DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les dialogues de la série Queer as Folk appartiennent à Ron Cowen et Daniel Lipman.

Rating : M

Genre : romance / slash / Yaoi


Chapitre 24 – Try to remember

"Deep in December

Our hearts should remember

and follow"

(Josh Groban)

24 décembre 2014 - Le Ritz, Piccadilly, Londres

Draco remontait Piccadilly en direction de Green Park, maudissant la foule qui se pressait sur les trottoirs. Il maudissait aussi les décorations dans les rues, la musique kitsch qui s'échappait des magasins et le sourire idiot des gens autour de lui. Sourire idiot qu'il finit par arborer lui-même en apercevant plus loin, une silhouette familière qui se dessinait sous les arcades du Ritz.

Il pressa le pas, bouscula plusieurs personnes et s'élança sur le passage piétons, sans égard au fait que le feu était rouge, occasionnant le freinage féroce et le coup de klaxon furieux d'un taxi qui s'engageait dans la rue au même instant. Draco lui répondit par un doigt d'honneur des plus raffiné et continua son chemin en courant.

-Merlin ce que tu m'as manqué, souffla-t-il en soulevant le corps fin entre ses bras.

- Toi aussi, dit Pansy. Mais ce n'est pas une raison pour te jeter sous les roues d'une voiture, lui reprocha-t-elle gentiment.

Il la reposa sur le sol en riant.

-Tu as fait bon voyage ?

- Mouais… le portoloin était surchargé. J'étais coincée entre un vieux libidineux et un adolescent en grave déficit d'hygiène corporelle.

- Pauvre Pansy, se moqua Draco. Obligée de fréquenter la plèbe… quelle déchéance.

Pour toute réponse, elle le frappa avec sa paire de gants.

-Allez viens, dit Draco en l'attrapant par le bras. Entrons. On se gèle ici.

Il poussa la porte du Palm Court. Comme à peu près tous les lieux publics de Londres, le restaurant avait revêtu ses habits de fête. Un immense sapin richement décoré trônait au milieu de la salle et des enceintes invisibles diffusaient une version orchestrale de chants de Noël traditionnels.

Aussitôt, un serveur en livrée les prit en charge et les installa à une table. Ils commandèrent du thé et un assortiment de pâtisseries.

-Alors ? Quelles sont les nouvelles de New-York ? demanda Draco.

- Eh bien, elles sont plutôt positives. L'essentiel de ma clientèle a accepté de me suivre. Je vais rouvrir un nouveau cabinet.

- Vraiment ? C'est formidable !

- C'est même mieux que ça. Madani part avec moi.

- Naïm Madani ? Avec tout son département immobilier ?

- Pas tout, non. Seulement 80%, sourit Pansy.

Draco était bouche bée mais surtout ravi pour son amie.

-C'est incroyable ! Russel Davis doit être vert de rage !

- Il l'est ! D'autant plus que je suis parvenue à débaucher Sally Lindman, des fusions et acquisitions… et Richard.

- Qu… quoi ? Richard… Richard Armitage quitte le navire ?

- Oui. Il n'a pas du tout aimé la manière dont nous avons été traités tous les deux. Contrairement à Naïm, il n'a récupéré que 50% du département propriété intellectuelle mais ce sont les clients les plus importants… Et il prend Kate avec lui.

- Merlin… si je m'attendais à ça…

Il but une gorgée de son thé pour se donner meilleure contenance et finit par poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Et qu'en est-il de moi ?

- Nous avons parlé, Naïm, Richard, Sally et moi, dit Pansy. C'est compliqué.

- Compliqué ?

- Les clients sont au courant de la raison de ton départ. Russell a violé l'accord de confidentialité.

- Il est fou ? Il se rend compte de ce que ça implique ?

- Je ne sais pas. Une chose est sûre, Meredith Pierce est déjà en train de rédiger la requête pour demander sa condamnation à des dommages et intérêts. Je crois que tout l'argent que tu as dû verser à Tuckle pour acheter son silence va te revenir d'une manière ou d'une autre.

- J'en ai rien à foutre de l'argent ! C'est mon cabinet que je veux récupérer !

Pansy soupira, bien consciente que ses paroles feraient du mal à Draco.

-Plusieurs clients nous ont fait savoir qu'ils ne voulaient plus avoir à faire à toi. Ils ne te font plus confiance. A cause de ta vie… dissolue.

- C'est n'importe quoi ! s'emporta Draco. J'avais une vie dissolue bien avant cette histoire avec Tuckle ! La plupart d'entre eux le savaient et ils n'en avaient rien à foutre !

- Tu sais comment sont les américains, Draco. Tant que tu réussis, ils te pardonnent tout.

- C'est bon, j'ai compris. Je pouvais être le pire de salauds tant que j'étais au sommet… mais maintenant, je suis juste un looser…

- C'est temporaire, Draco… laisse passer un an ou deux, et après tu…

- Un an ou deux ? Tu me vois revenir dans un an ou deux, et dire à Richard « Salut, je reprends ma place ! Merci de l'avoir gardée au chaud pour moi ! » ? Tu penses vraiment que ça marche comme ça ?

Pansy eut le bon goût de paraître embarrassée.

-Non. Ça ne marche pas comme ça, murmura-t-elle.

- Au moins, les choses sont claires maintenant, dit Draco après quelques instants. Ma carrière d'avocat à New-York est bel et bien terminée.

La jeune femme n'eut pas la force de le détromper. C'était inutile.

-Et toi ? demanda-t-elle. Comment ça se passe ici ?

- Théo ne ménage pas ses efforts. Il est parvenu à garder tous les anciens clients et il en ramène de nouveaux.

- Oui mais… et toi ?

Draco soupira.

-Disons que la propriété intellectuelle est la chasse gardée de quelques très gros cabinets de la ville. C'est difficile pour moi d'y faire ma place. Heureusement, le fait d'avoir Potter comme client est un sérieux avantage. Deux sociétés sorcières ont pris contact avec moi pour cette raison. Apparemment il n'hésite pas à parler de moi à tous ses contacts…

- Hm… comment peux-tu accepter l'aumône de ce fils de pute après ce qu'il t'a fait ?

- Ne t'en prends pas à lui Pansy, dit Draco d'une voix menaçante.

- Tu… tu le défends ?

- Je ne le défends pas, je me contente d'être réaliste ! Les affaires de Potter occupent Théo quasiment à plein temps et sa notoriété nous amène d'autres clients ! Sans parler des honoraires !

- Je t'ai connu plus orgueilleux, Draco.

C'était les mots à ne pas dire. Pansy s'en rendit compte trop tard.

-Tu es ma meilleure amie, Pansy, énonça Draco d'une voix mortellement calme. Je t'aime et je tiens à toi plus qu'à n'importe qui. Raison pour laquelle j'accepte de toi ce que je n'accepterais de nul autre. Mais j'ai des limites, même en ce qui te concerne.

- Je ne voulais pas…

- Tu reviens ici pour me dire que toi et tes nouveaux associés ne voulez plus de moi et en plus, tu te permets de m'insulter et d'insulter Potter ?

- Draco, tu sais très bien que s'il n'en tenait qu'à moi, tu reviendrais immédiatement mais ce sont les clients ! Ils…

- Je sais, j'ai compris. Mais il se trouve qu'ici, j'ai un client qui n'en a rien à foutre de mon passé, de ma vie de débauche ou de qui j'ai baisé. Un client qui me paie rubis sur l'ongle. Alors, je ne vais pas me gêner pour le garder… et tant pis, si ça fait de moi une pute !

- Je n'ai jamais dit ça !

- Mais tu l'as pensé.

Pansy baissa la tête, presque au bord des larmes.

-Ecoute, reprit Draco plus doucement. Même si ça me touche beaucoup que tu prennes fait et cause pour moi, tu ne dois pas en vouloir à Harry. Il a pris la seule décision qui s'imposait.

- Je te l'avais pourtant dit que ça ne fonctionnerait jamais, murmura Pansy. Mais tu ne m'as pas écoutée.

- Je sais.

- C'est tout ?

