait l'horizon boiseux devant eux, et Kat suivit son regard. Elle gela sur place. Une nuée de rôdeurs surgissait des troncs d'arbres, grognant tous en une symphonie macabre. La suite de la horde.

-Faut qu'on y aille, murmura-t-elle.

Tout le monde se plaça dans les véhicules, tandis que Kat s'installait à l'arrière du camion. Elle aperçut plus qu'elle ne vit Adam se placer au volant. La porte du bâtiment central s'ouvrit, laissant apparaitre le dos de Rick. Il recula et Kat distingua bientôt un brancard qu'il portait à bout de bras, sur lequel reposait Lori. Carol tenait l'autre côté, alors que Carl et Andrea marchaient à côté, portant les sacs. Tout le monde se mit à crier pour qu'ils se dépêchent. Les rôdeurs avaient déjà rejoint l'intérieur de la prison et, se joignant aux autres rôdeurs qui titubaient déjà dans la cour, marchaient vers eux, leurs bras tendus devant eux comme s'ils n'avaient pas la moindre idée de distance. Ils allaient foutrement vite, pour des trucs morts.

Lorsque Rick fut arrivé au camion, Steve apparut à côté de lui comme par magie. A trois, ils firent passer le brancard dans le camion. Rick monta avec Lori, Carl et Carol aussi, et Kat désigna une autre voiture à Andrea et Steve. Les deux s'éloignèrent, tandis que Rick faisait glisser sa femme vers le fond du camion.

Elle ne sut jamais ce qui s'était vraiment passé. Daryl lui apprendrait, plus tard, que Steve et Andrea étaient en train de courir vers l'autre véhicule lorsqu'un rôdeur leur était tombé dessus. Personne ne l'avait vu. C'était impensable, pourtant c'était la vérité. Peut-être était-il passé sous les voitures, ou peut-être avait-il été tout particulièrement silencieux. Toujours était-il que, alors que Steve tirait Andrea de sa main valide vers une voiture, la berline grise, un marcheur fondit sur Steve. Il avait à ce moment la tête tournée vers Andrea, et ce fut probablement pour cela qu'il ne vit rien. Les mains du rôdeur furent autour de son cou, sa bouche s'ouvrant alors qu'il attirait sa proie à lui. Steve ne put rien faire. Rien du tout. Le rôdeur le mordit au cou, tirant un morceau de peau avec lui. Le sang jaillit tel un torrent, et Kat sut que la carotide avait été tranchée. Probablement arrachée sur plusieurs centimètres. Steve n'émit pas un son. La tête bougea, d'avant en arrière, quelques va-et-vient alors que tout le sang désertait son cerveau, qu'il perdait tout contrôle sur son corps. Il tomba à terre. Le tout n'avait duré que quelques secondes.

Andrea tua le rôdeur prestement et s'élança vers le véhicule, dans lequel elle pénétra d'un bond. A l'avant du camion, Adam démarra. Kat ne le comprit que lorsqu'un obstacle sur la route fit faire une embardée au camion. Elle garda les yeux sur le cadavre de Steve, ne comprenant pas. Ne voulant pas comprendre. Ce n'était pas possible, n'est-ce-pas ? C'était Steve, Steve, Steve, nom de Dieu ! Il ne pouvait pas disparaitre ! Pas de cette façon. Il était là, bon Dieu, juste devant elle et la seconde d'après, il était mort. Ce n'était pas possible. Elle eut envie de sauter hors du camion, de courir vers lui, de courir à en perdre haleine, et de le prendre par le bras pour le redresser, pour l'agripper et l'aider à rejoindre le camion. Il était seulement blessé, n'est-ce-pas ? Le rôdeur l'avait à peine touché, il était juste blessé, mordu peut-être, mais il avait une chance, non ?

Le cœur battant à tout rompre, Kat n'avait plus conscience du temps qui passait. Elle eut vaguement conscience qu'ils parcouraient la cour de la prison, puis tout à coup elle vit le grillage encore debout s'éloigner d'eux et elle comprit trop tard qu'ils venaient de quitter la prison. Un poids tomba sur son cœur, menaçant de la tétaniser. Ils avaient quitté la prison. Ils l'avaient quittée. C'était fini.

Kat n'arrivait pas à le croire. Elle ne voulait pas le croire. Ils avaient passé tant de mois sur la route, s'arrêtant chaque nuit à un endroit différent, devant généralement le quitter au petit matin, quand ce n'était pas en pleine nuit. Ils n'avaient dormi que d'une oreille pendant si longtemps, obligés de dormir avec une arme sous l'oreiller, de peur de se faire surprendre, se demandant chaque nuit avant de s'étendre s'ils verraient à nouveau la lumière du jour en tant qu'être humain vivant. Et ils avaient rencontré ce groupe. Des gens bien, qui avaient vécu des choses affreuses, tout comme eux, qui avaient vu mourir des personnes qu'ils aimaient, tout comme eux, qui tentaient de survivre en restant humains, à tout prix. Tout comme eux. Et il y avait eu la prison. Y habiter avait demandé son dû, son sacrifice, la vie d'Hershel, comme toutes les bonnes choses dans ce nouveau monde. Mais ils avaient réussi. Ils en avaient fait une habitation, un endroit sûr, le premier endroit sûr.

