Et voilà un chapitre 25, mesdames et messieurs ! Je n'ai pas grand-chose à dire, si ce n'est que cet arc n'est pas finit, malgré ce que l'on peut croire ! Je ne m'inquiète pas trop pour la réception de ce chapitre, plutôt pour le prochain en fait, ah ah…
Merci de lire celui-ci, en tout cas ! Et si vous appréciez la lecture, c'est encore mieux ! (n'hésitez pas à me le faire savoir ;D)
- Chère Lyanna, merci beaucouuuup ! Perso, c'est ton commentaire que je relis encore et encore XD Ca me fait si plaisir, je suis pas très à l'aise avec l'humour encore, alors si ça marche je suis happy ! Et oui, je suis toujours aussi sadique, mais que veux-tu ? C'est beau de torturer les persos~ Merci énormément pour ton soutient, ça m'encourage à finir cette fic (ce qui est franchement pas évident *sort les kleenex*) ! 3
Chapter 25 : Unforgivable Betrayal
Les murs n'étaient plus très étanches, nombre des pierres qui le formaient s'étaient délogées et laissaient un petit amas de terre venir souiller le sol, déjà bien sale. Des insectes courraient d'un endroit à l'autre, effrayés par la nouvelle présence mais ne voulant pas pour autant partir sans profiter des réserves de grains entreposés dans l'endroit. Des pas plus importants se faisaient entendre et un rat d'une taille impressionnante courrait d'un mur à l'autre, sa queue rosée et tordue se faisant trainer à sa suite.
L'endroit était sombre et il était rare que les créatures ayant envahit l'endroit sortent de l'ombre, toutefois, il y avait cette petite fenêtre rectangulaire placée tout en haut du mur, tout juste à la hauteur de la chaussée. Elle se différenciait des autres par le fait que bien que sa vitre soit tout aussi sale et opaque, elle laissait la lumière pénétrer à l'intérieur par sa vitre brisée. Sans doute cela avait été l'œuvre d'enfants qui en jouant avaient commis une erreur de trajectoire ; mais peut importe la raison, cela avait été il y a longtemps comme en avait témoigné l'épaisse toile d'araignée obscurcie par la poussière qui s'était chargée de reboucher l'ouverture jusqu'à leur entrée.
Cela avait été difficile de se glisser à l'intérieur, la fenêtre n'était pas très grande et la brisure du verre laissait tout juste la possibilité à un enfant de s'y glisser ; sans compté le dégout qu'avait inspiré la toile. Ils étaient tout de même parvenu à tous se retrouver à l'intérieur de ce sous-sol dégoutant et ce assez vite pour ne pas se faire repérer. Ron avait d'un coup de pied agrandit l'ouverture dans le verre et réduit à de simples lambeau la toile finement travaillée, Rin s'était alors faufilée à l'intérieur, glissant son corps par l'ouverture en veillant à rencontrer le moins possible les angles acérés de la vitre.
Elle n'avait pas songée une seconde à l'horreur qu'elle aurait du ressentir en voyant l'endroit sombre et inexploré dans lequel elle devait se laisser tomber et elle ne sentit qu'un faible picotement là où le verre creusa son bras d'une fine coupure. La petite blonde n'avait eut qu'une image en tête, le visage crispé dans la douleur du turquoise qu'Akaito portait toujours en attendant qu'elle ouvre la fenêtre pour les laisser le descendre à l'abris. Ce fut rapidement fait, elle avait dû sauter pour atteindre le loquet de sécurité puis y mit tout son poids ascendant pour le faire pivoter. Le métal rouillé avait cédé sous son poids, trop rouillé pour rester utilisable.
La fenêtre avait ensuite pivoté dans un grincement raisonnant, la figure agile du brun était descendue et se retournait aussitôt vers l'ouverture pour aider Akaito à faire descendre Mikuo dans le moins de mouvement possibles. Les autres avaient suivis peu après et depuis ils se retrouvaient à observer les créatures qui grouillaient, lorsqu'ils n'étaient pas occupés à aider avec les soins d'urgence.
Rin était enfin parvenue à stopper la perte de sang du turquoise qui venait principalement d'une coupure profonde autour de son torse. Cette image lui rappelait horriblement leur rencontre, elle pouvait d'ailleurs encore distinguer la profonde entaille dans son dos que lui avait laissé son affrontement avec Matsuda. Mais ce qui l'occupait vraiment c'était le sang qui tachait la cape de voyage qu'ils avaient placés sous la forme du jeune homme.
Elle s'afférait rapidement, jonglant entre ses blessures, elle oubliait naturellement les coupures les plus superficiels, celles plus sérieuses lui sautant aux yeux malgré le sang qui tachait sa peau et semblait vouloir la rendre hétérogène. Lors de rares moments de pauses elle voyait le visage qui perdait des couleurs ; les yeux cernés d'un bleu cadavérique ; les lèvres fermement serrés malgré le fait qu'il ne soit plus que faiblement conscient ; et cela lui suffisait à se remettre aussitôt au travail, utilisant les bandages qu'ils avaient acheté en espérant ne jamais avoir à s'en servir.
Toutefois, le fait que Mikuo soit le seul dans un état aussi sérieux représentait un petit mais réel soulagement. Les coupures de Luka n'avaient nécessité que peu de soins et elle n'éprouvait pas de grandes difficultés à se déplacer, le plus dur résidant dans l'encaissement de la douleur provoquée. Neru ne présentait que quelques égratignures, tout comme Akaito. Le rouquin profitait d'ailleurs de son état pour faire les cents pas dans la pièce. En d'autres termes il se serait déjà reçut plus d'une remarque agacée, mais personne n'en avait actuellement le courage.
L'angoisse les clouait tous dans le silence. Ils ne voulaient le dire, pourtant ils avaient peur, terriblement peur. Luka n'était pas sûre de pouvoir faire quoique soit contre cet assassin envoyé contre eux, n'ayant aucune envie de voir ses aiguilles finir une nouvelle fois dans un de ses camarades. Ceux restés sans véritable blessure se rendaient compte de leur inutilité. Et lorsque la perspective de se faire tuer par l'homme qui les attendait à l'extérieur s'écartait un peu de leur esprit, c'était la perspective d'être séparés d'un des leurs qui venait jouer avec leurs nerfs.
Le silence du brun était d'ailleurs perturbant, en temps normal il aurait dit quelque chose, n'importe quoi, pour leur changer les idées, mais il se trouvait soudain être le plus silencieux. Ils pouvaient déjà voir qu'il regrettait son choix, il aurait voulu rester en arrière et l'aurait sans doute fait sans un ordre silencieux de Matsuda qui s'était chargé de la diversion. Gakupo se chargeait de poser quelques rares questions pour tenter d'alléger l'atmosphère, cependant il n'y avait rien à y faire. Tous restaient muets comme des tombes.