- Oui. Que veux-tu que je te dise de plus ? Que je regrette d'avoir accepté d'être avec lui ? Je n'ai jamais de regret. On a essayé, ça n'a pas marché, fin de l'histoire. Il est passé à autre chose et moi aussi.

- Tu peux te mentir à toi-même Draco, tu peux mentir à tout le monde mais moi, tu ne parviendras pas à me berner. Tu souffres bien plus que tu ne le laisses voir.

- Si ça te fait plaisir de le croire… Je ne vais même pas chercher à discuter.

Draco arborait une expression froide et dure. Pansy le connaissait suffisamment pour savoir qu'il valait mieux ne pas insister. Elle préféra modifier son approche. Avec un naturel étudié, elle se saisit d'un mini éclair au chocolat et mordit dedans avant de le savourer avec élégance. En reposant l'autre moitié dans son assiette, elle dit, d'un air dégagé :

-J'ai récemment eu des nouvelles de Millicent Bulstrode. Tu te souviens d'elle, n'est-ce pas ?

- Bien sûr que je m'en souviens.

- Tu savais qu'elle était devenue photographe ?

- Millie ? Cette grande dinde aussi haute que large est devenue… photographe ?

- Elle avait apparemment un sens artistique qui nous avait échappé, commenta Pansy, moqueuse. Enfin… toujours est-il qu'elle semble très douée. Suffisamment en tout cas pour travailler avec quelques-uns des grands noms de la mode sorcière. Actuellement, elle travaille avec Mathieu Saint-Martin. Tu vois qui c'est ?

- Bon sang, Pansy, tu me prends pour qui ? Dans le milieu gay, Saint-Martin est aussi connu pour ses créations que pour ses fesses, rigola Draco en buvant une gorgée de son thé.

- Eh bien, il se trouve que Millie et Saint-Martin sont devenus amis.

Draco reposa sa tasse et fixa Pansy avec attention.

-Pourquoi me dis-tu tout cela ? Millicent n'a jamais fait partie de mon cercle d'amis et à vrai dire, elle nourrirait les gorilles au zoo que ça me serait égal. Alors quoi ?

- Des copies médiocres des créations de Saint-Martin commencent à circuler un peu partout. Il veut faire appel à un spécialiste pour enrayer ça. Quand Millie m'en a parlé, j'ai immédiatement pensé à toi.

- Hm… merci. Il n'a qu'à prendre rendez-vous au cabinet, je verrai ce que je peux faire.

Ce fut au tour de Pansy de le regarder bien en face.

-Saint-Martin est à Milan. Il ne se déplacera pour personne. Ce sera à toi d'aller le voir. De plus, il ne cherche pas un conseiller externe. Il veut engager quelqu'un au sein de son entreprise.

- A Milan.

- Oui.

- Je ne parle pas italien.

- Saint-Martin est français et tout son staff parle anglais.

Voyant qu'il ne réagissait pas, Pansy insista.

-C'est une occasion rêvée Draco ! Tu pourrais travailler pour une entreprise prestigieuse ! Tu…

- Je sais ce que tu essayes de faire, mais c'est non.

- Quoi ? Tu as donc si peur de t'éloigner de ton précieux Potter ? Mais, bon sang Draco, il…

- Ce n'est pas ça, la coupa-t-il.

Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux un instant et se lança.

-C'est vrai. Je ne veux pas quitter Londres. En fait, je ne veux ni retourner à New-York, ni aller à Milan ou Merlin sait où. Je veux rester à Londres… mais pas à cause de Potter.

- A cause de quoi alors ?

- J'ai un enfant.

Pansy s'étouffa avec son thé, s'attirant quelques regards réprobateurs de leurs voisins de table et des serveurs. Elle tenta de reprendre contenance du mieux qu'elle put mais c'était peine perdue.

-Tu… tu as un… enfant, balbutia-t-elle.

- Un fils, oui.

- Avec qui ?

- Astoria Greengrass.

Comme s'il était dans sa tête, Draco put presque entendre les mots « pourquoi elle ? Pourquoi elle et pas moi ? ».

-Quand ?

- Quand Astoria est venue faire son stage de médicomagie à l'Hôpital Central de New-York.

- Quoi ? Mais… c'était…

- Il y a presque douze ans, oui.

Pansy porta la main à sa bouche pour étouffer une exclamation de surprise. Elle se reprit cependant très vite et lâcha d'une voix dure :

-Eh bien, il semble que tu aies du goût pour certaines femmes finalement… par contre, je ne m'attendais pas à ce que ce soit pour des petites bourgeoises saintes-nitouches !

Draco sentait au tremblement de sa voix qu'elle était à deux doigts de faire un esclandre.

-Tu te trompes. Je n'ai de goût pour aucune femme, dit-il calmement. Je n'ai rien voulu de tout cela. C'était…

- Un accident, c'est ça ? s'emporta Pansy. C'est par accident que ta queue s'est retrouvée dans la chatte de cette putain d'Astoria ?

Une toux contrariée s'éleva à leur gauche. Un couple de quinquagénaire les dévisageait avec mépris.

-Pansy…

- Monsieur Malefoy, dit un serveur qui venait d'apparaître de nulle part. Est-ce que tout va bien ?

Le ton était poli mais froid.

-Tout va bien. Je vous remercie, répondit fermement Draco en le regardant droit dans les yeux, comme pour lui dire « mêles-toi de ce qui te regarde, j'ai la situation en main ».

L'homme hocha la tête en souriant et s'éloigna. L'avertissement était donné.

-Pansy… je viens ici assez souvent. Alors si tu pouvais éviter qu'on se fasse mettre dehors, j'apprécierais.

- J'en ai rien à foutre de ce que tu apprécies ou pas !

- Ça suffit ! siffla-t-il. Ecoute-moi ! Ce qui s'est passé avec Astoria était une mise en scène. Elle m'a drogué et a fait en sorte que je couche avec son fiancé, avant de prendre sa place. Elle m'aimait mais elle savait que ce n'était pas réciproque et que ça ne le serait jamais. Au lieu de m'avoir moi, elle a préféré un enfant. Mon enfant.

Pansy ouvrit de grands yeux. L'espace d'un instant, elle ressentit de l'admiration pour Astoria. Elle était parvenue à prendre par la ruse ce que Draco n'aurait jamais voulu lui donner de son plein gré.

-Es-tu sûr qu'il s'agit de ton fils ? demanda-t-elle, suspicieuse.

- Il n'y a aucun doute là-dessus. Scorpius est bien mon fils.

- Et Astoria ? Elle… elle t'a fait chanter ?

- Non. Son mari était au courant et a accepté de reconnaître l'enfant comme le sien. En échange, je ne devais avoir aucun contact avec lui et il ne devait jamais savoir que j'étais son père.

- Mais alors… tu savais… depuis longtemps…

- Oui. Quelques mois après sa naissance. J'ai juré à Astoria que je ne chercherais pas à le voir et j'ai tenu parole. Jusqu'il y a peu de temps. Scorpius a découvert qu'Archibald Miller n'était pas son vrai père et il a demandé à me rencontrer. Mon fils sait qui je suis, ce que ma famille a fait… et pourtant, il veut me connaître ! Dans ces conditions, il est hors de question que je quitte l'Angleterre !

Pansy resta silencieuse un moment, assimilant difficilement ce qu'elle venait d'apprendre.

-Blaise était au courant ? demanda-t-elle finalement.

- Oui… oui, il l'était, admit Draco. Depuis le début.

Il la vit accuser le coup. Elle était pâle et crispée. Sa gorge se contractait à intervalles réguliers comme si elle faisait un effort pour ne pas pleurer. Il savait très précisément ce qu'elle était en train de penser.

-Pansy, si je ne t'ai rien dit… c'était seulement pour te protéger.

- Me protéger ? ricana-t-elle. Me protéger de quoi ?

- De moi. Du mal que je t'aurais fait en t'apprenant la nouvelle.

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

Draco s'appuya sur l'accoudoir. Du pouce et de l'index, il se frotta les yeux.

-Tu crois donc que je suis aveugle ? Ou idiot ? Tu crois que je ne sais pas les sentiments que tu nourris pour moi depuis que nous sommes enfants ?

