Auteur : Nami-chan.
Couples :DateSana, MotoMoto, KoSasu, IeMitsu, et d'autres
Disclaimers : Je crois qu'on aimerai tous posséder les droit sur Sengoku Basara, mais ce n'est pas mon cas
Dragon Tales Livre Deux
Partie 25
Cela commençait toujours de la même manière, comme un de ses cauchemard. D'abord le noir, puis l'angoisse de se retrouver seul dans un vide infini. Enfin, cela était avant qu'aucune autre pensée ne puisse parvenir à l'esprit en sommeil de Masamune.
Mais très vite, Masamune gagnait la conscience que ce n'était pas ce rêve là. Le plus difficile venait de la sensation totale d'abandon, que même son propre corps avait abandonner Masamune. Ses poumons ne fonctionnaient plus, ils étaient en feu, et il ne pouvait même pas lutter pour respirer. Pourtant il marchait, ignorant la douleur, la peur, il s'avançait dans le noir, toujours tout droit.
C'était inconfortable, mais pas insurmontable. Pas quand il savait ce qui l'attendait au final. Que pouvait-il y faire de toute façon, si ce n'était l'accepter et attendre ? Jamais ses rencontres avec Yukimura n'avaient été choses faciles, alors même en rêve il y trouvait un véritable challenge.
C'est sans doute parce qu'il en l'habitude qu'il ne craint plus cette étape. Très vite, la sensation de plein contrôle revenait, et Masamune pu sentir ses lèvres s'étirer en un sourire sûr de lui. Il fléchit ses doigts, pour se débarrasser des dernières impressions d'engourdissement et tendis la main devant lui cherchant à toucher cette étoile qui scintillait au loin. Puis la lumière vacilla devant lui, de plus en plus forte, éclairant son chemin jusqu'à son but.
Il franchit la frontière séparant son rêve de celui de Yukimura, soudainement envahi par la forte impression que quelque chose n'était pas à ça place.
De toutes les fois où il avait réussi à trouver ce lieu, l'endroit n'avait jamais été le même, alors Masamune s'était attendu à ce que la maison, ou plutôt le palais mental de Yukimura ait changé.
Mais pas à ce point.
Masamune se retrouva incapable de faire le moindre geste quand il arriva devant le bâtiment. Son souffle forma immédiatement un nuage de condensation et il s'entoura de ses bras pour essayer de gagner un peu de chaleur dans cette atmosphère glaciale. Masamune aurait aimé découvrir d'une manière différente que son corps soit aussi sensible au froid dans ce monde onirique que dans le monde réel.
Tout était gelé. Mais Ce n'était pas le froid comme il le connaissait à Oshu où les chutes de neige venaient atteindre le toit des maisons au plus fort de la saison hivernale. C'était du givre blanc, un froid mordant et mortel, une couverture glacée qui s'étalait le long des murs emprisonnant ou étouffant toute vie à proximité, piégeant l'oxygène dans ses cristaux solides.
Le pavillon était entièrement recouvert d'une fine pellicule blanche qui scintillait dans le soleil éternellement couchant puisque c'était comme cela que Yukimura l'aimait. Masamune en vint à regretter qu'ils ne puissent se rencontrer plus souvent sur la plage rêvée de Yukimura, là au moins il était certain que la température serait plus tolérable.
Faisant appel à toute sa volonté pour se mouvoir dans ce froid, Masamune fit un pas. Ses pieds nues réagirent aussi durement que le reste de son corps au contact du sol gelé qui craqua sous son poids. Dire que cela était douloureux était un euphémisme, mais il en fallait plus pour l'empêcher de voir Yukimura.
Espérant de tout son cœur qu'il fasse plus chaud à l'intérieur, Masamune chercha là où devait se trouver à l'entrée sous la couche de glace. Il la dénicha rapidement et se précipita vers la porte coulissante, il manqua de glisser sur l'engawa recouvert de verglas, là où les planches n'avaient pas simplement éclatées sous l'action du froid.
Utilisant la manche de son yukata pour couvrir sa main il la passa dans la poignée et tira pour que la porte s'ouvre.
En vain.
