Vous n'y croyez pas, mais si ! Voilà un nouveau chapitre ! Si vous êtes toujours vivants, je vous remercie infiniment de continuer à me suivre.

Ce chapitre vous est envoyé avec amour de Russie.


L'équipage a fini par atteindre Alexandrie où ils sont partis à la pêche aux informations. Cependant, des personnes inattendues ont croisé leur chemin, comme le redoutable Colonel Smoker et Ace, le fameux frère de Luffy.


C'était une plaisanterie. Un coup monté. Une illusion. Nami et le reste de l'équipage n'en revenaient toujours pas. Comment une personne apparentée à Luffy pouvait-elle être aussi... Bien élevée, charmante, polie ? C'était tout simplement invraisemblable. Étaient-ils réellement liés par le sang ?

« Je m'excuse pour cette intrusion inattendue.

– N-Non, ne t'en fais pas, ça ne fait rien, » bégaya la navigatrice.

Ace attrapa la joue de sa petite-sœur et tira dessus sans cesser de lui envoyer des éclairs du regard. Les membres de l'équipage ne pouvaient contenir une goutte de sueur froide en songeant au sort qu'il réservait à leur capitaine, visiblement nerveux et intimidé étant donné qu'il faisait tout pour ne pas le regarder dans les yeux, ce qui avait le don de l'énerver. Finalement, l'aîné étira une dernière fois la peau avant de la lâcher brutalement, l'envoyant valser un peu plus loin.

« Merci de prendre soin de mon... Petit-frère. Il doit vous mener la vie dure.

– Tu n'imagines même pas... » marmonna Usopp.

Petit-frère.

Petit-frère.

Petit-frère.

Ce mot résonnait en boucle dans la tête de Sanji. Son corps s'était pétrifié en l'entendant. Même le frère affirmait que Luffy était un garçon. S'était-il donc lamentablement trompé depuis le début ? Trop mortifié par cette constatation, celui-ci ne remarqua pas l'expression de soulagement qui traversa le visage de son capitaine. Abattu, le cuisinier s'effondra dans un coin où il déprima seul, sous le regard blasé de son éternel adversaire. Sa vie n'avait aucun sens s'il n'était pas fichu de faire la différence entre un garçon et une fille. Autour, nul ne lui prêtait la moindre attention hormis l'épéiste, lequel roula simplement les yeux face à ce spectacle quelque peu pitoyable.

« En tout cas vous avez l'air sacrément occupés. Besoin d'aide avec ces marines ? »

Avant même de leur laisser l'occasion de répondre, Ace sauta sur sa petite barque à côté de la caravelle qu'il fit fonctionner avec son fruit du démon ; un cadeau de son père pour son vingtième anniversaire, auquel il tenait fortement. Son père biologique, lui, n'avait jamais rien fait pour son fils. Longeant la côte, les deux bateaux que les marines allaient affréter ne firent pas long feu – sans mauvais jeu de mots. L'équipage ne put que rester bouche bée face à ce spectacle pour le moins impressionnant tandis que le capitaine se frottait la joue. Voilà donc la puissance d'un commandant de l'homme le plus fort du monde. Une seule pensée leur traversa simultanément l'esprit : quelle chance de le compter parmi leurs alliés et non leurs ennemis ! Si Luffy n'était jamais parvenu à le vaincre à l'époque où il n'était qu'un humain normal, alors ils n'avaient pas la moindre chance de l'emporter à présent.

Ace aux poings ardents remonta nonchalamment sur le Vogue Merry II après y avoir accroché sa barque spéciale. Les mains dans les poches, il scruta l'assemblée, laquelle hésitait à faire le premier pas. L'homme-caoutchouc, de son côté, regardait partout sauf devant lui en sifflotant, mal à l'aise, évitant tout contact avec son aîné, lequel continuait de le scruter de ses yeux perçants.

« Est-ce que je pourrais savoir ce qui se passe ici ? »

Le pirate au caractère fougueux fronça les sourcils. Quelque chose dans cette histoire le gênait : un parrain cherchant à s'emparer publiquement d'un pays ? Les membres de la mafia agissaient toujours dans l'ombre ; en devenant pharaon, il s'exposait à des risques inutiles et pourrait perdre son titre de Capitaine corsaire en troublant de la sorte l'ordre public. Don Quichotte était bien le roi d'un pays, tout comme Hancock Boa, cependant ces deux-là constituaient des cas particuliers. De même, de ce qu'il avait entendu sur l'homme de sable, il n'était pas du genre à vouloir devenir roi ; le cas échéant, il aurait pu s'y prendre autrement étant donné son statut. Il manquait des éléments dans cette affaire pour qu'elle devienne cohérente.

« Un pirate n'est pas intéressé par la royauté. Crocodile cherche quelque chose d'autre. Une idée, princesse ?

– Non, je suis désolée. »

Ace fronça les sourcils. La célèbre disparue n'était pas nette. Elle leur cachait une information vitale qu'elle ne semblait pas emprunte à dévoiler. Quel était son objectif dans cette histoire ? Désirait-elle réellement sauver son pays ? Il ne disposait pas d'assez d'éléments pour déterminer sa véritable intention. Dans quel pétrin s'était fourré sa sœur ?

« Je suppose que je vais vous aider. J'étais venu pour retrouver Luffy et je vois que je ne peux pas le laisser seul.

– Tu rejoins mon équipage, Ace ? Super ! Eh, les gars, il faut porter un toast !

– Je ne me rappelle pas avoir dit que je rejoignais ton équipage...

– Tu dis ça juste pour manger, hein ? » grogna Sanji.

C'était peine perdue, Luffy imaginait déjà avec Usopp et Chopper le repas pour fêter l'événement. Le cuisinier, trop habitué à ce genre de situations, soupira avant de se tourner vers leur invité.

« On ne peut rien y faire... Une préférence pour le repas, Ace ? »

L'interpellé se retrouva dans l'incapacité de formuler une réponse dans la mesure où celui-ci s'était visiblement endormi sur la table de la cuisine autour de laquelle ils discutaient préalablement.