- Oh, je t'en prie Draco… ce n'est pas parce qu'à six ans, on s'est embrassés et que j'ai décrété que je t'épouserais, que j'ai cru que ça arriverait un jour !

Elle avait tenté d'adopter un ton léger et moqueur mais elle était tout sauf convaincante.

-Arrête Pansy. Tu crois que je ne remarquais pas la manière dont tu me regardais à Poudlard ? Tu crois que je n'ai pas vu la tristesse dans tes yeux la première fois que tu m'as surpris en train d'embrasser un autre garçon ? Et en sixième… quand tu as arrêté de te nourrir pour perdre du poids, quand tu as commencé à t'habiller avec des vêtements masculins pour masquer tes formes féminines… tu crois que je ne sais pas pourquoi tu faisais tout ça ?

Draco avait le cœur serré de voir sa meilleure amie les yeux remplis de larmes.

-C'est quoi, Draco ? murmura-t-elle. Ta vengeance pour ce qui s'est passé à New-York ? Tu… tu as décidé de m'humilier, c'est ça ?

Sa voix s'était brisée sur le dernier mot.

-Sûrement pas, souffla Draco. Non… au contraire… si je ne t'ai rien dit toutes ses années, c'était pour te garder auprès de moi. J'ai été égoïste, Pansy. J'ai nié tes sentiments parce que c'était beaucoup plus facile que prendre le risque de t'en parler et de te perdre. Mais il n'empêche que je m'en suis voulu… de… de ne pas pouvoir être celui que tu voulais. Crois-le, Pansy… si j'avais été… autrement…

Il s'interrompit, incapable de prononcer un mot de plus.

-Par Merlin, Draco… tu n'as pas à t'en vouloir ! Tu n'y étais pour rien ! Et même si… si ça ne fait pas mes affaires… il n'y a rien, absolument rien, que je voudrais changer en toi.

- Même pas mon goût immodéré pour le système uro-génital masculin ? plaisanta pauvrement Draco.

- Même pas, dit Pansy en levant les yeux au ciel.

Ils rirent tous les deux, détendant considérablement l'atmosphère.

-Sérieusement Draco, reprit Pansy après quelques instants. Je te dois la vérité. C'est vrai que j'étais amoureuse de toi, et sans doute que je le suis encore… C'est vrai aussi que ça m'a fait souffrir de t'aimer en silence mais certainement pas autant que si tu m'avais aimée en retour. Car tu m'aurais trompée et je ne l'aurais pas supporté.

- Je sais… je suis tellement désolé...

- Tu n'as pas à l'être. C'est toi que tu fais souffrir maintenant. Plus moi.

Draco eut un petit rire désabusé.

-Je suppose que c'est à mon tour d'être honnête…

Il gratta son sourcil puis laissa retomber son bras sur l'accoudoir du fauteuil en un geste d'extrême lassitude.

-Il me manque. Il me manque tellement que parfois je n'arrive plus à respirer. Je suis lamentable… je grappille la moindre minute, la moindre seconde que je peux passer avec lui et pourtant chacune de ces secondes est une vraie torture parce que je le regarde et je sais que je l'ai perdu…

- Peut-être pas.

- Si. Potter veut des choses que je ne peux pas lui donner…

- Il croit vouloir ces choses, rectifia Pansy. Bientôt il se rendra compte que ce que Dubois lui donne n'est que l'illusion de ce qu'il veut vraiment. Toi.

- Je ne sais pas… Granger a dit à Blaise qu'Harry avait recommencé à voler, chose qu'il se refusait de faire depuis des années. Et tout ça grâce à Dubois.

- Et alors ?

- La seule fois où Harry et moi en avons parlé, je lui ai dit qu'il était jaloux parce que moi je pouvais toujours voler et que lui ne remonterait jamais plus sur un balai. Dubois, lui, est allé lui acheter un siège pour balai et l'a refait voler.

Pansy haussa les épaules.

-Tu es en train de me dire que Potter t'a quitté pour un vol en balai ?

- Tu ne comprends pas. Ce vol en balai résumait à lui seul tous les rêves de Harry. Contrairement à moi, Dubois l'a rendu possible. Et s'il est parvenu à réaliser celui-là, il parviendra à réaliser tous les autres. La maison avec jardin, la vie de couple heureuse et tranquille.

- Je croyais que Potter était comme toi.

- Je le croyais aussi. Manifestement, les gens changent.

Un silence un peu triste s'installa entre eux deux, jusqu'à ce que Pansy ne se lève.

-Il faut que j'y aille. Je voudrais passer voir Granger à propos de son dossier.

- Oui, je comprends, dit Draco en se levant à son tour. Ça m'a fait plaisir de te revoir.

- Moi aussi. Tu as des projets pour Noël ?

- Je vais le passer au Manoir, avec ma mère. Et Scorpius, dit Draco avec une certaine émotion dans la voix. Il arrive ce soir… j'ai encore du mal à y croire !

- J'espère que tu auras l'occasion de me le présenter un jour.

- Bien entendu. J'ai hâte que tu fasses sa connaissance. C'est vraiment un garçon formidable.

- Je n'en doute pas, dit Pansy avec tendresse. Tu embrasseras ta mère de ma part ?

- Je le ferai. Joyeux Noël Pansy.

- Joyeux Noël.

Elle tendit les bras et Draco la serra très fort contre lui avant d'embrasser sa tempe. Quand ils se séparèrent, elle caressa sa joue du bout des doigts et dit :

-Les gens ne changent pas, tu sais. Ils font juste d'autres expériences…

Elle lui fit un petit signe de la main et s'en alla.

Draco se rassit dans le fauteuil en soupirant, le regard perdu et les pensées décousues.

O°O°O°O°O°O°O

Potter Corp., La City, Londres

-Bonjour Granger, dit Pansy, en se laissant tomber dans le fauteuil.

- Parkinson ! Bon sang, ça t'arrive de t'annoncer avant d'entrer ?

- Ta secrétaire n'est pas là… Je n'allais pas attendre le déluge, si ?

Hermione leva les yeux au ciel, renonçant à polémiquer avec celle qui allait lui permettre de récupérer sa fille.

-Bien, je ne compte pas m'éterniser ici, alors entrons dans le vif du sujet. Comment se déroulent les rencontres avec Rose ? demanda Pansy en sortant un dossier de son sac.

- Très bien. J'ai reçu le soutien de Greta Schmidt, la directrice du Département de l'Enfance. Elle dit qu'elle va faire un rapport au tribunal indiquant que les entrevues se passent bien.

- Tant mieux. La prochaine visite est prévue pour quand ?

- Le 3 janvier.

- Et ton ex-mari ? Il te fait des difficultés ?

- Etonnement, non. Il a fait un esclandre la première fois mais Mrs Schmidt l'a remis à sa place. La deuxième fois, il n'a rien dit. Je crois qu'il remarque bien que Rose apprécie ces sorties. Il a été poli lorsque nous nous sommes croisés lors du spectacle de danse à l'école de Rose et il l'a même laissée venir me souhaiter un joyeux noël.

- Hm.

Pansy prit quelques notes sous le regard impatient d'Hermione. Voyant que Pansy ne semblait pas disposée à parler, elle finit par demander :

-Tu… hm… ton détective a-t-il trouvé quelque chose… d'intéressant ?

- Pas autant que je l'aurais voulu et en tout cas rien qui puisse faire radicalement changer les juges d'avis…

- Oh…

Pansy haussa un sourcil moqueur en entendant le ton déçu de sa cliente.

-… mais ce que je sais pourrait par contre… comment dire ? Influencer ton ex. L'amener à revoir ses positions intransigeantes.

- Quoi donc ? Des choses compromettantes dans son travail ?

- Oui… et non. Ron Weasley trompe sa femme avec Padma Patil, la Directrice du Département des Mystères. Or, Draco m'a dit que le Département était sur la sellette dans l'affaire Potter.

- Oui… mais Ron, lui, a été mis hors cause.

- Possible… mais un Auror zélé pourrait y voir une étrange coïncidence.

- Tu crois que…

- Non, absolument pas. Weasley couche avec Patil, c'est tout. Comme la moitié du Ministère, du reste.

