REGRESSION

-Edward-

Le beat de la musique transperce mes tympans.

Emmett adore la musique électro et il le prouve une fois de plus en poussant à fond le volume de sa sono dernier cri.

Je suis trop éméché pour m'en soucier.

Ma tête se balance au rythme de la musique, un verre à moitié vide dans une main, un joint fraichement roulé dans l'autre.

Le mélange des deux m'apporte sérénité et l'espace d'un instant j'ai l'agréable sensation de flotter au-dessus de tout.

Un poids me ramène soudain sur terre, ou plutôt sur le canapé d'Emmett ou je suis avachis depuis je ne sais combien de temps.

Une blonde aux courbes généreuses se dandine sur mes genoux tout sourire.

Il y a quelque chose qui cloche mais j'ai beau la regarder, je n'arrive pas à mettre le doigt dessus.

Lorsqu'elle me sourit, ces petits yeux gris se rétrécissent pour former deux fentes en forme de croissant de lune.

J'éclate de rire malgré moi et Blondie en fais de même.

Elle me parle mais je n'entends rien avec cette musique et ne fais aucun effort pour l'écouter, je me contente juste de hocher la tête çà et là tout en sirotant mon verre.

Mon téléphone vibre dans ma poche.

Je crois que ce n'est pas la première fois qu'il fait ça, mais là dans l'immédiat impossible de regarder de quoi il s'agit avec Blondie assise sur moi.

Je voudrais la pousser, elle m'étouffe avec ses bras autour de mon cou…Attends quand a-t-elle mis ses longs bras crémeux autour de moi ? Je devrais être plus attentif à ce que je fais si je ne veux pas me retrouver avec ce pot de colle toute la soirée.

Pas le temps de lui poser la question, elle trépigne et sautille d'excitation, se lève et m'entraine avec elle au milieu du salon qui fait désormais office de piste de danse.

Quand est-ce que tous ces gens sont arrivés dans l'appartement ?

-xxxxx-

Je transpire sous la couette mais ne fais rien pour y remédier.

J'ai cessé de pleurer il y a quelques heures déjà.

Mon ventre gargouille violement mais je reste tout de même immobile sous la chaleur de la couverture.

C'est ma punition pour avoir cru ne serait-ce qu'un instant que ma vie pouvait être différente.

Sentant une nouvelle vague de larmes monter, je me pince violement le bras pour ne pas pleurer.

Assez, assez de larmes pour aujourd'hui.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort…

Je ne peux pas me mettre à chialer à chaque fois

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort !

J'ai beau répéter cette phrase dans ma tête pour me donner du courage, rien n'y fait.

Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ?

J'y ai cru au début mais maintenant je me rends compte que tout ça, c'était du vent.

Je ne suis pas plus forte.

Par contre, je suis comme morte à l'intérieur.

-xxxxx-

-Elle est carrément à fond sur toi mec !

Emmett hurle pour se faire entendre par-dessus la musique.

-Ouais j'ai remarqué, je soupire lassé d'avoir Blondie sur les basques partout où je vais. Mais je sais pas y'a un truc qui me plait pas chez elle, je ne sais pas quoi…

-Ben voyez-vous ça Monsieur fait sa princesse !

Je lui assène un coup dans le ventre et me heurte à ses abdos en béton.

-Je ne fais pas ma princesse, c'est juste que…elle est blonde et…

-Et depuis quand ça te dérange mort de rire, c'est l'hôpital qui se fout de la charité !

C'est vrai que d'ordinaire, je ne me montre pas si réticent à me faire une blonde.

-Ecoute vieux, reprend Emmett le plus sérieusement du monde tout en balançant son énorme bras autour de mes épaules. Depuis combien de temps t'as pas tiré ton coup dis-moi ?

-Trop longtemps !

C'est vrai ça ! Même pas une petite branlette depuis plus d'un mois…

Blondie se déhanche sur la piste de danse en me jetant des regards lascifs de temps à autre. A un moment elle m'a donné son nom mais j'ai déjà oublié alors elle sera Blondie pour le reste de la soirée.

