Chapitre 25 : Sayuko
Deux jours après le départ de Lise, Teito ne tenait plus en place. Il rodait dans l'église comme un loup en cage, mort d'inquiétude pour Mikage. Il savait que Kana était restée sur le rempart depuis, et Kira passait ses nuits avec elle pour s'assurer qu'elle allait bien. Teito n'aimait pas trop cela car il se doutait que Kira devait utiliser ses pouvoirs pour protéger son amie des nuits froides de l'hiver. Or dans le cas de Kira, utilisation de pouvoir rimait avec souffrance. Et il ne le supportait pas. En deux jours, ils ne s'étaient pas adressés la parole et cela lui pesait. Alors qu'il sortait de la bibliothèque où il avait espéré pouvoir calmer ses nerfs, il la vit parlant avec un garçon qui lui semblait familier. Il l'observa quelques instants avant de le reconnaître. C'était lui qui avait invité Kira à danser lors de la fête après l'examen. Il avait un petit air gêné sur le visage. Kira écoutait attentivement ce qu'il lui disait. Puis la gêne apparut aussi sur le visage de la jeune fille qui rougit légèrement. De là où il se trouvait, Teito n'entendait absolument rien. "ça m'énerve ! Qu'est-ce qu'ils se racontent ?". Soudain l'expression du garçon se décomposa et il partit aussi vite qu'il le pu. Kira avait l'air désolée. Quand elle se retourna elle croisa le regard de Teito. Etrangement le rouge de ses joues s'accentua.
- Kira ? Dit-il en s'approchant. Tout va bien ?
- Oui. Je discutait avec Saito.
- Saito ?
"Depuis quand elle l'appelle par son prénom ?"
- De quoi vous parliez ? Demanda-t-il sans réfléchir.
"Aïe ! Elle va me dire que ça ne me concerne pas..."
- Il m'a demandé... d'être sa cavalière pour le Bal du Printemps.
Teito se figea, il avait entendu parler de ce bal. Non seulement elle lui avait répondu mais il redoutait maintenant la réponse qu'elle avait donné au garçon. Car après tout elle lui avait bien accordé une danse lors de la fête. Il n'eut même pas à poser la question car Kira ajouta un peu trop précipitament :
- Je lui ai dit que c'était impossible.
- Hein ? Impossible ?
- Oui.
Elle se retourna brusquement pour partir, les joues en feu. Il était tellement soulagé qu'il aurait pu en crier de joie.
- Attends !
Elle ralentit le pas pour qu'il la rattrape.
- Tu vas bien ?
- Oui, dit-elle en se tendant.
- J'ai cru comprendre que tu passais tes nuits dehors sur le rempart avec Kana.
- T'as pas à t'inquiéter.
- Désolé, mais ça me regarde.
Elle sourit légèrement.
- C'est vrai. Je suis désolée d'avoir réagit comme ça la dernière fois. Mais je ne voulais pas que tu le saches.
- Ouais. Sayu m'a expliqué comment marchait ton cerveau. Tout est devenu beaucoup plus clair d'un coup.
- Mon cerveau ?
- Oui, il peut être très compliqué à comprendre. Dis Kira... Est-ce que depuis tu as...
- Non. Ça ne se reproduira pas. Je suis suffisament forte avec mon zaiphon seul.
"Tu peux dire ce que tu voudras. Je t'ai à l'oeil Kira. Je ne veux plus jamais te voir cracher du sang."
oOo
Pendant ces deux jours, Kenta n'avait ni vu ni entendu Sayu. C'était la première fois qu'il ne la voyait pas au moins une fois par jour. Mais il s'en tenait à ce qu'il avait décidé. Il s'occupait d'essayer de revoir Yuko, posant des questions sur elle à tous les habitants de l'église qu'il croisait. Mais aucun ne semblait savoir de qui il parlait. Et les évêques refusaient toujours de lui en dire plus. "Elle peut pas avoir disparu comme ça !". Il ne pouvait pas demander à Kana et Kira car elles avaient d'autres sujets de préocupation. Aria ne voudrait rien lui dire et Sayu... elle ne voulait même pas en entendre parler. Il croisa un groupe de nouveaux arrivants et décida de leur poser des questions sur la blonde. Il s'approcha de l'un d'eux qui portait une capuche sur la tête.