Hermione médita l'information. Insidieusement, elle se demanda si Ron avait également été infidèle du temps de leur mariage. Elle n'aurait sans doute jamais la réponse à cette question.

-Reste la très respectable Mrs Weasley-Brown, continua Pansy. J'avais espéré quelque chose de très… immoral, comme une vidéo porno, de la drogue ou de l'échangisme mais rien de tout cela !

- Je te l'ai dit, grinça Hermione. Un vrai modèle de vertu !

- Personne n'est un modèle de vertu, ma chère et Brown encore moins que les autres. A certains égards, ce que mon détective a trouvé est bien pire… Elle aussi, trompe son mari…

- Et alors ? En quoi est-ce pire ?

- Elle le trompe avec son beau-père.

Le silence était tellement épais qu'il en était presque palpable.

-Lavande… couche… avec Arthur ? ânonna Hermione.

- Tout-à-fait. Du coup, difficile à dire si le bébé à venir sera le fils ou le demi-frère de ton ex-mari. Mais bon, au moins ce sera un Weasley.

- C'est… épouvantable…

Hermione avait une main sur la bouche et les yeux écarquillés.

-Je ne te le fais pas dire, commenta Pansy avec dégoût.

- Non… je veux dire… si Ron apprend ça… il… il va être dévasté…

- En effet.

Le sourire de Pansy était proprement machiavélique.

-Ces informations pourraient complètement détruire la si parfaite petite famille Weasley, dit-elle.

- Que… que comptes-tu faire ? demanda Hermione d'une voix blanche. Les faire chanter ?

- Oh… quel vilain mot ! Non ! Seulement expliquer à cette chère Lavande qu'il est dans son intérêt de convaincre son gentil mari de revenir à de meilleurs sentiments à ton égard.

Hermione se sentait nauséeuse. Il n'y a pas si longtemps que ça, elle avait espéré que ça arriverait un jour, ce moment où elle parviendrait à faire souffrir Ron autant qu'elle avait souffert. Ce jour était arrivé et elle n'en retirait aucune satisfaction, aucune excitation quelconque. Seulement une douleur sourde au cœur.

-Non, dit-elle. Je refuse de détruire deux familles comme ça… c'est… inenvisageable.

- Personne ne te demande de détruire qui ce soit. Ce serait juste… un avertissement.

- Peu importe. Je ne suis pas comme ça.

- Tu veux récupérer ta fille oui ou non ?

- Bien sûr que je veux récupérer ma fille ! Mais pas de cette manière ! Pas si ça m'empêche de me regarder dans le miroir le matin !

Pansy soupira avec grandiloquence et s'extirpa du fauteuil.

-Tu es tellement prévisible, Granger, dit-elle en rangeant ses notes.

- Que veux-tu dire ?

- Je veux dire que je savais que tu dirais ça… Alors j'ai veillé à trouver un autre argument de défense.

- Lequel ?

- Tu le sauras en temps utile.

Sur ces mots, elle prit son sac pour sortir du bureau.

-Hermione, dit Harry qui entrait à ce moment-là. Est-ce tu as le contrat des… Oh ! Bonjour Pansy.

Pansy ne répondit pas. Elle s'avança résolument vers Harry et le gifla de toutes ses forces.

-HE ! s'indigna Hermione. Ça ne va pas, non ?

- La ferme Granger. Ça ne te concerne pas.

Puis reportant son attention sur Harry :

-Je t'avais prévenu, Potter, que si tu faisais du mal à Draco, je…

- Tais-toi Pansy ! dit Harry d'une voix froide. Je ne veux rien entendre de tes menaces. Tu n'as pas à juger ce qui s'est passé entre Draco et moi. Et avant de m'accuser de lui avoir fait du mal, questionne-le d'abord sur le mal que lui m'a fait à moi ! Bordel, j'ai en marre que toi, Blaise, Théo me donniez tous les torts alors que Malefoy est loin d'être en reste !

- Oooh ! Pauvre petit chou incompris, se moqua Pansy. Tu attends peut-être qu'on te plaigne ?

- Je n'attends rien du tout ! Si ce n'est que tu me foutes la paix !

Pansy expira avec exaspération.

-Si tu veux tout savoir Potter, Draco ne te reproche rien. Au contraire. Il comprend ta décision.

- Et c'est peut-être ce qui me fait le plus mal, murmura Harry.

- Tu t'attendais à quoi ? Qu'il pleure ? Qu'il te supplie de ne pas le laisser ? Tu as vraiment cru que Draco allait s'abaisser à… ça ?

Harry déglutit péniblement mais ne répondit rien.

-Tu es encore plus pitoyable que je ne pensais, cracha Pansy. Jamais je ne comprendrai comment Draco peut être à ce point amoureux de quelqu'un comme toi !

Disant cela, elle partit en claquant la porte.

-Par Merlin, Harry… c'est vrai ce qu'elle dit ? demanda Hermione. Tu… es sorti avec Dubois parce que… tu voulais… obliger Draco à te...

- Je suis avec Olivier parce que je l'aime et qu'il m'apporte mille fois plus que Draco ne le fera jamais ! asséna Harry en colère.

- Mais…

- Il n'y a pas de mais ! J'en ai plein de cul d'être jugé pour ce que j'ai fait ! Depuis quand tout le monde tient avec Malefoy ?

- On ne tient pas avec lui… On…

- Tu crois vraiment que je ne vois pas que vous n'acceptez pas Olivier, tous autant que vous êtes ? Vous le tolérez, c'est tout ! Mais si c'est comme ça, pas de problème ! Olivier me suffit, je n'ai besoin de personne d'autre ! Alors, vous pouvez tous aller vous faire foutre !

- Harry !

- TOI AUSSI HERMIONE !

La porte du bureau d'Hermione claqua pour la deuxième fois.

O°O°O°O°O°O°O

Harry entra en trombe dans son bureau. Immédiatement, il se plaça devant la cheminée et jeta une poignée de poudre dans l'âtre.

-Bureau de Neville Londubat !

Il dût attendre quelques instants avant que la communication ne s'établisse avec l'Auror.

-Bonjour Harry, dit la tête verdoyante de Neville.

- Salut Neville. Où en es-tu avec les employés du Département des Mystères ? Ça fait des jours que j'attends que tu me contactes !

Neville haussa un sourcil face au ton plutôt agressif de Harry.

-Eh bien, j'ai reçu la liste. Je ne t'ai pas contacté avant parce que nous avons été complètement débordés avec l'affaire du meurtre de cet apothicaire à Glastonbury. Nous…

- Peu importe ! Cette liste donne quelque chose oui ou non ?

- Aucun des noms présents ne commence par DL ou LD. Mais regarde par toi-même.

Il tendit un parchemin au travers des flammes vertes et celui-ci se matérialisa devant Harry.

-Hm, fit-il après avoir parcouru la liste des yeux. Je ne connais aucun de ces noms.

- Alors nous voilà revenus au point de départ.

- On dirait bien, soupira Harry. Bon… je te laisse. Merci quand même.

- Harry ! Je t'assure que je ne laisse pas tomber ! C'est juste que…

- Je sais. Tu as un dossier de meurtre sur les bras. Je comprends.

- Sitôt que j'ai du neuf, je t'avertis.

- Ok. Merci. A bientôt Neville. Et Joyeux Noël.

- Joyeux Noël à toi aussi.

Désappointé, il coupa la communication de la cheminée et prit son téléphone portable.

-Allô ?

- Olivier ? Tu es où, là ?

- Au stade, pour l'entrainement. Où veux-tu que je sois ?

- Quand rentres-tu ?

- On devrait en avoir pour une bonne heure encore… Pourquoi ?

- Ok. Quand tu rentres, prépare tes valises. On part à Cortina d'Ampezzo aujourd'hui.

- Harry, que se passe-t-il ?

- Rien. Juste que je sature ici. J'ai besoin de partir maintenant.

- Et tes enfants ?

- Je ferai ce qui a été convenu. Je vais les déposer cet après-midi chez Molly et Arthur et je les reprends vendredi. Le chalet de Cortina a une cheminée raccordée au réseau international.

- Mais on devait passer le réveillon avec Blaise et Hermione, non ?

