I'm Your Favorite Drug
Chapitre .
Warnings : Yaoi, langage cru, drogues, vulgarités, violence, un peu de lime, un peu de lemon XD
Grimmjow poussa la porte de son loft en soupirant. Il avait décidé de couper court à une réunion avec ses dealers du quartier de Shibuya pour pouvoir rentrer plus tôt. Et ce n'était pas dans ses habitudes. Il avait encore une tonne de choses à faire, mais l'envie de rentrer et de pouvoir profiter un peu d'Ichigo avant qu'il ne s'en aille travailler avait été la plus forte. Il oublia ses partenaires qui devaient lui livrer sa marchandise le lendemain matin, ses dealers qui attendaient désormais de lui une sécurité irréprochable, et les appels incessants de Barragan qui trouvait inadmissible son retard sur les quantités d'héroïne qu'il avait commandées.
Franchement, il avait vu pire, il saurait s'en défaire demain.
Il pénétra dans le salon, après avoir demandé à Hallibel et Di-Roy de le laisser tranquille pour la soirée, et trouva l'endroit vide. Il inspecta le canapé, et les différents recoins de la pièce sans succès. Puis, il se dirigea vers la porte sur sa droite qui donnait accès au laboratoire photo d'Ichigo. La porte étant fermée, il y frappa deux coups, les sourcils froncés :
_Ichi, t'es là?
_Oui, oui! N'ouvre pas la porte!
Il sourit en écoutant la voix s'empresser de lui donner cet ordre. Il éloigna sa main de la poignée de porte et recula de quelques pas. Il pivota sur ses talons et se dirigea jusqu'au canapé lorsqu'il buta son genoux contre une surface dure. Quelque chose de forme carrée était posée là, enveloppée dans du papier kraft, reposant contre la table basse. Par chance, Grimmjow ne fit pas tomber l'objet à terre mais le ramassa tout de même pour l'observer de plus près, curieux.
Le papier fragile s'était partiellement déchiré sur un côté lorsque ses doigts soulevèrent ce qui semblait ressembler à un cadre et il déchira le reste de l'emballage. A ce moment, la porte du labo photo d'Ichigo s'ouvrit et le jeune homme apparut derrière lui :
_Grimm, je…
Mais ses mots cessèrent soudainement lorsqu'il aperçut son amant, cadre photo en main devant lui. Le bleuté observa le cliché en penchant la tête et en fronçant les sourcils. Ce coucher de soleil aux couleurs ardentes, il le connaissait. Il reconnaissait également cette plage de sable blanc et la couleur de la mer. Incertain cependant, il leva ses yeux en direction de son amant et croisa le regard ambré braqué sur lui.
_C'est ta photo, commenta-t-il sans comprendre.
Ichigo avait apparemment développé cette photographie prise en Thaïlande, l'avait mise sous verre et l'avait emballée. A quelle fin, il l'ignorait mais il commença à comprendre quand le rouquin étira un léger sourire et avança jusqu'à lui lentement :
_Je voulais t'offrir quelque chose, expliqua-t-il, un souvenir. Un beau souvenir. Et le seul moyen que j'ai trouvé c'est celui-ci.
Le bleuté garda quelques instants son regard braqué dans celui du jeune homme, appréciant la lueur fière qui y dansait, et toute l'affection qu'il avait pour lui. Puis, il retourna ses yeux sur la photographie et étira un sourire de contentement. Peu de personnes lui faisaient des cadeaux aussi spontanément. Et lorsqu'il en recevait, il savait que la personne y était obligée. Nell et Hallibel avaient pour habitude de lui offrir quelque chose pour son anniversaire, mais il savait que les deux jeunes femmes prenaient ce geste comme une obligation.
Celui d'Ichigo était innocent et purement motivé par l'amour qu'il lui portait. Et c'était rafraichissant! Pour la première fois depuis très longtemps, il se laissa gagner par un sentiment de bien-être et de gratitude.
_Merci, souffla-t-il en laissant ses doigts glisser sur le cadre de verre protégeant le papier.
Ichigo glissa un bras sous le sien et se colla contre son flanc, l'air ravi :
_C'est un beau souvenir, pour toi comme pour moi. Je voulais que ça ait du sens pour nous deux, pas seulement pour toi. Tu comprends?
Grimmjow inspira longuement par le nez puis fronça les sourcils plus sévèrement. Oui, il comprenait. Cependant, il était noyé au milieu d'un flot d'émotions trop compliqué pour pouvoir l'avouer. Il comprenait son geste et le remerciait de tout cœur. Il comprenait son envie de lui prouver qu'il y avait un autre genre de cadeau : celui du cœur. Pas celui que l'argent peut acheter. Grimmjow s'en voulait. Il avait toujours vécu dans la pauvreté jusqu'à ce qu'Aizen le trouve et s'occupe de lui. Il avait connu la misère et pourtant aujourd'hui, il se cachait derrière son argent pour le moindre soucis.
Il n'avait fait que des cadeaux coûteux à Kurosaki, qu'il avait certes appréciés mais qui n'étaient que du vent. Lui, il avait compris depuis longtemps la valeur d'un tel présent, alors que le bleuté l'avait oubliée.
Il resta longuement à observer la photo, à détailler les jeux des couleurs, l'angle parfait et à s'imaginer là, à ses côtés au moment où il avait immortalisé ce paysage. C'était un magnifique cadeau, une intention inestimable, et il savait qu'Ichigo en avait saisi la portée.
_Je ne sais pas où tu vas l'accrocher par contre, reprit Ichigo pour casser le silence. Tous les murs sont pris! Et je ne te vois pas détacher un de ces tableaux que tu as payé des millions pour…
Mais ses mots furent une fois de plus bloqué dans sa gorge, quand le bleuté s'activa. Il s'élança en direction du grand écran de télévision et le contourna, tendant ses bras en direction du grand tableau d'un artiste américain qu'il avait acquis des années plus tôt. Un peintre assez côté au moment de l'achat qui était encore célèbre, mais qui ne vaudrait jamais plus pour lui que les œuvres d'Ichigo.
D'un mouvement sûr, il ôta le tableau de ses attaches et le déposa au sol. Puis, il installa à sa place la photographie - beaucoup plus petite en taille que la décoration précédente. L'endroit était central, bien en vue dès qu'on entrait dans la pièce, primordial puisqu'au-dessus de la télévision et en face du canapé. On voyait la photo de partout dans le salon.
_C'tableau vaut p'tet' des millions, ou des milliards. Mais ça, ça a pas d'prix.
Il observa le sourire du jeune homme venir illuminer son visage et l'instant d'après, il lui sautait au cou dans une accolade étroite. Son visage s'écrasa contre son épaule et Jaggerjack étira un sourire tout aussi joyeux à son contact. Le serrer dans ses bras lui faisait un bien fou, il avait envie de l'embrasser, de le soulever du sol pour l'emporter jusqu'à la chambre avec lui et lui faire l'amour. Mais il se réfréna.
Quand Ichigo s'écarta de lui et que le froid passa entre eux, glaçant son être et le faisant se sentir si seul, Grimmjow baissa les yeux. Les résultats sanguins du roux seraient là demain, Szayel pourrait alors lui administrer à son tour le remède qui convenait. Il avait envie d'accélérer le temps, d'aller plus vite pour qu'ils soient débarrassés de cette stupide syphilis. Ou il aurait aimé pouvoir revenir en arrière, il aurait aimé pouvoir changer le passé et ne pas avoir attendu aussi longtemps avant de confronter Ichigo, avant d'acheter une danse privée avec lui. Il l'avait observé de loin pendant si longtemps, il regrettait tout ce temps perdu. S'il avait agi plus tôt, l'orangé n'aurait peut-être jamais couché avec son collègue, et ils n'auraient peut-être jamais eu la syphilis.
Mais avec des "si"...
_Mon offre tient t'jours, dit-il en prenant le visage du jeune homme dans ses mains, j'peux êt' ton modèle si t'veux.
_Mph, peut-être. J'aimerais bien oui.
_Qui sait, p'tet' qu'tu deviendras un super photographe célèbre dans quelques temps et j'pourrais revendre ta photo des millions, plaisanta-t-il.
Ichigo ricana et hocha la tête, pinçant ses lèvres en détournant ses yeux. Mais le bleuté déposa un baiser sur son front et ses grandes mains attrapèrent les épaules de la jeune personne fermement.
