Chapitre 25 : Direction Uzushiogakure ! Sonohi, le Jour
Après avoir laissé à ma coéquipière le soin d'expliquer la mort de quatre shinobi de la Racine, je me suis dirigé vers le pays des tourbillons, pays dont le renard était originaire. D'autres escouades de ninjas furent envoyées pour m'arrêter, mais la plupart se laissèrent semer. Sans doute avaient-ils entendu parler du sort réservé à ceux qui mécontentaient ma coéquipière, ou éprouvaient-ils une certaine compassion, dans la mesure du possible. Bien qu'ils restaient des armes froides et inhumaines, même une arme éprouve un certain remord à en éliminer une autre, surtout quand elle n'est est encore qu'un enfant. Les rares ennemis qui me pourchassaient avec détermination et acharnement disparaissaient sans laisser de traces, égorgés par Suterusu, et pour les plus résistants, je me déplaçais moi-même pour les taire. La traque se retournait contre eux, et personne n'échappe à ma meute. C'était certainement cruel de leur faire subir un tel sort, mais je devais garder une certaine aisance pour ce genre de mission de poursuite. Et puis, après avoir découvert avec horreur qu'Hyônaka éliminait des villages entiers en riant aux éclats, la satisfaction que j'éprouvais lorsque mes ennemis écarquillaient les yeux de douleur et tombaient raides au sol, les entrailles déchirées, me semblait bien dérisoire. En y repensant, cette funeste période, qui correspondrait à une certaine rébellion contre l'autorité parentale pour des enfants normaux, se caractérisait peut-être sous cette forme. Mais éventrer mes compagnons d'armes ne fut pas la seule « erreur de jeunesse » que je commis à cette époque. Mon équipement s'usait de jours en jours, et il me fallait le réparer de plus en plus souvent. C'est alors que, traversant un petit village du pays de la mer, je songeai au moyen de réparer mon matériel qu'une affiche attira mon attention. C'était un avis de recherche. « Tant mieux, je pourrais me faire la main et remplir ma bourse » me dis-je. Arrachant l'affiche, je commençai à lire les inscriptions :
Takitsu momochii
Âge : 25 ans
Taille : 1.80m
Signes distinctifs : Habillé d'un long manteau noir
Crimes : Meurtres, vols, assassinats…
Récompense : 300 000 ryôs à saisir à l'ambassade de Kiri, au pays de la mer.
300 000 ryô… C'était une belle somme pour l'époque. Je convins ainsi d'éliminer cet homme s'il se trouvait sur mon chemin. Je ne pouvais pas me permettre de faire des détours.
Comme si le destin avait entendu ma prière muette et y avait répondu, je fus attaqué à quelques kilomètres du pays des tourbillons. Par un homme d'un mètre quatre-vingts. En manteau noir. Enfin, le manteau ne tarderait pas à devenir rouge bordeaux.
-Gamin, donne-moi ton argent, et plus vite que ça ! Et tant que tu y es, suis-moi, j'ai besoin de me soulager de toute cette… pression ! ajouta-t-il avec un ricanement.
-Monsieur Momochii, est-ce que j'ai l'air d'un enfant perdu sans défense ? dis-je nonchalamment.
-Que veux-tu dire ? demanda-t-il sur un ton étonné.
Alors que les loups sortaient des fourrés et se mettaient en position de combat autour de moi, l'homme compris la situation et tenta de s'éclipser discrètement. Il se retourna et se jeta dans les bosquets, cherchant à fuir désespérément. J'aurais pu lancer mes loups à ses trousses. J'aurais pu l'arrêter facilement, en fait. Mais l'homme s'échappa car je ne pouvais pas me résoudre à éliminer quelqu'un qui ne pratiquai pas les arts ninjas. Je n'étais pas un chasseur de prime, et les sentiments qui avaient disparus lors de mes entrainements intensif refaisaient surface jours après jours. Je décidai finalement de le laisser partir, en me serrant le ventre à la pensée que je ne pourrai sans doute pas manger les jours qui viennent. Nous approchions du pays de la mer, et le gibier se faisait rare. Malheureusement, les loups ne sont pas des dauphins, alors pour ce qui est de la pèche...