- J'ai changé d'avis. Maintenant si tu ne veux pas me suivre, libre à toi mais moi je pars. Seul s'il le faut.

- Non ! Je t'accompagne !

- Parfait. A ce soir alors.

Harry raccrocha et appela Peggy sur l'interphone.

-Peggy, annulez tous mes rendez-vous. Je prends congé plutôt que prévu.

- Mais Monsieur Potter…

- Il n'y a pas de mais. Dites à tout le monde que je suis absent à partir d'aujourd'hui jusqu'au 5 janvier.

- Mais…

- MERDE ! NE DISCUTEZ PAS ! JE SUIS ENCORE LE PATRON ICI ! SI JE VEUX ME TIRER AUJOURD'HUI, JE LE FAIS ! C'EST CLAIR ?

Il eut juste le temps d'entendre un petit « oui Monsieur Potter » avant de couper l'interphone et de voir Hermione débouler dans son bureau sans frapper.

-Harry, c'est quoi ce bordel ? Pourquoi as-tu hurlé sur Peggy comme ça ?

- Je hurle si ça me chante !

- Tu veux bien arrêter de te comporter comme un gosse capricieux et me dire ce qui se passe ?

- Il se passe que j'en ai marre. Je me casse.

- Comment ça tu te casses ?

- Je pars. Je prends des vacances, maintenant.

Hermione le fixa, les yeux écarquillés.

-Mais… et Noël… tu…

- Tu fêteras Noël en tête à tête avec Blaise, dit-il en éteignant son ordinateur et en rangeant son portable dans sa veste.

- Harry, souffla-t-elle… si c'est à cause de… cette histoire avec Olivier, je te jure que tu te fais un film ! On l'apprécie vraiment…

- Vous l'appréciez, répéta Harry en ricanant. Vous le tolérez, c'est tout ! Il est hors de question que j'impose ça à Olivier.

- Harry, mais qu'est-ce qui te prend tout d'un coup ?

- Est-ce trop demander qu'on respecte mes choix ? Hein ?

Hermione pinça les lèvres, agacée.

-Tu n'as pas à t'en prendre à moi à cause de ce que Parkinson a dit.

- Parkinson peut dire ce qu'elle veut, je m'en fous.

- On ne dirait pas !

Indifférent à la colère de son amie, Harry continuait à ranger son bureau avec des gestes busques.

-Harry…

- Laisse tomber, Hermione. Ce n'est pas contre toi. C'est seulement que… j'en ai marre, vraiment. J'ai besoin de faire un break, de prendre du recul… tu peux comprendre ça ?

- Oui… bien sûr mais…

Devant l'air buté de Harry, elle ne termina pas sa phrase.

-Fais ce que tu dois faire Harry, dit-elle sèchement. Je te souhaite un joyeux noël.

- A toi aussi.

Hermione partit sans se retourner. L'instant d'après, Harry transplanait.

O°O°O°O°O°O°O

Le Terrier, Loutry-Sainte-Chaspoule

En rentrant chez lui, Harry avait trouvé ses enfants tranquillement installés au salon, en train de regarder la télévision. Il s'était dit que Ginny trouverait sûrement à redire sur ses principes d'éducation mais il s'en fichait. James avait été heureux que son père lui fasse confiance pour rester seul avec son petit frère pendant la journée. Avant de partir, Harry avait pris soin de renouveler les sorts sur la planque qui contenait son cannabis ainsi que toutes les choses qui avaient trait à sa vie sexuelle. Pour le reste, ses fils avaient accès à toute la maison. Il les avait autorisés à regarder la télé, à jouer aux jeux vidéo ou n'importe quelle autre chose qui pourrait les distraire, pourvu qu'ils ne fassent pas de magie. James l'avait promis solennellement et il avait tenu parole.

James et Albus étaient maintenant assez fébriles à l'idée de passer Noël chez leurs grands-parents avec tous leurs cousins. Raison pour laquelle ils sortirent de la cheminée du Terrier avec une certaine exubérance, suivis par Harry qui portaient les valises.

Il regarda autour de lui et s'imprégna de l'ambiance chaleureuse des lieux. Rien n'avait changé. La maison était toujours aussi biscornue, toujours aussi vivante. Le sapin brillait de tout un tas de décorations magiques, hétéroclites et colorées. Une bonne odeur de dinde rôtie annonciatrice du festin flottait dans l'air, se mêlant aux senteurs hivernales de cannelle, de feu de bois et de clous de girofle.

-Mes chéris ! Je suis si contente de vous voir ! dit Molly en arrivant dans le salon et en serrant ses petits-enfants contre elle.

- Nous aussi, Mamy ! dit James. Les autres sont déjà arrivés ?

- Seulement Fred et Roxanne. Ils sont en train de ranger leurs affaires dans leurs chambres.

- Génial ! rugit Albus qui fonça droit sur le petit escalier en colimaçon, suivi de près par son frère.

- Oh là ! les rappela fermement Molly. Vous n'oubliez pas quelque chose ?

Les deux garçons revinrent sur leurs pas, un peu penauds. Ils embrassèrent leur père avec affection.

-Joyeux Noël P'pa, dit James.

- Ouais… Joyeux Noël, renchérit Albus. Vivement vendredi.

- Joyeux Noël à tous les deux les garçons. Amusez-vous bien et ne faites pas enrager votre grand-mère. Et vous lui donnez un coup de main avec la vaisselle, c'est clair ?

- Oui, P'pa !

- Allez, filez !

Ils ne demandèrent pas leur reste et filèrent tous les deux à l'étage. Harry les regarda partir en souriant, heureux de les voir aussi épanouis.

-Comment allez-vous Molly ? demanda-t-il en s'approchant de la matriarche.

- Bien ! dit-elle en le serrant dans ses bras à son tour. Et toi ? Tu m'as l'air fatigué !

Bien qu'elle ait pris fait et cause pour sa fille durant la procédure de divorce, Molly Weasley n'était jamais parvenue à se défaire de son élan maternel vis-à-vis de Harry.

-Tout va bien Molly, je vous remercie.

- Hm. C'est gentil à toi d'avoir accepté que les enfants passent Noël ici, dit-elle à brûle-pourpoint. Je sais que normalement…

- Ça leur fait plaisir, coupa Harry. Et je sais que c'est important pour vous.

Molly hocha la tête.

-Je vais prendre les valises et les amener dans leur chambre. C'est bien de t'avoir revu, Harry.

- Je viendrai les rechercher vendredi. Joyeux Noël Molly.

- Joyeux Noël à toi aussi.

Il la regarda s'éloigner puis s'apprêta à reprendre la cheminée.

-Alors, comment ça on part sans saluer son ex-beau-frère ?

Harry reconnut immédiatement la voix moqueuse. Il se retourna en riant.

-Salut George. Je ne savais pas que tu étais là.

- Comme tu vois.

- Angie n'est pas là ?

- Elle doit boucler un article pour le Daily Sport. Elle ne devrait pas tarder.

- Bon… eh bien, embrasse-la pour moi.

- Tu es si pressé de repartir ?

- J'ai encore des trucs à faire et…

- Oh allez, reste un peu. Ron et Lavande n'arrivent qu'à 18 heures et les Thénardier ne seront pas là avant une heure.

- Les Thénardier ?

- Filibert et Ginny.

Harry ne put s'empêcher d'éclater de rire. Si la comparaison pouvait sembler injuste pour Ginny, elle collait parfaitement à cette enflure de Molkins.

-T'es drôlement sympa avec ta petite sœur, dit-il en essayant de récupérer son souffle.

- Bah… Avoue qu'elle est nettement moins drôle qu'avant.

- Je ne te le fais pas dire, admit Harry.

- Et toi ? Il paraît que maintenant tu es avec ce bon vieux Dubois ? C'est du sérieux cette fois ?

- Je l'espère, dit-il en tiquant légèrement sur le « cette fois ».

- Dis-lui bonjour de ma part. Ça fait un bail que je ne l'ai plus vu… Lors de… hm… Après la guerre, je pense.

« Après la guerre ». La phrase qui, pour George, faisait référence aux funérailles de Fred. Après 15 ans, il était toujours incapable d'en parler.