Neru veillait d'ailleurs à ce silence d'or, s'étant mis en tête de s'assurer que personne ne découvre leur cachette. Placée contre le mur à droite de la fenêtre qu'ils avaient refermée du mieux qu'ils l'avaient pu, elle observait le passage un étage au dessus. Elle ne pouvait voir que les chaussures ou les pieds nus des passants les plus proches, mais le fait d'avoir un regard sur cet extérieur qui leur fournissait leur seule source de lumière était rassurant en soit.
A regarder ainsi les rayons lumineux disperser des paillettes de poussière dans la pièce, elle aurait pu oublier le regard grisé qui s'était posé dans le sien, retirant rapidement le voile de ce qu'elle avait eut tant de mal à dissimuler. Se rendait-il seulement compte de l'erreur qu'il avait commise ? Elle aurait voulu le frapper de toutes ses forces, mais la peur l'en avait empêchée. Elle s'était retrouvée figée sur place à regarder le reflet du soleil naissant sur les verres de ses lunettes, ce reflet brûlant qui lui criait que ce n'était pas le fruit de son imagination.
Néanmoins l'oubli fut fugitif. Vite chassé par une prise autour de son épaule qui s'amplifia contre sa clavicule tandis que l'arrière de son crâne et ses omoplates rencontraient le mur avec force.
« Alors tu es une espionne ? » Le bras qui la tenait en place la forçait à soutenir les yeux océans plus agités que jamais. La colère était immanquable sur le visage de Luka, ce qui la rendait encore plus imposante que d'habitude.
« Non. » Le calme dans sa voix la surprit autant qu'il agaça la rosée.
« Dans ce cas, pourquoi il te connaissait ? » La pression s'intensifia, lui bloquant la respiration mais le contact fut rapidement brisé par Akaito qui forçait Luka à reculer. Il était le seul à intervenir. Les autres observaient l'échange, se posant certainement les mêmes questions que la femme, eux cependant avaient réussis à se faire à l'idée d'attendre que la situation se calme avant de ne passer à l'interrogatoire.
« Qu'est-ce qu'il te prend au juste ? » Ah oui. Akaito était arrivé un peu plus tard. Il ne savait rien de ce qu'il s'était passé entre leur attaquant et elle. Il la croyait sincèrement innocente. Cela changerait vite.
« Ce qu'il me prend ? Cette fille à des connections avec le type qu'on est en train de fuir ! De toute évidence il la connaissait, il lui a même tapé la discussion ! Et bien sûr elle se serait bien gardée de nous dire quoi que ce soit à ce sujet. Je ne vois qu'une explication, elle nous a trahie ! Alors, dis-moi, depuis quand tu es de leur côté ? Le début sûrement. » La fin était destinée à la jeune blonde, en partie dissimulée derrière le rouquin. Sa cachette ne l'épargna cependant aucunement du ton acerbe et tranchant tel des épées.
« Il y a forcément une explication. Si elle était de leur côté il ne l'aurait pas démasquée. » Le fait qu'Akaito l'ait défendue l'avait sincèrement stupéfaite, elle aurait trouvé plus naturel qu'il s'écarte après les mots de la rosée et se tourne vers elle pour la contempler avec dégoût. Mais à la place il restait de marbre face à cette femme qu'au fond ils craignaient tous, aussi bien pour son tempérament que ses plans surprises.
« Je n'ai pas le temps de comprendre les petites disputes internes de l'ennemi, malheureusement. J'ai de plus gros chats à fouetter. » Les bras dorénavant croisés sous sa poitrine, leur offrant un peu plus de volume, la fausse voyante le foudroyait du regard, tournant toute sa colère et son incompréhension contre Akaito, en dépit de pouvoir s'attaquer directement à la concernée.
« Ce n'est pas comme si on avait tous un passé exemplaire ici ! » Les yeux rougeoyants se posèrent le temps d'un battement d'aile sur la princesse déchue qui préféra éviter le regard lourd de sous-entendu en délaissant la dispute pour resserrer un des bandages de Mikuo, resté allongé. « Comment tu peux t'arrêter à quelque chose d'aussi futile ? Dans une situation pareille ?! »
« Peut-être car on a faillit être tué il y a quelques minutes ? Ou car si on refait une erreur du genre on y passe tous ?! »
Ils ne s'étaient pas rendus compte du fait qu'ils avaient haussé le ton. La rage bourdonnait à leurs oreilles, leur faisant perdre toute appréhension de ce qui les entourait. Ils retrouvèrent toutefois aussitôt pied avec la réalité, cette misère dans laquelle ils se noyaient, alors qu'un cri déchira leur échange.
Ce cri à lui seul avait suffit à transmettre toute la peur qui avait du traverser les yeux de son propriétaire à ce moment-là. En fait, il y en avait sans doute encore plus. C'était un cri qui avait scindé en deux tout ce qui s'était trouvé sur son chemin, un cri désespéré, qui n'était pas là pour chercher de l'aide mais pour tenter de tenir à l'écart ceux qu'il atteindrait. Sa puissance suspendit les pulsations des cœurs effrayés qui recommencèrent à battre à un rythme effréné, ressentant malgré eux l'urgence communiquée.
Leurs sentiments ne suffirent cependant pas à prendre le départ, l'adrénaline s'étant vite retrouvée dispersée par une vision d'effroi. Une femme d'une trentaine d'années chutant au sol, sa joue heurta le sol de sorte à ce que son regard tombe directement en face de l'ouverture donnant sur leur cachette. Pas un seul instant ils eurent peur qu'elle ne les vende car, comme une évidence, ils savaient qu'elle ne parlerait pas sans pouvoir mettre le doigt sur la raison.
A rester ainsi sans bouger malgré la douleur qu'elle avait du ressentir, elle donnait l'impression de dormir les yeux ouverts. Mais la façon dont la lumière se reflétait en de discrets losanges sur le blanc sanguin de ses yeux et donnait l'impression de consumer la lumière qui habitait ses iris, la faible ouverture de ses lèvres et la fine coulée de sang qui s'en libérait, tout cela donnait une toute autre vue sur la femme qui les regardait fixement.
La réalisation frappa comme la surprise d'un orage un calme soir d'été. Neru, la plus proche, fut également la plus vive à constater le cauchemar. Elle était morte. Son cri resta prisonnier de sa gorge, ses deux mains étaient tout de même venues se poster en coupe devant sa bouche, leur inutilité ne la fit pas les retirer. Elle ne pouvait détacher son regard du corps inanimé et pourtant elle veillait à instaurer une distance entre elle et la fenêtre, elle recula sans faire attention à ses pas et finit par chuter, retombant sur son fessier sans chercher à se relever. Tout son corps tremblait dorénavant, signe d'abandon. Elle ne pouvait que regarder, l'ambre de ses yeux devenu deux grandes soucoupes.