Mais la prison n'était pas sûre. Elle ne l'avait jamais été. Plus rien n'était sûr. La réalisation tomba brusquement sur Kat, menaçant de lui couper le souffle. Ils avaient été idiots de croire qu'ils ne craindraient rien entres ces murs, qu'ils seraient protégés. Ils s'étaient laissé séduire par cette idée de retrouver une vie normale, à la manière d'un rêve terriblement enivrant. Ils l'avaient tous tellement voulu qu'ils en avaient fait une réalité, un château de cartes qui n'avait pas mis longtemps à s'effondrer. Ils avaient été méfiants, au début, ils avaient agi comme ils l'avaient toujours fait, regardant deux fois derrière eux plutôt qu'une, surveillant les alentours, sachant pertinemment que la moindre erreur pouvait leur être fatale. Mais cela n'avait pas duré. Les tours de garde s'étaient espacés, la sécurité avait été moins présente, les armes moins entretenues, les solutions de repli moins étudiées. Ils s'étaient enracinés.

Non, la vérité était qu'ils avaient été négligents. Négligents et idiots. Ils payaient leur naïveté à présent. Ils la payaient chèrement. Kat sentit une boule envahir sa gorge alors qu'elle pensait que Steve en avait payé le prix fort. Steve…Elle essuya machinalement la larme qui était tombée sur sa joue, et s'étonna de voir qu'elle pleurait. Elle n'avait même pas eu l'impression de pleurer. Sans un seul sanglot, comme si son corps ne pouvait pas en supporter un autre. Une autre perte. La perte d'un ami. Comme Chris…

Sa lèvre inférieure bougea de manière frénétique alors que la boule gonflait dans sa gorge, et que ses yeux piquaient. Elle sentit son visage s'étirer en une grimace affreuse, et un sanglot s'échappa d'elle sans qu'elle ne puisse rien faire pour l'en empêcher. Elle enfouit son visage dans ses mains, essayant vainement de se calmer. Rick, Lori, Carol et Carl étaient juste à côté d'elle, elle ne devait pas craquer. Pas maintenant. Elle devait tenir, pour eux.

Elle ne savait même pas pourquoi elle pleurait. Pour Steve, pour Chris, pour les deux à la fois, pour la vie qu'elle n'avait plus, pour tout et rien à la fois. Elle perdait pied. Elle sentit une main se poser sur son épaule, une main large, puissante, qui recouvrait la totalité de son omoplate. Celle de Rick. Il ne dit rien. Pas de « je suis désolé », ou toutes autres formules toutes faites. Non. Il resta silencieux, debout près d'elle, son seul soutien passant par cette main, une sorte de pilier qui donnait à Kat l'impression qu'elle ne tomberait pas. Ce geste était tout ce dont elle avait besoin. Elle mit plusieurs secondes pour se calmer, ses sanglots s'espacèrent progressivement jusqu'à ce qu'il ne subsiste qu'un vague hoquet, seule trace de son désespoir.

Alors Kaitlyn se tourna vers Rick, essuya au passage ses yeux et lui adressa un regard reconnaissant. Elle s'attendait à ce que Rick lui réponde, d'un autre sourire peut-être, ou alors d'un hochement de tête, tellement discret que Kat se demanderait si elle ne l'avait pas imaginé, parce que c'était comme cela que Rick agissait, tout en discrétion, ne se mettant jamais en avant. Pourtant lorsqu'elle lui fit finalement face, ravalant le sanglot qui lui montait dans la gorge, elle ne put que constater que le visage de Rick était préoccupé. Son large front était barré de rides horizontales qui creusaient sa peau, éloignant ses sourcils de ses yeux. Il regardait le sol à ses pieds, comme s'il avait peur de croiser le regard de Kat. Elle eut aussitôt un mauvais pressentiment. Elle commençait à connaitre suffisamment l'homme pour savoir que la situation devait être vraiment mauvaise s'il la regardait de cette manière. Et il ne disait rien. Il se contentait de la regarder, comme s'il n'osait pas lui avouer ce qu'il avait sur le cœur.