Quelques jours plus tard, alors que nous approchions de la côte pour prendre une embarcation, une odeur familière réveilla mes pulsions animales. Mon odorat se renforça et les couleurs se firent plus vives lorsque cette fragrance pénétra en moi, et je me lançai à la recherche de la source. C'était légèrement salé, métallique et renfermait beaucoup de souvenirs. Une trace apparut sur le sol ; d'abord légère, puis de plus en plus insistante jusqu'à déboucher derrière un arbre. Un souffle rauque s'échappait de derrière le tronc, et je décidai d'aller en découvrir la provenance en plaçant mon masque sur le visage. Un membre des forces spéciales de Kiri se reposai, désarmé, les côtes brisées par ce qui semblait être un katana de grande taille. Il m'aperçut, et sa tête retomba de désespoir sur sa poitrine.
-Tu va me tuer, n'est-ce pas ?
-Il y a de forte chance, d'un enfant venant de Konoha à un homme de Kiri.
Il soupira et jura faiblement.
-J'ai une femme et des enfants. Si je peux t'être utile pour une tâche, n'importe laquelle, sauve ma vie et épargne-moi.
-Je vais plutôt vous raconter une histoire.
L'état de l'homme se détériorait de plus en plus, mais je ne comptai pas le sauver. Il me fallait être capable d'endurer ces sensations, aussi désagréables soient-elles, pour rester un ninja à part entière. Je lui ai donc raconté ma vie, mes missions, et bien sûr comment j'ai rencontré ma coéquipière. Lui me suppliai au début, puis après avoir compris qu'il était inutile de parler avec moi, il écouta jusqu'à ce que son souffle se stabilise, puis s'éteigne. Alors que je me félicitai intérieurement d'avoir réussi à laisser un homme mourir sous mes yeux, ce dernier ouvrit un œil emplit de tristesse, un regard que les hommes du village de la brume sanglante n'étaient pas censés connaître. Et cela me rappela le "moi" d'avant.
Je repris ma route après avoir renfloué le ninja en chakra et laissé quelques bandages qui m'étaient dors et déjà inutiles. Il m'était désormais impossible de laisser un homme mourir sous mes yeux, et cette idée m'insupportait au plus haut point. Pendant que je pensai à un moyen de sceller mes sentiments lors des combats avec l'aide de Hyônaka, je ne me rendis pas compte que je venais d'entrer dans le village des Tourbillons, alors que le soleil avait déjà bien avancé dans sa course céleste. Les ruines s'étendaient devant moi, les ruines de ce qui était le plus puissant village en matière de scellement avant la dernière grande guerre ninja. C'est nostalgique que j'entrai dans une auberge abandonnée et commençai à faire le ménage. Sakeme et Shureddo entrèrent par la porte d'entrée, Suterusu sortit des ombres et Yume apparut dans un cercle d'invocation. Même Shoku se matérialisa dans un rayon de soleil. Ils commencèrent par tourner en rond, sans but, puis à la surprise de tous, ce fut l'Eclipse qui prit la parole. Un long débat s'en suivit, débat que je ne suivais que d'une oreille, sans y faire plus attention que cela. Si je me souviens bien, ils tentaient de départager quelle partie du corps humain étaient la meilleur au goût. Après avoir aménagé un endroit où se reposer, je montai sur le toit de l'auberge qui dominait à présent le village détruit. Des pierres difformes s'élevaient vers le ciel, comme autant de pierres tombales. Les souvenirs de tous ces morts étaient enfermés en ce lieu, qui resterait à jamais leur demeure. Je me sentais mal à l'aise à l'idée de troubler leur sommeil, mais j'avais une mission. Tandis que j'admirais le soleil couchant qui léchait les ruines de ce monde, les deux esprits apparurent dans un scintillement.
-Ah là, ah là ! Le shinobi se repose ? susurra Sashishimesu.
-Qu'est ce que tu fous à feignanter ici ? Retourne t'entrainer ! cria comme à son habitude Yûgure.
-Je ne vous ai pas invoqué, et il y a une bonne raison à cela. J'aimerais rester seul un instant, si vous ne voyez pas d'inconvénients.