- Excusez-moi. Pardon de vous déranger, mais vous ne connaitriez pas une belle blonde qui s'appelle Yuko ?
L'homme encapuchonné le détailla attentivement les sourcils froncés. Il était un peu tendu.
- Yuko ? Répondit-il finalement. Non, désolé.
- Excusez-moi ! Je vous ai fait attendre !
Sayu arrivait en courant. Arrivée à leur niveau elle remarqua la présence de Kenta et se figea.
- Ce n'est rien mademoiselle, répondit l'homme. Ce jeune homme cherche une belle blonde qui se nomme Yuko. Il s'agit peut-être de vous.
Sayu se tendit, fixant Kenta.
- Pardonnez-moi, dit-elle à l'homme au capuchon. Pouvez-vous attendre devant le portail ? Je n'en ai pas pour longtemps.
L'homme acquiesça faisant signe à ceux qui l'accompagnaient de le suivre et les laissa seuls.
- Alors tu continues de la chercher... Dit faiblement Sayu.
- Oui. Mais je ne vois pas en quoi ça te concerne.
- Je... je connais Yuko. Abandonne, tu ne la trouveras pas. Elle n'apparaîtra plus devant toi.
- Ah oui ? Et pourquoi ça ? Je ne vois pas ce que j'ai pu faire de mal.
- Elle ne reviendra pas, c'est tout.
- Eh bien tu te plantes ! Parce que je compte bien la retrouver !
- Tu... tu tiens tant que ça à Yuko ? Pourtant tu la connais à peine.
- Yuko est une fille géniale ! Et puis je croyais que tu ne voulais plus que je te parle d'elle.
- C'est vrai... j'ai dis ça. Mais il y a une chose que je dois savoir. Es-tu tombé amoureux de Yuko ?
Kenta en resta sans voix. "Elle veut vraiment que je réponde à ça ?"
- Kenta, dit-elle voyant qu'il ne disait rien. Répond-moi s'il te plait.
- Sayu je... Oui. Yuko est vraiment très belle, très forte et très intelligente. Elle est tout simplement parfaite. Elle m'a attirée dès que je l'ai vue, parce que c'est une femme contrairement à toi. Alors si tu me demande si je la préfère elle, je te répondrai oui.
Il avait dit cela en regardant ses pieds. Mais quand il vit que Sayu ne répondait rien il leva les yeux vers elle. Elle aussi avait la tête baissée, ses épaules tremblant légèrement. Alors il vit une larme couler sur son menton. Il ne pu s'empécher de retenir son souffle, quand il la vit relever la tête. Ses joues étaient inondées de larmes et ses yeux verts étaient remplis d'une douleur sans nom. Puis elle ferma les yeux, prenant une grande inspiration pour essayer d'endiguer le flot de ses larmes. Quand elle les rouvrit, elle lui fit un sourire forcé et dit :
- Merci d'avoir été honnête.
Sa voix était éraillée. Son sourire tomba rapidement et elle se retourna, essuyant ses larmes pour rejoindre l'homme au capuchon. En voyant ce sourire forcé, le coeur de Kenta s'était serré. Il lui avait dit ce qu'il pensait, alors pourquoi se sentait-il aussi mal ? Quand elle s'était retournée, il avait ouvert la bouche mais rien n'était sortit. "Qu'est-ce que je peux lui dire ? Que je suis désolé ? Elle n'a surmement pas envie d'entendre ça." Il se retourna après avoir jeté un dernier coup d'oeil vers le portail, rentra dans l'église et alla s'allonger contre le cerisier qui était toujours en fleur. "Qu'est-ce que je suis venu faire là ? Pourquoi faut-il que je choisisse cet arbre parmi tous ceux de l'église pour m'y allonger ? Et pourquoi je m'allonge d'abord ? J'étais en train de chercher Yuko ! Qu'est-ce qui me prend bon sang ?". Il ne cessait de se prendre la tête dans les mains, soufflant sa frustration.