« Il dort ? s'étonna Nami.

– Génial, on dirait Zoro ! s'exclama Chopper.

– Eh ! protesta l'intéressé.

– Shishishi ! Ne vous inquiétez pas, ça lui arrive assez souvent. Il a la... euh... Papaplexie !

– Narcolepsie, » corrigea la navigatrice.

Finalement, même les plus puissants avaient leurs points faibles. Et celui-là était particulièrement dérangeant... Que se passerait-il s'il s'endormait durant un combat ? Un tel événement avait-il déjà eu lieu ? Les flammes le protégeaient-elles durant son sommeil ? N'étant pas des logias, les pirates ignoraient l'étendue du potentiel de cette catégorie de fruit du démon. Cependant, l'odeur de la nourriture parut constituer le remède pour sa maladie. Ce fut une fois à table que tous constatèrent que les deux Brésiliens étaient sans conteste frères.


« Sergent Mura au rapport ! Nous avons perdu la trace des pirates ayant semé la pagaille dans la ville. Nous pensons qu'ils traversent le désert en direction du sud, probablement jusqu'au Caire. Parmi eux, nous avons dénombré huit personnes dont Ace aux poings ardents et Zoro le chasseur de pirates.

– Zoro le chasseur de pirates ?! S'exclama Tashigi, visiblement prise de court.

– Silence », intervint Smoker.

La jeune femme ne parvenait à y croire : le célèbre chasseur de pirates s'était trouvé dans la même ville qu'elle et elle l'avait loupé ! En tant qu'épéiste et marine, elle avait à de nombreuses reprises entendu parler de ce jeune homme maniant trois sabres. Cependant, d'après les derniers rapports, celui-ci se trouvait en France. Chassait-il les pirates en Égypte à présent ? Dans ce cas, que fabriquait-il avec les criminels qui s'en étaient pris au colonel Smoker ? Les pourchassait-il ou bien avait-il viré de bord ? Une chose était certaine : elle suivrait son mentor dans leur poursuite.

L'homme de fumée fixait de son regard intimidant la jeune recrue en face de lui qui lui avait fait le rapport de la situation, ce qui le terrorisa. Après avoir débusqué un aussi gros poisson, il n'allait en aucun cas le laisser filer. Aujourd'hui, dans ce restaurant, il avait mis le pied dans une affaire des plus mystérieuses : le pitre élastique se trouvait accompagné de la princesse Vivi et de l'un des commandants de Barbe blanche. Il n'avait pas prêté attention au reste du groupe, mais manifestement le chasseur démon était à leurs côtés. Quel était leur rôle dans cette guerre qui s'apprêtait à éclater ? Assurément de semer la pagaille, dans la mesure où deux pirates au minimum étaient identifiés.

« Préparez-moi un moyen de transport, je pars à leur poursuite. Je les retrouverai directement au Caire.

– B-Bien, colonel !

– Je viens avec vous ! »

Les yeux de sa jeune subordonnée débordaient de détermination. Entendre parler de ce fameux épéiste en constituait immanquablement la source les épées l'avaient toujours fascinée. En dépit de sa maladresse, Smoker avait conscience qu'elle lui serait utile, son dévouement à son travail étant exemplaire. Ils n'avaient pas un instant à perdre, leur accueil au Caire devait être préparé dès à présent.

« Ne me ralentis pas. »


« Enfin j'arrive à te parler seul à seule, Luffy.

– A-Ace... »

Luffy savait pertinemment qu'elle n'aurait jamais dû s'éloigner du campement pour se dégourdir les jambes. Après avoir amarré le Vogue Merry II sur une côté tranquille, le groupe atypique avait entrepris la traversée du désert en direction de Yuba où se cachait manifestement l'armée rebelle en attendant la guerre. Cette dernière menaçait d'éclater à n'importe quel moment, il leur fallait donc agir vite. Après avoir marché toute la journée sous un soleil étouffant, la nuit glaciale les avait accueillis, perturbant toute leur résistance thermique. Chopper avait pris le soin d'emporter des médicaments en cas de fièvre ou de rhume. En cette période critique, aucun d'entre eux ne pouvait se permettre de tomber malade. Cela pouvait sembler exagéré, toutefois on pouvait en quelques sortes affirmer que le destin du pays reposait entre leurs mains. Ils avaient promis à Vivi de l'aider et n'avaient par conséquent pas le droit de la décevoir.

Il s'agissait d'une bien belle histoire, cependant la réalité demeurait différente. L'eau était rationnée sous ce soleil de plomb, la nuit n'était pas mieux et le sable s'infiltrait partout : dans les cheveux, les yeux, les sacs et même les sous-vêtements. Luffy aurait volontiers chevauché Long Cil, le stupide chameau que Chopper avait secouru, or Nami et Vivi se l'étaient approprié (enfin, surtout la première, en entraînant la plus jeune avec elle). Malgré la fatigue après toute cette marche dans le sable, elle ne parvenait pas à dormir elle connaissait parfaitement la raison de son anxiété : Ace. Son frère l'avait retrouvée alors qu'elle n'avait rien dit à personne. Il n'avait rien révélé sur son déguisement et jouait même le jeu, ce dont elle lui était reconnaissante. Afin de se calmer un peu, elle avait pensé se balader aux alentours plutôt que de gigoter dans tous les sens à côté de Zoro. Malheureusement, l'aîné de la fratrie avait planifié leurs retrouvailles et elle ne disposait d'aucun moyen pour y échapper.

« Je crois que tu as beaucoup de choses à dire, Luffy.