-Tu n'as qu'à venir un soir avec Angelina, proposa Harry… après notre retour de vacances ?

- Volontiers ! Ça fera plaisir à Angie de le revoir aussi.

- Formidable ! J'organise ça au plus vite.

George regarda Harry d'un drôle d'air.

-Qu'y a-t-il ?

- Tu es heureux avec lui ? demanda George sans ambages.

- Oui, répondit Harry vivement. Bien sûr !

- Tant mieux alors. Je suis content pour toi… Moi, évidemment, j'aurais préféré que tu restes avec Malefoy, mais bon…

- Quoi ? Pourquoi dis-tu ça ?

- Disons qu'Olivier ne sera pas du genre à me commander des cockrings ou un plug anal, dit George avec un sourire entendu.

Harry devint aussi rouge qu'une tomate bien mûre.

-Ne t'inquiète pas, répliqua-t-il avec acidité. Je suis certain que Malefoy t'achètera encore beaucoup de petits jouets de ce genre.

- Je ne sais pas… il a reçu le catalogue spécial Noël mais il n'a rien commandé…

- Et puis, qui te dit qu'Olivier n'est pas de ce genre-là ? continua Harry.

Pour le coup, George partit d'un grand rire.

-Par Merlin, Harry ! Je ne connais personne de plus plan-plan qu'Olivier !

- Tu as tort !

- Tu veux parier ?

- Hors de question de parier sur ma vie sexuelle !

- Parce que tu sais que j'ai raison !

Harry fit un geste agacé de la main, pour clore la discussion.

-Laisse tomber George. On se voit prochainement.

- Tu sais… j'ai de charmants petits bonnets de père Noël qu'on met juste sur le bout du…

- Je ne veux rien savoir ! cria Harry en entrant dans la cheminée. Passe un bon Noël.

- Ou bien des pinces à tétons en forme de…

La voix de George fut couverte par l'explosion de la poudre de cheminette.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

Une grande appréhension serra le cœur de Draco quand il perçut les premiers frémissements de la cheminée qui annonçaient l'arrivée d'un visiteur.

-Calme-toi. Tout ira bien, dit Narcissa dans une vaine tentative de le rassurer.

- Et si elle avait changé d'avis ? Si son stupide mari avait changé d'avis ? Je ne…

Il ne put continuer sa phrase car l'instant d'après son fils se tenait debout devant lui. Astoria fit son apparition immédiatement après.

-Bonjour… enfin, bonsoir, dit Scorpius en regardant alternativement son père et sa grand-mère. Merci de m'avoir invité à passer Noël dans votre Manoir.

Draco sourit de ses manières à la fois un peu gauches et sérieuses. Il s'approcha de lui et posa ses mains sur ses épaules.

-C'est nous qui sommes heureux que tu sois là Scorpius. Sois le bienvenu. Tu es ici chez toi.

Il se tourna ensuite vers Astoria.

-Merci de l'avoir amené, dit-il. Merci beaucoup. Ça compte énormément pour moi.

- Voici ses affaires, dit-elle en tendant un petit sac dont Narcissa s'empara.

- Je vais aller lui montrer sa chambre, dit celle-ci avec douceur. Tu viens, Scorpius ?

Astoria hocha la tête, remerciant silencieusement l'élégance de Narcissa de les laisser seuls quelques minutes.

-J'espère que tu n'as pas eu trop de problèmes avec Archibald, dit Draco lorsque sa mère et son fils eurent quitté le salon.

- Oh, il râle mais ça lui passera. Il est seulement vexé que je lui ai rappelé que ce n'est pas le premier Noël que nous passons sans Scorpius.

- Je ne le dirai jamais assez. Merci Astoria. Je me doute que ce n'est pas facile pour toi.

- Tu te trompes. Au fond de moi, je crois que j'ai toujours attendu ce moment. Je l'ai beaucoup appréhendé et maintenant qu'il est enfin arrivé, je suis soulagée. Je vais enfin pouvoir avancer dans ma vie.

- Vraiment ?

- Oui. J'ai toujours voulu avoir un enfant avec Archibald mais l'un comme l'autre, nous nous y refusions implicitement, de crainte que cela crée des difficultés avec Scorpius. Nous avions tellement peur qu'il découvre la vérité… Mais maintenant, il n'y a plus de raison. Il y a quelques jours, pour la première fois depuis onze ans, nous avons évoqué tout haut cette possibilité. C'était incroyable… un peu comme si nous étions libérés d'un sort de silence.

- Tu n'as pas peur que Scorpius se sente… je ne sais pas… exclu ?

- Bien sûr… c'est pourquoi nous en avons parlé avec lui. A vrai dire, il a sauté de joie. La perspective de devenir un grand-frère l'enchante apparemment.

Draco eut un sourire sincère et un peu taquin.

-Je suppose donc que c'est une bonne chose, ce réveillon en tête à tête ?

- Oh Malefoy ! Tu es impossible ! rouspéta Astoria en rougissant.

Ils rirent tous les deux, d'un rire immensément libérateur.

-Je n'imaginais pas que quelque chose de bon puisse un jour sortir de toute cette histoire, soupira-t-elle finalement.

- Moi non plus. Mais comme quoi… la magie de Noël sans doute.

- Non… Nous avons grandi Draco. Nous avons mûri. Nous avons cessé de nous regarder le nombril pour enfin voir le monde qui nous entourait et comprendre que nous étions capables de partager, de faire des choix qui incluaient d'autres personnes que nous-mêmes.

Draco ne sut que répondre, éberlué par la façon dont ce propos résonnait en lui.

-Maman ! Tu devrais voir ma chambre, elle est immense ! s'exclama Scorpius en réapparaissant dans le salon.

- Oh, je m'en doute mon cœur !

- Il y a même un terrarium pour Milo !

- Si Milo est bien installé, alors tout va bien ! plaisanta Astoria.

Scorpius râla un peu qu'on se moque de lui puis embrassa sa mère tendrement.

-Merci de m'avoir laissé venir, murmura-t-il dans son cou.

- Pas de quoi mon cœur. Amuse-toi bien. On se revoit après-demain.

Ils se séparèrent après quelques instants, heureux comme ils l'avaient rarement été.

O°O°O°O°O°O°O

Scorpius ne savait plus où donner de la tête. Il venait de faire le tour du Manoir en compagnie de Draco et il était émerveillé. Il n'avait jamais vu une maison aussi grande et aussi belle.

-Il y a un sapin de Noël dans chaque pièce ? demanda-t-il.

- A peu près oui, rigola Draco. Mais mon préféré a toujours été celui du petit salon car c'est là qu'on dépose les cadeaux. Maintenant, allons à la salle à manger. Mère nous y attend.

Pour regagner la salle à manger, ils empruntèrent un long corridor dont les murs étaient garnis d'une multitude de tableaux.

-Wahou ! s'enthousiasma Scorpius. Qui sont tous ces gens ?

- Sur le mur de gauche, les ancêtres de la famille Malefoy. Sur celui de droite, ceux de la famille Black, la famille de ma mère.

Draco connaissait la curiosité des occupants des tableaux, c'est pourquoi il ne fut pas surpris de les entendre murmurer frénétiquement, à peine avaient-ils fait quelques pas dans le couloir.

-Qui est-ce ?

- Aucune idée. Cela fait des années que plus aucun enfant ne vient dans cette maison.

- Vous le connaissez ? Que fait-il là ?

- Il pourrait nous le présenter tout de même !

Draco sourit de leur impatience et fit un clin d'œil à Scorpius. Il finit par s'arrêter devant une peinture sur bois de taille modeste et manifestement très ancienne. Il représentait un homme portant un bliaud en soie brochée avec un large galon plat formant un empiètement carré autour du cou. Sa ceinture retenait une épée qui semblait peser très lourd. Il portait également un épais manteau vert émeraude, retenu sur l'épaule par une agrafe en or. Ses longs cheveux blonds étaient couverts par un bonnet carré à quatre pans de laine feutrée.

Draco plaça Scorpius devant lui et s'éclaircit la gorge.

-Bonsoir Sire Armand.

- Bonsoir Draco, dit l'homme avec un fort accent. Que me vaut cette visite vespérale ?