Akaito et Luka venaient de définitivement laisser leur querelle de côté tandis qu'ils reculaient dans une posture semblable à celle de Neru plus tôt, plus effrayés par le sang qui coulait dorénavant à l'intérieur que par le cadavre en lui-même. La lumière ne les atteignait plus lorsque la voix teintée d'une folie flagrante se mit à appeler dans les rues, ils ne se rendirent compte que plus tard de leur chance concernant ce fait :
« Sortez de votre cachette, bande de rats ! Bientôt vous n'aurez plus nulle part où aller, vous serez les seuls survivants de cette ville. » Sa mise en garde fut suivie d'un rire de dément qui laissa des frissons parcourir les membres des fugitifs. Peu après un nouveau cri retenti, terriblement semblable au premier et ils n'eurent pas besoin de croiser un autre regard déserté de toute vie pour comprendre ce que cela signifiait.
Le silence de mort qui était tombé sur les épaules du groupe se prolongea jusqu'à ce qu'ils soient sûrs et certains que le fou furieux qui sévissait à l'extérieur se soit éloigné. Ils ne pouvaient pas en être certains, regarder trop longtemps à l'extérieur était risqué et les sons se réverbéraient d'une bien trop étrange façon entre les bâtiments pour être fiables.
« Et… qu'est-ce que nous pouvons faire maintenant ? » Demanda Gakupo d'une voix qui n'était toujours qu'un murmure, bien qu'il eu l'impression de crier à gorge déployée. La ville d'Amatsuki était tout simplement muette et amplifiait le moindre des sons. Même la marche d'un cafard isolé prenait l'échos d'une troupe entière.
« Il faudra quitter la ville. S'il nous tombe dessus nous seront en position de faiblesse. » Dit pensivement Luka, un doigt appuyé contre ses lèvres en signe qu'elle réfléchissait aussi rapidement qu'elle le pouvait. Tous se mirent à réfléchir à un moyen de sortir, chassant loin de leur esprit une pensée bien difficile à gérer dans une situation pareille. Mais Rin finit par ne plus tenir et prononça les mots qu'ils tentaient tous d'éviter :
« Pourquoi il est encore là ? Matsuda-san devait… il ne peut pas… » Elle ne put terminer cette phrase, une pression exercée autour de sa main l'ayant arrêtée et forcée à tomber dans de fines lignes turquoise qui avaient du mal à s'ouvrir d'avantage.
« Pour le moment, il faut que nous sortions d'ici, et ce le plus vite possible. » Aux mots de Luka, Gakupo ne put s'empêcher un regard en direction de Ron, prêt à le retenir s'il tentait quelque sortie que ce fut. Bien qu'au fond, il savait bien qu'il n'aurait que peu de chances de bloquer le jeune homme dans son entreprise.
Il ne fit cependant rien. Son regard resté dirigé sur un point indéfini, les évitant tous et, bien que le désarroi était aisément deviné, son visage ne trahissait aucune émotion. Il n'était qu'une page blanche en attente d'un auteur qui se refusait à figer des mots trop douloureux dans l'encre. Le violacé aurait voulu lui assurer que rien n'était certain, qu'il pouvait encore être quelque part, peut-être même le bleuté les cherchait-il en ce moment même. Mais les mots ne voulaient pas quitter ses lèvres. Ils lui paressaient d'un optimisme mal placé.
« Assez réfléchit. Il faut partir. » Tous se tournèrent vers Mikuo qui parvenait à se relever avec difficulté, ses mots se faisaient presque complètement engloutir par sa recherche d'oxygène dans ses mouvements. Une fois stabilisé sur ses deux pieds il continua : « Il a comprit qu'on avait pas pu passer les portes, peut-être même qu'il y a des gardes là bas. En tout cas il ne lui faudra pas longtemps avant de nous mettre la main dessus et dans notre état... » il eut un regard pour Luka, « nous n'en mèneront pas large. »
« Comment ? Si on a pas tenté plus tôt… » Akaito fut vite interrompu par Neru dont le regard retrouvait de sa fermeté habituelle :
« C'était car nous avions trop peur de tenter le coup et avions besoin de soins. La situation est différente. Actuellement, nous ne pouvons pas être sûrs qu'ils gardent les portes, et si c'est le cas, Luka pourra les éliminer à distance sans problème. Il n'y a qu'à faire diversion pour l'occuper. Je partirais en avance et l'attirerait aussi loin des portes que je le pourrais, pendant ce temps allez aussi vi… »
« Je t'accompagnes. » Ron se rapprocha vivement de la blonde, interdisant ainsi quiconque de le retenir. Neru aurait pu être flattée de son inquiétude s'il n'avait pas été flagrant que ses pensées étaient dirigées ailleurs.
« Et moi aussi. Un trop petit groupe ne servira à rien, il comprendra vite le traquenard. » Quelques rougeurs s'installèrent sur les joues de la plus petite en croisant la détermination d'Akaito, mais elles furent vite chassées par le regard réfrigérant de la rosée.
« Tant que l'Intendant et Rin peuvent s'en sortir, c'est le plus important, n'est-ce pas ? » Posa Neru pour contrer le manque de réaction de la femme qui semblait chercher quelque chose à redire contre sa participation.
« En effet. » Rétorqua-t-elle sèchement. « Nous nous mettrons en route moins d'une minute après vous. Tachez de le trouver avant ce temps. Et… tenez aussi longtemps que vous le pouvez. » Pour une fois, les ordres qu'elle dicta semblèrent plus difficiles à venir, leur rappelant à tous à quel point faire diversion ne signifiait pas juste prendre un peu de retard.
« A- attendez ! On ne peut pas se séparer comme ça maintenant, après tout ce temps ! Il y a forcément un moyen de tous sortir d'ici ! » Objecta soudainement Rin en tentant de trouver du soutient d'un regard.
« Rin, il faut opter pour la solution la plus sûre. Il n'y aura pas de seconde chance. » La douceur du ton de Mikuo ne put décontracter la jeune fille cependant et une main se posa avec légèreté sur ses cheveux.
« On vous rattrapera, promis. » La promesse du rouquin criait au mensonge, pourtant aucun n'eut le courage de le contredire.
« Nous avons fait tout cela pour le pays, s'arrêter maintenant serait injuste pour ceux qui attendent de l'aide. Pense aux habitants, d'accord ? »
Les dents de la jeune fille se plantèrent sans merci dans sa lèvre inférieure. Elle voulait crier après Mikuo, lui demander s'il se rendait seulement compte de l'égoïsme dont il faisait preuve. Elle n'avait jamais autant détesté les habitants de ce pays et regrettait déjà le temps où elle ne les considérait que comme des biens bons à rapporter de l'argent et développer le corps armé. Pourquoi faisait-elle tout cela au juste ? Pourquoi devait-elle une nouvelle fois perdre ceux qui lui étaient chers tout cela au nom de ce pays qui l'avait séparée de son frère adoré ?