– N-Ne t'énerve pas, Ace, je vais t'expliquer ! »

L'adolescente se mit à lui narrer son aventure depuis son départ de Fuschia : son souhait de devenir un pirate et de retrouver le propriétaire du chapeau en prétextant des études en France pour devenir détective. Au fil des minutes, elle présenta les membres de son équipage, même s'il les avait rencontrés plus tôt. Par instinct, elle omit sa colocation avec Zoro avant leur emménagement chez Sanji, pressentant une réaction violente de la part de son aîné. Ce dernier l'écouta attentivement tandis qu'elle relatait ses combats sur le Baratie ainsi qu'à Kokoyashi où elle avait rencontré pour la première fois des hommes-poissons – Ace ne paraissait nullement étonné de leur existence. En temps normal, Luffy ne s'embêterait pas à faire un rapport de ce qui lui était arrivé depuis son départ du Brésil, c'était bien trop ennuyeux. Néanmoins, si elle ne parlait pas, d'horribles événements allaient se produire. Une fois son récit achevé, son interlocuteur parut songeur et ne prononça mot. De son côté, une question la taraudait.

« Hum... Qui t'a mis au courant de mon départ ? »

Sa voix trahissait sa nervosité. L'homme de feu comprenait parfaitement où elle voulait en venir.

« Ne t'en fais pas, le vieux n'est pas au courant. C'est grand-mère qui me l'a dit. La connaissant, elle va attendre qu'il daigne revenir à Fuschia pour le mettre sur le fait accompli. En revanche, elle ne m'avait pas prévenu pour tes... Changements... »

Luffy déglutit, manifestement mal à l'aise. Bien sûr qu'il allait aborder ce sujet elle l'imaginait mal accepter sans rien dire le fait que sa petite-sœur se fasse passer pour un garçon. Puisqu'elle ne pouvait pas mentir même si sa vie en dépendait, celle-ci entreprit d'expliquer les raisons d'un tel déguisement. Elle ne pouvait pas le cacher son frère, après tout. Les yeux de ce dernier s'écarquillèrent au fur et à mesure qu'elle se justifiait il n'avait visiblement pas anticipé un tel prétexte et ne pouvait que regarder sa cadette, incrédule.

« Tu... Tu n'es pas sérieuse, n'est-ce pas ?

– Si, pourquoi ?

– Attends... Tu veux dire que tu te caches pour... Ça ?

– Où est le problème ? Tu ne te rappelles pas de ce que grand-mère a dit ? »

Ace la fixa encore quelques instants avant de soupirer tout en se passant une main dans les cheveux. Luffy était folle. Totalement inconsciente. Cependant, il connaissait mieux que quiconque son côté entêté. Une fois qu'elle avait pris une décision, elle s'engageait jusqu'au bout sans faute. Il était inutile d'essayer de la convaincre de rentrer à Fuschia et de vivre la vie que leur grand-père lui avait tracée : épouser un marine et vivre dans le village avec les enfants. Le jeune homme savait que l'adolescente valait bien mieux que cela. Par ailleurs, l'imaginer en tant que paisible mère de famille lui donnait des frissons étrangement, cette image paraissait totalement surréaliste. De même, jamais il ne laisserait le vieux lui choisir un mari. Il cramerait ce dernier à la première occasion.

En dépit de son caractère ouvert quant à la situation des femmes, le commandant sous les ordres de Barbe blanche s'était senti énervé lorsqu'il avait eu vent de son départ précipité – apparemment, elle n'avait même pas dit au revoir à leur grand-mère qu'elle adorait. Lui au moins avait suivi les enseignements de Makino et avait salué tout le monde avant de partir pour le nord, aux États-Unis. Enfin, cela ne l'avait pas empêché de ne donner aucune nouvelle les trois années suivantes, jusqu'à cette fameuse lettre réceptionnée une semaine plus tôt. Avait-il eu peur de voir sa chère sœur vivre sa vie et ne plus dépendre de lui ? Depuis quand était-il devenu aussi possessif ? Luffy était parfaitement capable de se débrouiller seule, comme elle l'avait fait jusqu'à présent. Il devait apprendre à la laisser voler de ses propres ailes et ne plus interférer dans ses choix, dorénavant.


Tout semblait à la fois vide et rempli autour de lui. Il ne saurait dire s'il flottait dans le ciel ou bien était entouré de monde dans la rue. Tous ses sens étaient embrouillés et le trahissaient par leur manque de fiabilité. Cependant, parmi ce brouillard dérangeant, son ouïe paraissait distinguer au loin un son. Celui-ci aurait bien souhaité se rapprocher de la source, boire cette musique qui l'intoxiquait. Il avait besoin d'en entendre plus, d'identifier cette mélodie à la fois si triste et si joyeuse qui faisait naître en lui tant de nostalgie. S'il n'agissait pas, il se mettrait à pleurer de manière incontrôlée. Cette musique provoquait en lui des émotions qu'il ne saurait expliquer : tristesse, regret, nostalgie, espoir. C'était comme si la personne à l'origine de cet air désirait lui transmettre un message, son souhait. Si seulement il pouvait se rapprocher de la source...

« Eh, regardez, j'ai trouvé une crevette des sables !

– Ouah, super !

– Lâche ça, Luffy ! C'est un scorpion, son poison est mortel !

– Pff... »

Chopper ouvrit les yeux en réponse à ce brouhaha environnant. Il avait encore fait ce rêve il ne se rappelait plus quand ils avaient commencé. Probablement le suivaient-ils depuis toujours. Jusqu'à présent, il n'y avait jamais véritablement porté attention, les délaissant au fin fond de ses pensées à son réveil. Ce songe était toujours survenu de manière aléatoire : une fois en un an ou tous les mois durant un semestre. Toutefois, le renne avait l'impression que son rêve était plus récurrent depuis son arrivée en France, voire même qu'il se clarifiait. Auparavant, il ne ressentait pas toutes ces émotions, juste une légère nostalgie. En outre, la source de la musique se rapprochait à chaque rêve qu'il faisait. Aurait-il un jour l'occasion d'entendre distinctement cette mélodie ? Cette perspective le réjouissait et le terrifiait à la fois.

« Ah, Chopper, tu es réveillé ! » l'accueillit Luffy à la sortie de la tente.