Kat venait de perdre son ami. Il venait de mourir, sous ses yeux, en même temps que l'espoir d'une vie normale. Elle venait de perdre espoir en une vie meilleure. Elle n'était pas prête à supporter l'espèce de suspense que Rick mettait en place malgré lui. Aussi elle souffla, sa voix tremblante suite à ses sanglots :

-Quoi ?

Rick ouvrit la bouche, un centième de seconde avant que la terrible vérité ne percute la jeune femme.

-T-Dog est resté là-bas. Il voulait retrouver Michonne.

Le sang que Kat ne fit qu'un tour. Cela suffit à ce que toute sa peine, toute sa tristesse et son désespoir se transforment en un élan de rage tel qu'elle sentit presque immédiatement son cœur battre contre ses tempes. Il avait laissé l'un d'eux là-bas…?

-Arrête la voiture ! hurla-t-elle, et elle fut brusquement propulsée en avant lorsque la voiture freina d'un coup. Elle se réceptionna tant bien que mal à Rick.

-Non ! hurla Rick, continue !

Il y eut un moment de frottement pour le conducteur, puis la voiture redémarra en trombe. Ils entendirent distinctement un soupir exaspéré provenant de la cabine avant.

Hors d'elle, Kat se tourna vers Rick, l'invectivant déjà :

-Qu'est-ce que tu fous bordel ?! On doit aller les chercher !

Rick posa brusquement ses bras sur ses épaules, dans une vaine tentative de la calmer. Peine perdue. D'une voix qui se voulait apaisante, il dit :

-Non. On peut pas.

-Quoi ? Tu veux laisser T-Dog là-bas ? Et Michonne ? Comme t'as laissé Daryl risquer sa peau pour ta putain d'famille ? T'es qu'un putain d'égoïste, Rick…

-C'est T-Dog qui l'a voulu, merde ! coupa brusquement le shérif, et Kat tressaillit en entendant cette voix si cassante. Il ne voulait pas qu'on risque notre vie pour lui. C'est aussi Daryl qui est parti, je lui ai pas demandé. J'aurais jamais fait ça !

Une voix beaucoup plus douce retentit derrière Rick, et Kat tourna la tête vers Carol, assise près de Lori :

-Il dit la vérité Kat. T-Dog nous a demandé de partir. Il a dit qu'il nous retrouverait.

Kat soupira. Jeta un regard à Lori, puis à Rick. Elle avait dépassé les bornes. Rick n'avait pas besoin qu'on lui dise qu'il était égoïste, pas maintenant. Mais s'excuser n'était pas quelque chose de facile pour Kat. Elle n'était pas quelqu'un qui s'excusait. Elle avait sa fierté. Même quand elle savait qu'elle avait tort. Aussi elle hocha brièvement la tête en direction de Rick, comme pour lui montrer qu'elle comprenait. Lui montrer qu'elle avait agi comme une idiote. Elle n'était cependant pas sûre que tout cela puisse passer par un simple hochement de tête…Alors elle se força à articuler :

-J'espère qu'il nous retrouvera. Et que Michonne ira bien. Je supporterais pas de les perdre, eux aussi.

-Je sais, répondit Rick, et la dispute fut close.


Alicia jeta un coup d'œil dans la vitre qui séparait la cabine avant du reste du camion, et observa Kat alors qu'elle se penchait vers Lori, prenant sa main frêle entre ses doigts tachés de sang. Elle lui parla, mais Alicia ne comprit pas vraiment ce qu'elle disait, avec le bruit du moteur.

Se tournant vers Adam, elle s'apprêtait à lui demander son opinion sur la question, puis elle se ravisa. Elle n'était pas sûre de vouloir connaitre la réponse. Elle n'était pas sûre de vouloir lui parler. Elle secoua la tête, tentant d'ignorer ses yeux qui s'humidifiaient. Merde, bien sûr qu'elle voulait lui parler. Dieu, elle voulait toujours lui parler. Même quand il était méchant avec elle, ou quand il était trop obsédé par Kat pour ne serait-ce que la remarquer, elle voulait lui parler. Elle adorait lorsqu'il la regardait, lorsqu'il ouvrait la bouche et lui confiait un peu de sa vie. Lorsqu'il parlait, la vie semblait un peu plus supportable. Adam rendait tout cela un peu plus supportable.

Alicia se fichait de ce dont elle avait l'air : une pauvre fille qui ne pouvait survivre que lorsque qu'un preux chevalier s'occupait d'elle. Le monde ne tournait plus suffisamment rond pour se préoccuper encore de ce dont elle avait l'air. Tout ce qu'elle savait, c'était qu'Adam était là pour elle, toujours là pour elle, qu'il avait été là, les fois où la situation était devenue trop pesante et qu'elle avait fondu en larmes, il était là lorsqu'elle lui avait finalement avoué qu'elle l'aimait, peut-être un peu trop, il était là lorsqu'elle avait dessiné pour Carl, lui décrivant avec des mots merveilleux à quoi ressemblait le grand canyon. Il était toujours là.