Comme Masamune s'y était attendu, le givre avait bloqué le système coulissant de la porte et s'il devait en jugé par l'état général du pavillon, il savait que ce serait le cas de toutes les entrées.
Pestant et grommelant contre cet idiot de Yukimura qui ne lui rendait vraiment pas la tâche facile, il frotta vigoureusement ses biceps. Il devait trouver une solution et vite, le froid commençait à être plus qu'il ne pouvait supporter.
Masamune tenta tout de même sa chance et fit le tour du petit pavillon en courant, au moins il retrouva un peu de chaleur corporelle.
Il n'avait jamais vraiment pris le temps de détailler le reste de l'endroit qui était sensé abriter l'esprit de Yukimura. Des visites qu'il avait déjà faites, il n'avait pris la peine que de remarquer le pavillon qui avait abrité les plus jeunes années de Yukimura. Sont petit tour lui avait permis de constater que c'était l'ancien château d'Ueda au grand complet que Yukimura avait recréé.
Du moins tel que Masamune s'en souvenait.
C'était énervant. Yukimura pouvait être n'importe ou à l'intérieur du château.
Le regard de Masamune revint sur le pavillon. Bien que son visage demeure impassible, son œil valide ne cacha pas l'intensité de sa réflexion. Le froid commençait sérieusement à engourdir ses membres et son esprit commençait aussi à se troubler. Il n'avait pas le temps de fouiller tout le château.
De plus, la seule conclusion logique à laquelle il parvenait était qu'il n'y avait pas moyen que Yukimura soit ailleurs. C'était ici l'endroit qui avait vu naître tellement de leurs souvenirs communs.
Le froid commençait à lui faire claquer des dents et il n'eut d'autres choix que de se mordre la langue pour tenter de réfréner cet instinct. Puis son œil s'écarquilla quand il réalisa une chose pourtant évidente, comment avait il put oublier cela.
Ce monde était un rêve, la réaction de ce corps au froid n'était du qu'au conditionnement de son esprit.
Prenant une grande inspiration pour se concentrer, Masamune reposa ses bras le long de son corps et ferma les yeux. Une vague de chaleur l'envahi, et il du se retenir pour ne pas soupirer de plaisir quand il sentit son sang de nouveau afflué en lui.
Il se sentait un peu frustré qu'il lui ait fallu tellement de temps pour se rendre compte de l'évidence que tout ceci n'était pas réel. Il était pourtant si simple de se réchauffer, tout ce qu'il désirait ici pouvait prendre forme.
Masamune c'était simplement laissé impressionner par ce givre et cette glace sortit de nulle part. Il s'était laissé engloutir par un mauvais pressentiment.
Déterminé, il retourna vers le pavillon d'un pas assuré, bien décidé à faire bouger cette porte et cela même s'il devait la démolir. Il en était bien capable.
"Oho !" raisonna soudain une voix. "Alors là pratique de l'oniromancie et toujours dans notre sang à ce que je vois."
Cette voix à la fois. douce et puissante, légèrement rauque à force de toujours s'exprimer à pleins poumons. Pourtant, ce ton narquois... le changement était subtil cependant il n'avait pas échappé à Masamune. C'était la voix de Yukimura, mais ce n'était pas lui qui l'utilisait.
Relevant la tête vers la source, le regard de Masamune s'assombrit. Cet endroit était leur sanctuaire à lui et Yukimura, un endroit sacré, c'était difficile d'admettre qu'un être abject avait bel et bien réussi à s'y introduire mais il aurait dû se préparer à cette éventualité. Le démon avait atteint le cœur de Yukimura plus loin qu'il ne le pensait. Encore une des choses que Masamune devrait faire payer au démon.
La liste commençait à être longue .
Masamune le trouva assis nonchalamment sur les tuiles de céramique, un air suffisant affiché sur le visage. Il avait les jambes croisées lâchement et son pied battait l'air avec impatience tandis que ses bras étaient derrière lui, soutenant son corps à demi allongé.
Il portait les mêmes vêtements que Yukimura affectionnait, cette veste rouge et ce pantalon blanc, c'était bien ce corps que Masamune connaissait sur le bout des doigts, cette peau sans défaut qui n'avait que de rares cicatrices. Elle était maintenant parsemée d'écailles blanches à l'aspect aussi corrosif et brûlant que le givre sur les murs. Ses cheveux châtain long et soyeux qui faisaient la fierté de Yukimura étaient maintenant aussi noir que l'ébène. Cet air presque sadique sur ce visage normalement si expressif qui connaissait l'honnête et la bienveillance.