_Même si on m'offre des dizaines d'milliard d'yens, j'vendrai pas c'te photo.
C'était bien là ce qu'il ressentait. Ce cadeau, cette photo avait plus de valeur à ses yeux que tous les trésors du monde, parce que comme l'avait dit le jeune homme elle avait du sens pour chacun d'eux et représentait un souvenir heureux. Ce voyage en Thaïlande s'était peut-être terminé en queue de poisson, voire même de façon catastrophique, mais Grimmjow n'oublierait jamais les moments passés avec Ichigo là-bas. Et c'était tout ce qui importait.
_Je pense beaucoup à ton tatouage, tu sais, lui souffla-t-il en se plaçant face à lui.
_Oh? S'étonna l'autre en haussant un sourcil de façon comique.
_Oui, acquiesça-t-il avec un hochement de tête. J'ai toujours pensé que tu serais un superbe modèle mais…
_Qu'est-ce que t'attends pour l'demander?
Grimmjow le gratifia d'un petit sourire amusé et se dégagea de la main de son amant. Il ignorait pourquoi le jeune homme ne le lui avait jamais demandé et face à son visage étonné, il sourit plus largement. Ichigo était le genre borné; s'il avait décidé que le bleuté refuserait certainement de poser pour lui, alors il ne revenait pas sur sa décision de ne pas lui demander. Grimmjow pensait que c'était idiot, ils étaient devenus si proches récemment, il ne devrait pas avoir à hésiter comme ça.
_C'est juste que… je sais que tu aimes rester dans l'ombre, lui avoua Ichigo en haussant les épaules. Te prendre en photo ça serait… casser ton anonymat qui va de paire avec ton job, non?
_T'as b'soin d'prendre ma gueule? Mon tatouage est dans mon dos, t'sais.
Le rouquin ricana et hocha la tête de manière étonnée, mais Jaggerjack ne lui laissa pas plus de temps pour tergiverser. Il se dirigea jusqu'au canapé et tira sur les boutons de sa chemise après avoir retiré sa cravate qu'il déposa sur la table basse. Puis, il ouvrit sa ceinture et son pantalon afin de pouvoir le baisser sensiblement, laissant apparaître la panthère dans son dos.
Ichigo était resté figé, ses yeux écarquillés braqués sur le tatouage. Mais Grimmjow savait parfaitement combien il voulait le photographier, il ne faisait que prendre les devants. Et puis, quelque part, il sentait une certaine fierté à devenir le sujet d'intérêt du jeune homme. Mieux valait lui qu'un autre type. Et il ne pouvait jouer les innocents : son tatouage avait toujours fasciné ses amants.
_Je reviens! S'écria soudain Ichigo en retournant à toute vitesse dans son labo.
Il en ressortit son appareil photo en main, son regard sérieux et ses sourcils froncés. Nul doute qu'il prenait cette séance plus qu'au sérieux et le bleuté se contenta de rester là, assis sur le canapé. Il déposa ses coudes sur ses genoux, de façon à se pencher en avant, dégageant son dos du dossier du canapé et le jeune artiste se plaça derrière lui.
_Est-ce que… t'veux qu'je m'mette comment? Demanda le yakuza, incertain.
_Pivote légèrement sur la gauche, en direction de la fenêtre… non, non, ton dos en direction de la fenêtre, lui suggéra-t-il.
_Okay.
_C'est pour la lumière, je veux pouvoir capter la couleur de ton tatouage au maximum pour pouvoir retoucher au mieux la photo.
Grimmjow ne dit rien, n'y connaissant strictement rien. Il se laissa faire, exécutant les ordres de ce jeune photographe qui savait visiblement trop bien ce qu'il voulait. Il lui demanda si ça le dérangeait qu'on le voit de profil, mais le bleuté s'en contrefichait. Il lui fit donc allumer une cigarette qu'il porta à sa bouche, sa main droite hors champ. Quant à son autre main, elle se trouvait dans ses cheveux, accentuant ainsi les muscles de ses bras et de ses épaules.
Ichigo prit plusieurs clichés de cette position, puis lui demanda de prendre la cigarette en main et d'expulser la fumée. Grimmjow se sentait plus à l'aise qu'il ne l'aurait cru, lui qui n'avait guère été friand du regard des autres sur lui. Le regard d'Ichigo était différent. Il se surprit à se prendre au jeu et à enchaîner lui-même différentes postures, tournant même son visage en direction de l'objectif. Ichigo ne cessait de prendre des clichés, son tatouage toujours en ligne de mire, et Jaggerjack l'observa venir s'asseoir près de lui.
_Je vais le prendre de près, juste… parce que je l'aime beaucoup, souffla-t-il.
Grimmjow ne pipa mot, et le laissa photographier en gros plan son tatouage si unique. Il ne laisserait probablement personne d'autre le regarder ainsi, l'étudier et l'utiliser. Mais Ichigo avait tant fait pour lui, il avait donné beaucoup, il ne pouvait rien lui refuser. Se laisser prendre en photo allait au-delà de ses principes, mais pour lui il avait depuis longtemps laissé tomber ces principes-là.
Quand les flash s'arrêtèrent et que le jeune homme délaissa son appareil sur la table basse, Grimmjow réfréna son envie de voir les clichés immédiatement. Il était curieux, il voulait savoir, mais il ravala son impatience et laissa place au silence confortable qui les enveloppa tous les deux.
Les doigts d'Ichigo parcouraient la peau de son dos, traçaient les contours de la bête dessinée à l'encre noire sur sa peau, et il ne pouvait réprimer les frissons qui l'envahissaient. Sentir sa main sur lui lui faisait un bien fou, comme si ca faisait des mois qu'il n'avait pas ressenti ce contact.
Étrangement, il pensa que le jeune homme devait lui aussi penser et expérimenter les mêmes sentiments. En effet, au fil des secondes, le contact de ses doigts s'intensifia, s'attardant à caresser son dos, puis ses reins pour remonter sur ses épaules. La respiration du jeune homme à ses côtés s'était accélérée et Grimmjow se calqua sur ce rythme endiablé, le poussant enfin à se tourner vers lui, le cœur battant. Leurs regards se croisèrent à nouveau et il ne s'y trompa pas, dans les yeux ambrés flottait la même lueur de désir et d'envie irrépressible que la sienne. Il l'observa pincer ses lèvres en se demandant que faire, ils avaient conscience tous deux qu'être aussi proches ne pouvait les aider à garder cette abstinence dont ils devaient pourtant faire preuve jusqu'à nouvel ordre.
Mais la tentation fut la plus grande, et Grimmjow se pencha vers lui pour attraper sa nuque et plaquer ses lèvres contre les siennes. Ichigo manqua pousser un cri de surprise, qui s'étouffa dans sa gorge sous l'intensité du choc entre leurs bouches. Pourtant, il répondit à son baiser tout aussi passionnément. Et le cercle vicieux s'enclencha sans qu'aucun d'eux puisse l'en empêcher.
Ils basculèrent sur le canapé, Grimmjow au-dessus du jeune homme, ses mains s'activant à se faufiler sous son tee-shirt, pressées. Sa bouche glissa le long de la mâchoire de Kurosaki, de son cou, puis de sa clavicule, s'activant avec envie sur sa peau. Ichigo haletait, tirant sur les cheveux bleus par moment, mais incapable de lui ordonner d'arrêter. Jaggerjack n'y pensait même plus, son cerveau obnubilé par l'envie qui le prenait à la gorge, l'envie de le posséder à nouveau.
Le bleuté plaqua enfin son érection palpitante contre le bassin d'Ichigo, mordant allègrement dans son cou en lui arrachant un gémissement sourd. A ce moment, le corps du plus jeune se raidit et il l'entendit souffler :
_Non, on ne devrait pas…
Mais ses mots n'eurent aucun effet sur l'élan du yakuza. Au contraire, son refus et son envie de se débattre allumèrent de plus belle l'envie de Jaggerjack. Si bien qu'il se saisit des poignets de son amant pour bloquer ses gestes. Il pouvait sentir son érection sous son jean, il n'était pas bête, il savait qu'il en mourrait d'envie tout comme lui.
Il commença à frotter son bassin contre le sien, d'abord lentement puis de plus en plus fort, de plus en plus vite. La friction créait une chaleur suffocante dans son pantalon et il aurait aimé pouvoir s'en défaire, mais il n'avait pas complètement perdu la tête. Peut-être ne pouvaient-ils plus avoir de rapports, peut-être ne pouvaient-ils même plus se frotter peau contre peau, mais au moins ils pouvaient faire ça.
