* renvoie à Porcelaine, ** renvoie à Jusqu'ici tout va bien, *** renvoie aux deux.
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Chapitre 25
Goten fut réveillé par le froid du petit matin. Son cou protesta aussitôt. Il réalisa qu'il avait dormi dans sa voiture, dans une position impossible. Il se sentait vaseux. Après sa dispute avec Evana, il s'était laissé aller à revisiter certains bars où rôdaient encore ses vieux démons*. Il n'y était pas retourné depuis des années. Certains endroits avaient radicalement changé, d'autres étaient radicalement les mêmes.
L'un des patrons l'avait même reconnu et ils avaient discuté devant un verre. Il s'était vite rendu compte du danger de l'exercice, mais sa raison ne l'avait pas retenu. Il avait fini par rejoindre sa voiture, sans savoir comment, et s'y était endormi. Il s'étira en sortant du véhicule et chercha instinctivement un café ouvert. Il était précisément dans le bon quartier et trouva un établissement qui ouvrait tout juste. Quelques travailleurs matinaux étaient accoudés au comptoir et commentaient les nouvelles tandis que le serveur, stoïque, astiquait chaque table consciencieusement.
Il commanda un café, une aspirine et un petit déjeuner. A mesure qu'il remplissait son estomac d'un air absent, il repensa à Evana. Elle avait été furieuse, sûrement à juste titre, mais ce qu'elle avait dit sur Bra l'avait blessé. Il décida de ne plus avoir de relations suivies avec personne. Il n'était plus bon à rien dans ce domaine. Définitivement. Encore maintenant, alors qu'il devrait sûrement culpabiliser de la façon dont il avait traité Evana, il s'inquiétait pour Bra.
Il ne pouvait s'empêcher de repenser à cette brune et à ce qu'elle lui avait dit. Néro Shark n'était pas un gars pour Bra. Et alors ? Il était le dernier à appeler à la rescousse pour épargner des peines de cœur à Bra. Mais, peut-être que cette fille parlait d'autre chose que d'une simple affaire de sentiments. Et en ce moment, quelqu'un s'appliquait à collecter les ADN saïyens, et à faire brûler et exploser les appartements.
Certainement que Néro Shark n'avait rien à voir dans tout ça, c'était tout juste un petit trou-du-cul qui ne savait plus quoi faire de sa carte de crédit, en quête d'une fille assortie à son compte en banque. Mais Goten s'était convaincu qu'il devait vérifier.
Il aurait pu en parler à Trunks mais il ne voulait pas le voir lever les yeux au ciel avec un air compatissant. Trunks ne croirait pas un instant à la possibilité que les histoires de Bra aient quoi que ce soit à voir avec les magouilles du Pixie Club, autrement plus mystique que les déboires calamiteux de sa sœur.
Ayant fini de manger, il sortit son portable. Il avait envoyé un message à un de ses indic' qui lui avait déniché l'adresse de Shark. Un mec qui savait tout et ne dormait jamais. Goten se fit la réflexion qu'il ne fréquentait pas beaucoup de gens normaux. Il empocha son téléphone et se mit en route.
Le soleil était complètement levé quand il s'arrêta devant la guérite, à l'entrée de la propriété de Néro Shark. Le garde scruta sa voiture d'un œil sceptique.
- Bonjour, je voudrais voir Néro Shark, tenta candidement Goten.
- Vraiment ? Vous êtes ?
- Son. Son Goten.
L'homme entra dans sa guérite et décrocha son téléphone. Goten n'en avait pas espéré tant il avait pensé se faire refouler comme un vulgaire colporteur. Il attendit la suite des événements. Il fut encore plus surpris de voir la grille s'ouvrir devant lui mais son étonnement se mêla aussitôt d'un mauvais pressentiment.
Il remonta malgré tout l'allée de gravier et stationna sa voiture devant l'entrée. Il n'eut pas le temps d'atteindre la porte qu'une voix l'interpela.
- Monte par-là ! lui lança un jeune homme depuis la terrasse.
Goten haussa les sourcils mais s'exécuta. Il se trouva nez à nez avec le même gars qu'il avait vu sur la photo consultée sur internet.
- Néro Shark ? demanda Goten
- C'est moi. Et toi, tu es le fameux Goten, hein ? répliqua l'autre avec une pointe de sarcasme.
- Ah ? Je ne savais pas être si fameux mais si tu le dis.
Néro était pied-nu, comme s'il n'était pas tout à fait habillé, et tenait une tasse à la main, qui laissait penser qu'il était en plein petit-déjeuner. Goten observa le décor de la villa avec une certaine admiration. Il prit conscience du silence qui s'était installé et du regard interrogateur de son hôte.
- Euh… Désolé de débarquer comme ça… En fait, je cherche Bra, expliqua-t-il maladroitement.
- Pourquoi ?