Quelle chaleur étouffante. Le froid de la nuit dernière lui manquait déjà. Originaire du nord du Canada, il avait grandi dans des climats relativement froids et n'était pas habitué à ces températures désertiques. Il marchait autant qu'il le pouvait puis il s'allongeait sur une planche en bois que Zoro tirait afin d'économiser ses forces. La journée qui suivit s'était dans l'ensemble bien passée hormis les hallucinations de Luffy provoquées par l'eau d'un cactus qu'il avait bue. L'insouciance de leur capitaine les avait séparés avec l'épéiste de l'équipage jusqu'au coucher du soleil : leurs chemins ne se retrouvèrent qu'à la tombée de la nuit, près de ruines. Ainsi s'écoula leur deuxième journée de marche vers Yuba : sans incident majeur, en somme.

Ce fut le troisième jour qu'ils rencontrèrent le premier gros obstacle. Après avoir gagné au pierre feuille ciseau, le capitaine avait été contraint selon ses propres règles de porter tous leurs bagages jusqu'au prochain lieu de repos. Ce dernier était composé de rochers reflétant la chaleur, à tel point qu'il était possible de cuire de la nourriture dessus. Sanji était parti à la recherche de celui à la forme parfaite accompagné d'Ace, dont le pouvoir s'avérait fort utile pour cuisiner. Le reste de l'équipage avait commencé à s'installer de son côté, profitant de ce repos béni, tandis que Luffy explorait cet endroit atypique. Sautant sur un rocher, celle-ci contempla la vue autour d'elle jusqu'à entendre une petite voix non loin.

« Au secours... A l'aide... »

Haussant les sourcils, le pirate partit à la recherche de la victime avant de tomber sur un être vêtu étrangement et coincé entre deux rochers. À cette vue, elle ne put s'empêcher d'éclater de rire.

« Shishishi ! Comment t'es arrivé là ?

– De l'eau...

– Eh, les gars ! Y a quelqu'un de bizarre ici ! »

En alerte, les membres de l'équipage s'approchèrent prudemment avec Baroque Works dans ce pays, un ennemi pouvait surgir à n'importe quel moment. Cependant, en voyant l'état de la victime, Nami ordonna à son capitaine de le sortir de là tandis qu'Usopp se précipitait pour lui donne de l'eau. Visiblement déshydraté depuis un moment, l'inconnu accepta goulûment le liquide précieux. La navigatrice radine se sentit obligée d'intervenir violemment lorsqu'elle estima qu'il avait suffisamment bu eux aussi avaient besoin d'eau, ils ne pouvaient pas tout laisser au premier venu.

Le style de l'individu était tout-à-fait curieux. Vêtu d'une sorte de tutu de danse aux couleurs vives, des têtes d'oies ornaient son visage surmaquillé – le maquillage n'avait d'ailleurs pas coulé malgré la chaleur – et ses pieds. En clair, il n'existait assurément pas d'être lui ressemblant, ne serait-ce que vaguement. Et encore, ils n'avaient pas entendu son accent atypique...

« Merci de m'avoir sauvé ! Je ne comprends pas comment, mais j'ai été séparé de mon groupe. La dernière chose dont je me souvienne, c'est d'avoir bu l'eau d'un cactus. Ensuite, je me suis retrouvé coincé entre ces pierres... »

C'est un idiot, pensa chaque auditeur à l'exception de Luffy, lequel avait commis la même erreur et riait en entendant cette histoire.

« Pour vous remercier de m'avoir secouru, je vais vous montrer un tour de magie. »

L'inconnu se leva et s'approcha du capitaine qu'il frappa sans préavis. Immédiatement, les Chapeaux de paille se mirent sur la défensive.

« Qu'est-ce que tu fais ?! S'exclama Luffy en commençant à s'énerver.

– Qu'est-ce que tu fais ?! » répéta la même voix avec ce rare accent.

À la place du danseur se trouvait la tête de l'homme caoutchouc. Aussitôt, la colère naissante dans les yeux du cloné fut remplacée par des étoiles Usopp et Chopper se hâtèrent de suivre son exemple.

« Un fruit du démon... » murmura Vivi.

Cette dernière se pétrifia lorsque le cloneur présenta un panel des visages qu'il avait enregistrés tout en expliquant son pouvoir : sa main droite permettait de cloner et la gauche de retrouver son apparence originale. Cet homme avait copié le visage de son père, Cobra Nefertari. Il faisait partie de Baroque Works. Pourtant, il ne l'avait visiblement pas reconnue. Ses ordres n'étaient-ils donc pas de se débarrasser d'elle ? Trop confuse, elle fut ramenée à la réalité lorsqu'il posa sa main sur son visage et l'enregistra dans son répertoire. Elle ne sut de quelle façon réagir : si cet individu était accompagné, ils risquaient de courir au massacre, sans compter qu'il avait gagné la confiance absolue de Luffy, Chopper et Usopp. Avait-elle réellement fait le bon choix en sollicitant leur aide ?

L'ennemi continua d'amuser la galerie avec son pouvoir lorsque des appels leur furent apportés par le vent. Au loin, un groupe s'agitait toutefois, ils ne parvenaient pas à distinguer le nom qu'ils criaient. Ce fut l'homme qui le reconnut et se prépara à partir, les larmes aux yeux.

« Nos chemins se séparent, mais... Nous serons toujours amis, où que nous soyons. »

Le trio, en pleurs, le salua et le regarda s'éloigner en direction de ses compagnons de voyage puis disparaître au loin. Celui-ci rappela à quel point il était gentil et qu'ils seraient amis pour toujours tandis que Sanji et Ace revenaient pour annoncer que la viande chassée plus tôt était prête. Encore sous l'émotion de ces séparations, les trois pirates les plus jeunes se rappelèrent entre eux la jouissance des liens amicaux sincères, les yeux brillants. Ils s'étaient attachés à ce point à un inconnu qui avait juste joué avec eux ? Encore heureux que Luffy ne lui eût pas proposé de se joindre à leurs aventures, l'heure n'étant pas aux amusements. D'ailleurs, ils ne connaissaient même pas son nom. Les deux nouveaux arrivants, stupéfaits par ce spectacle, interrogèrent les trois esprits sains du regard.