Alicia avait besoin de lui. Tout simplement. Et tout à coup, ne pas l'entendre fut plus qu'elle ne pouvait endurer.

-Qu'est-ce que tu crois qu'il s'est passé, derrière ? demanda-t-elle doucement, lui parlant pour la première fois depuis qu'elle l'avait envoyé sur les roses parce qu'il ne voulait pas revenir à la prison.

Adam lui adressa un regard surpris, puis reporta son attention sur la route suivant le pick-up rouge devant lui.

-Je sais pas. Kat a encore pété un câble visiblement.

La voix n'était pas en colère, ou agacée. Adam semblait juste…las. Las de la jeune femme pour qui il s'était tant préoccupé, pour qui il avait eu tellement peur, et qui n'avait jamais semblé s'en soucier.

Quelque chose était différent dans sa voix. Bien sûr, il s'était souvent plaint de Kat, il lui avait souvent confié à quel point elle était froide avec lui, à quel point cela l'affectait, à quel point il en avait marre. Mais jamais il n'avait semblé si…anesthésié. Comme s'il s'en foutait.

Alicia avait toujours jalousé le couple. Elle l'avait observé, en silence, dans cet amphithéâtre, semblant si heureux, si en phase, si bien ensemble que cela avait envoyé un uppercut dans l'estomac d'Alicia. Elle n'avait jamais eu un copain avec qui elle se sentait aussi bien que Kat. Cela se voyait sur elle. Puis elle les avait observés, dans leur bâtiment du centre de Columbia, agissant entre eux comme si tout allait bien, comme si rien n'était grave tant qu'ils étaient ensemble. Elle avait observé Adam, si sociable, si gentil, avec tout le monde, même avec elle. Elle avait eu l'occasion de parler avec lui, une fois, deux fois, trois fois, et il n'avait fallu que ces trois fois pour qu'elle jalouse Kat bien plus que n'importe quoi. Elle aurait tout donné pour être à sa place.

Alicia aurait tout donné pour avoir quelqu'un avec elle. Quelqu'un sur qui compter. Elle était si seule. Elle ne connaissait personne dans ces étudiants, à part Kat, et Alicia était presque sûre qu'elle ne voulait pas mieux connaitre la jeune femme. Elle l'aurait enviée encore plus. Alicia voulait une personne comme Adam, qui soit avec elle, qui l'extirpe un peu de sa solitude, qui la réconforte, lui disant qu'elle n'était pas seule, qu'elle ne serait jamais seule.

Lorsqu'Adam et Kat avaient annoncé qu'ils partaient tenter leur chance sur la route, Alicia n'avait pas hésité avant de partir avec eux. Elle avait peur, elle était terrifiée et serait volontiers restée ici, mais la solitude était plus insupportable que tous les risques qui se profilaient à l'horizon réunis. Elle s'était sentie encore plus seule sur la route. Kat et Adam ne parlaient plus. Quelque chose avait changé entre eux, depuis leur départ. Kat avait perdu cette étincelle d'espièglerie qu'elle avait toujours eue dans le regard, cette espèce de touche enfantine, comme si elle préparait toujours une bêtise hilarante. Elle avait perdu une partie de son innocence. Alicia pensait que cette partie était morte avec Chris. Les choses avaient commencé à changer à partir de sa mort. Et Kat et Adam ne se parlaient quasiment plus. Ils échangeaient les quelques paroles nécessaires à leur survie, mais jamais ils n'avaient retrouvé leur complicité d'avant.

Et Alicia s'était retrouvée entre eux.

-Tu vas bien ?

Alicia leva brusquement la tête en entendant la voix, tout à coup beaucoup plus douce, d'Adam. Elle observa son visage préoccupé, et, ne pouvant retenir un sourire réconfortant, répondit :

-Oui, je vais bien. T'en fais pas.

Elle vit Adam répondre à son sourire. Elle aimait ce sourire. Elle l'aimait plus que tout. Quand ils étaient arrivés à la prison, quand Kat avait soudainement décidé qu'elle appartenait à l'autre groupe plutôt qu'au leur, Adam et Alicia s'étaient retrouvés unis contre tous. Et petit à petit, sans qu'Alicia ne s'en rende compte, sans qu'elle n'y fasse même attention, Adam était devenu la personne qui la réconfortait, qui était là pour elle. Toujours là pour elle.