- Kenta ?
En arrivant il n'avait même pas remarqué que tous les autres étaient déjà là. Ils le regardaient à la fois inquiets et étonnés de son comportement étrange.
- Quoi ? Rala-t-il.
- Qu'est-ce qui t'es arrivé ? Demanda Wida. T'as l'air bizarre.
- Tu t'es encore disputé avec Sayu, c'est ça ? Devina Liam.
Kenta grogna pour lui signifier qu'il avait raison. Aria se leva alors, se raprochant de lui.
- Qu'est-ce que tu lui as dit ? Où est-elle ?
- Elle est partie en mission.
- En mission ? Seule ?
- Oui je crois.
- Comment ça "je crois" ? Elle n'aurait pas dû y aller seule, ça fait des jours qu'elle n'est plus partie en mission. Tout ça à cause de toi !
- A cause de moi ? Je ne l'empèche pas de partir en mission !
- C'est ta faute si elle ne veux pas utiliser son pouvoir spécial ! Sans ce pouvoir, il est dangereux pour elle de partir seule en mission.
- Quel pouvoir spécial ? On en a jamais vu la couleur !
- Son pouvoir de se changer en Yuko !
Kenta la fixa un moment, intégrant ce qu'elle venait de dire.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Tu m'as parfaitement comprise. Sayu et Yuko ne sont qu'une seule et même personne ! Le vrai nom de Sayu, c'est Sayuko.
- C'est impossible...
- Qu'est-ce que tu lui as dit Kenta ? Qu'as-tu dit à Sayu ?
- Je...
L'horreur le frappa. Tout ce temps, c'était Sayu. Il se rendait compte de la cruauté de ses paroles.
- J'ai dit que je lui préférais Yuko.
Aussitôt il se prit une giffle monumentale de la part d'Aria.
- Comment as-tu osé ? Je t'avais dit de ne plus jamais parler de Yuko devant Sayu !
- C'est elle qui m'a posé la question ! Répondit-il en se tenant la joue. Comment j'étais sensé le savoir ?
- Tu te rends compte que tu lui as dit que tu préférais une illusion à l'originale ?
- Sayu deviendra Yuko plus tard non ? Ce n'est pas vraiment une illusion.
- Non ! Yuko n'existe que grace au pouvoir du pendentif ! Celle qui compte c'est Sayu ! Tu as fait comme si Sayu n'arrivait pas à la cheville de Yuko. Depuis qu'elle est rentrée d'une mission avec toi elle refuse de se transformer de nouveau en Yuko. Si tu me dit que Sayu est partie seule en mission, ça veux dire qu'elle est en danger.
- En danger ?
- Parfaitement ! Sans le pouvoir de son pendentif, les attaques de Sayu sont presque innofensives. Surtout dans l'état d'esprit dans lequel elle doit se trouver !
Les larmes commençaient à monter aux yeux d'Aria.
- Tu lui as brisé le coeur... Elle est partie anéantie. Tu l'as laissée partir... !
"Elle a raison. J'aurais dû la retenir. Son visage avant qu'elle ne se retourne..."
- Va la chercher ! Lui ordonna Aria. Ou je te règle ton compte.
Kenta était tellement sous le choc de l'erreur qu'il avait comise, qu'il ne bougea pas immédiatement.
- Vas-y !
Il sursauta, et voyant le regard tueur d'Aria, il décampa aussi vite qu'il pu. Il courait sans faire attention aux gens qui l'entouraient et qu'il bousculait sur son passage. Tout ce qu'il avait en tête, c'était qu'il devait à tout prix retrouver Sayu. "Mais où est-elle ? Quelle est cette mission ? Pourquoi je ne lui ai pas demandé ? Et cet homme encapuchonné... il me dit vaguement quelque chose. Où est-ce que je l'ai déjà vu ?". Soudain il se figea. Un homme encapuchonné assis à un bar... discutant à voix basse avec le patron. La taverne !