A ses côtés, ses mains étaient serrées en de solides poings tremblants de rage, elle sentait les larmes lui monter au yeux. Des larmes d'injustice et de colère qu'elle arriva tout de même à contenir pour garder bonne figure tandis que le turquoise restait patiemment à ses côtés tout en donnant quelques derniers conseils aux trois téméraires.
Puis sans que d'autres paroles ne soient échangées, Ron, Akaito puis Neru se hissèrent à l'extérieur. Aucun au revoir n'avait été échangé, les mots auraient été bien trop durs à prononcés et auraient laissés un amère après goût d'adieu. Le malaise devint encore plus présent lorsque leur trois silhouettes arrivèrent hors de vue de la fenêtre brisée tout juste refermée dans un soucis de discrétion.
oOo
Il ne pouvait même pas dire qu'il le savait par déduction. Honnêtement, s'il n'était jamais venu lui parler, l'idée ne lui aurait pas une seule fois traversée l'esprit. Ce n'était pas aussi simple à lire que le petit jeu qui se jouait entre Mikuo et Rin, chacun refusant nettement l'idée de pouvoir être plus proche l'un de l'autre que l'autorisait la morale. L'un avait toujours été trop affectueux et l'autre trop froid. C'était un fait posé, il ne s'était jamais posé de questions à ce sujet. Du moins, jusqu'à ce que le plus jeune profite d'un moment de calme pour venir lui parler.
La journée s'était naturellement placée dans les jours importants à mémoriser et il n'avait pas d'effort particulier à faire pour que la scène se superpose à ce qui l'entourait et que la voix à peine hésitante fasse écho avec ses pensées.
Ce fut le jour même de leur rencontre explosive avec l'Intendant et sa garde du corps mal embouchée, juste avant qu'ils ne rejoignent les demoiselles du groupe et ne se rendent compte que quelque chose clochait. Mikuo et Matsuda marchaient à une vitesse soutenue qu'il aurait facilement rattrapée avec un maigre effort pour maintenir le rythme, mais un certain quelqu'un l'en avait empêché. Il n'avait rien dit, un regard avait suffit. Un regard désespéré qu'il aurait dû se promettre de questionner plus tard, mais à cet instant même, après les nombreuses tentions qui s'étaient accentués entre les deux concernés, il ne pouvait tout simplement pas repousser.
S'attendant à écouter une explication sur une quelconque querelle, bien que cela serait plus logiquement survenu après que leurs voies se séparaient la toute première fois, il lui avait demandé d'un ton qu'il voulait nonchalant ce qu'il se tramait entre le bloc de glace et son habituel canalisateur. Il avait eu un petit sursaut qui a lui seul montrait qu'il regrettait que le rouquin ait bien vu son regard fugitif et ait décidé d'essayer de le comprendre.
Un silence prolongé lui avait fait penser que le brun avait opté pour une ignorance feinte, puis il se rendit compte qu'il ralentissait de plus en plus le rythme de ses pas et qu'il l'imitait par automatisme. C'était censé, il n'allait sans doute pas discuter de ce délicat sujet à portée d'ouïe du bleuté. Dans le cas contraire ils auraient sans doute dû dire adieu à la vie.
Les deux autres continuaient leur avancée sans se rendre compte de rien. Sans doute de part le fait que résultant d'un miracle sans nom le soldat déserteur se montrait causant en compagnie de Mikuo. Il n'y avait pas à douter du fait qu'il devait se cacher quelque chose derrière ce fait, mais creuser cette question ne lui paressait pas tentant, pas alors qu'il obtiendrait vite des réponses du second parti.
Ron avait fini par immobiliser ses pas, près à parler, et Akaito voyait encore à quel point le plus jeune pouvait hésiter sur le choix de ses mots. Il passait son poids d'une jambe à l'autre, parfois passait pensivement une main le long de sa natte pour l'arranger un peu et d'autres tics semblables. Il se rappelait avoir du lui rappeler qu'ils n'avaient pas la matinée, surtout que les deux autres s'éloignaient rapidement et qu'il n'avait aucune envie de se retrouver séparés, surtout si c'était pour se faire rappeler à l'ordre par Matsuda et son ton cinglant.
Il avait alors pressé le brun qui avait eut un léger sursaut, comme si soudainement ramené à lui avec violence. Il avait ensuite dit ce qu'il avait sur le cœur sans plus de cérémonie, mais Akaito fut incapable de se sentir soulagé par ce fait alors qu'il analysait précautionneusement les mots qui lui étaient livrés.
« J'aime Matsu' ! »
Tout doute avait quitté l'esprit de Ron à ce moment précis, si bien que lui demander de répéter aurait été superflu. Mais le doute avait migré jusqu'à l'esprit du rouquin qui tentait de déceler ce qu'il pouvait entendre par là, s'attendant à un sens qui lui aurait échappé. Il dut cependant se rendre à l'évidence alors que les orbes turquoise ne le lâchaient pas, attendant visiblement une réaction quelconque.
Il n'avait rien pu sortir d'autre qu'un « et ? » bien trop naturel pour correspondre à ses débats intérieurs. Au fond, il devait sans doute espérer que le brun lui avoue être une fille, bien que sa rencontre avec l'amie de Mikuo, Ritsu, lui avait suffit de ce côté-là. Bien évidemment, la soit disant révélation n'arriva pas et à la place un sourire soulagé scinda le visage du jeune homme.
L'instant d'après il reprenait son sérieux et lui faisait part du comportement de Matsuda, précisant à quel point il se montrait cruel avec lui et rejetait ses sentiments sans bonne raison apparente. Akaito s'était vaguement demandé si c'était à cause du fait qu'ils étaient deux hommes sans y prêter plus d'attention. La révélation de Ron se jouant encore et encore dans son esprit et masquant en partie ce que pouvait bien lui dire le natté ; qui passait tantôt des qualités du bleuté à son comportement outrageux.
Cela avait été par un coup de chance indéniable que le rouquin avait pu lui dire de s'accrocher et de laisser le temps à Matsuda de se faire à l'idée et ainsi redonner un peu de confiance au brun. Après coup il s'était dit que ses mots n'avaient pas été si stupides, il ne voyait pas le garde tomber amoureux facilement, sans doute car il était toujours si renfermé sur lui-même. Il avait même un peu remis en doute l'histoire du baiser lors de la traversée, ce jusqu'au sombre épisode de la famille cannibale et le comportement surprotecteur du soldat.