C'était presque ironique, quand elle y pensait, car elle avait passé pas moins de six mois à espérer qu'Adam devienne cette personne, à fantasmer ce moment, sorte de rêve réconfortant. Et quand ça s'était finalement produit, Alicia n'y avait pas fait attention. Tout s'était passé naturellement. Ils avaient commencé à parler, beaucoup, dès qu'ils en avaient l'occasion. Adam lui parlait d'abord de Kat, puis il avait commencé à se confier à propos de sa vie d'avant, à propos de ses espérances, à propos de la façon dont il voyait la vie. Alicia lui avait alors parlé de sa vie, de ses doutes, de ses dessins. Tout avait été naturel entre eux. Une évidence.

Elle se rappelait cet instant, à la prison, lorsqu'elle s'était exilée dans un coin de la prison pour finir le croquis qu'elle avait fait d'Adam. Encore un. Sur celui-ci, il souriait, il souriait largement, des rides se fronçant au coin de ses yeux. Alicia avait toujours eu du mal à dessiner les sourires. Elle connaissait la technique, évidemment, mais elle n'avait jamais réussi à exprimer ce que le sourire voulait dire. Les personnes souriantes qu'elle dessinait n'avaient jamais d'âme. Mais celui-ci était différent. Celui-ci était réussi. Du point de vue technique bien sûr, mais aussi et surtout du point de vue artistique. Ce dessin respirait la bonne humeur. La joie de vivre. Ce dessin respirait Adam. Elle souriait elle-même lorsqu'Adam l'avait surprise. Elle avait tenté de cacher son dessin, de le subtiliser aux yeux d'Adam, mais celui-ci avait été plus rapide et lui avait récupéré son dessin avant qu'elle n'ait eu le temps de le ranger. Le sourire moqueur qu'il avait eu s'était ensuite tout doucement transformé en un autre sourire. Un sourire ému. Un sourire sincère. Il avait regardé Alicia, ce magnifique sourire aux lèvres, et s'était approché d'elle et l'avait prise dans ses bras. Alicia avait presque pleuré en sentant ses lèvres sur son front. Pas une parole ne fut échangée. Ils ne dirent rien, mais Alicia ne se sentit jamais aussi proche d'Adam qu'en cet instant-là.

Elle sentit la main d'Adam sur la sienne, la recouvrant. Elle entendit la voix d'Adam, lui murmurant, telle une promesse :

-Je m'en ferai toujours pour toi.


Ils roulèrent durant deux heures. Régulièrement, ils s'arrêtèrent et l'un deux descendit du véhicule pour apposer un morceau de tissu sur un tronc d'arbres, bien en évidence. Pour T-Dog. Pour qu'il les retrouve.

A l'aide d'une carte, Rick les dirigea vers une petite bourgade. Tirée au sort. Personne n'avait idée de là où ils pouvaient aller, à présent. Ils avaient atteint le paradis dans la prison, et la chute était douloureuse. Mortelle, presque.

Personne ne parla durant le trajet. Tous perdus dans leurs pensées. Tous trop anesthésiés par les derniers évènements pour penser à la suite. Le soleil commençait à décliner à l'horizon lorsqu'ils arrivèrent en vue des premières habitations. Il était à peine cinq heures. Daryl, conduisant sa moto, avança lentement dans la grande rue qui se peuplait progressivement de maisons. D'abord deux, puis dix, puis vingt, se dessinèrent des deux côtés de la route, toutes identiques. Grandes, avec une large terrasse à l'avant qui donnait sur un jardin ouvert. Le parfait petit village se surprit à penser Kat avec un soupçon d'amertume. Pour mieux cacher sa nostalgie. Comme elle s'y attendait, ils débouchèrent bientôt sur une large avenue, bordée de bâtiments qui devinrent des magasins, une bibliothèque, une mairie, une église. Le centre de la ville. Daryl fit demi-tour lorsqu'ils arrivèrent face à l'imposant bâtiment religieux pour s'arrêter à côté du camion. Sans un mot, il inclina rapidement la tête pour désigner l'église, regardant Rick qui avait remplacé Adam au volant.

-Non, répondit Rick. Trop exposé. Il vaut mieux trouver un endroit plus à l'écart.

Daryl acquiesça, et reprit aussitôt, faisait vrombir le moteur. Ils reprirent leur route. Kat était inquiète, alors qu'elle observait les alentours, si calmes, comme si toute la population zombie les avait désertés. Pas un seul cadavre ne gisait par terre. Pas une seule carcasse de voiture ne bouchait le chemin. Tout était propre. Rangé. A peine les fleurs pourries dans les bacs de bois qui décoraient la rue rendaient compte de la catastrophe qui s'était produite. Cette ville était l'image parfaite de l'ancienne Amérique. Pourtant cette vision angoissa Kat bien plus que toutes les rues de Columbia baignant dans le sang réunies. C'était un leurre. C'était un fantasme, le genre de fantasme que l'on voulait tellement rendre réel qu'il en devenait dangereux. Cette ville n'avait pas échappé au chaos. Rien n'avait échappé au chaos. C'était dangereux de croire qu'une partie, même infime du pays avait pu y survivre. Tout aussi dangereux que de croire qu'un seul endroit sur cette foutue planète était sûr.