La frustration était grande, immense même, mais comment surmonter un désir pareil, une envie dévastatrice de cet ordre? Il ne le savait pas. Et Oscar Wilde l'avait bien dit; le seul moyen de se délivrer de la tentation, c'est d'y céder. Et là, il y avait plus que bien cédé… Il se démenait au-dessus du rouquin, frottant son bassin contre le sien si fort que leurs deux sexes étaient pressés et serrés presque douloureusement. Mais même la douleur, au point où ils en étaient, pouvait s'avérer très agréable.
_Grimmjow…, gémit la jeune personne en agrippant le cuir du canapé à pleines mains.
Son visage était crispé, ses yeux fermés et ses joues délicieusement rougies. S'il était comme lui, nul doute que Kurosaki ne devait guère être loin de la délivrance. Pourtant, ce n'était pas assez, c'était trop peu, il voulait plus. Où était le mal s'ils avaient tous deux la syphilis? Ils ne risquaient pas d'infectés quelqu'un d'autre!
Il souleva son corps soudainement, et plaqua sa main contre l'entrejambe d'Ichigo, lui arrachant un profond gémissement de surprise. Enfermant la bosse brûlante et dure dans sa main, à travers le tissu, il y appliqua une forte pression, comme il avait pu le faire précédemment. Mais contrairement à son bassin qui ne lui permettait pas d'appuyer là où ça faisait du bien, sa main elle, pouvait bien mieux le caresser.
Ichigo ne perdit pas de temps et en fit de même, amenant sa main contre l'entrejambe du bleuté. Tous deux haletant frénétiquement, leurs gestes de plus en plus rapide, ils furent surpris par la rapidité avec laquelle ils atteignirent le septième ciel. Grimmjow fut le premier, son corps tendu tel un arc, un profond gémissement rauque se coinçant dans sa gorge au moment de la délivrance. Il retomba sur le corps d'Ichigo au moment où ce dernier touchait à son tour l'ultime délivrance, bouche grande ouverte, joues écarlates et un cri profond et sourd s'échappant de sa bouche.
Grimmjow sentait que son monde tournait, le sang qui tapait à ses tempes faisait tourner sa tête et le rendait nauséeux. Haletant et le cœur battant, et il tenta de se redresser pour se dégager, mais il en fut incapable. Cependant, le roux ne protesta pas et reprit lentement sa respiration avant de dire :
_Trois minutes...? Quatre...?
Le bleuté ricana, avec le peu de forces qui lui restaient et roula pour tomber assis par terre, sur le tapis à côté de la table basse. Il se moquait du temps record que ça avait pris, le fait était qu'il n'avait pas pu se contrôler. Une simple pression de la main d'Ichigo au bon endroit et il était partit en vrille. Il se sentait quelque peu satisfait, mais pas complètement. Ce n'était pas le même genre de satisfaction qu'après avoir pénétré Ichigo, il se sentait incomplet, comme s'il n'avait fait que la moitié d'une chose.
Matériellement parlant, rien ne leur interdisait d'avoir des rapports, si ceux-ci étaient protégés comme il le fallait. Mais Szayel avait préféré prôner la prudence tant que les résultats d'Ichigo n'étaient pas encore connus. Un préservatif déchiré pouvait arriver si vite, et Jaggerjack n'avait nullement envie d'être responsable de l'infection du rouquin, même s'ils savaient tous qu'il avait 99% de chances de l'avoir déjà. Et de toute façon, il n'aurait certainement pas pu attendre d'avoir enfilé une capote, ou d'avoir préparé son partenaire, il avait joui si vite aujourd'hui...
Grimmjow avait laissé Ichigo dormir et s'enferma dans son bureau, tôt ce matin-là. Tout ce qu'il avait laissé de côté la veille demandait maintenant la plus grande des attentions et ce n'était pas le moment de se tourner les pouces. Cette journée était importante, il se faisait livrer une quantité importante de marchandises, directement de Chine et il la réceptionnerait lui-même pour constater la qualité des produits. C'était la première chose sur son agenda.
_J'ai demandé à Di-Roy d'être prêt avec la voiture pour neuf heures, Grimmjow-sama, lui annonça son secrétaire.
_Très bien, j'serai prêt. Hallibel est là?
_Oui, elle est ici.
_Fais-la entrer.
Jaggerjack retomba contre le dossier de son siège et entrelaça ses doigts devant son visage. Hallibel fit son entrée et il resta tout aussi imperturbable, concentré. Elle avança jusqu'à lui et le salua respectueusement comme tout autre yakuza le faisait. Grimmjow avait reçu des remarques assez piquantes en engageant des femmes pour travailler avec lui. Ce n'était pas ce qui se faisait dans la tradition yakuza, les femmes pouvaient faire partie du clan, mais seulement en épousant les yakuzas qui en faisaient partie. Elles ne prenaient jamais part aux affaires, mais étaient dédiées à s'occuper de la maison et des enfants. Grimmjow lui, voyait ça différemment.
Dans son business, la discrétion était primordiale, la pierre angulaire de son succès. Il était simple d'identifier un yakuza par ici, il était aussi plutôt facile de connaître son clan d'appartenance. A Tokyo, si vous n'êtiez pas du Yamaguchi-Gumi alors vous faisiez forcément partie d'un petit clan, ou gang, tentant de défier la suprématie du plus fort clan de yakuza du Japon. Mais si vous faisiez partie du Yamaguchi-Gumi, on vous reconnaissait, par les endroits que vous fréquentiez, les gens que vous rencontriez, même votre façon de marcher et de vous tenir. Cependant, les femmes elles, n'attiraient jamais l'attention de cette façon. Personne ne s'attendait à ce que Grimmjow Jaggerjack, baron de la drogue et l'un des plus important membre du clan utilise des femmes pour faire le sale boulot. Or, c'était le cas.
Les yakuzas traditionnels avaient des règles, tout comme eux en avaient. Et l'une d'elle incluait que s'attaquer à une femme, lui faire du mal ou l'agresser était une transgression, un crime. Le bleuté aimait à ricaner en pensant à ça. Hallibel et Nell étaient probablement plus dangereuses à elles deux que tous les petits gangs autonomes de la capitale réunis. Mais ça, personne ne le savait. Ses ennemis s'étaient fait avoir plus d'une fois en s'attendant à se retrouver confrontés à des hommes, des mastodontes, comme il était coutume de trouver dans les autres clans. Personne ne s'attendait jamais à devoir affronter une femme. Et la surprise était toujours une arme de destruction massive.
_Vous m'avez fait demander, Grimmjow-sama?
_Mmm, acquiesça-t-il, assis-toi.
Elle hocha la tête et prit place dans le large canapé qui faisait face au grand bureau du yakuza. Comme d'habitude, elle était silencieuse et grave, ses yeux clairs braqués sur lui en attendant ses ordres. Grimmjow se leva et inspira profondément en prenant appui sur le fauteuil, tout près d'elle :
_J'veux qu't'ailles dans nos quartiers, j'veux qu'tu rencontres nos dealers, pas tous, mais les plus importants. J'veux connaître chaque incident ent' gang, en't clan. J'veux tout savoir, même si la seule dispute qu'y a eu en deux ans c'est pour un p'tit joint ou un bout d'trottoir.
_Vous voulez un... rapport sur la sécurité des dealers?
_Ouais, plus ou moins.
Il inspira à nouveau et laissa son regard flâner sur les murs de la pièce. Ce rapport avait été demandé par la direction du clan, mais il ne pouvait le faire lui-même. Un sous-chef du Yamaguchi-Gumi ne se rendait pas auprès de ses travailleurs pour leur demander s'ils allaient bien. C'était un travail pour un bras droit, et tout dédié à Hallibel. Elle était respectable, convaincante et il lui faisait confiance.
_En lien avec les attaques du cartel thaïlandais? Demanda-t-elle.
_Celles d'Unohana, ouais, avoua-t-il en hochant la tête. Mon instinct m'dit qu'elle a eu des complices. Aussi incroyable soit-elle, on rent' pas comme ça sur l'territoire du clan. Comment elle a franchi les frontières? Elle est sûrement passé par d'aut' p'tits gangs, p'tet' pour leur d'mander d'l'aide, p'tet' à leur insu.