-Alors c'est ta chance ! Fonce elle te veut, ricane-t-il. Tu verras c'est comme le vélo…Et si tu n'en veux pas tu n'as qu'un mot à dire et je me la fait !

-La ferme Emmett !

Je termine mon verre cul sec et le pose avec fracas sur la table avant de la rejoindre sur la piste de danse.

-Mais évite la chambre de mes vieux s'il te plait, me menace-t-il avant de me donner une bonne claque d'encouragement dans le dos.

-xxxxx-

A un moment dans la journée, je me suis endormie.

Tellement fatiguée d'avoir pleuré toute la foutue journée le sommeil a eu raison de mes dernières forces.

Je m'étire doucement tout en rejetant la couverture qui me recouvrait entièrement.

Il fait presque nuit dehors ce qui veut dire que j'ai beaucoup trop dormie.

Prise d'une panique soudaine à l'idée d'avoir loupé l'heure du diner, je me jette hors du lit et trébuche sur mes affaires balancées avec rage quelques heures plus tôt.

Je me rue dans le couloir là où se trouve la seule horloge de la maison et suis instantanément rassuré lorsque je me rends compte qu'il me reste deux bonnes heures avant l'arrivée d'Edward.

J'allume toutes les lumières dans la maison pour me sentir un peu plus à l'aise dans le silence qui y règne. J'hésite à prendre mon téléphone pour me rendre dans la cuisine mais finit par l'abandonner dans ma chambre, pour des raisons évidentes.

Etant donné que je n'ai encore rien mangé de la journée, je grignote quelques gâteaux avant de me décider à préparer le diner de ce soir mais aussi pour avoir la tête ailleurs et ne pas ressasser.

Avoir l'esprit occupé à faire quelque chose que j'aime me redonne du baume au cœur.

Tandis que je coupe mes légumes pour préparer ma ratatouille j'en viendrais presque à oublier la trahison d'Alice…presque.

Je ne sais pas si je devrais partager avec Edward ce qui s'est produit aujourd'hui.

Peut-être qu'il aura une explication logique au comportement d'Alice.

Même si j'y ai moi-même pensé tout le reste de la journée, sans pour autant trouvé une raison valable de son dédain à mon égard.

Il a fallu deux malheureux petits jours pour que son attitude envers moi change du tout au tout et j'ai beau me remémorer les derniers moments passés ensemble ainsi que les messages que nous avons échangés jusqu'ici, je ne trouve rien dans mon comportement qui pourrait justifier une telle attitude de sa part.

Je m'en veux d'être tombé dans le piège de l'amitié. J'aurais dû tout faire pour garder mes distances comme je l'avais toujours fait jusqu'ici.

Mais il a fallu qu'elle débarque et me prenne au piège, en m'achetant mon amitié avec ses vêtements griffés, ces mots doux et ces promesses débiles.

Et tout ça pour quoi ?!

Arf…Vaut mieux ne plus y penser

Ce ne sera pas la première, ni la dernière personne à me tourner le dos.

OoOoO

Tic…Tac

Tic…Tac

Cette horloge va me rendre folle.

Tic…Tac

Tic…Tac

Je sursaute lorsqu'elle sonne pour indiquer 20h.

Edward devrait être là depuis un bon moment déjà.

Tic…Tac

Le repas doit être froid à présent.

Devrais-je manger sans lui ?

Il a dû être retenu à la fac pour une quelconque raison.

Tic…Tac

Il aurait quand même pu me prévenir !

N'est-ce pas pour ça qu'il m'a donné un portable ?

Je me sens trahie, abandonnée et vidée.

D'abord Alice et maintenant Edward.

A croire que je ne signifie rien…

Mais oui c'est bien ça, je ne suis rien pour eux. Rien !

Tic…Tac

-xxxxx-

Je me suis rarement senti aussi mal.

J'ai beaucoup trop bu et la fille allongée sur mon torse n'est qu'une énième confirmation de mon état avancé d'ébriété.

Je devrais me sentir honteux de l'avoir utilisé de la sorte, mais je ne suis qu'un homme après tout.

Mon crâne me fait un mal de chien.

Je tente de bouger mais le corps inerte de la fille m'en empêche.