« Ace ! Pleurnicha Luffy. On a rencontré quelqu'un d'exceptionnel !

– Oui ! Renchérit Chopper.

– Luffy, il faut qu'on s'éloigne au plus vite, avertit Vivi. Cet homme fait partie de Baroque Works ! »

Aussitôt, un froid s'installa dans cette partie du désert.

« Quoi ? Paniqua Nami. C'est l'un de nos ennemis et tu ne nous as rien dit ?!

– Je suis désolée, je n'ai pas trouvé l'occasion de le faire ! »

C'était toujours ainsi. Vivi les prévenait sans cesse trop tard : le cactus dont il ne fallait pas boire l'eau, les oiseaux qui volaient les affaires, les risques de tempête de sable... Celle-ci expliqua de quelle manière elle avait découvert l'identité de cet homme elle estimait qu'il devait faire partie des cinq plus puissants dans la mesure où il possédait les pouvoirs d'un fruit du démon. Affolée à l'idée d'être poursuivis, Nami entreprit à la hâte de rassembler ce qu'ils avaient déballé avant d'être interrompue par Ace.

« On ne risque rien pour le moment, affirma-t-il. D'après ce que tu nous as raconté, il ne vous a pas reconnus. Ça veut dire qu'il n'a pas été informé de votre existence par Crocodile. Sinon, il ne se serait pas dévoilé en vous montrant le visage du pharaon. »

Immédiatement, la tension retomba, même si le trio avait du mal à accepter le fait que leur nouvel ami se trouvait dans le camp opposé.

« Je propose qu'on mange tant qu'on le peut encore. Vivi, cette fois, explique-nous le système de Baroque Works pour qu'on y voie plus clair. Et il faut aussi qu'on trouve un code pour se reconnaître dans l'éventualité où cet homme prendrait l'apparence de l'un d'entre vous. »

Vivi acquiesça tandis que le capitaine faisait la course pour savoir qui serait le premier servi.


Le danseur travesti salua une dernière fois ses nouveaux amis avant de retrouver ses compagnons de route qui l'avaient énergiquement cherché depuis sa disparition. S'il n'avait pas été aussi aveugle, il se serait demandé ce qu'un groupe aussi atypique pouvait bien trafiquer dans le désert et aurait pu éventuellement arriver à la conclusion qu'ils constituaient la raison pour laquelle M. 0 l'avait étrangement convoqué. Pour la première fois, le patron de l'organisation allait se dévoiler. Son identité allait être connue des cinq grands duos. M. 2 se demandait pour quel motif le chef avait décidé de confier son secret était-ce parce que la guerre allait bientôt éclater ? N'importe qui était capable de sentir que les tensions atteignaient leur paroxysme. Était-ce pour confirmer leur fidélité dans cette dernière ligne droite ? Aucune idée, d'autant plus qu'on lui avait déjà assigné une mission : éliminer M. 3 et Miss Goldenweek.

Ces derniers avaient, d'après ce qui lui avait été communiqué, échoué dans leur tâche qui, visiblement, avait été de s'occuper d'opposants à Baroque Works. Tout contact avait été coupé, même les Unluckies avaient disparu. Enfin, de toute façon, cela ne le regardait pas, il avait juste besoin de se débarrasser de ces incompétents et libérer deux places dans la haute hiérarchie. Le reste n'avait pas d'importance, tant qu'il pouvait danser à sa guise.


Baroque Works disposait d'une organisation bien définie. Outre les vingt-cinq agents les plus forts et les Unluckies, deux mille hommes venaient grossir les rangs. Deux cents d'entre eux, les Millions, étaient chargés d'infiltrer la garde royale et l'armée rebelle, permettant de semer la pagaille le plus efficacement possible. Les mille huit cents autres, les Billions, étaient les hommes à tout faire, chargés de missions diverses : récolter des fonds, faire circuler des rumeurs dans la population... Et encore, ils ne représentaient pas le côté le plus terrifiant de cette organisation. Dans la hiérarchie supérieure existaient vingt-cinq membres plus redoutables selon que le chiffre diminuait. Il s'agissait de couples mixtes : l'homme portait un numéro indiquant son niveau, entre zéro et douze. Il était accompagné d'une femme dont le nom évoquait un jour. En l'occurrence, Vivi, alias Miss Wednesday, avait été la partenaire de M. 9. Les numéros 6 à 12 étaient nommés les agents frontiers et dirigeaient les Billions.

Puis, en-dessous du numéro cinq, la puissance des agents était décuplée : ceux-ci possédaient des pouvoir de fruit du démon et étaient en relation directe avec Miss All Sunday, la partenaire de Crocodile, aussi connu sous le pseudonyme de M. 0. Ce dernier ne s'adressait jamais directement à l'organisation et passait toujours par la jeune femme. En-dessous des chefs et au-dessus des agents frontiers se trouvaient donc les agents officiers, chargés de diriger les Millions. Lorsqu'ils échouaient, peu importait leur rang, ils se faisaient éliminer par les Unluckies (M. 13 et Miss Friday) ou bien par un agent supérieur pour les agents officiers.

L'organisation très précise faisait de cette famille un ennemi redoutable, sans compter le fait qu'elle était menée par un Capitaine corsaire.


Ace examina la princesse, pensif. Pour être parvenue à son rang, elle savait certainement bien se battre, même si elle n'en avait pas l'air, ou bien avait-elle... Il préféra ne pas évoquer ses théories pour le moment, l'heure n'était pas à semer la discorde au sein du groupe dans la mesure où la guerre pouvait éclater à n'importe quel instant il ne restait plus qu'à mettre le feu aux poudres, chose dont se chargerait à merveille Crocodile. Qui savait ce qu'il planifiait, d'autant plus que l'un de ses subordonnés pouvait prendre l'apparence du pharaon. Quel pouvoir effrayant et redoutable. Il repensa notamment à ce système de couples et à un événement qui lui était arrivé quelques jours plus tôt, à son arrivée en Égypte.