Hallibel acquiesça d'un hochement de tête grave, sans détourner ses yeux de lui. Il pouvait lire dans son regard qu'elle faisait les mêmes déductions, qu'elle était d'accord avec sa façon de voir les choses. Grimmjow savait qu'il mettait les pieds dans quelque chose de dangereux, si cette enquête s'avérait fructueuse, alors ils auraient à faire à ces petits clans et gangs et fermeraient leurs frontières. Une guerre entre le Yamaguchi-Gumi et le reste de la pègre serait alors fortement envisageable. Néanmoins, si ces recherches ne donnaient rien, alors il aurait sans doute la preuve qu'Unohana était plus dangereuse que Kenpachi pour sûr.
Un clan yakuza établit dans une ville a des frontières, un espace délimité sur lequel il "règne". Celui du Yamaguchi-Gumi, grandement connu des autres petits clans de par la ville, n'a jamais été infiltré sans autorisation. Pour qu'un yakuza appartenant à un autre clan ou autre gang daigne mettre les pieds dans un de leur territoire, il lui fallait une autorisation, un traité écrit entre les chefs, ou Oyabun, des clans concernés. Et à sa connaissance, Jaggerjack savait que le Yamaguchi-Gumi n'en avait aucun avec ces autres clans. Chaque frontière était ponctuée de commerces dont les dirigeants travaillaient avec eux, leur donnaient les informations qu'ils voulaient contre protection de leur part. Leur réseau était étendue, et le bleuté savait que s'il cherchait des informations précises il n'aurait qu'à se tourner vers ces commerces de frontière.
Il était également inquiet concernant l'envie de la direction de reprendre contact avec le cartel thaïlandais. C'était une mauvaise idée selon lui. Le cartel leur avait menti, en les laissant entre les mains de Kenpachi, et ce dernier leur avait tendu un piège. Ces actions engageaient le cartel et le bleuté n'était pas rassuré quant à la suite des évènements. S'il s'avérait qu'Unohana avait transgressé les règles et outrepassé les frontières de leur territoire, le cartel pourrait avoir de très gros ennuis. Grimmjow voulait déjà savoir si ici, au Japon, à Tokyo, ils étaient menacés. Ça serait un bon début. Et puis, la direction attendait de lui un rapport. Ils allaient en avoir pour leur argent.
Hallibel quitta son bureau en promettant de lui donner des nouvelles dans la soirée, ou si elle rencontrait le moindre problème. Nell l'accompagnerait dans les quartiers les plus sensibles, notamment ceux en frontière directe avec des clans réputés hostiles.
Pour sa part, Grimmjow attendit que son secrétaire le prévienne de l'arrivée de Di-Roy et de sa berline pour partir vers les docks. Il n'aimait guère recevoir de la marchandise en pleine journée, mais ils avaient un accord avec les gardiens des docks, et ne risquaient donc pas de se faire attraper par la police, ou quelqu'un d'autre. Il grimpa dans la voiture en vitesse, et demanda si tous les hommes qu'il avait demandés étaient présents.
_Oui, patron, répondit Di-Roy en le regardant dans le rétroviseur.
_Alors vas-y roule, t'attends quoi?
La berline se mit en mouvement et il laissa son regard flâner à travers la vitre fumée. Et ses pensées se dirigèrent à nouveau vers Hallibel et ce qu'il lui avait demandé de faire. Il tentait de se convaincre que c'était une bonne idée, mais quelque chose au fond de lui lui criait que ce n'en était pas une. Et son instinct ne le trompait que rarement. Peu importait, il fallait qu'il ait des réponses, la direction du clan prendrait les dispositions nécessaires ensuite.
Il resta silencieux pendant tout le trajet, et lorsque la voiture s'aventura enfin sur les docks désert et s'engouffra dans un hangar sombre, il tâtonna à l'intérieur de sa veste de costume gris. Son arme était bien là, et il espérait vraiment ne pas avoir à s'en servir. Ils avaient assez de soucis comme ça, pas besoin que leurs fournisseurs chinois en rajoutent. Mais il avait toujours été prudent avec eux, mieux valait prévenir que guérir.
Son interlocuteur habituel était là, qui l'attendait au milieu de cartons et de caisses en ferraille. Comme d'habitude, il était entouré de ses hommes, lourdement armés, et comme d'habitude Grimmjow reboutonna sa veste de costume en sortant de la voiture. Ses hommes le suivirent, Di-Roy à sa droite, Edrad à sa gauche, les autres derrière. Il afficha un air sérieux, mais tenta de paraître décontracté quand le chinois lui tendit une main solide qu'il serra en guise de salut.
Puis, il vérifia lui-même les marchandises et prit même le temps de vérifier les quantités inscrites, ainsi que les qualités des produits. Il plongea un doigt dans la poudre blanche, très fine, signe que l'héroïne était pure. Le bleuté porta son doigt à sa bouche mais stoppa son geste subitement, se rendant compte de ce qu'il allait faire. Goûter de nouveau à la drogue, même de cette façon, n'était pas indiqué pendant sa période de sevrage. Même si celle-ci était maintenant pratiquement terminée, il n'osa pas faire le grand saut et se contenta de sentir la poudre, ce qui ne lui apporta aucune information sur sa qualité. S'il ne la goûtait pas...
_Patron?
Di-Roy glissa un regard vers lui devant son hésitation et le ramena à la réalité. Grimmjow esquissa un sourire maladroit et décida de ne pas goûter au produit addictif. C'était prendre un risque certes, et c'était remettre en cause sa suprématie sur le marché de la drogue et ses connaissances; s'il ne pouvait plus goûter à sa marchandise, celle qui avait fait sa fortune et dont il se vantait tout savoir, que deviendrait-il? Son outil de travail c'était ça : la drogue. En étant sevré, il devenait inutile.
_Ça va, on embarque ça, finit-il par dire en désignant les cartons devant lui.
Le chinois esquissa un petit sourire puis tendit la main pour saisir la valise noire lourde que Edrad portait. Ce dernier la lui donna et l'homme jeta un œil à l'intérieur, comptant rapidement d'un seul regard les billets qui y étaient superposés. Il acquiesça d'un ferme coup de tête et tourna les talons sans plus de cérémonie. Grimmjow aimait bien ce type au final: pas de chichi, très peu de mots, juste un échange standard. Il aimait quand ça tournait vite et bien.
Ses hommes chargèrent la cargaison dans la seconde voiture, pas dans celle de Jaggerjack. Les deux véhicules prendraient ensuite des chemins différents, afin qu'au cas ou, et si la police décidait de le cueillir, on ne puisse pas trouver Grimmjow en possession d'une telle quantité de drogue illicite. Cependant, il avait une autre course à faire ce matin-là et demanda à ses hommes de ne pas fermer le coffre de la berline dans laquelle les cartons avaient été chargés.
_Il m'faut un truc là-d'dans, expliqua-t-il rapidement.
Il préleva un sac d'héroïne pure et le soupesa quelques instants. Il devait faire dans les deux kilos et ça lui suffirait largement. Il fit signe à ses hommes de tout remballer et rentra dans sa berline, glissant le sac de drogue dans une petit cachette sous le siège arrière. Di-Roy prit le volant et ils quittèrent les docks en silence, s'élançant sur la voie rapide qui les conduirait de nouveau au centre-ville.
Grimmjow sortit une cigarette et l'alluma en consultant son portable. Il avait un appel manqué d'Aizen, certainement pour lui demander si l'opération s'était bien passée. Mais il fronça les sourcils, c'était peu probable. Aizen était peut-être un patron exigeant et extrêmement pointilleux mais il savait que Grimmjow faisait son travail bien et vite, ça ne devait pas être pour ça qu'il l'appelait. Peu importait, il n'avait pas le temps maintenant, il le rappellerait plus tard.
Di-Roy stoppa la berline après de longues minutes de conduite dans les embouteillages, dans l'est de la ville. Le quartier de Yanaka était réputé historique et plus ancien. Les vieilles demeures japonaises s'y succédaient, parfois vieilles et sans saveur, avec volets en bois et façades sombres, et Grimmjow trouvait toujours cet endroit lugubre. Il n'arrivait pas à comprendre comment Barragan, l'un des sous-chefs du clan et plus influant proxénète du Japon, puisse avoir établi son business ici.