Kenta courrut aussi vite qu'il le pouvait, comme si le diable lui-même était à ses trousses. Il ne se souvenait pas avoir attaché cet homme avec les autres. S'était-il échappé avant la bagarre ? Puis il se souvint de la façon dont l'homme l'avait observé devant le portail. "Il m'a reconnu !... Et pour Sayu ? A-t-il fait le rapprochement avec Yuko ?" L'angoisse l'envahit. Cet homme avait un lien avec le commerce d'esclaves. Kenta ne voulais même pas imaginer ce qu'il comptait faire de Sayu. Il était arrivé devant la taverne. Evidement, personne ne se trouvait à l'intérieur. Elle avait été fermée par la milice. Il appella tout de même plusieur fois le nom de Sayu, mais personne ne répondit. Frustré il donna un grand coup de poing contre la porte de la taverne. "Où es-tu Sayu ? Tu peux pas disparaitre. Pas après t'être imposée dans ma vie." Il devait réfléchir. Ces traficants devaient avoir plusieurs planques dans la ville. Kenta se mit donc à chercher, fouillant la ville basse de fond en comble. Mais rien. Aucune trace d'elle.
- SAYU ! hurla-t-il bien qu'il ne s'attendait pas vraiment à ce qu'elle lui réponde.
Les larmes commençaient à lui monter au yeux. Des larmes de rage et de désespoir. "Sayu !... Sayu..."
- KENTA !
Il releva brusquement la tête. C'était elle ! Il aurait reconnu sa voix entre mille. Elle l'appelait ! Il se mit à courir dans la direction d'où le son de la voix était venu. "Attends-moi, j'arrive Sayu !"
oOo
Sayu se sentait bizarre. Elle avait l'impression que sa tête pesait une tonne. "Où est-ce que je suis ? Qu'est-ce qui m'est arrivé ?" Elle n'arrivait pas trop à se souvenir. Elle était sûre qu'elle marchait dans les rues avec un homme ayant fait une requète à l'église. "Oui, j'étais en mission... je marchais et..." Quelqu'un avait pressé un tissu humide contre son nez. Et puis le trou noir. Sayu ouvrit doucement les yeux. Elle cligna plusieurs fois des paupières pour s'habituer à la lumière.
- Oh ! Dit une voix près d'elle. On dirait que la demoiselle se réveille.
Elle distingua plusieurs silhouettes devant elle. Tous des hommes. Elle voulu bouger pour se lever mais quelque chose l'en empéchait. C'est alors qu'elle se rendit compte qu'elle avait les mains attachées au-dessus de la tête par des chaines suspendues à un crochet. Elle tenta de tirer sur les chaines pour les détacher du crochet.
- Hé la gamine ! Lui dit un homme en s'aprochant. Pas la peine d'essayer de t'échapper.
Il s'accroupit devant elle et l'observa minutieusement. Sayu le reconnu avec horreur. C'était l'ivrogne de la taverne ! Aucun doute là dessus, il avait une attelle au poignet.
- Dis donc Hoda ! Dit-il en se retournant vers ses collèges. Tu te serais pas trompé de fille ? Elle n'a ni les cheveux blanc ni les yeux rouges !
Du groupe se détacha l'homme au capuchon. "Espèce de... ! Il en avait après Kira." pensa Sayu.
- Je sais. Mais quand j'ai vu celle-ci j'ai changé les plans. Elle ne te rappelle personne Ryo ?
- Bien sûr que si ! Elle ressemble comme deux gouttes d'eau à la salope qui m'a cassé le poignet ! Mais celle-ci est trop jeune. Tu crois que c'est sa petite soeur ?
- Je ne sais pas. Demande-lui.
- Alors ? Répond gamine. T'as une grande soeur ?
Sayu nia de la tête.