Lentement, le cortège de voitures s'éloigna du centre, passant dans l'autre moitié de l'avenue principale. Du coin de l'œil Kat aperçut la forme d'une ombre se déplaçant dans une des maisons près desquelles ils passaient. Elle détourna le regard.

A nouveau, la campagne se succéda à la ville, et ils s'enfoncèrent entre les champs de Géorgie. Kat ne savait pas où Daryl les emmenait. Elle n'était pas sûre qu'il le sache lui-même. Pourtant c'était le cas, elle le comprit lorsqu'il bifurqua à une intersection, et s'avança sur le petit chemin de terre qui sortait miraculeusement entre deux champs de maïs. Juste avant qu'ils ne tournent, Kat eut le temps de lire un panneau, annonçant : « Centre Bill Griffiths, espace vétérinaire ».

Ils arrivèrent en vue du bâtiment. Daryl ralentit puis finit par mettre pied à terre, tandis que Rick manœuvrait pour se garer à côté de lui. A nouveau, sans qu'aucun des deux n'ait eu besoin de parler, Kat vit Daryl descendre de sa moto, et faire passer son arbalète devant lui. Rick le rejoignit, ainsi Glenn et Maggie, et Kat ressentit avec une cruelle vivacité l'absence de T-Dog. Le regard que Rick échangea avec Daryl lui fit penser qu'il ressentait la même chose.

Kat les observa s'avancer vers la porte, et y disparaitre. Soupirant, Kat se détacha et se dirigea vers l'arrière du camion pour rejoindre Lori, Carol et Carl. Elle offrit un bref sourire à l'enfant et s'assoir à côté de Carol. Elle prit le pouls de Lori, apprécia sa température, lui posa quelques questions pour savoir comment elle allait. Son était s'améliorait, ce fut la première chose que Kat remarqua. Son pouls était revenu à un rythme normal, elle ne souffrait plus de contractions, et, même si elle était encore pâle comme l'enfer, Kat put dire qu'ils avaient évité le pire. Elle rassura brièvement la mère de famille et échangea un regard avec Adam, debout contre une des parois. Celui-ci baissa la tête.

Lorsque Glenn réapparut, faisant un signe de la main pour signifier qu'il n'y avait aucun danger, Kat descendit du camion, accompagnée d'Adam et de Carol. Elle vit les autres en faire de même et tous se dirigèrent vers le bâtiment. Kat passa la porte d'entrée, et dut froncer les sourcils lorsque la luminosité baissa soudainement. Pas un mot ne fut échangé, alors que le groupe s'avançait dans la salle d'attente, dépassa le comptoir de bois pour se rendre dans la pièce adjacente. Personne ne parla, alors qu'ils retrouvaient Rick vérifiant chaque recoin, alors qu'ils jetaient un coup d'œil dans la pièce d'à côté, entièrement recouverte d'inox, où celle qui se cachait derrière un meuble à moitié renversé, dans laquelle des dizaines de cages patientaient, vides.

Les choses se passèrent naturellement après ça, comme s'ils avaient toujours agi ainsi. Ils récupèrent de la nourriture dans les voitures, firent un repas, alors que le soleil menaçait de disparaître derrière l'horizon, créèrent un feu qu'ils piégèrent dans une cage placée à l'envers, au centre de la salle. Entassèrent des couvertures, pour leur tenir chaud la nuit. Ceux qui prononcèrent un mot furent rares. Les visages étaient tirés, abattus, les gestes automatiques, comme si leur esprit était déconnecté de leur corps. Rick les réveilla presque de leur torpeur lorsqu'il annonça qu'il prenait le premier tour de garde. Une phrase prononcée comme une sentence. Le temps de leur vie à la prison était révolu.

Un cauchemar réveilla Kat. Elle ouvrit les yeux, paniqua un instant dans l'obscurité totale, avant d'apercevoir un trait de lumière sur le mur d'en face. Elle souffla, doucement pour ne pas réveiller Carol qui dormait à côté, et se tourna légèrement dans l'espoir de se rendormir. Elle se redressa quelques minutes plus tard, comprenant qu'elle n'y arriverait pas. Son cœur battait encore trop rapidement, et tous les soucis qui l'accablaient l'empêchaient de se calmer. Aussi elle sortit doucement de sa couverture et se leva, s'emmitouflant dedans. Il faisait très froid. Kat pouvait voir son souffle sortir de sa bouche dans un nuage de fumée qui mit quelques instants à disparaitre.