C'était juste tellement... incorrect, erroné, injuste.
"Orochi." constata amèrement Masamune, sa rage sourde et contenue. Si les regards pouvaient tuer, alors le démon aurait connu mille morts.
L'autre ne se trouva pas impressionné et fit un geste dédaigneux de la main. "Je t'en prie, nous nous connaissons suffisamment pour que tu m'appelles par mon nom maintenant, pas vrai ?"
Un sourire suivit sa tirade, mais le Yukimura aux cheveux noirs ne bougea pas davantage, profitant de son point de vue haut perché pour toisé Masamune, s'amusant de le voir pratiquement frémir d'une agressivité et d'une fureur contenu.
Masamune gronda, ses poings se serrant à ses côtés. Il pouvait presque sentir son sang bouillonné en lui, cela ne lui ressemblait pas de s'emporter ainsi. Il se refusait à offrir la moindre opportunité au démon qui lui faisait face. Yukimura était peut-être sa faiblesse, mais il en tirait également sa force, avec cela à l'esprit il lui fallut bien tout son self-control pour garder la tête froide.
"Comme si ton nom pouvait sortir de ma bouche, démon ! No joke!" siffla Masamune entre ses dents crispées.
Il hésitait entre monter rejoindre cet enfoiré et faire parler ses poings , ou attendre et essayer d'obtenir des informations en poussant le démon à parler. Cela ne lui avait pas échappé que l'autre aimait s'entendre discourir. Kojûro lui aurait sans doute conseillé la deuxième solution.
Et bien qu'il n'écoutait que trop rarement les bons conseils de Kojûro, cette fois quelque chose en Masamune le poussa à choisir la seconde option.
"Qu'est-ce que tu fiches ici ? Où est Yukimura ?" lança Masamune, ses paroles pleines de ressentiments étaient lourdes de sens caché. Mais encore plus, Masamune se sentait mal d'avoir permis qu'un tel individu souille les songes de son amant.
L'autre Yukimura leva les yeux au ciel visiblement ennuyé par ces questions prévisibles. Il cacha à peine un bâillement derrière sa main.
"Je suis chez moi ici." répondit-il simplement comme si cela était la chose la plus normale du monde. "Quant à Yukimura, je ne peux pas te laisser l'atteindre avant moi. Cet idiot sait protéger son esprit, ça au moins je lui concède." il termina sa phrase en s'allongeant complètement sur le toit, ses bras venant se replier derrière sa tête pour lui servir de support.
"Tch, il a grandi entouré de ninjas, son esprit et son cœur son aussi fort que peu l'être son corps physique. Tu es un annoying one, huh ? Tu parle et tu parle simplement parce que tu ne peu rien faire d'autre qu'être une petite saloperie bruyante. Cause tant que tu veux, je vais quand même t'arracher de lui et ensemble on te réduira à néant" Masamune croisa les bras sur sa poitrine, parlant avec Yukimura d'une fierté non feinte. "Il peux y arriver, il n'est pas mon rival pour rien."
"Oh ? L'espoir fait vivre." Depuis le toit, Aisu ne bougea pas, mais Masamune l'entendit tout de même soupirer ostensiblement, juste pour signifié à Masamune que ses paroles ne l'atteignaient pas.
Masamune décida qu'il était plus sage de l'ignorer, il ne servait à rien de discuter avec lui s'il ne savait pas ou était Yukimura. Ce serait une plus grande perte de temps encore que de se battre avec lui dans ce monde qui n'était qu'illusion, cela le frustra grandement mais il pouvait sentir que son sommeil ne durerait plus longtemps. Il devait voir Yukimura, c'était le plus important.
Impassible, Masamune continua à s'avancer vers le pavillon.
Néanmoins il n'avait pas relâché sa vigilance et s'arrêta net avant que son corps n'entre en contact avec celui de son ennemi.