-Alors il vaut mieux que l'on se taise, et que l'on observe ce magnifique paysage, répondit la louve d'or.
Yûgure se matérialisa au fur et à mesure que le soleil entrait en collision avec l'horizon, mais pour une fois, resta coi. Ce lieu empreint de tristesse qui se teintait d'un orange caractéristique représentait beaucoup pour moi, puisque c'est pendant que le soleil se couchait sur Konoha que je découvris la douceur d'une fille la première fois, alors que j'avais 10 ans. Les deux esprits à mes côtés me rappelaient les pires et meilleurs moments de ma vie ; le crépuscule de mon premier baiser avec Hyônaka et l'aube de mon départ. Et j'allais bientôt pouvoir me vanter de posséder la puissance de tous les loups du monde. Finalement, je m'endormis sur le toit, laissant à ma meute la place que j'avais nettoyé.
Le lendemain matin fut rude. J'avais oublié que si Sashishimesu restait calme le jour, au crépuscule et la nuit, elle ne manquait pas d'énergie le matin. Et c'était d'autant plus vrai que nous étions sur le point de rendre visite à sa mère. Le réveil fut donc pour le moins... agité :
-Réveille-toi, grosse feignasse !
Et le toit de l'auberge explosa. A moitié réveillé, je fut projeté en l'air et dus reprendre mes esprits avant d'entamer ma chute libre. Ce n'était pas la première fois que l'on me réveillais de la sorte, Hyônaka oblige ; je me souviens qu'une fois, alors que l'on était en mission, le bruit des parchemins explosifs qui se consumaient m'avait tout juste réveillé pour éviter de me retrouver éparpiller aux quatre vents. J'avais réussi à échanger ma place avec un lapin qui cherchait de la nourriture, que je n'ai plus jamais revue ensuite. Ce fut à peu près la même chose, sauf que cette fois il n'y avait pas de lapin. Je m'en sortis vivant grâce au voile qui pris la forme d'un filet sous moi, à mes pupilles qui augmentait indirectement mes réflexes (on en a déjà parlé et c'est compliqué) et surtout grâce une libération de chakra de mes avants bras, me permettant d'amortir la chute. Finalement, je survécus avec une cheville foulée, qui se répara d'elle-même au prix d'une légère souffrance et d'une centaine de malédiction lancée à la louve.
-Laisse-moi tranquille, espèce de folle ! Si t'es un esprit supposé représenter l'instinct maternel des louves, je ne devrai pas subir ça ! criai-je.
-Une mère lève son enfant à l'aube et le punit quand il ne s'exécute pas ! répondit-elle sur le même ton.
-La ferme ! répondis-je.
-Pourquoi tout le monde hurle ? demanda Yûgure.
-La ferme ! lui lancions en cœur 'nee-san et moi-même.
-Comment ?! s'indigna-t-il.
Une dispute interraciale éclata entre moi, l'Aube, le Crépuscule et mes loups qui ne pouvaient pas dormir. Finalement, après avoir compris qu'il était inutile de débattre avec des animaux, je remontai sur l'auberge et me mis en quête du sanctuaire de Sonohi. Un gigantesque écueil attira mon attention ; il se dressait au dessus des flots, telle une lance transperçant la mer. Les vagues s'écrasaient violemment sur ce poing inébranlablement dressé vers le ciel, dans un vacarme sourd qui résonnait jusqu'ici. De temps à autre, de grosses volutes d'écumes giclaient contre cette lame, comme si la mer crachait son sang de cette plaie. Je me demandai comment serait la vue de là-haut lorsque la dispute cessa enfin, et les voix tranquillisées résonnèrent dans ma tête :
-Ça pour un gros caillou, c'est un gros caillou, commenta Yûgure, toujours aussi perspicace.
-Bien observé, remarqua Sashi, avec un brin d'ironie dans la voix.
-Dites, vous deux, vous avez une idée de comment on se rend là-bas ?
-Tu n'as qu'à marcher sur l'eau, comme n'importe quel ninja, lança Yume.
-Pas bête.