Rectification, mon corps tout entier me fait un mal de chien.

En tendant mon bras au maximum, je parviens à me saisir de mon téléphone qui se trouve sur le meuble de chevet afin de vérifier l'heure.

-Et merde, plus de batterie !

-Hum ?

Il ne manquait plus que ça, la fille se réveille.

Un problème à la fois.

J'ai un chargeur portable pour mon téléphone dans ma voiture, cela ne devrait pas poser de problème. Par contre me débarrasser de la fille, cela risque d'être une toute autre histoire.

-Hey bonjour toi, minaude-t-elle en caressant mon torse.

Cela me donne des frissons mais bizarrement pas pour les bonnes raisons.

Mais qu'est-ce que j'ai foutu hier soir !

Concentre-toi Edward, cela ne devrait pas être trop dur de trouver une excuse pour te débarrasser d'elle.

-Hier soir, c'était magique bébé. Il faudrait que l'on remette ça toi et moi…

Hoho…

-Tu as senti cette alchimie hein ? Parce que moi je l'ai senti jusqu'au bout de mes petits orteils tout mignon…Elle rigole à sa propre blague en rejetant sa tête sur l'oreiller.

Je déconnecte et décide d'arrêter d'écouter ses babillages sans intérêt. Ma tête cogne si fort, comme si mon cerveau tentait de s'échapper par tous les moyens et j'ai horriblement soif après cette soirée de débauche.

Et la fille qui n'arrête pas de parler n'arrange rien à mes affaires. Je donnerais tout pour qu'elle se taise ne serait-ce qu'une minute pour me laisser le temps de réfléchir à une solution.

-Tu es Italien ? Me demande-t-elle soudain

Pris au dépourvu par le changement de sujet, je me surprends à lui répondre au lieu de chercher une solution pour la chasser du lit.

-Non pourquoi ?

Ces simples mots m'arrachent une grimace de douleur étant donné la sécheresse de ma gorge enflammée par les abus de la veille.

Je tente d'avaler ma salive en vain pour humidifier un peu le tout.

-Parce que tu n'arrêtais pas de m'appeler bellisima bella…un truc dans le genre pendant que je…

-Quoi !

Je me redresse d'un bond et manque la faire tomber dans mon élan.

Grossière erreur, j'ai à peine le temps de me détourner d'elle pour éviter la catastrophe sanitaire.

Je vomis tripes et boyaux sur le tapis persan de la chambre d'ami.

Bordel, cela ne m'était pas arrivé depuis…des lustres !

L'inconnue qui croit m'aider en faisant cela, me tapote gentiment le dos avant de passer une main dans mes cheveux.

-Là, là c'est fini, susurre-t-elle comme si elle parlait à un gosse.

Je ne sais pas ce qui me prends mais la simple idée de son touché me dégoute désormais.

-Ne me touche pas !

-Oh…Ok, dit-elle tout en s'écartant de moi. Pas la peine d'être si con !

J'essaie d'éviter de penser à ce qu'elle vient de dire mais c'est peine perdu.

-J'aurais dû me douter que tu ne valais pas mieux que les autres, fulmine la fille tout en cherchant ses vêtements éparpillés un peu partout.

Je l'ai appelé Bella…Non, non, non !

Elle a du mal entendre ou j'ai dû penser à elle à un moment et…Meeerde !

Merde, merde, merde !

-Toujours la même histoire avec vous ! Une fois que vous avez tiré votre coup, vous nous traitez comme de la grosse daube…

Je crois que je vais vomir…encore.

-Dégueu…c'est bon t'as gagné je me casse, pas la peine de faire semblant d'être malade…Non mais je rêve !

-xxxxx-

1000.

C'est me nombre de tics tacs qu'il a fallu pour enfin comprendre qu'il ne rentrerait pas.

Je n'ai dormi que d'un seul œil, espérant entendre le bruit caractéristique de son moteur.

J'étais seule avec pour seule compagnie cette foutue horloge.

Je me suis d'abord dit qu'il devait travailler plus tard que prévu sur un devoir.

Mais lorsque la nuit a fini par tomber et que le repas était aussi froid que mon cœur, je me suis rendu à l'évidence : Edward ne comptait pas rentrer de la nuit.