Aisu venait d'apparaître devant lui en un battement de cils, ayant de toute évidence décider que sa conversation avec Masamune n'était pas terminée.
Prenant un pas de recul, Masamune assuma une pause défensive. Il connaissait ses limites et Orochi était visiblement plus habitué que lui à ce monde. C'était tout juste si Masamune avait pu stopper le froid, il ignorait s'il pourrait blesser son adversaire tandis que son adversaire lui pouvait sûrement le blessé.
"Tu parles avec tant d'estime de lui, pourtant ne là tu pas abandonné quand il avait le plus besoin de toi ? N'est pas celui qui a abîmé son cœur suffisamment pour que je puisse m'y introduire ? Regarde, tu arrives à point nommé puisque je viens juste de prendre ma forme définitive. Sais-tu ce que cela signifie ?" Aisu ignora complètement l'habitude agressive de Masamune, préférant le provoquer davantage, se rapprochant du dragon borgne à chaque nouvelle phrase.
Masamune ne quitta pas les yeux de l'autre maintenant qu'il pouvait les voir en face de lui. Un malaise s'installa au fond de son estomac puisque là au aurait dû se trouver une paire d'yeux noisette chaleureux et pleins de vie, il ne trouva que deux yeux bleues glacé à la pupille fendue, aussi froid et profond qu'un lac gelé. Sous la surface appartement calme et immobile, un esprit habile pouvait distinguer une perfidie et une méchanceté naturelle qui n'avait pas ça place sur ce visage.
Une fois de plus son poing se serra, imprimant le contour de ses ongles dans la paume de sa main.
Ce petit jeu avait assez duré, ces provocations l'atteignaient plus qu'il ne pouvait l' écourter cette conversation, Masamune chercha du regard une ouverture pour contourner l'autre. Seulement il ne put que constater avec inquiétude que la couche de givre rampant sur les murs s'intensifiait, comme répondant à son état d'esprit et par la même occasion réduisant de plus en plus ses chances de retrouver Yukimura.
"Qu'est-ce que tu es en train de lui faire ?!" lança Masamune agrippant le col d'Aisu.
Ce n'était pas une défense mentale de Yukimura, Masamune en était certain maintenant ce froid ne lui ressemblait pas. Le givre réagissait et s'intensifiait parce qu'Aisu se plaisait à jouer avec ses nerfs. Le démon était en train de changer l'environnement même qui abritait le subconscient de Yukimura et Masamune comprit que c'était comme cela qu'il comptait l'atteindre. L'impression qu'avait eue Masamune au moment même où il avait franchi la frontière des rêves se concrétisait.
"Tu as bien l'air tellement sur de toi, démon. Pour l'instant tout ce que je voie c'est que tu ne peux rien faire de plus que t'agiter dans ce monde alors que j'ai déjà trouver un moyen de te détruire, notre prochaine rencontre sera la dernière, not so good, huh ?" provoqua à son tour Masamune. Il rapprocha Aisu de lui. "Tu feras moi le malin quand je t'aurais arraché de ce corps pour te transpercer de ma lame." murmura-t-il.
L'autre ne sembla pas impressionné par ce geste brusque, il se contenta d'un sourire comme si la situation l'amusait. Masamune pouvait toujours proférer des menaces, c'était lui qui avait le dessus.
Un nouveau battement de cils et Masamune se retrouva debout quelques centimètres plus loin, une distance assez longue pour que ses bras ne puissent plus atteindre Aisu. Il jura pourtant que l'autre ne l'avait pas touché, ni même lever le petit doigt. Avant qu'il n'ait eu le temps de réaliser ce qui venait de se produire, la glace entoura ses chevilles.
"Ne vas pas si vite en besogne. Yukimura as déjà tout le plaisir de t'avoir, un peu à mon tour de profité de toi." fit le démon d'un air faussement déçu que Masamune ne soit pas plus coopératif.
Masamune observa ses membres d'un air renfrogné tandis que les cristaux de glace remontaient jusqu'à ses genoux. Ce n'était pas douloureux, mais il n'aimait pas l'idée que cette chose puisse le recouvrir entièrement.
"Shit." grommela-t-il, trop en colère pour focaliser son esprit et se débarrasser de l'entrave.