Silencieusement, elle se déplaça jusqu'à l'autre pièce, la salle d'attente, et ferma doucement la porte entrebâillée derrière elle. Elle sursauta presque en reconnaissant une forme humaine assise près de la fenêtre, s'angoissa davantage lorsqu'elle reconnut Adam.

-Qu'est-ce que tu fais là ? entendit-elle derrière elle. Ton tour est pas avant une heure…

Kat s'avança vers lui, et s'assit sur un siège non loin.

-Je sais. Je pouvais pas dormir.

Adam apprécia d'un hochement de tête. Reporta son attention sur l'extérieur. Il fallut quelques secondes avant qu'il ne commence, en même temps que Kat :

-Au fait, je…

-Adam, je…

Tous les deux se stoppèrent, échangèrent un regard, sourirent doucement. La plus grande preuve de complicité depuis bien des mois.

-Vas-y, encouragea doucement Kat.

-Je…Je suis désolé pour ce qui s'est passé. J'ai jamais voulu te blesser, ou te tromper, j'ai…juste…

-Non, c'est moi, contredit doucement Kat, ressentant, pour une fois, le besoin de lui parler. J'ai été une vraie salope avec toi. En voyant qu'Adam s'apprêtait à ouvrir la bouche pour la contrer, elle continua : Pas la peine de dire le contraire, c'est la vérité. Je le sais.

Adam lui jeta un regard abasourdi. Kat soupira. Cela faisait bizarre de lui parler aussi sincèrement après plus de trois mois passés à l'ignorer. Kat avait l'impression de dialoguer avec un inconnu, et elle était mal à l'aise. Vraiment mal à l'aise. Elle devait s'excuser. Elle le savait. Cela faisait trois mois qu'elle le savait. Et c'était le bon moment. Avec peine, elle bredouilla donc :

-Je suis désolée, moi aussi. T'as toujours été là pour moi, et moi…j'étais pas là quand t'en avais besoin. Je t'ai tourné le dos. Je n'avais pas le droit.

La voix d'Adam se brisa lorsqu'il demanda finalement :

-Pourquoi ? Pourquoi t'es allée avec Daryl ? Est-ce qu'il…était l'homme que tu voulais vraiment ?

-Je sais pas. Je sais vraiment pas. Mais...je pense pas que c'était ça au début. J'ai choisi Daryl parce que je le détestais. Et c'était simple. C'est simple de détester quelqu'un. C'est beaucoup plus compliqué lorsqu'il faut aimer. T'avais raison tu sais. Je suis pas capable d'aimer. Pas maintenant en tout cas.

-Je voulais pas…

-Je sais. Mais t'avais raison. Etre avec Daryl était simple parce que je ressentais rien pour lui. Alors qu'avec toi…On a été tellement longtemps ensemble, on a vécu tellement de choses, on a vu le monde disparaitre, on a perdu beaucoup de personnes, on…on a perdu Chris…

-Kat je…

-Non non, j'ai pas dit ça pour qu'on en parle. Je veux pas en parler. Je peux pas en parler. C'était juste pour t'expliquer que…ce n'est pas à cause de toi que je t'ai ignoré. Je t'ai ignoré parce que je n'arrivais pas à te parler. Et j'en suis vraiment désolée.

Kat se tut. Adam reprit :

-Je voulais que tu saches que ce que j'ai fait…avec Alicia...j'y avais jamais pensé jusqu'à présent. Je veux dire…elle est super, et je...je l'aime bien, mais j'ai toujours voulu être fidèle envers toi. Mais…Kat. J'ai appris que toi et Daryl vous avez couché ensemble. Et j'ai voulu me venger, je crois. Et je m'en veux, parce que je t'ai fait du mal, j'en ai fait à Alicia, et je…

-Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? s'insurgea Kat.

-Qu'est-ce qu'y a ?

-T'as couché avec Alicia parce que tu crois que j'ai couché avec Daryl ? Mais…

-Vous avez pas couché ensemble ?

-Si ! Je veux dire, oui, on a couché ensemble, mais c'était après que je t'aie surpris avec Alicia.

Adam ouvrit la bouche, laissa échapper un son avant de froncer les sourcils et de continuer :

-Mais je t'ai entendue avec Hal ! Il disait, il disait…

Kat le coupa doucement :

-Je n'ai pas couché avec Daryl pendant notre expédition, si tu veux tout savoir.

-Mais alors…Ce qu'a dit Hal ?

Kat baissa les yeux. Elle allait devoir lui dire. Elle allait devoir tout lui avouer. Ce qui s'était passé. Ce qu'elle avait subi. Ce qu'elle ressentait. Adam ne se contenterait pas d'une réponse évasive. Elle allait devoir se confier. Il ne comprendrait pas. Comment pourrait-il ? Mais elle devait lui dire. Il avait le droit de savoir. Elle lui avait caché tant de choses déjà, elle devait surmonter sa peur de se confier pour lui dire. Il le méritait.