- Permettez-moi de vous présenter Scorpius. Mon fils.

Aussitôt, un brouhaha indescriptible se répandit dans le couloir. Tous les occupants des portraits se précipitèrent dans les tableaux les plus proches, jouant des coudes pour mieux apercevoir l'enfant.

-C'est son fils ?

- C'est incroyable !

- Ne le disait-on pas uraniste ?

- Il faut croire qu'il est guéri…

Scorpius se sentait un peu embarrassé d'être ainsi le centre de l'attention et se rapprocha imperceptiblement de son père.

-Scorpius, dit Draco, indifférent à l'agitation ambiante. Je te présente ton ancêtre le plus éloigné. Sire Armand…

- Je sais qui vous êtes ! s'exclama le garçon, surexcité. Vous êtes Armand de Malefoi ! J'ai vu votre portrait dans Généalogie des Sangs purs. Vous étiez un des bannerets de Guillaume le Conquérant. Après la bataille de Hastings, pour vous remercier de vos bons et loyaux services, il a vous offert le Comté du Wittunscir qui deviendra plus tard, le Wiltshire. Votre famille s'est installée sur le domaine d'Avebury et ne l'a plus quitté depuis !

-Tu es bien insolent pour un damelot, à couper ainsi le verbe à ton géniteur ! s'insurgea l'ancêtre. Mais je te pardonne car ta jactance n'est point écervelée. C'est plaisir d'odir la noble histoire de nostre famille contée par un si jeune esprit.

Puis se tournant vers Draco, il dit :

-Ton fillot fait honneur au sang des Malefoy, Draco.

- Merci Sire Armand.

- Bien vaigniez, Scorpius Malefoy. Sois digne du nom que tu portes.

Armand de Malefoi s'éclipsa, laissant le loisir aux autres portraits de commenter la nouvelle.

-Blond. Efféminé. De faible constitution. C'est indiscutablement un Malefoy, dit une voix forte dans leur dos.

Draco et Scorpius se retournèrent pour faire face au portrait d'une dame à la poitrine opulente et à l'air revêche.

-Grand-Mère Druella, dit Draco d'un ton doucereux. Quel plaisir de vous voir.

- Alors, c'est ton fils ?

- Oui, Grand-Mère. Scorpius, je te présente Druella Black, ma grand-mère maternelle. Et donc, ton arrière-grand-mère.

- Bonsoir Madame, dit poliment l'enfant.

- Hm. Comment est-ce possible ? Je te croyais affligé de cette tare… le mal français. Comme à peu près tous les membres de ta…

- De quoi parlez-vous, espèce de vipère ? contra une voix féminine de l'autre côté du mur.

D'après la petite vignette en cuivre vissée sous le portrait, il s'agissait de Jézabel Malefoy, mère d'Abraxas Malefoy et arrière-grand-mère paternelle de Draco.

-Oh mais vous le savez très bien, très chère Jézabel, intervint une autre femme, aux traits durs, volumineuse et antipathique. Ce n'est certainement pas dans le sang des Black que coule ce goût pour les manières. Il n'y a qu'à vous regarder, tous autant que vous êtes !

- C'est certain que lorsqu'on vous regarde vous, chère Walburga, on ne peut douter que votre famille descend des trolls.

- Oh ! Espèce de…

- CA SUFFIT !

La voix de Narcissa Malefoy venait de retentir dans le couloir, réduisant tout le monde au silence.

-Avec tout le respect que je vous dois Mère, et vous aussi ma tante, si vous proférez encore une insulte sous mon toit, je vous jure que j'enfermerai vos portraits et ceux de toute la famille Black dans le grenier, où vous n'aurez d'autre compagnie que celle des goules ! Et c'est valable pour n'importe lequel d'entre vous ! ajouta-t-elle à l'attention des autres tableaux.

Visiblement, les menaces de Narcissa furent prises au sérieux car plus aucun des ancêtres Malefoy ou Black ne pipa mot.

-Draco, Scorpius, dit-elle avec un sourire. Venez. Le dîner va être servi.

O°O°O°O°O°O°O

Le repas du réveillon se déroula dans une ambiance chaleureuse. Scorpius posa un tas de questions, désireux d'en savoir le plus possible sur ses origines. Il questionna aussi beaucoup son père sur son enfance et ses années à Poudlard. Puis arriva le moment redouté où il fallut parler de Lucius. A la grande surprise de Narcissa, Scorpius fit preuve d'une maturité et d'une objectivité peu communes pour un enfant de son âge, considérant en substance qu'un fils n'avait pas à payer pour les erreurs de son père. Draco ne put s'empêcher de rire. Nul doute qu'Harry Potter était passé par là, par la voix d'Albus.

La soirée était déjà bien avancée et Scorpius commençait à avoir des difficultés à garder les yeux ouverts.

-Tu ferais bien d'aller au lit, dit doucement Narcissa. Nous aurons encore toute la journée de demain pour parler.

- Grand-mère, tu me raconteras encore l'histoire de la famille ?

- Oui, bien entendu. Je te montrerai même notre arbre généalogique. Et des photos aussi. Mais là, il est vraiment temps d'aller dormir ! Tu tombes de sommeil.

Pour confirmer ce fait, le jeune garçon ne put réprimer un bâillement.

-Je vais appeler Loki pour qu'il te conduise à ta chambre, dit Narcissa.

- Non, coupa Draco. Je… je vais m'en charger.

Narcissa haussa un sourcil mais ne fit aucun commentaire. Ce n'était pas l'usage chez les Malefoy de border les enfants après l'âge de huit ans mais Draco avait envie de le faire. Il se rappelait des quelques jours que les enfants Potter avaient passé chez leur père quand il y était et il se souvenait parfaitement qu'Harry montait leur dire bonne nuit tous les soirs. Et aucun des deux garçons ne semblaient s'en plaindre, pas même le plus grand.

Il accompagna donc son fils jusqu'à la chambre. Il patienta le temps qu'il installe Milo dans son terrarium, puis qu'il aille à la salle de bain enfiler son pyjama et se brosser les dents.

-J'aime bien ma chambre, dit Scorpius en se glissant entre les draps. Ce sera toujours la mienne ?

- Si elle te plaît, ce sera toujours la tienne, confirma Draco. Tu en auras une aussi quand tu viendras chez moi, à Londres.

- Quand est-ce que je pourrai venir ?

- Bientôt, j'espère. Je dois d'abord en parler avec ta maman.

Scorpius bâilla une nouvelle fois.

-Je suis content, dit-il d'une voix ensommeillée. Je suis content que tu veuilles bien de moi.

- Moi aussi je suis content que tu veuilles bien de moi, répondit Draco en l'embrassant sur le front.

- Joyeux Noël, papa.

Papa.

Draco n'avait jamais pu mesurer la force d'un si petit mot. Les larmes aux yeux, il caressa les cheveux blonds de son petit garçon endormi.

-Joyeux Noël, mon fils.

Sans doute le plus beau Noël de toute sa vie.

O°O°O°O°O°O°O

25 décembre 2014 – Cortina d'Ampezzo, Italie

Cela faisait dix minutes qu'Harry était réveillé et il ne se lassait pas de contempler le paysage face à lui. Quand il avait visité le chalet huit ans auparavant, il était littéralement tombé amoureux de la vue qu'on avait depuis la chambre. Une vue magnifique sur le lac et les montagnes. L'agent immobilier n'avait pas cru en sa chance quand il avait exigé de signer le compromis de vente dans l'heure, sans même chercher à discuter le prix.

Harry soupira de contentement en serrant davantage le corps d'Olivier contre lui.

Ils étaient arrivés la veille sans encombre, par transplanage. Le chalet avait été préparé avec soin par le concierge sorcier qu'Harry avait recruté et qui était chargé de s'occuper des lieux en son absence. Un grand sapin occupait un coin de la pièce, somptueusement décoré, un feu ronflait dans la cheminée et la table avait été dressée. Pourtant le festin avait attendu, Harry ayant d'autres projets pour Olivier et lui. Ils s'étaient embrassés, doucement d'abord, puis avec fougue. Leurs bouches mordaient, leurs mains caressaient, leurs doigts agrippaient. Mais quand Harry avait voulu entrainer Olivier vers la chambre, celui-ci l'en avait empêché et l'avait doucement amené vers le sol, l'allongeant sur le tapis face à la cheminée.