Soupirant pour la énième fois, Ace s'éloigna un peu d'Alexandrie afin de fuir la foule. Toujours aucune piste pour Luffy. Cette femme lui avait-elle fourni les mauvaises informations ? Ou bien sa sœur n'était peut-être pas encore arrivée après tout, cela dépendait de son moyen de transport. Lui avait pris l'avion en toute impunité avec sa barque personnelle dans la soute. Peu de marines étaient capables de lui poser problème avec son niveau actuel, alors pourquoi ne pas en profiter, tout simplement ? Sa sœur avait probablement opté pour le bateau, la connaissant. La mer l'avait toujours fascinée, sans doute à cause des histoires de leur grand-mère. Il ne pouvait pas dire non plus qu'il y était resté insensible. Il lui devait sa soif de liberté il fallait dire qu'elle démolissait constamment tout ce que leur grand-père s'était efforcé de leur enseigner sur les valeurs d'un bon marine. Ils formaient véritablement un couple étrange, tous les deux. Malgré tout, l'homme de feu était persuadé qu'ils n'avaient jamais songé un seul instant au divorce.

Le pirate se serait cherché une auberge où passer la nuit si, à l'écart de la ville, il n'avait pas croisé deux individus discutant d'un sujet fort douteux. Déjà, la coiffure de l'homme l'avait intrigué : ses cheveux organisés en plusieurs boucles formaient une sorte de trois. Très mince, celui-ci donnait l'impression d'être plus grand de quelques centimètres, contrastant avec la petite jeune fille à ses cotés, laquelle s'empiffrait de gâteaux. Le couple se parlait d'une façon assez étrange : à s'écouter, leur relation avait l'air d'être à la fois professionnelle et complice pourtant, en les voyant de loin, on les prendrait pour un couple. Non, plutôt parent et enfant. Cette dernière hypothèse s'avérait néanmoins erronée dans la mesure où ils se donnaient des surnoms inhabituels : M. 3 et Miss Goldenweek. Ace aurait passé son chemin si une phrase prononcée par cet homme ne l'avait pas interpellé.

« Il faut qu'on élimine rapidement cette personne au chapeau de paille, la traîtresse et leurs complices. Visiblement, M. 0 est personnellement impliqué dans cette affaire. D'après les informations données, ils devraient arriver prochainement à Alexandrie. »

Un instant. Chapeau de paille ? Des ennuis ? Le commandant n'avait pas besoin de plus de détails pour deviner que ces deux types en avaient après la vie de sa sœur. Qu'avait-elle bien pu manigancer pour s'attirer pareils ennemis en si peu de temps ? Ils ne s'étaient même pas retrouvés qu'il devait faire le ménage. Quelle poisse. Sans se faire détecter, le jeune homme s'approcha par derrière et les surprit par sa voix menaçante.

« Dites, j'adorerais en savoir plus sur cette personne au chapeau de paille.

Q-Qui es-tu ? Sais-tu qui nous sommes ? Tu vas regretter de t'être opposé à nous ! »

Ace aurait souhaité dire que le combat avait été épique, mais ce serait mentir. Ses deux adversaires avaient mangé des fruits du démon impuissants face au sien. La cire de l'homme avait fondu au contact de ses flammes, tout comme ces dernières avaient empêché la peinture de la fille de recouvrir son tatouage. Il ignorait quels étaient les effets de cette peinture mais se doutait bien qu'ils n'étaient guère plaisants. En moins de deux minutes, l'affrontement s'acheva définitivement, proclamant un seul vainqueur. Ce rapide détour ne l'avait finalement pas retardé plus que ça pour trouver une auberge. Il avait même trouvé deux étranges animaux avec des lunettes de soleil qui lui servirent de dîner.


Installée sur le dos de Long Cil avec Nami, Vivi lui raconta à sa demande une partie de son passé : la raison pour laquelle elle connaissait personnellement le chef des révolutionnaires, Kohza. Enfants, ils avaient eu l'habitude de jouer ensemble avec les autres enfants du quartier, dirigeant tous deux le Clan du sable. À l'époque, le pays était bien paisible, pour que la princesse jouât avec des roturiers. Malgré des débuts hostiles avec le jeune garçon, les deux enfants avaient fini par bien s'entendre, probablement parce qu'ils étaient tous les deux orphelins de mère et comprenaient ce manque. Leurs jeux avaient duré environ trois ans, jusqu'au drame.

Des bandits avaient tenté de kidnapper l'héritière du trône un jour où les gardes n'avaient pas pu bien la surveiller de loin. Les membres du clan s'étaient démenés pour la protéger, en particulier Kohza. Sa persistance lui avait fait gagner une vilaine cicatrice au visage avant l'intervention de Pell, l'un des gardes royaux. Vivi ne conservait qu'une peur très vive de cette époque : son ami était resté inconscient plusieurs heures au palais où sa blessure avait été traitée. Elle n'avait pas quitté son chevet jusqu'à son réveil, rongée par la culpabilité. Par sa faute, Kohza et ses autres camarades de jeu avaient vécu une expérience particulièrement traumatisante. Et, le pire, c'était qu'aucun d'entre eux ne lui en voulait.

Les deux amis se séparèrent quelques mois plus tard. Cobra confia au père de Kohza, Toto, la gestion de la fondation de Yuba, une ville dans le désert censée devenir le carrefour du pays et qui serait par la suite surnommée la ville verte. Depuis leur départ, Vivi n'avait revu aucun d'entre eux. En toute sincérité, elle aurait souhaité que leurs retrouvailles se déroulent dans de meilleures circonstances.


Yuba fut atteinte le soir du troisième jour. Auparavant verdoyante et pleine de vie, la ville n'avait pas résisté à la sécheresse. En partie ensevelie, les habitants avaient manifestement déserté. Mais où se trouvaient les rebelles ? Prise de panique, la jeune princesse descendit du dos du chameau et se mit à courir à la recherche d'un signe de vie. Arrivaient-ils trop tard ? La marche vers la capitale avait-elle déjà débuté ? La guerre avait-elle éclaté durant leur traversée du désert ? Avait-elle une fois de plus échoué, condamnant la vie de milliers de personnes ? Paniquée, des larmes auraient coulé le long de ses joues si elle n'avait finalement pas repéré un vieil homme en train de creuser. Il luttait seul contre les tempêtes incessantes de sable. Par réflexe, Vivi cacha son visage et fut vite rejointe par l'équipage.