Elle inspira, une fois, deux fois, et contemplant le sol à ses pieds, elle finit par lui conter le souvenir, la voix brisée. Elle raconta leur arrivée à l'hôpital, le groupe d'hommes, Ted, Daryl, tout. Elle expliqua ce qu'elle avait ressenti, le sentiment de trahison qui lui avait enserré l'estomac. La perte totale de foi en l'avenir, la déception, la colère, la peur, la terreur. Elle lui raconta son retour, pourquoi elle avait agi de cette façon, l'épreuve qu'elle avait traversée pour ne plus avoir si peur, pour redonner sa confiance en Daryl. Elle lui raconta tout. Elle alla même jusqu'à lui parler de son malaise envers Daryl, de cette confrontation permanente entre ce qu'elle voulait ressentir, et ce qu'elle craignait de ressentir. Ce qui ne manquerait pas de tout changer.

Elle se rendit compte que Adam tenait sa main dans la sienne, elle ne sut depuis combien de temps, mais c'était agréable de sentir sa chaleur contre elle, c'était réconfortant, et Kat avait besoin de réconfort. Lorsqu'elle se tut finalement, Adam dit, tellement doucement que Kat dut tendre l'oreille :

-Je suis content que les choses se soient arrangées pour toi.

Kat tourna la tête vers lui, se demandant de quoi il parlait. Il dut voir son visage étonné puisqu'il se justifia immédiatement :

-Je veux dire…Tu m'as dit avoir couché avec Daryl, j'en déduis que tu lui as pardonné.

Les joues de Kat se colorèrent rapidement. Elle ne voulait pas parler de Daryl. Pas avec Adam. Pas alors qu'elle n'avait pas encore eu le temps de réfléchir à ce qu'ils avaient fait, à ce que cela signifiait. Kat avait agi avec spontanéité avec Daryl. Lorsqu'elle avait craint que Daryl meure, lorsqu'elle avait cru qu'elle ne le reverrait jamais, son cerveau s'était éteint. La réalité ne l'avait rattrapée que bien plus tard, lorsqu'elle était redescendue de son orgasme, lorsqu'elle avait senti la bouche de Daryl sur sa nuque, étonnant signe de tendresse après la brutalité de leurs ébats. Kat rougit encore plus rien qu'en y pensant.

-C'est pas aussi simple…nuança-t-elle simplement, ne voulant pas mentir mais ne voulant pas non plus en discuter.

Adam acquiesça. Pensif. Tellement pensif qu'il fut très surpris lorsque Kat émit un rire étouffé.

-Quoi ? demanda-t-il.

-Tu...tu te rends compte qu'on est en train de parler de Daryl et moi là ? Y a même pas un mois on avait une dispute de couple à propos de ce même sujet.

Adam sourit aussi. Les choses avaient changé. Les choses changeaient vachement plus vite dans ce monde.

-Ouais, je sais.

-Co…Comment ça se fait qu'on arrive à en parler si facilement ? J'veux dire, j'ai pas…été triste quand je t'ai vu avec Alicia, et t'as pas d'problèmes à me parler de Daryl. On devrait pas être en train de se crier dessus ?

Adam eut un bref sourire, le genre de sourire qui, chez lui, laissait présager une blague :

-Bah, faut dire qu'on a jamais vraiment été un couple normal...

Kat sourit. C'était vrai. Adam laissa passer un moment et reprit :

-J'en sais rien. Je sais pas. Peut-être parce qu'on s'est éloigné progressivement, jusqu'à ce qu'on ne tienne plus autant l'un à l'autre qu'avant. Peut-être qu'on s'est rendu compte petit à petit qu'on était pas fait l'un pour l'autre. Y a pas eu de coupure nette. J'étais en colère contre toi tu sais, mais je crois que vers la fin, je savais pas vraiment pour quoi.

-Ouais, je comprends ce que tu veux dire. J'ai été jalouse de toi et Alicia, mais à la fin…je savais pas si j'étais jalouse d'elle, ou si j'avais juste besoin d'être jalouse, tu comprends c'que je veux dire ?

-Ouais. Je comprends.

Kat laissa passer un instant. Observa la lune à travers la fenêtre. Elle n'en revenait toujours pas. Bien sûr, elle n'avait rien ressenti lorsqu'elle avait surpris Adam et Alicia ensemble, à part un immense soulagement, et elle s'était dit qu'elle devait être une horrible personne pour avoir pensé ça, mais elle ne s'attendait pas à ce que Adam soit lui aussi insensible. Adam n'était pas insensible, Adam était quelqu'un qui ressentait, qui éprouvait, bien plus qu'elle. Comment pouvait-il être devenu comme ça ? Comme…elle ?

A suivre...