- T'en est sûre ? Demanda Hoda. Le mec qui était venu avec elle à la taverne m'a posé des questions sur une blonde qui s'appelle Yuko. A mon avis c'est d'elle qu'il parlait. Et si tu connais ce mec, ça veut dire que tu connais aussi cette Yuko.
- Je la connais pas ! Cracha Sayu. Maintenant détachez-moi !
- Oh ! Même quand elle parle on a l'impression d'entendre la blondasse, remarqua Ryo. Ya pas d'erreur, ça doit être sa soeur.
- Je vous dis que non !
- Pas la peine d'essayer de nier. On va te faire payer ce que ta soeur nous a fait. Ce qu'elle m'a fait !
Sayu tressaillit. Elle tenta d'utiliser ses pouvoirs de la Terre pour se libérer de ses chaines mais elle n'arrivait à rien. Son pendentif avait disparu. Ryo l'attrapa par le menton, l'obligeant à le fixer dans les yeux.
- C'est fou comme tu lui ressembles. On va bien s'amuser tout les deux.
- Laissez-moi !
Sans l'écouter, Ryo pressa ses lèvres sur les siennes. Elle tenta de se dégager en le sentant essayer d'aprofondir le baiser forcé. Soudain il se recula vivement en poussant un petit cri de douleur. Une goutte de sang s'échappa de ses lèvres. Elle lui avait mordu la langue.
- Espèce de petite saleté ! Cria-t-il en lui donnant un coup de poing.
Le sang coula des lèvres de la jeune fille.
- Tu vas voir ! Je vais te montrer qui c'est le patron !
- Ryo, ne l'abime pas trop, le prévint Hoda. On pourra pas la revendre sinon.
- T'en fais pas, je vais bien m'occuper d'elle. Je compte bien me venger de sa soeur en faisant subir à cette gamine ce que je prévoyais pour elle.
Sayu était térrifiée. Elle tremblait de tout son corps, redoutant ce qui allait arriver.
- C'est qu'une gamine, dit Hoda. Je savais pas que c'était ton genre.
- C'est pas mon genre ! Mais le fait qu'elle ressemble à ce point à l'autre salope, ça m'excite.
Il tendit de nouveau la main vers Sayu qui se recula le plus possible contre le mur. Il l'attrapa par les cheveux pour la retourner vers lui et força de nouveau un baiser, son autre main parcourant son corps. Elle se débatit autant qu'elle pu, donnant des coups de pieds dans tous les sens.
- Reste tranquille !
- Non !
Elle réussit à lui donner un coup de pied dans l'entre-jambe, le forçant à s'écarter d'elle. Il resta quelques secondes sans bouger. Puis furieux il lui donna de nouveau un coup de poing qui l'assoma à moitié. Se jetant sur elle, il entreprit de déchirer les vêtements de la jeune fille.
- Non arrêtez ! Ne me touchez pas !
- Tais-toi ! Dit-il en l'attrapant par la taille, déposant des baisers douloureux sur sa peau.
- Arrêtez !
Elle pleurait des larmes de peur, tétanisée. Quand elle sentit les doigts de l'homme se rapprocher de son intimité, elle gigotta de plus belle pour se libérer.
- KENTA ! hurla-t-elle de toutes ses forces.
- Je t'ai dit de la fermer !
Il lui redonna un coup, la tête de Sayu cognant contre le mur. Un filet de sang coula le long de sa joue. Il déchira encore un peu plus la tunique de Sayu, révélant sa poitrine.
- Héhé ! Tu cachais bien ton jeu. Finalement je pense que je vais bien m'amuser !
Sayu n'avait plus la force de se débattre, sa vue commençait à se brouiller. Sombrant dans l'inconscience, elle remarqua à peine que la porte de la pièce venait de voler en éclat.