Par déduction, juste à les regarder agir, est-ce que les sentiments de Ron auraient ce jour-là été plus clairs ? Il en doutait, pourtant, à voir le brun les dépasser de quelques mètres non négligeables alors que son regard perçant scannait chaque détail de leurs alentours, identifiant rapidement les étrangers qui jonchaient le sol, inanimés, cela ne faisait aucun doute qu'il ne pensait qu'à Matsuda en ayant tout oublié de leur mission initiale.
Il était lui aussi honnêtement inquiet pour le bleuté qu'il avait prit l'habitude d'entendre ronchonner ou simplement suivre le groupe en silence. Il leur avait sauvé la peau plus d'une fois dorénavant et la simple idée qu'il ait pu troquer sa vie contre la leur rendait la vision des habitants sans vie impossible à soutenir.
Se séparer avait décidément été la pire idée qu'ils eurent jamais. Comment avaient-ils pu penser qu'un seul homme serait capable de faire face à ce fou furieux qui les avait terrassés la seconde précédente ? En fait, ils n'avaient rien pensé, ils avaient juste couru pour leur vie, ayant trop peur de mourir dans cet endroit. La situation présente pointait un peu plus leur erreur, ils venaient de se séparer et malgré les promesses, il savait pertinemment que leurs retrouvailles ne dépendraient que de la merci de leur opposant.
« Kiyoteru ! » Il se tourna brusquement vers Neru qui venait de crier et se demanda comment Ron avait pu ne pas sursauter à la soudaine poussée de voix. « Espèce de lâche ! A quoi ça te sert de tuer tous ces innocents ?! » La blonde s'était stabilisée et s'orientait à droite et à gauche pour être sûre que l'homme qu'il devina être le châtain l'entende. Visiblement elle était dépassée par le temps qui défilait et le danger qui retombait petit à petit sur les épaules de leurs compagnons. « Si tu veux me tuer, ramène-toi là ! »
La situation lui sembla aussi insensée que risible. Le peu qu'il avait vu de leur assassin ne le laissait pas le voir comme un homme qui se jetterait tête la première à ce genre de provocations. Et pourtant… faisant écho avec le silence funéraire qui étouffait la ville recouverte de sang, des pas approchèrent. La réverbération du son les rendant impossible à situer avant que la forme de l'homme ne se dessine enfin parmi les bâtiments ; de fins câbles d'acier ensanglantés trainés à ses côtés en traçant de morbides figures au sol.
« Tu sais bien qu'elle m'en voudrait. » De qui parlait-il au juste ? Le froncement de sourcils de Neru lui laissa à penser qu'elle, elle savait qui était cette personne. « Rejoint nous si tu ne veux pas que je tue chacun de tes petits camarades. » A ses mots il les observa attentivement, laissant le temps à Akaito d'étendre un bras devant la jeune fille. Décidément, il avait beau être un gentleman il la protégeait bien trop ce jour-là à son goût. Sa réaction déclencha un rire chez ce Kiyoteru, vite coupé par un regard noir digne de Matsuda, lancé par le brun.
Malgré leur éloignement, le regard cendré de l'homme n'eut aucun mal à percevoir les émotions du plus jeune et cela sembla l'amusé. Il n'eut pas plus de mal à comprendre les mots pourtant restés bas de Ron :
« Où est-il ? »
Montrant qu'il avait comprit de qui il parlait, un fin sourire moqueur resta sur les lèvres du châtain ce qui fut loin de rassurer les deux autres. Pourquoi avait-il fallut qu'il pose cette maudite question ?
« Si tu parles de votre ami aux yeux rouges, il vient probablement de rendre son dernier souffle en haut d'un toit quelconque. Je me suis assuré qu'il ne puisse plus bouger avant de le laisser se vider de son sang pour m'occuper de vous. » Le grincement des dents du brun aurait convaincu quiconque de se taire. Mais il en rajouta encore. « Je dois tout de même applaudir son geste, monter là-haut était une bonne idée pour épargner les passants. Malheureusement pour lui je crois qu'il n'y était pas très à l'aise. Les épéistes sont tellement plus habitués à avoir les pieds sur terre. »
Neru détourna le regard de dégout à l'entendre parler ainsi de leur ancien compagnon, Akaito adopta une posture semblable en voyant pour la première fois des émotions concrètes se tracer sur le visage du brun. Une vue qu'il aurait préféré à jamais éviter, une expression bien trop semblable à celle de son frère qui apportait avec elle ce même sentiment d'inutilité.
« Ron, non ! » La mise en garde de Neru fut cependant inutile. Le brun ne s'arrêterait pour rien au monde, pas même pour l'inquiétude de ses amis. Il passa dans un flash d'étoffes vertes, ne leur prêtant pas un regard. Toute son attention étant concentrée sur cet homme qui attendait patiemment sa venue, ses bras croisés contre son torse dans une posture négligée.
Puis à une vitesse impressionnante, des coups commencèrent à pleuvoir sur l'homme. Leur rapidité empêchait de distinguer quels coups atteignaient leur cible ou étaient contrés par les fils tendus en un bouclier efficace qui saurait découper toute chaire se présentant trop résolument à eux. Ron laissa subitement l'idée d'attaquer avec ses poings et envoya son fémur gauche rencontrer les côtes de l'homme qui eut tout juste le temps de réduire la force de l'impacte. Quelque peu déstabilisé, il offrit la chance au brun de prendre le dessus et le conduire là où il le souhaitait : un endroit où ils ne seraient pas dérangés.
Pendant un petit moment le châtain n'avait essentiellement fait que reculer pour éviter les coups furieux qui auraient facilement pu lui disloquer un os ou deux. Ron ne s'en rendit pas complètement compte. Il frappait, encore et encore, ne ralentissant ses coups que lorsque la douleur de l'acier s'insinuant sous sa peau se faisait enfin entendre au travers de ses pensées désordonnées.
Cette douleur était d'autant plus amère qu'elle lui rappelait que ce n'était pas qu'un cauchemar. Il l'avait vraiment perdu de vue, il avait fait l'erreur de le laisser seul comme ce jour où il laissa son mentor, Eiichi, s'enfermer dans sa chambre sans prendre de dîner. L'avait-il réellement perdu lui aussi ? Il ne pouvait s'y résoudre. Peut-être que s'il frappait assez fort, il parviendrait à démanteler ce mauvais rêve.
Ce n'était plus une question d'en avoir la force ou non, il le devait, au même titre qu'il ne pouvait se résoudre à aller de l'avant sans la présence du bleuté à ses côtés. Comment pouvait-il aller au-delà de cette horrible vérité qui lui criait qu'il avait commit là sa plus grosse erreur ? Comment arrêter d'imaginer la possible tournure des évènements s'il avait combattu aux côtés de Ppoiyo plutôt que de le laisser en arrière, seul ?