Annulant le sort d'invocation, je pris position sur la mer agitée, et commençai mon avancée plutôt périlleuse. Je ne savais pas si une quelconque créature marine vivait sous ces flots, et la perspective de finir comme plat du jour à un monstre quelconque ne m'enchantait guère.
Ça aurait été trop beau de pouvoir rejoindre ce gigantesque rocher d'une seule traite, sans aucune attaque de monstre marin. Arrivé à mi-parcours, trop loin pour rejoindre la rive et pas assez proche pour me ruer sur la lance de pierre, les flots s'agitèrent ; une énorme masse émergeait de la mer en ébullition, et je pus bientôt l'admirer de toute sa grandeur. C'était définitivement un mollusque, mais ni une pieuvre, ni un poulpe, pour la simple raison que ce dernier possédait beaucoup trop de tentacule. Un sceau bien trop complexe pour moi était gravé sur son "front", et quelques pièces d'armure en métal étaient accrochée à la créature, tantôt protégeant la base de ses tentacules, tantôt aiguisées comme des rasoirs pour découper les ennemis. C'était sans nul doute une des armes cachées d'Uzushio, qui n'avait pas servi lors de la destruction du village, ou n'avait jamais été achevé par un quelconque ninja. J'étais celui qui, apparemment, allait devoir s'en charger. Tentant de me stabiliser sur les lames qui déferlaient sous moi, je dus faire également l'effort de me focaliser sur celles qui pleuvaient sur moi. Je pris de la distance, et, au moment d'invoquer mes compagnons, me rendis compte que les loups ne marchent pas sur l'eau. Ce serait un combat mené en solo, cette fois-ci. Mon manteau s'ouvrit et s'éleva derrière moi en fins filaments, je dégainai mes lames d'un geste mal assuré, et me ruai sur le monstre tentaculaire. Il jeta ses membres sur moi bien plus vite que je ne l'imaginai, et me propulsa en arrière. Je m'écrasai sur l'eau sans me blesser, et me relevai avant de subir à nouveau le même sort. Je pris la décision de le contourner, et insufflai la majeur partie de mon chakra dans mes jambes et mes lames, qui s'ornèrent de milliers longues trainées blanches. Le monstre m'attaquait sans répits, mais se calma après avoir perdu une dizaine de tentacules. Je me rapprochai de lui petit à petit, formant des cercles de plus en plus petits, et esquiver ou me défendre nécessitait à présent d'utiliser mes pupilles pour voir arriver les coups, et les parer à temps. Finalement, le monstre lança une ultime attaque avec la trentaine de tentacules qui lui restaient, attaque que je ne pourrai ni esquiver, ni parer. Cessant tous transfert de chakra à travers mon corps, je concentrai l'intégralité de mes réserves dans le creux de ma nuque, et m'élevai dans les cieux avec deux ailes de plumes noirs. Malheureusement, je ne maîtrisai pas la technique, et le coup qui arrivait serai fatal. Changeant la forme du voile, je projetai ce qui me restai de chakra sous forme d'aiguilles, tranchant net la masse de chair qui s'écrasa dans les flots. Le poulpe écumait de rage ou de douleur, ou des deux. Les moignons qui lui restaient lui permettaient tout juste de se maintenir à flots, et même lorsque je me posai sur son front, il ne répliqua pas. Avec les dernières forces qui me restaient, je brisai le sceau. Vous allez sans doute me dire "comment peux-tu briser un sceau que tu ne comprends pas ?". C'est très simple : si je vous demande de démolir un village avec une bombe de chakra géante, vous y arriverez. Et pourtant, vous ne savez pas le moins du monde ce qu'il se trouve dans ce village, ni comment les fondateurs et les générations successives l'ont construit. Un sceau, c'est la même chose : je n'ai fais qu'exploser tout ce que je voyais, sans chercher à le déverrouiller pour libérer la créature. Elle a donc coulé en créant un phénomène d'aspiration vers les fonds marins, et je pus rejoindre la berge saint et sauf.
Rien à dire. J'apprécierais votre avis sur la fic. Pour ma part j'ai déjà écrit jusqu'au chapitre 31, mais je manque d'idées pour combler le vide entre le trente-neuvième et le trente-et-unième... See ya !