« Excusez-moi, j'ai entendu dire que l'armée rebelle se trouvait ici... »

L'homme arrêta subitement de creuser et se tourna vers eux, les yeux luisant de colère.

« Vous aussi, vous voulez rejoindre ces bons-à-rien ? Les jeunes comme vous ne comprennent pas que le pharaon n'a jamais abandonné son pays.

– Hum... C'est que... »

Vivi se sentait mal à l'aise : l'unique habitant de Yuba ne cessait de la fixer. L'avait-il reconnue ? Par quel miracle ? Seuls ses yeux étaient découverts ! Son inquiétude s'accentua lorsqu'il lâcha la pelle et s'approcha vers elle, son regard reflétant une lueur d'espoir.

« Est-ce que je vous connais ?

– N-Non, je...

– Tu te trompes, grand-père ! Vivi n'est pas une princesse, elle ne...

– Tais-toi, abruti ! Le coupa Nami en lui assénant un violent coup sur la tête.

– Princesse Vivi... C'est donc bien vous... »

L'intéressée lâcha le tissu couvrant son visage et détourna le regard de honte. Par sa faute, cet homme se retrouvait seul et désespéré. Et encore, elle ne savait pas encore le pire qu'il s'apprêtait à lui révéler.

« Vous ne me reconnaissez pas ? C'est vrai que j'ai beaucoup changé. C'est moi, Toto ! »

Non. Impossible. Toto était un homme enrobé et plein de vie. Ce n'était pas squelettique et marqué par le temps. Qu'avait-elle fait ? Cette personne à laquelle elle s'était attachée durant son enfance subissait de plein fouet les conséquences de ses erreurs. À l'époque, elle n'avait pas su voir clair et n'avait fait qu'empirer la situation. Elle n'était qu'un monstre. Comment pourrait-elle être acceptée si la vérité venait à éclater ? Elle avait conduit ce pays à sa ruine, elle ne le réalisait que plus à chaque instant qui passait. Incapable de réprimer un sanglot, Vivi porta ses mains à son visage, l'y enfouissant.

« Je vous en prie, princesse, arrêtez-le. Arrêtez Kohza. Il ne se rend pas compte, il ne m'écoute pas. Mais vous, il vous écoutera.

– Monsieur Toto... »

Il avait raison. Elle ne pouvait pas se laisser aller de la sorte alors qu'elle se trouvait si près du but. Après tous les sacrifices qu'elle avait faits ces deux dernières années, la princesse n'avait pas le droit de les gâcher. Elle libérerait son pays de l'emprise de Crocodile au prix de sa propre vie. Elle ne lui laisserait pas le trône d'Égypte. Sa vie lui importait peu, du moment qu'elle pouvait racheter ses péchés.


« Bataille de polochons ! »

Malgré cette rude et éprouvante journée, l'équipage avait encore la force de se battre avec leurs oreillers. Tout avait commencé avec Sanji, lequel avait tenté de s'infiltrer dans le lit de la jeune héritière aux cheveux bleus. Un justicier avait tenté de l'en empêcher, puis tout avait dérapé. Ce fut ainsi que les personnes ici présentes se battirent joyeusement jusqu'à tomber de fatigue. Allongée sur le sol avec les autres, Vivi souriait. Elle ne s'était pas amusée de la sorte depuis une éternité. Pendant ce jeu, le poids pesant sur ses épaules s'était comme envolé elle avait pu fuir la dure réalité. Une réalité où elle n'avait pas le droit de s'attacher émotionnellement à cet équipage. Pourtant, elle ne pouvait s'en empêcher.

Sans s'en rendre compte, en l'espace de quelques jours, les membres de l'équipage avaient conquis son cœur et n'étaient pas prêts de s'y déloger. La princesse avait parfaitement conscience qu'elle ne devrait pas, que cette amitié n'engendrerait que des souffrances supplémentaires le moment venu. Toutefois, elle se savait égoïste. Tous pensaient qu'elle était la bonne et dévouée princesse, or c'était faux. Car, après tout, si elle était ce genre de princesse, le pays n'aurait pas autant souffert. Et, sur le chemin de la rédemption, elle devait utiliser certaines personnes : ses amis.


Dans la salle de réunion, la tension était palpable. Parmi les personnes réunies autour de la table, il était possible d'identifier plusieurs criminels notoires tels que l'assassin Daz Bones ou le travesti Bon Clay. D'autres, comme Paula, préféraient faire profil bas avec leurs activités. Les agents officiers s'étaient réunis dans le bar de celle-ci plus tôt dans la journée avant de se diriger vers le lieu de rendez-vous donné par M.0. Ce dernier avait annoncé par le biais de sa partenaire, Miss All Sunday, qu'il était temps d'entrer dans la phase finale de leur plan et de les remercier de leur fidélité en leur révélant son identité jusqu'à présent inconnue. Autant dire que cette nouvelle les avait pris de court et qu'ils n'avaient aucunement l'intention d'être absents. Tandis qu'ils attendaient le début de la réunion, ceux-ci émettaient des hypothèses sur l'identité de leur chef.

Deux partenaires au physique quelque peu enveloppé, M. 4 et Miss Merry Christmas, se distinguaient dans leurs caractères : si l'homme blond paraissait plutôt endormi, la rousse criait plus qu'elle ne proposait des idées. M. 2, alias Bon Clay, suggérait qu'il s'agît d'un travesti, ce qui lui valait les cris d'une Miss Merry Christmas outrée. Enfin, le duo le plus puissant après Crocodile et sa partenaire, M. 1, alias Daz Bones, et Miss Double-Finger, alias Paula, optaient plutôt pour un riche étranger qui souhaitait commencer son utopie par l'Égypte. Après tout, ils désiraient un grand royaume, pas juste un pays abandonné par son roi. En bref, aucun d'entre eux ne s'attendait à la révélation qui approchait.