Il détestait cette solitude lui-même, et pourtant il la lui avait imposée. Il était détestable.
Ses coups redoublèrent de violence la douleur dans ses poings et ses jambes se multiplia aussitôt lui laissant un arrière goût satisfaisant. Il ne méritait rien de moins. Où frappait-il exactement ? Il n'en était pas sûr, mais il était certain d'avoir par moment rencontré autre chose que les fils métalliques de cet homme exécrable. Toutefois il ne pouvait assurer que ce ne fut pas un mur ou un autre élément de ce champ de bataille.
Il ne pouvait pas stabiliser son esprit sur le duel. A chaque fois que ses yeux tombaient sur l'éclat cendré de ceux de son adversaire, il y voyait la réflexion du visage du bleuté, délaissé de toute vie et qui le fixait avec reproche. Il devait être honnête, il n'avait aucune envie de prendre la main sur cet affrontement. Ce ne fut pas tout de suite évident à son esprit, mais il s'était bel et bien isolé avec l'homme dans l'espoir d'en finir. S'il pouvait lui arracher un ou deux cris de douleurs il en serait heureux, mais la vengeance ne voulait rien dire. Le tuer ne ramènerait aucune de ses victimes, la vie n'était pas aussi simple. Il n'y avait pas de seconde chance.
S'il venait à survivre, que ferait-il ? Il était hors de question qu'il fasse comme si rien ne s'était passé, comme s'il ne l'avait jamais rencontré. C'était une pensée terriblement naïve, il en avait conscience, pourtant il restait hors de question de continuer ce voyage. Voir le monde ? Cela n'avait plus aucun intérêt. Sauver des vies ? Il n'avait pas d'intérêt dans un pays en paix s'il ne pouvait y vivre heureux.
Il donnait des coups, il se reculait parfois dans un réflexe sauveur. Néanmoins, il ne pensait pas à survivre. Il le retiendrait aussi longtemps qu'il le pourrait, car cette douleur dans ses membres l'aidait à oublier celle qui déchirait son cœur, et ce serait son cadeau d'adieu pour les autres membres du groupe. Un groupe de six, c'était quelque peu étrange à imaginer, mais pas aussi dérangeant qu'un monde sans celui qu'il aimait.
Un nouveau réflexe trop ancré dans ses muscles pour être altéré par son état d'esprit lui fit faire un pas sur le côté. Sa joue se retrouva toutefois profondément entaillée et quelques mèches de cheveux furent coupées, chutant lentement vers le sol tandis que des liens se retournaient aussitôt dans sa direction. Rapidement prisonnière, sa jambe gauche se retrouva suspendue à une corniche dépassant d'une façade et le reste de son corps fut contraint de suivre le mouvement alors que son dos rencontrait avec force les blocs de pierre constituant la bâtisse.
Il ne laissa cependant aucune plainte de douleur se faire entendre, malgré le fait que sa jambe lui donnait l'impression de vouloir se déchirer sous la pression, ignorant également le maux de tête donnés par le soudain changement de plan. Il gardait ses yeux rivés dans ceux de Kiyoteru qui s'était avancé de sorte à ce que leurs visages maintenant à la même hauteurs ne soient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
Le châtain était absorbé par les coupures qui traversaient le visage du jeune homme, si bien qu'il donna l'impression d'oublier le fait qu'il était encore conscient. Du moins jusqu'à ce que sa main droite empoigne avec force les cheveux du haut de son crâne pour l'orienter de sorte à être certain qu'il le regarde.
« Ne t'en fais pas. Tu vas rejoindre ton ami. » Les yeux turquoise se fermèrent avec résignation, l'ombre d'un sourire traversant son visage alors qu'il se prit à croire aux mots de Kiyoteru.
Un vif éclat de lumière accompagné du son d'une lame tranchant l'air l'obligèrent cependant bien trop vite à rouvrir les yeux tandis qu'il chutait irrémédiablement au sol, les liens autour de sa jambe s'étant aussitôt relâchés. Pour la première fois depuis ce qui lui parut être une éternité il vit réellement son entourage alors que ses yeux se posèrent sur la forme à bout de souffle qui se tenait dorénavant entre lui et l'homme, son épée en garde, qui n'était autre qu'Akaito.
Bien rapidement Neru arriva à ses côtés, elle aussi le souffle court tandis qu'elle se dépéchait de retirer les fins câbles d'autour de sa jambe. Le rouquin prit une seconde de plus pour respirer et d'une voix éteinte par la course qu'il avait dû faire pour arriver à temps, il jeta avec tout le méprit possible :
« Tu ne tueras aucun autre de mes amis aujourd'hui. »
Le mot 'ami' eut un drôle d'écho dans l'esprit du brun qui regardait la scène, hébété. C'était comme s'il avait regardé le tableau en oubliant la moitié des personnages représentés. Il ne remarqua qu'à peine le fait que Kiyoteru empoignait dorénavant son avant-bras, sa main droite vite recouverte de sang. Toutefois, ses pensées ne purent être poussées plus loin.
« Comme si j'avais pu laisser ce salopard gagner… »
Les trois amis tournèrent à l'unisson leur regard vers le nouvel arrivant, la voix avait été terriblement faible, bien plus encore qu'à l'accoutumée. Pourtant, que ce fut car Amatsuki était plongée dans le silence ou car cette voix était un miracle inespéré à elle seule, ils l'entendirent tous clairement et même Kiyoteru se retourna avec incrédulité.
S'aidant à marcher avec son épée rentrée dans son fourreau tenue dans sa main gauche tandis que son épaule droite le soutenait contre le bâtiment qu'il longeait, Matsuda se trouvait là. Son apparence ne faisait que renforcer l'impression de miracle que donnait son retour inespéré, de par les traits épuisés de son visage, accrut par son habituelle expression blasée, et surtout, à cause de l'impressionnante quantité de sang tâchant ses vêtements qui de toute évidence était le sien et laissait à se demander comment il pouvait encore tenir debout.
Un souffle agacé échappa au châtain tandis qu'il observait les quatre adversaires qui se présentaient à lui. Neru suivit son regard et quitta soudain le côté de Ron pour se placer de sorte à lui barrer le passage avec son couteau qui, bien qu'un peu petit, ferait l'affaire. Kiyoteru se retrouva vite encerclé par des guerriers fatigués mais prêts à ne pas abandonner et opta vite pour la solution la plus réfléchie qui était la retraite stratégique. Sans doute avait-il comprit qu'il ne ferait que s'épuiser contre eux puisque de toute façon l'Intendant qui était sa cible n'était pas dans les parages.