Goten fut pris de court par la question à laquelle, il n'avait, d'ailleurs, aucune réponse claire à apporter. En réalité, qu'est-ce qu'il aurait à lui dire, s'il la voyait ? Il enfonça ses mains dans ses poches d'un air ennuyé.
- Hem, c'est personnel…
Néro plissa les yeux avec méfiance.
- Décidément, grommela-t-il avant de prendre une gorgée de café.
- Alors ? insista Goten qui commençait à s'inquiéter un peu.
- T'as conscience que Bra et moi, on sort ensemble ? reprit Néro.
Goten se raidit. La petite remarque de Néro lui fit comprendre qu'il savait exactement qui il était pour elle. Cela ne fit que rajouter un certain embarras à sa situation. Mais parallèlement, il ressentait un certain défi dans le ton de Néro.
- Pourquoi tu me dis ça ? T'as peur de quelque chose ? répliqua Goten, sur la défensive.
Néro sourit avec amusement et haussa les épaules.
- Bra n'est pas là, elle est sortie.
Sans se l'expliquer, Goten eut la conviction qu'il mentait. Ses airs tranquilles et conquérants lui tapaient définitivement sur le système et attisait le mauvais pressentiment qui lui nouait l'estomac depuis que la grille s'était ouverte si facilement, à l'annonce de son nom.
D'un pas résolu, il pénétra dans la maison, sans y être invité.
- Bra ! appela-t-il sans se préoccuper du mouvement de protestation de son hôte.
- N'exagère pas quand même ! grogna Néro qui le suivit avec nonchalance, sans lâcher sa tasse.
Goten lui lança un regard mauvais.
- Mademoiselle est partie ce matin, expliqua une petite voix avec un accent.
Goten s'aperçut qu'elle venait d'une minuscule bonne femme affublée d'un costume de gouvernante surannée, apparemment effrayée par sa détermination et son emportement. Il se radoucit, soucieux de la rassurer.
- Je te l'ai dit, ajouta Néro. T'es à ce point désespéré ?
Goten serra les dents. L'envie de le frapper le démangea subitement mais Néro ne paraissait pas le craindre. Il l'observait au contraire avec amusement. Goten ressortit d'un pas rageur. Néro eut à peine le temps de s'écarter de son chemin.
Il ne le lâcha pas des yeux quand il reprit sa voiture pour repartir.
Bra s'aperçut qu'elle s'était mise à somnoler, assise sur les marches inconfortables du perron. Il commençait à faire chaud. Elle se frotta les yeux avec l'impression qu'elle était là depuis une heure au moins. Elle se trouva idiote. Goten devait être chez sa copine et il était possible qu'il ne revienne pas tout de suite. Elle se décida enfin à rentrer.
A la Capsule, elle croisa sa mère qui sortait. Bulma discuta cinq minutes avec elle avant de l'abandonner. Bra n'imprima pas une seule de ses paroles. Elle se sentait très fatiguée subitement.
Elle se doucha et s'habilla avant de partir à l'assaut du frigo. Elle n'avait rien mangé depuis la veille et évalua que sa faim était à l'origine de son état de faiblesse. Bizarrement, elle éprouva le besoin d'aller voir son père, elle n'avait aucune envie de manger seule dans cette cuisine immaculée. Elle prit son en-cas et le trouva dans sa salle de musculation.
Elle l'observa un moment répéter ses gestes quotidiens, immuables, qui n'avaient aucun sens pour elle. Le voir lui rappela son rêve de cette nuit et de fait, ce jour, où il l'avait encouragée, avec une certaine jubilation, à fuir ses propres noces.
- Ça fait combien de temps que tu ne t'es pas entraînée un peu ? finit-il par demander.
Elle fit un vague signe de la main. Il cessa ses exercices et s'approcha d'elle.
- T'as une sale tête, constata-t-il, Goten est passé.
Bra tressaillit imperceptiblement, étonnée par la nouvelle. Elle voulut demander pourquoi mais perçut le regard inquisiteur de son père. Il guettait clairement sa réaction. Elle renonça à poser des questions.
- Il voulait savoir où tu étais. Il avait l'air inquiet, ajouta Végéta.
Elle cilla, avec l'impression que son père explorait son esprit et qu'il lisait ses pensées. Elle s'efforça de rester impassible.
- Il n'y a pas de raison de s'inquiéter, précisa-t-elle d'un air détaché.
Mais son cœur battait la chamade, dévoré de curiosité. Pourquoi Goten était-il venu ici ? Son besoin irrépressible de le voir et de lui parler la reprit.
- C'est exactement ce que je lui ai dit, conclut Végéta en abandonnant sa fille pour aller se doucher.