J'aurais pu lui envoyer un message, il a enregistré sur numéro sur mon portable.

Mais je ne l'ai pas fait. Je ne voulais pas passé pour la fille qui a absolument besoin de lui.

Je n'ai pas besoin de lui.

Et lui n'a pas besoin de moi.

Il l'a bien démontré hier soir d'ailleurs et puis de toute façon, ce n'est pas comme si il me devait quoi que ce soit.

C'est vrai après tout, il ne me doit rien.

Il est libre de faire ce qu'il veut.

Je ne suis… qu'un employé à son service.

J'ai été bête de croire que je pouvais avoir des amis.

Il faut toujours que je retienne la leçon de la plus dure des façons.

A croire que je suis maso, à accorder ma confiance encore et toujours à des personnes qui n'en valent pas la peine.

Je pensais pourtant m'être blindé après la trahison de Rossa. Mais la douleur sourde dans ma poitrine prouve le contraire.

Et bien que ça te serve de leçon…Encore !

Tu n'es bonne pour personne

-xxxxx-

Je ne sais même pas comment je suis parvenu à me débarrasser de la fille.

Peut-être qu'au bout de la troisième fois, elle en a eu marre de me regarder vomir ?

Quoi qu'il en soit j'ai intérêt à reprendre mes esprits si je ne veux pas louper une nouvelle journée de cours.

Une fois lavé et rincé de toute trace de la soirée d'hier, je décide de partir à la recherche d'Emmett.

-Emmett…

Hier était une erreur, je n'aurais jamais dû pousser le vice aussi loin.

Je descends prudemment les escaliers en m'agrippant à la rampe car certaines marches sont squattées par des dormeurs tandis que d'autres sont enduits d'une matière non définie.

Il me faut une bonne tasse de café pour me débarrasser du mauvais goût dans ma bouche. J'ai du mal à me souvenir d'une partie de la soirée mais vu l'état de la pièce, il vaut mieux que j'oublie tout.

-Emmett !

Des cadavres de bouteilles jonchent le sol et je dois vérifier ou je mets les pieds pour éviter de me briser quelque chose.

-Emmett bordel !

Je secoue mon ami qui s'est écroulé sur le canapé du salon en compagnie d'une brune à forte poitrine, il bave avidement sur les seins nus de la pauvre fille encore endormie.

-Huuummm, quoi !

Il tourne la tête vers moi et en profite pour essuyer le filet de bave qui lui pendait au menton.

-Quelle heure il est ? demande-t-il en se frottant les yeux

-Presque 7 h ! Allez lève-toi mec il faut qu'on aille en cours…

-Quoi ! En cours ?! T'es tombé sur la tête ou quoi ?!

Quelques personnes sont encore allongées à même le sol du salon. Je tire violement sur l'épais rideau qui masquait les maigres rayons de soleil et récolte une nuée de grognements mécontents en retour.

-Allez bande de vampires la fête est finie. Tout le monde dehors ! J'hurle pour être sûr de réveiller tout le monde.

-Mais qu'est-ce qui te prends t'es tombé du lit ou quoi, se plaint Emmett alors que son matelas humain se réveille doucement sous lui.

-Elle ne peut pas enfiler un tee-shirt ?! Je râle en indiquant d'un signe de tête sa conquête d'un soir.

Pour toute réponse Emmett ricane en agrippant un des seins nus de la fille qui gémit légèrement avant de cligner des yeux.

-Tu faisais moins la fine bouche hier soir…D'ailleurs ça ne devait pas être un si bon coup que ça, tu m'as l'air encore bien stressé, se moque-t-il en baillant

-La ferme ! Vas te laver je vire tout le monde en t'attendant…Si tu loupes encore des journées de cours tu pourrais perdre tes crédits pour valider ton année, et moi j'ai assez déconné comme ça !

-Mais…Mais…j'suis malade, tente-t-il de faire valoir

-Arrête ça du con, ça ne prend pas ! Si t'as pu te faire cette fille sans chier par tous les orifices c'est que tu vas beaucoup mieux, je le rembarre.