« Je vois que vous êtes tous arrivés. »

La voix qui avait parlé appartenait à une jeune femme élégante au nez droit : Miss All Sunday. Les agents officiers la connaissaient tous bien étant donné qu'ils recevaient les ordres de M. 0 par son biais. Cependant, son rôle de porte-parole du chef arrivait à sa fin dans la mesure où celui-ci s'adresserait directement à eux. Le top 5 ne répondit pas à ses paroles, attendant de connaître le fin mot de l'histoire.

« Je vois que vous n'êtes pas d'humeur à discuter, constata-t-elle, toujours un sourire aux lèvres. M. 0, le chef de Baroque Works, se trouve actuellement assis à cette table avec vous. »

La réaction fut immédiate. Les cinq haut-gradés tournèrent la tête et purent croiser le regard de celui qui présidait la table. Depuis quand se trouvait-il là ? Non, plus important, qu'est-ce que cet homme fabriquait ici ? Il n'avait aucune raison d'être M. 0 !

« Crocodile ?

– Alors celui qui nous dirige est un Capitaine corsaire ?

– J'ai été sous les ordres d'un pirate comme lui...

– Pourquoi passer par Baroque Works pour prendre le pouvoir ? Tu ne devrais pas en avoir besoin avec ton statut ! »

Homme à la stature imposante, Crocodile laissait les questions glisser sans y prêter grande attention il s'était attendu à pareille réaction de leur part. Personne n'aurait envisagé qu'il agisse dans l'ombre avec une pareille organisation, cela défiait la logique communément admise : après tout, il disposait d'un moyen plus pacifique pour s'emparer du pouvoir avec la défaillance de Cobra. Toutefois, pour atteindre son objectif, il se devait de frapper fort. Et les agents n'avaient pas besoin de connaître la vérité quant à ses véritables intentions.

Récemment, sa popularité avait crû de manière exponentielle. Déjà connu à la base, son physique le rendait inoubliable : grand de taille, il était baraqué et portait une cape, laquelle lui conférait un certain style, sans compter le crochet qui comblait l'absence de sa main. Toujours avec un cigare à la bouche, deux longues cicatrices balafraient son visage leur origine demeurait inconnue. Ses yeux noirs rappelaient ses cheveux mi-longs coiffés en arrière. De plus, son teint mat prouvait qu'il n'était pas un étranger. Son origine égyptienne et ses prouesses avec son fruit du démon pour aider la population lui avaient fait gagner la confiance totale du peuple. Nul n'aurait idée qu'il était à l'origine des maux de ce pays, Cobra servant de parfait bouc émissaire.

Bientôt, son plan toucherait à sa fin et il obtiendrait l'objet de ses désirs c'était pour cette raison qu'il gardait Miss All Sunday, alias Robin Nico, près de lui. Il lui offrait un toit et elle ses connaissances. Ils formaient une équipe redoutable, sans compter le fruit du démon de celle-ci qui était capable d'arrêter et désarmer une armée entière d'un geste de la main. En cette phase finale, Crocodile ne pouvait se permettre aucune erreur. Avec le récent échec de M. 3 et Miss Goldenweek et la disparition des Unluckies, fidéliser les agents restants demeurait capital. Pour ce faire, il avait révélé son identité dans le but d'éradiquer leurs éventuels doutes. Il ne considérait pas cela comme une défaite dans la mesure où il gagnait bien plus en se révélant qu'en se cachant : cela nourrissait en outre leur sentiment de supériorité dans l'organisation.

« Je vous ai réunis ici pour mettre au point avec vous les missions que je vais vous confier. Vous les trouverez dans l'enveloppe en face de vous. »

Devant chaque agent, sur la table, se trouvait une enveloppe blanche cachetée avec de la cire, à l'ancienne. Celles-ci furent décachetées sur-le-champ et lues si certains souriaient en découvrant le contenu, d'autres conservaient une expression neutre. Miss All Sunday, pendant ce temps, s'était installée en face de son partenaire à l'autre bout de la table. L'homme de sable avait conscience que, de toute l'organisation, c'était elle qui savait le mieux masquer ses émotions. Nul ici présent ne lui arrivait à la cheville. De toute façon, elle connaissait déjà sa mission finale.

« Outre ces ordres, il y a certaines personnes que vous devez tuer si vous les voyez. Ils ont vaincu M. 5 et Miss Valentine. Je pense qu'ils se sont aussi chargés de M. 3 et Miss Goldenweek ainsi que des Unluckies. »

Les agents échangèrent des regards : pourquoi n'avaient-ils pas été informés plus tôt de l'existence de ces ennemis ? Miss All Sunday sortit des feuilles de papier tandis que son partenaire continuait son discours.

« Les Unluckies ont quand même pu nous transmettre le portrait de ces personnes. Parmi eux se trouve la princesse Vivi. Retenez bien leurs visages et soyez prudents, ils ont sûrement des alliés.

– Mais... Je les connais ! » s'exclama M. 2.

Les visages se tournèrent vers le travesti avec un air surpris. Celui-ci entreprit de changer son apparence, révélant la tête de chaque membre du groupe qu'il avait rencontré. Ses amis étaient donc ses ennemis... Quelle trahison, comment avaient-ils pu ? Malgré tout, son devoir passait avant cette amitié malheureusement éphémère... Le bras droit de Baroque Works photographia chaque visage qu'il dévoila avant de donner un exemplaire à chacun : ils avaient de cette façon découvert deux autres ennemis.

Dans la tête de tous les agents présents, une chose était claire : ils poursuivraient leur objectif et gagneraient cette guerre qui s'annonçait facile. Crocodile leur souhaita bonne chance tandis qu'ils brûlaient les lettres contenant les ordres finaux afin de ne laisser personne les découvrir et ainsi tout gâcher.

« On se retrouvera dans le palais du pharaon. »