Dès qu'elle fut seule, Bra se précipita pour prendre ses clés de voiture. Elle repartit en direction de la maison de Goten. Elle se demandait soudainement si ces rêves bizarres n'étaient pas, en quelque sorte, un message de son esprit. Et elle se remémorait surtout celui où elle avait eu la très nette impression qu'il était réellement à ses côtés, ils avaient parlé, elle avait senti sa chaleur quand elle l'avait pris dans ses bras, elle avait même senti son odeur, elle en était sûre maintenant. Etait-ce pour cela qu'il était passé à la Capsule ? Etait-il possible qu'ils aient fait un rêve commun ?
Elle se gara et descendit de la voiture, avec la conviction irrationnelle qu'elle le trouverait là. Il l'attendait même peut-être. Mais son empressement déraisonné se heurta de nouveau à sa porte close et au silence entêtant de la demeure. Sa déception fut si brutale qu'elle aurait pu pleurer, stupidement.
Elle fit les cents pas, un moment, sur le perron, puis finit par s'assoir sur les marches. Il allait arriver, elle le savait. Mais il n'arrivait pas. Elle fuma une cigarette, puis deux, lentement accablée par la chaleur sourde qui s'amplifiait, gagnée petit à petit, et à nouveau, par une somnolence irrésistible. Elle avait l'impression de marcher très précisément à la limite entre la veille et le sommeil. Malgré ses efforts, son esprit glissait de manière irrépressible dans une sorte d'engourdissement.
Enfin une voiture s'arrêta devant le portail. Elle sursauta et sauta sur ses pieds. Elle retint son souffle quand le misérable portillon s'ouvrit en grinçant. Ce n'était pas Goten, c'était un homme en costume qu'elle ne connaissait pas. Elle plissa les yeux avec une méfiance instinctive. Il était aux antipodes des visiteurs qui étaient susceptibles de s'aventurer jusqu'ici.
- Mademoiselle Briefs! appela-t-il.
Elle s'approcha avec hésitation, cherchant à le reconnaître.
- On se connaît ?
- Venez avec moi. Ce n'est pas sérieux de rester ici.
- Pardon ? s'écria-t-elle avec incrédulité.
Il l'attrapa par le bras avant qu'elle puisse émerger de sa stupeur.
- Venez. Mon patron m'a demandé de vous ramener.
- Votre patron ? Qui êtes-vous ? Vous êtes malade !
Elle voulut se dégager d'un coup sec de sa poigne, mais elle réalisa qu'il la tenait plus fermement qu'elle ne l'aurait cru. Elle fit une nouvelle tentative plus énergique. Cette fois-ci, il la lâcha d'un coup et elle tomba en arrière avec un grognement de colère. Il se pencha sur elle sans perdre de temps et lui saisit le poignet.
- Ne faites pas l'enfant, venez avec moi, marmonna-t-il.
De plus près, elle s'aperçut que, sous son costume sobre, il était plutôt musclé, et son emprise sur son poignet lui confirma qu'il avait une certaine force. Elle essaya de se débattre quand il la remit debout mais la fatigue rampante qu'elle ressentait depuis qu'elle était arrivée chez Goten la vida soudainement de ses forces.
Elle n'arrivait plus à résister utilement. Elle s'agitait totalement vainement pour s'opposer à l'homme qui la tirait vers la voiture garée à l'extérieur.
Des étoiles commençaient à danser devant ses yeux. Elle s'entendait crier mais elle savait que dans ce quartier, à supposer que quelqu'un l'entende, personne ne prendrait la peine de vérifier ce qui lui arrivait. Elle entendit aussi un crissement de pneus quelque part très loin et tout d'un coup son assaillant la libéra.
Sa vision était partiellement voilée et elle ne parvenait pas à rétablir son équilibre. Elle s'écroula sur le sol à nouveau et sentit un liquide chaud et visqueux sur son menton et dans sa bouche. Un gout métallique. Elle constata aussi qu'elle avait de plus en plus de mal à respirer et la panique s'empara d'elle. Elle ressentit une explosion d'énergie proche d'elle, une colère. Elle n'arrivait pas à se concentrer sur ce qui se passait, focalisée sur son besoin d'air.
Puis le silence se fit. Elle ne ressentait plus que la chaleur assommante de l'atmosphère. Sa vision s'éclaircit progressivement, sa respiration redevint plus fluide. Elle réalisa qu'elle avait du sang sur les mains.
- Bra ? ça va ?
Elle leva les yeux, un peu perdue. Goten était là, accroupi auprès d'elle avec un air effaré. Elle porta instinctivement ses doigts à ses lèvres, elle saignait du nez.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'écria-t-il avec horreur en lui soulevant le menton, qu'est-ce qu'il t'a fait ?
Elle se retourna. La voiture, dans laquelle il avait voulu la faire monter, et dans laquelle il avait semblé vouloir s'enfuir, était là, carbonisée et fumante au milieu de la route.
- Rien, il m'a rien fait. Il voulait juste… me tirer dans la voiture… Goten... tu l'as tué, je crois.
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