Entrant dans la pièce, la première chose que vit Kenta fut Sayu enchainée au mur, un homme parcourant le corps de la jeune fille de ses mains. Il fondit sur lui l'arrachant du corps de Sayu. SA Sayu ! Quand il eut réglé son compte à Ryo, il s'occupa des autres qui venaient de se lancer sur lui. Il était tellement furieux qu'il ne sentait même pas les coups qu'il pouvait recevoir, les renvoyant aux destinataires à la puissance dix. Dans sa rage, il en tua la plupart. Ceux qui étaient restés évanouis au sol furent chanceux de ne pas avoir pu se relever. Ça aurait été leur dernier acte. Hoda fut celui qui lui donna le plus de fil à retordre. Alors que Kenta allait lui donner le coup de grace, Ryo s'était relevé pour se jeter sur lui par derrière, un couteau à la main et le planta dans le bras droit de Kenta. Celui-ci avait réussi à éviter de justesse le coup fatal qu'il se serait prit dans le coeur. Vacillant, Kenta se cola contre le mur pour éviter de s'écrouler au sol sous la douleur. Quand Ryo se jeta de nouveau sur lui, Kenta aracha la lame de son bras et le planta dans la gorge de l'homme. Le sang gicla, et Ryo s'effondra. Voyant qu'il ne restait que lui et remarquant la lueur de folie dans les yeux de Kenta, Hoda tenta de s'enfuir. Mais alors qu'il allait franchir le pas de la porte, il se prit la lame dans le dos et tomba à plat ventre au sol. Kenta mit du temps à reprendre ses esprits. Sa respiration était saccadée. Il observait chaque homme avec une expression de haine et de dégoût sur le visage. Puis son regard se posa sur Sayu, inanimée. Et l'angoisse reprit sa place dans son coeur. Il se précipita vers elle, la prenant dans le creux de son bras valide. Son corps dénudé était couvert de bleus. La vue de son sang coulant toujours le long de son visage lui serra le coeur. A ce sang se mêlait les larmes de la jeune fille qui innondaient son visage.
- Sayu... qu'est-ce qu'ils t'ont fait... ? Je t'en prie ! Ouvre les yeux...
Mais elle ne bougea pas d'un milimètre. Puis il remarqua un petit bout de tissu posé au sol. Quand il le prit, Kenta le reconnu aussitôt. C'était le mouchoir qu'il avait donné à Sayu quand elle s'était réveillée après la bataille. "Alors depuis tout ce temps... tu l'as gardé sur toi. Tu me faisais confiance." Il la serra contre lui. Son petit corps avait l'air si fragile. Il avait l'impression qu'il aurait pu la briser s'il l'avait serrée trop fort. Kenta enfouit son visage dans les cheveux de Sayu, respirant son ordeur. Alors il se figea. C'était ça... cette odeur. Celle qu'il avait sentit sur la cape de Yuko. L'odeur d'un cerisier en fleur. Comment avait-il fait pour ne pas l'avoir remarqué ? Combien de fois était-il resté sous ce cerisier avec Sayu ? Il avait cherché la propriétaire de cette odeur, alors qu'elle était toujours à ses côtés. Comment avait-il pu être aussi aveugle ? Depuis le début c'était Sayu qu'il cherchait. Et il l'avait rejetée. Il lui avait brisé le coeur et maintenant c'était son corps qui avait été brisé par sa faute... et peut-être même son âme. "Je ne me le pardonnerai jamais... jamais !" Il releva la tête, observant cette fille qui avait chamboulé son monde. Chaque bleu, chaque blessure... il les grava dans sa mémoire. Tout son corps en était recouvert. Ce corps qui n'était pas celui d'une enfant, mais bien celui d'une jeune femme.
- Aria avait raison... tu n'es pas une gamine. J'aurais dû m'en apercevoir.
Il remarqua que le pendentif de Sayu était manquant. Il la délivra de ses chaine, la souleva, et alla fouiller les hommes morts ou inconscients. Il le retrouva dans la poche d'Hoda. Kenta retira la lame toujours plantée dans le dos de l'homme et lui retira sa cape. Il en enveloppa le corps de Sayu. Kenta ne voulait plus que quiconque pose les yeux sur elle. D'un pas rapide, il prit le chemin de l'église.