Il lève les yeux au ciel et se prend la tête entre les mains avant de se lever rageusement.

-Quel rabat joie, ronchonne-t-il. Je te préférais hier quand tu étais bourré !

Il s'éloigne en direction de la salle de bain en bougonnant des paroles inintelligibles

-Hey t'as pas un chargeur de Samsung à tout hasard, je lui demande avant qu'il ne disparaisse dans la salle de bain

-Va te faire foutre Edward !

Il accompagne sa parole d'un doigt d'honneur avant de claquer la porte derrière lui.

Je ne peux pas m'empêcher de ricaner face à sa mauvaise humeur du matin.

-Un jour tu me remercieras !

-xxxxx-

Je ne veux même plus regarder ce téléphone de merde.

Ça me démange de le balancer contre un mur, mais j'ai encore trop de respect pour Edward pour faire ça.

Le silence.

Combien de fois ne l'ai-je pas souhaité ?

Ce matin c'est une toute autre histoire.

Il me rappelle juste à quel point j'ai de nouveau échoué.

Je fixe le grille-pain attendant que mes tartines soient bien grillées avant de me réinstaller devant mon bol de chocolat chaud.

Qu'est-ce que je vais devenir ?

Je m'en veux d'avoir dépensé tout cet argent hier car je vais avoir besoin de mes économies plus tôt que prévu.

Je ne peux pas rester éternellement ici à vivre au crochet de gens qui n'en ont visiblement rien à foutre de moi.

Même si la seule idée de me retrouver seule dans la rue me terrifie, il est temps pour moi de passer à autre chose.

Ou est-ce que j'irais ?

Aussi loin que possible de cet endroit en tout cas !

Mais je ne peux pas partir comme ça sur un coup de tête.

On est en plein hiver et si je ne veux pas mourir de faim et de froid dans la rue, je dois m'organiser pour survivre.

Etablir un plan d'action, voilà ce qu'il me faut.

J'avale mon déjeuner en quatrième vitesse et me rue dans ma chambre afin de coucher sur le papier les étapes.

J'ai toujours été douée pour faire des listes, m'y tenir par contre moins.

-xxxxx-

-Hey Tyler…

Ma voisine de pupitre me lance un regard noir mais je n'en ai rien à faire pour l'instant, je suis un homme en mission.

-Psssssttt Tyler !

Tyler Crowley le geek de service de ma classe d'anthropologie se retourne à la recherche de la voix qui l'interpelle.

Ses lunettes, dont les carreaux sont toujours recouverts de traces de graisses, glissent sur le long de son nez. Il les réajuste d'un geste nerveux avant de tourner la tête dans ma direction. Je lui fais un petit signe de la main lorsque son regard s'arrête sur moi avant de lui demander le plus discrètement possible :

-Tu as un chargeur de Samsung ?

-Monsieur Cullen ! Peut-être souhaitez-vous nous faire part d'une remarque pertinente sur ce texte ?

Fais chier.

Je secoue la tête par la négative et baisse la tête sur le texte dont je n'ai pas lu une seule ligne depuis le début du cours. Je suis trop obnubilé par ma recherche d'un chargeur, pour réellement me concentrer sur ce cours.

J'ai été totalement inconscient d'abandonner Bella à son sort hier et maintenant je dois absolument m'assurer que tout va bien.

-Vous me décevez énormément jeune homme car non content de sécher les cours, vous vous permettez aussi de perturber l'apprentissage de vos camarades de classe. Si votre avenir ne représente aucun intérêt pour vous, ayez au moins du respect pour celui des autres Monsieur Cullen.

Mon sang ne fait qu'un tour, je meurs d'envie de lui coller mon poing dans la figure ou d'au moins lui balancer une répartie bien musclée, mais j'opte pour la discrétion et fais profil bas.

-Je suis désolé, cela ne se reproduira plus Professeur Grazie…

-xxxxx-

400 dollars

C'est tout ce qui me reste dans la tirelire. Je m'en veux encore plus d'avoir dépensé 100 dollars de taxi hier pour…rien.

J'arrache une page de mon journal intime et note soigneusement le montant tout en haut.