La glace s'arrêta de monter à mis-cuisse et Aisu s'avança vers lui, tournant autour et l'observant comme s'il était un trophée. Doucement, il porta une main autour du cou d'un corps qui ne devrait pas être le sien, passant lentement ses doigts sur une peau, traçant les muscles d'un torse et d'un abdomen qui ne devrait appartenir qu'à une seule personne, Aisu descendit jusqu'à son nombril découvert.
"Tu n'aimes pas cette apparence ? Tu devras pourtant t'y faire parce que c'est à ça que ressemblera ton amant quand j'en aurai fini avec lui. Son cœur et déjà pratiquement mien... il ne reste que cet endroit." susurra le démon, s'approchant dangereusement de l'oreille de Masamune
Une sensation nauséeuse troubla Masamune, il avait également la chair de poule, ébranlé par cette scène. Rassemblant toute sa volonté pour se souvenir qu'il ne s'agissait pas de Yukimura, il lui cracha au visage.
Aisu paru plus que comblé par la réaction de Masamune tandis qu'il essuyait la salive de sa joue, la recueillant sur sa main gantée, il se lécha ensuite les doigts en prenant une expression de pur plaisir. Puis il éclata franchement de rire, la vision d'un Masamune bouillonnant de rage l'amusant au plus au point. C'était un vrai régal de provoquer ce dragon.
"C'est décidé je te garde, tu es une vraie merveille !"
D'un geste brusque, Aisu empoigna les cheveux de Masamune, le forçant à le regarder droit dans les yeux. "Le roi des dragons paiera la dette que tout son peuple à envers moi, j'en fais le serment." cracha-t-il.
Cette fois il ne plaisantait plus, ne riait plus. Cette menace était sérieuse, la haine et la colère déformant les traits de son visage.
"J'en ai assez de joué, tu vas te réveiller maintenant."
Le démon leva sa main libre comme s'il s'apprêtait à frapper Masamune de son poing. Encore incapable de dompter son tourbillon d'émotions Masamune ne put que regarder avec impuissance quand le poing d'Aisu se desserra et que de longues griffes cristallines traversèrent le cuir de son gant.
En réponse, le dragon-borgne sentit ses doigts se fléchir, il ne pouvait pas, ne voulait pas se réveiller après que ce fichu démon se soit ainsi joué de lui. Prenant une grande inspiration il se concentra du mieux qu'il le put, imaginant la forme, le poids et la sensation de son épée dans sa main.
Enfin, il senti sa paume se resserrer sur le cuir du manche et au moment ou Aisu allait le transpercer il riposta parant l'attaque de son sabre.
C'était comme cela que ça aurait dû se passer, mais le coup de Aisu ne tomba pas. Au lieu de cela le démon fut violemment projeté à terre, taclé au sol par une petite silhouette. Quand Masamune réalisa ce qui venait de ce produire, Aisu avait disparu et l'enfant qui venait de bannir le démon se relevait en grognant de douleur, époussetant vigoureusement son hakama noir.
Il finit par se retourner et releva une paire d'yeux noisette pétillant en direction de Masamune, armé d'un sourire il toucha la main qui brandissait le sabre de Masamune.
"Viens vite Masamune. Je l'ai forcé à se réveiller mais il va revenir. Suis-moi."
"Yuki ?" s'étonna Masamune.
L'enfant arqua un sourcil dubitatif, est-ce que Masamune était devenu sourd ? N'avait-il pas comprit qu'ils n'avaient pas le temps de discuter ?
Le jeune Yukimura tira sur la manche de Masamune, tirant pour l'aider à se dégager de la glace qui l'emprisonnait.
Avait-il vraiment d'autre choix que de suivre cet enfant qu'il ne connaissait que trop bien ? À mesure que la glace se brisait et que Masamune retrouvait l'usage de ses jambe, il sentit la colère et l'amertume être graduellement remplacées par la douceur de la nostalgie. Pris d'une envie presque enfantine de courir dans le château, il se laissa entraîner par l'enfant.
Maintenant qu'il était adulte, ce dos devant lui semblait bien petit. Il se rappela pourtant qu'il avait longtemps détesté le fait que Yukimura grandissait plus vite que lui.