_C'est pour la couverture, lui avait-il répété sans cesse. Mes bordels n'ont pas d'allure, on dirait des maisons de vieillards, de paysans, personne ne s'attend à trouver des putes là-dedans.
Pour sûr. Même si la bâtisse pouvait présenter aucun intérêt aux yeux des passants, sauf ceux intéressés par l'ancien et le pittoresque, il en était autrement des intérieurs. Chaque "bordel" de Barragan était meublé de façon moderne, les chambres confortables, et les salons accueillants. Il avait un certain sens du commerce, s'était toujours dit Grimmjow, ne mélangeant jamais ses "produits" comme il le disait si bien. Une demeure spéciale était réservée au "bordel hétérosexuel", une autre au "bordel homosexuel", quant aux autres... il ne voulait même pas savoir quel genre de cochonneries y étaient autorisées. Les travailleuses et travailleurs du vieil homme habitaient ici, toute l'année et pouvait choisir d'exercer leurs services ici-même ou de rencontrer des clients à l'extérieur. Mais Barragan se réservait le droit d'accepter les clients, il avait la main sur tout, le droit de regard sur chaque détail.
Jaggerjack trouvait son organisation assez intéressante, mais ses employés eux... laissaient à désirer. Lorsqu'il pénétra dans la première demeure, où le vieil homme lui avait donné rendez-vous, il fronça ses narines, embaumé par l'odeur d'encens et de parfums forts. Il toussota, accueillit par un jeune homme qui ne devait qu'à peine être adulte. Ce dernier lui sourit et lui demanda s'il voulait qu'il lui prenne sa veste, mais le bleuté clarifia immédiatement les choses :
_J'viens voir ton patron, pas m'envoyer en l'air.
Grimmjow observait le garçon d'un air étrange, et il y avait de quoi. Il ne devait pas être plus grand qu'un gamin de douze ans, le dévisageait avec de grands yeux couleur de jade innocents, et pourtant son visage donnait une impression sévère, qui ne collait pas à sa jeunesse. Le jeune homme sembla quelques instants désorienté par sa réponse, puis tourna les talons sans un mot, s'échappant en courant comme s'il fuyait la peste.
Grimmjow pesta entre ses dents en se retrouvant seul au milieu de l'entrée. Il piétina quelques instants, se demandant s'il allait devoir lui-même s'aventurer dans la maison, mais il n'osa pas. Non pas qu'il n'en avait pas le courage, mais il connaissait Barragan et entre collègues il était mal vu de s'inviter dans le business d'un autre. Il n'aurait certainement pas aimé que Barragan ou Noitra viennent mettre leurs gros nez dans sa drogue.
Un moment plus tard, le jeune homme qu'il avait vu fuir réapparu, lui demandant de le suivre dans une pièce sur la droite. Grimmjow obéit et traversa une première pièce qui ressemblait à un grand bureau avant d'être conduit dans un petit salon moderne, mais modestement meublé. Barragan se trouvait là, assis sur un canapé en train de fumer un de ces gros cigares qui empestaient. Mais il n'était pas seul, ce qui fit tiquer Jaggerjack. Sur ses genoux était assis un jeune homme, qui ne devait pas être plus âgé qu'Ichigo, peut-être même à peine majeur, aux cheveux corbeaux et pupilles dorées. Le bleuté tenta de faire abstraction de ce tableau pour le moins tendancieux mais ne put faire autrement quand le vieillard vint à tripoter allègrement la cuisse du jeune homme qui se mit à glousser.
_T'as ce que j'ai demandé? L'interrogea Luisenbarn.
_Ouais, c'est dans la caisse, répondit l'autre, mais c'est de la pure d'chez pure, ça va arracher sévère.
Barragan esquissa un petit sourire en coin puis haussa les épaules :
_Pas grave ça, ils feront avec.
Ils feront avec? S'interrogea Jaggerjack en glissant un regard sur la pièce sinistre, il voyait bien le genre. Barragan lui demandait souvent de la came pour ses prostitués, parce qu'un grand nombre d'entre eux en consommaient et s'il ne leur donnait pas ce qu'ils voulaient ils ne lui rapporteraient pas autant d'argent.
Grimmjow passa sa langue sur ses lèvres, un instant pressé de s'en aller mais le jeune homme qui l'avait accueillit en arrivant lui proposa un verre qu'il ne put refuser. Il l'observa s'activer au bar et lui tendre un verre de cristal dans lequel il avait versé un liquide ambré, et l'invita à s'asseoir. Le bleuté attendit qu'il soit sorti de la pièce pour demander :
_T'as vérifié ça?
_Ça quoi? S'enquit le vieillard en envoyant valser le jeune homme qui gloussait sur ses genoux.
Le jeune brun poussa un souffle quelque peu colérique mais n'osa rien dire, reprenant une expression satisfaite et joyeuse. Son sourire était large et ses dents grandes et acérées, un peu à l'image de celles de Grimmjow. Ses yeux rencontrèrent ceux du jeune homme et il le vit lui sourire plus largement encore.
_Ggio, va m'attendre en haut, gromella alors Barragan, les surprenant tous deux en train de se dévisager.
L'allusion laissa Jaggerjack perplexe, mais il se convainc de ne pas penser plus longtemps à ce que Barragan pouvait faire avec ce jeune brun. Ce dernier d'ailleurs, qui n'avait à priori aucun gène, mit un certain temps à quitter les lieux, observant Grimmjow sans vergogne.
_Ggio! Le rappela à l'ordre le vieillard, faisant dégager le brun rapidement.
Grimmjow haussa un sourcil quand son collègue soupira longuement. C'était un fait : ses employés n'étaient pas habitués à le voir ici, et il était probablement plus agréable à regarder que ce vieillard dégoûtant. Cette pensée le fit sourire doucement et il se demanda ce qu'il ferait s'il était proxénète lui aussi. Toute cette chaire fraîche sous le nez lui ferait certainement perdre la tête!
_Alors, t'as vérifié ou pas? C'type doit avoir seize ans, Barragan, reprit Grimmjow en lui adressant un regard sévère.
Barragan mit un certain temps à réaliser de qui il parlait. Jaggerjack avait encore en tête le jeune garçon aux cheveux argentés et aux yeux de jade qui lui arrivait au coude, comme un gosse.
_Il en a dix-huit, répondit enfin le maître des lieux. T'es quoi? Un travailleur social?
_Permets-moi d'douter qu'ce type a dix-huit piges! Si Aizen l'apprend, il va pas aimer.
Le vieil homme le fusilla d'un regard noir puis ricana sous sa moustache :
_S'il t'intéresse tant que ça, profites-en. Il s'appelle Toshiro, un petit peu ronchon mais mignon. Il est là depuis quatre mois.
_J'm'en tape, et j'en veux pas, mais s'il est pas majeur t'peux êt' sûr qu'ça va apporter des emmerdes au patron.
Barragan resta muet un long moment, sirotant sa boisson puis fit claquer lourdement sa langue contre son palais. Grimmjow n'en rajouta pas, s'insinuer dans les affaires de ses collègues n'était pas vu d'un bon œil, mais là, il n'avait pas pu s'en empêcher. Il était même certain que ce Toshiro était déjà passé à la casserole avec son ce vieux dinosaure, et il n'osait même pas imaginer les images sordides de leur intimité.
_Tu viens pour quoi? Certainement pas pour les beaux yeux de mes gars! Demanda enfin Luisenbarn.
_Ça non, souffla-t-il en se redressant, j'ai b'soin d'un avis. D'un... conseil.
_Oh oh? Grimmjow Jaggerjack qui vient me demander conseil! C'est un grand jour pour moi! Déclara-t-il ironiquement, illustrant ses propos par de grands gestes théâtraux.
_S'te plait, c'est sérieux, le réprimanda l'autre, c'est au sujet d'c'qui s'est passé avec Unohana, j'veux dire... la mort d'nos gars.
Barragan reprit immédiatement son sérieux à l'annonce des évènements passés qui avaient coûté la vie à l'un de ses travailleurs du sexe. Le regard du vieillard s'intensifia et Jaggerjack sut à ce moment qu'il avait toute son attention.
_Pour faire c'qu'elle a fait, elle a dû entrer sur not' territoire, violer les frontières sans autorisation du clan pour entrer. T'crois qu'elle a pu faire ça toute seule? Elle a forcément d'mandé à passer sur le territoire d'un aut' clan pour arriver jusqu'à mes gars.