Voyons pour survivre, il me faut de l'argent donc un travail. J'inscris cette information sur la feuille de papier volante juste en dessous du montant de mes économies.

-Trouver un travail

Il n'y a pas grand-chose que je sache faire malheureusement.

A partir cuisiner, et encore je doute que mes maigres compétences suffisent pour décrocher un poste. Je pourrais chercher un travail de plongeuse ou encore mieux de serveuse et peut-être qu'un jour, dans quelques années, si je travaille bien, on m'offrira une opportunité pour passer en cuisine.

Je note donc « faire la plonge » et « serveuse » en dessous et réfléchis à la prochaine étape.

Il me faut aussi un endroit pour vivre.

Je ne suis pas bête au point de croire qu'il me sera facile de trouver un appartement. Il me faudra donc avoir recours à d'autres alternatives pour me loger. Ma main tremble rien qu'à cette idée mais je l'inscris tout de même à la suite :

-Trouver un logement : foyer pour femmes (en attendant)

Ce sera le meilleur moyen pour moi de ne pas me trouver dehors par ces températures. Même si la perspective de me retrouver de nouveau enfermé dans ce genre d'endroit me fiche le bourdon, je n'ai malheureusement pas beaucoup d'options qui s'offrent à moi.

Si je parviens à accomplir ces deux points alors peut-être que j'aurais une chance de…survivre là dehors dans ce monde. Vu sur le papier, tout cela à l'air de rien mais je sais déjà que je risque de me heurter à de nombreux refus et désillusions.

Mais si je garde le cap et que jamais je en baisse les bras alors je parviendrais à atteindre un but bien plus grand : Etre heureuse.

Maintenant il ne me reste plus qu'à décider à quel moment je dois mettre les voiles.

Est-ce que je ferais mieux de rester encore quelques temps afin d'accumuler le plus d'argent possible ?

Ou est-ce que je pars tout de suite pendant que les dégâts sur mon cœur ne sont pas trop importants ?

Peut-être devrais-je rester jusqu'à je sois sûre d'avoir trouvé un travail ? Ce serait le scénario idéal pour moi. Celui qui me permettrait de m'accomplir dans les meilleures conditions.

Je pourrais faire comme hier. Sauf que cette fois-ci au lieu de gaspiller mon argent pour rien, je l'investirais dans mon avenir en cherchant un travail. C'est une idée géniale et je m'empresse d'aussitôt la noter sur ma feuille volante. Je pourrais même commencer mes recherches dès aujourd'hui !

Je ne m'étais jamais autant remise en question de la sorte car avant je en me faisais pas d'illusion sur mon avenir. Je me rends compte à quel point j'ai pu être déconnecté de toute réalité désormais, et je compte bien reprendre ma vie en mains et de ne plus jamais me laisser dépasser par les événements.

-xxxxx-

-Allez bon sang allume-toi !

Je trépigne d'impatience à moitié courbé en deux sur mon téléphone dans l'espoir de le voir s'allumer.

Retranché dans ma voiture, à l'heure du déjeuner, il m'a fallu toute la matinée pour trouver un maudis chargeur mais le hic c'est qu'il s'agit d'un chargeur de voiture. Me voilà donc obligé d'attendre, moteur allumé, que la batterie se charge un minimum pour me permettre de me servir de mon téléphone.

Le bip caractéristique de l'allumage de l'écran finit enfin par retentir, à mon plus grand soulagement. J'appuie sur le bouton de veille comme un maniaque jusqu'à arriver à l'écran de saisie de mon code pin.

J'ai du mal à expliquer ma fébrilité et manque faire tomber mon téléphone à plusieurs reprises dans ma précipitation. J'ai comme un mauvais pressentiment, la sensation d'avoir peut-être loupé quelque chose d'important.

Mais je refuse de céder à la panique avant d'en avoir le cœur net.

La force des vibrations me surprend lorsque je reçois non pas un mais une bonne dizaine de message en même temps. Un rapide coup d'œil à la liste des notifications reçues me donne la chair de poule, Bella n'est pas resté sagement à la maison comme je l'aurais souhaité, elle s'est largement et pas qu'un peu.