Il profita du manque d'attention de Ron dont le regard était toujours rivé sur la silhouette de l'ancien soldat qui aurait facilement pu être qualifié de revenant pour s'échapper de l'endroit et mettre une distance de sécurité en s'aidant de ses câbles pour aller plus vite. Personne n'y fit réellement attention. La perplexité était flagrante sur le visage du brun, pourtant il se retrouva rapidement aux côtés du bleuté, les deux autres sur les talons alors qu'ils laissaient sans remord le problème que représentait Kiyoteru de côté.
Incapable de bouger, trop effrayé que la douce illusion qui s'offrait à lui soit dispersée par un mouvement trop brusque, Ron se contentait d'observer le bleuté de la tête au pied. Celui-ci, pour une fois, fit preuve de patience et lui laissa un instant pour remettre ses pensées en ordre et, lorsque le regard turquoise se stoppa une fois de plus sur le sang qui trempait ses vêtements il passa son bras gauche –le droit étant décidément en trop mauvais état– derrière ses épaules pour le ramener contre lui.
L'agréable silence qui en suivit sut dire bien plus que n'importe quels mots. Akaito et Neru observant la scène sans pouvoir détourner des yeux un instant tandis que Ron cachait son visage contre Matsuda qui pour une fois le laissa faire avec un sourire imperceptible. La réalité des nombreuses coupures qui traversaient son corps vint soudain à l'esprit du brun qui se retrouva à se soutenir mutuellement avec le bleuté, dans un encore moins bon état, au court de cette étreinte.
Ce ne fut qu'un petit moment de paix plus tard qu'un raclement de gorge gêné brisa le calme soudain moins gênant qui englobait la ville. Les yeux carmins se posèrent aussitôt dans les siens, le mettant au défit de dire quelque chose qu'il regretterait. Il dit tout de même ce qu'il avait en tête, peu intimidé par un épéiste dans un aussi mauvais état :
« Si nous partons maintenant, nous aurons une chance de vite retomber sur les autres. Enfin, si tu penses pouvoir tenir jusque là. » Avait-il vivement ajouté en se rappelant des nombreuses blessures de Matsuda. Celui-ci ne répondit rien à son commentaire et déplaça sa main gauche jusqu'à l'épaule droite du brun pour doucement l'écarter de lui. Faisant ainsi comprendre sa réponse aux deux autres. Dans un soupire agacé qui lui correspondait bien il lança à Ron :
« Arrête de pleurer. » Son ton se faisant étonnement joueur à ses mots. Le natté passa vivement sa main devant ses yeux, inclina sa tête de sorte à dissimuler une partie de son visage derrière sa frange et protesta faiblement.
« Je ne pleure pas ! » La maigre défense fit doucement rire Akaito, son hilarité gagnant progressivement alors que son soulagement s'exprimait. Il n'arrivait pas à mesurer leur chance, il était tout simplement heureux que les évènements aient pris cette direction, heureux de retrouver le glaçon qui le mettait hors de lui et les idioties du brun. Le fin sourire qu'il aperçut sur le visage de Neru lui confirma que le sentiment était partagé.
oOo
Plus vite qu'ils ne l'auraient cru, ils se retrouvèrent tous les quatre hors de la ville. Ils n'avaient croisés personne sur le chemin, seulement des corps jonchant le sol ou affaissés au rebord de fenêtres. Ils avaient préféré ignorer ce point autant qu'ils le pouvaient, mais ne purent tout de même empêcher un certain apaisement de les gagner alors qu'ils tombèrent sur les formes étendues au sol d'hommes ressemblant étrangement à ceux qui les avaient attaqués plus tôt depuis les toits. De toute évidence l'autre partie du groupe avait réussit à faire son chemin jusqu'ici.
Cette déduction fut confirmée quand ils tombèrent sur une masse de cheveux blonds arrivant à toute allure dans leur direction. Elle courrait tout en se tournant en arrière où devait être dissimulé le reste du groupe dans les bosquets en criant « Je le savais ! Ils ont tenu parole ! » Mais elle se planta tel un piquet face à eux lorsque ses yeux tombèrent sur Matsuda, qu'elle remarquait pour la première fois. Elle prit un instant pour l'observer, voulant être sûre que c'était bien lui qu'elle voyait ainsi supporté par Akaito qui l'aidait à marcher.
Peu après, des larmes commençaient à se former aux coins de ses yeux alors qu'elle se jetait littéralement contre lui, dissimulant ses joues rougies contre la chemise encore poisseuse de sang. Ce détail ne sembla aucunement la gêner mais le bleuté l'écarta tout de même vite de lui, elle ne se vexa aucunement, trop heureuse de voir qu'il était assez vivant pour repousser l'élan d'affection. Le soudain silence de la jeune fille eut cependant le don de titiller la curiosité du reste du groupe qui sortit plus vite que prévu de leur maigre abris et autant de surprise que de soulagement se peignit sur leurs visages alors qu'ils constataient que quatre personnes étaient revenus.
« Bon, très bien, j'avoues que rester un peu plus longtemps sur place n'était pas une si mauvaise idée. » Concéda Luka avec un sourire moqueur qui pour une fois était destiné à nul autre qu'elle-même. En effet, la rosée était restée pendant de longues minutes de débat fermement campée sur ses positions demandant à ce qu'ils s'écartent au plus vite des tristes murs de la ville. Mais les deux monarques avaient tenus bon et Mikuo étant trop fatigué pour faire entendre un peu de raison avait laissé Luka plier aux regards suppliants.
« Ce ne sera pas facile, mais essayons de mettre une petite distance entre nous et Amatsuki, on ne sait jamais quand des renforts peuvent arriver. » Finit par dire Mikuo, mettant un terme aux retrouvailles. Il était facile de dire que l'idée ne l'enchantait pas, les cernes encore présentes sous ses yeux ne faisant que demander plus de repos.
Ils échangèrent des regards pour vérifier que tout le monde tiendrait le coup pour quelques kilomètres de plus et ne voyant personne s'effondrer durant ce court lapse de temps –sans doute grâce au soutient d'Akaito pour ce qui était de Matsuda– ils montrèrent leur consentement d'un hochement de tête ou d'un 'ok' presque murmuré. Ils s'en allaient, mais la ville qu'ils laissaient ne se figeait pas pour autant dans le temps, le leur rappelant d'un ultime cri perçant les nuages. Un cri solitaire qui terminait l'espoir d'Amatsuki.
Il était impossible de l'oublier, mais personne ne voulu en parler, gardant chacun leurs états d'âmes après cette difficile matinée. Le petit groupe reprit lentement la route, mais Rin ne pu se décider à avancer. Elle regardait en direction des murs de la ville, les toitures étaient d'un rouge déplacé tandis que son visage perdait au contraire ses couleurs. L'image des corps qu'ils avaient dû enjamber pour quitter les murs lui revinrent en mémoire avec un terrible arrière goût de vengeance retardataire. C'était ce qu'elle avait fait à ses propres sujets pendant plusieurs années, et aujourd'hui encore…
Un bras se posa sur ses épaules, ou plutôt s'y laissa tombé et manqua de lui faire perdre l'équilibre. Elle releva les yeux pour voir le visage de Mikuo plus près du sien que ce à quoi elle était habituée. Il regardait lui aussi en direction de la ville, comme pour lui laisser une part d'intimité malgré sa proximité.
