Faenlgiec me dit ceci :
« J'attends de voir la beuglante […] Ce sera quoi le nouveau nom ? Une criarde ? Une dégobillante, qui dégobille les mots – litéralement – sur le destinataire ? »
Alors t'es gentil mais t'arrêtes d'essayer d'avoir des idées à ma place.
Non mais oh. C'est qui l'écrivain, ici ? Je suis assez grand pour choisir mes nouveaux noms tout seul !
Alors certes au final c'est de la merde. Mais c'est ma merde, compris ?
Chapitre 6 : Gilbert Tocard.
Le lendemain, au petit-déjeuner.
Lorsque Henri et Momo arrivèrent dans Victor, ils furent acclamés par la foule, comme l'auraient été des héros. Leur voyage en voiture avait fait le tour de l'école, et tout le monde trouvait ça fabuleux.
« Salut les copains ! »
C'était Neville Londuhaut.
« On est pas copains, signala Momo.
– Ah oui c'est vrai, dit Neville d'un air chagriné. J'oublie, parfois. »
Les deux garçons s'assirent et commencèrent à bâfrer.
« Ma grand-mère doit m'envoyer un coli, reprit Neville. J'ai oublié deux ou trois choses à la maison. »
Aussitôt dit, aussitôt fait : les oiseaux entrèrent, chargés des habituels enveloppes et cartons. Hiboux, chouettes, mais aussi deux ou trois autres conneries, genre un pélican.
La nuée de piaf déversa sur la foule d'élèves le courrier du jour.
Neville reçu en pleine tronche un carton d'un mètre cube, et s'effondra sur le sol en renversant le banc et tous les élèves assis dessus.
Ceux-ci relevèrent le banc et reprirent le cours normal de leur repas. Neville resta là, gisant sans connaissance sur le dallage.
« Par le pagne du Sauveur ! couina tout à coup Momo.
– Quoi ? demanda Henri. »
Momo ne répondit pas. Son vautour, Vérole, vint s'écraser sur la table avec fracas.
« Il est mort » annonça Rachid d'un ton neutre.
Mais ce qui terrifiait Momo, ça n'était pas la mort de son vautour (il était trop mal en point pour vivre encore bien longtemps de toute façon), mais c'était l'enveloppe que la bête serrait ferment dans ses serres.
Une enveloppe rouge vive.
« Une beuglarde… » souffla un élève, à la fois fasciné et terrifié.
Momo semblait figé sur place.
« Tu l'ouvres pas ? demanda Henri.
– Non… J'ai trop peur. »
Il avait la voix qui tremblait.
« C'est ma mère… Et ça va pas être du joli.
– Comment ça ?
– Une beuglarde, c'est une lettre spécialement destinée à engueuler quelqu'un… »
Tout le monde, autour, attendait de voir ce qui se passerait, un sourire en coin sur les lèvres.
« Ta reum doit pas être contente à propos de la voiture… » fit remarquer Henri.
Quelle remarque à la con. Comme si on avait pas compris.
« Tu as mis dans une sacrée merde ton propre père, tu te rends compte ? » continua Henri, bien décidé à enfoncer son meilleur ami jusqu'au bout.
Tiens, en parlant d'amitié. Avant Poudlard, Henri n'avait pas d'amis. Ça c'est un fait. Mais Momo ? Où qu'ils sont passés, ses amis d'enfance ?
À croire qu'avant Poudlard, il n'existe rien…
« Il va sans doute finir en prison, continua Henri (décidemment). Et sans sa paye, ta mère va devoir vendre la ferme familiale et…
– Ouvre-là, Momo, dit Rachid. Si tu attends trop, elle s'ouvrira toute seule et ça sera pire. »
Mais Momo était figé de peur.
« Oh et puis merde ! annonça Henri. »
Il saisit l'enveloppe, sortit son briquet et la crama sans autre forme de procès.
« Bon ben voilà, on en parle plus. »
« Aujourd'hui, annonça le professeur Brocoli, nous allons faire cours dans la serre numéro trois. »
C'était une bonne grosse femme plus ou moins vieille, assez trapue. Elle avait un poireau sur le coin du menton. Le vrai menton, je veux dire. Parce qu'elle avait un double menton, mais le deuxième n'est pas un vrai, c'est juste un bourrelet qui pendouille.
« La serre numéro trois ? Ouah hou ! » s'exclamèrent les élèves.