Je m'apprête à ouvrir l'application, afin de vérifier ou elle se trouve maintenant, quand un coup frappé à la vitre de ma voiture me fait lâcher pour de bon mon téléphone.

-Monsieur Cullen…Comme il est agréable de vous voir nous gratifier de votre présence, sortez donc, nous avons à parler, m'ordonne Baye de l'autre côté de la vitre.

Je voudrais répliquer, lui faire remarquer que je suis sur mon temps de pause du midi et que rien ne m'oblige à le suivre. Mais son air pincé et le sérieux de son expression m'en empêche. Je coupe le moteur à contre cœur et déconnecte mon téléphone avant de faire face à la colère de mon professeur référent.

OoOoO

Je n'ai jamais été autant soulagé d'entendre la sonnerie annonçant la fin du cours.

Je me faufile entre les élèves et file aussi vite que possible sur le parking. Je suis un des premiers à sortir de l'enceinte du bâtiment et fonce tout droit jusqu'à chez moi.

J'ai abandonné toute tentative de rallumer mon téléphone après la discussion houleuse avec Baye.

Je n'ai loupé qu'une seule journée de cours bon sang, mais à l'entendre c'est tout mon avenir que je mettais en jeu. Je l'entends encore me faire la leçon de sa voix nasillarde

Il serait fâcheux de vous voir échouer si près du but Monsieur Cullen. Vous êtes un très bon élément, ne vous laissez pas polluez l'esprit par de faux plaisir qui vous détourneront d'un brillant avenir…

Je n'ai pas aimé sa façon de suggérer que j'étais influencé par qui que ce soit, mais me suis bien gardé de toute remarque.

J'atteins la maison en un temps record et me précipite à l'intérieur.

-Bella ?

Seul le silence me répond.

J'avale les marches deux à deux et déboule dans sa chambre sans même frapper car je sais qu'elle n'y sera pas de toute façon.

La pièce est d'une propreté impeccable comme d'habitude, et comme je le craignais, pas de trace de Bella.

Ok pas de panique, ses affaires sont encore là. Elle ne serait jamais partie sans, n'est-ce pas ?

Je redescends les escaliers tout aussi vite et me retiens de fouiller toutes les pièces de la maison à sa recherche, cela ne servirait à rien.

Je m'empare de mon sac abandonné dans l'entrée et en sors mon téléphone avant de me précipiter dans ma chambre pour le mettre à charger.

Je n'arrive pas à y croire, Bella est sorti ! Et deux jours de suite qui plus est !

En même temps, je l'ai encouragé à le faire en lui donnant un double des clés donc je ne peux pas lui en vouloir.

Mais où est-elle allée ?

Chez Alice ?

Non Alice m'en aurait informé.

Qu'est-ce qui a bien pu lui passer par la tête lorsqu'elle ne m'a pas vu rentré la veille ?

A-t-elle pensé que je l'avais abandonné ?

Après avoir allumé mon téléphone pour la deuxième fois de la journée, je consultai rapidement l'historique des déplacements de Bella la veille.

Elle avait effectivement fait un arrêt très rapide chez Alice après avoir déambulé pendant une bonne heure dans les quartiers de la ville.

Il semble aussi qu'elle avait fait un arrêt avant chez un buraliste.

Qu'avait-elle acheté, des cigarettes ?!

J'en doute, Bella ne m'a jamais paru comme le genre qui boit, fume ou se drogue.

Je suis cependant rassuré de voir qu'elle a fini par rentrer à la maison dans la soirée, avant de ressortir très tôt ce matin.

Où est-elle à présent ?

Je supprime l'historique et consulte sa position en temps réel.

Comme hier il semble qu'elle soit en train d'errer dans les rues de la ville sans but précis. Elle a marqué plusieurs arrêts sur son trajet, tous dans des petits cafés ou des restaurants.

Mais qu'est-ce qu'elle manigance ?

En ce moment elle circule assez rapidement, à bord d'un taxi surement, dans un quartier non loin du centre-ville.

Dois-je aller la chercher ? Et comment justifier que je sache exactement où elle se trouve ?