-Ici ? Vraiment ? avait murmuré Harry.

- Oui, avait soufflé Olivier, la voix lourde de désir. On est dans un chalet, il neige au dehors et il y a un feu de cheminée. C'est… obligé.

Harry sourit en y repensant. Sur le moment, il avait failli éclater de rire. Tous les hommes qu'il avait amenés au chalet avaient voulu la même chose. Baiser devant la cheminée. Exactement comme dans un film de série B des années 70, le genre de navet que la tante Pétunia regardait le samedi après-midi quand elle croyait que personne ne la voyait. Il ne manquait plus que la couverture en fourrure et le tapis en peau d'ours.

Ils avaient donc passé un réveillon merveilleusement décadent, se nourrissant l'un et l'autre, s'embrassant entre deux bouchées, bavardant, s'embrassant encore et s'aimant jusque tard dans la nuit. Finalement, aux petites heures du matin, Harry était parvenu à emmener Olivier jusqu'à leur chambre, histoire d'au moins dormir quelques heures dans un vrai lit.

-Bon sang, c'est magnifique, souffla une voix à côté de lui.

Il tourna la tête pour remarquer qu'Olivier était réveillé. Il s'était redressé sur un coude et fixait le paysage enneigé au travers de la baie vitrée.

-Tu trouves ? demanda Harry, légèrement suspicieux.

Rares étaient ses amants qui avaient apprécié l'endroit à sa juste valeur.

-Evidemment ! C'est… Merlin, cette vue est absolument phénoménale. Je pourrais passer des heures à la regarder.

Il fallait définitivement peu de choses pour rendre Harry heureux. Il embrassa Olivier avec passion, caressant lascivement son corps, frottant son érection grandissante contre sa cuisse musclée. Olivier ne posa aucune question, trop heureux de ce traitement. Avec douceur, Harry le fit allonger sur le côté et se colla dans son dos. Il passa la main sur son torse, caressa son ventre avant de descendre sur sa virilité qu'il masturba avec lenteur.

-Harry, gémit Olivier. Harry, c'est… oh Merlin.

Harry ramena sa main sur sa hanche et glissa sous sa cuisse pour la soulever légèrement. Avec douceur, il s'insinua à l'intérieur du corps de son amant, lui soutirant un long râle de plaisir. Il reprit ses caresses sur le sexe dur d'Olivier, bougeant la main au même rythme que ses reins.

Jamais ils n'avaient fait l'amour avec autant de lenteur, de profondeur. De sentiments.

-Je t'aime, souffla Harry. Je t'aime…

Olivier hoqueta, ses muscles se tendirent et il jouit bruyamment dans la main de son bienfaiteur. Ses chairs se resserrèrent autour du membre de Harry qui céda au plaisir à son tour. Haletant, il enfouit son visage dans le cou d'Olivier.

-C'était merveilleux, dit Olivier après un moment. Tu es toujours merveilleux mais là… c'était… spécial.

- Oui. Spécial.

Olivier se retourna pour faire face à son amant.

-Harry, me diras-tu ce qui se passe ? demanda-t-il très doucement. Pourquoi sommes-nous venus ici avec tant de hâte ? Non pas que je m'en plaigne, loin de là ! Mais je voudrais comprendre.

Harry le regarda sans ciller.

-Je voulais du temps avec toi. Rien que toi et moi. Je veux que ça marche entre nous, Olivier. Je le veux vraiment.

- Harry… c'est… je ne sais pas quoi dire… Je suis si heureux. Je t'aime tellement.

Olivier se pencha pour l'embrasser, avec douceur et plus d'amour qu'il n'en avait jamais ressenti pour personne.

Harry lui sourit. Il avait eu raison. Ils avaient besoin de temps à eux, loin de Londres. Loin de tout et de tous. Loin de lui.

O°O°O°O°O°O°O

Manoir Malefoy, Wiltshire

A des centaines de kilomètres de là, dans le Wiltshire, il avait neigé également. Le ciel était cotonneux et des flocons tombaient encore parcimonieusement.

Draco se disait qu'on lui avait certainement jeté un sort. C'était la seule explication possible au fait qu'il soit là, collé contre le tronc d'un arbre, essoufflé, la main refermée sur une boule de neige de taille parfaite, en train de jouer avec un enfant de onze ans. Mais c'était surtout la seule explication au fait que ça l'amuse, et pas qu'un peu.

Il risqua un coup d'œil à gauche de l'arbre mais aussitôt une boule de neige siffla à son oreille et alla s'écraser à quelques pas de lui. Loin de s'avouer vaincu, il sortit de sa cachette en criant comme un diable, sa dernière munition à la main. Scorpius qui se tenait plus loin, s'enfuit en riant mais pas assez vite. La boule de neige s'écrasa sur son bonnet en faisant spotch.

Draco le rattrapa et le souleva de terre pour le porter sur son épaule comme un sac de pommes de terre, faisant rire son fils aux éclats. Après quelques mètres, il le reposa au sol et marchèrent vers le Manoir.

-Papa ? Quand est-ce que je pourrai essayer le balai que tu m'as offert ?

- Cet après-midi, si le ciel s'est éclairci.

Scorpius avait été enchanté de ses cadeaux. Draco lui avait offert un Nimbus 3001 et Narcissa un jeu d'échecs sorcier. En dernière minute, elle avait rajouté un livre sur l'histoire de la famille Malefoy qui lui avait fait encore plus plaisir. De son côté, il avait offert à son père un album photos confectionné avec l'aide de sa mère. Il contenait à peu près toutes les étapes de sa vie que Draco avait manquées. Bien qu'il veillât à ne rien laisser paraître, Draco en avait été terriblement ému.

Il sortit de ses pensées quand un elfe fit irruption devant eux.

-Maître Draco. Madame votre mère vous fait dire que le repas va bientôt être servi.

- Merci Loki. Nous arrivons.

Sitôt de retour au Manoir, d'autres elfes les débarrassèrent de leurs capes humides de neige, avant que Draco ne lance un sort de séchage sur leurs pantalons et leurs chaussures. Mais alors qu'ils allaient entrer dans la salle à manger, il remarqua sur l'une des consoles qui jouxtaient la porte, un petit paquet soigneusement emballé et posé sur un parchemin. Draco sursauta quand il vit le mot « Malefoy » tracé d'une écriture brouillonne qu'il reconnaîtrait entre mille. D'une main un peu tremblante, il s'empara de la lettre. Puis il soupira de déception en fermant les yeux.

-Scorpius, dit-il en entrant dans la salle à manger. Un hibou a apporté ceci pour toi.

- Ah ben, quand même ! dit l'enfant. J'ai bien cru qu'il m'avait oublié !

Il décacheta l'enveloppe et lut rapidement le contenu de la lettre avant de l'abandonner sur le coin de la table et de s'attaquer au petit paquet. Bien malgré lui, Draco y jeta un œil indiscret.

« Cher Scorpius,

Je te souhaite un Joyeux Noël. J'espère que tout se passe bien pour toi dans le Wiltshire. J'attends de tes nouvelles avec impatience.

Avec toute mon amitié,

Albus S. Potter »

C'était incroyable, le fils avait exactement la même écriture que le père.

-Wahou ! Ce qu'elle est belle ! s'exclama Scorpius.

Il exhiba une fibule en argent, en forme de serpent.

-Elle est magnifique en effet, apprécia Narcissa.

- J'espère que lui aussi aura apprécié mon cadeau. Je lui ai offert un livre rare de potions.

- Je suis sûr que demain, tu recevras une lettre te disant qu'il a adoré, sourit Draco.

Disant cela, il porta la main à la montre qu'il portait à son poignet gauche. Il l'avait commandée à un grand joaillier deux jours avant qu'il apprenne qu'Harry en aimait un autre. Ce devait être son cadeau de Noël.

Il ne le recevrait jamais. Tout comme il ne saurait jamais ce qui était gravé au dos.

A suivre...