Jusque-là, tous les cours avaient eu lieu dans la serre numéro un.
Numéro une ? Hum. Je ne sais jamais s'il faut accorder avec « numéro » ou avec le substantif…
Brocoli ouvrit la porte, solidement cadenassé.
« Mais c'est du chanvre, s'étonna Henri.
– Tout à fait Henri, j'accorde cinq points à Gryffondor. »
Une immense serre remplis de bacs contenant des plants, avec des vaporisateurs d'humidité et des lampes au sodium. Derrière chaque pot, un réflecteur permettait de concentrer la chaleur sur les plantes.
« Sérieusement ? demanda Henri. Mais quelle école de dingue… »
Lorsque tout le monde fut installé, Brocoli reprit la parole.
« Pendant tout le premier trimestre, nous apprendrons à cultiver du cannabis. Bientôt, vous saurer pourquoi durant la période de croissance les plantes ont besoin de 18 heures de lumière et 6 heures d'obscurité alors que pendant la floraison elles ont besoin de 12 heures de lumière et 12 heures d'obscurité. Vous saurez quel type de lampe utiliser, avec quelle puissance et à quelle distance. »
Henri n'en croyait pas ses oreilles.
« Notez bien que ce cours est couplé avec celui d'apothicairerie, où vous apprendrez comment transformer la plante en un produit fini. Vous comprendrez notamment la différence entre marie-jeanne et haschich ! »
Elle attrapa quelques instruments de mesure.
« Aujourd'hui, nous verrons la gestion de la température et de l'hygrométrie. »
« Vous êtes tous des minables, déclara Drogue. Je ne sais plus comment le dire, ça me paraît tellement évident…
– Mais m'sieur…
– Pas d'mais ! coupa Drogue.
– Amidala, souffla un élève.
– Vous êtes de gros nuls. Même un dictionnaire des synonymes ne suffirait à vous décrire : consternants, lamentables, piètres, mauvais, déplorables, navrants, désastreux, affligeants, désolants. J'en passe, et des meilleurs ! »
Il fit une pause. Tout le monde avait les yeux baissés. Croiser son regard dans une telle situation, c'était signer son arrêt de mort.
« Vous êtes une classe pathétique. Vous échouez tout ce que vous entreprenez. Vous êtes incapables de réaliser les choses les plus simples, et même la meilleure volonté du monde ne vous sortira pas de cet état de médiocrité qu'est le vôtre ! »
L'année commençait fort. C'était le premier cours.
Enfin, pas vraiment. Les élèves étaient encore devant la salle de classe, rien n'avait commencé.
« Allez, entrez. Je vais tenter de vous expliquer ce que j'attends de vous. Vous n'y arriverez pas, évidemment. »
Il était temps d'aller au premier cours avec Tocard.
Henri appréhendait un peu. Abdoullah et le vicomte avait quand même été hospitalisés deux semaines après avoir été passé à tabac par leur professeur.
Attendez. J'ai déjà annoncé qu'il serait leur prof ? Pas sûr… Bon ben voilà : c'est leur prof. Et du coup ça explique le titre. Il est prof de combat, ou je sais pas quoi.
Bref.
Je sais que les thaumaturges ont des techniques de guérison miraculeuse, et en théorie les deux hommes auraient dû être remis sur pied en un quart d'heure.
Mais en pratique, après chaque guérison, ils se remettaient sur la tronche. Du coup ça a traîné pendant deux semaines.
Mais revenons à nos moutons.
« Henri ! »
Et merde.
« Henri, Henri ! »
C'était Colin Batonédeux, un élève de première année. Il était fan de Henri. Mais genre vraiment fan.
« Salut, Machin…
– Tu veux bien prendre une photo avec moi, Henri ?
– Pourquoi faire ?
– Ben comme ça tu me la dédicaces !
– Pourquoi faire ?
– Pour la faire encadrer et le mettre sur ma table de nuit.
– C'est glauque. »
Colin sortit son appareil, et le tendis à Momo.
Avant qu'Henri ait eu le temps de réagir, Colin s'était collé à lui et Momo avait appuyé sur le déclencheur.
« Momo, sale traître !
– Pardon, mais c'était trop marrant ! répondit-il en se marrant. »
Colin reprit son appareil.