S'était agréable de sentir tous ses souvenirs d'enfances refaire surface au contact du jeune Yukimura.
Une chose le perturba tout de même. Si Yukimura était à l'intérieur, qui était cet enfant ?
Oooooooooooooooo
Aisu se réveilla en sursaut dans la chambre de Yukimura à Osaka. Son hôte était endormi d'un sommeil profond, laissant à Aisu tout le loisir de profiter de son corps humain. Sentant l'air revenir brusquement dans ses poumons. Respirer... ce n'était plus quelque chose qu'il avait l'habitude de faire.
"Sale petit enfoiré, tu ne perds rien pour attendre." siffla-t-il toujours fermement attaché à ce qui lui restait de ressentiment.
Il passa les mains sur son visage, dans sa forme incorporelle, il ne ressentait qu'une chose à la fois, mais ainsi éveillé, trop d'émotion l'envahissait. Le fait qu'il n'avait pas pris possession volontairement cette fois aggrava encore plus le sentiment qu'il avait de ne rien contrôler de son environnement.
Masamune lui avait rendu la monnaie de sa pièce. Il avait maintenant un aperçu de ce que le dragon avait pu ressentir dans le monde onirique.
Les volets et la fenêtre étaient restés ouverts et le vent d'automne avait grandement refroidi l'atmosphère de la pièce. Juste comme Aisu l'aimait.
Peu à peu il reprenait son calme, laissant son souffle retrouver un rythme normal, essayant de comprendre ce qui l'avait si brusquement chassé de l'inconscient de Yukimura. Le seul capable de faire cela aurait été Yukimura lui-même... mais Aisu s'était assuré que s'il comptait se cacher dans ce pavillon il allait y rester.
"Tu as bien de la ressource petit tigre..." admit-il.
Pour l'instant, il n'avait aucun moyen de savoir pourquoi il s'était éveillé s'il ne retournait pas dormir. Mais lui qui avait ordonné de faire profil bas aux siens était maintenant tenté de profiter de sa forme corporelle.
Il était tard, et s'il agissait bien personne ne remarquerait qu'il n'était pas Yukimura.
Aisu quitta son lit, n'arrivant pas à se décider s'il allait d'abord faire un tour aux cuisines, goûter cette fameuse nourriture que son hôte affectionnait tant ou s'il assouvissait une toute autre envie que son hôte ne lui partageait pas. Il n'aurait jamais pensé que toucher le corps d'une femme puisse autant lui manquer.
Il secoua la tête, cette idée lui semblait plus stupide à chaque seconde qui s'écoulait. Il n'allait pas risquer le peu de confiance qu'il avait réussi à gagné chez son hôte pour quelques désir charnel.
C'était un hôte bien ennuyeux sur ce terrain là.
La lumière de la lune descendante projetait son ombre contre le mur du fond. Là sur une commode reposait un objet qui attirait le regard d'Aisu. Remettant ses envies à plus tard, le démon s'avança vers l'objet.
La sphère était couverte d'une étoffe de soie noire, Aisu ne résista pas à la tentation et souleva délicatement la soie pour révélé ce qu'elle cacha.
Il recula vivement d'un pas, comme si la simple vue de cet objet lui brûlait les yeux.
"La Graine d'Izanami." s'exclama-t-il.
Se reprenant, il se prit à contempler l'objet, ô combien dangereux pour lui maintenant qu'il possédait un corps humain. Une splendide perle noire de la taille d'une paume, la lune se reflétant doucement sur ses bords de nacre. Son esprit tout entier vibrait à proximité de cet objet, il ne pouvait pas se tromper quant à sa nature
Masamune avait dit avoir trouvé un moyen de le vaincre, il avait pris cela pour des paroles en l'air mais maintenant... non ceci se trouvait dans sa chambre, le laissant seul maître, lui seul disposant de l'usage de ce qui pouvait être une arme ou un bouclier.
Aisu se pencha vers la perle, l'observant avec crainte et admiration à la fois. Dans sa première vie il se souvenait qu'il aurait vendu père et mère pour mettre la main sur un tel objet.
Un reflet doré sur la perle attira son attention. Ses yeux s'écarquillèrent quand il reconnut une essence, une âme familière emprisonnée par le pouvoir de la perle. Il se redressa, recouvrant l'objet offensant par l'étoffe de soie.