Barragan fit tourner l'alcool dans son verre, pinçant ses lèvres sans rien dire pendant quelques secondes. Ses larges sourcils touffus se froncèrent et son visage se rida un peu plus tandis qu'il réfléchissait.
_Tu veux dire qu'elle a reçu de l'aide? Qu'un petit clan ou un gang l'aurait aidée?
_J'fais qu'supposer. Est-ce qu't'y crois toi qu'elle a tout fait toute seule?
_Tch, nan, ricana-t-il en hochant la tête.
Il se laissa tomber contre le dossier de son canapé et pointa un index sur le bleuté en ricanant de plus belle :
_Toi, tu lâches jamais l'affaire, hein?
_Pourquoi j'la lâcherai?
_Je sais pas, tu as ton coupable, point final? Demanda-t-il en haussant les épaules.
_Nan, ça marche pas comme ça. Les patrons d'mandent un rapport sur la sécurité d'mes dealers, j'vais leur dire quoi? Qu'ça s'reproduira plus jamais? J'suis pas con...
_J'ai jamais dit que t'étais con, Grimmjow, lui souffla-t-il en stoppant ses ricanements. Tu sais tout comme moi que notre suprématie sur la pègre de la capitale irrite beaucoup. On a changé le système de Tokyo, beaucoup voulaient qu'on reste à Kobe, ils disaient qu'on avait rien à faire ici. On arrive et avec notre système bien huilé on pique tout le business des petits clans et des gangs qui sévissent depuis plusieurs décennies, ils nous détestent. Ils veulent nous voir partir. De là à faire entrer une membre du cartel thaïlandais chez nous...
L'homme laissa sa phrase en suspend, sirotant l'alcool à son verre. Mais le bleuté connaissait bien le vieil homme. Il avait de la bouteille, et personne d'autre que lui avait autant de recul sur les affaires du clan. Il avait travaillé de longues années à Kobe, au service du Second Lieutenant de leur Oyabun, avant de passer au service du Premier, Aizen. Il avait de l'expérience et une manière de voir les choses assez différente. Il avait connu de nombreux conflits d'intérêts, et avait vu se terminer la dernière guerre yakuza nippone.
_Alors t'penses que non? Reprit Jaggerajack, attendant une réponse claire.
_Je dis qu'il y a toujours eu des suspicions qu'ils nous feraient des coups fourrés. Maintenant, si tu veux en avoir le cœur net il va falloir que tu sois plus rusé qu'eux. On est peut-être forts et nombreux, mais ils sont malins et très bons pour rester cachés.
Grimmjow reposa son verre à peine touché sur la table devant lui et passa une main dans ses cheveux. Évidemment qu'il le savait que ça serait très difficile à prouver. Il aurait pensé que l'expérience de Barragan lui aurait donné plus d'informations mais il ne pouvait omettre le fait que le Yamaguchi-Gumi avait des ennemis qui n'attendaient qu'un petit coup de pouce pour les poignarder dans le dos. Qui savait combien de petits clans projetaient dans l'obscurité de les faire tomber?
_Les moyens de le faire ils ne les ont pas, reprit Barragan, mais s'ils s'allient tous, alors ils auraient une chance.
_Et s'ils s'allient au cartel thaïlandais?
Le vieil homme poussa un profond soupir et hocha la tête pour lui faire comprendre que c'était possible. Mais Jaggerjack savait qu'il mettait les pieds dans quelque chose de flou, d'intouchable et d'opaque. Il voulait prouver quelque chose qu'il était impossible de prouver, à moins de pouvoir s'infiltrer directement dans un de ces petits clans qui survivaient dans leur ombre.
_Il y a un café à l'angle de l'hôtel Mercure et du cinéma dans le quartier ouest, le gérant est un ami. S'il y a eu outre-passation de frontière, il le saura.
Barragan fouilla dans sa poche et lui glissa un papier sur lequel il prit le temps de noter le nom d'un homme puis une adresse.
_Dis-lui que tu viens de ma part, je te prêterai des hommes à moi, histoire qu'il reconnaisse des têtes.
_Okay, merci.
Le vieillard hocha la tête d'un geste appuyé et Grimmjow se releva en le remerciant. Il rajusta énergiquement sa veste sur ses épaules et s'éloigna en direction de la porte. Mais avant qu'il n'ait pu sortir, Barragan le rappela en prononçant son prénom. Le bleuté s'immobilisa, se tournant une dernière fois dans sa direction :
_Si tu trouves le moindre truc, dis-moi. Ça fait longtemps que je suis pas sorti pour une petite gué-guerre.
Jaggerjack étira un sourire sadique, carnassier, amusé un instant par son visage excité. Mais il savait la portée des paroles qui venaient d'être prononcés, si un conflit éclatait, il éclabousserait tout le monde de la pègre. Qu'ils le veuillent ou non, quoiqu'il découvre, personne n'allait s'en sortir sans heurts. Le cartel thaïlandais voulait former une alliance avec eux, mais formait d'abord des accords avec leurs clans rivaux pour entrer illégalement sur leurs territoires? Grimmjow en était maintenant convaincu, et s'il trouvait une seule preuve, il y aurait fort à parier que l'Oyabun n'hésiterait pas.
Il se présenta chez l'homme que Barragan lui avait conseillé d'interroger. Accompagné de trois hommes travaillant pour le vieillard, il pénétra dans la petite salle sombre du café et parcourut d'un œil noir les clients et les serveurs derrière le comptoir. Aussitôt, tous les yeux se tournèrent vers lui et il n'eut guère à attendre avant qu'un homme à la carrure imposante, moustache noire longue et petites lunettes sévères ne vienne à sa rencontre.
Cet homme porta un regard visiblement assuré sur les hommes qui accompagnaient Grimmjow, et sans un mot, lui fit signe de le suivre dans l'arrière-boutique. Le bleuté le suivit, non sans s'assurer d'un coup d'œil vers les hommes de Barragan que c'était sans soucis. Il suivit la large personne, dont les cheveux noirs étaient retenus sur sa nuque en une petite queue de cheval. Il le fit descendre dans une sorte de sous-sol qui s'avéra bien plus grand que son propre salon, humide et froid. L'homme lui indiqua d'un signe une petite porte sur sa droite et ils y pénétrèrent.
Un bureau se trouvait là, dans les sous-sols, sans fenêtre mais éclairé d'une lumière vive, jaune qui lui piqua les yeux. Grimmjow attendit que son hôte n'ait soigneusement refermé l'épaisse porte avant de parler :
_J'viens d'la part d'Barragan.
_Je sais, répondit l'homme qui alla prendre place derrière son bureau. Qu'est-ce qui vous amène?
Il lui désigna une chaise d'un geste dans laquelle le bleu prit place en le remerciant d'un hochement de tête.
_Il m'a dit qu'vous pourriez avoir des infos sur un éventuel passage d'frontières non autorisé.
_Oui, ça peut être le cas, répondit-il en s'appuyant contre le dossier de la chaise. Vous êtes ici à l'extrémité ouest du territoire du Yamaguchi-Gumi. Le clan protège mes intérêts, je suis protégé des petits délinquants comme des plus gros et la protection que vous me fournissez n'est pas gratuite. Je suis Tessaï, et au service de Yamamoto-sama.
Grimmjow hocha la tête sans pousser un infime soupir de soulagement. Ce café était donc sous protection du clan, parce que son patron Tessaï, l'avait demandé. Un service que le clan pouvait rendre sur demande d'établissements spécifiques lorsqu'ils se trouvaient sur des territoires proches du clan ou frontaliers, de façon à pouvoir élargir leur territoire. Grimmjow ne fréquentait pas beaucoup ce quartier, il n'y avait aucun repère, mais savoir qu'il était en sécurité ici était un fait.
_Grimmjow Jaggerjack, se présenta-t-il enfin.
_Je sais qui vous êtes, reprit Tessaï en croisant ses bras. Mais je ne pensais jamais vous rencontrer.
_Vraiment? Interrogea-t-il en haussant un sourcil.
_Je suis un ami proche de Urahara-san, expliqua-t-il.
Grimmjow étira un sourire malgré lui et comprit où il voulait en venir. Urahara Kisuke avait donc des amis? Surprenant. Mais cela voulait donc dire que les deux hommes savaient qu'ils étaient tous deux au service du Yamaguchi-Gumi.