« Tu te rends compte, Henri ? Quand on prend une photo avec cet appareil thaumaturge, les personnages sont animés sur le rendu final ! C'est incroyable, non ?
– Ben non. Ça s'appelle une vidéo, et pis c'est tout. »
Colin eut l'air choqué.
« Ah bon ? T'es sûr ?
– Oui. Ce que tu as, c'est une caméra numérique. Y a rien de magique. »
Gilbert Tocard arriva alors.
« J'étais dans mon bureau, et j'ai entendu parler de photos dédicacées. Alors je suis venu ! »
Il attrapa Henri par les épaules.
« Allez, une photo ! Mon petit, dit-il en s'adressant à Colin, tu auras deux célébrités pour le prix d'une ! Nous signerons tous les deux, évidemment. »
Un petit air de déjà-vu, non ?
Colin, à contre-cœur, prit la photo. Enfin, filma pendant cinq ou six secondes, quoi.
Tocard sorti alors une petite liasse de sa poche intérieur. C'était des photos de lui déjà dédicacées, qu'il distribua à tous les élèves qui passaient.
Les filles les prirent en se battant presque. Les garçons jetèrent les leurs à la poubelle juste après.
Non, c'est couillon ce que je raconte. Ce sont des enfants : ils jetèrent les papiers par terre sans même chercher une poubelle.
« Allez, en cours ! » lança finalement Tocard.
Hortense était déjà dans la salle de classe, bien installée au premier rang.
« Mince… souffla Momo. Elle est vraiment à fond sur Tocard…
– Ah ouais ? répondit Henri.
– Ouais. J'ai vu son emploi du temps : dans le planning, à chaque cours de Tocard elle a dessiné un cœur. Rose.
– Dur…
– Ouais. Et ce matin, pendant que je lui roulais un gadin, je l'ai surpris à regarder la photo de Tocard sur la couverture d'un de ses bouquins.
– Nan ?
– Si ! "C'est pour les cours" qu'elle m'a dit. Tu parles ! »
Ils s'installèrent tout au fond, comme d'hab'.
Le cours durait depuis déjà trois bons quarts d'heure.
« Et c'est alors, dit Tocard, que j'ai pris le crâne du troll entre mes deux mains et que j'ai serré jusqu'à ce que les os craquent et que la cervelle jaillisse entre mes doigts. »
Les élèves le regardèrent avec dégoût. Sauf les filles, fascinées par tant de courage.
Il avait passé tout le début du cours à déblatérer des anecdotes sur ses exploits. Il racontait comment il avait vaincu toute sorte de créatures magiques ou d'autres thaumaturges.
Henri se demandait bien pourquoi Tocard s'en était pris à autant d'animaux. Dragons, sirènes, ou encore minotaures. Il avait fracassé des dizaines de bêtes sans raison. Peut-être avait-il simplement soif de violence.
Et comme James Bond, chaque fois Tocard se tapait une minette.
« À ce sujet, sachez que la cervelle est un organe essentiellement composé de graisse, car la matière blanche est lipidique, et qu'il n'est donc pas possible de se laver les mains uniquement avec de l'eau après un tel événement. Il faut un détergent. Vous avez sans doute déjà eu du beurre sur les mains après avoir cuisiné : avouez qu'en les rinçant, on fixe encore plus le gras sur l'épiderme. Eh bien c'est la même chose avec la cervelle de troll. »
Manifestement, c'était parti pour continuer. Encore une heure et quart de cours…
Henri décrocha quelques temps. Il jeta un coup d'œil à la salle.
Les filles buvaient les paroles de Tocard. Les garçons étaient endormis.
« Je devrais être mort, me diriez-vous. Après de telles aventures, comment puis-je encore être en vie ? En vérité, quand la grande faucheuse est venue me chercher, j'ai utilisé ma fameuse technique du coup de pied retourné, et je l'ai séché. C'est ainsi, mes enfants. »
Henri en avait marre. Tocard connaissait-il donc des techniques de combat contre toutes les créatures du monde ? Il n'y avait pas de limite ? Il avait une anecdote pour absolument tout ?
Il leva la main.
« Oui ? Henri, une question ?
– Vous savez comment tout affronter ?
– Oui, tout.
– Alors vous pouvez me dire comment affronter son destin ? »
Avec ça, il était sûr de lui en boucher un coin.
« Un bon coup de genou dans les burnes » répondit Gilbert Tocard.