« Je ne voulais plus de tout ça. » Sa voix ne fut qu'un chuchotis, une défense qu'elle s'était sentie obligée de formuler aussi bien pour se le rappeler que pour parer à de possibles futures accusations.
« On est là pour empêcher que cette barbarie recommence. » Avait-il répondu sans chercher à masquer le fait qu'il la reliait à ce sinistre spectacle. Sa sincérité n'était pas blessante cependant, elle ne faisait que montrer qu'il était sérieux.
Les lèvres de la jeune fille se séparèrent, prêtes à montrer qu'elle n'était pas aussi optimiste, mais elle fut coupée par le poids sur ses épaules qui se faisait plus important. Elle comprit alors que le geste n'avait pas été là que pour attirer son attention. Même s'il ne le dirait pas directement, le turquoise lui demandait de l'aide pour suivre le rythme des autres. Une pensée douloureuse pour ses blessures plus tard, elle se mettait en marche à la suite du groupe, veillant à ne pas aller trop vite pour qu'il puisse suivre ses pas.
De là où ils étaient ils pouvaient voir non sans un certain amusement qu'elle n'était pas la seule à servir de soutient pour accélérer l'avancée du groupe. Juste devant eux Luka et Gakupo avançaient côte à côte, le violacé tentant quelques regards vers une jeune femme dont les hanches ne roulaient pas avec autant d'aisance qu'à l'accoutumée.
Comme à son habitude, elle dirigea un regard perçant vers l'homme et ce fait suffit à lui faire comprendre qu'elle parvenait à deviner ses pensées. Que ce fut par un quelconque don ou simplement de l'expérience. Elle fit un effort pour redresser sa colonne vertébrale et se donner plus d'allure tandis qu'elle énonçait l'avertissement attendu :
« Essayez seulement de m'aider à marcher et je transformerais vos mains en hérissons. » A ses mots, deux de ses doigts se glissèrent sous une partie de sa robe qui était dans un bien piètre état et glissèrent une de ses aiguilles à la vue de Gakupo qui eut un mouvement de recul.
Ce fait sembla satisfaire la femme qui baissa aussi vite sa garde, bien trop occupée qu'elle était à oublier la douleur habitant ses multiples coupures pour garder ce petit jeu en tête plus longtemps. Le violacé profita alors de cette ouverture pour glisser une main le long de la hanche de Luka, la rapprochant alors sans son consentement contre lui pour lui donner un soutient faible mais présent. Le regard noir et le début de lutte qu'il reçut lui donna plus de courage que de peur pour la suite.
« Vous n'avez rien dit au sujet de gestes déplacés. »
Il s'attendait sincèrement à se faire rejeter et insulter après cet éclair d'inconscience. Toutefois, ce qu'il vit fut bien plus effrayant que tout ce qu'il aurait pu imaginer : le visage de la rosée se colora d'un rouge vif partant de ses pommettes et ses oreilles et, bien que son regard semblait essayer de creuser un trou dans le sol, les tremblements parcourant ses bras et ses mains ne laissaient rien présager de bon. Le violacé n'eut qu'une seconde pour s'écarter de la femme et la supplier de l'épargner.
Les trois suiveurs les dépassèrent alors que Luka retiraient des aiguilles du front de l'homme pour les y replanter une seconde fois, et très certainement une troisième ou quatrième fois après cela à en juger par le rouge qui marquait toujours furieusement ses pommettes.
Akaito venait de se retourner un instant pour vérifier d'où venaient les supplications de Gakupo mais les airs de gorgone de Luka l'avait vite convaincu de regarder là où il mettait les pieds. Ce simple mouvement avait cependant suffit à déplacer le bras de Matsuda passé derrière sa nuque à un endroit inconfortable et dans un petit soupire il changea pour une énième fois sa prise sur le bras gauche du bleuté. La réaction ne se fit pas attendre.
« Fais un peu attention. Tu veux ? » Matsuda avait grincé entre ses dents, étouffant la douleur de ce nouveau mouvement brusque qui lui avait donné l'impression de se répercuter dans le moindre de ses muscles. Autant dire qu'être ainsi traîné, le mot n'était pas trop fort puisqu'il ne faisait presque rien pour avancer, par le rouquin était loin de lui plaire.
« Si tu n'es pas content, tu n'as qu'à marcher seul. » Sa répartie fit pester le bleuté une nouvelle fois qui était toutefois décidé à abandonner le combat cette fois-ci. Mais l'entendre renoncer si vite ne sembla pas plaire à Ron qui marchait en tête juste devant eux. Il tourna la tête vers eux, un sourire qui ne laissait présager que le pire aux lèvres, et il lança légèrement à Akaito :
« Tu n'as qu'à le porter, Akai', il doit pas être lourd vue sa taille. »
« Viens par là Ron. J'ai encore assez d'énergie pour t'éventrer et te laisser crever dans un des buissons que tu aimes tant. » Tout aussi vite, le brun trouva bon de rajouter quelque chose sur l'état pitoyable de son amant, et surtout son incapacité, ce qui ne fit que prolonger l'échange de taquineries.
Akaito pouvait sentir son cœur tambouriner dans sa poitrine alors qu'il se demandait sérieusement s'il allait survivre à l'échange, étant la personne la plus proche du soldat armé. Il finit par craquer en sentant les muscles de son fardeau se contracter tandis qu'il essayait de s'avancer vers le plus jeune pour lui fermer le clapet.
« Ron s'il te plait, ne mets pas ma vie en danger. » Le brun se contenta de rire en consentant tout de même à reporter son attention sur l'horizon.
Personne ne fit réellement attention à la jeune femme qui trottinait silencieusement pour suivre le groupe sans pour autant chercher à rester proches de leur file. Son regard ambre était rivé vers les toits des bâtiments encore visibles par delà les murs. Sa haine pour Kiyoteru était palpable autour d'elle, ses sourcils froncés plongeaient ses iris dans l'obscurité alors qu'elle songeait à la zizanie que cela avait semé.
Il ne faisait aucun doute que personne ne laisserait passer la supposition de ses liens avec lui, surtout pas Luka, et même Akaito ne saurait la retenir car sans doute le groupe entier attendait-il d'en savoir plus. Que pouvait-elle faire maintenant ? Comment rattraper le tire ?
Cet imbécile paierait pour avoir mit des bâtons dans ses roues.