J'éloigne très vite cette idée de ma tête et tente de me convaincre qu'elle finira par rentrer à la maison, comme hier. Mais j'ai besoin d'en avoir le cœur net et pour cela, j'abandonne mon téléphone en train de charger et me rends dans sa chambre pour m'assurer de la présence de son journal sous le matelas.

Je souffle de soulagement lorsque je sens les bords du journal en cuir et l'extirpe de sa cachette, pas très fier de ce que je m'apprête à faire. Je l'ouvre et feuillette quelques passages que j'avais déjà vu jusqu'à tomber sur une entrée que je n'avais encore jamais lu.

« Hier je me suis souvenue des paroles de la chanson que les filles du primaire avaient inventées pour se moquer de moi.

Ca donnait à peu près ça :

Elle vit dans une maison de carton…

Et oui c'est bien elle….

Pou…BELLA…ne

Au milieu des ratons, elle a fait sa maison

Pou…BELLA…ne

Ne l'approche pas, ne la touche pas

A tes risques et péril, ou elle te mordra…

Pou…BELLA…ne »

Il est bien connu que les enfants peuvent se montrer cruels entre eux.

Je n'ai moi-même jamais rencontré cette forme d'hostilité de mes camarades. Je ne peux donc qu'essayer de comprendre ce qu'elle a pu endurer durant son enfance.

Au début je ne comprends pas pourquoi elle a pris la peine de coucher sur le papier ces quelques paroles horribles.

Mais à y bien réfléchir c'est presque évidement, c'est une manière pour elle d'extérioriser toutes ces années de mauvais traitement.

Quelques pages plus tard je tombe sur un nouveau paragraphe que je m'empresse de lire lui aussi.

« Si je reste, cette souffrance qui me colle à la peau ne prendra jamais fin.

Si je pars… la libération

Si je reste, je serais prisonnière de la haine qui chuchote à mon oreille

Si je pars…le silence

Si je reste, mes souvenirs gangrèneront mon avenir

Si je pars…l'oubli »

De quoi parle-t-elle ?

Est-elle en train de poser le pour et le contre pour de nouveau se suicider ?

N'a-t-elle donc rien appris ses dernières semaines passées avec moi ?

Il m'est difficile de faire le lien entre les différents passages que je parviens à recopier de son journal.

Certaines entrées sont rédigées en plein milieu voir vers la fin du journal. Bella ne suit aucune logique lorsqu'elle couche ses états d'âmes sur le papier. Et elle ne prend pas non plus le temps d'inscrire une date en haut de chaque page.

Il m'est ainsi impossible de savoir qu'elle est sont état d'esprit actuel. Bien qu'elle affiche depuis quelques temps un sourire radieux sur son visage, il ne faut pas négliger le fait que les gens dépressifs et suicidaire comme elle, sont très doués pour dissimuler leurs émotions réelles.

Me voilà pris d'un violent accès de panique, je ferme le carnet et le jette à la hâte sous le matelas, sans vérifier s'il est correctement placé.

Je fais les cents pas dans la pièce, perturbé par ce que je viens de lire et des conclusions qui s'imposent à moi.

Il me semblait que nous étions sur une pente ascendante ces derniers jours.

Je pensais que nous avions créé un lien à travers nos conversations.

Elle se livre de plus en plus facilement à moi.

Elle va mieux.

Du moins c'est ce que je pensais.

Mais ces dernières lignes me prouvent le contraire.

Si seulement je pouvais savoir quand elle les a écrites…

C'est lorsque je lis ce genre de phrases dans son journal que je me persuade qu'au final ce que je fais n'est pas si répressible que cela. Elle a besoin que quelqu'un veille sur elle, qu'elle en soit consciente ou non.

-Ed…Edward ? Qu'est-ce que tu fais là ?

-xxxxx-

Hey ouais je sais je suis une garce d'arrêter le chapitre ici, mais je ne pouvais pas continuer sinon il aurait été trop long.

Encore une fois merci pour vos encouragements même si vous êtres très peu à me laisser un mot. Surprise surprise ! Pour remercier certaines de leur assiduité dans les reviews, j'ai décidé d'intégrer vos pseudos à ma fic !