_Contrairement à Urahara-san, votre clan n'a pas racheté mon affaire, mais l'aide seulement à faire face. En contre-partie, comme je l'ai expliqué, je monte la garde, j'écoute les conversations, je suis curieux.
_J'vois.
Ils se toisèrent pendant un moment, puis Grimmjow passa sa langue sur ses lèvres. Savoir s'il pouvait oui ou non faire confiance aveuglément à cet homme n'était pas la question du jour. Il n'avait pas vraiment le choix, et qui plus était s'il ne lui demandait pas ce qu'il voulait savoir, il n'en aurait jamais le cœur net.
_Un d'mes dealers a été tué récemment, et un gars d'Barragan aussi, pas très loin l'un d'l'autre. Il y a certainement eu franchissement d'frontière. Vous savez des trucs?
_Je sais beaucoup de choses, Jaggerjack-san, souffla-t-il, sa voix calme et posée. Mais le franchissement de frontières yakuzas est une chose sérieuse.
Le bleuté hocha la tête, son regard se faisant plus sérieux. Il ne l'avait pas remarqué mais ses doigts s'étaient agrippés aux accoudoirs de la chaise sur laquelle il était assis. Son cœur battait nerveusement la chamade quand Tessaï ouvrit la bouche pour reprendre :
_J'ai entendu des rumeurs seulement. Que quelqu'un avait tenté de contacter un petit clan de l'ouest, petit par la taille mais grand par son influence. Il s'est formé il y a quelques années, et ne fait pas beaucoup parler de lui. Ses membres sont discrets et la plupart travaillent beaucoup dans l'ombre de l'organisation. Je sais qu'ils ont un accord avec la police locale, mais avec qui ils travaillent, je l'ignore.
_Comment s'appellent-ils?
_Un truc anglophone. Quincy.
Quincy? S'interrogea Grimmjow. Il n'avait jamais entendu parler de cette organisation nulle part. Ce nom sonnait comme un autre mot japonais "Kuinshī" qui signifiait "moine de la destruction". Étaient-ils des religieux? Il ne pouvait le croire, pas s'ils étaient des yakuzas.
_Et ce quelqu'un c'était qui? Et ils ont fait quoi pour lui ces Quincy?
_J'en sais rien, je sais juste que ces Quincy auraient aidé cette personne à franchir les frontières du Yamaguchi-Gumi. Personne ne sait grand chose d'eux, seulement qu'ils sont dans l'ouest, pas très loin d'ici, pour ça que j'en ai entendu parler. Ils ont pas mal de sympathisants chez les petits gangs du coin.
Grimmjow échappa un ricanement ironique. Un clan fantôme sortit de nulle part était en train de former des alliances avec tous les gangs et clans insignifiants de la capitale. Ça ne pouvait pas être une erreur, le cartel thaïlandais tentait bien de les prendre pour des cons. Une organisation yakuza ne naissait pas ainsi du jour au lendemain, si ces Quincy étaient capables de faire ça c'était qu'ils avaient des fonds, qu'ils connaissaient bien l'endroit... qu'ils étaient soutenus. Qui d'autre que le cartel pour cela?
_Un nom quelconque? Un endroit où les trouver?
_Non, rien. J'ouvrirai les deux oreilles et les deux yeux, Jaggerjack-san. Mais comme je vous l'ai dit : ils sont des plus discrets, tout au contraire du Yamaguchi-Gumi.
Ce qui allait leur compliquer la tâche, pensa amèrement Grimmjow en étirant une petite grimace d'agacement. En sortant du café, il ne prit qu'à peine le temps d'observer les alentours. Ce quartier n'était pas familier et il n'osait s'aventurer plus loin pour assouvir une sorte de curiosité mal placée. Si ce clan était encore mal connu il était évident que son territoire aussi était mal délimité. Et un clan yakuza à la recherche d'un territoire à défendre était des plus dangereux.
Il congédia les hommes de Barragan venus l'épauler et prit place dans sa berline, qui le reconduisit jusque chez lui. Il emprunta le grand ascenseur jusqu'à son étage et pénétra chez lui pour trouver un Ichigo visiblement désemparé sur le canapé. Son visage était pâle et ses sourcils froncés plus violemment que d'habitude. Il tenait une feuille de papier entre ses mains et Szayel se trouvait près de la fenêtre.
Grimmjow déposa sa veste sur le porte-manteau et n'eut même pas besoin de demander ce qui se passait. Le rouquin venait d'obtenir ses résultats sanguins, et ils n'étaient pas bons. Ichigo lui tendit la feuille en soupirant, refusant de croiser son regard, et même si tous deux avaient su qu'ils étaient probablement infectés, le savoir enfin les attristait. Jaggerjack soupira profondément en observant les mots inscrits sur la feuille et les commentaires de l'analyse. Puis, il redressa son visage et apostropha Szayel :
_Et maint'nant quoi?
Ce dernier soupira à son tour, comme s'ils s'étaient tous trois donnés le mot pour émettre ce genre de soupir fatigué, et désigna sa mallette de médecin qu'il avait toujours en sa possession.
_J'ai apporté avec moi de quoi commencer les injections d'antibiotiques. Il faut commencer, Grimmjow.
_Alors commence! Jeta-t-il en s'asseyant à côté de son amant.
Ichigo détourna son regard et observa le médecin sortir ses instruments. Grimmjow se passa une main sur le visage et posa la question qui le démangeait :
_Bon alors, maint'nant qu'on sait on peut... enfin j'veux dire... t'vois quoi.
_Avoir des rapports? Demanda Szayel en sortant une seringue et des gants. Oui, maintenant que vous êtes tous deux infectés, il n'y a plus aucun risque. Mais le chancre, je veux dire le petit bouton que tu as sur le sexe, peut devenir douloureux cependant. Si c'est le cas, je pense que tu ne pourras pas avoir de rapports.
_Mais... on peut essayer? Interrogea à son tour Kurosaki.
_Oui.
Grimmjow échappa un sourire grandiose malgré lui, à la différence de Kurosaki qui ne put qu'étirer un sourire mitigé. Évidemment qu'il ne pouvait se réjouir d'avoir la syphilis, d'être malade, pensa Grimmjow, c'était tout à fait normal. Il le comprenait. Mais il pouvait quand même manifester un tant soit peu de joie à cette annonce.
Ils restèrent silencieux pendant qu'il leur injecta de quoi se soigner, et quand le médecin fut enfin sortit de la pièce, Ichigo se plongea dans ses bras sans rien dire. L'après-midi avait déjà débuté depuis un certain temps et le bleuté n'avait rien mangé, et ce début de journée l'avait déjà pas mal fatigué. Il avait envie de manger et de rester tranquillement avec Kurosaki là, au milieu de son salon. Peut-être poserait-il pour lui, peut-être s'endormirait-il dans le lit à ses côtés, ou mieux encore maintenant qu'ils étaient autorisés à avoir des rapports.
Mais deux coups frappés contre la porte le ramenèrent à la réalité, surtout quand Di-Roy se présenta sur le pas de l'entrée :
_Veuillez m'excuser Grimmjow-sama, mais Aizen-sama souhaite vous parler au téléphone. Il a déjà appelé plusieurs fois.
Le bleuté ferma les yeux et grimaça mais il se douta qu'il devait s'agir d'une chose importante si Aizen prenait la peine de le harceler. C'était le bon moment, il avait des choses à lui dire aussi, notamment à propos de ces Quincy. Il renvoya Di-Roy en lui assurant qu'il viendrait tout de suite, mais il resta quelques instants de plus avec le jeune homme entre ses bras.
_Faut qu'j'y aille.
_Je sais.
L'orangé se redressa lentement, levant un visage qui avait repris quelques couleurs. Grimmjow caressa ses cheveux quelques instants et lui sourit, comme pour le réconforter. Il ne sut vraiment pourquoi mais il avait l'impression que cette journée néfaste n'était pas terminée, et qu'Aizen ne l'appelait pas pour de bonnes nouvelles. Il avait une mauvaise impression désagréable qui lui collait à la peau, cette histoire de Quincy, Barragan et ce garçon mineur... Il fronça les sourcils en se concentrant à nouveau sur le visage d'Ichigo qui l'observait avec intérêt :
_Quoi? Lui demanda-t-il. A quoi tu penses?
_A rien, lui souffla-t-il en souriant.