"Pauvre Sukuratchi..." dit Aisu en secouant la tête, désolé pour son ami maintenant prisonnier de la perle. "C'est donc ton but...Hisahide, tu veux voir si j'échangerai mes précieux serviteurs contre la garantie de ma victoire."
Même s'il pensait avoir comprit le plan de l'homme étrange, cela ne voulais pas dire qu'Aisu n'était pas troublé par les intentions de celui-ci. Son impression partait du principe qu'en laissant la perle comme ceci dans sa chambre, Hisahide ne pouvait ignorer qu'Aisu savait s'en servir.
Pris d'un doute, Aisu se tourna une nouvelle fois vers la perle. Il ne résista finalement pas à la tentation de la prendre en main. La puissance de la Graine d'Izanami lui traversa littéralement la main et il s'en sentit grisé.
Et si Masamune ne mentait pas... est-ce que cette petite chose pourrait l'aider ?
"Mon très cher Masamune, on dirait que quelqu'un a toujours un coup d'avance sur toi." susurra-t-il caressant la perle avec un semblant d'affection.
Hisahide ne s'était pas trompé sur une chose en lui offrant cette perle. C'était qu'Aisu était bel et bien prêt à tout pour gagner.
Ooooooooooooooooooooooooo
Le jeune Yukimura ne s'arrêta de courir que quand il fut certain que lui et Masamune étaient en sécurité, bien caché dans un box vide au fond des écuries. Essoufflé par sa course frénétique à travers le château, Masamune mit un certain temps avant de parler.
"Yu-yuki, je croyais..."
"Chut, moins fort." fit Yukimura montant la garde.
Masamune ne sut pas pourquoi mais il ne trouva rien à redire contre cela, optant plutôt de regarder Yukimura s'assurer qu'il n'avait pas été suivie.
"Çà me rappelle quand on essayait d'échapper aux gardes." chuchota Masamune.
Yukimura ne lui répondit pas de suite préférant venir s'asseoir en face de lui sur une botte de foin. Face à l'affirmation de Masamune, il se contenta d'incliner légèrement la tête sur le côté d'un air confus.
Masamune ne put empêcher un léger rire de franchir ses lèvres. Yukimura faisait souvent cette tête quand ils étaient enfants, surtout quand il ne comprenait rien à ce que Masamune lui racontait.
La dernière fois qu'il avait vu cette tête, c'était quand Masamune lui avait dit qu'il l'aurait épousé s'il avait été une fille.
Le visage de Masamune s'assombrit à se souvenir... si seulement tout avait pu être si simple pour que leurs destins soient liés.
"Tu as changé Masamune." commenta Yukimura sortant Masamune de sa mélancolie naissante.
Masamune passa une main dans ses cheveux prenant une pose qu'il pensait élégante. "Je suis devenu le beau prince dont tu rêvais." taquina-t-il.
Le jeune Yukimura fit une moue boudeuse, le bout de ses oreilles rougissant légèrement.
Masamune avait oublié combien cette adorable expression pouvait lui manquer. Le Yukimura adulte ne faisait pas la moue. Le Yukimura adulte lui mettait son poing dans la figure quand il le contrariait.
"Masamune est toujours aussi idiot." grommela Yukimura.
Masamune lui ébouriffa les cheveux. "Tu es une petite partie de l'inconscient de Yukimura, right ?" et ce n'était pas un jeu de mots sur sa taille.
C'était le sentiment profond qu'avait Masamune, ce n'était pas si étonnant s'il se remémorait ses conversations avec le subconscient de Yukimura, toutefois il se demanda s'il était normal que l'esprit de Yukimura soit si morcelé. Peut-être devait-il s'inquiéter de cela aussi.
Pour l'instant ce n'était pas le plus important, et si avoir un esprit dissolu permettait à Yukimura de continuer à résister au démon...
Le jeune Yukimura éloigna la main offensante de Masamune de sa chevelure. "Humhum." répondit-il. "Mais je lui dirais si Masamune voulait lui dire quelque chose d'important."
"Tu le feras ?" Masamune ne savait pas si l'enfant devait prendre le risque de s'exposer au démon.