C'était un mensonge, mais il n'avait guère le temps de lui expliquer ses problèmes de boulot. Aussi, il embrassa le jeune homme sur les lèvres et le délaissa pour rejoindre son bureau. Il se saisit immédiatement de son téléphone et rappela la ligne directe d'Aizen qui décrocha après seulement une sonnerie.
_J'essaye de te contacter depuis ce matin, Grimmjow, le réprimanda son patron.
_J'sais, désolé, j'ai eu des choses à faire, faut qu'on en parle d'ailleurs.
_Moi d'abord, reprit rapidement l'autre. J'ai reçu un coup de fil du secrétaire de notre Oyabun ce matin. Ils m'ont demandé... si Kurosaki Ichigo avait décidé de rejoindre le clan.
Grimmjow resta muet, encaissant l'information comme il put, avec une certaine colère. Ils revenaient à la charge, et ce n'était pas bon pour lui. Ce n'était bon pour personne. La direction du clan s'inquiétait d'Ichigo et de sa présence à ses côtés, et ils ne risquaient pas de les laisser tranquille de si tôt.
_Nan, pas encore, répondit-il encore.
Aizen poussa un profond soupir :
_Grimmjow, tu ne peux plus répondre ça! On m'a bien fait comprendre qu'il fallait que tu prennes une décision, que vous preniez une décision. Si tu ne le fais pas, tu te verras bientôt interdire le droit de le fréquenter.
Il serra le combiné du téléphone dans sa main à en faire craquer le plastique qui le constituait. Il serra également fortement ses dents, et sa mâchoire craqua douloureusement, mais ces douleurs n'étaient rien face à la colère qu'il éprouvait en cet instant. Ne plus pouvoir voir Ichigo... est-ce qu'ils se rendaient compte de ce qu'il serait capable de faire s'ils décidaient de lui interdire de le voir? Quelle fureur le prendrait, quel homme fou il deviendrait...
_Ils le savent, répondit sérieusement Aizen, mais faire respecter les règles est leur unique but. Il n'y aura pas d'exceptions pour toi, Grimmjow. Ils t'ont déjà laissé beaucoup de temps pour te défaire de cette relation, mais tu n'as voulu prendre aucune décision.
_Alors quoi, hein? Faut quoi? Soit il devient un yakuza, soit il s'casse?
_Tu le sais bien.
_Et si j'refuse?
_Grimmjow, tu ne peux pas défier le clan plus longtemps. Ils vont vouloir rencontrer Ichigo, et ça va se faire très bientôt. S'il n'accepte pas de jurer fidélité au clan, de faire sa formation à Kobe et d'être intronisé sous mon commandement, il faudra qu'il parte. Il n'est pas des nôtres.
Si Aizen croyait qu'il allait pouvoir le résonner avec des mots pareils, il était bien loin de le connaître. Peut-être qu'Aizen avait tenté de retarder cette échéance, de leur prouver qu'Ichigo était bon pour lui, et qu'il lui permettait d'obtenir une stabilité depuis longtemps recherchée, mais ça ne suffisait plus maintenant.
_Ils considèrent qu'il a passé trop de temps en ta compagnie. Qu'il sait trop de choses. Qu'il... a fait ce qu'il devait faire pour toi. S'il veut poursuivre sur cette voie, il doit jurer fidélité au clan. Ce sont les mots que j'ai entendus de la bouche de Sasakibe-san.
Jaggerjack déglutit difficilement, sentant sa gorge s'assécher. Il avait été confronté au problème depuis la première fois qu'Aizen lui en avait parlé, et il savait ce qu'il avait dit à Ichigo : de conserver sa liberté, de ne jamais rien accepter de leur part. Il savait bien ce que ça signifiait, mais il ne voulait pas encore y croire. Il avait pendant un instant pensé lui-même à quitter les yakuzas, mais il savait bien que c'était impossible. Qu'Ichigo ne le laisserait jamais faire si cette décision mettait sa vie en danger, leurs deux vies en danger et qu'ils devaient fuir toute leur vie pour échapper à la punition du clan.
_Sa présence en Thaïlande a compliqué les choses. Il peut devenir une cible du cartel et tu le sais bien, et dans ce cas, le clan ne pourrait pas le protéger. Grimmjow, il s'agit aussi de cela. Si Ichigo veut bénéficier de la protection du clan, il faut qu'il accepte de l'intégrer.
Grimmjow secoua la tête même s'il savait pertinemment qu'Aizen ne pouvait pas le voir.
_Il en sait trop maintenant, Kenpachi, Unohana, tout ça... Le clan s'inquiète des informations qui sont en sa possession et de Kuchiki Byakuya également. Il a besoin de notre protection mais nous ne pouvons pas la lui donner.
C'était sa liberté qu'ils voulaient, pas le protéger. Ils voulaient l'enchainer pour lui donner des ordres, diriger sa vie, mais Jaggerjack ne les laisserait pas mettre le grappin sur Ichigo. Il n'était pas un yakuza, n'avait jamais eu la vocation d'en devenir un, ce n'était pas lui. Les yakuzas avaient sauvé Grimmjow, mais Ichigo n'avait nullement besoin d'être sauvé. Et s'il fallait qu'il soit protégé, alors il s'en chargerait lui-même.
_J'le quitterai jamais, souffla-t-il enfin.
_Grimmjow...
Mais Aizen savait qu'il n'aurait pas le dernier mot sur ce sujet. Grimmjow plongea son visage entre ses mains et ferma les yeux, se demandant comment il pourrait se sortir de cette situation. Mais il l'avait déjà tournée dans tous les sens, il n'y avait aucune solution censée.
Il sentait déjà ses nerfs bouillir, ses muscles se raidir, et la colère se déverser en lui lentement. Mais ses pensées traversèrent le couloir et il pensa au jeune homme qui se trouvait dans son loft à quelques mètres de là. S'il devait rencontrer les dirigeants avant Ichigo alors ça ne pouvait qu'être une bonne chose. Le bleuté n'avait jamais vraiment été doué avec les mots, mais cette fois-ci il savait qu'il devait l'être, pour les convaincre. Sans Ichigo, il deviendrait fou.
_J'ai une chose à t'dire moi aussi, reprit-il après avoir laissé filer un long silence.
_Quoi donc?
_J'ai fait ma p'tite enquête sur... comment Unohana a pu entrer not' territoire sans qu'on en sache rien. Et j'ai appris un truc intéressant : un nouveau clan, super discret, mais qui séduit pas mal, est en train de gagner en réputation dans l'ouest.
_Dans l'ouest? Répéta Aizen, étonné. Il n'y a que des petits clans bagarreurs dans ce secteur, Noitra saura s'en défaire.
_Nan, pas c'genre d'clan. Paraît qu'ils s'font appeler les Quincy, et personne sait grand chose à leur propos, sauf qu'ils grandissent vite, et bien.
_Comment sais-tu ça?
_Barragan et moi on a parlé, j'voulais son avis sur une potentielle aide reçue par Unohana ici. J'pensais qu'elle avait p'tet' pu entrer nos terres avec l'aide d'aut' clans, ceux qui nous cherchent des noises. C'est encore possible évidemment, mais un d'nos redevables, Tessaï à la frontière ouest, tient un p'tit café qu'on protège et il voit et entend pas mal d'choses. C'est lui qui m'a parlé d'ces Quincy.
_Quincy? Interrogea Aizen. Je n'ai jamais entendu ce nom. Je vais essayer de me renseigner auprès du secrétariat de l'Oyabun, si toutefois ce nom pourrait dire quelque chose à quelqu'un. Mais s'il est inconnu de Barragan... ça me paraît improbable.
_J'vais d'mander à Muguruma Kensei aussi, p'tet' qu'il sait un truc, on sait jamais.
_Mmm, acquiesça Aizen, je te ferai savoir le résultat de mes recherches. Et je te ferai savoir quand l'Oyabun aura décidé de te voir.
Grimmjow soupira et son patron raccrocha sans autre forme de cérémonie. Il reposa le combiné dans son écrin et resta pensif de longs instants. Il ne savait pas vraiment ce qui le tracassait le plus : cette réunion avec les dirigeants, la position d'Ichigo, ou bien ce clan inconnu... La vérité était qu'il avait bien trop de problèmes en ce moment pour réussir à en trouver un plus important que l'autre. Mais le fait qu'on voulait lui enlever Ichigo faisait déjà bouillir son sang dans ses veines.