Ouvrant la bouche pour lui répondre, Yukimura sursauta, se tourna vivement vers l'entrée fermée de l'écurie. "Mince, il s'est déjà rendormi." chuchota-t-il.
Il suffisait de voir l'expression de profond écœurement sur le visage de l'enfant pour savoir de qui il parlait.
"Masamune va bientôt se réveiller aussi, il devrait se dépêcher s'il veux dire quelque chose à grand frère Yukimura." l'enfant le pressa.
Masamune sembla d'abord hésitant, parler à une version enfant de Yukimura ne lui donnait pas du tout la même impression que de parler au véritable Yukimura. Puis avec un soupir, il murmura.
" Dis lui que je ne lui en veux plus d'avoir rejoint Mitsunari, même si je lui botterai quand même les fesses...you see ?"
L'enfant hocha la tête vigoureusement mais ne dit rien, laissant Masamune continué. Ce gamin le connaissait bien, il avait su d'instinct que Masamune n'avait pas éclairci le fond de sa pensée et n'avait pas tout dit.
"Je veux le voir, en vrai cette fois... je j'ai une proposition très importante à lui faire, tu crois qu'il pourra s'éclipser et venir me rejoindre ?"
Yukimura haussa les épaules. "Ça ne dépend pas de moi."
L'arrière de la tête de Masamune buta contre la palissade en bois derrière lui quand il s'appuya de lassitude. Se réveiller dans ce monde de rêve était comme s'endormir dans le monde réel, ces membres s'engourdissaient peu à peu et ses paupières devenaient lourdes.
"Cette conversation ne va pas être plaisante et je ne sais pas s'il sera d'accord... mais... si jamais je devais réclamer sa vie... je veux que au moins..." murmura Masamune, sentant sa conscience dans l'inconscient le quitter.
"Attend Masamune !" s'exclama soudainement le jeune Yukimura. "Tu sais, tu aurais pu tenir tête à ce démon si tu avais plus confiance en toi. Crois en toi d'accord ? Ce démon a peut-être été ce que tu ne sera jamais mais il n'est pas toi, Roi Dragon. Et ne t'inquiète pas pour grand frère. Il sais se défendre, hein. "
"Je sais." répondit machinalement Masamune, l'affection faisant plier sa voix.
Le regard du jeune Yukimura sur lui s'était enflammé quand il avait pris ses mains dans les siennes. Au contact de leur peau Masamune réalisa quelque chose.
"Tu n'es pas une simple partie de son inconscient. Tu es ses souvenirs d'enfance. Pourquoi es-tu..." s'étonna t-il luttant pour continuer cette conversation.
Yukimura leva la main pour le faire taire avant qu'il n'ait le temps d'en dire plus. "Grand frère a-t-il vraiment besoin de moi?"
Avant que Masamune n'eut le temps de trouver une réponse à cette question, les rayons du soleil de Mikawa virent lui réchauffer le visage.
"Masamune-sama ?" aussi ponctuelle que chaque matin, la voix de Kojûro le tira hors des derniers méandres du sommeil.
"I'm awake." répondit Masamune pour avertir son vassal.
Kojûro ouvrit la porte, s'affairant pour préparer les parties de l'armure de son seigneur dans le but de l'aider à les passées.
"Le seigneur Ieyasu souhaite que l'on se rassemble dans la grande salle." Kojûro ne perdit pas une seconde en conversation banale
Encore occupé à se masser les tempes et à essayer de se raccrocher aux sensations agréables de son rêve, Masamune ne s'étonna même pas.
"Alors nous partons. The time as come. "
TBC
Selon mon planning, le dernier chapitre aurait du paraître aujourd'hui sauf qu'entre mes problème d'interner, mes vacances de dernière minute en Bretagne (ce qui fait plutôt étrange d'aller se cailler la bas quant on sais que je vis dans le sud du sud de la France) ben cette fic n'est pas encore terminé.
En plus j'étais partie sur 27 chapitre mais je pense qu'il va m'en falloir au moins 30.
En tout cas merci d'avoir lu et n'hésitez pas a me laisser un petit com pour me dire comment vous trouvez ma fic, je reprend le schéma d'update habituel !
